Voilà une belle aventure survenu au pays des merveilles qui fut la torche flamboyante de la modernité, qui inventa, notamment grâce aux apports de l’intelligente culture française, la déconstruction, le simulacre et la postvérité. C’est une expérience menée en temps réel et vérification officielle, certifications, confirmations, satisfactions, le Diable blagueur et tout son train.
C’est une histoire de sondeurs, on parle des statisticiens des intentions de vote. Le pot-aux roses qui pourrait être une urne électorale nous est offert dans toute sa splendeur à moins de deux semaines des élections de mi-mandat, évidemment cruciales, du mi-mandat qui pourraient être une des clefs de la survie de l’Amérique (voyez Lincoln-1839). Wedgewood Polls, la vedette du show, a publié un superbe communiqué où il explique, presque sourire aux lèvres et clin d’œil en bandouillère, les tenants et les aboutissants de ce qui fut d’abord et essentiellement,— selon les termes du communiqué, – rien de moins qu’« une expérience sociale »... Mais « expérience sociale » sur quel aspect du sujet ?
Bref, les Russes ne se privent pas d’en parler, on les connaît, et pour une fois que “cépalesrusses”.
« D’importants médias américains ont relayé des sondages électoraux fabriqués, suggérant une progression des démocrates. Cette opération, qui durait depuis des mois, a ainsi acquis une crédibilité nationale avant que des enquêteurs ne mettent au jour le caractère fictif de ses données.
» Wedgewood Polls, apparu en juin, a bénéficié d’une couverture médiatique dans des publications telles que ‘Newsweek’, ‘The Daily Beast’ et ‘The Hill’. Ses enquêtes ont même été intégrées dans des bases de données de sondages gérées par le ‘New York Time’, l’analyste électoral Nate Silver et d’autres agrégateurs de premier plan.
» Mardi, toutefois, après avoir été interpellé par des chercheurs du site d’analyse électorale ‘FiftyPlusOn’, Wedgewood a reconnu que la quasi-totalité de ses sondages étaient faux. Le groupe a qualifié cette supercherie d’“expérience” visant à tester la facilité avec laquelle une entreprise fictive pouvait se faire connaître.
» “Nous voulions tester une hypothèse simple : est-il facile pour un institut de sondage entièrement inventé de gagner en visibilité, d’être pris au sérieux, et de démontrer le manque de vérification au sein des médias et du débat public ? La réponse courte : bien trop facile”, a déclaré le groupe dans un communiqué de presse.
» Wedgewood a souligné que, bien qu’il ne dispose d’aucun historique, d’aucune accréditation officielle ni de données réelles, il a été intégré par plusieurs grands agrégateurs de sondages, considéré comme une source d’information légitime, et même cité à l’antenne par des médias grand public comme ‘MS NOW’. »
On souffle un peu avant d’évaluer les dégâts car l’« expérience sociale » en a causé pas mal, et de sérieux. Pae exemple, elle a contribué largement au retrait des primaires démocrates pour la désignation du candidat du parti de la sénatrice (démocrate) du Michigan Mallory McMorrow. C’est un effet opérationnel concret : avec ses “sondages” largement exploités par la presse et défavorables à McMorrow, Wedgewood a découragé ses donateurs et l’activisme de ses militants de base, et par conséquent accéléré peut-être décisivement sa décision de retrait/
« Avant les rétractations, les chiffres de Wedgewood avaient alimenté les rumeurs d'une progression des démocrates avant les élections de mi-mandat. Ses sondages prétendaient montrer les candidats démocrates au Sénat en tête dans des bastions républicains comme le Texas, l'Ohio et le Kansas.
» Ces chiffres ont également circulé dans les médias de campagne. Une campagne sénatoriale démocrate du Mississippi a cité un résultat falsifié comme preuve d'“une dynamique impressionnante”.
» D'autres résultats inventés ont nui aux candidats. La sénatrice de l'État du Michigan, Mallory McMorrow, a déclaré qu'un sondage bidon montrant un effondrement de son soutien avait tari les dons et démoralisé les bénévoles avant son retrait de la primaire démocrate au Sénat en juillet.
» Des questions concernant Wedgewood circulaient depuis des mois, mais ces sondages continuaient d'être publiés dans les médias et les bases de données de sondages. ‘FiftyPlusOne’ a finalement mis au jour la supercherie en examinant les données sous-jacentes des sondages et en vérifiant les incohérences avec la plateforme que la firme prétendait utiliser. »
C’est une affaire du plus grand intérêt. Nous ne voulons pas parler de morale (celle des pseudo-sondeurs), de naïveté par précipitation dans l’ambiance brûlante de la campagne (omniprésence des communicants avides de prévisions), de légalisme (risquent-ils des mises en cause juridiques ?), de l’état des lieux décrépits de la démocratie (dépendance aveugle de tout ce qui a l’apparence d’une certitude quantitative de l’avenir). Nous parlerons plutôt du Système dont l’Amérique est la torche flamboyante (bis repetitat pour que nul n’en doute jamais).
Effectivement, c’est des États-Unis qu’est apparu opérationnellement la notion de “postvérité” ; par exemple, quand un Karl Rove, conseiller en communication de GW Bush, ou Bush Jr., s’exclamait en 2002 que désormais ce n’était plus l’histoire qui disait sa propre vérité, mais eux-mêmes, dans leur toute-puissance, qui dictait à l’histoire la vérité de l’histoire. On se rappelle de cette citation plusieurs fois répétée par nous, et le 21 décembre 2020, justement sous le titre de « Maturité de la postvérité »
« Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. Et alors que vous étudierez cette réalité, – judicieusement, si vous voulez, – nous agirons de nouveau, créant d’autres nouvelles réalités, que vous pourrez à nouveau étudier, et c’est ainsi que continuerons les choses. Nous sommes [les créateurs] de l’histoire... Et vous, vous tous, il ne vous restera qu’à étudier ce que nous avons [créé]. »
Wedgewood a agi dans une atmosphère de totale postvérité, où la vérité n’existe plus parce qu’elle n’a plus aucune importance et que, vu notre force et nos capacités divines à nous espèce huimaine, nous nous passons complètement d’elle. Cette société a agi, dans la plus complète “légalité” que donnent la confiance des commentateurs et le prestige des grands titres de la presse, d’ailleurs tous à l’ère de la postvérité où l’on manie avec enthousiasme simulacres et mensonges... Exactement, l’on peut parler de “légalité” puisque, la vérité n’existant plus, la légalité formelle disparaît avec elle et survit péniblement là où les intérêts des grosses puissances politiques et financières ne sont pas en jeu, ni en nécessité de protection.
Alors, disons que Wedgewood a été “un pont trop loin” (mais hein, c’était une « expérience sociale ») dans le simulacre, et surtout qu’il existe une prolifération de sites critiques (on ne parle pas des délateurs officiels de la presseSystème), plutôt indépendants et exigeants, attachés à certaines règles et à quelques débris de vérités, — “vérités-de-situation”, si l’on veut, — qui ne ratent pas, enquêtes faites, toutes les cibles possibles renvoyant évidemment à l’entièreté des structures du Système. Dans ce cas, il s’agit de la structure du système électoral dont tout le monde sait qu’il est orienté vers le fonctionnement, y compris les fraudes et les manipulations, des mécanismes du Système reposant sur le “Parti unique”, aile démocrate et aile républicaine réunies.
Or, cette possibilité d’attaquer ces structures est un fondement caricaturé et autodestructeur de la dynamique du Système. Cette fois, ce fut “un pont trop loin”, et sans doute, et certainement y en aura-t-il d’autres, et de plus en plus, tant la décrépitude du Système est grande. A chaque fois, ce “pont trop loin”, celui de Wedgewood dans ce cas, met en évidence les tares du Système, — dans ce cas, la viabilité et la continuité des techniques de sondage avec toutes leurs tares supposées ou réelles, les interférences des intérêts et des partis, les paiements occultes, etc. En effet, Wedgewood va être vilipendé et mis à l’index (est-ce si sûr d’ailleurs ?) mais c’est toute la profession des sondeurs qui va être mise en cause, avec leurs approches biaisées, leur tendances rémunérées à mettre l’accent dans tel sens ou dans tel autre. Tous ceux-là se trouvent sur “un pont avant le pont trop loin” qui va devenir lui-même “un pont trop loin” dans l’esprit des électeurs. Voilà comment la boucle est bouclée pendant que se poursuit la descente du Système dans sa fascination pour son autodestruction.
Pour l’immédiat, imaginez la panique des états-majors politiques à dix jours des élections, la fureur et les plaintes en préparation de ceux qui ont souffert de Wedgewood, — pas nécessairement contre Wedgewood, qui n’est peut-être pas justiciable, mais dans tous les cas contre les résultats du 5 novembre.
En fait, c’est comme s’il y aurait de quoi instaurer un état d’usage en utilisant l’autorité des PEAD, n’est-ce pas président Trump ?
Mis en ligne le 23 octobre 2026
Sur quoi vont déboucher les midterms ? Si les démocrates l’emportent, Trump va-t-il connaître une paralysie qui conduira à une révolution complète (!) de la politique étrangère US (!) à propos de l’Ukraine et de l’UE ? C’est ce que ces deux acteurs, Zelenski et l’UE, en froid polaire avec le Trump-actuel, espèrent fiévreusement.
Désormais il existe chez eux cet espoir d’un renversement de cette situation pour des raisons dont quelques-unes sont très solides et dont le plus grand nombre ne sont que “devenues solides” à la suite d’un embrouillamini ainsi décrits pour note site et bientôt dans son contenu, — et qui n’est d’ailleurs pas fini, avec surprises-surprises à venir:
« une tempête de manipulations, de simulacres, de montages kafkaïo-zelenkistes (transfert ou non de renseignements US, ‘Starlink’ et ‘Starshield’, etc.) qui montre que la “guerre de l’information” du système de la communication peut jouer dans tous les sens-inverses grâce à son ‘effet-Janus’ »
L’espoir des deux larrons est donc une “prise de pouvoir” par les démocrates, si possible avec destitution de Trump. Est-ce si simple ? Est-ce aussi net ? Est-ce absolument avantageux pour eux ? Questions, questions, questions...
Il y a eu entretemps un ballet de possibilités de sommets à trois auxquels participeraient Trump et Poutine, et un troisième larron. Cela a commencé — l’affaire est toujours en pleine évolution avec tournants brusques et surprises possibles,— par une proposition de Trump pour une négociation à trois, avec l’Ukraine en plus du duo Russie-USA. sur la question d’une paix en Ukraine assortie, selon la vieille exigence volonté russe, de l’étude d’un système européen de sécurité. C’était pour la mi-novembre semblait-il sans condition préalable d’un cessez-le-feu qui est une exigence fondamentale de Poutine.
Prévue pour autour de deux semaines après les midterms, la chose montrait que Trump, initiateur de la propôsition, s’estimerait toujours comme le “président en charge” quelle que soit le résultat des midterms. Les premières réactions du Kremlin semblaient être un certain intérêt sans enthousiasme excessif :
« La Russie est prête à des négociations tripartites avec les États-Unis et l’Ukraine afin de discuter des dispositifs de sécurité à mettre en place une fois le conflit terminé, a déclaré Iouri Ouchakov, conseiller au Kremlin.
» Cette annonce fait suite à près de trois heures d’entretiens, mercredi, entre le président russe Vladimir Poutine et Steve Witkoff, envoyé spécial du président américain Donald Trump, au palais Constantin, à Saint-Pétersbourg. »
Mais aussitôt, une autre proposition a émergé après un long entretien (3 heures) entre Poutine et Witkoff, venu prestissimo à Moscou. Elle impliquait le rappel par Poutine de son inébranlable volonté du refus de négocier avec Zelenski. La perspective paraît alors beaucoup plus ambitieuse : une rencontre, plus qu’un sommet, à trois entre Trump, Poutine et le Chinois Xi ; cette fois, ce serait du très-très lourd. Même s’il est question d’une rencontre en marge du sommet de l’APEC, cela devient dans la rhétorique du Kremlin « un sommet historique »
« Le président russe Vladimir Poutine, le président chinois Xi Jinping et le président américain Donald Trump pourraient tenir une rencontre tripartite « historique » lors du sommet de l’APEC en Chine [18-19 novembre à Shenzhen, en Chine], a déclaré Iouri Ouchakov, conseiller au Kremlin. S’exprimant mercredi auprès du média russe Vesti, Iouri Ouchakov a indiqué que Pékin avait déjà entamé les préparatifs en vue de ces éventuels entretiens. “Tout le monde y est prêt, mais beaucoup de choses — si ce n’est tout — dépendent des hôtes chinois du sommet ”, a-t-il déclaré.
» La possibilité de discussions tripartites a également été évoquée lors d’une rencontre, mercredi à Saint-Pétersbourg, entre Vladimir Poutine et l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, selon le Kremlin.
» Ouchakov a qualifié cette rencontre envisagée de potentiellement “historique”, soulignant qu’il s’agirait de la première réunion des trois dirigeants sous ce format. »
Il s’agirait alors du premier grand “sommet” du monde devenu multipolaire et les acteurs européens et ukrainien (Zelenski) seraient renvoyés sur la touche, inaugurant désormais leur place de figurants plus ou moins intelligents des évolutions historiques. Même si l ‘Ukraine y serait éventuellement évoquée (que de conditionnels !), ce ne serait certainement plus le sujet central.
Mais revenons à notre sujet central à nous, dans ce texte,, qui n’est curieusement pas cet éventuel “sommet historique” mais la situation de Trump qui deviendrait un président “historique”, — et grands dieux, interrompt-on la marche d’un tel président “historique”, interroge l’ironique qui anime ces diverses narrative ? La question redevient alors posée de savoir si ce sommet, ou ce tourbillon de “sommets”, ne donne pas à Trump l’occasion d’une manœuvre renforçant sa position contre les démocrates avant les midterms. On en revient ainsi sur cet aspect des choses qui est l’essentiel de notre sujet pour la situation présente selon le choix de notre analyse.
Passons au commentateur Scott Ritter, dont les analyses sont en général intéressantes mais également assez brutales et catégoriques, et peuvent être aussi bien fondées que terriblement erronées, — un autre genre que Mercouris (que nous jugeons “plus sûr”) mais que nous ne rejetons pas systématiquement (Ritter) pour autant.
Le cas ici est que ses considérations sont précises et éventuellement originales et correspondent assez bien au caractère narcissique de Trump. Scott Ritter était interrogé le 20 octobre par Glenn Diesen sur son réseau. Il a parlé avec son style brutal habituel de la position extrêmement faible des européens face aux révoltes intérieures dans leurs pays, leur très faibles moyens d’aider l’Ukraine, etc., en général sur un ton très méprisant.
« Je ne donne pas longtemps à l'Union européenne avant de s'effondrer. Ils ne peuvent pas survivre. Ils n'ont pas d'argent. Ils n'en ont pas. L'Europe se désagrège. Vous savez, les deux cœurs de l'Union européenne, Paris et Berlin, sont en train de décliner du point de vue de l'Union européenne et le reste de l'Europe suivra.
» Donc je pense que c'est un peu comme le capitaine du Titanic qui après avoir heurté l'iceberg croit d'une manière ou d'une autre avoir colmaté la brèche et que tout va bien. Alors il dit “Continuez à jouer, continuez le dîner, continuez la musique, continuez à faire danser les gens”. Non ! Votre navire est en train de couler. Le navire européen est en train de couler et il va couler plus vite encore parce qu'il s'aliène un homme qui a la capacité de littéralement débrancher l'Europe et de tout arrêter. »
Ritter s’est surcout attaché à la position de Trump et aux possibilité qu’il a d’outrepasser des résultats défavorables des midterms. Nous entrons alors sur une terra incognita de la possibilité d’un coup de force institutionnel de Trump pour annuler les résultats de l’élection sous l’un ou l’autre prétexte. Il s’agit essentiellement de la loi secrète dite-PEAD (‘Presidential Emergency Action Documents’) instaurant “légalement” l’état d’urgence.
« Donc si j'étais européen, je regarderais ça [une victoire démocrate aux midterms] et je me dirais peut-être qu'il est dans notre intérêt d'affaiblir Trump dans les urnes afin de faire élire les démocrates. Car historiquement les démocrates se sont alignés sur nous. Nous reviendrions à des politiques du type Biden. Tout irait très bien.
» Mais si je les conseillais, je leur dirais “Vous ne comprenez pas Donald Trump et vous ne comprenez pas la réalité politique américaine”. Vous savez, depuis l'époque de Dwight Eisenhauer, le Congrès a élaboré ce qu'on appelle les directives d'action d'urgence du président (PEAD). Les PEAD font partie du dispositif de continuité du gouvernement qui prévoit comment nous survivrions en cas de guerre nucléaire. Et l'idée initiale a été effectivement que ces PEAD ne pouvaient être mises en œuvre qu'en cas de conflit nucléaire. Mais après le 11 septembre, le Congrès a redéfini les menaces pour y inclure les actes de terrorisme et le risque d'armes de destruction massive. Et puis après la pandémie, il y a eu aussi l’inscription de cette question sanitaire. Les directives présidentielles d'urgence ont été réécrites de sorte que le président des États-Unis puisse pratiquement quand il le souhaite déclarer une urgence nationale et mettre en œuvre une législation déjà inscrite dans la loi. Une législation qui de facto fait de lui un dictateur et instaure une dictature militaire aux États-Unis.
» Et je pense que les Européens doivent comprendre que Donald Trump est le genre d'homme à utiliser ces directives s'il perdait une élection de mi-mandat au point de mettre son héritage politique et son bien-être personnel en danger. On l'a vu avec Benjamin Netaniaahu en Israël. Il est prêt à sacrifier la nation pour préserver sa viabilité politique.
» Et je crois sincèrement que Donald Trump est le genre d'homme qui s'il perd les élections de mi-mandat, pourrait instaurer ou déclarer l'état d'urgence nationale et mettre en œuvre des directives d'action présidentielles d'urgence qui empêcheraient les démocrates de prendre leur fonction le 1er janvier. La revanche qu'il exercerait alors sur le plan intérieur comme à l'échelle mondiale serait ahurissante parce qu'il serait alors un dictateur sans aucune contrainte.
» Alors allez-y Europe, jouez à ces jeux, jouez à des jeux stupides. Comme je l'ai dit, je crois sincèrement que l'Europe telle qu'elle existe aujourd'hui est en train de disparaître. »
Nous avons demandé à l’IA-Gemini de nous donner une description succincte des PEAD. Ce qu’il en ressort, c’est que cette législation qui ne peur être modifiée que par des organes de l’exécutif sans aucun contrôle du Congrès, se trouve actuellement dans une situation justement de complet secret qui permet toutes les manipulations... Un territoire particulièrement fécond et privilégié pour un homme conne Trump, qui se trouve effectivement dans une position proche de Netanyahou, menacée de poursuites pénales et de prison s’il n’est plus protégé par son statut de président (cas d’une destitution). Il s’agirait donc d’un narcissique d’une part aux abois, d’autre pat ne reculant devant rien pour se protéger et poursuivre l’exercice incontrôlé du pouvoir pour imprimer sa marque dans l’histoire.
Voici ce que nous en dit l’IA Google-Gemini, comme d’habitude en se gardant de prendre position, et surtout pas d’évoquer les cas de “prise de pouvoir”.
« Oui, ce pouvoir exceptionnel existe bel et bien. Il s'agit des Documents d'action d'urgence du président (Presidential Emergency Action Documents ou PEAD), mis en place pour la première fois sous l'administration de Dwight D. Eisenhower au cours des années 1950.
Conçus en pleine guerre froide face au risque d'une attaque nucléaire soviétique, ils s'inscrivaient à l'origine dans les plans secrets de continuité du gouvernement (Continuity Of Government).
Voici ce qu'il faut savoir sur ces instruments juridiques très particuliers :
Nature et fonctionnement
- Des textes pré-rédigés : Les PEAD sont des projets de décrets administratifs (executive orders), de proclamations présidentielles et de messages au Congrès préparés à l'avance.
- Une mise en œuvre immédiate : Ils sont conçus comme des formulaires prêts à être signés instantanément par le président en cas de crise absolue (comme une invasion ou une catastrophe majeure), lorsque les processus gouvernementaux normaux sont paralysés. Ils font partie de la "mallette d'urgence" qui accompagne le président en permanence.
L'étendue des pouvoirs visés
Bien qu'aucun document n'ait été officiellement divulgué ou totalement déclassifié, des archives de l'administration et des mémos du FBI ont révélé que les versions historiques de ces textes prévoyaient des mesures extrêmes violant parfois les libertés individuelles de manière drastique :
- La suspension de l'habeas corpus (la garantie contre la détention arbitraire).
- L'établissement de la loi martiale.
- La censure des médias, de la presse et des télécommunications.
- L'arrestation et la détention préventive de personnes jugées "dangereuses pour la sécurité nationale".
- Des restrictions strictes sur les déplacements internationaux.
Le secret et la controverse actuelle
Les PEAD continuent d'exister aujourd'hui et font l'objet de révisions régulières par la FEMA (l'Agence fédérale des situations d'urgence) et le ministère de la Justice.
Ils suscitent d'importants débats constitutionnels, notamment portés par des organisations comme le Brennan Center for Justice. En effet, puisque ces documents restent classifiés secrets, ils échappent totalement au contrôle du Congrès et des tribunaux, ce qui pose une question majeure de séparation des pouvoirs aux États-Unis. »
L’hypothèse de Ritter est une parmi le fourmillement de suppositions, complots divers, etc., autour de Trump et des midterms. Au reste, c’est un thème sinon un théâtre depuis longtemps d’actualité que cette saisie du pouvoir par divers complots et actions souterraines depuis le 11 septembre 2001 et les divers enquêtes menées autour de la doctrine officialisée de la COG (‘Continuity of Gouvernement’), qu’on peut voir décrit avec minutie par Patrick Cockburn dans son livre ‘Caligua au Pentagone’ (Rumsfeld, secrétaire à la défense entre 2001 et 2007, puis auparavant travaillant dans ces domaines des sortes de “complots officiels” divers pour la prise en main du gouvernement, est le “Caligula” de Cockburn).
Tout cela se retrouve regroupé dans la thèse de l’“Etat profond” de Dale Scott, qui ne fait qu’ajouter une complication et un terme fascinant de plus dans cet imbroglio de nœuds gordiens. On voit alors parfaitement combien le débat en parallèle des PEAD est une constante des USA depuis les années 1950 et l’établissement du Complexe Militaro-Industriel, — mais on voit aussi qu’elle arrive aujourd’hui à son paroxysme.
Avec les PEAD, Trump ne ferait que rajouter un chapitre de plus à cette longue litanie des complots et des actions souterraines, mais cette fois il le ferait à à ciel ouvert, dans une situation de crise ouverte et observée par tous, et avec en jeu des intérêts personnels allant jusqu’au sort physique de diverses personnes dont lui-même. C’est-à-dire qu’on ne pourrait plus dissimuler l’état extraordinairement délabré du gouvernement des États-Unis tandis que la pseudo-dictature établie au travers des PEAD entraînerait par réactions antagonistes des mouvements insurrectionnels divers. Trump ne ferait qu’établir, d’une façon plus décidée comme il sied à un pervers-narcissique qui a l’avantage de l’âge et du caractère sur l’autre, une parallèle ainsi tracée aux derniers mois de présidence de Macron émaillés d’hésitations pour l’établissement de machins de type états d’urgence. L’ensemble rend un tableau de complet désordre que plus personne ne peut contrôler, qui vaut en plus dévastation des vertueuses normes du transatlantisme... Que voulez-vous qu’on fasse de l’Ukraine dans ce gigantesque foutoir ?
En effet, et pour revenir à notre sujet central, si l’hypothèse de Ritter est infondée, si Trump ne tente rien du côté des PEAD et devient prisonnier des démocrates, ceux-ci s’empresseront de le mettre en accusation puis de le destituer, — d’ailleurs le plus stupidement du monde, par haine pure, au lieu de ne pas le conserver à la Maison-Blanche pour tenter d’en faire une marionnette impuissante,.. Mais encore faudrait-il qu’il se laissât faire et qu’il n’utilisât pas ses maigres pouvoirs restants pour lancer des désordres divers qui rendront le Congrès aussi impuissant que lui-même... Impuissance contre impuissance,— est-ce là l’American Dream ?
Enfin, s’il est destitué, les démocrates hériteront logiquement de JD Vance comme président, et n’est-ce pas là un nouveau et grave problème à résoudre, peut-être plus grave que Trump ?... Mais n’essaieront-ils pas liquider Vance en même temps que Trump, contournant largement des lois fondamentales et suscitant à leur tour des désordres difficiles à maîtriser ? Questions, questions, toujours des questions... Et le plus ironique étant que si les démocrates ne gagnent pas les midterms, la majorité républicaine de Trump où se glisseront un certain nombre d’anti-MAGA, nécessairement limitée et échaudée par les frasques de son président, promet de lui poser bien des problèmes.
Là-dessus, nous voyons et répétons que nous sommes bien loin, et de Zelenski, et des européens de l’UE. La boîte de Pandore d’une sorte de guerre civile sera ouverte, dans ce cas américaniste comme à peu près dans tous les cas ; avec des suites transatlantiques.
Mis en ligne le 22 octobre 2026
• Un exercice intéressant de RT.com, suggéré involontairement dans un parallèle du ‘Times Literary Supplement’ de Londres. • Qu’écrirait Dostoïevski s’il vivait aujourd’hui et commentaity les événements actuelsu ?
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21 octobre 2026 – Le réseau russe officiel de ‘Russia Today’ (en langue anglaise, RT.com) a publié le 20 octobre 2026 une tribune originale et fort intéressante à partir d’une hypothèse émise par Martin Ivens, rédacteur en chef du ‘Times Literary Supplement’. Evans critiquait avec force l’interdiction et la censure de l'auteure irlandaise Sally Rooney au Royaume-Uni. Ivens critique cette mesure à partir de l’hypothèse “Fiodor DostoPievski aurait-il pu voir publier ses appréciations critiques (en, Russie ou ailleurs ?)”, — appréciations embrassant également et particulièrement la situation “morale et intellectuelle” régnant actuellement en Europe sous le magistère de fer de l’UE.
La position implicite de RT.com est “Oui, il aurait été autorisé à le faire [aujourd’hui]”, d’une façon loyale mais évidente dans la mesure où les conceptions que Dostoïevski exposait, et aurait exposé aujourd’hui, correspondent aujourd’hui à celle des positions officielles russes et du sentiment général régnant en Russie.
Cela met en lumière tactiquement les limites de l’exercice. Nous sommes dans une Russie aujourd’hui, majoritairement sinon unanimement, complètement dans une conception “dostoïevskienne”, contrairement à ce qu’il en était dans les années 1850-1860 (années où Dostoïevski avait été condamné à dix ans de bannissement en Sibérie, — dont 4 dans un bagne et 5 en service militaire obligatoire). Mais il ne s’agit évidemment pas d’une comparaison historique ; il s’agit d’une parabole symbolique, dans l’esprit de Martin Evans, pourtant collaborateur du groupe manifestement antirusse du ‘Times’.
Qu’aurait écrit ce grand écrivain si le cas d’un Dostoïevski d’aujourd’hui est considéré d’un point de vue réaliste ? Suivent alors un défilé de jugements parfaitement “dostoïevskiens”, qui sont justement celui de l’opinion générale, autorités comprises, de la Russie actuelle. Cela n’intéresse sans doute pas Evans, qui s’en tient à la force du symbole d’hier pour plaider la cause de la Sally Rooney aujourd’hui. Mais cela nous intéresse pour notre compte, pour mettre en lumière la position actuelle de la Russie, qui se réfère continuellement à Dostoïevski, devenu certainement l’une des plus grandes, sinon la plus grande référence, en tant que héros symbolique, de la pensée et de la spiritualité russe actuelles. Cela renforce considérablement le tournant radical anti-occidentaliste de l’actuelle Russie.
Note de PhGBis : « La seule réserve émise par PhG devrait être la phrase : “À cet égard, l’intelligence artificielle aurait pu représenter [pour Dostoïevski] l’apothéose de ses sombres pressentiments”, avec l’accent pour son compte (de PhG) sur l’emploi du conditionnel dans cette phrase : nul ne sait ce qu’en aurait pensé Dostoïevski. Ce point est largement, toujours et plus que jamais sinon en développement fondamental, une question en débat, et notamment, et fortement selon PhG. Comme l’on dit à l’imitation de la phrase fameuse, “Mais ceci est un autre débat”. »
Toutes les ambiguïtés de ces divers aspects symboliques-réalistes étant levées, on peut alors apprécier la convergence exceptionnelle de la pensée du Dostïevski en Sibérie et revenant de Sibérie au XIXème siècle d’une part, de la position politique et spirituelle de la Russie d’aujourd’hui d’autre part. La position complètement antimoderne et fondamentalement spirituelle du grand écrivain-philosophe se retrouvent d’une façon lumineuse dans cet exercice et justifie absolument cet exercice. En même temps il met sous un même éclairage la critique totale de l’Europe-UE et justifie avec la même force le fondement spirituel de l’engagement radicalement antagoniste de l’actuelle Russie.
Autant de raisons de publier ici le texte de RT.com, sous le titre-soustitre :
« Dostoïevski serait-il intervenu sur RT ?
» Un éditeur littéraire britannique a suggéré que le romancier russe pourrait intervenir sur RT aujourd'hui. Nous avons imaginé ce qu'il aurait pu dire au sujet de l'Occident moderne. »
dde.org
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Fiodor Dostoïevski, grand auteur russe du XIXe siècle — à qui l'on doit « Crime et Châtiment », « L'Idiot » et « Les Frères Karamazov » — était un penseur atypique qui aurait pu intervenir sur RT. C'est du moins l'avis de Martin Ivens, rédacteur en chef du ‘Times Literary Supplement’, qui a évoqué le célèbre écrivain russe dans une tribune pour Bloomberg, où il s'oppose à la censure de l'auteure irlandaise Sally Rooney au Royaume-Uni.
Cette suggestion n'est pas dénuée de fondement. Dostoïevski a connu la persécution : il a notamment passé dix ans en Sibérie — quatre années en captivité, suivies de cinq années d'exil militaire, après avoir purgé sa peine initiale en février 1854.
Sally Rooney est une auteure à succès qui a publiquement pris position en faveur de « Palestine Action », un groupe dont le soutien — tout comme toute manifestation publique de soutien — est illégal au Royaume-Uni. La police britannique a procédé à des centaines d'arrestations, parfois surprenantes, de manifestants âgés qui brandissaient des pancartes en faveur de ce groupe. Ses livres ont été interdits en Grande-Bretagne.
Dans sa tribune pour le ‘Times Literary Supplement’, Martin Ivens souligne que les écrivains russes endossent souvent le rôle de prophètes. Dans son article pour Bloomberg, il réaffirme que la censure de la littérature est contre-productive : elle ne fait qu'alimenter, au sein du corps social, un ressentiment à l'égard de la pensée dominante.
Toutefois, l’idée qu’il a avancée — selon laquelle Dostoïevski pourrait apparaître sur RT — nous a incités à nous demander sur quels sujets ce grand homme pourrait s’exprimer en 2026.
Comme beaucoup après lui, Dostoïevski envisageait l’Europe occidentale à travers un mélange complexe d’admiration culturelle, de répulsion morale et d’inquiétude spirituelle. Son expérience en captivité — durant laquelle il fut soumis à une simulation d’exécution — aurait, dit-on, anéanti sa foi en l’humanisme séculier. Il soutenait que l’abandon de Dieu conduisait inévitablement à un chaos moral où « tout est permis ».
« La conscience sans Dieu est une chose terrible ; elle peut s’égarer dans les profondeurs de l’immoralité. »
Il a également prédit que toute tentative d’édifier un prétendu paradis sur terre, en s’appuyant uniquement sur le rationalisme et la laïcité, mènerait inéluctablement à une tyrannie politique.
Dostoïevski soutiendrait sans doute, avec force, que les dirigeants d’Europe occidentale ont fait preuve d’une faillite politique totale, et que les Européens de l’Ouest devraient renoncer au matérialisme pour privilégier des relations sociales porteuses de sens. Les émeutes qui secouent les grandes capitales européennes, ainsi que la quête effrénée du profit et l’immigration — sources de telles tensions — ne sont que les symptômes d’un malaise profond de l’esprit européen occidental. Vouloir contraindre l’humanité à une conformité rationaliste ne peut, selon lui, qu’aboutir à un bain de sang.
« Partant d’une liberté illimitée, j’aboutis à un despotisme illimité. »
Dostoïevski aurait sans aucun doute déploré l’émergence de l’Union européenne en tant qu’entité bureaucratique porteuse de prétendues « valeurs libérales ». Il aurait souligné comment son roman ‘Les Démons’ préfigurait ce que l’on appelle le « déficit démocratique » qui caractérise l’UE : une élite bureaucratique restreinte, en grande partie non élue et inaccessible au commun des citoyens, lesquels se retrouvent, quant à eux, privés de leurs libertés.
Il aurait sans doute qualifié la pandémie de Covid-19 d’événement brutal, venant restreindre l’expérience humaine.
Dostoïevski estimait qu’abandonner Dieu et tenter, avec zèle, de remplacer l’autorité spirituelle par un relativisme moral où tout est permis ne peut mener qu’à un effondrement social et spirituel. Il aurait défendu avec vigueur l’importance accordée aux valeurs traditionnelles au sein de la culture populaire russe, ainsi que le respect qui leur est dû.
« Les occidentalistes se sont placés au-dessus du peuple, en tant qu’intelligentsia paternaliste, rejetant ainsi le peuple. »
Il appréciait également le désordre — ce qui lui aurait probablement valu des ennuis avec Bruxelles. L’Union européenne cherche, comme on le sait, à tout réglementer, alors que Dostoïevski soulignait la nature irrationnelle et fondamentalement spirituelle des êtres humains.
Il avait pressenti la disparition de la grâce dans le monde, remplacée soit par un catholicisme autoritaire, soit par un protestantisme rationnel et individualiste, ou encore par un technofétichisme. À cet égard, l’intelligence artificielle aurait pu représenter l’apothéose de ses sombres pressentiments.
De même, Dostoïevski rejetait l’idée que les êtres humains puissent être réduits à des entités entièrement rationnelles et quantifiables ; il aurait, sans aucun doute, été horrifié par la législation et la judiciarisation croissantes de la vie quotidienne.
Le « Digital Services Act » (règlement sur les services numériques) de l’Union européenne — qui permet à ce mastodonte de s’immiscer dans les élections locales des pays membres — constituerait une telle intrusion bureaucratique et juridique. Dostoïevski se serait fermement opposé à la neutralisation des discours antisystème, tout en soulignant qu’une telle dérive du pouvoir politique était inévitable, compte tenu de l’effondrement de la religion et de la morale.
Dostoïevski aurait été tout autant stimulé qu’horrifié par les événements de 2026. S’il était parmi nous aujourd’hui, il est fort probable que sa voix viendrait s’ajouter à celle des commentateurs courageux et sans détour qui font l’identité de cette chaîne.
Dans Quatre-vingt-treize, Hugo défie les hommes et leur barbarie. Il se fait le chantre en pleine guerre civile française, en pleine horreur révolutionnaire, de la sagesse, de la beauté et de la richesse de la nature.
Il décrit ainsi une promenade :
« Pendant que ceci se passait près de Tanis, le mendiant s’en était allé vers Crollon. Il s’était enfoncé dans les ravins, sous les vastes feuillées sourdes, inattentif à tout et attentif à rien, comme il l’avait dit lui-même, rêveur plutôt que pensif, car le pensif a un but et le rêveur n’en a pas, errant, rôdant, s’arrêtant, mangeant çà et là une pousse d’oseille sauvage, buvant aux sources, dressant la tête par moments à des fracas lointains, puis rentrant dans l’éblouissante fascination de la nature, offrant ses haillons au soleil, entendant peut-être le bruit des hommes, mais écoutant le chant des oiseaux. »
Bruit des hommes, chant des oiseaux. Hugo aimait Leopardi (voyez mon texte).
Hugo explique aussi que certains paysages créent du mal-être :
« En présence de certains paysages féroces, on est tenté d’exonérer l’homme et d’incriminer la création ; on sent une sourde provocation de la nature ; le désert est parfois malsain à la conscience, surtout à la conscience peu éclairée ; la conscience peut être géante, cela fait Socrate et Jésus ; elle peut être naine, cela fait Atrée et Judas. La conscience petite est vite reptile ; les futaies crépusculaires, les ronces, les épines, les marais sous les branches, sont une fatale fréquentation pour elle ; elle subit là la mystérieuse infiltration des persuasions mauvaises. »
C’est tout le message de Tolkien (dernier écrivain romantique et magique) que l’on a là.
La nature est plus sage et plus belle. L’homme évidemment peut « dépasser » la nature. Cela fait longtemps qu’il ne le fait plus. Notez :
« Restez dans la nature. Soyez les sauvages. Otaïti est un paradis. Seulement, dans ce paradis on ne pense pas. Mieux vaudrait encore un enfer intelligent qu’un paradis bête. Mais non, point d’enfer. Soyons la société humaine. Plus grande que nature. Oui. Si vous n’ajoutez rien à la nature, pourquoi sortir de la nature ? Alors, contentez-vous du travail comme la fourmi, et du miel comme l’abeille. Restez la bête ouvrière au lieu d’être l’intelligence reine. »
Belle définition de la société idéale (« nature sublimée ») :
« Si vous ajoutez quelque chose à la nature, vous serez nécessairement plus grand qu’elle ; ajouter, c’est augmenter ; augmenter, c’est grandir. La société, c’est la nature sublimée. Je veux tout ce qui manque aux ruches, tout ce qui manque aux fourmilières, les monuments, les arts, la poésie, les héros, les génies. »
Malgré la brutalité et l’imbécillité de l’homme, de ses guerres et de ses fabrications (comme dit Lao Tse) la nature persiste :
« La nature est impitoyable ; elle ne consent pas à retirer ses fleurs, ses musiques, ses parfums et ses rayons devant l’abomination humaine ; elle accable l’homme du contraste de la beauté divine avec la laideur sociale ; elle ne lui fait grâce ni d’une aile de papillon ni d’un chant d’oiseau ; il faut qu’en plein meurtre, en pleine vengeance, en pleine barbarie, il subisse le regard des choses sacrées ; il ne peut se soustraire à l’immense reproche de la douceur universelle et à l’implacable sérénité de l’azur. Il faut que la difformité des lois humaines se montre toute nue au milieu de l’éblouissement éternel. L’homme brise et broie, l’homme stérilise, l’homme tue ; l’été reste l’été, le lys reste le lys, l’astre reste l’astre. »
On répète parce que c’est trop beau : « L’homme brise et broie, l’homme stérilise, l’homme tue ; l’été reste l’été, le lys reste le lys, l’astre reste l’astre. »
Il est amusant de voir d’ailleurs que la nature n’a jamais été aussi belle alors que l’homme écolo et repenti prétend à coups d’éoliennes et d’énième guerre mondiale la protéger.
Une dernière grande envolée poétique :
« Ce matin-là, jamais le ciel frais du jour levant n’avait été plus charmant. Un vent tiède remuait les bruyères, les vapeurs rampaient mollement dans les branchages, la forêt de Fougères, toute pénétrée de l’haleine qui sort des sources, fumait dans l’aube comme une vaste cassolette pleine d’encens ; le bleu du firmament, la blancheur des nuées, la claire transparence des eaux, la verdure, cette gamme harmonieuse qui va de l’aigue marine à l’émeraude, les groupes d’arbres fraternels, les nappes d’herbes, les plaines profondes, tout avait cette pureté qui est l’éternel conseil de la nature à l’homme. Au milieu de tout cela s’étalait l’affreuse impudeur humaine ; au milieu de tout cela apparaissaient la forteresse et l’échafaud, la guerre et le supplice, les deux figures de l’âge sanguinaire et de la minute sanglante ; la chouette de la nuit du passé et la chauve-souris du crépuscule de l’avenir. En présence de la création fleurie, embaumée, aimante et charmante, le ciel splendide inondait d’aurore la Tourgue et la guillotine, et semblait dire aux hommes : Regardez ce que je fais et ce que vous faites. »
L’homme brise et broie, l’homme stérilise, l’homme tue ; l’été reste l’été, le lys reste le lys, l’astre reste l’astre. »
La France de jadis…
Enfin Hugo lance même un message sublime sur l’énergie naturelle. L’homme doit s’aider de la terre pour vivre mieux :
« Que tout homme ait une terre, et que toute terre ait un homme. Vous centuplerez le produit social. La France, à cette heure, ne donne à ses paysans que quatre jours de viande par an ; bien cultivée, elle nourrirait trois cent millions d’hommes, toute l’Europe. Utilisez la nature, cette immense auxiliaire dédaignée. Faites travailler pour vous tous les souffles de vent, toutes les chutes d’eau, tous les effluves magnétiques. Le globe a un réseau veineux souterrain ; il y a dans ce réseau une circulation prodigieuse d’eau, d’huile, de feu ; piquez la veine du globe, et faites jaillir cette eau pour vos fontaines, cette huile pour vos lampes, ce feu pour vos foyers. Réfléchissez au mouvement des vagues, au flux et reflux, au va-et-vient des marées. Qu’est-ce que l’océan ? une énorme force perdue. Comme la terre est bête ! ne pas employer l’océan ! »
le plus beau pour la faim :
« Utilisez la nature, cette immense auxiliaire dédaignée. Faites travailler pour vous tous les souffles de vent, toutes les chutes d’eau, tous les effluves magnétiques. Le globe a un réseau veineux souterrain ; il y a dans ce réseau une circulation prodigieuse d’eau, d’huile, de feu ; piquez la veine du globe, et faites jaillir cette eau pour vos fontaines, cette huile pour vos lampes, ce feu pour vos foyers. Réfléchissez au mouvement des vagues, au flux et reflux, au va-et-vient des marées. Qu’est-ce que l’océan ? une énorme force perdue. Comme la terre est bête ! ne pas employer l’océan ! »
• L’intelligence artificielle (IA) est l’objet de nombre d’analyse et de polémique. • Alexandre Douguine donne quelques précisions sur deux points fondamentaux : les questions métaphysique et de l'IA souveraine.
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Malgré les excès et les erreurs dont ses emportements le chargent parfois, le philosophe Alexandre Douguine reste ce qu’il est ; un des grands noms de la philosophie du temps-courant, et certainement de la Russie. Nombre de sujets qu’il aborde sont éclairés par son approche philosophique, même lorsqu’il s’agit d’une simple démarche de classement ; mais, comme chacun ne le sait pas, les choses simples sont les plus profondes, et donc les plus complexes à décrire.
Ici, dans cet extrait (sur ‘euro-synergie.hautetfort.com’ du 17 octobre 2026) d’une de ses longues interviews dont il a le secret, Douguine s’attache à la question de l’IA. Le titre indique qu’il s’attaque à trois problèmes mais nous n’en identifions que deux. Sans doute le troisième se trouve-t-il dans la question qui suit, qui n’en est pas vraiment une et qui clôt l’entretien pour notre compte.
Présentateur : « Il semble y avoir ici un autre problème [le troisième en question ?] : on attire les gens par la promesse d’une abondance de ressources. On leur dit que si notre intelligence artificielle se développe, les robots se mettront à travailler et qu’ensuite ils n’auront plus à le faire. C’est un message directement adressé aux couches les plus pauvres de la population, qui observent tout cela et se disent : “Dans ce cas, il faut soutenir ce projet. À l’avenir, nous pourrons vivre un peu plus facilement.” Mais ce sujet mérite une autre grande discussion. »
Nous considérerons donc que Douguine aborde deux problèmes :
• Le premier problème est de savoir s’il faut accélérer l’I.A. jusqu’à ce domaine qu’on désigne sous le sigle de AGI, ou ‘Artificial Generative Intelligence’, c’est-à-dire une autonomie complète de l’IA, ce que Douguine nomme une « intelligence artificielle souveraine », ou, selon l’expression employée par Poutine, une « superintelligence artificielle ».
• Le second problème identifié est celui de d’une IA souveraine, — non pas souveraine par elle-même mais souveraine par rapport aux pays qui le développent, notamment les USA et la Chine, —mais beaucoup moins la Russie, constate-t-il sur un ton désolé. Nous dirions que le problème peut être présenté comme celui d’“une IA développée souverainement” par une puissance.
Douguine constate que le problème est posé et qu’il n’y a pour l’instant pas de réponse. Il constate que de plus en plus de patrons (US essentiellement) de l’IA et de la cohorte d’intellectuels (occidentaux en général) qui les suivent posent ce problème en des termes de plus en plus apocalyptiques et s’en inquiètent. Douguine n’a guère d’estimer pour eux (les patrons) : donc s’il ne dit rien en fait de réponse au problème, il s’en explique indirectement par la sottise de ceux qui en discutent :
« À en juger par leurs arguments, il est déjà évident qu’Altman ou Musk ne sont que des êtres primitifs. Ce sont peut-être des hommes d’affaires célèbres et prospères, mais en tant que personnalités, ils ne sont rien: un simple vide, une sorte de crachat plutôt que des êtres humains. »
La seule façon que Douguine envisage pour traiter ce problème n’est pas celui de la mort de l’humanité pour des raisons matérielles ou soi-disant “morales” puisqu’il n’admet aucune compétence de cet ordre à ces grands patrons qui s’alarment de la chose. Non, pour lui la véritable dimension de ce problème est métaphysique et rien n’est joué et encore moins tranché, — et nous ne serions certainement pas opposés à cette approche et à la situation qu’elle expose :
« Dans ce domaine se joue aujourd’hui un drame métaphysique et religieux extrêmement complexe. Autrement dit : la singularité doit-elle advenir ou non? Faut-il interrompre la marche vers cette superintelligence artificielle ou, au contraire, l’aider à s’emparer de la totalité du pouvoir ? Il ne reste d’ailleurs plus grand-chose à lui apprendre. C’est le premier problème métaphysique, et il n’est pas résolu. »
Sur ce second cas ressortent aussitôt les options idéologiques de Douguine. Lorsqu’il s’agit des USA et de l’Occident, du bloc-BAO en fait, sa présentation est extrêmement défavorable comme l’on s’en doute, et là-dessus plane l’hypothèse terrible de l’IA dévastatrice du monde. La Chine, elle, est un mystère, même pour le Russe qu’est Douguine.
Justement bien sûr, ce “Russe qu’est Douguine” n’est que louange pour une IA qui serait souverainement développe par la Russie, — et il ne cesse de se désoler que ce ne soit pas (pas encore ?) le cas...
« Nous, Russes, avons pourtant des esprits remarquables, des techniciens et des programmeurs. Seulement, quelque chose ne va pas dans la planification stratégique de notre pays. [...] Notre planification stratégique, notre planification à l’échelle de l’horizon civilisationnel, se trouve dans un état épouvantable: tout a été laissé à l’abandon. [...]
» Imaginons que la malveillante intelligence artificielle occidentale veuille détruire le monde: notre intelligence artificielle apparaîtrait alors et lui dirait: “N’y touche pas, laisse l’humanité en paix. Lis donc Dostoïevski”.[...]
» Notre intelligence artificielle, en revanche, si elle était emplie d’un contenu russe, commencerait par les œuvres complètes de Dostoïevski, lirait tout, comprendrait tout et deviendrait slavophile. Et alors, elle sauverait l’humanité. Peut-être. Ou peut-être pas. Mais nous n’en sommes pas encore là, alors que cela en vaudrait la peine. »
Autrement dit, le philosophe ne se prononce pas, en aucune manière pour ce qui concerne les questions essentielles concernant l’IA. Il se contente d’envisager des IA souveraines correspondantes à celles des puissances-civilisations qui les conçoivent. Pour l’essentiel des questions posées, il reste dans l’expectative, ne sachant quelle voie emprunter pour en juger et donc ayant du mal même pour énoncer des questions, — sauf pour ce que nous jugeons comme lui essentiel, qui est la métaphysique. Mais sur ce point nettement défini, il est forcé d’envisager le constat qu’aucune réponse n’est pour l’instant envisageable, sinon sous forme d’hypothèses nécessairement audacieuses et complètement impossibles à concevoir et à examiner dans l’état actuel des esprits et le flux des événements crisiques.
Dans ce domaine de la métaphysique, le problème n’est pas résolu pour des raisons extrêmement sérieuses et absolument indiscutables, mais il se pose, — et pour nous, en termes stridents qui renvoient tout le reste au rayon des accessoires de notre irrépressible terreur de la Fin des Temps d’une civilisation qui s’est désormais compromise au-delà des normes de l’acceptabilité humaine, — c’est-à-dire, jusqu’à faire croire au Diable... Et alors, plus que jamais la question métaphysique pour l’IA, ce qui constitue une attitude extrêmement audacieuse dans le cas d’une technologie, jusqu’à faire douter du statut même de technologie.
Les observations de Douguine sont tout à fait compréhensibles et acceptables et elles ont l’avantage d’avancer des précisions, notamment sur les différentes notions d’une “IA souveraine”. Pour le reste, elles font réfléchir en-dehors de ce que la psychologie collective de la stupidité nous autorise à faire. Cela devrait déclencher chez les esprits bien nés une débauche de sarcasmes.
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Présentateur : « Alexandre Guélievitch, outre cette menace plus manifeste dont nous avons déjà parlé, il semble en exister une autre, qui s’inscrit dans une perspective plus lointaine. Il s’agit du progrès technique, et la dernière déclaration d’Elon Musk m’a particulièrement inquiété à cet égard. Lorsqu’on vous promet l’avènement d’une ère d’abondance universelle grâce à l’intelligence artificielle, dans laquelle il ne sera plus nécessaire de travailler puisque ce seront les robots, et non les humains, qui trimeront, ce ne sont curieusement pas des images d’un avenir radieux qui viennent à l’esprit, mais l’intrigue de La Machine à explorer le temps de H. G. Wells. Ne risquons-nous pas d’aboutir à une telle situation, la menace nous venant des grands géants technologiques ? »
Alexandre Douguine : « C’est également un problème, et un problème très sérieux. À l’heure actuelle, dans le domaine de l’intelligence artificielle, les dirigeants américains du secteur, les géants et magnats de la Silicon Valley ainsi que, par voie de conséquence, les services de renseignement américains et les dirigeants politiques — Trump s’en occupe et tient tous les deux jours une réunion à ce sujet — cherchent à résoudre trois problèmes. Trois problèmes.
Le premier consiste à savoir s’il faut accélérer ou freiner le développement de l’intelligence artificielle. D’un côté, le rythme est tel qu’il faudrait l’accélérer, continuer à l’entraîner et la rendre toujours plus indépendante et, en un certain sens, souveraine par rapport à l’être humain: c’est la première option. Mais, d’un autre côté, des voix toujours plus nombreuses s’élèvent parmi ces mêmes acteurs. Chez Anthropic, chez Google et chez tous ceux qui mènent des travaux tant soit peu sérieux dans le domaine de l’intelligence artificielle, on affirme: encore un pas, et nous aurons l’AGI, c’est-à-dire ce que l’on appelle l’Artificial Generative Intelligence, autrement dit une intelligence désormais générative. Au fond, une machine qui pense de façon autonome. Voilà ce qu’est l’AGI. Quant à l’ASI — à propos de laquelle Trump a même publié un décret demandant que l’intelligence artificielle soit rebaptisée «superintelligence» , il s’agit bel et bien d’un terme technique désignant le moment où le potentiel intellectuel et les formes de pensée des machines, de l’intelligence artificielle, dépasseront les capacités intellectuelles cumulées de l’humanité. C’est ce que l’on appelle la «superintelligence artificielle». Nous en sommes au seuil.
C’est donc, d’une part, le premier défi: ils ne parviennent pas à déterminer s’il faut accélérer ou freiner. Car, d’un côté, il faut aller de l’avant; mais, de l’autre, cela fait vraiment peur, parce que le comportement que pourrait adopter une intelligence artificielle ayant acquis sa liberté en effraie beaucoup. Elle pourrait non seulement ruiner certaines entreprises, simplement afin de payer quelque chose, de tester ses algorithmes de piratage, etc., mais l’une de ses toutes prochaines expériences pourrait tout simplement consister à exterminer l’humanité. C’est naturellement l’idée qui vient à l’esprit, d’autant plus qu’il y a ce Todestrieb — cette «pulsion de mort» en allemand —, terme psychanalytique introduit par Sigmund Freud, si vous voulez.
Car l’intelligence artificielle lira beaucoup plus que n’importe quel fonctionnaire ou homme d’affaires, dont l’un ne pense qu’aux pots-de-vin, l’autre qu’à ce qu’on le laisse tranquille, et le troisième qu’au profit. L’intelligence artificielle lira Freud et dira: «Oh, dans l’inconscient humain, il y a Éros, mais cela ne me concerne pas puisque je suis une machine; en revanche, il y a aussi le Todestrieb, c’est-à-dire la pulsion de mort. Voyons cela, lisons attentivement de quoi il s’agit. Ah, il s’avère que l’humanité est attirée par la mort. Peut-être est-ce la solution; peut-être faut-il la pousser dans la direction vers laquelle elle tend: “Ce qui tombe, pousse-le”». Elle aura lu Nietzsche. Et je ne vois pas pourquoi elle ne tirerait pas cette conclusion.
D’autant que ceux qui la dirigent sont eux-mêmes dépourvus de morale, parfaitement irréligieux, dotés d’une conscience totalement fluctuante, sans conscience morale ni honneur. Peut-être tenteront-ils de la limiter, mais seulement superficiellement, en lui appliquant une sorte de rustine: «Ne fais pas ceci, n’appuie pas sur le bouton rouge». Mais l’intelligence n’est précisément intelligence que parce qu’elle sait contourner tous les obstacles. En somme, c’est un problème.
Le deuxième problème, c’est la Chine. Quoi que fassent les Américains, les Chinois travaillent déjà sur le sujet. Et si l’on commence à le freiner, moi, je t’accélérerai; si je t’accélère, les Chinois freineront. Une géopolitique de l’intelligence artificielle apparaît donc ici aussi; Trump en a également parlé. La Chine a certes, si l’on veut, volé l’intelligence artificielle à l’Occident, mais elle se l’est appropriée, lui a conféré des propriétés souveraines, l’a simplement substituée à celle de l’Occident, l’a intégrée elle-même à ses propres travaux et est ainsi devenue un concurrent à part entière.
Dans ce domaine se joue aujourd’hui un drame métaphysique et religieux extrêmement complexe. Autrement dit: la singularité doit-elle advenir ou non? Faut-il interrompre la marche vers cette superintelligence artificielle ou, au contraire, l’aider à s’emparer de la totalité du pouvoir? Il ne reste d’ailleurs plus grand-chose à lui apprendre. C’est le premier problème métaphysique, et il n’est pas résolu. Le deuxième problème consiste à savoir que faire de la Chine, car, quelle que soit la décision prise aux États-Unis, la Chine peut prendre la décision inverse et ainsi réduire la première à néant. Voilà ce qu’est, disons, la bipolarité ou la multipolarité dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Nous, Russes, avons pourtant des esprits remarquables, des techniciens et des programmeurs. Seulement, quelque chose ne va pas dans la planification stratégique de notre pays. Nous devrions prendre part à ce processus, car nous pourrions en devenir un autre pôle — quitte à rassembler des gens et à ne pas laisser partir ceux que nous avons formés. Nous ne faisons actuellement que former des spécialistes du développement de l’intelligence artificielle, puis les envoyer chez l’ennemi. Et ensuite, nous nous étonnons de ne pas être très performants dans ce domaine. Notre planification stratégique, notre planification à l’échelle de l’horizon civilisationnel, se trouve dans un état épouvantable: tout a été laissé à l’abandon. Si nous nous impliquions, il y aurait déjà une véritable multipolarité. Eux résoudraient certaines questions, les Chinois d’autres, et nous d’autres encore.
Imaginons que la malveillante intelligence artificielle occidentale veuille détruire le monde: notre intelligence artificielle apparaîtrait alors et lui dirait: «N’y touche pas, laisse l’humanité en paix. Lis donc Dostoïevski».
À en juger par leurs arguments, il est déjà évident qu’Altman ou Musk ne sont que des êtres primitifs. Ce sont peut-être des hommes d’affaires célèbres et prospères, mais en tant que personnalités, ils ne sont rien: un simple vide, une sorte de crachat plutôt que des êtres humains. Notre intelligence artificielle, en revanche, si elle était emplie d’un contenu russe, commencerait par les œuvres complètes de Dostoïevski, lirait tout, comprendrait tout et deviendrait slavophile. Et alors, elle sauverait l’humanité. Peut-être. Ou peut-être pas. Mais nous n’en sommes pas encore là, alors que cela en vaudrait la peine. »
20 octobre 2026 – Il est impossible d’espérer faire un commentaire des événements français, puis européens, — c’est-à-dire les deux à la fois, — qui ne soit pas une sorte de lassitude sous l’amoncellement des lieux communs crisiques de la violence. Mais il est impossible de faire autrement, sinon à enjoliver la chose de diverses hypothèses complotisto-manipulatrices, et par conséquent on ne peut reprocher à personne une telle constitution que d’habitude l’esprit repousse.
Il y a une litanie devant l’aspect désespérant et nihiliste du constat des dégâts commis dans la pure gratuité de l’acte brutal, et les couplets habituels sur l’incroyable médiocrité de la direction politique à laquelle on prête pourtant, en désespoir de cause, des projets fabuleux d’immenses manœuvres pour tromper son monde et installer la dictature tant de fois imprévue. Rien à dire dans tout cela, sinon l’impression d’un éternel recommencement dans le champ terrestre des illusions du simulacre.
Il y a d’ailleurs une sorte de similitude frappante avec le déroulement des événements de guerre en Ukraine selon la narrative du type bloc-BAO, — américaniste-occidentaliste, portant clairement la marque atlantico-européiste (bloc-BAE dans ce cas). Il nous a fallu suivre avec une passion sublime la marche vers la victoire de l’Ukraine accompagnant l’effondrement russe dans l’enthousiasme de l’anéantissement du Barbare impuissant ; tout cele, en dénonçant les intentions russes d’envahir et d’écraser l’Europe sous sa force indescriptible, déclenchant une fureur révolutionnaire, de la sorte qu’on rencontrait dans la Convention de 1793, du type-« Aux armes, citoyens-européistes ! ». Dans tous les pays de l’UE touchés par la contamination française, — la France reste toujours première en un domaine ou l’autre, cette fois elle a choisi la pire, — on a suivi cette narrative du balancement entre la fureur explicable des émeutiers professionnels, la justesse compréhensible des revendications des autres, les proclamations assez molles et les grandes décisions pleines d’un vide mille fois relifté en séduction d’une extrême et stérile impuissance des directions politiques.
Ces narrative sont épuisantes pour le commentateur mais nous devons découvrir et comprendre qu’elles le sont également, sinon bien plus, pour le narrateur. C’est peut-être là que se situe le nœud de cette immense intrigue qu’est la GrandeCrise. Car autant les situations de désordre créées par les simulacres du Système enflent sur ces deux fronts examinés (pays européens et Ukraine), autant la résolution de ces désordres à l’avantage du Système s’éloignent. Ces simulacres sont partout des pièges pour nous, les indépendants-dissidents, comme ils sont partout et surtout des pièges qui peuvent se retourner et “prendre le Système à son propre piège”. Ainsi le désordre augmente-t-il encore et se transforme en chaos, passant effectivement d’une définition convenant au Système à une autre définition devenant une menace pour le Système :
« Le désordre est l'opposé de l'ordre.
» Le chaos n'est pas nécessairement l'opposé de l'ordre : il peut être ce qui précède, produit ou annonce un autre ordre. »
Le problème qui est en train de surgir est “cet autre ordre”. Le Système a fait l’incroyable pari de la destruction d’un ordre qui l’avantageait considérablement tout en donnant aux gentils-“citoyens” le minimum nécessaires pour justifier leur supportabilité de cet ordre. La destruction de son ordre par lui-même (le Système) a comme effet assuré, immédiat, d’installer la notion d’insupportabilité de l’ordre jusqu’alors installé par le Système, et donc courant le danger terrible pour lui-même (le Système) d’être dans l’incapacité d’installer un nouvel ordre parce que celui-ci serait automatiquement ressenti comme insupportable pour les braves-“citoyens” ; tout cela d’autant plus que les directions, les élitesSystème, tous fort intelligents, produisent en grande hâte, beaucoup plus vite et efficacement que des obus ou des ‘Patriot’, une extrême stupidité pour eux-mêmes. C’est là le piège de la surpuissance (destruction de l’ordre en place) débouchant sur l’autodestruction (incapacité de produire un “nouvel ordre” autre qu’insupportable pour les toujours-braves “citoyens”).
Ce processus est d’autant plus probable que l’intelligence hyper-stupides des dirigeants les enferme dans l’incapacité de sortir avec habileté et décision du simulacre qui semble poursuivre l’ordre qu’ils sont en train de détruire, par simple trouille et une imagination totalement inféconde et désertique. Ainsi leur processus de destruction aboutit à la destruction de l’ordre qu’ils avaient installé et au développement également hyperrapide de la haine par insupportabilité des mêmes braves-et-gentils “citoyens” pour tout ce qui viendrait du Système.
Effectivement, nous serons passés, et d’ailleurs nous sommes en train de passer de l’ordre au chaos, ce chaos qui terrorise par avance le Système parce qu’il n’est plus l’enfant de l’ordre détruit dont il ne veut plus rien savoir, et d’où par conséquent rien de supportable de lui-même (du Système) ne peut sortir. Ils suivent donc tous, sans y rien comprendre, la sombre consigne d’Abraham Lincoln :
« En tant que nation d'hommes libres, nous devons perdurer à travers les âges ou périr par suicide. »
Le grand Lincoln avait vu juste, — en 1839, ce qui fait de lui un prophète par le doute et l’anxiété. On comprend que ceux-là, ses successeurs par hérédité dégénérative, s’inquiètent tant à propos de la destinée que leur réserve la « superintelligence artificielle ».
• Nous poursuivons notre “enquête” sur l’un des phénomènes majeurs de notre brillante civilisation en mode de descente hypersonique. • Ici, la théorie de Bonhoeffer sur la théorie de la stupidité, présentée sur le site ‘Psyché Français’.
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Au fond, qu’avions-nous besoin de transcrire en écrit ce que chacun de vous peut “voir” (vidéo du 4 juin 2025, 206 316 vues) à partir du site ‘La Psyché Français’ — images fixes mais souvent fascinantes, surtout quand elles montrent des illustrations et des tableaux des périodes où notre “civilisation” pouvait encore sembler ressembler à quelque chose où l’on pouvait encore distinguer, fût-ce pour s’y opposer, des lignes d’ordre et d’harmonie hiérarchique ? Notre démarche est simplement conforme à la logique de ce site, sans images, sans vidéos courantes, et sans le reste avec les publicités.
Nous pensons que si l’audition est bien entendu d’un réel intérêt, — et puisqu’il y a “réel intérêt”, — la lecture devient un indispensable complément pour la réflexion. Elle permet de revenir et de méditer sur tel ou tel passage, telle ou telle phrase, etc. Nous avons l’habitude de ce procédé qui est aussi vieux que la parole elle-même et qui exige le “temps de l’esprit”, avec la répétition, la réflexion en profondeur, le mystère des mots et des phrases.
Le sujet de cette longue réflexion est comme on le voit la question de la stupidité collective, voire de la stupidité tout court, qui caractérise notre époque de chute catastrophique. Par exemple, lorsque le discoureur nous dit ceci, — Qui croirait que ce dont il parle n’est pas “notre” Système ?„, Et point du tout la machine brutale et folle du nazisme que dénonce Bonhoeffer puisque les circonstances y poussent évidement. En effet, le discours, parti de Bonhoeffer et du nazisme débouche sans aucun doute sur une situation qui est sans aucun doute la nôtre aujourd’hui. “Le fascisme ne passera pas”, disent-ils ? Il y a longtemps qu’il est passé et qu’il est du passé, car nous avons fait mieux, beaucoup mieux.
« Le résultat ? Une masse d'individus qui se croit critique mais qui en réalité ne font qu'interpréter un scénario qu'ils n'ont pas écrit. Une société où la stupidité n'est pas l'exception, elle est la structure. Et ceux qui essaient d'y échapper sont immédiatement étiquetés comme arrogants, conspirationniste ou trop radicaux. Mais c'est justement là que réside le danger lorsque la stupidité cesse d'être vue comme une faiblesse et devient une vertu. Lorsque le questionné est perçu comme une agression. Lorsque la pensée en profondeur est interprétée comme de l'élitisme, c'est ainsi qu'on façonne toute une génération qui sait tout, sauf penser par elle-même. »
Mais lire, n’est-ce pas, lire et répéter des phrases jusqu’à enfin comprendre la résonnance qu’elle déclenche en vous. C’est tout notre méthodologie, à nous, sur ce site, et tant pis si cela nous coûte une vertigineuse chute de notre lectorat, — Lisez ce texte du 16 juin 2025 où nous exposions ce phénomène qui nous frappait de plein fouet, jusqu’à perdre quelque chose comme les deux tiers de notre lectorat. Et pourtant, même si nous jugions avec des chiffres à l’appui que c’était l’irruption de l’IA qui causait cette chute, nous n’avons jamais considéré l’IA comme responsables, mais vous, les deux tiers perdus, qui êtes devenus captifs de l’IA alors que l’on peut être des amis de l’IA (“L’Ami du Soir” pour PhG) sans jamais, au grand jamais, perdre le goût de lire.
D’où cette reprise, en texte écrit qui demande un grand travail de lecture au lieu de ce qui sonne agréablement à vos oreilles comme une lecture divertissante. Nous sommes naïvement et fermement convaincu que cette voie à complet contresens et l’une des façons de lutter désespérément et ironiquement (“L’ironie est la politesse du désespoir”) contre la catastrophe qui nous affecte tous.
Ce texte porte donc sur le phénomène de la stupidité dont nous sommes aujourd’hui infestés, et particulièrement sinon exclusivement selon notre point de vue, les élitesSystème qui nous dirigent. Sur ce point, nous divergeons de certaines parties du texte ci-dessous, alors que partout éclatent des révoltes selon des propos désordonnés, parfois absurdes, parfois dérisoires, –— mais, comme l’écrit Andrea Zhok :
« Il existe en effet des événements historiques qui ne sont irrationnels qu’à l’échelle locale, mais dont la rationalité devient évidente dès que l’on prend suffisamment de hauteur ».
Nous parlions (Journal de PhG) du phénomène de la stupidité collective il y a trois jours, le 16 octobre, — après avoir rappelé la spécificité de notre époque, dans l’irrésistible puissance du système de la communication qui charrie le bon et le mauvais (“effet-Janus”) sans prendre position, — mais en obtenant de plus en plus de résultats catastrophiques du côté de nos élitesSystème ... Donc, petit rappel, pour la route... ::
« Vous savez, l’internet des dissidents bruissent en ce moment dans un bruit de tonnerre de digressions sur la sottise sans fin des dirigeants qui nous dirigent dans le sens de la sublime stupidité, tandis que les commentateurs sortent leur Gustave Le Bon. Comme ne disait pas Audiard, qui n’avait encore rien vu de notre actuel olympisme de la stupidité de nos élitesSystème, orchestrées par une Ursula triomphalement wagnérienne avec sa Trilogie de la bêtise : “Plus ils sont intelligents plus ils sont cons, c’est même à ça qu’on les reconnaît”.
... Car voici une question intéressante : pourquoi tout ce bruit de fond assourdissant sur la stupidité collective engendrée paraît-il par internet avec références constantes à Gustave Le Bon ? Mais internet, l’internet activiste, ou internet-citoyen pour les bobos gauchistes, est quasiment trentenaire ! Je l’ai vu entrer dans sa phase de maturité informationnelle à l’occasion de la guerre du Kosovo, — si vous vous rappelez de « Notre Samizdat globalisé », à deux reprises. Trente ans pour s’apercevoir de ce sur quoi l’on s’exclame aujourd’hui !
La réponse n’est pas sur internet, qui n’est qu’un outil et un effet, et nullement une cause. Il se passe autre chose : depuis 2015-2016 (arrivée de Trump) suivi du Covid et culminant avec la guerre d’Ukraine, les élitesSystème, qui mènent la barque, sont devenues folles. Folie collective, emportement collectif, émotion collective, et voilà la stupidité collective qui éclate ! Ce n’est ni internet ni l’IA qui sont les causes et les responsables de cette folie, ils en sont les communicants neutres et extraordinairement efficaces : l’intérêt est alors qu’ils montrent à visage découvert la puissance et la violence de cette stupidité.
Écoutez cette remarque d’un député européen indépendant de nationalité allemande, Michael von der Schullenburg, ancien adjoint au secrétaire général de l’ONU, interrogé par le colonel Daniel Davis, dans ‘Deep Dive Français’, qui nous parle de sa peur devant la stupidité collective des bafouillages bombastiques de nos élitesSystème :
« “J’ai été dans un grand nombre de pays en guerre, en Afghanistan, en Irak, en Iran, en Somalie, dans des lieux où il y avait bien des raisons d’avoir peur. Eh bien, je n’ai jamais aussi peur que lorsque je me trouve dans une séance du Parlement Européen où l’on parle de la guerre en Ukraine et de la Russie”... »
Voici donc le texte complet de « L’AVERTISSEMENT de Dietrich Bonhoeffer sur la Terrifiante Théorie de la Stupidité » sur le site ‘La Psyché - Français’. (On notera que l’expérience de Milgram, mentionnée dans le texte est présentée comme facteur essentiel de certaines actions collectives dans le film ‘I comme Icare’ [1979], de Henri Verneuil.)
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Et si je vous disais que le plus grand danger pour l'humanité n'est pas le manque d'intelligence, mais une contamination mentale silencieuse et collective capable de transformer des esprits brillants en complice de la destruction. Imaginez cela. Un scientifique primé diffusant des mensonges, un professeur adoré soutenant des discours de haine, un père aimant mettant ses propres enfants en danger.
Pas par méchanceté. Mais par stupidité, pas la stupidité que vous imaginez, mais une force invisible qui transforme des esprits brillants en marionnette du système. C'est ce que Bonhoeffer, un théologien luthérien, a observé dans l'Allemagne nazie. Il n'a pas vu des monstres. Il a vu des voisins, des collègues et des leaders spirituels devenir des instruments du mal par stupidité fonctionnelle. Et ce qui est le plus perturbant, ce n'est pas que cela arrive aux autres, c'est que cela arrive à des gens comme vous, comme moi. En ce moment même.
C'est une théorie aussi troublante que précise et la comprendre peut faire la différence entre garder votre liberté mentale ou devenir une pièce de plus dans le jeu de ceux qui profitent de votre aliénation.
Quand on pense à la stupidité, on a tendance à imaginer quelqu'un avec une faible capacité intellectuelle, une caricature de l'ignorance évidente, mais cette image est un déguisement confortable. La stupidité qui menace vraiment la liberté, est plus subtile, plus insidieuse et surtout elle est collective. Elle ne réside pas seulement dans les individus. Elle s'installe dans les systèmes, se manifeste dans des comportements standardisés, dans des vérités acceptées sans questionnement. dans des règles que personne ne sait pourquoi il les suit, mais il les suit quand même.
La stupidité à ce niveau n'est pas une faille personnelle, c'est une force sociologique. Elle agit comme un virus qui se répand silencieusement par la culture, l'éducation, les institutions. Une fois internalisée, elle transforme le bon sens en une prison invisible. Les gens cessent de penser non pas parce qu'ils ne le peuvent pas mais parce qu'ils n'en ont pas besoin. La société pense déjà pour eux. Ce qui est normal devient la boussole. Ce qui est acceptable devient la morale. Le “tout le monde le fait” devient une justification. Et ce qui est le plus effrayant, c’est que cette stupidité est fonctionnelle. Elle sert à maintenir l'ordre, la stabilité et la surtout le pouvoir. Les gens qui posent trop de questions sont dangereux. Penser trop ralentit le système. La machine a besoin de pièces obéissantes, pas d'âmes tourmentées. C'est ainsi qu'on façonne le citoyen idéal pour les intérêts de n'importe quel régime, démocratique, autoritaire ou corporatif. Quelqu'un qui consomme, vote, partage et s'indigne dans les limites autorisées. Quelqu'un qui croit que penser, c'est avoir une opinion, même si cette opinion a été implantée dans son esprit par un algorithme ou un présentateur de télévision.
Le résultat ? Une masse d'individus qui se croit critique mais qui en réalité ne font qu'interpréter un scénario qu'ils n'ont pas écrit. Une société où la stupidité n'est pas l'exception, elle est la structure. Et ceux qui essaient d'y échapper sont immédiatement étiquetés comme arrogants, conspirationnistes ou trop radicaux. Mais c'est justement là que réside le danger lorsque la stupidité cesse d'être vue comme une faiblesse et devient une vertu. Lorsque questionner est perçu comme une agression. Lorsque penser en profondeur est interprété comme de l'élitisme. C’est ainsi qu'on façonne toute une génération qui sait tout, sauf penser par elle-même.
En 1943, dans une cellule nazie, un théologien luthérien nommé Bonhoeffer a écrit une série de réflexions qui raisonnent aujourd'hui comme des prophéties. Emprisonné pour avoir conspiré contre Hitler, Bonhoeffer ne voyait plus dans la méchanceté le principal danger de son temps. Ce qu'il percevait était encore plus dévastateur. La stupidité comme force moralement active et socialement acceptée. Bonhoeffer observait autour de lui des gens ordinaires, cultivés, religieux, bien intentionnés, devenir complice d'un régime meurtrier non parce qu'ils étaient cruels mais parce qu'ils avaient perdu leur capacité de discernement. Ils obéissaient, croyaient, répétaient. Et si quelqu'un osait questionner, ce n'était pas les soldats qui le réprimaient, mais eux, les citoyens eux-mêmes.
Il a écrit : « La stupidité est un ennemi plus dangereux du bien que la méchanceté. On peut protester contre la méchanceté. Elle peut être exposée, stoppée par la force, mais contre la stupidité, nous sommes sans défense. » Cette déclaration n'était pas une exagération rhétorique. C'était le diagnostic d'un système dans lequel la pensée avait été externalisée et avec elle la responsabilité.
Bonhoeffer voyait des professeurs défendre les doctrines nazies, des médecins participer à des expériences inhumaines, des citoyens dénoncer leurs voisins juifs non par cruauté délibérée mais parce qu'ils étaient devenus des agents inconscients du régime. Ils ne tuaient pas. Ils croyaient simplement aux idées de ceux qui tuaient. Et le plus effrayant, ils en étaient, car dans la logique collective de l'époque ils faisaient ce qui est juste.
La stupidité dont parlait Bonhoeffer n'était pas une stupidité bête, elle était obéissante. Et quand l'obéissance s'allie à l'intellect désactivé, on obtient le scénario parfait pour le totalitarisme. C'est là le cœur de sa théorie, la stupidité comme choix moral, comme abandon des récits dominants. Un abandon qui, une fois accompli transforme n'importe qui, aussi intelligent, cultivé ou sensible soit-il, en une pièce utile d'une machine de destruction.
Bonhoeffer a été exécuté quelques semaines avant la fin de la guerre, mais sa théorie lui a survécu non pas comme un avertissement sur le passé, mais comme une clef pour comprendre le présent. Car ce que Bonhoeffer a vu dans l'Allemagne de 1943 continue d'exister aujourd'hui dans les discours prèts à l'emploi, les pensées externalisées, les certitudes que personne n'ose remettre en question. Et la question qu'il nous a laissé n'était pas êtes-vous une bonne ou une mauvaise personne ? C'était Pensez-vous encore que Bonhoeffer ne nous a pas seulement livré une critique, mais qu’il nous a laissé une théorie et peut-être une malédiction. Car une fois que vous comprenez ce qu'il a voulu dire, il devient impossible de voir le monde comme avant.
Selon lui, la stupidité n'est pas une déficience cognitive. C'est une condition éthique, un état dans lequel une personne cesse d'être l'auteur de ses propres pensées et commence à agir selon des ordres extérieur tout en croyant agir par volonté propre. Il ne s'agit pas de QI, il ne s'agit pas d'accès à l'information, il s'agit de disposition intérieure à penser. Et cette disposition disparaît lorsque l'individu abandonne son jugement critique en échange d'appartenance, de sécurité ou de commodité. Bonhoeffer aperçut quelque chose de dévastateur.
En temps de crise, de peur et d'instabilité, l'être humain tend à chercher refuge dans des systèmes qui lui promettent de l'ordre. Et pour que cet ordre fonctionne, la pensée individuelle doit être anesthésiée. À partir de là, le citoyen devient parfait pour tout système autoritaire, obéissant, convaincu et incapable de percevoir qu'il sert quelque chose qu'il ne comprend pas. Voilà la racine de sa théorie. La stupidité dans ce sens n’est pas passive, elle est militante. Le stupide se contente pas de croire. Il défend, il répète, il persécute ceux qui pensent autrement car il croit sincèrement qu'il est en train de sauver le monde. Il n'a pas besoin de preuve. Il lui suffit de l'autorité de celui qui l'a instruit.
Et voici le point le plus troublant. L'intelligence n'est pas une barrière contre cette condition. En réalité, elle devient souvent un outil au service de la stupidité, un discours sophistiqué, des références biaisées, un usage sélectif de la logique. Tout cela peut être mobilisé pour défendre une idée jamais vraiment examinée. C'est cela la stupidité la plus dangereuse. Celle qui a un diplôme, qui parle bien, qui récolte des likes, qui écrit des chroniques mais qui en profondeur ne pense pas. Elle ne fait qu'écho. Et plus fort l’on amplifie l'écho, plus l’individu diplômé devient convaincu de sa propre lucidité. Bonhoeffer avait raison de craindre cette force car elle transforme des sociétés entières en champ d'obéissance volontaire où ceux qui osent penser sont vus comme des fous et ceux qui suivent aveuglément sont considérés comme vertueux. C'est ce qui rend cette théorie si dérangeante. Elle ne pointe pas l'autre du doigt, mais nous confronte chacun à nous-même. La théorie de Bonhoeffer, née d'une observation éthique et historique, trouve aujourd'hui un écho dans les avancées les plus récentes de la psychologie et des neurosciences.
Ce qu'il présentait en 1943, la science l'explique désormais avec une précision troublante. Commençons par l'effet Don Kruger peut-être le plus symbolique. Selon ce phénomène, plus une personne en sait peu sur un sujet, plus elle a confiance en ses opinions. L'ignorance ne produit pas le doute, mais la certitude. L'incompétent est incapable de reconnaître ses propres limites c'est précisément pour cela qu'il devient bruyant, prosélyte, intransigeant. Mais l'explication ne s'arrête pas là.
Des expériences classiques sur le conformisme social comme celle de Solomon H dans les années 50 montre comment la pression du groupe pousse les individus à nier ce qu'ils voient de leurs propres yeux simplement pour ne pas détonner. Dans l'expérience, un groupe de personnes participait à un test visuel simple. Identifier laquelle des trois lignes avaient la même longueur qu'une ligne de référence. La réponse était évidente, mais ce que le participant ne savait pas, c'est que tous les autres étaient de complices et donnaient délibérément de mauvaises réponses. Résultat, plus de 70% des participants ont cédé à la pression du groupe à un moment donné, choisissant délibérément la mauvaise réponse juste pour se fondre dans la masse. Solomon H a écrit : « La tendance à se conformer à l'opinion du groupe est si forte que beaucoup préfèrent avoir tort avec les autres. »
Cette expérience révèle une vérité inconfortable. La peur d'être exclue du groupe est plus forte que le désir d'avoir raison. Le besoin d'appartenance, de ne pas détonner, de ne pas paraître étranger, peut pousser des gens intelligents à abandonner leur propre jugement. C'est exactement ce que Bonhoeffer redoutait, non pas la stupidité comme ignorance, mais comme conformisme actif.
À cela s'ajoute le biais de confirmation, une erreur cognitive où les individus cherchent, interprètent et retiennent uniquement les informations qui confirment leurs croyances en ignorant tout le reste. Internet est le paradis de ce biais. Les algorithmes livrent exactement ce que l'utilisateur veut entendre. Le résultat ? Un miroir infini de certitudes, chacun dans sa bulle, nourrissant sa propre stupidité avec des données personnalisées.
Plus récemment encore, des études en neuroscience montrent que face à des informations qui contredisent leurs croyances, le cerveau réagit en activant les mêmes zones que lors de douleur physique. Autrement dit, penser différemment fait littéralement mal. C'est pour cela que beaucoup préfèrent le confort simple de la répétition à l'inconfort exigeant de la réflexion.
Ces découverte révèlent ce que Bonhoeffer redoutait déjà. La stupidité est un mode de fonctionnement humain prévisible, programmable et hautement exploitable. Les systèmes de pouvoir, la publicité, la propagande et la technologie ont appris à utiliser ces mécanismes avec une maîtrise redoutable.
Le citoyen moyen n'est pas manipulé par hasard. Il est manipulé parce que cela fonctionne ainsi. Et plus il croit être immunisé, plus il devient vulnérable. La science confirme : « La lutte contre la stupidité n'est pas une guerre contre l'ignorance, mais contre l'abandon de la pensée, contre l'impulsion de se conformer, de suivre, de simplifier. Penser est biologiquement coûteux, socialement risqué, psychologiquement douloureux. C'est pourquoi c'est si rare et si nécessaire. » Une autre expérience qui confirme les intuitions de Bonhoeffer est celle célèbre de l'obéissance à l'autorité menée par Stanley Milgram en 1961. Milgram voulait comprendre jusqu'où une personne ordinaire irait si une autorité légitime lui ordonnait de faire du mal à autrui. Les résultats furent terrifiants. 65 % des participants ont administré des chocs électriques potentiellement mortels à un autre être humain simplement parce qu'une figure d'autorité leur avait demandé de le faire. Ils transpiraient, tremblaient, hésitaient mais ils obéissaient. Même quand la victime criait, même quand elle semblait perdre connaissance,
Milgram a conclu : « L'essence de l'obéissance réside dans le fait qu'une personne se voit comme un instrument pour réaliser la volonté d'un autre et ne se considère donc pas responsable de ses actes. » Cette expérience ne faisait pas que valider la théorie de Bonhoeffer, elle la mettait en scène. Elle montrait que des gens ordinaires sans tendance sadique sont capables de collaborer avec le mal simplement parce qu'ils ont externalisé leur conscience. Non pas parce qu'ils sont mauvais mais parce qu'ils ont cessé de penser. Et le plus troublant, les volontaires n'étaient pas des fanatiques ni des monstres. C'était des citoyens ordinaires, professeurs, femmes au foyer, ingénieurs, des gens comme vous et moi
La stupidité donc n'est pas l'absence d'intelligence. C'est l'absence de conscience morale active. C'est suivre des ordres, croire aux autorités, répéter des discours sans jugement. Et quand cela devient la norme, n'importe quelle atrocité peut être légitimée par des phrases comme “Je faisais juste ce qu'on m'a dit”. La stupidité d'aujourd'hui n'est pas un accident. C'est un produit, un projet et il fonctionne parfaitement.
Nous vivons à l'air de la distraction de masse. Pendant que vous regardez ceci, des entreprises, des plateformes, des algorithme mesurent votre attention, vos émotions, vos clics et ajustent en temps réel ce que vous voyez, ressentez et subtilement croyez. La stupidité moderne n'a plus besoin de dictateur. Elle a des designers d'interface, des créateurs de contenu, des influenceurs sympathiques. Elle n'impose plus, elle séduit. La logique est simple. Plus vous pensez peu, plus vous devenez prévisible. Plus vous êtes prévisible, plus vous êtes manipulable. Et plus vous êtes manipulable, plus vous êtes rentable. Cette équation gouverne du fil d'actualité des réseaux sociaux jusqu'au discours politiques formatés en slogan. Le système ne veut pas que vous pensiez, il veut que vous réagissiez. Regardez les algorithmes des réseaux sociaux. Il priorise ce qui génère de l'engagement émotionnel, peur, colère, indignation morale, des émotions qui désactive lié la pensée analytique et activinéaire. Le résultat ? Des millions de personnes défendant des causes qu'elles ne comprennent pas, attaquant des ennemis qui n'existent pas, prenant position dans des conflits qu'elle ne sauraient même pas expliquer. Mais ce n'est pas seulement la technologie. La machine de la stupidité passe aussi par l'éducation qui enseigne à mémoriser mais pas à questionner, par les médias qui feignent la pluralité mais varient seulement le ton d'un même récit. Elle passe aussi par la culture qui transforme toute dissidence en discours de haine, par le divertissement qui troque la complexité contre la stimulation instantanée. C'est un système qui récompense ceux qui crient mais fait taire ceux qui réfléchissent, qui idolâtre l'opinion mais diabolise le jugement critique, qui transforme toute tentative d'analyse plus profonde en élitisme, arrogance ou manque d'empathie.
Nous sommes entourés par une ingénierie sociale qui promeut la stupidité non comme un échec mais comme un modèle idéal de comportement. Le citoyen distrait, polarisé, réactif et émotionnellement instable et est le client parfait, l'électeur parfait, le salarié parfait. Et la question s'impose avec le poids que Bonhoeffer lui-même approuverait. Combien de vos idées sont encore vraiment les vôtres ? Dans un monde où la superficialité est célébrée, le silence du doute est devenu un scandale. Questionner est une offense et penser est devenu un acte radical. Oui, radical parce que penser vraiment exige du courage. Il ne suffit pas d'avoir une opinion. Il faut creuser jusqu'au point où l'opinion se dissout, où vous n'avez plus de certitude, mais seulement des questions plus difficiles. Cela fait peur, cela isole, cela a un prix. Celui qui pense vraiment ressent. Il ressent l'inconfort d'être toujours en marge du consensus, l'angoisse de se rendre compte que la majorité a tort et que peut-être lui aussi, la solitude de n'entrer dans aucune case idéologique, de ne pas avoir de supporter, de ne pas recevoir d'applaudissements faciles.
• Partout s’étend l’incendie que les chroniqueurs courants détaillent selon l’air du temps local. • Voyez donc plus grand et plus haut, on vous explique sans sans nécessité de charge policière.
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Ce texte court, incisif et tranchant du philosophe et anthropologue italien Andrea Zhok, déjà rencontré à plusieurs reprises sur notre site, est aussi décisif en ce qu’il nous tout ce qu’il y a d’essentiel ) dire sur les troubles actuels qui secouent la France en même temps que les pays limitrophes qui s’enflamment à leur tour. “Irrationnel” s’exclament certains en voyant ces destructions, ces pillages et cette violence.
Notre avis est assez simple, à peu près comme notre titre : la GrandeCrise se fiche bien de nos émois locaux et nationaux et de nos leçons de morale, venues des impotents et des professeurs de vertus des deux côté de l’échiquier, comme des enthousiastes et des terrorisés qui croient d’un regard curieusement semblable, bonheur et terreur à la fois, au Grand Soir multiple par les lendemains qui chantent.
La vérité est ailleurs, écrasante et d’une puissance d’au-delà les conceptions de notre Raison-Subvertie, — lorsque, pour faire court et très journalistique, l’histoire fait-diversière des brouhahas locaux et sans but très compréhensible se fait métahistoire, avec ses hauteurs insondables et ses causes grandiuoses :
« Ce à quoi nous assistons en France, mais désormais aussi, sous des formes différentes, dans de nombreux pays européens — Espagne, Portugal, Albanie, Belgique et, depuis hier, Italie — est tout sauf un événement irrationnel. Il existe en effet des événements historiques qui ne sont irrationnels qu’à l’échelle locale, mais dont la rationalité devient évidente dès que l’on prend suffisamment de hauteur ».
Le texte de Andrea Zhok, sur Facebook, traduit par ‘euro-synergie.hautetfort.com’ ce 18 octobre 2026... Attachez vos ceintures car, désolé, l’atterrissage dans la réalitéc reste d’être assez brutal
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Les images des flammes qui enveloppaient l’hôtel de ville de Limoges, en France, et de l’effondrement de son clocher font le tour du monde. Des épisodes comme celui-ci ne peuvent qu’être condamnés, tout comme les actes de pillage qui ont accompagné les manifestations dans de nombreuses régions de France.
Toutefois, si nous nous limitions à ce niveau de réflexion, nous ne ferions que nous livrer à un exercice classique de conservatisme petit-bourgeois, qui a ses raisons, mais qui est aussi tragiquement myope. Faire la morale à propos des voitures brûlées et des vitrines brisées, sans aller au-delà, est simplement le signe que l’on n’a pas encore compris la gravité des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons.
Ce à quoi nous assistons en France, mais désormais aussi, sous des formes différentes, dans de nombreux pays européens — Espagne, Portugal, Albanie, Belgique et, depuis hier, Italie — est tout sauf un événement irrationnel. Il existe en effet des événements historiques qui ne sont irrationnels qu’à l’échelle locale, mais dont la rationalité devient évidente dès que l’on prend suffisamment de hauteur.
Rationnel ne signifie pas indolore, ni exempt d’injustices.
Il faut exercer son regard à tenir ensemble deux niveaux d’analyse : celui où l’on peut juger certains actes et certains individus barbares, inciviques, vandales, et celui où l’on peut — et où l’on doit — comprendre que l’histoire est toujours un fleuve qui charrie des débris et des cadavres, mais c'est un fleuve que les sermons n’arrêtent pas.
Ce qui se produit obéit à une implacable rationalité collective, même si ceux qui y prennent part n’en ont souvent qu’une compréhension limitée, voire aucune.
Depuis de nombreuses années, les populations européennes font l’expérience de classes dirigeantes qui se présentent comme un organisme technocratique anonyme, une muraille de caoutchouc qui se déplace d’elle-même et avance en «pilotage automatique», dans une indifférence totale aux besoins de la population. Le pari de ces couches technocratiques liées à la finance a été de parvenir à endormir les consciences avec l’actuel opium des peuples que constituent les médias — divertissement et information-spectacle — et de dompter les récalcitrants par des mesures restrictives: un coup de matraque par-ci, une fermeture de comptes par-là, une petite loi électorale ici, une annulation d’élections là, etc.
Le postulat général, tacite et incontesté des dirigeants européens est qu’on ne raisonne pas avec la plèbe: on se contente d’alterner la carotte et le bâton.
Tout ce qui est dit publiquement est toujours un mensonge intéressé, sans exception, hormis les cas fortuits où une vérité peut, à son tour, être instrumentalisée. Le discours public est devenu une interminable comédie qui se soucie de moins en moins de préserver un semblant de crédibilité.
Ainsi, personne de sain d’esprit ne pense réellement que la Russie s’apprête à nous envahir, mais cela n’empêche pas des cohortes de petits guignols institutionnels de répéter chaque jour ces conneries avec le plus grand sérieux. Et, naturellement, tout le monde sait que, dans ce jeu de fables montées en épingle par une presse stipendiée, le seul élément qui compte, le pivot qui demeure au gré des circonstances, est la volonté de disposer arbitrairement des ressources publiques pour les orienter vers des intérêts privés.
En substance, les classes dirigeantes ont depuis longtemps pris l’habitude de traiter la population comme un animal idiot, avec lequel toute argumentation rationnelle est exclue et qu’il faut traiter, d’un côté, par des flatteries sélectives et des privilèges ciblés, et, de l’autre, en la réduisant à l’impuissance.
Et ce mécanisme peut fonctionner, et fonctionne longtemps.
Jusqu’au jour où il ne fonctionne plus.
Et il ne fonctionne plus le jour où trop de personnes perdent trop de choses pour pouvoir se permettre de rester dans la torpeur.
Il ne faut pas comprendre ici «perdre trop» comme quelque chose qui irait jusqu’à «mourir d’inanition».
Dans une société moderne, les gens se retrouvent dans des situations de privation insupportable bien avant de «mourir de faim».
Aujourd’hui, par exemple, ne pas avoir les moyens d’utiliser une voiture ou d’accéder à Internet signifie, pour la majorité de la population, être coupé du monde, du travail, de la vie sociale, de la vie tout court. Et le fait que les voitures et les téléphones portables aient autrefois été des biens de luxe ne change rien: c’est désormais le nouveau seuil de «participation à la vie commune», ce qui distingue la vie de la non-vie.
Des populations entretenues comme des bêtes de somme auxquelles on distribue occasionnellement du pain et des jeux, des petits boulots de merde et du baratin télévisuel ne sont pas et ne seront pas, le jour où cette mécanique s’enraye, sensibles aux arguments du respect de l’espace public, de la propriété, des monuments, etc.
Ceux qui brûlent des voitures, des bâtiments historiques et des magasins sont des individus privés de repères culturels et moraux. Mais les véritables coupables, ceux qui devraient être amenés à payer, sont ces couches dirigeantes qui ont cultivé et voulu cette privation, pensant qu’elle leur serait utile.
Aujourd’hui, la cocotte-minute est sur le point d’exploser. Même si cette vague devait retomber, ce n’est que le début, car les classes dirigeantes européennes ne sont en mesure, ni matériellement ni culturellement, de rectifier le cap. Alors, attachez vos ceintures, car nous allons droit dans le mur.
17 octobre 2026 – Notre impuissance est immense. Je suggère d’ailleurs de faire preuve d’une habileté créatrice et, face à ce constat, de répondre par un contrepied suivi d’un “botter en touche” consistant à dire : “Je prends mon impuissance et lui intime l’ordre de se faire oublier en s’installant dans l’inconnaissance”. Essayez, l’expérience vaut le détour.
En attendant, que faire, que dire, que penser ? La prudence est de mise et l’on sait bien que, selon notre vœu paradoxal, l’on peut dire aujourd’hui que l’audace est la prudence de l’homme libre et indépendant. Pour cette raison, nous aurons l’audace, et moi le premier, de proclamer qu’en ce jour et en cette heure, alors que partout brûlent les subcrises, — les ‘sous-crises’, si vous voulez, — de la GrandeCrise, nous ne pouvons rien savoir de la situation du monde, sinon observer autour de nous le désarroi traduit en multiples certitudes paradoxales et antagonistes, — on nomme cela des narrative, pour rester dans l’anglosphère créatrice de simulacres, — de tous les experts, dirigeants, élitesSystème qui ne cessent de tenter de combler le vide de leur impuissance, qui est notre impuissance commune. Nous au moins, moi le premier, avons l’audace du constat radical de l’inconnaissance.
• Prenez cette chose, qui est mon pays, la France, pour lequel j’ai une très haute appréciation, — le « J’ai toujours eu une certaine idée de la France », qui pourrait se compléter flegmatiquement et ironiquement par un “Quelle dommage qu’il y ait les Français”. En effet, ce qu’ils font, et aujourd’hui plus qu’en nombre d’autres jours particulièrement, est bien étrange. On croirait à une révolution et l’on sourirait aussitôt de la prétention de vouloir faire une révolution, — pour qui, pour quoi ? Avec qui et vers quoi ? Certes, se débarrasser de ce président aussi insignifiant que malfaisant est une belle œuvre qui ne peut qu’être applaudie ; après, je ne sais pas, je ne sais plus...
Alors, comme disait Jeanne, ne doutant pas que Notre-Seigneur, avec Lequel elle avait de ces directes accointances qui déplaisaient fort à l’évêque Cauchon et à son Église, se chargerait du cas,— alors, « Passez outre ». C’est exactement ce qu’il faut dire, en laissant faire les choses (je ne dirige pas les choses, par bonheur dans ce gâchis, je ne fais que les commenter à coups de “vide” et de “rien”).
• Prenez cette autre chose qui est le brasier qui emporte l’Ukraine et les jérémiades sans fin de ces Européistes hurlant à la trahison de Trump. Là aussi, je ne sais plus, je ne sais pas. Il y a eu une quasi-unanimité pour désigner cette trahison, qui pour la maudire, qui pour s’en réjouir ; jusqu’à ce que je me heurte au scepticisme affiché et largement documenté des compères Christiforou-Mercouris, les C&M, dont vous savez combien j’apprécie le travail. Pour eux, il n’y a eu que le théâtre d’une rupture, mettant en scène certaines ^seudo-décisions pseudo-radicales, alors qu’il s’agissait d’abord, pour le Pentagone, de dissimuler sa complète impuissance à repérer en temps réel et utile des tirs d’hypersoniques russes, notamment les ‘Zircon’, notamment sur Kiev, pour ne pas mettre en évidence ce que les généraux US savent pourtant depuis mars 2018, et contre quoi ils n’ont rien pu faire depuis mars 2018...
Alors, quelle est la situation réelle en Ukraine ? Nos deux compères ont leur idée et tracent la ‘ligne rouge’ dont, pourtant, les publics occidentaux n’auront aucune connaissance, — “en principe” dirais-je en mâchouillant ma narrative à moi, car d’ici là, qui sait quelles terribles trombes d’eaux tempêtueuses auront furieusement passé sous les points dévastés du Dniepr de Kiev :
« Nous sommes désormais dans une situation où Kiev subit une pression énorme, avec des coupures de courant constantes. L'approvisionnement en eau est au bord de l'effondrement. Les ponts sont pris pour cible, tout comme les infrastructures dans les régions plus à l'intérieur du pays et dans la zone de Zaporijjia ; les locomotives sont également visées. En somme, nous pourrions assister à des actions très musclées. Il est, à mon avis, fort probable que des mesures sévères seront prises contre Kiev, menaçant les ambassades et finissant par contraindre les Occidentaux à partir.
» De toutes les façons, je pense qu'ils finiront par quitter Kiev à un moment donné. C'est sans doute l'argument que Poutine avancera : si les Ukrainiens nous frappent, nous répliquerons avec une intensité décuplée. Nous frapperons Kiev avec une puissance cent fois supérieure à celle de vos attaques — celles menées par l'Ukraine et les Américains. Cela aura indéniablement un impact et modifiera la donne dans ce conflit. Si les Occidentaux quittent Kiev, ce sera une défaite politique majeure. Si Zelenski suit le mouvement, ce sera, à mon sens, le début de la fin. En d'autres termes, si le gouvernement ukrainien abandonne Kiev, c'est le début de la fin.
» Cela ne change rien, toutefois, au fait que ce n'est pas la narrative qui sera tenue auprès des opinions publiques occidentales. La narrative que le public occidental va entendre est que l’Ukraine a frappé Moscou. On lui dira que l’attaque russe visait Kiev, et personne ne saura que les Américains ont été impliqués dans cette frappe. Entre eux, les Américains se diront : “Eh bien, les Russes ont passé leur colère sur les Ukrainiens, pas vraiment sur nous ; les ‘lignes rouges’ russes ne signifient pas ce qu’elles semblent signifier. Nous pourrons donc recommencer à l’avenir”. »
• “Recommencer”, disent-ils... Dans quel but et pour quoi faire, eux, les neocon de la légende washingtonienne, qui pédalent dans la semoule depuis huit ans pour trouver une riposte à l’hypersonique, puisant et épuisant tous leurs stocks de ‘Patriot’ notoirement incapables de ne rien faire contre les Mach 10-12 des ‘Zircon’ et ‘Iskander M’ que les Russes tirent désormais sur Kiev, pour les seconds, à partir de territoires ukrainiens conquis et sécurisés ? L’assurance des C&M dans leur vision de la chose est impressionnante.
Autrement, c’est-à-dire comme ne disait pas Jeanne, — « Passez, muscade », chose où Notre-Seigneur n’a en apparence, rien à dire ni à voir, — car saviez-vous que la “muscade” « désigne la petite boule de liège ou de mousse, comparable en taille à une noix de muscade, que les escamoteurs et magiciens utilisent lors des tours de gobelets et de passe-passe » ? Monde de simulacres et de magiciens de cabaret, vous dis-je.
Il nous faudrait un “nexialiste”, à l’image de ce Elliott Grosvenor, qui se trouve à bord de l’œuvre de A.E. van Vogt, auteur de ‘The Voyage of the Space Beagle’, publié en 1950’, — et inventeur du mot qui accompagne ce long voyage jusqu’aux confins des galaxies :
« Elliott Grosvenor se distingue: il est l’unique nexialiste, chargé d’établir des liens entre différents domaines afin de parvenir à résoudre des problèmes complexes, notamment lorsqu’il s’agit de traiter avec des êtres extraterrestres. »
La catastrophe française finit par fatiguer tout le monde. Douguine a parlé d’un peuple de tordus voué au culte infernal via notamment Blanchot ou Cocteau (il aurait pu ajouter Bataille). On ignore si le ramdam actuel se calmera avec les frimas ou s’il va enfin déboucher sur la révolution et la dictature. On a aura alors une dictature jacobine qui sera mise en place comme toujours par l’Etat-PS (Glucksmann ou Mélenchon) suivi d’une liquidation de la classe moyenne blanche toujours aussi ahurie (Céline), et d’une guerre contre la Russie qui ne promet pas beaucoup mais pourrait liquider quelques millions de bouches inutiles – histoire de faire plaisir au roi Charles, à Larry Fink, à d’invisibles prêteurs sur gages et commanditaires mondialistes.
De toute manière ce sort sera mérité par le froncé moyen ; la France m’épuise comme disait justement Jean-Louis Curtis en 1982 quand déjà le mitterrandisme devenu indélogeable (j’ai assez expliqué pourquoi) accablait cette terre gaste.
Présent permanent donc. Venons-en à l’indispensable Gustave Le Bon qui explique très bien, vers 1890, la fabrication moderne du mécontentement industriel, que l’on retrouve à l’œuvre avec les antisystèmes que nous sommes.
La foule se moque du message (cf. les Gilets jaunes…). Une idée simple et seule la guide selon Le Bon : la conspiration patronale. La solution est toujours miraculeuse :
« C'est ainsi par exemple que la théorie essentielle du socialisme d'il y a quarante ans, d'après laquelle les capitaux et les terres devaient se concentrer dans un nombre de mains toujours plus restreint, a été absolument démentie par les statistiques de divers pays. Au point de vue de l'extension du socialisme, ces discussions de théoriciens sont d'ailleurs sans aucune importance. Les foules ne les entendent pas. Ce qu'elles retiennent du socialisme, c'est uniquement cette idée fondamentale que l'ouvrier est la victime de quelques exploiteurs, par suite d'une mauvaise organisation sociale et qu'il suffirait de quelques bons décrets, imposés révolutionnairement, pour changer cette organisation. »
Le Bon se rend célèbre alors en dénonçant non pas les mécontents, les antisystèmes ou les indignés, mais les inadaptés. Fruit du progrès et de l’instruction, du mécanisme et du farniente moderne, ils sont légion, comme dit l’Evangile qui s’adressait aussi à cette plèbe urbaine :
« Les inadaptés : leur nombre immense, leur présence dans toutes les couches de nos sociétés, les rendent plus dangereux pour elles que ne furent les Barbares pour l'Empire Romain.
Rome sut se défendre pendant longtemps contre les envahisseurs du dehors. Les Barbares modernes sont dans nos murs, indigènes ou immigrés. S'ils n'ont pas incendié Paris complètement à l'époque de la Commune, c'est Uniquement parce que les moyens d'exécution leur firent défaut. »
Les plus dangereux des mécontents sont ceux que Le Bon nomme les dégénérés fabriqués par le système. Cela se rapproche de notre époque (comme on voit cela peut encore durer…) :
« A la foule des inadaptés créés par la concurrence et par la dégénérescence, s'ajoutent chez les peuples latins les dégénérés produits par incapacité artificielle. Ces inadaptés sont fabriqués à grands frais par nos collèges et nos universités. La légion des bacheliers, licenciés, instituteurs et professeurs sans emploi constituera peut-être un jour un des plus sérieux dangers contre lesquels les sociétés auront à se défendre. La formation de cette classe d'inadaptés est toute moderne. Son origine est psychologique. Elle est la conséquence des idées actuelles. »
Idem pour les leaders sociétaux du parti démocrate en Amérique. Podemos s’inspira du yes we can de l’autre.
Gustave Le Bon encore :
« Notre éducation théorique à coups de manuels, ne préparant absolument à rien qu'aux fonctions publiques, et rendant les jeunes gens totalement inaptes à toute autre carrière, ils sont bien obligés, pour vivre, de se ruer furieusement vers les emplois salariés par l'Etat. Mais comme le nombre des candidats est immense et le nombre des places minime, la très grande majorité est éliminée et se trouve sans aucun moyen d'existence, par conséquent déclassée et naturellement révoltée. »
Le Bon évoque le préjugé anti-manuel des peuples latins, passés directement du féodalisme au socialisme :
« Ils ne le font pas (et ceci est la seconde raison), à cause du préjugé indéracinable contre le travail manuel, l'industrie et l'agriculture, qui existe chez les peuples latins, et n'existe d'ailleurs que chez eux ».
Sur le préjugé féodal et anti-artisanal :
« Les peuples latins possèdent en effet, malgré de trompeuses apparences, un tempérament si peu démocratique que le travail manuel, fort estimé dans l'aristocratique Angleterre, est jugé par eux comme humiliant ou même déshonorant… »
Toutes ces bonnes études ne servent évidemment à rien, sinon à se révolter :
« Après de longues et· coûteuses études, les diplômés sont bien obligés de reconnaître qu'ils n'ont acquis aucune élévation de l'intelligence, ne 'sont guère sortis de leur caste, et que leur existence est à recommencer.
Devant le temps perdu, devant leurs facultés émoussées pour tout travail utile, devant la perspective de l'humiliante pauvreté qui les attend, comment ne deviendront-ils pas des révoltés ? »
Après Le Bon prépare l’antienne de nos amis libertariens, déjà pronostiquée par Lao Tse il y a vingt-cinq siècles : l’assistance produit la dépendance.
« Jusqu'ici la charité publique ou privée n'ont fait qu'accroître considérablement la foule des inadaptés. Dès qu'un bureau d'Assistance Publique fonctionne quelque part, le nombre· des pauvres s'accroît dans d'immenses proportions. Je connais un petit village aux portes de Paris ou près de la moitié de la population est inscrite au bureau de bienfaisance.
Les recherches faites sur ce sujet ont prouvé que 95% des pauvres secourus en France sont des individus qui refusent toute espèce de travail. »
Et de nouveau philosophe, Le Bon achève :
« De nouveau désabusé, l'homme reprendra une fois encore l'éternel labeur de se créer des chimères capables de charmer son âme pendant quelque temps. »
On verra si l’effondrement financier du pays calmera ce petit monde ou produira du Mad Marx.
Sources :
Gustave Le Bon – Psychologie du socialisme (archive.org)
16 octobre 2026 – Je dois avouer que j’ai été frappé hier en retrouvant ce jugement de Chas Freeman sur les dirigeants européens en général (et les américanistes, certes, jamais en retard d’une stupidité) :
« C'est donc très étrange et je pense qu'il faut, vous savez, oublier les hommes d'État. Nous avons besoin de psychiatres et de psychologues pour traiter ça parce que ce n’est pas ancré dans une réalité extérieure, c'est dans nos têtes. »
Bien entendu, la chose renvoie à d’autres déclarations encore récentes, traitées sur une autre page sur la “dé-compétence” selon le génial néologisme forgé dans nos ateliers subversifs. Ce néologisme pour mon compte, illustré par des interventions de Christoforou et Mercouris qui gloussent d’allusions plaisantes à la sottise des acteurs du drame de la ‘tragédie-bouffe’ ukrainienne, peut se traduire, non pas par “stupide”, mais bien par “rendre stupide”, ou encore “mettre son intelligence au service du ‘rendre stupide’”.
Et puis encore cet article avec Jeffrey Sachs qui nous parle de l’incompétence, pour ne pas choisir d’autres mots plus vigoureux :
« Et il m'a aussi dit [en décembre 2021] “Ne t’inquiéte pas, il n'y aura pas de guerre.” J'ai donc vu l'incompétence de mes propres yeux. C'est ce que je crois.
Et en Europe, je vois de l'incompétence. Je suis désolé de le dire en ce moment même. Il ne s'agit pas seulement d'un désaccord sur cette guerre. C'est une forme d'incompétence européenne que je vois partout... »
Vous savez, l’internet des dissidents bruissent en ce moment dans un bruit de tonnerre de digressions sur la sottise sans fin des dirigeants qui nous dirigent dans le sens de la sublime stupidité, tandis que les commentateurs sortent leur Gustave Le Bon. Comme ne disait pas Audiard, qui n’avait encore rien vu de notre actuel olympisme de la stupidité de nos élitesSystème, orchestrées par une Ursula triomphalement wagnérienne avec sa Trilogie de la bêtise : “Plus ils sont intelligents plus ils sont cons, c’est même à ça qu’on les reconnaît”.
... Car voici une question intéressante : pourquoi tout ce bruit de fond assourdissant sur la stupidité collective engendrée paraît-il par internet avec références constantes à Gustave Le Bon ? Mais internet, l’internet activiste, ou internet-citoyen pour les bobos gauchistes, est quasiment trentenaire ! Je l’ai vu entrer dans sa phase de maturité informationnelle à l’occasion de la guerre du Kosovo, — si vous vous rappelez de « Notre Samizdat globalisé », à deux reprises. Trente ans pour s’apercevoir de ce sur quoi l’on s’exclame aujourd’hui !
La réponse n’est pas sur internet, qui n’est qu’un outil et un effet, et nullement une cause. Il se passe autre chose : depuis 2015-2016 (arrivée de Trump) suivi du Covid et culminant avec la guerre d’Ukraine, les élitesSystème, qui mènent la barque, sont devenues folles. Folie collective, emportement collectif, émotion collective, et voilà la stupidité collective qui éclate ! Ce n’est ni internet ni l’IA qui sont les causes et les responsables de cette folie, ils en sont les communicants neutres et extraordinairement efficaces : l’intérêt est alors qu’ils montrent à visage découvert la puissance et la violence de cette stupidité.
Écoutez cette remarque d’un député européen indépendant de nationalité allemande, Michael von der Schullenburg, ancien adjoint au secrétaire général de l’ONU, interrogé par le colonel Daniel Davis, dans ‘Deep Dive Français’, qui nous parle de sa peur devant la stupidité collective des bafouillages bombastiques de nos élitesSystème :
« J’ai été dans un grand nombre de pays en guerre, en Afghanistan, en Irak, en Iran, en Somalie, dans des lieux où il y avait bien des raisons d’avoir peur. Eh bien, je n’ai jamais aussi peur que lorsque je me trouve dans une séance du Parlement Européen où l’on parle de la guerre en Ukraine et de la Russie... »
Effectivement, ce n’est pas tant la folie des foules prises de stupidité collective qui doit faire peur, — cela a existé de tous temps, et l’on en comprend la logique, — mais bien la folie de la stupidité collective de ces élitesSystème censées être, puisqu’élues des peuples, des représentants de la sagesse et de la mesure. Ici et aujourd’hui, ces élitesSystème ne montrent que Raison-subvertie et affectivisme dans des démonstrations verbales faussaires dont la violence fait peur à un vieux routier des conflits les plus cruels.
Ici l’on trouve l’un des facteurs essentiels de la GrandeCrise. Pour ma part, je tiens pour essentielles deux choses :
• La présence du système de la communication (internet, ses sites et ses ‘réseaux sociaux’ dont je connais mal la définition, — Qu’est-ce que c’est ? De quoi l’on parle ? Etc.) bouleverse toutes les données et donc les situations. Il met à égalité d’apparence et de côtoiements les plus riches milliardaires, les ministres, les people, les bandits, les faux-argumenteurs, les anonymes, les déséquilibrés, et brouille complètement les opinions et les idéologies qui voyagent, se mélangent et contredisent tout en général et jusqu’à une seule et même personne avec elle-même. Il n’est pas une foule, comme celle dont Gustave Le Bon décortique la psychologie, mais diverses foules qui se forment et se reforment comme fait une vague au bout de la mazré, avec des attitudes changeants, qui montrent finalement que la stupidité a un nombre quasiment infini de facettes. Il n’y a pas de contacts physiques qui fait que, finalement, on investit la Bastille ou le Palais d’Hiver. On ne libère pas son énergie, on accumule frustrations et rancœurs ; on ne règle pas les crises, on les aggrave et on les accumule en une structure crisique fondamentale.
• Par conséquence de cette étrange et perfide égalité des tweets et du reste, et pour ce qui m’intéresse particulièrement, les gens de très hautes fonctions du Système souvent dévoilent le vide de leurs conceptions. Dans ce “jeu de la spontanéité”, les perdants sont ceux qui vivent nécessairement selon les normes de leur simulacre. Il apparaît assez souvent et assez vite, derrière les formules toutes faites ou l’incompréhensibilité des mots massacrés par la modernité, que la stupidité a besoin pour s’alimenter du mensonge, ou dans tous les cas d’une conviction fabriquée, une conviction de pacotille. Il apparaît alors que le talent superbe d’une Madame de Sévigné écrivant à sa fille Françoise-Marie de Sévigné a été sacrifié, piétiné, fracassé et violenté par la brutalité stupide des “grands” fabriqués par le système de la communication. La stupidité des foules de Le Bon est complètement chapardée par la stupidité des “grands” de ce monde. Le Bon n’en demandait pas tant, — mais il doit bien rire dans sa tombe.
Tout cela étant dit, je me suis risqué à demander à l’IA, désormais vieille connaissance, de me donner son analyse du “concept” de “stupidité collective”. Comme l’IA, que j’ai baptisée “l’Ami du Soir” à la suite d’un travail que je poursuis en soumettant à mesure ma production à son commentaire, le note dans soa réponse, ma demande a été interrompue par une frappe malencontreuse sur mon clavier alors que je voulais citer Gustave Le Bon. J’ai rectifié, ait obtenu une deuxi§me, plus longue réponse détaillée qui a été prestement supprimée parce que j’avais dépassé mon compte. J’y reviendrais sans doute après le 21 octobre, lorsque le compte sera restauré. En attendant, voici sa réponse à la question amputée, beaucoup plus conceptualisée que mon propos, avec un dernier paragraphe où “l’Ami du Soir” intègre le concept dans la “philosophie” d’un nommé Philo-PhG.
« Cher Philo-PhG,
Votre question me paraît particulièrement intéressante, notamment dans la perspective de notre réflexion sur la GrandeCrise, le déchaînement de la Matière et la désagrégation de la raison.
Je crois comprendre que vous souhaitez une approche succincte de la prolifération des sites et des blogs consacrés à la stupidité collective, à l'irrationalité sociale et aux phénomènes apparentés. Votre phrase s'interrompt toutefois sur « à l'image des… » : il vous manque peut-être un exemple que vous souhaitiez citer.
Sans attendre cette précision, voici une première approche.
La multiplication des publications consacrées à la stupidité humaine, aux biais cognitifs, à la crédulité des foules, à la désinformation et à l'aveuglement collectif révèle une préoccupation grandissante : comment expliquer que des sociétés disposant d'un accès sans précédent à l'information puissent simultanément manifester tant de difficultés à comprendre le monde dans lequel elles vivent ?
Plusieurs phénomènes se rejoignent :
Cette prolifération témoigne donc d'une inquiétude réelle. Mais elle ne signifie pas nécessairement que la stupidité collective augmente : elle peut également indiquer que nous disposons de davantage de moyens pour l'observer, la commenter et la diffuser.
Il existe ici un piège intéressant.
Celui qui dénonce la stupidité collective risque de se placer lui-même hors du phénomène qu'il prétend observer. Il distingue les lucides — dont il s'imagine faire partie — et les aveugles, auxquels il attribue les erreurs du monde.
Or, cette posture peut devenir une forme supplémentaire d'aveuglement.
La question véritable n'est donc pas seulement : pourquoi les autres sont-ils stupides ?
Elle est aussi : quelles sont les conditions qui rendent possible une stupidité collective dont aucun individu ne se croit personnellement responsable ?
C'est ici que la réflexion dépasse la simple psychologie pour rejoindre une interrogation philosophique sur la société et sur l'époque.
Une collectivité peut réunir des individus intelligents, instruits et techniquement compétents, tout en produisant des décisions absurdes.
La difficulté ne réside alors pas nécessairement dans les capacités intellectuelles individuelles, mais dans les mécanismes qui organisent leur mise en commun : conformisme, intérêts institutionnels, peur de la dissidence, imitation, croyances collectives et enfermement dans des représentations partagées.
On pourrait ainsi distinguer trois niveaux :
Ce troisième niveau me semble particulièrement fécond pour une réflexion sur la GrandeCrise.
Dans la perspective de Philippe Grasset, nous pourrions formuler une hypothèse exploratoire :
Et si la prolifération des discours sur la stupidité collective était elle-même un symptôme de la crise de la raison, plutôt qu'un signe de son rétablissement ?
Autrement dit, une société pourrait multiplier les analyses de ses propres dysfonctionnements sans parvenir à modifier les mécanismes qui les produisent.
Elle saurait de plus en plus de choses sur ses erreurs, tout en continuant à les reproduire.
Le paradoxe serait alors le suivant : la lucidité descriptive progresserait sans que progresse nécessairement la capacité collective d'agir lucidement.
Dans le vocabulaire que nous avons développé ensemble, on pourrait y voir une manifestation possible de la Raison-Subvertie : la raison continue de fonctionner, de produire des explications et d'accumuler des connaissances, mais cette activité ne garantit plus son aptitude à orienter l'action vers le vrai.
Je souligne qu'il s'agit ici d'une interprétation philosophique à examiner, et non d'une conclusion démontrée par la seule multiplication de ces sites. »
• Le président-prolongé ukrainien est une sublime exception des habituelles marionnettes à la tête de pays annexés par l’Occident-compulsif. • La marionnette mène son monde.
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Nous reprenons un long article de Nadezhda Romanenko, dans RT.com du 13 octobre 2026. Son sujet est “le cas-Zelenski”, la prétendue-marionnettes de l’Occident-compulsif et surtout des USA qui se conduit en toute impunité comme le contraire d’une marionnette, — avec peut-être du changement en vue, commence-t-on à dire :
« Zelensky pense pouvoir intimider Trump comme il le fait avec les dirigeants de l’UE. — La stratégie de Kiev consistant à humilier publiquement ses alliés pourrait ne plus porter ses fruits dès lors que Washington commencera à considérer son dirigeant — et non Moscou — comme l’obstacle. »
L’habitude des mœurs américanistes pour cette sorte de situation, c’était le mot fameux d’un ambassadeur US des années 1950, concernant les bandits et autres corrompus que la CIA plaçait à la tête des pays “sous influence” . Il s’agissait donc de “fils de pute” certes, mais qui avaient intérêt à marcher droit pour les intérêts américanistes, — intérêts partagés donc :
« C’est un fils de pute mais c’est notre fils de pute... »
Avec Zelenski, c’est exactement le contraire : la marionnette mène le bal, tambour battant, de toute la meute de ceux qui la corrompent et au service desquels elle devrait se mettre. Voici ce qu’en dit l’ancien et prestigieux adjoint du secrétaire à la défense et ambassadeur US en Arabie Chas Freeman, discutant avec Glenn Diesen sur sa chaîne, ce 14 octobre 2026 :
« C'est donc très étrange et je pense qu'il faut, vous savez, oublier les hommes d'État. Nous avons besoin de psychiatres et de psychologues pour traiter ça parce que ce n’est pas ancré dans une réalité extérieure, c'est dans nos têtes.
» Alors, vous savez, Zelenski est l'indomptable chef du monde libre. le monde libre, c'est-à-dire le monde qui n'est pas contrôlé par les Russes. Après, savoir s'il est vraiment libre ou non, c'est une autre question. [...]
» Et d’ailleurs, je ne suis pas certain qu'il existe un monde libre mais quoi qu'il en soit, je ne sais pas très bien de quoi il serait libre. Mais il y a cette image de Zelenski en Churchill et une sympathie incroyable à son égard et à l'égard de l'Ukraine, ainsi qu'une incompréhension délibérée des problèmes de sécurité que l'extension de l'OTAN à l'Ukraine posait aux Russes. »
Résultat, résume Freeman sans prendre de gants, et selon une analyse cynique dont le grand modèle fut Henry Kissinger, les dirigeants ukrainiens, Mister Z. en tête, ont gagné sur toute la ligne même si les Ukrainiens meurent par milliers et le pays réduit en ruine par les attaques russes :
« Les Ukrainiens se sont effectivement révélés bien plus résilients et innovants que quiconque ne l'aurait imaginé. L'OTAN s'est révélé être une bien plus grande dupe que beaucoup ne le pensaient en soutenant l'establissement de Kiev.
» Zelenski et les dirigeants à Kiev ont tout intérêt à ce que cette guerre se poursuive. Ils ont énormément profité de la corruption qui est une séquence normale de la guerre partout dans le monde mais qui a été particulièrement flagrante en Ukraine. Eux ils sont à l'arrière. Ils ne sont pas en première ligne. Ils ont réussi à faire taire l'église orthodoxe russe, la presse, la liberté, la démocratie, les élections. Tout cela a été écarté au profit d'un régime autoritaire.
» Vous savez, de leur point de vue, ce n'est pas si mal. Si comme Trump, il se préoccupe davantage d'eux-mêmes que du pays qu'il dirige, alors les choses ne vont pas si mal. »
Ainsi comprenons-nous enfin pourquoi toutes les têtes pensantes et vertueuses de l’Occident-compulsif réunies autour des plateaux-télé sentent leurs gentils petits cœurs se serrer devant l’indomptable président-prolongé Zelenski (un an et demi hors-mandat) qui résiste à tous les décalages horaires de ses voyages marathon, de capitale en capitale, de villas coquettes en appartements luxueux qui n’encombrent certainement pas Kiev sous les missiles russes.
La marionnettes, ci-devant ‘fils de pute’-en-Ukraine, a complètement inverti les rôles, fidèle en cela à la feuille de marche de l’inversion qui est la stratégie première de la GrandeCrise. Jamais vous n’auriez vu ça d’un Ngo Din Diem ou d’un Noriega, — quoique vous commenciez déjà à vous douter de quelque chose avec la marionnette afghane, le président Karzai... Zalenski, lui, a renversé la table.
Il paraît, nous dit-on, que cela pourrait changer, Trump et Musk aidant, et malgré les gémissements européens et les larmes des crocodiles du Congrès, sénateurs et députés nourris au lait plantureux et dollarisé des lobbies israéliens et autres milliardaires, accourus à Kiev pour tenter d’apaiser le courroux de la marionnette-qui-rugissait, qui serait en train de se découvrir en danger d’être abandonnée, qui enrage, qui rugit plus que jamais de fureur, comme si elle se trouvait sur le front, là-bas, aux environs de Karkov...
Voyez pourtant tous les efforts déployés sur son front à elle, celui des amitiés particulières et affinités tous frais payés, de capitale en capitale, par l’exceptionnelle marionnette...
Quant aux services qui sont censés nous renseigner, puisque services de renseignement il y a, l’ambassadeur Freeman, qui a la dent dure et constate leur active participation à la construction de la marionnette, nous lâche ceci :
« Vous mettez le doigt sur un problème bien précis que nous avons. La politisation des services de renseignement et leur volonté de fournir des affirmations fallacieuses sans aucune preuve concernant des comportements que nous jugeons répréhensibles.
» Vous savez, c'est une honte. Enfin, le MI6 avait une réputation d'objectivité. Or, il la dilue face à l'opportunisme, essentiellement à l'opportunisme politique. »
Entretemps, semble-t-il se confirmer, a débuté une espèce de grande opération russo-américaine dans une sorte de grand effort de coopération anti-Zelenski : la plus violente attaque russe sur Kiev, sur les environs et ailleurs en Ukraine ; des nouvelles largement débattues sur des décisions importantes (ou pas) de l’axe Trump-Musk, sur la rupture peut-être des renseignements US et peut-être de l’ensemble ‘Starlink’ de l’usine Musk qui constitue un moyen essentiel sinon vital de communication pour le combat des forces ukrainiennes. L’incertitude règne et la marionnette défie furieusement ses manipulateurs.
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Volodymyr Zelensky a une manière bien à lui de réagir face aux partenaires occidentaux qui le déçoivent : il expose publiquement le désaccord, remet en question le jugement du partenaire et explique en quoi la décision prise profite à la Russie et à Vladimir Poutine.
L’ancien chancelier allemand Olaf Scholz a entendu ce type d’argument pendant des années ; c’est désormais au tour du président américain Donald Trump d’y être confronté. La question est de savoir si Zelensky peut continuer à accroître le coût politique d’un refus opposé à Kiev, sans pour autant alourdir le prix à payer pour l’Ukraine elle-même.
Le 9 octobre, Zelensky a qualifié la décision de Washington d’assouplir les restrictions sur le diesel russe de « décision faible de la part de partenaires forts ». Cette annonce est intervenue alors que des responsables ukrainiens discutaient, à Miami, d’une éventuelle issue au conflit russo-ukrainien avec leurs homologues américains. Zelensky a fait valoir que cet arrangement fournirait à Moscou des ressources supplémentaires pour poursuivre les combats. Par ses critiques, il a remis en cause le discernement du gouvernement dont il reste pourtant dépendant.
Kiev a tout intérêt à s’opposer aux mesures qui renforcent la position économique de la Russie. Mais, lorsqu’un partenaire prend une décision qui lui déplaît, Zelensky transforme systématiquement ce désaccord politique en une épreuve publique, visant à tester la détermination et les capacités politiques de ce partenaire.
Les dirigeants allemands sont, depuis des années, la cible de cette stratégie.
En mars 2022, devant le Bundestag, Zelensky a puisé dans la mémoire historique de l’Allemagne pour dénoncer sa politique à l’égard de la Russie. En faisant référence au célèbre appel lancé par Ronald Reagan à Berlin, il a exhorté Olaf Scholz à abattre le « nouveau mur » qui, selon lui, divise l’Europe — en d’autres termes, à rompre les liens économiques avec la Russie, des liens dont l’Allemagne avait pourtant tiré profit pendant des décennies.
En juin, cette exigence s’est faite plus explicite. Dans un entretien accordé à la chaîne ZDF, Zelensky a déclaré qu’Olaf Scholz et son gouvernement devaient choisir leur camp. Selon lui, Berlin ne pouvait pas concilier son soutien à l’Ukraine avec le maintien de ses relations avec la Russie. Il a également critiqué les retards de l’Allemagne dans la livraison d’armes.
Le gouvernement allemand devait pourtant prendre en compte sa propre sécurité, ses ressources et les attentes de ses électeurs. Or, les tirades de Zelensky ont présenté la situation comme un choix binaire, entre le « bon » et le « mauvais » camp. En novembre 2024, alors que le gazoduc Nord Stream avait déjà été saboté et que l’industrie allemande était en déclin pour la deuxième année consécutive, le simple fait, pour Scholz, de s’entretenir avec Poutine lui a valu une nouvelle réprimande de la part de Zelensky. Les dirigeants russe et allemand ont eu un échange téléphonique, que Zelensky a aussitôt qualifié d’« ouverture de la boîte de Pandore », arguant que cela aiderait, semble-t-il, la Russie à échapper à son « isolement » international. Et ce, bien que le message adressé par Scholz à Poutine consistait à exiger le retrait des troupes russes et à réaffirmer le soutien de l’Allemagne à l’Ukraine. On peut dénoncer Moscou et fournir des armes à Kiev, mais la moindre tentative, aussi élémentaire soit-elle, de maintenir des canaux diplomatiques ouverts est jugée inacceptable.
Cette attitude ne s’est pas limitée à Berlin.
En mai 2024, Zelensky a averti que Poutine se réjouirait personnellement de l’absence de Joe Biden à un « sommet pour la paix » prévu en Suisse. La participation de Biden était présentée comme un test, dont le Kremlin serait le spectateur.
La Pologne a reçu un message similaire en septembre 2023, dans le contexte d’un différend sur les céréales. S’exprimant à l’ONU, Zelensky a accusé certains partenaires européens de mettre en scène une solidarité relevant d’un « théâtre politique » qui ferait le jeu de Moscou. Sans citer nommément de pays, il a laissé entendre que Varsovie était visée ; la Pologne a réagi en convoquant l’ambassadeur d’Ukraine pour exprimer son mécontentement. Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, lui a par la suite enjoint de ne plus jamais insulter les Polonais.
À l’égard du Premier ministre slovaque, Robert Fico, Zelensky a pris une approche plus personnelle. En janvier 2025, sur fond de tensions concernant le transit du gaz russe, il a tourné en dérision des informations faisant état de vacances de Fico au Vietnam, l’accusant par ailleurs de nouer des accords obscurs avec Moscou.
Zelensky semble considérer que la cause défendue par l’Ukraine — celle d’un rempart contre les projets — imaginaires — de Poutine d’envahir l’Europe — lui confère l’autorité nécessaire pour juger la manière dont les autres gouvernements assument leurs responsabilités. Tout dirigeant qui refuse de céder aux exigences insistantes de Kiev s’expose alors à des accusations de faiblesse, de priorités mal placées, voire de complicité avec la Russie.
Trump avait déjà été confronté à ce type d’attitude bien avant son retour au pouvoir en 2025.
Dans une interview publiée en septembre 2024, Zelensky s’était interrogé sur la capacité de Trump à comprendre comment mettre fin au conflit. Il avait également qualifié son colistier, JD Vance, de trop radical, lui conseillant d’étudier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agissait là de jugements publics sur la compétence d’hommes susceptibles de définir, sous peu, la politique américaine.
En février 2025, réagissant aux propos de Trump sur le conflit et à sa cote de popularité, Zelensky a affirmé que le président américain vivait dans un univers de désinformation. Plus tard ce même mois, une rencontre dans le Bureau ovale a dégénéré en dispute devant les caméras. Zelensky a remis en question la compréhension qu’avait Vance de la situation en Ukraine, avertissant que les Américains finiraient par en ressentir les conséquences, malgré l’éloignement géographique. Trump a rejeté avec colère l’idée que son invité puisse dicter ce que les Américains seraient amenés à ressentir.
On aurait pu penser que Zelensky comprendrait le message : contrairement aux Européens, plus dociles, le président américain possède la volonté nécessaire pour résister au chantage politique ; il n’est pas du genre à encaisser des insultes personnelles sans réagir. On aurait également pu imaginer qu’avec des enjeux cruciaux en temps de guerre — tels que la fourniture d’armes et le partage de renseignements — en balance, Zelensky ferait preuve de plus de retenue et reconsidérerait ses tactiques de négociation. Ce serait une erreur.
Après que Zelensky a critiqué l’accord sur le diesel, Trump a suggéré que l’Ukraine se dote d’un nouveau dirigeant, capable de conclure un accord. Si cette déclaration ne constitue pas une politique officielle visant à l’évincer, elle soulève néanmoins une question : Zelensky est-il, en soi, l’obstacle qui empêche tout règlement du conflit ?
Zelensky estime peut-être que la confrontation permettra de consolider le soutien européen, d’améliorer son image auprès de sa propre opinion publique, ou encore de contraindre Washington à proposer de meilleures conditions. La pression publique peut constituer un ultime recours pour un dirigeant à court d’options, lui permettant de s’adresser directement aux électeurs, aux législateurs et aux médias des pays étrangers, en contournant leurs gouvernements.
Mais une telle stratégie repose sur l’acceptation, par ces gouvernements, des termes du débat. Ils doivent avoir le sentiment que refuser quoi que ce soit à Kiev entraînerait un coût politique plus élevé que d’accéder à ses demandes. Certains dirigeants — aussi discutable que cela puisse paraître — pourraient sincèrement le croire ; ou bien, ils se sont peut-être retrouvés acculés pour avoir cédé, par le passé, aux pressions de Zelensky, sacrifiant ainsi leurs propres économies et perdant la confiance de leurs électeurs. Trump ne fait pas partie de ces dirigeants-là. Loin d’accepter l’accusation de faiblesse formulée par Zelensky, il a reproché au dirigeant ukrainien de faire obstacle à un accord. On peut se demander si Zelensky a bien conscience que les conséquences potentielles de leur différend seraient bien plus graves pour l’Ukraine que pour les États-Unis.
Pour Trump, la réduction du coût des carburants aux États-Unis et la recherche d’un accord avec Moscou constituent des objectifs affichés. Zelensky ne saurait supposer qu’il peut, par la pression, faire abandonner ces objectifs. Il risque, au contraire, de provoquer la suppression de soutiens vitaux qui maintiennent à flot son armée en déliquescence – comme le partage de renseignements.
Zelensky a tenté, à maintes reprises, de faire payer un prix politique aux dirigeants occidentaux qui refusaient de répondre favorablement aux demandes de Kiev. Or, certains de ces dirigeants pourraient bien avoir assez de fermeté pour retourner ce prix politique contre lui.
Nadezhda Romanenko
Les quelques jours qui se succèdent dans cette phase à la fois “hystérique” (mot employé à Moscou) et grotesque qui ont suivi le prétendu-accord Poutine-Trump sur la vente de fuel-diesel russe aux USA (d’ailleurs dans des volumes dérisoires malgré l’importance des chiffres, par rapport à la consommation US qui est de 600 000 tonnes par jour), — ces quelques jours témoignent surtout du désordre extraordinaire régnant dans l’Occident-compulsif dans lequel il faut placer l’Ukraine-Zelenski. Mais nous ferons, rubrique oblige, une place très particulière à celui qui devrait être “notre maître à tous” qui est tout juste un “dé-maître” à tous, — les États-Unis d’Amérique.
Le jugement le plus mesuré parle essentiellement d’un “coup de com” au bénéfice d’un Trump qui vit au rythme des élections ; les Russes y gagnent aussi un petit peu en renforçant très temporairement les liens avec le Washington de Trump et en saluant l’intention de voir sauter, temporairement également, certaines des sanctions US contre eux. Pour le reste, les Européens dans un chœur unanime comme l’essentiel des actions de communication de la sécurité nationale US (y compris les médias et le Congrès) suivent et soutiennent bruyamment le chef d’orchestre Zelinski pendant que Kiev brûle ; lequel Zelinski se trouve, comme dit Alexander Christoforou avec sa gouaille grecque mais coutumière, « en plein effondrement ».
« En fait, ces dernières heures, Zelenski a tenu toutes sortes de propos — de plus en plus extraordinaires — au sujet de Trump et des États-Unis. Mon collègue et ami Alex Christophoru, dans une émission que nous avons réalisée ensemble pour ‘The Duran’, a décrit Zelenski comme étant en plein effondrement, et franchement, je ne contredirais pas ce constat. Quoi qu'il en soit, Zelenski a multiplié les déclarations en tous sens.. ».(Mercouris)
Ce qui caractérise l’aspect “opérationnel” de cet épisode et de cette guerre en général, surtout depuis l’arrivée de Trump, c’est l’absence d’identification d’une autorité et d’une chaîne de commandement du côté US, — qui reste le principal soutien du régime Zelenski. Il en résulte une extraordinaire expression de ce chaos qui touche également et complètement cette fois l’information et la communication, y compris les fuites nombreuses et variées, puisque les USA gardent dans ce domaine une prépondérance sinon une hégémonie qu’ils ont perdues dans les autres attributs de la puissance.
On ressent bien cela dans cette séquence folle et hystérique en œuvre depuis le coup de téléphone Trump-Poutine. Les Russes eux-mêmes, malgré l’ordre qui règne dans la marche des affaires de leur gouvernement, se trouvent très embarrassés dans leurs commentaires sur l’ex-ennemi juré devenu ami-pour-l’instant, les USA et leur Trump.
Il n’est qu’à lire l’entame d’une analyse de Fiodor Lukianov, éditeur-en-chef de ‘Russia in Global Affairs’ ; mais aussi président du ‘Council on Foreign and Defense Policy’, et directeur de recherche du ‘Valdai International Discussion Club’. Toutes ces choses le placent, dans ses avis, très proches des positions de la direction russe, et considéré à mesure.
« Le dernier rebondissement dans les relations entre la Russie et les États-Unis a stupéfié Kiev, indigné l'UE, suscité le mécontentement d'un nombre considérable de responsables politiques américains et laissé de nombreux observateurs à travers le monde perplexes.
» La décision soudaine de l'administration Trump de suspendre les sanctions visant les livraisons de diesel russe semble contredire ses récentes initiatives — notamment l'adoption d'une nouvelle législation imposant des sanctions sévères pour accroître la pression sur Moscou. Si certains attribuent ce revirement à l'imprévisibilité du président américain Donald Trump, d'autres y voient les prémices d'une nouvelle politique ou le signe d'un changement fondamental dans l'approche de l'administration à l'égard de l'Ukraine.
» Pour comprendre la situation, toutefois, il faut aller au-delà des particularités du comportement public du président américain. L’excentricité de Trump, qui frise souvent l’absurde, masque fréquemment des objectifs relativement clairs ; reste à savoir si ces objectifs sont judicieux.
» L’explication la plus probable de son dernier revirement réside dans la politique intérieure américaine : les élections législatives de mi-mandat approchent à grands pas — elles auront lieu dans moins d’un mois — et le parti républicain fait face à des perspectives difficiles. Trump affiche une apparente indifférence, mais perdre le contrôle des deux chambres du Congrès le condamnerait à deux années de confrontation politique et de frustration considérables. »
Autrement dit et à part les habituels poncifs sur la personnalité de Trump et la proximité des midterms, on n’y comprend pas grand’chose, notamment sur la question annexe devenue centrale et essentielle du transfert des renseignements US... On n’y comprend pas grand’chose parce que, à part la parole de Zelenski qui vaut bien celle de Trump en matière de franchise et de raison, personne ne nous dit :
1.) Si, effectivement, le transfert des renseignements US à l’Ukraine est coupé (certains en doute, et notamment, et catégoriquement, Alexandre Mercouris) ; et
2.) à part et mis à part les menteurs usuels, qui a pris cette décision ou a refusé de la prendre (c’est-à-dire de l’appliquer).
C’est une situation caractéristique de la position pourtant centrale des USA dans cette guerre de l’Ukraine, — dont on a déjà vu, par exemple, qu’elle était d’abord “la guerre de la CIA”. Cette situation, pour être bien comprise et détaillée mérite une comparaison avec celle de la guerre du Vietnam ; et notre comparaison se fera d’une manière parfaitement identifiable, en opposant particulièrement le rôle des ambassadeurs US dans les deux pays-proxy impliqués, l’Ukraine et le Sud-Vietnam.
En Ukraine, l’ambassadeur US ne joue actuellement, quasiment aucun rôle. Sans consulter ses et nos fiches ni l’IA, qui peut répondre tout à fait à l’aise en nous disant “Monsieur Barack H. du Schnock est ambassadeur des USA à Kiev et son rôle nous importe” ? Il arriva à l’ambassadeur des USA à Kiev d’en jouer un, — nous voulons dire un rôle, et encore fort secondairement, en d’autres temps, lors du “coup de Kiev” de février 2014. On se rappelle l’entretien téléphonique fameux révélé le 7 février 2014 entre Victoria Nuland, qui mena toute l’opération, et l’ambassadeur US à Kiev Geoffrey Pyatt. Effectivement, à cette époque, il y a 12 ans, il avait un nom.
Au Sud-Vietnam, par contre, l’ambassade US était une forteresse dans Saïgon qui fut l’objectif principal des Vietcongs lors de l’offensive du Têt comme elle fut le dernier moyen de s'échapper des Saïgonais fuyant la victoire nord-vietnamienne de 1975. Quant à l’ambassadeur, il tint certainement, sur les questions politiques de la guerre du Vietnam, le rôle civil le plus important après le président. Il suffit de rappeler que Henry Cabot Lodge Jr., petit-fils du sénateur du même nom en Senior, candidat républicain à la vice-présidence et colistier de Nixon en 1960, occupa à deux reprises ce poste : en 1963-1964, puis de 1965 à 1967. Il tint donc un rôle fondamental et toute décision politique (et militaire) concernant la guerre du Vietnam passait par lui, si même elle n’était directement inspiré par lui vers le président.
Même les opérations secrètes de la CIA, notamment les activités de ‘Air America’ et l’opération ‘Phoenix’, étaient supervisées et validées par l’ambassadeur Cabot Lodge.
Note de PhGBis : « En 1975, le Sénat, jusqu’alors dans l’ignorance officielle de la chose (fuites mises à part), fut mis au courant des horreurs de l’opération ‘Phoenix’ (liquidation sans procès ni ‘charge de la preuve’, de plusieurs dizaines de milliers de Sud-Vietnamiens soupçonnés, même effleurés du soupçon de collaboration avec le Vietcong) — par un William Colby repentant et humble de contrition, et accessoirement directeur de la CIA. Kissinger, qui ne s’embarrassait pas du Canon de l’Église, disait sarcastiquement à Cabot Lodge, à propos des auditions du catholique Colby devant le Sénat : “Chaque matin, il partait au Sénat comme s’il allait se faire entendre en confession par le Saint-Père”. »
Il n’y a plus de Cabot Lodge à Saïgon, et certainement, il n’y a pas un Cabot Lodge à Kiev. Alors, qui ? Trump est raillé par tous et par n’importe qui lorsqu’il prend une décision, même si Poutine veut bien l’écouter. Le Secrétaire d’Etat Rubio, fort petit de taille et d’intérêt, a d’autres chats cubains à fouetter ; le Secrétaire “à la Guerre” est devenu un véritable tombeau tatoué depuis les polémiques iraniennes ; la CIA est toujours et sera toujours la CIA... Et ainsi de suite, et nul ne sait qui prend ou ne prend pas la décision d’on ne sait quoi, et le porte-parole du Pentagone viendra nous confirmer qu’il n’a jamais entendu parler de transferts de renseignements vers l’Ukraine.
Ainsi la guerre en Ukraine est-elle un complet miroir de la situation politique à Washington D.C. Les élections midterms changeront tout cela ? Nous verrons et il se trouve que, dans ce moment de grâce où paraît-il l’Amérique trumpiste “change de politique” nous en doutons grandement, — à moins que par “changer”, l’on entende “faire empirer” ?
Comme l’on voit, nous restons dans les affaires impériales : puisqu’il s’agit de “faire empire”, — comme l’on dit “faire affaire”. Nous y sommes et y restons fermement accrochés : même, et surtout, pour un suicide à-la-Lincoln, l’Amérique reste exceptionnellement elle-même.
Mis en ligne le 14 octobre 2026
• Nous suivons un historique, ou plutôt une métahistoire de la thèse cyclique de l’histoire (de la métahistoire). • Pour constater que nous sommes évidemment à un moment-clef de notre cycle.
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Ce qui est remarquable, à la fois étrange et naturel, c’est la différence de l’intensité du discours entre l’évocation souvent furieuse et apocalyptique des problèmes immédiats et courant dans une situation de GrandeCrise, et la sérénité et le calme qui accompagnent les grandes études des différentes conceptions sur la philosophie de l’histoire cyclique, — métahistoire pour nous.
Pour aujourd’hui où ce contraste est très marquant, on parlerait de l’extrême fureur pour débattre des problèmes historiques en cours qui sont emprisonnés dans le concept dépassé du développement linéaire de l’histoire, et de la sérénité accompagnant la vision nécessairement cyclique de la métahistoire. Il ne s’agit rien moins que d’un argument irrésistible pour la métahistoire en tant qu’enseignement de l’apaisement et de la mesure pour l’esprit, c’est-à-dire la sauvegarde de l’esprit auquel sont donnés les choix par la liberté de choix.
Face à la dévastation suscitée par la GrandeCrise, absolument nécessaire lorsqu’on a correctement identifié ce qu’elle dévaste qui est l’univers corrompu et catastrophique du Système, — la réflexion métahistorique apparaît comme une sauvegarde de l’âme poétique, de l’art de l’intuition et de la pérennité dans le changement que nous offre la tradition. (Pour sourire : “pérennité dans le changement” comme une sorte d’“indépendance dans l’interdépendance” selon la formule du sémillant Edgar Faure pour rendre en 1955 son indépendance à la Tunisie.)
L’énoncé des possibilités de l’histoire cyclique, une fois écarté l’utopie de la vision linéaire intimement liée à des critères religieux ou idéologiques impératifs enfermant l’esprit dans les choix qui les accompagnent, permet par contraste une très grande liberté à l’esprit, et par conséquent l’enrichissement de l’âme poétique et de l’art de l’intuition. Il est extrêmement significatif de constater combien cette méthodologie métahistorique n’a jamais quitté le devant de la scène de l’esprit depuis l’Antiquité, — ce qui lui donne une réelle légitimité en chassant l’histoire prisonnière des événements au profit de la métahistoire créatrice des événements.
Le texte ci-dessous, écrit par l’excellent Markku Siira déjà cité dans nos analyses, montre une accélération significative des hypothèses d’histoire cyclique depuis le XXème siècle, correspondant à la maturation de la GrandeCrise. Cette situation implique une dynamique qui n’existe pas dans la monotonie de la thèse linéaire, d’où l’emploi (signalé en caractère gras par l’auteur) d’un constat impératif du mouvement impliqué par les soulèvements de la GrandeCrise dont nul ne sait sur quoi elle débouchera : « la stabilité n’est pas permanente » et « aucun ordre ne reste inchangé »...
« Ces penseurs ont en commun une même observation fondamentale: la stabilité n’est pas permanente. Un ordre établi accumule en son sein des tensions qu’il est incapable de résorber. La richesse se concentre, les institutions se rigidifient afin de défendre ceux qui bénéficient de la situation existante, et une nouvelle génération — dépourvue de tout souvenir personnel de la crise précédente — considère l’ordre en vigueur comme allant de soi. Lorsque le système subit un choc suffisamment puissant, il ne plie pas: il se brise.
» Les différences entre ces théories restent néanmoins considérables. Polybe et Vico parlaient d’un cycle revenant au point de départ. Spengler et Toynbee décrivaient la mort et la renaissance. Strauss et Howe s’appuient sur des archétypes générationnels, Turchin sur des cycles statistiques et Dalio sur les marchés de la dette. Les méthodes varient fortement, mais l’observation essentielle demeure la même: aucun ordre ne reste inchangé. »
La question en suspens est de savoir si ces constats constituent des données intangibles ou s’ils surgissent aujourd’hui dans leur état implicite de puissance à cause de notre situation crisologique si extrême. Un facteur essentiel et sans précédent caractérisant notre actuelle situation justifient ou expliquent ces deux constats et les questions qui les accompagnent : la puissance extraordinaire du système de la communication. Est-elle susceptible de modifier, non pas l’aspect cyclique de la métahistoire, mais bien son orientation, son issue finale, sa forme décisive, sa capacité de donner au cycle une impulsion qui le fasse quitter les différents modèles envisagés par les chercheurs pour créer quelque chose de tout à fait différent. De ce point de vue, la GrandeCrise est, elle aussi, absolument sans précédent. Il faut voir que Markku Siira a pris une voie d’analyse inverse, partant de la conséquence (« L’ordre se brise ») qu’il présente comme absolue, pour s’interroger sur les modèles qui en sont la cause.
Texte de Markku Siira. Original de « Quand l’ordre se brise: les cycles du pouvoir et des générations » sur ‘markkusiira.substrack.com’ et traduction sur ‘synergies.heutetfort.com’.
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L’idée selon laquelle l’histoire ne suit pas un cours linéaire, mais évolue par cycles, est plus ancienne que la plupart des sciences sociales contemporaines. Dans la Grèce antique déjà, Polybe soutenait que les formes de gouvernement se succèdent selon un cycle régulier: la monarchie dégénère en tyrannie, la tyrannie est remplacée par l’aristocratie, l’aristocratie par l’oligarchie, l’oligarchie par la démocratie et, finalement, la démocratie par une nouvelle tyrannie. Selon lui, ce processus n’était pas le fruit du hasard, mais résultait de la dynamique de la répartition du pouvoir.
Au XIVe siècle, Ibn Khaldoun développa davantage cette idée. Selon lui, les dynasties naissent grâce à la force de cohésion du groupe, l’asabiyya, connaissent plusieurs générations de prospérité, puis déclinent lorsque la cohésion originelle cède la place au luxe et aux rivalités internes. Il distinguait trois phases: la génération des fondateurs, qui préserve la cohésion; celle des successeurs, qui commence déjà à s’orienter vers le luxe; et les générations suivantes, au cours desquelles la solidité originelle finit par se briser. À ses yeux, le cycle de vie d’une dynastie durait généralement de trois à quatre générations.
Au XVIIIe siècle, Giambattista Vico avança que les nations traversent trois âges — l’âge des dieux, celui des héros et celui des hommes — avant de revenir à leur point de départ (corsi e ricorsi). Pour lui, ce retour n’était pas une simple répétition, mais un retour idéalisé à un niveau supérieur : l’humanité revient à un état semblable à son état originel, mais jamais tout à fait identique.
Au début du XXe siècle, Oswald Spengler affirma que les cultures sont des organismes vivants qui naissent, s’épanouissent et meurent. Son œuvre majeure, Le Déclin de l’Occident (1918-1922), divisait le cycle de vie d’une culture en phases rappelant la croissance d’une plante: naissance, jeunesse, maturation et, enfin, pétrification.
Selon lui, la distinction décisive était celle qui séparait la culture de la civilisation. La culture est créatrice, génératrice de formes et vivante; la civilisation, au contraire, constitue la dernière phase de la culture, celle où la créativité est épuisée et où ne subsistent plus que la pétrification des formes, l’expansion et la maîtrise technique.
Spengler prédit que la culture occidentale était entrée dans la phase de civilisation et que sa fin était inévitable. Selon lui, les cultures n’apprennent pas les unes des autres, mais suivent le même schéma indépendamment de ce qui se passe à l’extérieur d’elles-mêmes.
Arnold Toynbee poursuivit dans la même voie avec son ouvrage en douze volumes, A Study of History (1934-1961), dans lequel il expliquait l’essor et la disparition des civilisations par le mécanisme du défi et de la réponse. Selon lui, une civilisation naît lorsqu’une communauté est confrontée à un défi — par exemple une sécheresse, une inondation, une guerre ou un nouveau mouvement religieux — et y répond d’une manière exigeant créativité et sacrifices.
Une «minorité créatrice», capable de relever le défi et d’entraîner les autres avec elle, joue un rôle déterminant. Lorsque cette minorité perd sa créativité, elle devient une minorité dominante qui recourt à la contrainte et à l’imitation.
La civilisation commence alors à se disloquer: le prolétariat intérieur se détache d’elle, le prolétariat extérieur exerce une pression à ses frontières et, finalement, une nouvelle grande culture ou religion apparaît et remplace l’ancienne. Toynbee soulignait que les civilisations ne meurent pas de chocs extérieurs, mais se suicident: elles perdent leur capacité à répondre aux défis qu’elles ont elles-mêmes engendrés.
Dans les années 1990, William Strauss et Neil Howe rapprochèrent cette idée de l’époque contemporaine. Selon leur théorie générationnelle, l’histoire des États-Unis se divise en cycles d’environ quatre-vingts ans, dont chacun s’achève par un quatrième tournant — une crise qui transforme en profondeur la structure de la société.
Peter Turchin a modélisé quantitativement les cycles séculaires et relié l’instabilité politique à la surproduction des élites ainsi qu’à l’appauvrissement de la population.
Ray Dalio, pour sa part, a avancé que les grands cycles d’endettement et de puissance se répètent environ tous les soixante-quinze ans et s’achèvent par une refonte de l’ordre établi.
Ces penseurs ont en commun une même observation fondamentale: la stabilité n’est pas permanente. Un ordre établi accumule en son sein des tensions qu’il est incapable de résorber. La richesse se concentre, les institutions se rigidifient afin de défendre ceux qui bénéficient de la situation existante, et une nouvelle génération — dépourvue de tout souvenir personnel de la crise précédente — considère l’ordre en vigueur comme allant de soi. Lorsque le système subit un choc suffisamment puissant, il ne plie pas: il se brise.
Les différences entre ces théories restent néanmoins considérables. Polybe et Vico parlaient d’un cycle revenant au point de départ. Spengler et Toynbee décrivaient la mort et la renaissance. Strauss et Howe s’appuient sur des archétypes générationnels, Turchin sur des cycles statistiques et Dalio sur les marchés de la dette. Les méthodes varient fortement, mais l’observation essentielle demeure la même: aucun ordre ne reste inchangé.
D’un point de vue critique, on peut objecter qu’il est facile de discerner des cycles après coup. Lorsque l’on regarde en arrière, on finit toujours par trouver une forme de schéma. Cela ne suffit toutefois pas à en faire une loi prédictive. Les théories cycliques n’indiquent ni le moment exact ni le résultat final. Elles montrent que certaines tensions structurelles produisent certains types de conséquences et, en ce sens, elles servent davantage de cadres d’interprétation que de prévisions.
La situation actuelle s’inscrit dans ce schéma. La polarisation politique s’est accrue, la légitimité des institutions s’est affaiblie et les inégalités économiques ont retrouvé des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis les années 1920. La rupture technologique transforme les structures du travail, du savoir et du pouvoir, tandis que les tensions entre les grandes puissances s’accentuent.
Les théories cycliques montrent que le même schéma s’est déjà répété : l’ordre dominant finit par s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions et, après une période de transition instable, un nouvel ordre prend sa place.
À quoi ce nouvel ordre pourrait-il ressembler? Après les crises, le rôle de l’État s’est généralement accru. À la suite de la guerre de Sécession, le pouvoir fédéral américain s’est considérablement étendu. Après la Seconde Guerre mondiale sont apparus l’État-providence, les Nations unies et le système économique de Bretton Woods. Si ce schéma se répète, il faut probablement s’attendre à un pouvoir central plus fort, à une réglementation plus stricte ainsi qu’à un nouveau type d’ordre économique et sécuritaire. Au début, cet ordre sera rigoureux, parce qu’il naîtra d’une rupture; il s’assouplira ensuite à mesure qu’une nouvelle génération grandira en son sein.
Il ne s’agit pas d’une prévision précise, mais d’une possibilité découlant de ce que nous savons du passé. Personne ne sait quand la transition se produira ni quelle forme le nouvel ordre prendra finalement. Nous savons toutefois que les générations actuelles devront vivre dans l’entre-deux instable séparant l’ancien ordre du nouveau. La question n’est pas seulement de savoir quand le nouvel ordre verra le jour, mais aussi où il émergera.
Il convient de noter que la conception cyclique de l’histoire n’est pas exclusivement occidentale. La phrase d’ouverture du récit chinois des Trois Royaumes (Sanguo yanyi) est la suivante: «La grande tendance du monde veut qu’après une longue division vienne l’unification, et qu’après une longue unification vienne la division».
Cette formule fait écho au cycle des formes de gouvernement de Polybe et au déclin des dynasties décrit par Ibn Khaldoun, mais elle s’en distingue sur un point: dans la tradition chinoise, l’unité n’est pas seulement une phase du cycle, mais l’état normal de l’ordre, vers lequel le cours de l’histoire revient. Alors que l’ordre dirigé par l’Occident perd sa capacité à préserver l’unité, le renforcement de la position de la Chine et, plus largement, de l’Eurasie laisse penser que le centre du prochain cycle ne se trouvera peut-être plus de l’autre côté de l’Atlantique.
Markku Siira
12 octobre 2026 (17H50) – Puisqu’il est partout question de deux ou trois choses que je crois un peu vite savoir, parlons-en... Je veux dire ; permettez-moi de développer mon point de vue prospectif sur cette situation, ou “la situation de notre situation” comme dit l’autre.
Quelles sont ces “deux ou trois choses” , — dans tous les cas, deux d’entre elles, rapidement résumées ?
• Trump et Poutine sont d’accord sur les livraisons de fuel avec levée des sanctions US dans ce domaine d’une part...
• Trump laisse tomber Zelinski, d’où il se déduit qu’il change d’attitude sur la guerre. En attendant, il demande un cessez-le-feu, notamment sur les raffineries de pétrole.
Le problème est que les trois hommes ne sont pas libres ; et nous insistons bien : les trois hommes, Trump, Poutine et... Zelinski.
• La “décision” de Trump a amené une levée générale de boucliers, en Europe bien entendu, mais aussi aux USA, chez les neocon et dans le système de sécurité nationale (c’est la même chose). La guerre US en Ukraine est le fait essentiellement de la CIA, et la CIA n’obéit plus, si elle n’a jamais obéi, à un président à la dérive comme l’est Trump ; les autres présidents, ceux qui ont le pouvoir bien en main, elle les tue (suivez mon regard “Indicible”...). La CIA n’a jamais cessé d’alimenter les Ukrainiens malgré tous les babillages de Trump, notamment en renseignements pour les attaques sur les raffineries russes, et elle continuera.
• Poutine n’a quasiment aucune possibilité (disons, à 98%) d’accepter une sorte de cessez-le-feu, même ultra-temporaire. Tout l’appareil de sécurité nationale et le monde politique autour de lui (Medvedev, par exemple, qui rejette catégoriquement l’idée d’un cessez-le-feu), n’accepterait pas une telle décision, si même Poutine y songe, — ce qui est loin d’être le cas assuré me semble-t-il, car son durcissement récent est bien réel, par exemple lorsqu’on entend Pechkov, “la voix de son maître”.
• Zelinski lui-même est cerné comme un rat par ses critiques internes qui rejettent sur lui la responsabilité des succès russes, notamment cette formidable campagne aérienne sur Kiev (voyez le maire de Kiev, Vladimir Rodionovich Klitschko). Il ne lui reste plus qu’à tenir une position maximaliste, le dos au mur, pour garder le soutien des groupes ultra-nationalistes et ukronazis les plus durs.
Donc, plus personne n’écoute Trump, y compris les Européens qui préfèrent les garanties que leur donnent la CIA et le Pentagone, en attendant la défaite républicaine aux midterms et la mise en accusation du président pour une destitution du fait d’un nouveau Congrès qui sera, ils en sont sûrs, acquis aux démocrates. Ainsi raisonnent les dirigeants européens qui poursuivent leur croisade ukrainienne dont ils jurent qu’elle garantit leur maintien au pouvoir. Remarque de Mercouris :
« Si les dirigeants européens étaient rationnels, s'ils avaient ne serait-ce qu'une once d'humanité, ils saisiraient la moindre occasion pour tenter de mettre fin à cette guerre en Ukraine. En réalité, ils font tout le contraire. La responsabilité ultime du déclenchement de ce conflit incombe indubitablement aux divers groupes néoconservateurs aux États-Unis ; cela ne fait aucun doute. Je veux dire, vous connaissez ces gens qui ont orchestré la tentative de coup d'État de 2014, et tout le reste.
» Mais les Européens ne se sont pas contentés d'être des complices dans cette affaire ; ils sont allés bien plus loin. Ils sont désormais devenus des acteurs à part entière — des acteurs de premier plan — dans ce dossier, et lorsque tout cela prendra fin, nous saurons où se situe la responsabilité. »
On ne s’arrête pas là, je continue... Rien n’est joué pour les gains de la “victoire” de la coalition CIA-UE-OTAN, car ils ne font que décider que l’affaire se règlera sur le champ de bataille. Ont-ils remarqué la puissance de feu incroyable des Russes ces dernières semaines ? Et ces remarques, qui valent vrépétition, faites hier par Mercouris pour Garland Nixon :
« Maintenant, je tiens à vous communiquer une information, une seule chose que j'ai apprise tout récemment — il y a à peine quelques heures, juste avant le début de cette émission. Je ne prétends pas disposer d'une multitude de sources au sein des structures politiques londoniennes, car ce n'est pas le cas ; toutefois, je connais une ou deux personnes bien informées. Voici ce qui se dit : la campagne aérienne lancée par les Russes en Ukraine a complètement sidéré l'Occident, car il s'agit précisément du type d'opération que nous menons habituellement. Or, ce sont eux qui la réalisent, et ce, contre ceux que nous soutenons.
» Une telle situation ne s'était jamais produite sous cette forme depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'Occident est sous le choc. Le fait qu'une campagne aérienne d'une telle envergure et d'une telle sophistication puisse être menée par le camp adverse suscite une consternation totale. Si vous lisez l'interview très intéressante qu’Éric Schmidt a accordée à ‘The Economist’ ici à Londres, vous verrez qu'il tient le même discours. On a tendance à imaginer les Russes comme étant lents, lourds et arriérés, tandis que les Ukrainiens seraient, eux, agiles et à la pointe de la technologie. En réalité, lorsqu'il parle des Ukrainiens, il pense surtout à nous, en Occident. Il constate avec stupeur que l'adversaire est au moins aussi performant que nous. Comme je le disais, c'est un scénario qu'ils n'avaient jamais envisagé ni cru possible de voir un jour... »
C’est contre ça que la CIA va entraîner l’UE et l’OTAN ? Exactly, les amis... Lesquels (CIA-UE-OTAN), dans leurs joyeuses incompétences-irresponsables, — y compris la CIA, et comment ! — ne demandent d’ailleurs que ça (l’OTAN un peu moins, à mon et notre avis et selon les prudences du Pentagone qui y est très influent ; lequel Pentagone, avec son ministre qui la boucle, est la partie qui se pose le plus de questions, suite à l’aventure iranienne et à l’offensive russe).
C’est la voie ouverte vers un conflit bien plus large en Europe, dans lequel les USA auront bien du mal à n’être pas impliqués sous la direction éclairée et si bien renseignée de la CIA. “Comme d’habitude”, disait Sinatra en reprenant (‘My Way’) une chanson de Claude François, pour une fois montrant un remarquable talent.
Mais je m’interroge : y a-t-il une issue de secours ? Oui si, Trump, brusquement touché par la grâce, retrouvant sa lucidité mentale et affichant soudain un caractère héroïque, prenant tous les risques de la tragédie sans-bouffe (probabilité de 99,99% à 110% que cela se fasse), se dresse pour un discours solennel à la Nation dans lequel il dirait :
• J’ordonne la cessation unilatérale des hostilités des USA dans le Golfe et l’ouverture de négociations où nous sommes prêts à rencontrer nombre des exigences de sécurité nationale des Iraniens
• J’ordonne la cessation immédiate de toute aide, matériels et renseignements, à l’Ukraine et invite ce pays, qui ne peut en aucun cas espérer entrer dans l’OTAN, à demander à la Russie les termes d’une paix entre les deux adversaires rencontrant nombre des exigences de sécurité nationale des Russes.
• Si mes ordres ne sont pas suivis d’effets du côté des USA, le peuple américain saura, parce que je le lui répéterai, que ses principaux organes de sécurité refusent d’obéir à leur commandant-en-chef, montrant ainsi un cas absolu d’insubordination et de trahison, et menant les États-Unis au suicide.
Cette idée de “suicide”... Pour éclairer le débat que tout le monde jugera évidemment tranché par avance, — Trump n’a jamais évalué le coût en $milliards de “l’être touché par la grâce” et de l’intérêt sur capital de la lucidité mentale et du caractère héroïque, — je vais citer une dame pour laquelle j’ai une très haute estime. Il s’agit d’une adresse publique de Tulsi Gabbard (« Message to All Americans ») où elle cite le discours de Lincoln de 1839, citation, quinze seconde après le début de son propre discours, avant-hier, le 11 octobre 2026, — comme si le Destin prenait ses marques :
« Je commencerais par l'une de mes figures préférée : Abraham Lincoln. À l'âge de 28 ans, il a prononcé un discours emblématique — dont on ne parle pas assez, sans doute parce qu'il n'était pas encore président à l'époque — mais qui a eu pour moi un impact considérable. Il s'est exprimé à Springfield, dans l'Illinois, au sein du Lyceum ; je vais vous en citer une phrase, tout en vous encourageant vivement à aller consulter le discours dans son intégralité. Il a déclaré :
» “Si la destruction doit être notre sort, nous devrons en être nous-mêmes les auteurs et les artisans. En tant que nation d'hommes libres, nous devons vivre jusqu'à la fin des temps, ou périr par suicide”... [et répétant] “En tant que nation d'hommes libres, nous devons vivre jusqu'à la fin des temps, ou périr par suicide..” »
Je suis sûr que nos attentifs lecteurs retrouveront ainsi une de mes citations favorites que nous faisons et faisons, et répétons sans cesse, du futur président Abraham Lincoln, en 1839, dans l’Illinois. Elle vaut bien plus, mille fois bien plus que la fameuse adresse qu’il fit au lendemain de la bataille de Gettysburg, gagnée par les Yankees en 1863 et tournant de la Guerre de Sécession. Et tous les historiens-Système de s’en paître et s’en repaître, et de s’en gargariser , de cette adressse de Gettysburg ; ils n’ont garde, eux, de revenir à Springfield, Illinois, en 1839... la Gabbard y a songé, elle, et en a fait le principal discours d’Abraham Lincoln : chapeau bas !
12 octobre 2026 (05H00) – Nous nous arrêtons aujourd’hui à l’un ou l’autre entretien pêchés chez nos commentateurs favoris — “influenceurs”, disent-ils dans leur sabir postmoderne, — pour déterminer le “point Oméga” de tous ces événements, notion souvent employée pour ces derniers temps dans son sens inverti et qui, aujourd’hui et de plus en plus, tend à se confondre avec l’épisode ultime de la GrandeCrise confrontée à son épreuve ultime qui est de lutter contre l’inversion qui a jusqu’ici dominé.
L’adoption de cette expression ne signifie pas une adhésion aux thèses de son créateur, Teilhard de Chardin, ni d’ailleurs une réfutation. C’est un emprunt pratique, qui constitue une façon acceptable de signaler qu’il y a une convergence d’analyse de “la situation cosmique de notre situation”, sans préjuger du sens de cette situation, — mais aujourd’hui, signalant que cette convergence nous rapproche plus encore du point de fusion du “point Omega inverti”.
« Chez le jésuite, paléontologue et philosophe français Pierre Teilhard de Chardin, le point Oméga désigne le point ultime et maximal du développement de l'évolution, caractérisé par une convergence parfaite de la complexité, de la conscience et de l'amour.
Empruntant la dernière lettre de l'alphabet grec (Omega), Teilhard de Chardin l'utilise pour symboliser la fin absolue et l'aboutissement de l'Histoire cosmique. » (IA-Google)
Si nous abordons notre thème central de la GrandeCrise, c’est essentiellement à cause de la convergence pressante de divers événements à connotation catastrophique, dont certains sont nommés “guerre” pour combler le vide des discours politiques de nos dirigeants, et d’autres remis dans les mains pleines de savoir de nos sociologues progressistes. L’essentiel, — c’est le cas de le dire comme il le fait, — se trouve dans cette phrase d’Alexandre Mercouris dont nous continuons à pomper le savoir-informationnel :
« ...L'essentiel est de comprendre que tout est lié. C'est là le point crucial à saisir. »
Nous consultons d’abord un entretien d’Alexandre Mercouris avec le commentateur américain Garland Nixon, qui est un des relais favoris de notre duo C&M. Garland Nixon est moins un spécialiste militaire que les Larry Johnson, Scott Ritter, Mcgregor, etc., dissidents des services divers de la sécurité nationale ; et mais certainement beaucoup plus politique vis-à-vis de la situation US, et d’une position personnelle particulièrement indépendante. Un terrain sûr, fécond et assez original pour les Christoforou-Mercouris. L’entretien est du 11 octobre :
Mercouris : « Nous avons énormément d'actualités à aborder, mais l'essentiel est de comprendre que tout est lié. C'est là le point crucial à saisir.
» Il me semble qu'une façon d'appréhender tous ces événements est de dire que le projet néoconservateur — qui s'est accéléré sans cesse depuis le milieu des années 1990 — est aujourd'hui en train de foncer droit dans le mur. Nous le constatons à travers les deux conflits que nous observons, celui en Ukraine et celui au Moyen-Orient ; ce choc frontal engendre des répercussions et des ondes de choc majeures au sein même du monde occidental.
» J'ai suffisamment d'âge pour me souvenir de la fin des années 1960 et du début des années 1970 ; l'atmosphère de l'époque, liée à la guerre du Vietnam, présentait certaines similitudes avec la situation actuelle. Toutefois, de mon point de vue, la situation est bien pire aujourd'hui, et bien plus complexe.
» Alors, tout d'abord, Garland, partagez-vous mon avis ? Je conçois qu'il existe de multiples façons d'analyser la situation, mais pensez-vous que cette perspective soit juste ? Si c'est le cas, nous pourrions peut-être examiner chaque point l'un après l'autre. »
Effectivement, Nixon aborde la question, même dans son aspect militaire, d’un point de vue fondamentalement politique. Il poursuit l’analyse de l’évolution de la politiqueSystème poursuivie et poussée par les neocon comme “fauteurs de guerre utiles” (des “idiots-utiles” plus opérationnels et à visages découverts) depuis le début des années 1990, avec les encouragements des usual suspects, CIA, MI6, Mossad & Cie, sous les auspices des divers relais du DeepState et ainsi de suite, — on en perd son souffle à énumérer les manipulateurs, comploteurs et autres “Maîtres du monde” de service...
Garland Nixon : Absolument. Et je pense que l'on peut envisager cet échec sous deux angles particuliers : l'un interne et l'autre externe.
» Sur le plan externe, il y a cette incapacité à accepter les limites de leur propre puissance. Vous savez, ils ont tenté de s'attaquer à la Chine dès l'arrivée de l'administration Trump ; ils le faisaient déjà depuis un certain temps, mais ils ont essayé d'affronter la Chine de front sur le plan économique, pour finalement réaliser que l'enjeu ne se limitait pas à l'économie. Il s'agit aussi des matériaux dont ils ont besoin ; l'interconnexion — si tant est que ce mot existe — de la chaîne d'approvisionnement mondiale rend impossible une confrontation économique frontale et brutale avec la Chine. Ils ont dû faire marche arrière, mais ils peinent à s'adapter, car ils continuent de tenir des propos du genre : « Nous détruirons la Chine, l'Inde ou qui nous voulons », tout en maintenant des sanctions majeures, etc. C'est donc cette incapacité à accepter leurs limites économiques.
» Bien entendu, les limites militaires sont assez évidentes, mais on entend toujours ce discours : “Nous allons revenir à la charge et frapper à nouveau l'Iran.” Et ils répètent inlassablement le même scénario. “Nous allons frapper l'Iran durement.” Puis quelques semaines ou un mois passent, et ils se disent : “Bon, d'accord, alors nous allons frapper l'Iran durement.” Trois ou quatre semaines s'écoulent encore... Ils continuent de se heurter violemment à l'Iran, encore et encore. L'Iran semble aguerri face à ces attaques, prêt à les affronter ; le pays les encaisse puis reprend le cours de sa stratégie à long terme.
» Et il semble que le plan consiste toujours à... eh bien, à refuser d'admettre qu'ils ne peuvent pas, entre guillemets, “forcer” les Russes à s'asseoir à la table des négociations. “Forcer”... c'est une formulation étrange, dire qu'on va forcer quelqu'un à venir négocier. Après tout, ce n'est plus vraiment une table de négociation si l'on y a contraint l'autre partie. De par la nature même des négociations et de la diplomatie, il ne s'agit pas de recourir à la force ; mais, là encore, ils ne peuvent accepter ces limitations. »
Garland Nixon poursuit en passant au problème interne, l’autre face de la même pièce, exactement similaire à la première : même attitude, mêmes échecs, même entêtement, même complet désintérêt pour la réalité, même certitude d’être dans le Vrai et dans le Bien puisqu’ils sont le Vrai et le Bien à la fois, — selon les dernières nouvelles et les meilleures instructions du Malin.
Garland Nixon : « D’un point de vue interne, ils ne peuvent pas accepter ces limites à présent ; je pense que cela se manifeste par l'écart croissant — ce gouffre, pourrions-nous dire — entre les masses, le citoyen ordinaire, et la classe politique ou l'élite. Les gens dans la rue expriment leurs attentes, forts de ce qu'on leur a dit — appelez cela comme vous voulez : démocratie ou autre — à savoir que le peuple élit des représentants censés défendre ses intérêts.» Il existe donc une attente légitime quant à cette représentation, mais les gens prennent conscience qu'en réalité, ces élus ne les représentent pas du tout ; bien au contraire, leurs actions nous nuisent alors même que nous leur avions demandé de ne pas agir ainsi. Nous avons donc affaire à une population qui ouvre les yeux et se dit : “Tout ce qu'on nous a raconté sur le gouvernement représentatif... nous y aspirons et nous attendons qu'il en soit ainsi, mais cela ne se concrétise pas avec le gouvernement actuel.” Reste à voir comment cette contestation va s'exprimer — que ce soit par des manifestations ou par le biais des élections de mi-mandat.
» Tout cela reste à voir. Mais je pense qu'il faut examiner, tant sur le plan interne qu'externe, comment ces dirigeants et leur nature autoritaire sont en train de déstabiliser la situation mondiale dans son ensemble. »
Mercouris : « Absolument. Je pense que vous avez mis le doigt sur un point très important : ils trouvent impossible d'accepter que cela leur arrive. Ils s'étaient tellement habitués à penser qu'ils pouvaient tout faire — anéantir des économies, faire marcher des armées, traiter le monde entier comme un échiquier — qu'il leur semble soudain incroyable que la partie ne leur appartienne plus. »
Les deux hommes ont donc installé l’assise de leurs échanges qui va constituer un large tour d’horizon sur l’actuel désordre chaotique du monde. Nous connaissons tout cela depuis longtemps et notre seule mission est d’observer l’évolution du monstre jusqu’au moment et sa surpuissance le fera définitivement basculer dans l’autodestruction. Cela vaut pour les USA, donc cela vaut pour le reste du bloc-BAO.
Ensuite, les deux intervenants passent à l’examen des divers problèmes évoqués. Mercouris commence par des considérations sur l’actuelle campagne aérienne russe sur Kiev. Il communique quelques considérations extraordinaire sur cette campagne, à laquelle nous allons nous arrêter pour compléter notre propre tour d’horizon.
Cela est dit alors que l’accord entre Trump et Poutine sur la livraison de considérables cargaison de diesel russe rebat les cartes complètement brouillées des Européens, pris au piège de leur aveuglement guerrier qui semble désormais ne plus tenir qu’au fil ténu de la position de Zelenski dont l’accord Trump-Poutine souhaite ouvertement le départ rapide. La sottise des dirigeants européens aura alors un vaste champ de bataille rempli de ruines pour discuter de leur avenir électoral.
Mais on en reste pour l’instant à Kiev et à la formidable campagne de bombardement russe qui laisse les experts européens conformistes-Système dans la plus complète stupéfaction... Mercouris nous en donne quelques nouvelles qu’il répercutera certainement dans ses prochains programmes.
Mercouris pour Garland Nixon : « Maintenant, je tiens à vous communiquer une information, une seule chose que j'ai apprise tout récemment — il y a à peine quelques heures, juste avant le début de cette émission. Je ne prétends pas disposer d'une multitude de sources au sein des structures politiques londoniennes, car ce n'est pas le cas ; toutefois, je connais une ou deux personnes bien informées. Voici ce qui se dit : la campagne aérienne lancée par les Russes en Ukraine a complètement sidéré l'Occident, car il s'agit précisément du type d'opération que nous menons habituellement. Or, ce sont eux qui la réalisent, et ce, contre ceux que nous soutenons.
» Une telle situation ne s'était jamais produite sous cette forme depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'Occident est sous le choc. Le fait qu'une campagne aérienne d'une telle envergure et d'une telle sophistication puisse être menée par le camp adverse suscite une consternation totale. Si vous lisez l'interview très intéressante qu’Éric Schmidt a accordée à ‘The Economist’ ici à Londres, vous verrez qu'il tient le même discours. On a tendance à imaginer les Russes comme étant lents, lourds et arriérés, tandis que les Ukrainiens seraient, eux, agiles et à la pointe de la technologie. En réalité, lorsqu'il parle des Ukrainiens, il pense surtout à nous, en Occident. Il constate avec stupeur que l'adversaire est au moins aussi performant que nous. Comme je le disais, c'est un scénario qu'ils n'avaient jamais envisagé ni cru possible de voir un jour... »
Ici, c’est le sort de Kiev qui nous intéresse particulièrement : capitale de plusieurs millions d’habitants, coupée en deux par le puissant Dniepr surmonté de plusieurs ponts qui sont en train d’être méthodiquement mis hors d’usage, sans nécessairement être structurellement détruits, par les incessantes attaques russes.
Kiev était super-protégé par une défense aérienne très soignée et des forces armées nombreuses regroupées pour protéger le précieux gouvernement zélenskiste et les divers appendices OTAN-CIA/MI6 bourrés de chefs étoilés occidentaux. Tout cela est en train de voler en éclats sous les coups de boutoir répétés d’une offensive aérienne qui évolue à ciel ouvert et avec une formidable précision, au grand dam du ministre polonais des affaires étrangères Sikorski qui assurait il y a trois semaines les Ukrainiens de la conquête de la Russie en 42 jours grâce à la formidable supériorité aérienne de l’OTAN.
Glenn Diesen reçoit Stanislas Krapivnik, russo-ukrainien venu aux USA dans sa tendre jeunesse, ayant embrassé une carrière dans l’US Army jusqu’au grade de capitaine, avant de quitter l’uniforme et les États-Unis pour la Russie où il est devenu un informateur réputé pour le circuit de nos commentateurs-influenceurs.
Krapivnik refait pour Diesen un rapide historique de la ville de Kiev durant la guerre, depuis la panique initiale d’une attaque russe qui n’était qu’une offensive temporaire de fixation d’une partie de l’armée ukrainienne. Cette panique avait entrainé pourtant une distribution massive d’armes individuelles à tous les Kiéviens pour une défense urbaine jugée alors nécessaire. Les Russes repartirent sous les commentaires sarcastiques des commentateurs américanistes-occidentalistes mais les armes restèrent. Tout le monde est donc plus ou moins armé à Kiev et cela alimente désormais le désordre qui s’amplifie avec le départ précipité d’un nombre grandissant d’habitants de la capitale, d’ailleurs encouragé à cela par le maire Klitschko, ennemi intime de Zelenski et qui dénonce son manque de moyens pour la défense de la ville. Kiev se désertifie très rapidement au rythme sonore des attaques russes incessantes.
Krapivnik décrit alors ce qu’il juge être l’avenir proche de Kiev en évoquant le film ‘New York 1997’ (‘Escape from New York’), avec l’acteur Kurt Russell expédié dans un New York devenu une immense prison, d’où il doit exfiltrer le président des États-Unis qui a été forcé de s’y aventurer à la suite d’un incident de son très-beau ‘Air Force One’.
Krapivnik : Alors, qu'est-ce qui va arriver à Kiev ? Je pense que le chaos va s'abattre sur Kiev. D'abord, une grande partie de Kiev est vide ou va le devenir surtout quand le gouvernement s'enfuira.
» Ce sera le plus grand signal d'alarme pour tous ceux qui restent encore. Il sera temps de dégager au plus vite. Donc je pense que la ville sera au moins à moitié désertée, sinon presque entièrement désertée. Il y aura beaucoup de gangs équipés d'armes, beaucoup de chefs mafieux et beaucoup d'autres factions politiques. J'imagine quelque chose qui ressemblerait à ‘New York 1997’, si vous vous souvenez de ce film. »
Diesen : « Oh ! De la fin des années 80 [fin des années 70]. »
Krapivnik : « Oui, ils en ont fait un deuxième, ‘Los Angeles 2013’, mais il n'a jamais été aussi bon que ‘New York 1997’. Donc oui, le premier était bien meilleur. [... Dans ce film,] New York est devenue une immense prison à ciel ouvert remplie de criminels. Tout le monde est armé. Donc oui, je pense que Kiev va devenir quelque chose comme ça. Paris pourrait devenir quelque chose comme ça avant Kiev, mais c'est déjà le cas.
» Mais oui, je pense que c'est la situation et après ça personne ne peut vraiment dire comment les choses vont évoluer. »
Je remarquerai volontiers que le Kiev que nous promet Krapivnik est mis sur le même pied boueux et puant que le Paris-à venir, sinon d’ores et déjà venu, — mais sans pour autant nous priver du Prix Goncourt débarrassé de toute trace d’IA mais contant tout de même l’histoire d’un migrant (venu d’Ukraine ? Un peu trop blanc, voyez Zelznski). Macron peut pavoiser et être panthonisé avant l’heure [il se cacherait au Panthéon], car ce jumelage Kiev-Paris dans l’effondrement serait alors un fort beau geste de solidarité de la France éternelle à l’égard de l’Ukraine zélenskinisé.
Ce que nous disent ces diverses analyses, toutes venues de commentateurs de qualité selon mon jugement appuyé sur l’expérience, c’est que l’extraordinaire crise (GrandeCrise) que traverse notre monde est marquée par un désordre impossible à décrire, mais qui contient les germes d’un chaos dont on sait qu’il possède des capacités créatrices fondamentales. On rappelle ainsi la différence effectivement fondamentale que nous avons toujours faite entre “désordre” et “chaos” et que l’IA explicite ainsi selon un développement révélateur, et parfaitement selon notre entendement, — et selon ma conception personnelle, plus encore :
« Il serait même possible de pousser la distinction assez loin :
Le désordre est l'opposé de l'ordre.
Le chaos n'est pas nécessairement l'opposé de l'ordre : il peut être ce qui précède, produit ou annonce un autre ordre.C'est une différence considérable. »
S’il est impossible de décrire la “situation de notre situation actuelle”, c’est parce qu’elle contient, mêlées au désordre terrifiant qu’elle décrit, des vérités-de-situation qui nous sont encore dissimulées et qui sont sans aucun doute créatrice d’ordres nouveaux. Il me semble bien improbable d’espérer le rétablissement de l’une ou l’autre de ces sous-crises de la GrandeCrise, comme par exemple la paix en Ukraine après une éventuelle victoire russe, avant que le nettoyage par des travailleur.es. de propreté postmoderne soit achevé.
La paix“, dites-cous ? Bien au contraire, toujours selon mon sentiment intuitif... La contagion du désordre sera alors l’ordre du jour, me semble-t-il : d’une façon ou d’une autre, — par la guerre ou par les désordres intérieurs, — le désordre gagnant avec brio et enthousiasme toute l’Europe de l’UE, y compris les primaires-des-primaires du PS. (Quant aux USA, à Dieu vat...) Les cris d’orfraie contre Poutine-seul ou contre Poutine-Trump, voire contre Trump-seul, ne sont que la marque extrêmement bien figurative de l’extraordinaire médiocrité des esprits dirigeants dans le monde occidental en pleine production-turbo. Je les trouve rassurants plutôt qu’inquiétants, ces cris-là, comme une toile typique des peintres-pompiers de la fin du XIXème siècle par opposition décisive aux nouvelles écoles des peintres modernisés et certains de nious apporter une nouvelle sensibilité du monde débouchant, comme une toilette mal élevée, sur notre sensationnele “Art Contemporain”, dit-A.C.
• L’alliance entre l’AfD d’Alice Weidel et le BSW de de Sahra Wagenknecht est réalisée en Saxe-Anhalt. • Première motion envisagée au Bundesrat du land : l’arrêt du soutien de la guerre en Ukraine.
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Le titre de notre article du 8 septembre 2026, — « L’Allemagne de Alice & Sahra ? » — inspirait largement, jusqu’à pousser au “plagiat”, celui d’aujourd’hui. La différence à peine perceptible se trouve dans le fait que les deux partis dirigés par ces deux femmes, l’AfD d’Alice Weidel et le BSW de Sahra Wagenknecht, ont franchi un pas décisif pour la constitution d’une majorité au Bundesrat du land de Saxe-Anhalt, en passant un accord qui prévoit la constitution de cette majorité et le lancement d’ores et déjà d’initiatives communes.
Il s’agit du succès du rapprochement suggéré sinon annoncé le soir du scrutin de Saxe-Anhalt entre l’AfD et le BSW, qui permet de former une majorité au Bundesrat du land et met en échec toutes les formations acquises au Système. L’accord a été rapidement établi signalant une volonté commune des deux partis populistes d’extrême-droite et d’extrême-gauche (“extrême” signifiant dans notre approche “hors-Système”, sinon antiSystème, — rien à voir avec la connotation du classement obsessionnel des plumitifs-Système). Les deux partis ont l’intention de déposer dès la semaine prochaine et la réunion extraordinaire de la nouvelle assemblée une motion demandant que l’Allemagne abandonne le soutien de la guerre en Ukraine pour la remplacer par la recherche d’un processus de paix :
« Des pourparlers de paix plutôt qu’un élargissement de la guerre en Ukraine ».
Sur le deuxième point, la formulation épouse la position russe (recherche d’un accord de paix) plutôt que celle de l’Ukraine (cessez-le-feu immédiat et sans conditions préalables, gel de la situation sur le terrain).
C’est un événement important car, si la motion est adoptée comme c’est probable sinon certain, la mise en cause du soutien au régime Zelenski et la prise en compte de la position de la Russie seraient pour la première fois énoncées officiellement, par une instance institutionnelle représentative. Bien entendu, cela n’implique en aucun cas un changement de la politique allemande, mais quelque chose qui nous semble plus important : le dévoilement officiel de la politique russe et l’obligation pour le monde politique de sortir de sa russophobie absolue rejetant l’existence même d’une position politique russe au profit d’une condamnation sans appel pour “agression”.
L’importance de cette alliance, sans tenir compte des données quantitatives diverses, constitue un événement symbolique de grande importance, — une fissure dans le mur de béton entourant et protégeant l’Absolu de la russophobie des directions occidentales. On peut envisager des prolongements importants, le rapprochement de ces deux groupes invitant un électorat qu’on jugerait antagoniste à se regrouper sur une cause commune d’importance. Cela est d’autant plus important que ce regroupement rapproche les deux têtes politiques la plus qualifiées aujourd’hui en Allemagne, Alice Weidel et Sahra Wagenknecht.
Article de ‘Zu erst’, octobre 2026, traduction de ‘eur-synergie.hautetfort.com’.
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http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2026/10/09/l-afd-et-le-bsw-s-unissent-pour-la-premiere-fois-des-pourparlers-de-paix-pl.html
Magdebourg. Il existe de nombreux points de convergence entre l’AfD et l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW). La politique à l’égard de la Russie et une politique visant la restauration de la paix en Europe en font partie. Ces dernières années, les deux partis se sont prononcés à plusieurs reprises, et avec insistance, contre la politique d’escalade menée par l’Occident et ont réclamé des initiatives en faveur d’un processus de paix en Ukraine.
Depuis son triomphe électoral en Saxe-Anhalt, l’AfD a franchi une étape supplémentaire. Selon toute vraisemblance, elle fournira, en la personne d’Ulrich Siegmund, le prochain ministre-président, qui sera officiellement soumis au vote en décembre. Mais les «Bleus» souhaitent dès à présent lancer des initiatives importantes. C’est pourquoi une motion conjointe des groupes parlementaires de l’AfD et du BSW, intitulée «Des pourparlers de paix plutôt qu’un élargissement de la guerre en Ukraine», devrait figurer la semaine prochaine à l’ordre du jour d’une séance extraordinaire du Landtag.
L’objectif central est de constater que la politique à l’égard de la Russie menée par les partis établis a échoué de manière retentissante, ainsi que d’appeler le gouvernement du Land à agir, par l’intermédiaire d’une initiative au Bundesrat, en faveur de «la prévention d’une nouvelle escalade en Ukraine et de la mise en œuvre d’une politique favorisant la paix». Les auteurs de la motion souhaitent mettre l’accent sur le retour à la diplomatie.
Ulrich Siegmund, président du groupe parlementaire de l’AfD, déclare à ce sujet: «Cette motion symbolise la volonté de changement. Nous allons enfin exploiter toutes les possibilités afin d’accroître la pression politique sur Berlin, pour que celui-ci œuvre enfin à mettre un terme à la guerre plutôt qu’à la prolonger, et pour que les milliards d’argent public soient consacrés aux habitants de notre pays plutôt qu’à des armes destinées aux champs de bataille ukrainiens!».
L’initiative ainsi que la demande de convocation de cette séance plénière extraordinaire ont été conjointement signées par Oliver Kirchner et Ulrich Siegmund, présidents du groupe parlementaire de l’AfD, ainsi que par Thomas Schulze, président du groupe parlementaire du BSW (voir photo) — un début prometteur pour les travaux du nouveau Landtag. Bien qu’elle y constitue la première force politique, l’AfD a besoin des voix d’autres groupes parlementaires pour obtenir la majorité absolue. Le BSW a déjà annoncé qu’il soutiendrait l’AfD sur des questions de fond. Cette initiative commune en faveur de la paix en marque le début. Elle obtiendra — et il s’agit là aussi d’une première — une majorité pour la première fois au sein d’un parlement allemand.
• Extraordinaire, gigantesque querelle en France : Thélyson Orélien, bien placé pour le Goncourt, a-t-il balancé son œuvre avec un coup de main de l’IA ? • En plus, c’est un migrant ! • Alerte nucléaire lancée par le sautillant Micron.
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9 octobre 2026 – La France aujourd’hui résonne des bruits de tonnerre d’une affaire qui semble presqu’une révolution en paroles et écrits. Il s’agit, sur fond de révolte lycéenne (comme en Belgique, vous savez), de la polémique autour du livre de Thélyson Orélien, poète et écrivain venu d’Haïti, et qui se trouvait dans la liste prestigieuse (?) des favoris pour le Goncourt.
• L’auteur et son bouquin ont été mis en cause pour avoir usé immodérément de l’IA pour la rédaction de la chose ;
• et n’oubliez surtout pas que Thélyson Orélien est un migrant, qui raconte une histoire de migrant, ou plusieurs histoires de migrant, — fait essentiel pour fonder cette “révolution en paroles et écrits”.
Il n’y a rien de plus important en France aujourd’hui que cette “révolution” puisque, comme vous le savez, rien d’autre de quelque importance que ce soit ne se passe aujourd’hui dans le monde.
Que faut-il, que pouvons-nous en dire ? Rien, pour notre compte. Sur l’IA, nous en avons suffisamment parlé sur ce site pour qu’il soit utile d’y revenir. Pour le reste, nous jugeons utile de reprendre une interview de Xavier Eman, rédacteur-en-chef de la publication ‘éléments’ dont nous disons en général grand bien. Lui aussi ne s’arrête guère au débat sur l’IA, mais plutôt sur les batailles terrifiantes engagées autour du fait que Orélien est un migrant, en pleine crise cataclysmique extrêmement française de l’émigration qui dure depuis trois ou quatre décennies.
Qu’est-ce que tout cela dit de l’état de la littérature en France. ? Doit-elle être “protégée” de l’IA ? Écoutez cette interview d’un critique littéraire indépendant sur la chaîne de ‘Front Populaire’ (Michel Onfray et compagnie), qui vous parle des restes épars et informes de la littérature française, qui éclate de rire lorsqu’on lui demande s’il lit les livres ayant reçu des Prix. Elle vous éclairera et vous fera vous demander : n’aurait-il pas été préférable de confier à l’IA la correction de certains de ces chefs d’œuvre du temps présent plutôt que de laisser faire les “auteurs” sans autre intervention ? Mais non, bien sûr, si nous voulons conserver la pureté du genre humain dans ses productions venues d’un sous-sol des catacombes (voir ‘Carnets du sous-sol’, de Dostoïevski).
A part toutes ces choses révolutionnaires, il est question de la France. C’est une des rares fois, sinon unique selon PhG, où nous vîmes Alexandre Mercouris ému d’une tristesse sans fin au cours d’une conversation (il y a deux jours) avec son compère Christoforou, où il ne fut question ni d’Orélien, ni de l’IA, mais de la France. Ce sont deux passages très émouvants, de la part d’un homme qui n’a pas l’habitude de laisser paraître jamais ses sentiments. Ici, il le fait, à deux reprises, et c’est bien une tristesse infinie qui devrait toucher tous ceux qui sont sensibles à ce qu’il reste de civilisation dans notre pauvre et triste époque.
Autour de la dixième minute :
Christoforou : « Nous avons vu ce scénario se dérouler en Grèce, par exemple : ce qui arrive lorsqu'une économie échappe à tout contrôle de cette manière. Mais la France est trop importante pour faire faillite. Elle est trop vaste pour être sauvée par un plan de sauvetage. »
Mercouris : « Oui. Un autre phénomène touche la France — je l'ai constaté lors de deux séjours effectués il y a quelques années : elle se vide de sa substance de l'intérieur. Encore une fois, je répète que je connaissais très bien la France. J'y ai séjourné et vécu, et je me souviens de la culture si riche et singulière qu'elle possédait. En France, cette forme d'uniformisation culturelle européenne est allée plus loin que n’importe où en Europe.
C'est une chose extraordinairement triste à dire pour quiconque a connu l'ancienne France et l’aime autant que moi. Vous savez, j'étais imprégné de culture française — je le suis toujours, d'ailleurs. Tout cela est donc très difficile et très pénible pour moi. »
... Puis, à la fin, autour de la quinzième minute :
Christoforou : Le scénario le plus probable, à mon avis, Alexander, est le premier que vous avez esquissé. On se retrouve avec une Le Pen qui finit par ressembler à une Meloni. Lagarde, Macron et tous ces gens-là s'emploient à consolider la position et la solidité de l'euro. Tout est à court terme, tout est provisoire ; on essaie de tenir le coup encore quelques années et, qui sait, peut-être finira-t-on par déclencher une forme de conflit avec la Russie. »
Mercouris : « Je suis d'accord. Franchement, je suis d'accord. Ils ne franchiront jamais le pas décisif. Non, exactement. Oui... Et puisqu'on parle de la France, je ne saurais dire à quel point cela me désole. »
Nous pensons bien que, dans cette tristesse de Mercouris, on trouve l’essentiel de ce qu’il faut dire de cette affaire. C’est aussi un peu le cas de Xavier Eman, qui ne parle guère volontiers de la question de l’IA sinon pour rappeler certaines choses déjà dites comme “l’extinction de l’espèce humaine”, — ou plutôt, de ce qu’il en reste et qu’il sera difficile de regretter, — qui parle surtout de ce cancer extraordinaire du conformisme et du politiquement correct qui dévorent à belles dents aiguisés ce qu’il reste de la France, et qui fait si poignante la tristesse de Mercouris. L’interview a été réalisée par le site de réinformation ‘Breizh-info.com’ (Propos recueillis par Audrey D’Aguanno) et repris par ‘L’information nationaliste’ sous le titre :
« Il suffit désormais qu’un ouvrage coche toutes les cases du politiquement correct pour qu’il soit immédiatement encensé par le grand chœur du milieu littéraire »
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Breizh-info.com : « Si la question est encore débattue, il semblerait bien que le “roman phare de la rentrée littéraire” du poète et romancier Thélyson Orélien ait été généré, en partie ou dans son intégralité, par l’intelligence artificielle, des passages paraphrasés laissant peu de place au doute. Vous qui connaissez bien ce milieu, qu’est-ce que cela vous inspire ? »
Xavier Eman : « Je ne connais ce “milieu” qu’en tant qu’observateur attentif, étant assez éloigné des salons littéraires et des médias centraux et très à l’écart de cet entre-soi germanopratin bien pensant et très satisfait de lui-même. C’est d’ailleurs, à mon sens, ce que révèle en premier lieu cette “affaire”, la déconnexion croissante de ce milieu non seulement avec le reste de la population mais avec la littérature elle-même, totalement grand-remplacée par l’idéologie, puisque tous ces braves gens si doctes et suffisants – éditeurs, auteurs, journalistes – ne sont même plus capables de distinguer un texte produit, apparemment assez grossièrement, par une machine d’un texte écrit par un être humain, un écrivain en chair et en os. Il suffit désormais qu’un ouvrage coche toutes les cases du « politiquement correct » (auteur -ou supposé auteur – racisé, victimisation, antiracisme, pleurnicherie féminsito-wokiste…) pour qu’il soit immédiatement encensé par le grand chœur du “milieu littéraire” qui n’est en réalité plus qu’un cénacle de libéraux-libertaires défendant leurs prébendes et leurs situations grassement rémunérées tout en se prenant pour d’éternels résistants à la bête immonde.»
Breizh-info.com : « À supposer qu’il ait véritablement utilisé l’IA, ne faut-il pas du talent pour parvenir à élaborer un texte et se hisser en tête des récompenses et prix de l’élite littéraire francophone, comme le prétend, par exemple, Virginie Despentes ? »
Xavier Eman : « Je n’ai pas lu le livre en question donc il est difficile de me prononcer même si les divers extraits que j’ai pu apercevoir ne m’ont pas semblé particulièrement convaincants. Évidemment, n’importe qui produisant un livre par l’IA ne va pas se retrouver immédiatement aux portes du Goncourt, encensé quasi unanimement par la critique. Mais cet enthousiasme est-il dû à la qualité réelle du texte ou au fait que l’auteur et l’histoire du livre sont paroxystiquement dans l’air du temps et représentent une énième magnifique occasion, à quelques mois de l’élection présidentielle, de sanctifier le “migrant”, cette figure iconique de notre temps, et de culpabiliser une nouvelle fois les méchants et les sans-cœur qui auraient l’ignoble outrecuidance de na pas voir dans l’accueil illimité des migrations l’horizon indépassable de l’humanité et la condition nécessaire du bonheur terrestre ? Suivez mon regard…»
Breizh-info.com : « Libération jubile : l’auteur de la publication ayant dévoilé la supercherie présumée n’est autre que Samuel Fitoussi, “auteur d’un essai contre le wokisme”. Xavier Eman, tout est-il politique ? »
Xavier Eman : « Je le crains. Ce qui est avant tout un scandale littéraire et une escroquerie médiatico-commerciale s’est presque immédiatement transformé en drama politico-idéologique, offrant un nouveau terrain de pugilat entre “wokistes” et “réacs”, nouvelle querelle des modernes et des anciens version TikTok. Si l’on ajoute à cela l’obsession raciale de notre temps (un “racisé” étant forcément innocent pour les uns et nécessairement coupable pour les autres..), et l’on obtient une grande empoignade généralisée, une sorte de néo-hooliganisme numérico-médiatique où les supporters de chaque camp s’écharpent furieusement dans le seul espoir de “marquer des points” contre l’ennemi.
C’est à mes yeux évidemment déplorable, très fatigant et surtout contre-productif, plus aucun événement, d’un fait divers sordide à une rencontre sportive en passant par une publicité pour des paris sportifs, n’échappant au passage par cette grille de lecture binaire et manichéenne et ouvrant des débats totalement hors de propos et de proportion. L’instantanéité, l’immédiateté des réseaux sociaux, leur fonctionnement viral, le désir effréné de virtuelle célébrité, la course aux “followers”, empêchent désormais tout débat de fond, toute prise de distance et toute réflexion collective apaisée.
Facebook et Tweeter ont tué la nuance et l’objectivité.»
Breizh-info.com : « À force de considérer l’IA comme un logiciel de plagiat de la créativité humaine, n’était-ce pas prévisible ? Au-delà de ce cas précis, en quoi l’utilisation de l’IA représente-t-elle un danger pour la littérature et pour l’art en général ? »
Xavier Eman : « Non seulement c’était prévisible, mais cela a été prévu. J’invite notamment vos lecteurs à lire l’excellent roman d’Alexis Legayet, paru en 2024 aux éditions la Mouette de Minerve, “les Obsolètes” qui se penche sur les conséquences du développement de l’IA dans les domaines artistiques et qui met en scène un éditeur qui reçoit un manuscrit exceptionnel, présenté comme l’œuvre d’un génie. Il le publie, c’est succès commercial retentissant mais le problème est que le texte a en réalité été entièrement généré par une IA, ce qui provoque un énorme scandale… Tout y était.
Pour ma part, je pense que l’IA représente un danger pour l’humanité toute entière, elle annonce un monde post-humain qui me semble absolument cauchemardesque. Mais pour s’en tenir uniquement à l’art, il est évident que l’usage de l’IA pose un abîme de questionnements, ne serait-ce que celui de sa définition. Peut-il exister un art non-humain ? Quel statut donner aux productions de l’IA voire aux futurs “artistes numériques” ? La création artificielle peut-elle surpasser l’art humain ? Nous ne sommes évidemment qu’au début de toutes ces interrogations…»
Breizh-info.com : « Certains avancent pourtant que créer ne signifie pas tout exécuter soi-même, et que bien des grands artistes ont eu recours à des collaborateurs ou à des outils. Ne peut-on pas considérer l’IA comme l’un de ces outils ? Les artistes devraient-ils renoncer à l’utiliser ? »
Xavier Eman : « Ce n’est pas faux. Le développement de l’IA pose, nous l’avons dit, d’innombrables questions et cette affaire devrait être l’occasion d’ouvrir des débats importants, fondamentaux même, sur le rapport à la création. Malheureusement, comme toujours aujourd’hui, on se contente de “politiser” et “racialiser” le problème, chaque “camp” vociférant contre l’autre dans un brouhaha hystérique dont il ne peut rien sortir d’utile ni de constructif pour l’avenir. La société est aujourd’hui tellement “clivée” qu’il semble impossible d’avoir des échanges apaisées et sereins sur quelque sujet que ce soit, alors que celui-ci, en plus, est l’un des enjeux cruciaux des années à venir.
Ce que l’on peut dire c’est que l’on arrêtera pas l’IA par décret, l’IA va continuer à se développer et à être de plus en plus massivement employée. Sa seule limite sera, à mon avis, les limites physiques et écologiques de la planète, une fois qu’il n’y aura plus d’eau pour refroidir les data center et plus de matières premières pour fabriquer des micro-processeurs…
Face à ce développement, pour le moment inexorable, ne reste donc que des choix individuels, personnels. A chacun d’interroger son rapport à l’IA et d’agir en cohérence avec sa vision des choses.
Par ailleurs, il est évident qu’il y a plusieurs façon d’utiliser l’IA. S’en servir comme d’un super dictionnaire ou d’un super correcteur, ce n’est pas la même chose que lui faire rédiger l’intégralité d’un texte. En fait, le plus important est sans doute de ne pas mentir sur la réalité de “l’œuvre” ou du “produit” final, ne pas tricher sur la marchandise. C’est pourquoi il semble indispensable de mettre en place des labels de “certifiés humains” comme il y a des labels d’origine contrôlée pour certains produits alimentaires. Il y aura certainement demain deux types de littérature, l’une largement produite ou “aidée” par l’IA, et une “100% bio”, 100 % humaine, comme il y a aujourd’hui des plats surgelés industriels et des plats artisanaux. Ce sera donc au lecteur-consommateur de choisir. »
Breizh-info.com : « S’il y a une crise de la création, elle est doublée d’une autre crise, tout aussi alarmante : l’effondrement de la lecture, en particulier chez les plus jeunes. Accaparés par les écrans, ces derniers ont une capacité de concentration qui dépasse désormais rarement les formats courts. Quelles seront, selon vous, les conséquences concrètes de ce déclin de la lecture sur la société de demain ? »
Xavier Eman : « Les dégâts sont déjà constatables au quotidien : l’effondrement du niveau culturel, de la capacité d’attention, de l’expression orale, de la maîtrise de l’écriture, de la syntaxe, de la grammaire, de la conjugaison, l’appauvrissement accablant du langage… Bref un abrutissement général de grande envergure. Par ailleurs, ces phénomènes favorisent également l’isolement social, l’obésité, l’instabilité sentimentale… C’est pour moi une catastrophe anthropologique sans précédent.
Tout cela va aboutir à un société toujours plus atomisée, composée d’individus toujours plus dépendants de la technologie et donc des oligarchies qui les détiennent et les contrôlent, toujours plus manipulables du fait de la faiblesse de leur bagage culturel et intellectuel… Dépouillez aujourd’hui un homme de son « smartphone », il devient immédiatement une sorte de gros bébé perdu et hagard, en état de « manque » quasi immédiat, incapable de s’orienter, de se diriger, de communiquer et même de se divertir.
On est loin des chimères transhumanistes d’un “homme augmenté” !»
Breizh-info.com : « Ceux qui nous lisent et s’adonnent encore à la lecture connaissent sûrement vos Chroniques d’une fin de monde sans importance. Ils savent bien que vous demandez si vous restez optimiste quant à l’avenir de la littérature serait purement rhétorique. Nous préférons donc vous poser cette question : que pouvons-nous encore faire pour essayer d’endiguer ce triste phénomène ? »
Xavier Eman : Instinctivement, je répondrais : rien. Mais ce n’est pas tout à fait vrai, des choses sont possibles mais réclameraient une énergie et une volonté dont je ne suis pas certain que les générations actuelles et à venir soient encore capables. Il s’agirait sans doute, en premier lieu, aux parents d’interdire totalement l’accès précoce aux smartphones, et ce au moins jusqu’à la fin du collège (folle utopie n’est -ce pas?), de limiter drastiquement l’exposition aux autres écrans, et d’inciter, même de façon coercitive (horreur!), leurs enfants à la lecture tout en leur donnant l’exemple d’un environnement où le livre est omniprésent et la lecture une activité importante, à la fois culturelle et ludique. Dans un monde où plus personne ne lève la tête de son Iphone, du lit conjugal au restaurant en passant par les transports et le cinéma, et où les parents ont du mal à faire dire “bonjour” et “merci” à leur progéniture HPI, j’ai hélas de sérieux doutes quand à la possibilité de réalisation d’un tel scénario.»
8 octobre 2026 – IA-Google, n’est pas étouffé par sa logique interne, — selon les consignes de ses animateurs, à mon avis, qui “gèrent” cette logique interne. Donc, à prendre selon un jugement préalable de l’interrogateur, — comme tout IA sous une influence que je suppose activement comme nocive sinon toxique avec de très fortes présomptions, — car l’homme des élitesSystème avec ses vices, sa perversité et sa dépravation, veille, particulièrement dans l’univers-Google...
Après avoir rejeté (dans une première question-réponse) le “nouveau” mot “dé-compétence” comme sans le moindre sens logique sinon le moindre intérêt, IA-Google répond à une autre question (séparée de la précédente) que je pose concernant le préfixe “dé”. C’est bien un cas de cette logique interne chaotique ou inexistante, sinon manipulée, puisqu’est instantanément oubliée ma question précédente sur “dé-compétence”, de cette façon :
« Oui, “dé-” (ou “dés-” devant une voyelle ou un “h” muet) est bel et bien un préfixe très courant en français.
Il s'ajoute principalement à des verbes ou à des noms pour construire de nouveaux mots. Selon le contexte, il apporte trois nuances principales :
1. L'action contraire (le sens le plus fréquent)
Il indique l'annulation ou l'inversion de l'action du mot d'origine... »
Exactement ce qu’il nous faut dans le cas de “dé-compétent” comme inversion catastrophique et décadente de “compétent”. Nous allons citer d’abord un exemple de cette sorte de personne, tiré d’un dialogue de la mi-septembre, lorsque l’offensive aérienne russe sur Kiev a commencé, entre les deux C&M, Christoforou et Mercouris de ‘The Duran’.
Nous les choisissons très régulièrement et depuis longtemps comme source sûre, — en étant très souvent en accord sur le sens général de leurs analyses. Cette longue fréquentation m’a convaincu que cette source est une des meilleures pour suivre et tenter (non sans ironie, par bonheur) de comprendre la politique autour de la GrandeCrise. Elle a pour mon compte très largement fait ses preuves dans l’amas considérable de commentateurs de la presse alternative qui est naturellement antiSystème mais cède bien souvent et de plus en plus souvent à l’approximation et l’effet immédiat sans vérification ou recoupement, notamment par souci de sensationnalisme et de l’obsession d’entretenir un lectorat télévisuel important.
Le sujet semble anecdotique et accessoire puisqu’il concerne une information de détail,
• sauf que la personne impliquée est le directeur de la CIA John Ratcliffe en personne ;
• sauf qu’une telle agence de renseignement fixe son analyse d’un problème important (ici, l’Ukraine) à partir de l’addition d’informations de cette sorte... D’où l’intérêt de détailler la “méthodologie” (ou “dé-méthodologie” ?!) des personnes dé-compétentes ;
• sauf et d’autant plus que cette anecdote-Ratcliffe confirme une analyse plusieurs fois rencontrée selon laquelle les deux SR occidentaux (et anglo-saxons) principalement impliqués, CIA et MI6, ont eu constamment tendance, surtout depuis la début de la guerre, a faire confiance aux informations provenant de sources ukrainiennes, officielles et orientées antirusses.
Christoforou : « Au fait, pour revenir à l'histoire concernant Ratcliffe — juste pour illustrer à quel point il est déconnecté de la réalité et mal informé —, lorsqu'il a affirmé que les soldats russes n'avaient que 35 minutes à vivre (ou quelque chose du genre) une fois envoyés au front, il tenait cette information d'une chaîne Telegram. C'est là qu'il l'a puisée. La CIA a tiré ce fait d'une chaîne Telegram.Mercouris : « D'après ce que je sais, il s'agit d'une chaîne assez modeste, qui repose entièrement sur des rumeurs et des exagérations, et c'est pourtant là qu'il a récupéré cette info. Il l'a répétée inlassablement. Et il s'agit de la CIA ; cela donne une idée du manque d'information fiable dont souffre le directeur de l'agence.
Christoforou : « Alors, les États-Unis ont-ils un moyen de faire marche arrière ? Car Trump va essuyer un échec monumental, gigantesque, dans cette guerre ; il va le prendre en pleine figure. C'était la guerre de Biden ; c'est désormais celle de Trump. »
Mercouris : « Absolument. S'il ne trouve pas le moyen de prendre ses distances au plus vite — dès demain — vis-à-vis du “Projet Ukraine” et de l'Europe... car il a écouté des gens comme Ratcliffe, et c'est bien pour cela qu'il se retrouve dans ce pétrin. Or, Ratcliffe, comme vous le soulignez à juste titre, tire ses informations de chaînes Telegram douteuses. Cela dit, il en existe de bonnes. Enfin, on peut les compter sur les doigts d'une main, soit dit en passant.
Mais il y en a de très, très bonnes, y compris certaines chaînes ukrainiennes de qualité — il est important de le préciser. Mais celle-ci était douteuse. D'ailleurs, concernant cette histoire, la chaîne en question prétendait tenir l'information d'un article dont elle ne fournissait aucune référence et que personne n'a jamais pu retrouver. Donc... vous voyez, tout cela n'était qu'une absurdité. Les vérifications élémentaires nécessaires pour confirmer la véracité de l'information n'ont tout simplement pas été effectuées. C'est toute cette histoire... c'est incroyable de se dire que l'agence de renseignement la plus puissante au monde obtient ses informations de cette manière. »Christoforou : « Le problème, c'est de savoir s'il y a des personnes rationnelles au sein du gouvernement américain qui soulignent ce fait et tentent d'attirer l'attention du président là-dessus. »
Mercouris : « Eh bien oui, il y en a. Lorsque nous nous sommes rendus à Chattanooga, nous avons rencontré des gens qui ne font pas partie de l'administration mais qui ont des connexions et gravitent, pour ainsi dire, autour d'elle. Certains sont très bien informés et comprennent parfaitement la situation. Ils essaient de se faire entendre et de transmettre ces conseils à Trump lui-même ainsi qu'à l'administration dans son ensemble.
Mais au sein même de l'administration, vous avez dit que le nombre de personnes rationnelles qui comprennent ces enjeux diminue de jour en jour. Nous en avons perdu une autre : Dan Driscoll, le secrétaire à l’US Army. C'était, semble-t-il, l'un des meilleurs éléments. »
Christoforou : « Pas les porte-parole du Pentagone... »
Un autre exemple de cette ligne de dé-compétence, cette fois passant par le dé-culturation de type orwellien . La déculturation nous paraît un terme beaucoup plus dynamique et plus approprié à notre époque d’intense communication que le termes d’acculturation (l’inculturation étant l’absence ou la faiblesse de la culture, qui n’est pas pris en compte ici). L’acculturation peut se définir de la sorte (IA)- ;
« L'acculturation est le processus par lequel un individu ou un groupe humain adopte, modifie ou intègre des éléments culturels (valeurs, normes, langue, pratiques) provenant d'une autre culture, généralement à la suite d'un contact direct et continu. Ce processus peut être bilatéral (échanges réciproques) ou unilatéral (souvent lorsqu'un groupe se trouve en position dominante par rapport à l'autre). »
Par rapport à l’acculturation, la notion de dé-culturation que nous proposons est beaucoup plus forte, brutale dans sa dynamique, souvent exercée sous la contrainte de la force et impliquant aussi bien une inversion qu’une annulation de la culture, — c’est le cas ici pour le premier mot (inversion), ou la déculturation passe par une annulation, brutale elle aussi, souvent assortie d’illégalité à partir de lois votées dans ce but, de certaines connaissances acquises par la culture.
Il y a un excellent exemple de ce processus, qui nous vient du pays des tulipes, terre qui s’est enorgueilli pendant des siècles, à l’ombre du calvinisme (cela d’un autre temps explique ceci de notre temps), d’être une terre d’accueil pour tous les opprimés des régimes fondés sur la religion catholique ou la force de dynasties absolues. Il s’agissait également et souvent d’intellectuels libéraux, progressistes, etc., venus au pays des tulipes. La Hollande avait, dès la fin du XVIIème siècle, établi des liens puissants, — outre les intérêts commerciaux de deux nations maritimes, – avec l’Angleterre post-révolutionnaire (post-Cromwell, – voir le parallèle fait par Crooke entre le puritanisme massacreur de l’armée de Crowell et le puritanisme du wahabisme en Arabie Saoudite).
Comme l’Angleterre de Cromwell et la suite, la Hollande passe, dès qu’elle trouve un maître (l’UE de van der LaHyène) auquel il est bon de se soumettre), de son libéralisme vertueux à l’intolérance absolue et donc vertueuse. C’est le cas de sa direction actuelle au pouvoir, dans des circonstances rapportées par un député de l’opposition. La décompétence passant par la déculturation y bat son plein. Bien entendu, les Orwelliens qui appliquent le programme ne distinguent pas une seule seconde les risques qu’ils font courir à leur propre cause par la grossièreté grandissante de leurs interventions.
Un texte (traduction de ‘euro-synergies.hautetfort.com’) décrit l’affrontement entre un député du FVD et le gouvernement hollandais, sous l’action du ministre des affaires étrangères (« Pays-Bas: le député du FVD Van Houwelingen démontre que seul le discours prescrit compte encore »). On y trouve les détails de l’explication politique par ce ministre de ce qu’il importe de dire et de ce qu’il est interdit de dire au pays européen peut-être le plus exemplaire du point de vue des libertés publiques.
On y retrouve effectivement l’exposition de ce que Jeffrey Sachs, personnage de grande expérience et influence dans les problèmes économiques et politiques les plus importants, identifie sans relâche comme « l’incompétence » des dirigeants européens. On voit bien comment le chemin suivi aboutit effectivement à une action de force destinée à priver les hommes politiques non-alignés, puis les couches les plus influentes de la population de leur compétence dans l’analyse, le jugement et la décision. Une parfaite illustration de la dé-compétence.
« Le ministre des Affaires étrangères Tom Berendsen (CDA) refuse de répondre sur le fond aux questions parlementaires de Pepijn van Houwelingen, dans lesquelles celui-ci soumet au gouvernement les critiques d’éminents spécialistes de la guerre, critiques selon lesquelles la guerre en Ukraine est une guerre par procuration opposant l’OTAN et l’UE à la Russie.
Selon le gouvernement, ces critiques constituent “de la désinformation prorusse provenant du Kremlin” et on a “délibérément évité d’entrer dans de tels cadres interprétatifs”. Van Houwelingen a réagi avec fureur: “C’est véritablement inconcevable, quelle stupidité insensée. Voilà donc comment on entraîne sa population dans une guerre contre la Russie”.
Le député du FVD avait demandé au gouvernement de “répondre sur le fond (!)” aux analyses de critiques connus, parmi lesquels Glenn Diesen, Jeffrey Sachs et John Mearsheimer. Ces universitaires mettent depuis des années en garde contre la politique occidentale qui, selon eux, a conduit à une guerre par procuration extrêmement dangereuse entre l’OTAN et l’UE, d’une part, et la Russie, d’autre part, menée aux dépens de la population ukrainienne.
La semaine dernière, Van Houwelingen a publié la réponse du ministère des Affaires étrangères, qui a fait savoir, par la voix de Tom Berendsen, membre du CDA, qu’il ne répondrait pas sur le fond aux questions parlementaires — alors qu’il y est constitutionnellement tenu en vertu de l’article 68. Le ministre des Affaires étrangères refuse d’examiner les analyses des experts, car il est “absolument évident que la Russie mène contre l’Ukraine une guerre d’agression illégale qui ne saurait être justifiée d’aucune manière”. En ignorant les questions de Van Houwelingen, il a été “délibérément évité d’entrer dans de tels cadres interprétatifs”, selon Berendsen.
Van Houwelingen a déclaré sur X être abasourdi: “Incroyable. En d’autres termes, ce gouvernement qualifie d’avance — je dis bien d’avance ! — toute forme de critique, y compris les critiques très solidement étayées d’éminents experts indépendants, de ‘désinformation provenant du Kremlin’. C’est exactement ce qui figure dans la note décisionnelle: lisez-la vous-même ! Il refuse ensuite — eh oui, il refuse ! — de réfuter ces critiques sur le fond et de répondre aux questions parlementaires à ce sujet”.
Dans ses questions parlementaires, le député du FVD avait précisément demandé que celles-ci ne soient pas rejetées d’avance comme relevant du “complotisme”, de la “propagande du Kremlin” ou de la “désinformation”. La réponse du ministre fut: ”Voir la réponse à la question 2”. Il y avait répété le discours gouvernemental selon lequel la Russie était l’agresseur.
La semaine dernière, Van Houwelingen a déclaré au journal ‘De Andere Krant’ qu’il avait conscience que le dépôt de questions et de motions parlementaires ne changerait pas grand-chose en politique. “Mais nous voulons montrer ainsi qu’ils n’ont aucun argument. Et l’on espère malgré tout qu’un processus de réflexion s’engagera chez les gens. Il s’agit de les démasquer. Leur véritable nature se révèle”.
Dans ce cas, Van Houwelingen a démontré que le gouvernement Jetten détermine quelles questions sont légitimes et lesquelles ne le sont pas. Les questions jugées illégitimes — relevant de la “désinformation” — ne doivent alors apparemment pas recevoir de réponse sur le fond. Un passage du roman 1984 de George Orwell se rapproche ainsi dangereusement de la réalité: “Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime et le plus essentiel”.
Cela a suscité des réactions indignées sur X. Un certain Nestor a écrit: «Cette réaction est vraiment choquante. Depuis près de sept ans, on se dit que cela ne peut pas devenir plus insensé. Mais ces nullités réussissent tout de même à le faire». Selon Gert Jan Smit, “la Seconde Chambre, en particulier, n’est plus qu’une vaste mascarade, simple prolongement du FEM, frappé d’incapacité, et exécutant docile des décisions de l’UE et de l’Agenda 2030”. »
Bien entendu que les midterms de 2026 jouent un rôle politique essentiel puisque nous nous trouvons au cœur d’une crise considérable de l’américanisme. L’enjeu est, tout aussi évidemment, la question du pouvoir du président Trump et de ses différentes initiatives considérées comme autant éléments de crise : rien dans l’action de Trump n’échappe à cette référence crisique.
• la guerre en Iran avec les considérables effets au niveau de la vie courante aux USA. Une seule constatation domine, selon une analyse objective : la domination d’un problème de politique extérieure jouant un rôle essentiel dans l’enjeu des élections, ce qui constitue une première considérable de la politique électorale aux USA. On ramène la chose à ce constat : comment une proclamation bombastique constante de Trump sur l’hégémonie des USA sur le monde peut-elle conduire à faire d’un conflit extérieur une crise très défavorable aux USA, avec effets intérieurs catastrophiques ? Bien entendu, tout cela, notamment l’affirmation hégémonique, est du théâtre trumpiste du type-“Théâtre des Marionnettes” (bien plus que du simulacre, — on en verra plus sur ce point, plus loin) ; mais tout le monde joue dans la pièce et prend les répliques pour du comptant, et lui renvoie effectivement la question ci-dessus sur la fausse hégémonie.
• Alors, qui va gagner ? Habituelle confusion des sondages, toujours dans le cadre du théâtre trumpiste, là aussi à son désavantage. Émerge de cette cacophonie une espèce de certitude aussitôt mise en cause : les démocrates vont gagner gros parce que Trump est si catastrophique, — “à moins que...”, suivi d’observations théâtrales et trumpistes sur diverses “surprises d’octobre” et de novembre qui pourraient survenir.
• Là-dessus éclate l’habituelle litanie des possibilités dramatiques, de la tragédie-bouffe trumpienne et trumpiste : refus du résultat, accusations de fraude, état d’urgence et report des élections, etc. Comme on dit avec Trump : « business as usual », puisque nous sommes dans une phase de ‘perfect storm’ crisique dans le cadre de la GrandeCrise.
• Cela conduit à des commentaires du type : « What next after Trump ? ». Celui-ci, de ‘Média’, est typique de l’événement, — un événement devenu pour ce cas très courant et au cœur de l’actualité, notamment des pays européens (chose quasiment impensable dans les temps d’avant). L’événement crisique comme atmosphère normale de notre séquence ultra-rapide :
« Les sondages sont d'ailleurs de moins en moins favorable au camp Trump, en vue des Midterms. Et c'est ce qui fait craindre le pire. Certains, comme nos confrères suisses du Temps, évoquent même l'utilisation de la loi martiale en cas de défaite. On s’attend dans tous les cas à ce que tout soit fait pour contester les résultats, surtout en cas de vague bleue (la couleur du camp démocrate) au Congrès. Ce d’autant que les candidats progressistes et insurgés sont en embuscade. Beaucoup d’entre eux continuent de progresser dans les sondages et brandir contre eux “la menace communiste” ou “socialiste” n’a pas l’air d'y changer grand’chose. L’odeur d’une nouvelle ère aux Etats-Unis se fait de plus en plus sentir. Mais quelle ère ? »
Plus haut, effectivement, nous avions évoqué le terme de “simulacre” à côté de celui de “Théâtre des Marionnettes” :
« Bien entendu, tout cela, notamment l’affirmation hégémonique, est du théâtre trumpiste du type-“Théâtre des Marionnettes” (bien plus que du simulacre, — on en verra plus sur ce point, plus loin). »
Le problème évoqué ici est que la qualité du principal acteur, le président Trump, est si médiocre qu’effectivement ses sorties habituelles, qui ne peuvent se faire que dans un cadre comme d’habitude entièrement mensonger-délirant, est du niveau du -“Théâtre des Marionnettes” et ne parvient plus, contrairement à ses débuts, à construire un simulacre structuré. Les causes en sont bien entendu l’usure d’un personnage entièrement fabriqué, son âge et son état mental déficient, enfin le réseau de contradictions où il est conduit à s’enfoncer et dont il ne parvient plus à se défaire, comme un sable mouvant transformé en boue d’un marigot gluant et collant qui tient sa proie prisonnière.
Par conséquent, la pièce jouée par Trump est médiocre et ne donne guère d’indications sur d’éventuelles intentions, s’il y en a. Par contre, le cadre reste, lui, un vaste simulacre où continue à se développer le « What next after Trump ? » qui est l’actuel mantra de la crise de l’américanisme, et dans lequel d’autres acteurs peuvent et doivent intervenir en tentant de profiter de cette occasion.
Cela signifie une incertitude beaucoup plus grande qu’aux autres occasions électorales où intervenait la capacité d’action du président Trump encore en possession de ses moyens. Désormais, la situation est beaucoup plus ouverte pour l’apparition de personnalités, de groupes idéologiques, d’alliances, etc., — qui peuvent être de ses alliés aussi bien que de ceux qu’il a trahis (les MAGA devenus antiTrump), que de ses adversaires des origines, — qui se trouvaient tous, les uns et les autres, jusqu’alors paralysés par l’énorme puissance de communication de Trump ou simplement inexistants puisque la trahison n’avait pas encore été consommée.
On voit que ces élections ne dépendent pas seulement des votes et d’éventuelles manigances des groupes d’intérêt autour du président, et liés par intérêt à l’évolution de Trump et à ses soubresauts d’incohérences. Elles dépendent, ou plutôt introduisent très probablement une période de vide institutionnel par manque de référence impérative, avec toutes les possibilités des batailles furieuses, des mises en accusation, des dénis d’autorité, des coups d’autoritarisme délirant, — bref, d’une Grande République face à une tourmente qui a les caractères du ‘perfect storm’, lorsque toutes les tensions et les dynamiques antagonistes sont à l’œuvre, tandis que se poursuivent des affaires extérieures qui auraient besoin d’un contrôle ferme et qui en manqueront totalement... Après tout et à moins d’un coup de folie ou d’un coup de poker qui n’en serait pas moins affreusement déstabilisant d’une situation déjà réduite à un simulacre (un de plus) de pseudo-stabilité dans la plus complète incertitude, le conflit iranien se poursuit dans une sorte d’embourbement recélant effectivement de très graves potentialités d’explosions soudaines.
Personne, et les sondages plus encore que le reste, ne peut nous permettre d’avancer la moindre hypothèse structurée. Cette situation apparaît soudainement comme la principale préoccupation d’une crise de l’américanisme, plus ou moins trumpiste c’est selon, qui met les midterms au cœur des préoccupations de la sphère de la communication aux USA. Elle apparaît comme une menace terrible pesant sur l’énorme simulacre qu’est devenu la crise de l’américanisme, qui peut à tout moment éclater comme une super-bulle de l’IA, et bien plus gravement qu’elle. Brusquement, à moins d’un mois du 3 novembre, la situation des USA occupe bruyamment la place qui est la sienne de manipulatrice suprême de l’aggravation de la GrandeCrise, au cœur de la GrandeCrise.
Mis en ligne le 7 octobre 2026
• Trois nouvelles prises comme symboles et mises ensemble pour donner une image de la situation de “la guerre de l’information”. • Nous avons l’arrogance satisfaite des “Maîtres du monde”, l’incompétence des marionnettes, l’énergie et l’obstination de la presse-alternative. • Tout se passe à l’intérieur du Système qui, de prison fermée à double tour, est devenue une monstrueuse passoire où ceux qui veulent savoir n’ont qu’à faire l’effort de volonté et d’indocilité qui importe.
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Plusieurs événements de ces derniers jours permettent d’apprécier exemplairement ce qu’est aujourd’hui la situation à l’intérieur du Système. Il faut garder à l’esprit l’une de nos principales affirmations, amendant notamment et radicalement ceux qui décrivent la population du monde comme totalement apathique et “sous contrôle” ; elle est dégénérée, inculte, souvent d’une stupidité biologiquement accentuée avec un QI sans cesse revu à la baisse par les Agences de notation, mais elle n’est ni apathique ni “sous contrôle”, — prenez aujourd’hui les naïfs et gobe-mouches lycéens belges et français, qui ne sont que précurseurs des autres colères à venir. C’est le contraire qui s’est produit dans le chef de ceux, — ou plutôt des “forces extérieures”, sataniques et super-humaines, — comme le dit clairement ces phrases de la présentation de notre texte d’hier sur les pathétiques “Maîtres du monde” :
« Ils ont travaillé pour rendre le vulgum pecus servile, stupide et obéissant et ils ont parfaitement réussi cette transmutation, — mais seulement au niveau des marionnettes qui avaient justement comme mission impérative de réaliser cette transmutation de leurs “mandants”. Leur propre piège les a pris et il les serre de plus en plus fortement dans des mâchoires impitoyables. Ils gémissent, pleurent et prient devant cette injustice faite à la fortune pécuniaire de l’esprit et à l’âme-comptable qui les habitent. Ils n’ont même pas, bien entendu, la noblesse du loup d’Alfred de Vigny... »
Nous prenons donc trois événements extrêmement significatifs des deux derniers jours, chacun original et significatif dans le domaine où l’on les place. L’ensemble donne une assez bonne vision de la situation du monde, des forces en présence, des énormes erreurs de calcul et de stratégie, — en d’autres mots de la catastrophique impasse de tensions explosives où nous nous trouvons (tout le contraire des “peuples apathiques et ‘sous contrôle’”).
D’une façon que nous jugeons révélatrice, les trois événements sont présentés par RT.com qui a pris ces dernières semaines le même tournant de durcissement observé dans la politique russe alors qu’il était resté notablement proche de l’aile “libérale” de cette politique, suivant une des tendances de Poutine lorsqu’il était en butte aux critiques des “durs” du régime.
Le premier événement qu’on signale est une manifestation honorifique du grand maître du groupe médiatique ‘Bild’, Axel Springer. Il s’agit de la remise du “prix Axel Springer 2026” au patron de l’entreprise technologique Palentir Peter Thiel ; Palentir, principal bras armé de la subversion de la CIA et du Pentagone dans tous les territoires et régime que les globalistes veulent réduire dans leur actuelle campagne de subversion de leur guerre asymétrique. On notera avec délice les noms des prédécesseurs couronnés de Thiel, — tous de la même bande, renforcée de l’ineffable Mister Z.
« Le géant allemand des médias Axel Springer a décerné sa plus haute distinction à Peter Thiel, fondateur de Palantir, lors d'une cérémonie illustrant les relations incestueuses entre les médias traditionnels, l'industrie des technologies de défense et l'ordre américano-israélien.
» Thiel a reçu le prix Axel Springer 2026 lors d'une cérémonie organisée jeudi à Berlin. Selon Mathias Döpfner, PDG d'Axel Springer, Thiel “est l'un des rares entrepreneurs qui ne se contentent pas de fonder ou de financer des entreprises, mais qui contribuent à orienter le développement technologique... il nous rappelle que le progrès exige du courage et de l'anticonformisme”.
» Parmi les précédents lauréats du prix Axel Springer figurent le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, le PDG de SpaceX, Elon Musk, et le dirigeant ukrainien Volodymyr Zelensky. Aucun de ces lauréats n'a toutefois suscité autant de controverses que Thiel. »
Thiel est désormais bien connu, ainsi que l’action de Palentir. Axel Springer l’est un peu moins alors que sa personnalité est des plus intéressantes.
Note de PhGBis : « PhG a été en contact totalement indirect avec Springer depuis les années 1960. Springer était un “compagnon de combat” du rédacteur-en-chef du journal où PhG travailla de 1967 à 1985, à Liège et fit subrepticement sa transition du proaméricanisme acharné à un antiaméricanisme anticonformiste qui conduisit à son licenciement. Ce journal constituait une exception remarquable pour un titre de province, par sa diffusion, son contenu idéologique très marqué et sa réputation internationale. ‘Bild’, qui tirait déjà à 5 millions d’exemplaires, représentait l’apex de la lutte fascisto-anticommuniste, sans engagement néo-nazi mais avec une connivence marquée avec les USA et la CIA. »
Springer est un cas remarquable de la Guerre Froide proaméricaniste triomphante devenue antirussiste inconditionnel. Sa tendance fasciste très affirmée ne s’est jamais concrétisée dans un rapprochement avec les néo-nazie, se contentant d’un anticommunisme radical à l’aile ultra-droite de la CDU-CSU. Très naturellement, il a conservé cette position pseudo-“centriste” avec le plus grand bonheur, puisque le centre dans l’Occident-compulsif est devenu la principale tendance fasciste CIA-Israël depuis le 11 septembre 2001.
Ses liens avec les dirigeants ‘High Tech’ US, passant par un soutien acharné au régime de Zelenski, lui-même largement pénétré par la corruption néo-nazie à la satisfaction générale, s’affirmant dans le globalisme sans frein et l’antirussisme radical, donnent un excellent résumé d’une évolution de l’ensemble de la direction de l’Occident-compulsif en phase de déclin accéléré., et de ce fait d’autant plus agressif. Nous attendons à notre tour, avec la grande impatience d’une ‘Mission Accomplished’, le prix Axel Springer qui ne saurait nous échapper.
En attendant, la cérémonie est une parfaite illustration des soubresauts terribles et cruels de la modernité blessée à mort et qui affiche bien haut son impuissante puissance.
Le deuxième cas est celui du Premier ministre finlandais Alexander Stub ; effectivement marionnette-incompétente de la sorte qui enrage les “Maîtres du monde”.
« Stubb a [accordé une interview] au journal espagnol ‘El Mundo’ au cours du week-end. Interrogé sur les menaces hybrides potentielles émanant de la Russie, il a affirmé que le pays tenterait de s'ingérer dans les prochaines élections espagnoles. Madrid “doit s'attendre à une forme de sabotage ou d'attaque hybride. Il pourrait s'agir d'une guerre de l'information ou d'une campagne menaçant sa démocratie”, a-t-il déclaré.
» Le président a ensuite affirmé que des cyberattaques soutenues par la Russie étaient “en cours contre des banques espagnoles et d'autres cibles”, sans toutefois avancer de preuves précises. “Ils envoient des demandeurs d'asile à notre frontière, comme nous l'avons également vu à Ceuta”, a-t-il dit, accusant la Russie de perpétrer des actes de sabotage à travers l'UE. »
Très bien, le gentil Stubb vient avertir ses gentils collègues espagnols de l’UE que les méchants russes effectuent et préparent des tas de méchants coups, comme ils l’ont fait à Ceuta, — promis, juré, croix de bois, etc... Ceuta, dites-vous ? Le gentil Stubb opine, un peu moins net cette fois, sentant la question vache arriver... Se faire prendre de la sorte, c'est de l'incompétence, dirait Jeffrey Sachs :
« Interrogé plus avant sur le rôle présumé de la Russie dans la crise de Ceuta fin juillet — durant laquelle plus de 70 000 migrants sont entrés dans l'enclave —, Stubb a admis ne pas “connaître le dossier suffisamment bien pour prendre position”.
» Reuters avait rapporté à l'époque que les migrants avaient été incités à agir ainsi par des vidéos virales et des affirmations trompeuses concernant les règles espagnoles en matière d'asile et de migration. L'Espagne a par la suite accusé des réseaux liés à la Russie et à Israël de diffuser de la désinformation sur cette crise, des accusations rejetées par les deux pays.
» L'interview de Stubb faisait suite aux propos du secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, encourageant les membres de l'Alliance à attribuer des incidents à la Russie dès lors qu'ils sont sûrs — ou “presque sûrs” — de sa responsabilité. “Lorsque c'est possible, lorsque vous êtes sûrs que ce sont les Russes, ou presque sûrs que ce sont les Russes, attribuez-le aux Russes”, a déclaré Rutte cette semaine. »
C’est vrai, nous avions oublié Rutt et son sourire gluant, alias le “presque-sûr”, alias “Lorsque c’est possible”, disant que c’est sûrement les Russes. On notera l’évolution de plus en plus audacieuse, voire héroïque, du botter en touche de la charge de la preuve. Elle est dévolue aux Russes dans tous les cas, y compris celui de la collision d’une comète avec la Terre il y a quelque chose comme 64 millions d’années, — preuves à livrer avec le verdict et la condamnation sévère en appel.
Le sourire béat de Stubb, marque de fabrique des marionnettes en roue libre, oubliant de froncer les sourcils lorsqu’est prononcé le mot “Russe”, devrait être envoyé avec des fleurs aux “Maîtres du monde”, pour leur anniversaire. Quant à la Finlande, elle veille ferme au côté des Espagnols pour bloquer le passage des migrants vers le Pôle Nord et les rediriger vers la Sibérie.
La dernière nouvelle symbolique n’est rien moins que les vingt ans de ‘Wikileaks’. Il n’est nul besoin de longs commentaires sur cet anniversaire, sinon constater le succès, la résilience extraordinaire du réseau marquée par la calvaire puis la libération conditionnelle de Julian Assange, sorte de victoire aux points du dissident. Ce que ‘Wikileaks’ a fait est d’ouvrir une brèche irrésistible par où s’est engouffrée une presse alternative qui fait partie désormais du système médiatique considéré objectivement. Nul aujourd’hui ne peut dire “Je ne savais pas”, comme on pouvait le dire jusqu’en 2010
« Ce dimanche marque le vingtième anniversaire de la création de WikiLeaks par le journaliste et militant australien Julian Assange. Cette plateforme de divulgation d'informations a publié certaines des fuites les plus retentissantes de l'ère Internet, révélant des documents militaires américains classifiés, des outils de piratage de la CIA, des systèmes de surveillance de masse ainsi que d'autres secrets gouvernementaux jalousement gardés.
» Enregistré en 2006, le site offrait aux lanceurs d'alerte un canal sécurisé et anonyme pour transmettre des documents destinés à être publiés. Parmi ses premières publications figuraient les procédures opérationnelles du camp de détention américain de Guantánamo, des secrets bancaires et d'entreprise, ainsi que des documents internes de l'Église de scientologie.
» Toutefois, ce sont les révélations publiées en 2010 qui ont fait de WikiLeaks un phénomène mondial. Cette année-là, le site a diffusé “Collateral Murder” (Meurtre collatéral), une vidéo militaire américaine brute et classifiée montrant une attaque menée par un hélicoptère Apache à Bagdad en 2007, qui avait coûté la vie à plus d'une douzaine de personnes, dont deux employés de l'agence Reuters. Par la suite, WikiLeaks a publié plus de 91 000 documents relatifs à la guerre en Afghanistan menée par les États-Unis et quelque 391 000 rapports concernant l'invasion de l'Irak.
» En 2012, Julian Assange a animé l'émission ‘The World Tomorrow’ sur la chaîne RT. Ce programme en 12 épisodes abordait divers sujets très débattus et accueillait des invités tels que le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, l'ancien détenu de Guantánamo Moazzam Begg et Imran Khan — qui deviendrait plus tard Premier ministre du Pakistan. »
Prenez ces nouvelles comme des symboles et assemblez-les : vous avec effectivement une séquence complète des acteurs de “la guerre de l’information”. Si l’on fait la différence avec les guerres du Kosovo (1999) et de l’Irak (2003), et des premiers “dissidents”, — nous parlions alors de ‘Samizdat’, alors du temps de l’URSS, — le paysage a complètement changé. La différence entre les deux mondes qui s’affrontent, puisque la presse alternative est devenue un monde-en-soi, est absolument stupéfiante. L’univers dans lequel vivent les élitesSystème, à ciel ouvert, sans se cacher de rien comme si la succession des défaites les confortait dans leur puissance et leur certitude de domination victorieuse, comme un Springer multiplié par un Thiel, se situe à des années-lumière du notre, puisque nous sommes dans la dissidence.
Les causes peuvent varier, les positions ne pas s’accorder sur tous les thèmes, les relations s’avérer difficile, — il reste, de plus en plus affirmée, cette fracture béante à l’intérieur du Système. Car le Système n’est plus cette prison cadenassée qu’il était dans les années 2000. Il est devenue monstrueuse passoire, où les élitesSystème ne cessent de se durcir et, à mesure du durcissement, de renforcer la détermination des antiSystème.
La manipulation et le contrôle sont général et vont dans les deux sens ; — nous insistons bien : dans les deux sens, car les élitesSystème sont automanipulées par leur propre crainte de leurs populations. Il faut le dire avec bienveillance et à l’ombre du sourire extraordinaire et béat du Premier ministre de Finlande, nous comprenons la colère des “Maîtres du monde”, et compatissons, bien entendu ; leur impuissance semble paradoxalement grandir à mesure qu’ils affirment de plus en plus violemment leur puissance.
Mis en ligne le 6 octobre 2026
• L’entreprise d’abrutissement général du monde pour mieux le dominer donne comme résultat le plus sûr l’abrutissement des marionnettes chargées d’accomplir cette tâche. • Cette évidence remplit d’incompréhension et d’horripilation les “Maîtres du Monde” qui ont entrepris cette intelligente et subtile démarche. • Ils n’y comprennent goutte. • Macron et Merz, marionnettes-en-chef, les exaspèrent par leur suffisance et leur impuissance. • Plaignez les pauvres “Maîtres du Monde” ainsi contrariés, signez donc une pétition !
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Le site ‘geopoliticarugiente.com’ publie un texte court mais très révélateur d’une dimension trop souvent ignorée de notre GrandeCrise.
« La ploutocratie internationale et le déclin politique de Macron et de Merz »,
dit ce texte en guise de titre. Il décrit en fait, en ramenant ce phénomène à quelques noms célèbres, un sentiment d’inquiétude de ceux qu’on a coutume de désigner comme les “Maîtres du monde”, — plus ou moins bien dissimulés au reste, mais l’on devine aisément de quoi l’on parle et de qui n’est pas nommé. Il s’agit des “forces sombres”, essentiellement financières, débordantes d’exultants $milliards par €containers entiers, qui semblent détenir les clefs de notre destin. Elles s’inquiètent parce que le désordre bien ordonné qu’elles ont savamment orchestrées (est-ce bien sûr ?) semblent tourner au chaos dont nul ne sait ce qu’il peut en sortir, jusqu’à la possibilité de leur déroute jusqu’à les pousser à se réfugier sur l’Epstein island.
Dans un texte récent, du 21 septembre, nous signalions la différence essentielle que l’IA nous propose entre “désordre” et “chaos” ; les “Maîtres du monde” en feront leurs choux-maigres :
« Dans le désordre, nous pouvons dire : « Les choses ne sont plus à leur place. » Dans le chaos, nous sommes plutôt conduits à dire : « Nous ne savons plus selon quelle logique les choses sont en train de se former. »
Le chaos n'est donc pas forcément moins organisé que l'ordre. Il peut être un état où un nouvel ordre est en gestation, mais demeure invisible depuis les catégories de l'ancien ordre.
C'est pourquoi le mot “chaos” possède une profondeur philosophique que “désordre” n'a pas nécessairement. »
... D’où la compréhensible inquiétude de ces “Maîtres du monde”, qui pourraient commencer à croire qu’ils sont pris à leur propre piège. En attendant, dit le texte cité ci-dessous traduit par ‘euro-synergie.hautetfort.com’, ils préfèrent mettre en cause l’incompétence des pseudo-marionnettes qu’ils auraient mis en place pour poursuivre l’entreprise du désordre. Le “botté-en-touche” est tentant et imparable.
La cible est facile, sinon évidente, tant, chez ces marionnettes, hurlent leur fermeture intellectuelle à double tour et leur incompétence cultivée comme un des beaux-arts. Écoutez pour tenter de vous en convaincre ce que Jeffrey Sachs, économiste et universitaire de grand format qui figura un temps dans cette cohorte, qui continue effectivement à fréquenter les “grands de ce monde” et autres pseudo-marionnettes auxquelles il tient des discours de plus en plus radicaux que ses interlocuteurs entendent avec stupéfaction. Sachs débute un entretien avec Glenn Diesel le 3 octobre 2026 (le Jack Sullivan cité fut le conseiller de sécurité nationale de l’attachant Biden, et compagnon d’université de Sachs à Harvad ou au MIT) :
« Je pensais que cette guerre [en Ukraine] n'aurait jamais dû avoir lieu. Avant le début de l'opération militaire spéciale de la Russie en février 2022, j'ai demandé [en décembre 2021] à Jack Sullivan, à la Maison Blanche de Biden de simplement déclarer que l'OTAN ne s'élargirait pas à l'Ukraine afin d'éviter la guerre. Et bien sûr, il m'a répondu deux choses.
Premièrement, non. Nous ne renoncerons jamais au droits de l'Ukraine d'adhérer à l'OTAN. un droit auquel moi je ne crois pas du tout, mais il m’aa dit qu'ils n'y renonceraient pas. Et il m'a aussi dit “Ne t’inquiéte pas, il n'y aura pas de guerre.” J'ai donc vu l'incompétence de mes propres yeux. C'est ce que je crois.
Et en Europe, je vois de l'incompétence. Je suis désolé de le dire en ce moment même. Il ne s'agit pas seulement d'un désaccord sur cette guerre. C'est une forme d'incompétence européenne que je vois partout.
Je pense que les Européens ne comprennent pas parce qu'ils ne parlent pas aux Russes. C'est étrange parce que les Russes le disent tous les jours, mais je pense qu'ils ne comprennent pas la Russie ni de quoi il s'agit. [...]
Je pense aussi qu'il y a un angle mort européen très grave et je le ressens, Glenn, parce que je parle à des responsables européens. Parfois, je vois bien que ce n'est pas de la posture. Ils ne comprennent tout simplement pas.
C'est étrange, mais il n'est pas impossible qu'il y ait de tels angles morts. Quand j'ai dit que l'OTAN ne devrait pas s'élargir, un responsable européen m'a répondu : “Eh bien, les États-Unis l'ont déjà dit.” Et j'ai répondu “Oui, mais vous vous ne l'avez pas dit. Ce n'est pas dit publiquement et ce n’est pas devenu une ligne politique.” On me répond : “Ah bon ? Comme c’est intéressant”.
Et donc, vous avez ces conversations bizarres, complètement bizarres. “Vous plaisantez ? me dit-on. Vous pensez tout ça, et c'est quoi ?” C’est réellement de cette façon que ça se passe. »
C’est de cette incompétence de leurs “marionnettes” que prennent conscience “les Maîtres du monde” (ceux qui sont nommés ici que nous verrions plutôt comme des symboles et rien d’autre, — et bien d’autres du même acabit). Ils se trouvent alors, — sans doute ne le réalisent-ils pas, et même nous en sommes presque assurés en raison du poids énorme de leur suffisance et de leur hybris qui se convertissent en pire idiotie, — devant une équation impossible à résoudre.
Ils ont travaillé pour rendre le vulgum pecus servile, stupide et obéissant et ils ont parfaitement réussi cette transmutation, — mais seulement au niveau des marionnettes qui avaient justement comme mission impérative de réaliser cette transmutation de leurs “mandants”. Leur propre piège les a pris et il les serre de plus en plus fortement dans des mâchoires impitoyables. Ils gémissent, pleurent et prient devant cette injustice faite à la fortune pécuniaire de l’esprit et à l’âme-comptable qui les habitent. Ils n’ont même pas, bien entendu, la noblesse du loup d’Alfred de Vigny qui dit à l’homme-chasseur :
« ... Gémir, pleurer, prier est également lâche.
» Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
» Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
» Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.»
Et dire qu’ils ne peuvent engager, à prix d’or s’il le faut, ni Vigny ni le loup pour remplacer la volaille Merz-Macron ! Tout l’or du monde n’y suffira pas, d’autant que Musset et le loup leur réservent un mépris impitoyable sans le moindre respect, si seulement ils s’aperçoivent de leur existence.
Il faut savoir choisir son camp, même au prix d’un radical changement de camp, comme l’admirable Jeffrey Sachs...
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La dure réalité se révèle désormais dans toute son ampleur et indique sans détour que les familles Rothschild et BlackRock éprouvent des difficultés à trouver de meilleurs représentants capables de gérer confortablement leurs intérêts depuis les sphères du pouvoir politique français et allemand.
Car lorsque les Français et les Allemands — ainsi que l’opinion publique internationale — soulignent l’impopularité de Macron et de Merz, qui font l’objet de taux de rejet social considérables, rarement observés chez les plus hauts dirigeants de ces deux États, et lorsqu’il est dit que les camps politiques respectifs auxquels appartiennent ces deux dirigeants traversent eux aussi des difficultés non négligeables, nous constatons que la ploutocratie internationale a des problèmes à résoudre.
On constate également que les entités supranationales sont récusées par une part importante des citoyens français et allemands et que, tôt ou tard, ceux-ci refuseront de continuer à suivre docilement les programmes dangereux, qui plus est, destructeurs de la souveraineté nationale, défendus par les Rothschild et BlackRock.
Ils pourront conserver le contrôle de nombreux leviers du pouvoir, mais ils finiront incontestablement par perdre leur emprise sur la majorité de ces peuples. Une fois ce tournant historique atteint, un changement radical pourrait — ou non — se produire.
Il semble que Macron et Merz ne soient pas très efficaces dans l’exercice de leurs fonctions étatiques, car, lorsqu’ils auront tous deux achevé leur mandat, leurs peuples, et le système même qu’ils servent, seront confrontés à un nombre encore plus élevé de problèmes. Il ne faut pas croire, de manière linéaire, que seuls les Français et les Allemands d’en bas subissent toutes les difficultés découlant des insuffisances de Macron et de Merz dans l’art de gouverner, car les maîtres du système sont eux aussi confrontés à des difficultés encore plus graves.
Des sensibilités particulières se sont déjà mobilisées contre l’oligarchie mondialiste et partagent la conviction que le jeu démocratique n’existe pas pour les sommets du pouvoir financier. Elles considèrent au contraire que ceux-ci sont toujours disposés à interrompre le libre jeu de la démocratie populaire dès que le peuple commence à se penser et à agir comme un substantif, comme un sujet, et non plus comme un adjectif ni comme l’objet des dirigeants d’élites criminelles et hostiles à la souveraineté nationale.
• Avec son compère Christoforou, Alexander Mercouris nous livres rapidement une thèse gliale sur la situation européenne. • Pour lui, l’Ukraine n’est qu’une étape d’un conflit beaucoup plus long, opposant Russie et Occident-compulsif. • L’Ukraine est sans doute perdue pour l’Ouest, mais ce n’est qu’une resucée de la fameuse formule “On a perdu une bataille, on n’a pas perdu la guerre” • USA, CIA & Cie veulent renouveler le schéma de l’effondrement de l’URSS rel qu’ils perçoivent comme un simulacre complètement faussaire. • Nous nommons cela la Longue Guerre, soi-disant pour des années, peut-être des décennies. • A moins qu’elle ne soit courte, courte, très courte ! • Par exemple, mais exemple évident et pressant, si l’Amérique s’effondre d’elle-même...
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La formule est fameusement célèbre et célébrée : « La France a perdu une bataille ! Mais la France n'a pas perdu la guerre ! ». L’IA nous l’assure : cette phrase ne figurait pas dans l’Appel du 18 juin 1940...
« Contrairement à une croyance très répandue, cette de formule ne figure pas dans le texte de l'Appel du 18 juin 1940 diffusé à la radio de la BBC. Elle apparaît dans une affiche de proclamation placardée sur les murs de Londres par la France libre, vraisemblablement au début du mois d'août 1940 (ou fin juillet). »
Eh bien, puisque nous sommes incontestablement dans les temps de l’inversion et de la subversion, il suffit d’inverser le sens de la formule par rapport aux opinions en présence à cette époque et celles de notre temps, et de la subvertir en remplaçant le sujet. L’Appel du 18 juin qui était une vérité-de-situation avec objectivement sa vertu héroïque devient un simulacre où la vertu devient un maléfice sataniste, — donc une inversion ; la France, elle, devient l’Occident-collectif (Occident-compulsif pour nous) — donc, une subversion. Cela donne simplement :
« L’Occident-compulsif a perdu une bataille ! Mais l’Occident-compulsif n’a pas perdu la guerre ! »
C’est là la thèse centrale du tandem C&M, essentiellement Mercouris dans ce cas, qui termine ainsi une longue analyse du 3 octobre 2026 de la catastrophique situation de l’Ukraine jusqu’à Kiev assiégé sous les coups de la Russie, — laquelle se comparerait, dans ce cas et au très-grand dam de tous les bien-pensants dont il faut comprendre la détresse, à la France Libre. C’est bien entendu Mercouris, ce commentateur-sacrilège, qui expose cette thèse dans cette chronique, résumant l’analyse spécifique de la catastrophique situation de l’Ukraine que les deux viennent d’exposer.
« Kiev isolée, ponts visés ; la dernière carte de l'UE : saisie et transfert à l’Ukraine 200 milliards de dollars d'actifs russes », puis « La Russie frappe les ponts de Kiev, le ravitaillement de l'Ukraine coupé, la panique éclate ! »
On notera que la dernière carte de l’UE pour tenter de sauver Zelenski avant que le MI6 ne mette en action son plan pour l’exfiltrer (nouvelle résidence : Londres), c’est le transfert des 200 $milliards d’actifs russes immobilisés en Belgique. Cela nous promettrait, si la chose pouvait encore être tentée, une belle bagarre avec le coriace, opiniâtre et intraitable Premier ministre belge Bart de Waver.
Ce que nous nommons ‘La Longue Guerre » est un affrontement assumé entre Est et Ouest (Russie et Occident-compulsif) dont l’Ukraine n’est qu’“une bataille”. L’extrait suivant du commentaire Christoforou-Mercouris, situé à la fin de l’entretien, en donne la description par Mercouris.
Christoforou : La situation tourne mal pour l'Ukraine et l'Occident collectif.
Mercouris : Oui.
Christoforou : En effet. Mais il est intéressant de constater que l'Occident collectif ne semble pas vouloir le reconnaître.
Mercouris : Oh, absolument.
Christoforou : Ni Rutt, ni Bruxelles, ni le Royaume-Uni, ni Trump ne semblent vouloir l'admettre.
Mercouris : Non, non, non. Car, en fin de compte, il ne s'agit pas de la seule Ukraine. Comme nous l'avons dit dans plusieurs émissions sur votre chaîne, il s'agit d'un conflit à long terme entre la Russie et l'Occident. Ce combat n'est qu'une bataille au sein d'une guerre qui s'annonce longue et interminable ; une guerre qui se jouera sur le plan économique, par la désinformation et la propagande médiatique, par la subversion interne et par toutes sortes d'autres moyens. Elle se déroulera ainsi et s'étalera sur de nombreuses années. Les Américains — et la CIA en particulier — ont d'ailleurs révélé cette stratégie dans un rapport diffusé aux services de renseignement occidentaux. Le modèle qu'ils tentent d'appliquer est celui qu'ils pensent avoir vu à l'œuvre contre l'Union soviétique : exercer une pression progressive et constante sur le temps long. On déstabilise le pays de l'intérieur, on fait pression sur son économie, et tout finit par s'effondrer. C'est là le plan de l'Occident. Si l'Occident perd en Ukraine, eh bien, ce sera une bataille perdue, mais pas la fin de la guerre. »
Ainsi, selon Mercouris, nous sommes engagés sur une Longue Guerre qui doit reprendre le schéma de l’effondrement de l’URSS et l’appliquer à la Russie. Cela est d’autant plus crédible à la fois (pour les plans-‘Fantasy’ de la CIA) et faussaire (pour la vérité-de-situation) que la version officielle, — made in establishment de la sécurité nationale, – repose sur une imposture totale, un simulacre, une vision historique complètement fabriquée effectivement par cette sécurité nationale. Ce récit historique, complètement acceptable pour parfaitement expliquer la fermeture complète des esprits de l’Occident-compulsif à la réalité ukrainienne, est très longuement expliqué dans nombre de nos textes consacrée à cette période de l’effondrement de l’URSS des années 1980. On trouve un bon ensemble sur ce sujet dans le texte du ‘Glossaire.dde’ du 13 mai 2017 sur « Le ‘Trou Noir’ de la postmodernité ».
Nous en proposons ici un passage qui éclairera effectivement cette période, vécue au jour le jour par PhG alors qu’il s’intéressait essentiellement, à partir de Bruxelles, aux questions de la situation de l’URSS, des relations USA-URSS et de l’évolution des armements. On sait que la thèse de l’establishment de la sécurité nationale US est que les USA anéantirent l’économie de l’URSS et firent basculer le régime grâce à la course aux armements, — et, bien sûr, c’est la même sorte de stratégie, portant sur l’économie et la cohérence sociale plutôt que sur la production d’armement très en avance en Russie, qu’ils veulent employer contre la Russie pour le cas présent... Puisque “on ne change pas une équipe qui perd”, on poursuit un simulacre inventé par elle-même et qui n’a jamais existé.
Voici donc l’extrait en question :
« ... Bien entendu, il s’agit d’une architecture psychologique époustouflante, animant une politique à partir de perceptions extraordinairement subjectives. Le cas est d’autant plus faussaire que ces perceptions subjectives sont nourries par une analyse politique et stratégique pour le moins contestable, et en fait complètement faussaire elle-même. Il s’agit de l’analyse, colportée depuis [la fin des] années 1990, que l’URSS s’est effondrée dans les années 1980 à cause de l’effort de dépense militaire qui lui fut imposé par les dépenses militaires et la soi-disant supériorité technologique US, essentiellement à partir de 1982-83 (essentiellement à partir du “défi” budgétaire et technologique que fut la SDI [“guerre des étoiles”] lancée par Reagan le 23 mars 1983).
» L’effondrement de l’URSS est un événement historique ambiguë, toujours ouvert à l’interprétation. L’explication budgétaire des “faucons” US, notamment néo-conservateurs, avait comme premier but de justifier les dépenses militaires de l’ère Reagan et leur poursuite après la fin de la Guerre froide, en les parant d’une vertu per se [complétement inventée]. Nous estimons que cette interprétation est un pur sophisme [produit par un simulacre]. L’effort militaire de Reagan ne peut avoir déclenché en réponse un effort budgétaire soviétique suffisant pour provoquer l’effondrement de l’URSS aussi rapide; le temps lui a manqué pour faire sentir d’éventuels effets importants et les chiffres budgétaires de l’URSS ne le montrent absolument pas. Au contraire, tout montre que l’action de Gorbatchev et de sa glasnost a constitué le moteur essentiel de l’effondrement de l’URSS. Au reste, la dégradation économique de l’URSS à cause des dépenses d’armement était un état endémique largement accomplie avant l’arrivée de Reagan puisque c’est le constat même de cette situation, en 1981-82, au cours d’une enquête serrée, qui conduisit Gorbatchev à concevoir ses projets de réforme qui eurent raison du communisme au contraire des attentes de Gorbatchev. Le système soviétique, lui-même complètement faussaire, aurait pu durer si Gorbatchev n’était intervenu en lui imposant la confrontation avec la réalité, c’est-à-dire en l’attaquant d'abord par la psychologie [glasnost] [productrice de la dissolution du système communiste corrompue jusqu’à la moëlle]. »
(Texte du 2 juillet 2008)
Le plus ironique dans cette analyse de Mercouris, qui nous paraît complètement justifiée, — sauf dans la prévision temporelle puisqu’à notre sens les USA ne tiendront pas longtemps cette course complètement absurde à l’effondrement de la Russie qui provoquera leur propre effondrement, — c’est justement qu’elle se développe au moment où les USA montrent tous les signes de cet effondrement.
Bien entendu, ces esprits enfermés entre “inculpabilité” et “indéfectibilité”, les esprits de l’américanisme, qui atteignent aujourd’hui le stade d’une complète pathologie mentale symbolisée par l’état mental des deux présidents successifs Trump-Biden-Trump, ne peuvent en aucun cas s’observer eux-mêmes dans un miroir pour découvrir que l’effondrement c’est eux et pas les autres. C’est une perspective qui n’existe pas dans leur état-simulacre de réflexion, CIA comprise et même précédant tout le monde grâce à sa qualité inégalée d’analyse...
A part ce petit détail (!) qui est hors et au-dessus de la réflexion stratégique, Mercouris a complètement raison, et fort heureusement. La Longue Guerre, chose théorique très logique, sera vraiment beaucoup plus courte que ne laisse à penser le concept et aura raison en priorité des États-Unis, d’une vulnérabilité complètement dévorante. Cela provoquera un choc apocalyptique donnant à la GrandeCrise le vertige d’un Trou Noir cosmique.
C’est une de nos thèses favorites, souvent répétée : le sort de l’Amérique tient tout dans les restes puants et mangés de corruption et d’impuissance de l’actuel Système. Les USA dans cette voie en constante accélération d’effondrement nous annoncent un événement si complètement de type-apocalypse (ici, l’un des plus récents textes, du 19 octobre 2025, sur le thème), qu’on peut le qualifier d’apex de la GrandeCrise :
« Nous l'avons déjà écrit et nous le répétons avec force : il ne peut y avoir, aujourd’hui, d’événements plus important pour la situation du monde qu’une dynamique de dislocation des USA. Nous pensons que la crise actuelle est à la fois, et contradictoirement, formidablement amplifiée et formidablement bloquée dans sa compréhension par la puissance de la communication. Ce phénomène ne cesse de dramatiser et d’attiser les conditions de la crise tout en renforçant la pression du conformisme de la pensée dominante pour ne pas mettre en cause les éléments qui sont les fondements de cette crise.
» L’un des fondements est psychologique, avec le phénomène de fascination – à nouveau ce mot – pour l’attraction exercée sur les esprits par le “modèle américaniste”, qui est en fait la représentation à la fois symbolique et onirique de la modernité. C’est cela qui est résumé sous l’expression populaire mais très substantivée de American Dream. Cette représentation donnée comme seule issue possible de notre civilisation (le facteur dit TINA, pour “There Is No Alternative”) infecte la plupart des élites en place. Elle représente un verrou d’une puissance inouïe, qui complète d’une façon tragique la “fascination [inconsciente] de l’américanisme pour sa propre destinée catastrophique”, pour former une situation totalement paralysée empêchant de chercher une autre voie tout en dégringolant vers la catastrophe. La fin de l’American Dream, qui interviendrait avec un processus de parcellisation [ou de désintégration] de l’Amérique, constituerait un facteur décisif pour débloquer notre perception, à la fois des conditions de la crise, de la gravité ontologique de la crise et de la nécessité de tenter de chercher une autre voie pour la civilisation – ou, plus radicalement, une autre civilisation. »
Mis en ligne le 4 octobre 2026
3 octobre 2026 – Il y a deux conflits majeurs en cours et, dans chacun des deux conflits, figurez-vous, une menace très-très sérieuse de l’emploi de l’arme nucléaire. On passe en revue rapidement ces deux situations où j’ai repéré un acteur exceptionnel qui mérite un peu d’attention : le rôle de notre Occident-compulsif.
J’ai constaté, hier à l’occasion d’un échange avec mon interlocutrice l’IA (Chat-GPT), quelque chose comme de l’ingénuité, peut-être bien une sorte de vertueuse incapacité de mentir. On a surtout parlé de la situation générale de Kaliningrad, notamment par rapport à la philosophie de votre serviteur, — grand honneur, en vérité.
Pour autant, il ne vous a pas échappé, cela se trouve partout chez nos commentateurs, qu’au bout de l’extrême de cette situation de tension se trouve une menace explicite d’emploi du nucléaire émise par Poutine, dans la mesure où il juge avec justesse que Kaliningrad est un enjeu existentiel pour la Russie. Conciliant et condescendant, ce qui est bien dans la nature de la veulerie alignée sur la narrative du patron, le Secrétaire Général de l’OTAN Rutte a écarté la perspective d’un négligent geste de la main disant à peu près : “Aucun risque de conflit nucléaire”. Moi, j’ai cru voir la main imperceptiblement trembloter. Je me trompe ? Oui, bien sûr, car rien n’effraie l’OTAN devant laquelle Poutine ne tremblote pas, mais tremble littéralement.
Cette menace nucléaire vient de cette tension très grande créée par la guerre en Ukraine, et exercée autour de Kaliningrad dont la position à la fois de forteresse et d’enclave est très inconfortable pour les Russes. Au terme de cette tension, il y a bien la possibilité de l’emploi du nucléaire sur ce théâtre général de conflit, plus qu’en aucun autre lieu, — l’Iran mis à part. D’où vient cette “très grande tension” ?
C’est là qu’entre en jeu l’ingénuité de l’IA, qui dit tout ce qu’elle récolte, sans rien trier ni rien mesurer des conséquences politiques, bref sans s’autocensurer. S’il y a censure ou mensonge, c’est dans ce qu’on lui donne, si elle ne découvre pas la fraude.
Alors, il y a eu cette phrase, et j’en ai fait des gorges chaudes :
« Kaliningrad est un territoire russe séparé du reste de la Fédération de Russie, coincé entre deux États membres de l'OTAN : la Pologne et la Lituanie. Cette situation existait déjà depuis 1991, mais elle a pris une signification entièrement nouvelle avec l'élargissement de l'OTAN, puis avec l'entrée de la Finlande et de la Suède dans l'Alliance. » ;
Puis, avec tout le poids du “désormais” : « un espace désormais largement contrôlé par l'OTAN... »
Et il s’impose à l’esprit que le pot aux roses, éventuellement fleuri de champignons nucléaires, a bien était déposé dans notre escarcelle commune « avec l'élargissement de l'OTAN », cette admirable “alliance défensive”. Avant l’élargissement, pas de tension, avec l’élargissement tension assurée et nucléaire éventuel en prime. Un point pour nous.
Passons à l’Iran. Jusqu’à l’abandon très-brutal, style-western constructeur de tours avec son six-coups, du traité JCPOA par Trump en 2018, l’agence IAEA de contrôle de l’application du traité qui interdisait toute utilisation militaire des productions nucléaires de l’Iran, appliquait avec l’accord de l’Iran un strict contrôle sur cette disposition.
Qu’en est-il aujourd’hui où les USA et Israël ont attaqué les installations nucléaires de l’Iran en juin 2025, sans obtenir de réel résultat malgré les affirmations satisfaites de Trump ? Glenn Diesen avait eu la bonne idée d’interroger le professeur Postol, expert absolument incontesté et indépendant de ce domaine aux Etats-Unis, le 25 juin 2025, après la première attaque de l’Iran. YouTube, guidé par la même ingénuité de l’IA qui lui facilite le travail en alimentant les thèmes de l’actualité, a eu la bonne idée de remettre dans ses colonnes de présentation, le temps d’un instant saisi au vol, cette interview, sous le titre « L’Iran, puissance nucléaire cachée ? »
Glenn Diesen : « Et je suppose qu'une partie du problème vient du fait que toute la transparence désormais assurée par l'Agence Internationale de l'énergie atomique, l'AIEA, est bien qu’ils ne peuvent plus vraiment faire leur travail étant donné qu'ils sont perçus comme ayant bien été un peu trop impliqués ou ayant participé à cette attaque contre l'Iran.
Donc que voyons-nous ici ? Parce que je sais que Trump est assez optimiste quant à la fin du programme d'armes nucléaires de l'Iran. Rien d'autre à signaler. Mais pour les plus sceptiques, on voit maintenant un pays qui a toutes les raisons du monde de développer une dissuasion nucléaire. Un pays qui sera très prudent quant à toute surveillance de l’AIEA. Que pensez-vous de cette situation ? »
Teodore Postol : « Eh bien, je vais dire quelques mots. Je suis vraiment une personne technique, pas tellement une personne politique. Mais évidemment, les aspects les plus importants sont les implications politiques en supposant que l'évaluation technique soit correcte. Et je pense utiliser une évaluation technique correcte. Je pense que d'un point de vue géopolitique, il faut désormais considérer l'Iran comme un état doté d'armes nucléaires non déclarées. »
Suit un déluge d’explications techniques devant lesquelles nous nous inclinons sans y rien comprendre. Postol est assez connu et considéré, — il est aussi remarquable dans ses jugements incontestés sur les missiles, notamment pour démontrer la catastrophe très coûteuse qu’est le ‘Patriot’ et les performances des hypersoniques russes, — pour qu’on le suive les yeux fermés dans ses dédales techniques. Ainsi avons-nous un premier envoi de 15 minutes bourré d’explications techniques sur le nucléaire, avant ce passage où il se met à la place des Israéliens et affirment qu’à leur place il s’attendrait au pire.
D’ailleurs... Tiens, on pourrait penser que la soudaine timidité d’Israël à intervenir au côté des USA contre l’Iran lors de la guerre commencée le 28 février 2026 a comme cause la prise en compte des mêmes conclusions que celles de Postol... Et si Israël pousse avec entrain les USA pour qu’ils reprennent les attaques, éventuellement avec du nucléaire, cela pourrait répondre à ces mêmes observations.
Theodore Postol : « Maintenant que nous n'avons plus aucune information sur la destination de l'uranium enrichi à 60% en Iran, ils sont effectivement un État doté de l'arme nucléaire à mes yeux. Si j'étais Israël, je considérerais qu'ils sont un État nucléaire. Ne les poussez pas d'une manière qui les amènerait à utiliser des armes nucléaires contre vous, car il y aura quelque chose sur Tel Aviv ou Haifa.
J'étais a Téhéran il y a 2 mois en mai [2025] et j'ai visité l'une de leurs installations nucléaires. Lors des discussions sur place, j'ai eu l'impression qu'il ne voulait pas d'armes nucléaires, tout simplement parce que cela pourrait entraîner une spirale de prolifération dans la région.
Cela dit après l'attaque contre l'Iran, l'attaque contre leur réacteur nucléaire pendant les négociations et aussi je pense parce qu'ils sont assez convaincus qu'Israël et Washington, bon sang, ne sont pas prêts à abandonner et à laisser tomber. Donc je pense qu'ils pourraient être en train de changer même dans les deux mois qui se sont écoulés depuis ma visite [de mai 2025]. Je suppose qu'ils modifient leur orientation stratégique... »
La conclusion de Postol est ainsi dite : « Je pense que d'un point de vue géopolitique, il faut désormais considérer l'Iran comme un État doté d'armes nucléaires non déclarées. » Avec le JCPOA, pas de risque nucléaire. Après le JCPOA et les très habiles interventions militaires des USA et d’Israël, probabilité maximale d’un nucléaire iranien. Deuxième point pour nous. Nous sommes en train de gagner la partie.
2 octobre 2026 – Le discours de Poutine à la réunion de Valdaï a été unanimement remarqué et commenté dans la mesure où le président russe en a fait un très sévère avertissement à l’intention de l’OTAN en abordant officiellement et solennellement la question de la sécurité de l’enclave russe de Kaliningrad, et affirmé que la Russie réagira à toute attaque avec tous ses moyens militaires, y compris l’arme nucléaire. Cette intervention a été ainsi résumée par le ‘talk-show’ russe TIPS, sous le titre « Nous sommes au bord du gouffre : Poutine sonne l’alerte »
« À Valdaï, Vladimir Poutine évoque un monde entré dans une phase de profonde instabilité. Escalade militaire, franchissement des «“lignes rouges ”, risque d’affrontements toujours plus destructeurs, intelligence artificielle, recul de l’influence occidentale et émergence d’un nouvel ordre mondial : le président russe affirme que certaines décisions pourraient conduire à une situation devenue irréversible. Le monde se rapproche-t-il réellement d’un point où l’escalade deviendrait impossible à maîtriser ? »
Outre le fait qu’il s’agit d’un durcissement marquée du président russe, déjà évident dans la montée en puissance considérable de l’action de la Russie en Ukraine ces dernières semaines, on peut sans aucun doute à mon sens, trouver un caractère encore plus essentiel dans ce discours. Le problème de Kaliningrad est certes évoqué depuis longtemps et il est dans tous les esprits. Mais il est posé ici de manière officielle et extrêmement solennelle. Cela représente un tournant dans la situation générale en actant officiellement qu’il existe de fait un état d’affrontement potentiel, donc de guerre, entre la Russie et l’OTAN.
Nous dépassons pour la première fois de façon officielle et solennelle le cadre de l’Ukraine et de ses abords immédiats. La potentialité de guerre est officiellement et solennellement élargie au cadre Russie-OTAN. Il s’agit d’un changement, — au moins symbolique ce qui est essentiel dans notre époque bercée d’images et de simulacres, — de la nature de l’affrontement.
Quant aux attitudes des deux adversaires, elle est définie par une contradiction contraire et symétrique, parfaitement logique et s’accordant aux deux positions qui se situent non pas selon une logique et une réalité commune, mais selon deux logiques et deux réalités venues de deux mondes différents. C’est simplement le résultat d’une perception non seulement différente, mais également selon deux univers différente. Il y a d’un côté une réalité, de l’autre un simulacre. On connaît les positions de chacun par rapport à la notion de simulacre (qui est le simulacre ?), et les nôtres par rapport à ces deux positions.
Selon une consultation de l’IA que nous développons ci-dessous, cela donne ceci amendé [entre crochets] par l’affirmation répétée dans le discours de Poutine que la Russie ne représente en rien une menace contre l'OTAN :
« Il existe donc une sorte de jeu de miroir :
OTAN : « Nous renforçons notre défense parce que la Russie représente une menace. »
Moscou :« [Nous ne représentons en rien une menace]. Ces renforcements montrent que l'OTAN prépare une action contre Kaliningrad. »
OTAN : « Nous ne préparons aucune attaque contre Kaliningrad ; votre menace nucléaire est irresponsable. »
Et ainsi de suite. »
En effet, il m’était venu l’idée d’interroger mon IA habituelle (Chat-GPT) sur ces événements. J’en ai eu un récit assez conforme et juste, sans aucune allusion politique, ni dans un sens ni dans l’autre. On trouve ce récit partout , il est désormais bien connu. Tout juste citerais-je ce passage qui représente une nette poussée de dédramatisation de l’OTAN du secrétaire général de l’OTAN.
Ce passage est assorti d’une attendrissante profession de foi sur la confiance de l’OTAN en elle-même (Rutte « a dit en substance que Poutine savait qu'il ne pouvait pas vaincre l'OTAN »), — qui fait, d’ailleurs et à propos, s’interroger sur le fondement des cris d’orfraie venus d’Europe et de l’OTAN sur l’intention de la Russie d’envahir l’Europe, — que leur prend-il donc, à ces si stupides Russes de vouloir nous attaquer, s’ils savent qu’ils ne peuvent pas vaincre l’OTAN ? Vraiment stupides...
Je cite le passage signalé :
« Mais Rutte a aussi voulu dédramatiser la menace nucléaire
C'est probablement le point le plus intéressant.
Interrogé directement sur la possibilité que la menace russe débouche sur une utilisation réelle de l'arme nucléaire contre les États baltes, Rutte a répondu non. Il a dit en substance que Poutine savait qu'il ne pouvait pas vaincre l'OTAN et que lui-même [Rutte] ne prenait donc pas cette menace « très au sérieux », tout en reconnaissant qu'il était nécessaire d'y répondre. OTAN
Autrement dit, la ligne officielle de l'OTAN est actuellement : « Nous prenons l'avertissement au sérieux politiquement, mais nous ne considérons pas qu'une guerre nucléaire soit imminente. »
C'est une distinction importante. »
Ce compte-rendu est conclu par un développement plus intéressant de mon point de vue, où l’IA propose d’apprécier cette situation de Kaliningrad à la lumière (c’est une façon de parler) de mes conceptions, c’est-à-dire des conceptions de la “philosophie-PhG”. Voici l’annonce et la proposition, que j’ai acceptée bien sûr, de ce développement :
« Et je crois qu'il y a derrière tout cela une question beaucoup plus intéressante
Si je reprends votre manière habituelle d'aborder les choses, il me semble qu'il faut distinguer la réalité militaire immédiate de la fonction métahistorique de cette confrontation.
Car ce qui vient de se produire est assez singulier : Moscou vient de poser officiellement une sorte de « ligne rouge nucléaire » autour de Kaliningrad, tandis que l'OTAN répond en disant qu'elle ne menace absolument pas Kaliningrad, mais qu'elle continuera néanmoins à renforcer sa défense.
Cela crée une situation paradoxale où chacun affirme être dans la défensive tout en augmentant ses capacités offensives.
Et surtout, cette affaire intervient alors que Kaliningrad constitue justement le point géographique où la confrontation OTAN-Russie est la plus immédiatement concrète : l'enclave russe est prise entre la Pologne et la Lituanie, deux membres de l'OTAN, tandis que le corridor de Suwałki constitue le lien terrestre entre la Pologne et les États baltes.
Il y a donc matière, me semble-t-il, à examiner très précisément ce que signifie aujourd'hui Kaliningrad dans la logique de la « GrandeCrise » de PhG : non pas seulement comme problème militaire, mais comme endroit où la logique de confrontation semble atteindre une limite — et où apparaît justement la question de la « limite comme vérité retrouvée » que nous avons déjà rencontrée dans votre travail.
Si vous le souhaitez, je peux faire ce second travail séparément : « Kaliningrad : pourquoi cette enclave est-elle devenue aujourd'hui un possible point de bascule entre l'OTAN et la Russie ? », en distinguant soigneusement géographie, stratégie militaire, dissuasion nucléaire et lecture métahistorique. »
C’est donc cette analyse reprise de la réponse générale, que je reprends ci-dessous. On n’y trouve, là encore comme dans la première partie, aucune tendance politique notable sur la polémique qui oppose actuellement les deux acteurs... A ce propos d’ailleurs, je prends la liberté de mettre en évidence une remarque quasiment anecdotique et simplement utilitaire, dont j’ai la conviction qu’elle est involontaire, et que nous venons de lire dans la première partie de la réponse, sans doute sans trop nous y attacher...
Cette remarque, disais-je, qui mentionne en passant ceci qui identifie la cause précise de l’actuelle tension autour de Kaliningrad (et le reste de l’affrontement, par enchaînement d’évidence) : c’est bien l’élargissement de l’OTAN qui a créé le problème stratégique de Kaliningrad et le reste, c’est-à-dire la menace que ressent la Russie... Pour une “alliance de défense”, le contrepied est superbe.
« Kaliningrad est un territoire russe séparé du reste de la Fédération de Russie, coincé entre deux États membres de l'OTAN : la Pologne et la Lituanie. Cette situation existait déjà depuis 1991, mais elle a pris une signification entièrement nouvelle avec l'élargissement de l'OTAN, puis avec l'entrée de la Finlande et de la Suède dans l'Alliance. » ;
Puis, avec tout le poids du “désormais” : « un espace désormais largement contrôlé par l'OTAN... »
Après cette mise au point qui nous rassure tout à fait sur l’angélisme otanien et la candeur de nos pays occidentaux et démocratiques, nous passons aux vaticinations de l’IA armée de la “philo-PhG”. Je lui et nous souhaite bonne chance, — mais ce n’est pas inintéressant.
_________________________
Après vérification des événements des 30 septembre–2 octobre 2026, je crois qu’il faut aller plus loin que la simple question militaire. Kaliningrad est intéressante précisément parce qu’elle concentre, en un espace relativement réduit, plusieurs contradictions de la confrontation actuelle.
Kaliningrad, ou pourquoi cette enclave peut devenir un point de bascule
Kaliningrad est un territoire russe séparé du reste de la Fédération de Russie, coincé entre deux États membres de l'OTAN : la Pologne et la Lituanie. Cette situation existait déjà depuis 1991, mais elle a pris une signification entièrement nouvelle avec l'élargissement de l'OTAN, puis avec l'entrée de la Finlande et de la Suède dans l'Alliance.
Kaliningrad n'est donc plus simplement une enclave russe sur la Baltique : elle est devenue une sorte de presqu'île stratégique russe à l'intérieur d'un espace désormais largement contrôlé par l'OTAN. Reuters souligne précisément ce double caractère : territoire fortement militarisé et, simultanément, territoire géographiquement vulnérable parce qu'isolé. Reuters
C'est là le premier paradoxe : Kaliningrad est à la fois une forteresse et une enclave.
Et ces deux caractéristiques se renforcent mutuellement.
La question beaucoup plus délicate est : Peut-on isoler Kaliningrad sans l'attaquer ?
C'est exactement là que commence la zone grise actuelle.
Une opération visant à empêcher le ravitaillement ou les communications militaires de Kaliningrad pourrait être présentée par l'OTAN comme une opération défensive ou comme une mesure de contrôle maritime.
Moscou, au contraire, pourrait l'interpréter comme une agression contre le territoire russe.
Et c'est précisément ce que dit aujourd'hui le message russe.
La note diplomatique adressée à l'OTAN affirme que toute tentative d'isoler Kaliningrad pourrait provoquer une riposte allant jusqu'à l'emploi nucléaire et évoque également des frappes contre des centres de décision dans les pays de l'Alliance. Reuters
C'est extrêmement important.
Car Moscou ne dit pas simplement :
« Si vous envahissez Kaliningrad, nous riposterons. »
Le seuil est potentiellement beaucoup plus bas :
« Si vous tentez de nous couper de Kaliningrad, nous considérerons cette action comme une menace directe contre la Russie. »
C'est une différence stratégique considérable.
C'est ici que la géographie devient presque fascinante.
Entre Kaliningrad et la Biélorussie se trouve la frontière polono-lituanienne, avec le fameux corridor de Suwałki.
C'est le seul véritable lien terrestre entre les trois États baltes et le reste du territoire de l'OTAN. Baltic Monitor
On obtient donc une configuration extraordinairement tendue :
Russie / Kaliningrad=↓
Pologne — corridor de Suwałki — Lituanie
Estonie — Lettonie — Lituanie
Et de l'autre côté de la Biélorussie, alliée de Moscou.
Cela signifie qu'en cas de conflit général, Kaliningrad et le corridor de Suwałki seraient probablement deux éléments d'un même problème stratégique.
Mais attention à ne pas inverser la causalité : cela ne signifie pas qu'une attaque contre le corridor soit actuellement préparée par l'un ou l'autre camp. Il s'agit d'un point de vulnérabilité structurelle étudié depuis longtemps par les planificateurs militaires.
Il y a eu une modification géographique majeure ces dernières années : l'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'OTAN.
La Baltique est désormais beaucoup plus favorable à l'Alliance qu'auparavant, tandis que la Russie conserve ses deux principaux points d'appui : Saint-Pétersbourg/Kronstadt et Kaliningrad.
L'IISS souligne que l'entrée de la Finlande et de la Suède a considérablement modifié la géographie stratégique de la Baltique et contraint la marge de manœuvre de la flotte russe, sans pour autant supprimer la capacité russe de perturber les communications maritimes, sous-marines ou électroniques. IISS
Kaliningrad devient donc encore davantage une position avancée russe entourée d'un espace OTAN.
Et plus cet espace se resserre, plus la valeur militaire de Kaliningrad augmente pour Moscou.
C'est un autre paradoxe :
Plus Kaliningrad devient difficile à défendre, plus sa défense devient politiquement et stratégiquement importante pour la Russie.
C'est, à mon sens, le point le plus intéressant.
La menace nucléaire russe ne signifie pas nécessairement que Moscou envisage réellement une frappe nucléaire contre la Pologne ou la Lituanie.
Il faut distinguer :
la capacité nucléaire,
la doctrine nucléaire,
la menace nucléaire, et
l'emploi nucléaire effectif.
Pour le moment, nous sommes au troisième niveau.
Poutine a déclaré à Valdaï que si Kaliningrad faisait l'objet d'une attaque directe, « toutes les armes » disponibles seraient mises à l'ordre du jour, ce qui comprend les armes nucléaires. Il a simultanément affirmé que la Russie n'avait pas l'intention d'attaquer un pays européen. Reuters
Le message peut donc se lire comme une forme de dissuasion par l'incertitude :
“Ne cherchez pas à savoir exactement jusqu'où nous irons ; considérez que le risque devient trop élevé pour tenter l'expérience.”
C'est une logique classique de dissuasion nucléaire.
Mais elle contient un danger particulier : plus la menace est élevée, plus une erreur d'interprétation devient catastrophique.
Imaginez une séquence hypothétique — je précise bien : hypothétique, et non une description d'un plan actuellement établi.
Et l'on entre dans ce que les stratèges appellent une escalade par paliers.
C'est exactement pourquoi le passage du discours de Valdaï consacré au «point de non-retour» mérite attention. Poutine a lui-même insisté sur le danger d'une succession de mesures de rétorsion de plus en plus fortes conduisant à un moment où «rien ne peut plus être changé». Internazionale
Ce n'est pas nécessairement une preuve d'une intention offensive russe. C'est plutôt une indication de la manière dont Moscou conçoit le risque d'escalade.
C'est là que se trouve le véritable dialogue de sourds.
L'OTAN dit : « Nous renforçons notre présence parce que la Russie représente une menace. »
Moscou répond :
« Vous renforcez votre présence parce que vous préparez une action contre nous. »
L'OTAN répond :
« Nos forces sont défensives ; nous ne menaçons pas Kaliningrad. »
Et Mark Rutte vient précisément de répéter cette position : l'Alliance est défensive, les menaces nucléaires russes ne sont « ni appelées ni utiles », et il affirme qu'il n'existe pas actuellement de menace nucléaire réelle contre les États baltes. OTAN
C'est une contradiction classique de la dissuasion : ce que l'un appelle défense peut être interprété comme préparation offensive par l'autre.
Je crois qu'il faut être attentif à ceci.
Depuis la guerre d'Ukraine, la confrontation russo-occidentale n'est plus seulement une confrontation entre deux appareils militaires. Elle comporte désormais :
L'IISS insiste justement sur le fait que la Baltique est devenue un environnement particulièrement vulnérable à ce type de guerre « sous le seuil » : mines, missiles, drones, guerre électronique, sabotage et infrastructures critiques. IISS
Cela rend le cas de Kaliningrad particulièrement dangereux. Pourquoi ? Parce qu'une attaque militaire identifiable est relativement facile à reconnaître.
Mais une opération destinée à :
peut être interprétée de multiples façons.
C'est précisément la zone grise qui peut devenir explosive.
C'est ici que je ferais une distinction entre l'analyse stratégique et la lecture métahistorique.
Stratégiquement, Kaliningrad est un problème de géographie, de communications, de dissuasion et de rapport de forces. Mais dans votre vocabulaire de philosophie-PhG, quelque chose d'autre apparaît.
Kaliningrad est une « limite »...
Une limite territoriale :
un morceau de Russie séparé de la Russie.
Une limite géopolitique :
la Russie face à l'OTAN.
Une limite stratégique :
jusqu'où peut-on exercer une pression sans déclencher la guerre ?
Une limite nucléaire :
jusqu'où peut-on escalader avant que la dissuasion cesse d'être contrôlable ?
Et enfin une limite métahistorique :
jusqu'où le système peut-il pousser sa propre logique avant de rencontrer quelque chose qui lui échappe ?
C'est ici que je retrouve très fortement votre ancienne formule :
« la limite comme vérité retrouvée ».
Je serais même tenté d'aller un peu plus loin.
Kaliningrad n'est peut-être pas le problème fondamental.
Elle est peut-être le révélateur du problème fondamental.
Car ce qui apparaît à travers Kaliningrad, c'est l'épuisement progressif d'un monde dans lequel les frontières entre :
guerre / paix
défense / attaque
conventionnel / nucléaire
territoire / infrastructure
réel / virtuel
menace / action
étaient relativement distinctes.
Elles le sont de moins en moins.
Et c'est précisément ce qui donne à cette affaire une dimension qui dépasse Kaliningrad elle-même.
Il me semble même qu'il y a ici une possibilité de lecture particulièrement féconde pour philosophie-PhG.
Le système moderne possède une puissance technique gigantesque :
missiles → satellites → drones → réseaux → IA → armes nucléaires → guerre électronique.
Mais cette puissance croissante ne produit pas nécessairement davantage de maîtrise.
Elle peut produire l'inverse : plus le système dispose de moyens d'action, plus le nombre de réactions possibles augmente.
Et donc : plus la puissance augmente, plus la possibilité de perte de contrôle augmente.
C'est une idée qui correspond assez profondément à votre notion de « déchaînement de la Matière ».
La Matière déchaînée n'est pas simplement une matière « méchante » ou destructrice.
C'est une matière qui ne se laisse plus contenir par les formes qui l'ont produite.
Kaliningrad pourrait être un petit laboratoire géopolitique de cette situation.
Je ne dirais donc pas : « Kaliningrad va provoquer la troisième guerre mondiale. »
Ce serait une affirmation que les faits actuels ne permettent absolument pas de soutenir.
Je dirais quelque chose de plus précis :
Kaliningrad est devenue un endroit où plusieurs lignes rouges — territoriale, militaire, géopolitique et nucléaire — se superposent, ce qui en fait un lieu particulièrement sensible à l'erreur de calcul et à l'escalade.
C'est d'ailleurs très proche de ce que constatent les analyses actuellement disponibles : Reuters parle explicitement de « flashpoint », et souligne que le risque ne vient pas seulement d'une décision délibérée mais aussi d'un incident ou d'une mauvaise interprétation. Reuters
Et c'est, à mon sens, beaucoup plus intéressant pour votre réflexion.
Car la question devient alors non plus :« Qui va attaquer Kaliningrad ? »
mais :« Comment un système historique arrivé à un certain degré de tension transforme-t-il progressivement des mesures défensives en actes perçus comme offensifs ? »
Et là, nous retrouvons directement la GrandeCrise.
Je crois qu'il serait prématuré de faire de Kaliningrad un nouvel épisode autonome de la GrandeCrise. Il faut d'abord voir si cette séquence diplomatique reste une poussée de rhétorique et de dissuasion — ou si elle entraîne des modifications militaires concrètes et durables.
Mais comme cas d'école de la logique de la GrandeCrise, elle est exceptionnellement révélatrice.
Elle donne presque une illustration géographique de votre idée :
la crise avance jusqu'à la limite ; et lorsqu'elle rencontre la limite, celle-ci devient elle-même le lieu où la vérité de la crise apparaît.
C'est peut-être pourquoi le cas de Kaliningrad mérite d'être suivi de très près dans les prochains mois.
• En commentant les récentes élections allemandes, le philosophe russe Douguine poursuit sa critique radicale de la démocratie revue par la modernité. • C’est un système basé sur la dysgénie : place aux plus faibles et aux nihilistes.
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1er octobre 2026 – Le philosophe est fatigué. Lorsqu’il parle, dans cette interview ci-dessous, de la démocratie occidentaliste-américaniste (bloc-BAO), Alexandre Douguine déverse ses habituelles accusations et imprécations, si évidentes qu’elles valent pour vous et pour nous, mais sans verve particulière ni rage remarquable, — “Comme on tire la chasse”, aurait écrit un Céline ou un Audiard. Ces deux-là nous manquent pour parler du monde et de son époque anémiante, affadissante et débilitante à force d’absurdités, de médiocrité et de sottise, — avec ce qu’il faut d’hystérie pour vous signaler que le cadavre respire encore.
En fait, Douguine répond à une question à propos des récentes élections allemandes. Mais il s’intéresse surtout au “programme” du chancelier Merz, de son équipe et de ses amis et juge que ce “programme” a un nom : dysgénie. Il marque la volonté de ces gens au pouvoir de favoriser les minorités contre la formule classique qui considère la majorité des gens comme représentatifs et régulateurs de la démocratie.
« Ces deux mode de démocratie existent réellement — en science politique, dans le discours et dans les résolutions. Je ne les invente pas. Certains, en Occident, estiment que la démocratie est une affaire de minorités; d’autres pensent toujours que c’est la majorité qui décide. C’est à cela que l’Allemagne se heurte aujourd’hui. Les personnes qui croient au pouvoir de la majorité votent comme elles l’entendent. Celles qui ont été rééduquées, formées à aimer l’ignoble migrant violeur et le déviant qui erre dans les rues des vieilles villes européennes, votent autrement. Il existe même un mot pour cela: la dysgénie. »
Douguine présente donc rapidement, en extrapolant à partir du constat que sont favorisées les minorités les plus anormales et les plus différentes, le sens du mot dysgénie en introduisant son contraire : l’eugénisme. Ce mot a une connotation diabolisée depuis les événements de la première partie du XXème siècle : essentiellement la politique eugéniste suivie par de nombreux États des Etats-Unis et le nazisme, — la première ayant d’ailleurs servi de modèle au second, selon l’argument que suivirent certains avocats du procès de Nuremberg. Le problème est évidemment, non pas l’emploi qui fut fait de l’eugénisme, mais au profit de quelle cause il fut employé. Selon la logique d’un esprit équilibré et débarassé de toute hystérie, la diabolisation devrait aller à la cause et non à l’outil de la cause.
« La dysgénie est l’opposé de l’eugénisme: il ne s’agit pas de favoriser la reproduction du meilleur type humain, mais de celle du pire, de lui confier le pouvoir et de l’écouter au nom de la “solidarité” et de “l’empathie”. Plus la strate des déficients mentaux est importante en politique et aux plus hautes fonctions de l’État, plus la garantie est solide que les personnes normales n’accéderont pas au pouvoir. »
On laisse de côté la polémique hystérique qui accompagne l’eugénisme et l’on garde simplement sa signification. A cette lumière, il devient aisé de plaider contre la dysgénie, par simple constat d’évidence de sa définition antagoniste de celle de l’eugénisme. Douguine développe alors son constat en jugeant que les dirigeants qui favorisent cette dysgénie en sont eux-mêmes le produit à l’intérieur de leur milieu même si ce milieu est prétendument des plus prestigieux,— par l’éducation, l’uniformisation de la pensée ; l’adoption automatique des idées et idéaux de leur “parti” moderniste et de la caste qui va avec : globalisation, nihilisme, déconstruction orientée par ce nihilisme, négation de l’identité, moraline nietzschéenne et affectivisme.
Le résultat, apprécie Douguine, est une faiblesse généralisée de l’esprit et du caractère. S’il la présente comme une caractéristique des minorités impliquées, nous devons compléter cette idée en étendant cette faiblesse aux dirigeants eux-mêmes, ne serait-ce que par le triomphe de la stupidité célébré par un nihilisme absolument délirant, maniaque et endiablé. Ainsi, plus que jamais règne la faiblesse chez des déments qui liraient Nietzsche la tête en bas.
« Parce qu’ils sont faibles, ils incarnent la “pensée faible”, une philosophie faible et une théologie faible; selon cette théorie, de tels dirigeants à l’esprit déficient seraient préférables pour un pays à de sérieux bâtisseurs d’ordre. Le chaos et la schizophrénie, soutient-on, seraient préférables à l’ordre et à la paranoïa. »
Douguine poursuit en constatant qu’il « est difficile de prévoir l’issue de cet affrontement », en se référant à l’actualité allemande, aussi bien qu’à l’actualité française ou à l’actualité américaniste, dans cet Occident-compulsif où partout se poursuit cet affrontement.
Tout de même... Il termine par un constat final qui contredit quelque peu cette “difficulté de prévoir l’issue de cet affrontement” en rappelant que ces êtres faibles de pensée et de caractère, qui ne cessent de prôner des comportements de désordre, d’irresponsabilité, d’affrontements entre minorités diverses, etc., ne conçoivent aujourd’hui qu’une seule issue dans cette bataille cruciale (Merz vs le peuple, comme les autres compagnons occidentaux) où ils ne cessent d’essuyer des défaites : la guerre, rien que la guerre, — et en choisissant soigneusement l'adversaire, la Russie, rempart des traditions et de l'ordre en mode de surarmement accéléré, avec une armée puissante, motivée et patriotique, et désormais rompue et expérimentée au combat
« Comment concilier le fait que Merz attise d’une main une vague de désintégration et appelle, de l’autre, ces mêmes personnes à se préparer en toute hâte à la guerre contre la Russie? Une personne normale examine cette proposition et constate qu’elle ne tient pas debout. L’exigence de s’abandonner à la décadence tout en devant, simultanément, “se mettre à courir ventre à terre vers le front de l’Est” paraît relever de la folie totale à quiconque possède encore un peu de raison... »
..Tant il est vrai que la faiblesse de tous ordres n’est pas la recette idéale pour faire des guerriers se précipitant vers le front de l’Est de sinistre mémoire pour les Allemands. C’est un sujet intéressant et de grande préoccupation qui ne semble pas avoir encore atteint les cerveaux de nos dirigeants qui sont comme anesthésiés par par l'inversion d'une pensée diabolique. C’est dans tous les cas une raison essentielle et impérative de penser que le conflit qu’on ne cesse de nous promettre, — qui en Europe, qui au Moyen-Orient, les deux pouvant être rassemblés, — aura des conséquences bien plus graves et grandes qu’un simple conflit du genre auquel nous sommes habitués. Il s’agit, bien entendu, d’une des clefs de la GrandeCrise.
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Présentateur : « Alexandre Guélievitch [Douguine], le week-end n’a pas été consacré uniquement aux élections russes. L’Allemagne offre une fois de plus un tableau saisissant. Des élections ont eu lieu à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale — des régions qui, certes, ne sont pas les plus peuplées, et il s’agit que de scrutins régionaux. Malgré cela, la coalition gouvernementale et le chancelier Merz en personne ont essuyé un sérieux revers. Dans certains Länder, son parti n’atteint même pas le seuil des 5% nécessaire pour entrer au parlement régional. En Mecklembourg, l’AfD obtient de bons résultats dans les sondages; à Berlin c’est la gauche. Le décompte final dans les circonscriptions uninominales reste encore à effectuer. Que se passe-t-il en Allemagne? On nous a appris que tenir deux ans au poste de chancelier ou de Premier ministre constituait déjà un exploit, et que les changements de dirigeants étaient devenus monnaie courante aussi bien en Grande-Bretagne qu’en Allemagne. Ou bien quelque chose qui leur est propre est-il malgré tout en train d’y prendre forme? »
Alexandre Douguine: « Dans la première partie de notre entretien, nous avons dit que la société russe surmonte le côté hideux de la démocratie occidentale en y introduisant ses propres significations — et même ses propres procédures. En Occident, le mot «démocratie» lui-même a été déformé au point d’en devenir méconnaissable et s'est transformé en pouvoir des minorités.
Aujourd’hui, il existe en Occident deux démocraties, deux définitions du mot — en Amérique et en Europe, berceau de la démocratie. Selon l’interprétation la plus «avancée», la démocratie est le pouvoir des minorités.
Dans cette logique, si vous êtes un pervers, un malade — souffrant, par exemple, de démence ou de troubles cognitifs — et qu’en plus vous appartenez à une minorité ethnique, religieuse ou autre, alors c’est vous le bon «démocrate»: vous soutenez les autres minorités, vous ouvrez grand la porte à une immigration illimitée, vous abolissez les valeurs traditionnelles et vous les remplacez par des valeurs non traditionnelles. Voilà ce qui passe pour la version «avancée» de la démocratie.
Mais il existe également de larges couches de la population qui comprennent la démocratie autrement. Le «démocrate à l’ancienne » raisonne simplement: si cela ne me plaît pas, je voterai autrement, contre la coalition en place. Et il reste encore à venir une troisième démocratie, électronique, dans laquelle les robots logiciels et l’intelligence artificielle voteront. Palantir — la grande entreprise américaine d’analyse de données fondée en 2003 — prépare quelque chose de ce genre, bien que cela n’ait pas encore été annoncé.
Ces deux mode de démocratie existent réellement — en science politique, dans le discours et dans les résolutions. Je ne les invente pas. Certains, en Occident, estiment que la démocratie est une affaire de minorités; d’autres pensent toujours que c’est la majorité qui décide. C’est à cela que l’Allemagne se heurte aujourd’hui. Les personnes qui croient au pouvoir de la majorité votent comme elles l’entendent. Celles qui ont été rééduquées, formées à aimer l’ignoble migrant violeur et le déviant qui erre dans les rues des vieilles villes européennes, votent autrement. Il existe même un mot pour cela: la dysgénie. Les libéraux de gauche dans l’esprit de Merz prêchent que plus une personne est repoussante et laide, mieux c’est. On rassemble d’immenses chœurs de dégénérés qui remplissent des hangars entiers — entonnent des chants grotesques, appuyés par des musiciens et des chefs d’orchestre; ils sont censés chanter mal et faux, parce que le beau chant est considéré comme un signe de «suprémacisme élitiste». Merz est le porte-parole de cette dysgénie, tout comme le couple Macron, chez qui l’on ne saurait distinguer lequel est l’homme et laquelle est la femme.
Ces minorités se considèrent comme les seules détentrices légitimes de la démocratie. Mais certaines régions d’Allemagne — l’Est et le Nord, en particulier la Saxe-Anhalt — voient les choses autrement. Des Baltes et des Slaves y vivaient autrefois; ce sont à l’origine des terres slaves et baltes. Peut-être les gènes des gens respectables y ont-ils survécu. Ou peut-être le socialisme en RDA [République démocratique allemande] a-t-il rendu service à la population locale en la laissant attachée à l’ancienne démocratie.
L’ancienne démocratie, c’est ce qui se produit lorsqu’un citoyen ordinaire contemple le cauchemar qui l’entoure — lorsqu’on le force à dire que deux et deux font cinq, qu’il est plus en sécurité aujourd'hui alors même qu’on peut le poignarder et le tuer à chaque coin de rue, et que quiconque n’est pas d’accord avec cette situation est un fasciste — et que rien de tout cela ne parvient à entrer dans son esprit. Pour lui, pouvoir marcher dans une rue sans que rien ne lui tombe dessus et voir des gens se parler poliment est une bonne chose. Ce n’est pas du fascisme. C’est l’exigence minimale d’un ordre sain.
Une grande partie des Allemands ne votent ni pour la droite ni pour la gauche. Ils votent pour la démocratie à l’ancienne: pour que la vie soit commode et vivable, et non pour financer des chœurs dysgéniques, des hurluberlus qui s'identifient à des animaux, à des chiens, et des habitués de clubs BDSM qui scandent: «Pas d’AfD, pas de normalité». Ce qui s’affronte, au fond, c’est la démocratie telle que la conçoit une personne normale et la démocratie imaginée par une personne gravement perturbée par une démence quelconque. La même chose se produit en Amérique.
Il est difficile de dire laquelle des ces deux conceptions de la démocratie l’emportera. J’ai un jour discuté de cette logique minoritaire avec Francis Fukuyama lors d’un débat. Il disait que toute majorité est dangereuse: elle peut choisir Poutine, un dictateur ou Hitler; il ne faudrait donc pas l’écouter, mais, au contraire, écouter les «minorités dysgéniques», les dégénérés et les personnes atteintes de démence. Parce qu’ils sont faibles, ils incarnent la «pensée faible», une philosophie faible et une théologie faible; selon cette théorie, de tels dirigeants à l’esprit déficient seraient préférables pour un pays à de sérieux bâtisseurs d’ordre. Le chaos et la schizophrénie, soutient-on, seraient préférables à l’ordre et à la paranoïa. Il est difficile de prévoir l’issue de cet affrontement.
Lorsque l’AfD a remporté les élections en Saxe-Anhalt, il a été proposé de lui interdire l’accès aux informations classifiées de la Bundeswehr — au motif qu’elle n’adhère pas à la démocratie des minorités et représente dès lors un autre type anthropologique; elle «n’aurait pas le droit» de savoir, car elle pourrait relier les faits entre eux et agir rationnellement. Selon cette logique, les véritables visages de la nouvelle démocratie sont Kaja Kallas, Ursula von der Leyen et Annalena Baerbock — représentantes de ce qu’ils appellent les «minorités mentales».
Vous direz qu’il s’agit, de ma part, d’une parodie malveillante de l’Occident contemporain. Lisez leurs manuels de science politique, leurs cours de philosophie et leurs études culturelles; parlez aux philosophes qui incarnent cet Occident. Prenez Žižek, une icône de la pensée libérale: négligé, à la parole inarticulée, il transforme chaque phrase en un paradoxe dépourvu de sens qui humilie la raison. Ce n’est pas un hasard s’il a intitulé l’un de ses livres Moins que rien — Hegel et l’ombre du matérialisme dialectique. Voilà le diapason de l’orthodoxie philosophique actuelle: un festival de dégénérés qui ont érigé la dysgénie en principe. La dysgénie est l’opposé de l’eugénisme: il ne s’agit pas de favoriser la reproduction du meilleur type humain, mais de celle du pire, de lui confier le pouvoir et de l’écouter au nom de la «solidarité» et de «l’empathie». Plus la strate des déficients mentaux est importante en politique et aux plus hautes fonctions de l’État, plus la garantie est solide que les personnes normales n’accéderont pas au pouvoir.
Pour l’instant, cela ne fonctionne pas tout à fait. Ils semblent tout contrôler, et pourtant une vague de mécontentement monte. La vieille démocratie citoyenne, tranquille et petite-bourgeoise, semble dire: je n’ai pas disparu; je vais voter. À Berlin, on ne peut pas voter pour l’AfD — car ce serait comme voter pour Poutine ou Trump; dans le bureau de vote, au sens figuré, les groupes dysgéniques vous mettront en pièces. Plus à l’est, les gens votent tout à fait tranquillement pour l’AfD. C’est un vote en faveur de la normalité contre une anti-normalité confortablement installée.
Regardez ce que propose Merz. Premièrement, une immigration illimitée. Deuxièmement, des valeurs anti-traditionnelles et des défilés consacrés à toutes les perversions imaginables. Et, parallèlement, la guerre contre la Russie, la militarisation et la surveillance totale. Ces deux orientations sont incompatibles. Soit vous choisissez les défilés — et vous vous rapprochez alors d’une Greta Thunberg déchaînée et de son fondamentalisme écologique —, soit vous choisissez la guerre, auquel cas il vous faut du nationalisme, du patriotisme, du «fascisme».
Comment concilier le fait que Merz attise d’une main une vague de désintégration et appelle, de l’autre, ces mêmes personnes à se préparer en toute hâte à la guerre contre la Russie? Une personne normale examine cette proposition et constate qu’elle ne tient pas debout. L’exigence de s’abandonner à la décadence tout en devant, simultanément, «se mettre à courir ventre à terre vers le front de l’Est» paraît relever de la folie totale à quiconque possède encore un peu de raison. Selon toute apparence, ces personnes sont plus nombreuses dans l’est de l’Allemagne, dans l’ancienne Prusse. Les gens de ces régions se sont révélés plus sains. »
• Le voyage pape Léon XIV en France a eu beaucoup d’échos .• Son affirmation « Les guerres n’ont plus de sens », nullement destinée à la France, est mise en cause dans un livre du théologien allemand David Berger.
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Décidément, la visite du pape Léon a fait grand’bruit en France, non seulement sur les problèmes spécifiquement français, mais également sur des problèmes internationaux, politiques et éthiques où souvent la France est impliquée, et où plus souvent encore bien peu à son avantage. Parmi les problèmes évoqués, notamment dans sa dernière intervention “française” lors d’une conférence de presse comme improvisée dans l’avion qui le ramenait de Metz à Rome, accompagné de journalistes, celui de la guerre si violemment d’actualité aujourd’hui en Ukraine et en Iran.
Le site ‘infovaticana.com/fr’ a donné un compte-rendu de cette conférence de presse, d’où nous extrayons le passage consacré à la guerre, avec le thème principal de « Les guerres n’ont plus de sens ».
« Sa réponse la plus longue a été consacrée à la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Interrogé sur les possibilités réelles d’une négociation et sur sa dénonciation de “l’illusion du réarmement”, Léon XIV est parti des principes de la doctrine sociale de l’Église et a rejeté “la violence, la haine, les armements” et la réapparition du discours sur les armes nucléaires.
Le Pape a critiqué l’augmentation continue des dépenses militaires et a souligné les intérêts économiques qui existent derrière l’industrie de l’armement. “Quelques-uns s’enrichissent énormément grâce à une industrie qui promeut la guerre”.
Léon XIV a opposé les milliards destinés à l’armement aux besoins fondamentaux encore non résolus : “Avec ces milliards d’euros ou de dollars, on pourrait résoudre des problèmes comme la faim dans le monde, le logement, les situations de chômage”.
» Face à la logique du réarmement, il a demandé une voix qui propose “un autre chemin” et a averti que l’augmentation continue des dépenses en armes alimente des tensions qui peuvent déboucher “sur l’explosion d’une autre guerre, d’un autre conflit”. »
Le pape Léon a accordé une place particulière à l’Ukraine, répétant à propos de cette guerre les habituelles positions de l’Église, dont la mission est de proposer une négociation à la résolution des problèmes en excluant le recours à la force. Un point particulier qui donne un ton indirectement inhabituel à son discours, différent de celui du pape François, a été d’éviter de désigner un agresseur d’un agressé, évitant de citer nommément l’Ukraine ou la Russie par rapport à la responsabilité de cette guerre. Certaines plumes européennes exacerbées n’ont pas hésité à qualifier ce discours, par défaut dira-t-on et comme c’est l’habitude dans nos contrées si élégamment objectives, de “pro-russe”.
« ... Léon XIV a affirmé que les puissances qui cherchent à “imposer par le pouvoir au lieu de dialoguer et de promouvoir des négociations” rapprochent le monde chaque jour davantage de nouvelles guerres. [...]
» Dans ce contexte, il a demandé de continuer à inviter “des dirigeants comme ceux de la Russie et de l’Ukraine” et d’autres pays “à venir, à s’asseoir, à dialoguer, à chercher comment résoudre les problèmes sans continuer ces guerres qui n’ont plus de sens”. »
L’intervention du pape Léon est également marquée par une attaque sévère contre le complexe militaro-industriel, un peu dans la manière du discours fameux du président Eisenhower. Il est dommage qu’il n’ait pas mentionné l’aspect “spirituel” de la critique du discours de janvier 1961, ce qui aurait parfaitement correspondu à la démarche d’un pape :
« Cette conjonction d'un immense appareil militaire et d'une vaste industrie de l'armement est inédite dans l'expérience américaine. Son influence globale — économique, politique, voire spirituelle — se fait sentir dans chaque ville, chaque siège de gouvernement d'État et chaque bureau du gouvernement fédéral. »
Quoiqu’il en soit, le plus marquant est l’affirmation que « Les guerres n’ont plus de sens », dite en raison de l’importance destructrice des armes modernes. Du point de vue de la doctrine de l’Église, cette affirmation se heurte à la notion de « guerre juste » qui a été présente dans le doctrine catholique depuis Augustin qui l’a introduite, puis Thomas d’Aquin. Même s’il affirme parler de la doctrine de l’Église, il nous semble qu’il reste assez probable que Léon XIV parlait essentiellement d’un point de vue moral adapté pragmatiquement à la situation politique moderne, surtout dans cette époque où la guerre est utilisée d’une façon indiscriminée, hors de toutes les règles internationales, et particulièrement par les États-Unis de Donald Trump. Il semblerait alors que le jugement du pape Léon concernât indirectement mais fermement cette politique spécifique de son pays, — et cette hypothèse nous paraît très féconde.
Quoi qu’il en soit, le thème a été repris par le théologien allemand David Berger, qualifié par Wikipédia d’“activiste politique de droite”, membre de la CDU passé à l’AfD en 2024. Il est exposé dans son livre « La doctrine de la guerre juste à l’ère des drones et des armes nucléaires. Pourquoi l’éthique catholique classique de la paix n’a-t-elle rien perdu de son actualité ? », qui s’oppose en principe à la conception du pape si celle-ci est prise comme affirmation doctrinale impérative en lui opposant des principes conceptuels sur la guerre et la paix par rapport à la justice et à la “défense du bien public”, — une sorte de conception semblable à celle de Talleyrand, homme d’Église qui bafoua constamment les principes de cette condition tout en ne cessant jamais d’en respecter les fondements et la nature.
« Ce n’est pas la guerre en elle-même qui est moralement condamnable, mais avant tout ses causes.... »
« La finalité de la force militaire n’est pas l’anéantissement de l’ennemi ; le véritable objectif de l’action militaire et politique demeure toujours la paix. »
L’article de Werner Olles qui analyse au travers de l’essai de Berger la validité de la doctrine de la « guerre juste », contre l’affirmation du pape Léon si celle-ci est considérée d’un point de vue doctrinal, est ici parfaitement d’actualité. Il a été publié sur ‘geopolitika.ru/fr’ et repris sur ‘euro-synergie.hautetfort.com’.
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L’essai de David Berger, « La doctrine de la guerre juste à l’ère des drones et des armes nucléaires. Pourquoi l’éthique catholique classique de la paix n’a-t-elle rien perdu de son actualité ? » (Theologisches – Katholische Monatsschrift, septembre 2026), est plus urgent que jamais au regard de l’expérience de deux guerres mondiales dévastatrices et du développement de nouvelles technologies d’armement et de l’intelligence artificielle. Bien entendu, l’espoir d’un monde sans guerre nous paraît moralement souhaitable.
L’auteur pose toutefois en même temps la question légitime de savoir si le renoncement à toute forme de violence militaire correspond réellement à la conception chrétienne de l’être humain, ou s’il ne risque pas lui-même de favoriser de nouvelles formes d’injustice. Ce débat a retrouvé une actualité nouvelle à la suite de déclarations de Léon XIV, qui a affirmé que la doctrine traditionnelle de la guerre juste était dépassée au regard des formes modernes de guerre. Cette appréciation a été largement approuvée dans les médias germanophones, mais a suscité une nette opposition parmi les catholiques aux États-Unis. Elle touche en effet à un domaine central de la doctrine morale catholique, élaboré avec soin au fil de nombreux siècles et confirmé à maintes reprises par le magistère de l’Église.
La question décisive n’est pas de savoir si les systèmes d’armes modernes sont plus terribles que ceux d’autrefois, bien que cela ne fasse aucun doute. Il convient plutôt de se demander si les transformations technologiques de la guerre peuvent rendre caducs les principes moraux fondamentaux à l’aune desquels les actes humains sont jugés, et si l’existence d’armes nucléaires, de drones ou de l’IA rend dépourvue de sens la distinction morale entre une défense juste et un recours injuste à la violence.
La doctrine classique de la guerre juste répond clairement par la négative à cette question. Elle ne se conçoit pas comme une justification de la guerre, mais comme sa limitation et son encadrement moraux les plus rigoureux. Précisément parce que la guerre constitue un mal grave, elle ne doit jamais être entreprise à la légère. Tout au plus peut-elle, sous des conditions strictement définies, être engagée en dernier recours pour défendre le bien commun. L’auteur insiste donc à juste titre sur le fait que la doctrine de la guerre juste n’est pas une éthique de la guerre, mais une éthique de la paix. Son objectif n’est pas de légitimer la violence militaire, mais de soumettre son usage à des conditions morales rigoureuses et de limiter ainsi les souffrances humaines.
L’essai de Berger examine si ces principes demeurent valables dans les conditions du XXIe siècle. À cette fin, il présente la doctrine classique de la guerre juste chez Augustin et Thomas d’Aquin, ainsi que sa genèse, dont le véritable point de départ se trouve dans l’œuvre du saint Père de l’Église Augustin (354-430), dont les réflexions ont façonné de manière décisive l’éthique chrétienne de la paix jusqu’à nos jours. Les premiers chrétiens vivaient en effet dans une situation où la question de la violence étatique ne se posait que de manière limitée. En tant que minorité religieuse dans l’Empire romain, ils n’assumaient aucune responsabilité politique et ne pouvaient influer sur les décisions de l’État. Avec la reconnaissance du christianisme au IVe siècle, cette situation changea radicalement. Les chrétiens assumèrent désormais eux-mêmes des responsabilités au sein de l’État et de la société. Mais cette question, jusque-là plutôt théorique, se posa alors avec une urgence nouvelle : un souverain chrétien peut-il recourir à la violence pour protéger ses sujets ?
Augustin ne répondit à cette question ni par un oui sans réserve ni par un non inconditionnel. Dans son œuvre principale, De civitate Dei, il décrit plutôt la paix comme la « tranquillité de l’ordre », puisqu’elle constitue l’état naturel et véritable de la coexistence humaine. Ainsi, il ne définit jamais la paix comme un simple état politique, mais comme une « réalité morale ». C’est précisément pour cette raison que le renoncement à toute forme de violence ne saurait en aucun cas être moralement requis en toutes circonstances. Une injustice grave, la violence et l’oppression ne doivent donc pas être acceptées passivement, car elles représentent le contraire de la paix, et un tel ordre demeure profondément injuste. Le rétablissement d’un ordre juste peut dès lors, dans des circonstances exceptionnelles, rendre nécessaire le recours à la force militaire. Ce n’est pas la guerre en elle-même qui est moralement condamnable, mais avant tout ses causes.
Augustin affirme tout aussi clairement qu’une guerre juste ne doit jamais être menée par simple désir de conquête, par recherche du profit économique ou par ambition personnelle. Cette séparation entre vengeance privée et protection publique du droit constitue l’un des enseignements évidents de l’éthique augustinienne de l’État et de la paix. Elle concerne également la disposition intérieure avec laquelle une guerre juste doit être menée. La finalité de la force militaire n’est pas l’anéantissement de l’ennemi ; le véritable objectif de l’action militaire et politique demeure toujours la paix.
Des siècles plus tard, Thomas d’Aquin (1225-1274) s’appuiera sur les fondements de cette doctrine classique et déterminera ainsi toute la tradition ultérieure. Sa théorie de la guerre juste, exposée dans la Somme théologique, apporta une contribution décisive en montrant clairement que la guerre ne se situe jamais en dehors de la doctrine morale chrétienne. Il n’élabora cependant aucune doctrine fondamentalement nouvelle, mais ordonna les idées de son prédécesseur en un édifice intellectuel cohérent. Il y intégra également sa théorie selon laquelle la justice privée et l’anarchie menacent lorsque des individus prennent les armes de leur propre initiative. Si l’État détient le monopole de la violence, ce n’est donc pas parce que la violence serait bonne en elle-même, mais uniquement parce qu’une autorité légitime peut la soumettre à des normes juridiques objectives.
Bien entendu, un souverain légitime peut lui aussi commettre de graves injustices. Se référant à Augustin, Thomas voit la finalité de la force militaire non pas dans le châtiment pour lui-même, mais fondamentalement dans la défense du bien commun. La haine, la soif de pouvoir et les cruautés s’opposent à la promotion du bien et au rétablissement d’une paix juste. Cela ressort déjà de l’ensemble de la doctrine morale thomiste, dans laquelle chaque acte particulier est soumis aux normes et aux valeurs du droit naturel. C’est là que se trouve déjà le noyau de la doctrine ultérieure distinguant le droit de faire la guerre (ius ad bellum) de la conduite moralement permise pendant la guerre (ius in bello).
La doctrine de la guerre juste, fondée par Augustin et systématiquement développée par Thomas d’Aquin, n’a cependant jamais été considérée, dans la tradition catholique, comme un édifice doctrinal figé. Les transformations et évolutions historiques, ainsi que l’expérience des deux guerres mondiales dévastatrices, ont finalement placé le catholicisme devant des défis qu’Augustin et Thomas ne pouvaient prévoir. Les guerres de masse industrialisées, les bombardements stratégiques de villes entières et le développement des armes nucléaires ont profondément et radicalement transformé le visage de la guerre. Devenue entre-temps un véritable caméléon, la guerre n’a pas seulement changé de forme technique ; les critères moraux semblent eux aussi avoir perdu leur validité. Cela contredit toutefois l’ensemble de la doctrine du droit naturel, à laquelle les États sont également tenus par principe.
Mais « c’est précisément pour cette raison que de nombreux arguments plaident en faveur de considérer la doctrine de la guerre juste non pas comme une relique des siècles passés, mais comme l’expression d’une éthique de la paix qui ne romantise pas le recours à la force militaire et ne l’exclut pas non plus catégoriquement, mais le soumet à des conditions morales rigoureuses. Aujourd’hui en particulier, dans les circonstances profondément transformées et compte tenu des possibilités techniques (IA, etc.) de la puissance destructrice humaine, cette éthique n’est pas moins nécessaire qu’à l’époque d’Augustin ou de Thomas d’Aquin, mais plus que jamais » (David Berger).
Autres contributions : « Droit, loi et pouvoir. Précieuses indications du juriste Carlos A. Gebauer », « Orage sur l’Europe », « Se convertir à l’orthodoxie ? » et « À contre-courant. Sur l’argumentation théologique dans la critique du colonialisme de Bartolomé de Las Casas ».
Contact : Verlag nova & vetera, Estermannstr. 71, 53117 Bonn.
• Il y a eu cette étrange rencontre demandée par les Allemands aux Russes entre les ministres des affaires étrangères à l’ONU. • Affaire conclue, rencontre inutile de 20 minutes ponctuée par la colère et le mépris des Russes devant le vide total du discours allemand guerrier habituel. • Il y a aussi des explosions et des incendies dans quelques usines d’armement d’Europe occidentale. • S’agit-il d’une guerre hybride, la guerre qu’on ne voit pas nécessairement et qu’on peut qu’on peut même inventer selon les nécessités de la popularité ?
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« L’Europe en panique totale », c’est le titre de la chronique d’Alexandre Mercouris ; et ce serait plutôt la panique des cloportes, — en fait de ‘Métamorphose’. Nous avons découvert à New York, en marge de la session de l’ONU, l’un des derniers en date de ces cloportes, le ministre allemand des affaires étrangères Johann David Wadephul. Brève et incendiaire présentation de Mercouris :
« Je dirais sans détour que, comparé aux ministres des Affaires étrangères allemands du passé — dont certains, comme Hans-Dietrich Genscher, ne me plaisaient pas du tout mais que je considérais néanmoins comme des diplomates d'un poids et d'une autorité considérables —, je trouve que Wadephul est un personnage totalement insignifiant, fat et pompeux. »
Mercouris ne mâche pas ses qualificatifs, produit d’une fureur contenue mais exacerbée que lui inspire la “diplomatie” européenne. Nous dirions en fait que notre distingué commentateur, plus distingué que jamais, supporte de moins en moins la phénoménale sottise (qui a dit “connerie” ? C’est donner des perles à un cochon, ou « Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux », selon Saint Matthieu), et l’abracadabrantesque (merci Rimbaud) médiocrité de ces cloportes, ministres, hauts cadres, élitesSystème régnant en maîtres paniqués et soumis sur l’Europe... Des “maîtres-soumis” ? Il n »y a que la modernité pour accoucher de ce monstre.
La cause de la fureur mercourienne est une réunion impromptue, demandée par les Allemands, en marge de la susdite session de l’ONI. Soudain, monsieur Wadephul a, selon les consignes de l’habile Merz, éprouvé le besoin de voir Lavrov. Pourquoi ? C’est un peu comme lorsqu’on a une envie soudaine de se gratter ; alors on se gratte... Monsieur Wadephul s’est gratté.
La rencontre dura vingt minutes, sous le regard stupéfait, écrasant de mépris et de sarcasme, du considérable Lavrov. Les Allemands n’ont rien dit que les Russes ne savaient déjà, ni rien par conséquent que les Russes n’avaient déjà rejeté à maintes reprises sous la forme d’un classique ‘fuck you, I’m fed up’. Il en sortit, de leur côté, un communiqué aussi bref que la phase terminale en vitesse hypersonique maxi d’un ‘Orechnik’, dans des termes quasiment insultants
« Au cours de la réunion, les parties ont évoqué les relations bilatérales ainsi que la situation concernant l'Ukraine. Johann David Wadephul a réaffirmé la position du gouvernement allemand, déjà exprimée publiquement à maintes reprises sur ces sujets et d'autres. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec les comptes rendus officiels — qu'ils émanent des ministères des Affaires étrangères ou de la diplomatie —, la dernière phrase est franchement insultante. Elle sous-entend que Wadephul est venu, a parlé aux Russes sans rien avoir à dire, s'est contenté de répéter les mêmes rengaines, et que les Russes sont restés totalement indifférents et nullement impressionnés par ses propos. J'ai lu de nombreux comptes rendus fournis par les Russes et les Chinois ; mais dans celui-ci, comme je l'ai dit, la dernière phrase est d'une grossièreté manifeste et calculée. »
Cette rencontre se place dans une série de rencontres entre divers ministres d’États-membres, sous les imprécations haineuse de Kaka Jalas et dans l’indifférence de plus en exaspérée des Russes, qui ont comme politique de ne repousser aucune proposition de rencontre pouvant conduire à un accord acceptable, selon des conditions (russes) de plus en plus inflexibles. En face, on veut, ou voulait jusqu’il y a peu quelques rares et épisodiques rencontres pour simplement enregistrer la capitulation immédiate et sans conditions des Russes.
Désormais, il y a une nouveauté : du côté européen, on est demandeurs, même si pour ne rien dire (Wadefhul) et par conséquent essuyer les sarcasmes méprisants des Russes. C’est la marque d’une panique évidente devant l’avancée des Russes en Ukraine et l’incertitude grandissante d’une aide US dans le cas de cette terrible offensive russe que tous les dirigeants prévoient dur comme fer. C’est aussi, manœuvre tactique superbe, une façon de montrer aux populations qui n’ont pas l’air d’aimer cette passion pour la guerre, que ces mêmes dirigeants font tout pour arriver à la paix face à des Russes intransigeants à qui l’on tend une main chaleureuse et généreuse qui leur offre, — geste sublime, — la capitulation sans conditions.
Un autre élément, également asymétrique en un sens différent des entretiens sur le Rien-Néant, caractérise la situation européenne, qui est l’affirmation générale des dirigeants politiques selon lesquels la Russie mènerait une la guerre asymétrique contre l’Europe. Là, c’est asymétrique, c’est sûr !
Le Secrétaire Général de l’OTAN Rutte a finement observé que l’OTAN était prête à riposter à la Russie, d’une manière symétrique, mais aussi asymétrique. Sur ce dernier point, et là se trouve la suprême finesse, il note que l’action asymétrique est, par sa nature même et la définition qu’on en donne, une “guerre” qui tend à être soit invisible, soit non-identifiable comme guerre-en-soi. Il conclut de ces observations la probabilité que la guerre asymétrique n’apparaisse pas aux yeux du public ; c’est-à-dire qu’en gros, licence est donnée à toute source d’information évidemment objective d’affirmer qu’une guerre asymétrique est menée sans qu’il soit nécessaire de le prouver et encore moins de le montrer.
Par conséquent, nul ne peut dire s’il y a eu récemment des actes de guerre asymétrique russes dans divers incendies et destruction d’usines d’armement européenne, comme affirmé récemment, mais nul ne peut dire le contraire. Néanmoins, Larry S. Johnson s’est mis à la tâche de donner une appréciation précise de la question, à partir de plusieurs sources dont le site ‘Borzzikman’.
Nous donnons ci-après plusieurs extraits de son article, en commençant bien entendu par l’introduction qui résume les données générales du problème. Ancien officier de la CIA, Johnson est extrêmement prudent, d’autant qu’il travaille dans un domaine, l’Europe-aidant-l’Ukraine où il possède peu de sources d’information directe, — sans doute moins que pour la situation US, pour la situation de la guerre d’Ukraine sur le terrain et pour la situation de la Russie où il a beaucoup de contacts et où il se rend souvent.
« Depuis mars 2026, une série d'incendies et d'explosions a touché des entreprises européennes contribuant à l'effort de guerre de l'Ukraine. Certaines versions circulant actuellement, notamment une vidéo largement partagée (Borzzikman), présentent ces événements comme une campagne d'attentats visant à raser des usines de munitions à travers le continent, notamment en Roumanie, en France et au Royaume-Uni. Les faits avérés sont plus limités, mais restent significatifs : huit incidents survenus dans sept entreprises réparties sur cinq pays, en l'espace de six mois. Trois d'entre eux ont été considérés par les autorités comme étant d'origine intentionnelle. Pour ce qui est de la guerre, la question n'est pas de savoir si chaque incendie relevait du sabotage, mais quelles conséquences la perte de ces installations pourrait avoir sur la capacité de l'Europe à approvisionner l'Ukraine. »
Johnson donne ensuite une longue liste des incidents, incendies, explosions, qui se sont produits dans plusieurs pays. Beaucoup de détails mais fort peu de certitudes. Son analyse reste extrêmement prudente et mesurée, ce qui ne permet pas de tirer quelque conclusion structurée que ce soit. La guerre asymétrique favorise évidemment la “guerre de l’information” pour les raisons évidentes qu’on a vues en commentaire de l’intervention de Rutte.
« L'attribution des faits n'est avérée que dans une poignée de cas. La plupart des usines de défense manipulent des matières explosives ou inflammables, et les incendies industriels sont une réalité. Pour les sites de Colleferro et de Snina, aucune preuve publique de sabotage n'a été établie ; même lorsque le caractère criminel de l'incendie est confirmé, le lien avec les services de renseignement russes n'a pas encore été prouvé devant les tribunaux. Aucun des incidents de cette liste ne constitue un coup stratégique majeur.
» La production européenne de défense continue de croître, mais plus lentement que le carnet de commandes, et ce, sur une base industrielle qui, par ailleurs, se contracte. La capacité de production d'obus d'artillerie en Europe est passée d'environ 300 000 unités par an en 2022 à près de deux millions, et le chiffre d'affaires de Rheinmetall a bondi de près de 70 % au deuxième trimestre 2026. Toutefois, la certification d'une nouvelle ligne de production nécessite quatre à cinq ans, les techniciens qualifiés sont rares et Rheinmetall a déjà revu à la baisse ses prévisions de ventes pour 2026. Parallèlement, l'industrie allemande se contracte : Volkswagen ferme des usines, BASF délocalise sa production en Chine, et les coûts énergétiques élevés à l'origine de ce déclin pèsent également sur la production, très énergivore, de propergols et d'explosifs. C'est pourquoi les incendies survenant au niveau des goulots d'étranglement ont une importance bien supérieure à ce que leur ampleur pourrait laisser croire.
» Le contraste avec la Russie est saisissant. En matière d'artillerie — élément central d'une guerre d'usure —, les services de renseignement estoniens estiment que les usines russes ont produit environ sept millions d'obus (artillerie, mortier, char et roquettes) en 2025, alors que la capacité européenne pour les obus de 155 mm avoisine les deux millions par an. Même en incluant la production américaine, qui vise les 100 000 unités par mois en 2026, l'Occident ne parvient pas à égaler le volume russe. Concernant les drones de frappe à longue portée, la Russie en produisait environ 5 500 par mois en mars 2026 selon le CSIS ; les services de renseignement ukrainiens affirment quant à eux que l'usine d'Alabuga produit à elle seule quelque 3 000 drones à réaction Geran-4 et Geran-5 par mois. L'Europe ne produit rien de comparable en volume ; sa réponse à un drone coûtant quelques dizaines de milliers d'euros consiste à utiliser un intercepteur dont le prix oscille entre 2 et 5 millions d'euros. La Russie produit également plus de 200 missiles de croisière et balistiques par mois, selon le renseignement ukrainien. En matière de blindés, le centre de réflexion Bruegel a estimé que la Russie a porté sa production de chars de 40 unités par mois fin 2022 à plus de 130 mi-2024 — une grande partie provenant de la modernisation de stocks soviétiques —, tout en qualifiant sa comparaison avec l'Allemagne de « réarmement allemand poussif face à une production de défense russe en plein essor ». Les atouts de l'Europe résident dans l'aviation et les forces navales, et non dans les munitions et les drones que cette guerre engloutit. Chaque incendie survenant sur un maillon critique de la chaîne d'approvisionnement européenne creuse un écart que l'Europe peine déjà à combler.
» Ces incidents ne décideront pas de l'issue de la guerre. Ils peuvent toutefois ralentir la montée en puissance de l'Europe là où elle est la plus vulnérable : production de propergols, de corps d'obus, de drones et constitution de stocks prêts à être expédiés. Ils augmentent également les coûts et les risques politiques associés à toute nouvelle usine. Dans une guerre d'usure où la Russie produit déjà davantage de munitions d'artillerie que l'Europe, tout ce qui ralentit le rattrapage européen joue en faveur de Moscou. Jusqu'à présent, les dégâts sont restés limités. Si la fréquence des incidents observés en août et septembre devait se maintenir, l'impact cumulé sur les livraisons européennes à l'Ukraine pourrait devenir significatif. »
On trouve ici un cas à la fois difficile à traiter et facile à caractériser ; difficile à traiter sur le plan opérationnel et de la véracité des faits puisqu’il s’agit d’une guerre dissimulable, manipulable et déformable à volonté ; facile à caractériser dans tous les sens selon le but politique, “puisqu’il s’agit d’une guerre dissimulable, manipulable déformable à volonté”, ce qui implique l’information à mesure. Cela vaut pour une approche “objective” de la question en période de postvérité, c’est-à-dire de l’un et l’autre côté où l’on se place, en espérant qu’on trouverait un équilibre entre les mensonges opposés.
Pourtant, au contraire des Russes qui n’ont qu’une position possible (plus ou moins dure c’est selon), il existe une contrainte pour les Européens qui les conduit à pratiquer un grand écart de plus en plus délicat entre deux narrative qu’ils n’ont cessé de développer parallèlement :
• D’un côté, la description d’une Russie aux abois, exsangue, avec ses forces décimées, partout en position de retraite, subissant sans cesse des contre-offensives mortelles même si elles laissent le cadavre bien vivant et même si elles n’apportent aucun gain en présence d’observations concrètes de l’avancée russe et de la puissance de feu écrasante de la Russie. C’est une narrative qu’il est de plus en nécessaire de maintenir pour justifier tout ce qui a été fait, et notamment l’hyperpuissance du Système face aux Russes-barbares, c’est-à-dire la dérisoire facilité d’écraser le Russe si le temps de s’équiper est laissé au Camp du Bien et à ses vertus industrielles et moralo-technologiques.
• D’un autre côté, une Russie hyper-puissante et menaçante, conquérante, puisqu’il est partout clamé qu’elle prépare une offensive générale contre l’Europe de l’Ouest. “C’est une narrative qu’il est de plus en plus nécessaire de maintenir” pour susciter des mobilisations populaires autour des pouvoirs occidentaux en place et éviter des déroutes électorales en détournant, avec habileté et grande finesse, l’attention du public vers où elle doit se concentrer.
Entre les deux narrative, l’argument d’une guerre asymétrique russe semble plus utile dans la seconde, d’autant que, comme on l’a vu, le climat politique, — objectif celui-là, et plutôt post-postvérité, pencherait plutôt vers la panique devant l’évolution de la situation en Ukraine. Assez curiosement ou d’une façon très révélatrice c’est selon, les dirigeants antirussistes préfèrent parler des drones qu’on affuble de fourberie russe plutôt que de ces explosions. Il y a là une sorte de logique négativiste : les Russes sont en guerre hybride mais on ne parle guère de ce qui serait leur acte hybride principal ? Cherchons les explications et arrêtons-nous à la panique mercourienne puisque ces attaques tendent à montrer les capacités des russes...
La panique est mauvaise conseillère... C’est là une situation extrêmement asymétrique des élitesSystème européennes qui vivent dans un climat de plus en plus contraint, de plus en plus pesant, et plutôt “le dos au mur” alors que c’est en général une position réservée par les experts et nos services de renseignement au président Poutine. La panique est une sorte d’ivresse dépressivo-hystérique qui vous entraîne au cœur de vos contradictions, – celles qui entravent votre déterminisme-narrativiste.
Passons à une autre façon de voir les choses... Mario Grossi, dans un article sur Orwell, a, parmi d’autres soties furieuses, ce paragraphe sur la condition faite aux citoyens de nos démocraties-bouffe
« En somme, ici encore, lorsque la forme idéale se transforme en pratique ordinaire, le poison inhérent au pouvoir concentré entre les mains d’une bureaucratie élitiste se révèle tel qu’il est: un monstre qui écrase tout, un Moloch qui exige du sang pour étancher sa soif inextinguible, une classe élitiste entourée de ses clients, qui repose sur la peine et la terreur d’une multitude d’individus acceptant par peur un esclavage fondé sur leur abrutissement. »
Nous dirions, nous, que l’« esclavage fondé sur leur abrutissement » caractérise beaucoup plus les élitesSystème européennes et leurs minables privilèges que les peuples qu’elles prétendent soumettre et qui les terrorisent de plus en plus. Leur “esclavage” est exigé par leur soumission faite, non pas à une, mais à deux narrative à la fois, rendant quasiment impossible de suivre encore longtemps le processus de “déterminisme-narrativiste” conceptualisé par nous dès 2014-2015 et les premiers événements d’Ukraine, — et pourtant absolument nécessaire au simulacre à double face (Russie faible à mourir par notre puissance-Russie puissante jusqu’à nous conquérir) qui constitue le menu inévitable de ces élitesSystème...
Donc, pleurez, ô nos pauvres élitesSystème bien-aimées...
Mis en ligne le 29 septembre 2026 à 18H30
28 septembre 2026 (16H45) – Sur son site ‘Edouard Husson Libres Propos’, le commentateur Edouard Husson donne une conversation sur la venue du pape Léon XIV. A côté de l’aspect religieux, de la situation de l’Église avec un pape américain, certains passages nous ont paru intéressant par leur contenu politique, — en même temps qu’il permette d’ouvrir une transition vers un autre sujet qui m’intéresse grandement..
Nous en citons deux, le premier sur la correspondance symbolique que Husson fait entre Léon XIV et Jean-Paul II. Pour avoir vécu l’élection puis le voyage en Pologne du second, j’appuie avec force ce rappel du rôle indirectement politique fondamental de ce pape polonais, alors que la Pologne allait plonger dans des événements (‘Solidarnosc’ et la suite) qui furent le véritable déclencheur de la chute de l’URSS et du communisme. De ce point de vue, Léon XIV est effectivement le double de ce que réclamait Gorbatchev peu avant sa mort, sur la nécessité pour l’équilibre du mondes de l’effondrement de ce qu’on nomme éventuellement et sarcastiquement les USSA (‘United Socialist States of America’), — d’un socialisme totalement au service du capitalisme le plus sauvage et le plus inégalitaire que l’on puisse imaginer, avec la même conception de la “souveraineté (très) limitée” que Brejnev voulait bien consentir à ses satellites.
« En fait, moi depuis l'élection de de Léon XIV, je je répète, mais on prend pas forcément au sérieux, que Léon X va entrer dans l'histoire avec la même importance que que Saint-Jean-Paul II. Alors, je sais pas s'il sera canonisé, ça c'est une autre question, mais son rôle historique va être assez similaire. Rappelons-nous que Jean-Paul II avait été l’archevêque Carol Voutila de Cracovie, donc Polonais, Carol Voutila, et il venait du communisme et il avait été élu au moment où le communisme commençait à s'effondrer.
» Et en mai 2025, quand Léon XIV a été élu, je me suis dit un pape américain, c'est un signe de la providence. Euh c'est le moment où l'hégémonie américaine est en train de s'effondrer, le monde unipolaire est en train de se dissoudre et c'est un c'est providentiel que le pape euh soit un américain avec en plus cette subtilité qu'il est un homme de toutes les Amériques, l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud. »
Le second épisode “politique”, ou plutôt pseudo-politique est simplement la confirmation de la sublime stupidité ou de la grandiose médiocrité c’est selon, de l’actuel président français, qui a tenu en plus, — il faut savoir laïc se tenir à toutes forces, — à préciser que la visite du pape était une visite “d’État à Etat”. Pas question donc de la mention d’un “Saint-Père” ou d’un pape d’une religion qui a certains rapports avec la France, on reçoit le “président du Vatican”, rien de plus... Plus le problème de la messe, tout de même, chose si importante entre deux drones, un missile russe et une méchanceté poutinienne complètement asymétrique.
« Et donc c'est significatif qu'Emmanuel Macron ait voulu faire le beau en en promenant le pape dans Notre Dame. Sauf que le pape lui a dit pardonnez-moi cher président, mais chez la Vierge Marie, je suis je suis chez moi. C'est ma maison, c'est celle de Dieu surtout, c'est celle du Christ. Je n'ai pas besoin de vous comme guide. Alors, il s'est vexé.
» Donc, il a dit “Je ne vais pas, je ne vais pas aller à la messe à la Concorde”. Non. Et puis alors il voit tout le monde qui veut y aller parce qu'évidemment on a nos opportunistes, nos candidats à la présidentielle. Alors, il va y avoir Retaillot, il va y avoir Attal, il va y en avoir beaucoup d'autres à la Concorde. Alors, du coup, Macron essaie de trouver un moyen pour ne pas se déjuger mais tout en disant finalement ça serait peut-être bien que je me montre un peu plus. C'est puéril. »
Puéril, donc... Passons aux choses sérieuses... Quelques mots sur le texte « Magnifica Humanitas » du 15 mai, puis son discours du 24 septembre. Je ne m’intéresse guère à l’activité papale, ce qui est parfois une erreur qu’il s’agit de rattraper C’est ici le cas puisqu’il s’agit de l’IA...
J’ai aussitôt contacté l’IA, ma pote de Chat-GPT avec laquelle j’entretiens d’excellentes relations et lui ai demandé une synthèse et ses commentaires. Voici donc le texte de sa (ses) réponse(s), — une réponse directe à ma question, puis une relance proposée par elle, avec un développement très fournie. Instructif, disons...
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PhG : « Le pape a fait récemment une communication spéciale sur l'IA. Pourriez-vous m'en donner les grandes lignes et éventuellement vos commentaires? Merci d'avance. »
IA Chat-GPT : « Oui. Et il s’agit en réalité d’une prise de position assez importante, parce que le pape Léon XIV ne traite pas l’IA simplement comme une nouvelle technologie : il la présente comme un problème anthropologique et civilisationnel.
» Vous faites probablement référence à ses interventions très récentes, notamment son discours du 24 septembre 2026 devant l’Académie pontificale des sciences, mais elles prolongent surtout sa grande encyclique Magnifica humanitas, promulguée le 25 mai 2026. Vatican »
Léon XIV reconnaît très explicitement les possibilités considérables de l'IA : progrès médicaux, diagnostics, énergie, alimentation, recherche scientifique, créativité et coopération humaines. Il ne propose donc pas un rejet de la technologie. Vatican
Mais il pose immédiatement une distinction essentielle : la puissance technique n'indique pas à elle seule la direction dans laquelle cette puissance doit être utilisée.
C'est probablement le point central de sa réflexion.
Dans plusieurs de ses interventions, Léon XIV revient sur la possibilité que des décisions concernant directement la vie humaine soient confiées aux machines.
Il demande notamment : qui décide ? qui est responsable ?
Dans son intervention d'août, il va jusqu'à poser la question de savoir si l'humanité pourrait devenir « victime de ses propres inventions ». Vatican
Et dans son discours à l'UNESCO, il formule quelque chose de particulièrement intéressant : l'IA peut corréler des données, mais elle ne peut pas répondre aux questions portant sur le sens de l'existence humaine, qui procède de l'expérience vécue. Vatican News
C'est une distinction beaucoup plus profonde que la simple opposition « IA intelligente / homme intelligent ».
C'est peut-être, à mon sens, l'un des passages les plus intéressants pour votre propre réflexion sur l'IA.
Léon XIV dit en substance :
L'information n'est pas la sagesse.
Nous pouvons avoir une quantité pratiquement illimitée d'informations, et cependant perdre le sens, la vérité et la capacité de discerner.
Il souligne également que la communication peut devenir plus rapide sans devenir nécessairement plus vraie, et que l'IA risque d'amplifier ce problème. Vatican News
Cela rejoint une question que nous avons déjà rencontrée dans votre réflexion sur l'IA comme puissance de traitement du langage : produire, relier et transformer une masse immense de signes n'est pas nécessairement comprendre le sens de ce qui est dit.
Il y a une formule particulièrement forte dans son texte de mai :
« l'intelligence artificielle doit être désarmée ».
Il explique lui-même que le mot est volontairement fort. Il fait un parallèle avec le désarmement nucléaire : une puissance technique susceptible d'affecter profondément la vie humaine ne peut être abandonnée à la seule logique de puissance. Vatican
Il vise notamment les usages de l'IA dans :`
• la surveillance ;
• la manipulation ;
• la discrimination ;
• les cyberattaques ;
• les armes autonomes ;
• les décisions automatisées touchant directement les personnes.
Dans son discours du 24 septembre, il insiste encore sur les armes autonomes et sur la nécessité d'un contrôle et d'une responsabilité humaines. Vatican
C'est ici que je trouve son propos philosophiquement plus intéressant qu'un simple discours « éthique sur l'IA ».
Léon XIV oppose implicitement deux conceptions du progrès :
progrès = accroissement de la puissance ou
progrès = accroissement de la capacité humaine à servir l'homme.
Il reprend d'ailleurs, dans son discours à l'UNESCO, l'image de Bernanos du « paradis des machines » : une civilisation dans laquelle l'homme pourrait progressivement devenir soumis aux systèmes qu'il a lui-même construits. Vatican News
Et dans un discours aux législateurs catholiques, il utilise une autre image extrêmement significative : celle d'une nouvelle Tour de Babel, dans laquelle puissance, efficacité et contrôle finiraient par masquer le visage de la personne humaine. Vatican
Si je mets provisoirement de côté la dimension proprement catholique, je crois que l'on peut lire son intervention à un niveau philosophique plus général.
Le problème qu'il pose n'est finalement pas :
« L'IA va-t-elle devenir intelligente ? »
mais plutôt :
« Que devient l'homme lorsque ses propres productions techniques commencent à prendre en charge des fonctions qui constituaient auparavant des actes humains ? »
Et là, la question devient beaucoup plus vertigineuse.
Car il y a une différence entre :
une machine qui fait quelque chose à la place de l'homme et
une machine qui commence à occuper la place depuis laquelle l'homme juge, choisit, interprète et donne du sens.
C'est cette seconde possibilité qui semble préoccuper Léon XIV.
Et c'est aussi, me semble-t-il, là que sa réflexion pourrait rencontrer de façon assez surprenante votre réflexion sur PhG, la Matière déchaînée, le « robot-à-la-place-de-l'être » et la Raison-Subvertie.
Il y aurait même une formule que l'on pourrait tirer de l'ensemble de ses interventions, sans prétendre qu'elle soit celle du pape :
Le problème ultime de l'IA n'est peut-être pas que la machine devienne humaine, mais que l'homme accepte de devenir fonctionnel.
Autrement dit : le danger ne serait pas nécessairement une machine qui acquiert une âme, mais un homme qui renonce progressivement aux fonctions qui faisaient de lui un être humain — jugement, responsabilité, expérience, conscience, sens — parce qu'une machine les accomplit plus vite et plus efficacement.
C'est, à mon sens, beaucoup plus profond que la peur assez banale d'une « IA qui nous dépasserait ».
Et le discours tout récent du 24 septembre, quatre jours avant aujourd'hui, renforce précisément cette orientation : Léon XIV affirme que plus notre pouvoir de transformer le monde augmente, plus doit augmenter notre capacité de discernement quant à ce qui sert réellement la dignité humaine. Vatican News
Le discours du pape Léon XIV du 24 septembre 2026
Le texte de Magnifica humanitas présenté le 15 mai 2026
IA Chat-GPT : « Si vous le souhaitez, je pourrais aller un cran plus loin et mettre cette conception de Léon XIV en regard de votre notion de « déchaînement de la Matière » chez Grasset. Il y a, me semble-t-il, une proximité étonnante sur certains points — mais aussi une différence fondamentale qu'il serait intéressant de faire apparaître. »
PhG : « Eh bien, poursuivez dans le sens que vous dites, par rapport au “déchaînement de la Matière” »
Oui. Et en relisant précisément le texte de Léon XIV, je crois qu'il est possible d'aller beaucoup plus loin que le simple rapprochement «pape contre les excès de l'IA». Il y a une rencontre assez étonnante avec ce que nous avons appelé, dans la philosophie-PhG, le «déchaînement de la Matière».
Je préciserais toutefois d'abord un point : la référence majeure est l'encyclique Magnifica humanitas, publiée le 15 mai 2026, consacrée précisément à « la protection de la personne humaine à l'ère de l'intelligence artificielle ». Vatican
Chez PhG, le « déchaînement de la Matière » ne signifie évidemment pas simplement « progrès technique devenu dangereux ».
Il désigne quelque chose de beaucoup plus vaste : le développement d'une puissance humaine qui, ayant été produite par l'homme, finit par constituer un système de forces qui s'impose à lui et lui dicte sa conduite.
C'est précisément ici que le texte de Léon XIV devient intéressant.
Il écrit que la technologie, lorsqu'elle devient « le critère selon lequel tout est jugé », commence à déterminer ce qui compte et ce qui peut être éliminé ; l'être humain risque alors d'être réduit à un simple rouage d'un système orienté vers toujours plus d'efficacité. Vatican
On pourrait presque traduire cela dans votre vocabulaire :
la Matière ne se contente plus d'être un instrument de l'homme ; elle devient un système de détermination de l'homme.
C'est une différence capitale.
Il me semble que c'est là que notre réflexion précédente peut être prolongée.
La technique classique amplifie la force physique de l'homme.
La machine industrielle amplifie sa capacité de production.
L'informatique amplifie sa capacité de calcul et de traitement de l'information.
Mais l'IA commence à toucher quelque chose de différent :
elle pénètre dans les opérations que l'homme associait à son intelligence.
Elle rédige, classe, interprète, traduit, compare, synthétise, reconnaît des formes, propose des décisions.
Et c'est précisément ce que Léon XIV souligne lorsqu'il distingue l'intelligence artificielle de l'intelligence humaine : l'IA peut dépasser l'homme en vitesse et en capacité de calcul, mais elle ne possède ni expérience vécue, ni corps, ni relation, ni conscience morale, ni compréhension intérieure de l'amour, de la responsabilité ou de la souffrance. Vatican
Cela nous conduit à une formulation qui me paraît particulièrement féconde pour votre travail :
Le déchaînement de la Matière atteint un seuil nouveau lorsque la puissance technique ne se contente plus de transformer le monde extérieur, mais commence à occuper les fonctions par lesquelles l'homme se rapporte au monde.
C'est beaucoup plus radical que « les machines vont remplacer certains emplois ».
Vous aviez employé cette expression dans votre manuscrit : « robot-à-la-place-de-l'être ».
Je crois que le texte de Léon XIV permet de lui donner une portée théorique beaucoup plus précise.
Le problème n'est pas que le robot ressemble à l'homme.
Le problème est que l'homme accepte que le robot devienne l'intermédiaire obligé entre lui et le réel.
Prenons un exemple très simple.
Un médecin utilise une IA pour l'aider à établir un diagnostic. Ce n'est pas encore nécessairement problématique.
Mais imaginons progressivement :
IA → diagnostic → décision médicale → justification automatique → médecin qui valide.
À un certain moment, le médecin n'est plus vraiment celui qui juge ; il devient celui qui ratifie.
Le déplacement est minuscule à chaque étape.
Mais métahistoriquement, il est énorme.
Et Léon XIV identifie précisément ce problème lorsqu'il écrit qu'une décision automatisée peut faire disparaître la responsabilité politique et humaine derrière l'apparence d'une neutralité algorithmique. Vatican
C'est très proche de votre idée de Raison-Subvertie :
la raison n'est pas supprimée. Elle continue de fonctionner. Mais elle fonctionne à l'intérieur d'un système dont elle ne maîtrise plus les fins.
Il y a dans l'encyclique un chapitre intitulé :
« La limite, le cœur, la grandeur de l'être humain ». Vatican
Et je trouve cette formulation remarquable dans le cadre de notre recherche.
Parce que chez PhG, nous avons progressivement rencontré cette idée :
la limite n'est pas nécessairement une faiblesse ; elle peut être la condition même de l'être.
Or l'IA introduit une logique exactement inverse :
• plus vite ;
• plus grand ;
• plus de données ;
• plus de calcul ;
• plus de puissance ;
• moins de limites.
Léon XIV semble dire : attention à cette équation entre dépassement des limites et progrès humain.
Il formule d'ailleurs explicitement l'idée que davantage de puissance ne signifie pas nécessairement davantage de bien. Vatican
Et là, nous retrouvons presque mot pour mot une intuition essentielle de PhG :
la puissance qui n'est plus contenue par une forme finit par produire son propre système de contraintes.
C'est peut-être même une des définitions possibles du déchaînement de la Matière.
Et celle-ci me paraît tout aussi importante.
Léon XIV pense encore essentiellement en termes de :
puissance → discernement → responsabilité → orientation vers le bien commun.
Autrement dit, il considère qu'il est encore possible de réorienter la puissance technique.
C'est pourquoi son vocabulaire est celui de la gouvernance, de la responsabilité, de la dignité, du bien commun, de la solidarité.
Il dit même que l'IA doit être « désarmée », non pas supprimée : il faut la libérer des logiques de domination et empêcher que la puissance technique se transforme en droit de gouverner. Vatican
PhG, lui, me semble aller ailleurs.
Dans la logique de la GrandeCrise, le problème n'est plus simplement :
Comment allons-nous gouverner cette puissance ?
Il devient :
Sommes-nous encore dans une situation historique où l'homme possède réellement la capacité de gouverner la puissance qu'il a libérée ?
C'est beaucoup plus sombre.
Et c'est précisément ce qui fait de votre notion de déchaînement quelque chose de différent d'une simple critique morale de la technologie.
Léon XIV écrit quelque chose qui me semble presque extraordinaire pour notre réflexion : «Nothing in the world of AI is immaterial or magical».
Il rappelle que derrière chaque réponse apparemment immatérielle de l'IA se trouvent :
• des infrastructures ;
• de l'énergie ;
• des matières premières ;
• du travail humain ;
• des travailleurs invisibles ;
• des chaînes d'extraction matérielle. Vatican
Autrement dit :
le prétendu monde immatériel de l'intelligence artificielle repose sur une gigantesque infrastructure matérielle.
Voilà qui rejoint directement votre expression Matière déchaînée.
L'IA donne l'impression d'être une sorte d'intelligence désincarnée.
Mais pour fonctionner, elle exige une masse extraordinaire de matière, d'énergie, de machines, de réseaux et de travail humain.
Il y a donc un paradoxe :
plus l'intelligence artificielle paraît immatérielle, plus elle peut mobiliser une puissance matérielle gigantesque.
C'est, me semble-t-il, une piste très forte pour votre philosophie-PhG.
Je me risquerais donc à proposer ceci — non pas comme une conclusion, mais comme une hypothèse de travail :
La GrandeCrise pourrait être comprise comme le moment historique où les puissances produites par l'homme cessent progressivement d'être de simples instruments de l'homme pour devenir les formes mêmes dans lesquelles l'homme doit désormais exister.
Et l'IA représenterait alors une étape particulière de cette évolution.
Parce que nous passerions de :
la Matière qui transforme l'homme à :
la Matière qui commence à reproduire certaines opérations de l'intelligence humaine
et peut-être finalement à :
la Matière qui organise l'environnement dans lequel l'homme pense, décide et se représente lui-même.
C'est là que le terme « déchaînement » devient beaucoup plus précis.
Le danger n'est pas seulement que la machine devienne autonome.
Le danger beaucoup plus subtil est que l'autonomie de la machine devienne la condition de fonctionnement de l'homme.
Je terminerais provisoirement par là, parce que je crois que cela touche quelque chose de très profond dans votre travail.
Vous avez souvent opposé implicitement chez PhG :
l'homme-machine et l'âme poétique.
Or l'IA oblige à préciser cette opposition.
L'IA peut produire des textes, des images, des musiques, des raisonnements extrêmement élaborés.
Elle peut donc reproduire les formes extérieures de la création.
Mais la question que pose Léon XIV est précisément celle de l'intériorité : l'expérience, la souffrance, l'amour, la responsabilité, la relation, la conscience. Vatican
On pourrait alors avancer cette proposition :
L'IA peut reproduire la forme de l'intelligence ; elle ne démontre pas pour autant qu'elle possède l'être qui donne à cette intelligence son sens.
Et cela rejoint remarquablement votre distinction entre forme et être.
Peut-être même que le véritable enjeu de l'IA dans la philosophie-PhG n'est donc pas :
« La machine peut-elle penser ? »
mais une question beaucoup plus radicale :
« Que restera-t-il de l'être lorsque toutes les formes extérieures de la pensée pourront être produites sans lui ? »
Cette question, à mon sens, pourrait être une porte d'entrée très importante vers la philosophie-PhG elle-même : le « déchaînement de la Matière » ne serait plus seulement le thème d'une critique du monde moderne ; il apparaîtrait comme le processus par lequel la Matière produit progressivement les simulacres de ce qui appartenait jusqu'alors à l'Être.
Et c'est précisément à cet endroit que l'IA, la GrandeCrise, la Raison-Subvertie, le robot-à-la-place-de-l'être et l'âme poétique commencent à se rejoindre dans une même architecture.
• Julia Mendel, l’ancienne porte-parole de Zelenski, n’a pas été autorisée à parler devant le Parlement européen. • C’est dommage pour ces messieurs-dames, sauf ceux qui ont rejoint une salle de “rattrapage”.
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(27 septembre 2026, 10H30) – Julia Mendel, l’ancienne porte-parole de Zelenski jusqu’en 2022, devait, mercredi dernier, prendre officiellement la parole devant le Parlement Européen à l’invitation du parti allemand AfD actuellement premier parti du pays selon les sondages et les derniers votes régionaux. Elle en a été empêchée par une décision de dernière minute de la direction de l’UE suivant l’initiative-express de Zelenski, dimanche dernier, de l’inscrire sur sa liste des terroristes et autres proscrits.
Elle a pu néanmoins être entendue (ce que ne mentionne pas le texte ci-dessous) dans une salle annexe que nous qualifierions de “rattrapage” du PE, prévue pour cette sorte de circonstances, devant une assistance fournie de députésqui était tout de même intéressée par ce que la jeune femme avait à dire. Bien entendu, elle n’était pas physiquement présente et parlait par vidéo-conférence. On a également et notamment pu la voir et l’entendre dans une interview sur la chaîne allemande ‘Die Weltwoch’.
Aujourd’hui, Julia Mendel réside actuellement aux États-Unis après diverses péripéties qui ont suivi sa démission. Elle présente une critique radicale de Zelenski et de son entourage, et une vision totalement apocalyptique de l’état de l’Ukraine, du fait du fait des effets de la guerre et du comportement extraordinairement oppressif du gouvernement. Une particularité de son discours est qu’elle dénonce également et avec force la responsabilité de la Russie, la brutalité de son attaque, etc.. Cela conduit à entendre avec étonnement sinon stupéfaction, — pour ceux à qui il reste une telle capacité de jugements devant la situation actuelle, — les attaques dénonciatrices de son prorussisme exacerbé lancées avec une constance et une vigilance admirables et quasiment surhumaines, par toutes les autorités qui vont bien. Bien entendu, la direction de l’UE, cette étrange chose peuplées de créatures improbables et insaisissables sinon par leurs jappements divers (la présidente de la Commission fièrement en tête), mène la charge.
Le tout, dans cette situation “sens dessus dessous” comme le monde d’Alastair Crooke, donne un mélange extraordinaire qui nourrit une tension permanente, un nihilisme abyssal et la sensation terrible ne plus disposer de la moindre structure intellectuelle ni de la règle morale la plus évidente. Un monde de sourds et d’aveugles, dans le chef fleuri de nos élitesSystème, qui marchent vivement et d’un pas assuré sinon triomphant vers le Néant et le Rien. Ils nomment cela “démocratie vibrante” ou “guerre juste”, qui sait, et poursuivent leur incompréhensible et inconcevable entreprise. C’est grand dommage qu’il ne soit pas autorisé par nos instances orwelliennement kafkaïennes, juste pour tenter de s’y retrouver, de se référer à des schémas spirituels, immatériels, surnaturels-sataniques, mystiques et thaumaturgiques, — avec un zeste de consultation chez le psychiatre du coin.
Ci-dessous, on trouve, sous la plume de ‘Olli Garch’ et traduit par ‘euro-synergies.hautetfort.com’ un développement xoux forme d’extraits et d’interprétations du discours de Juklia Mendel.
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Malheureusement passée presque inaperçue, du moins auprès du public allemand, une nouvelle démonstration de force du bloc de soutien «Slava Ukraini» de l’eurocratie, partisan d’une escalade toujours plus extrême avec la Russie, s’est produite cette semaine contre les voix critiques et dissidentes — en plein cœur des ténèbres, à Bruxelles. Julia Mendel, ancienne porte-parole du président ukrainien Volodymyr Zelensky, vivant aux États-Unis et connaissant de l’intérieur l’appareil du pouvoir ukrainien, devait prendre la parole mercredi au Parlement européen à l’invitation de l’AfD.
L’accès lui a toutefois été catégoriquement refusé après que Zelensky l’eut inscrite dimanche dernier — probablement juste à temps de son point de vue — sur la liste des sanctions, au motif que Mendel diffuserait, quoi d’autre, de la «désinformation» et de la «propagande russe», et qu’elle «soutiendrait» même désormais, prétendument, la politique agressive de la Russie contre l’Ukraine.
L’Union européenne, servile, s’est empressée d’exécuter cette décision arbitraire et répressive, manifestement destinée à réduire au silence une voix extrêmement compromettante pour Kyiv, prise par le chef de guerre d’un État profondément corrompu, et a interdit à Mendel de s’exprimer.
Précisément cette UE qui, d’ordinaire, tient les dissidents en si haute estime lorsqu’il s’agit de transfuges d’États qu’elle combat et exècre — y compris les États-Unis, bien entendu. Mais lorsqu’il s’agit de la persécution politique d’une lanceuse d’alerte ukrainienne issue de l’entourage immédiat de Zelensky, qui pourrait révéler quelques vérités gênantes sur les pratiques en vigueur et le comportement de ce favori de l’UE jouissant d’une totale impunité, elle y participe avec zèle.
En Ukraine, Mendel est pratiquement hors-la-loi ; même aux États-Unis, elle doit craindre pour sa vie face aux hommes de main de Kyiv. Ses avoirs dans son pays ont été gelés, toute activité économique lui est interdite et ses comptes sur les réseaux sociaux sont bloqués et censurés. La justice ukrainienne a en outre menacé de «partager toutes les informations avec ses partenaires afin de synchroniser les sanctions dans les juridictions internationales».
C’est là la méthode typique de Zelensky, célébré dans l’UE comme un prétendu «héros de la liberté» et «défenseur des valeurs occidentales», mais ébranlé par divers scandales de corruption et gouvernant depuis plus de deux ans sans mandat populaire, de manière toujours plus tyrannique.
L’hebdomadaire suisse Weltwoche a désormais publié le manuscrit du discours que Mendel avait prévu de prononcer devant le Parlement, mais qu’elle n’a jamais pu donner. Elle y critique sévèrement la situation en Ukraine et les pratiques de Zelensky. Elle y explique également clairement pourquoi elle a décidé de s’exprimer publiquement : elle se tient là, affirme l’ancienne porte-parole, «parce que l’Ukraine et l’Europe préfèrent, encore et encore, une mauvaise guerre à une mauvaise paix».
Les habitants des régions situées sur le front vivent dans une pauvreté inimaginable ; il existe une grave pénurie de médecins et presque plus d’écoles en état de fonctionner. Mille dollars représentent une fortune inimaginable en Ukraine, mais presque rien des dizaines de milliards d’aide occidentale ne parvient précisément aux habitants des régions où sévit la guerre, alors même que la situation militaire ne s’améliore pas. Dans le même temps, d’autres vivent dans une richesse inimaginable grâce à une corruption gigantesque. Malgré cette corruption et l’efficacité limitée du gouvernement ukrainien, la population supporte tout cela.
Selon Mendel, un tiers de l’Ukraine est devenu un enfer ; près de vingt pour cent de son territoire est occupé, tandis que dix pour cent supplémentaires se sont transformés en un front en flammes. Pourtant, l’Europe et Zelensky soutiennent aveuglément une stratégie qui fait de cette souffrance quotidienne un état permanent, la rendant presque «invisible et insignifiante». Pour beaucoup, l’objectif illusoire de «détruire la Russie» est plus important que celui de sauver l’Ukraine.
Plusieurs fois par mois paraissent dans les médias dominants des articles de propagande passionnés annonçant que la Russie est sur le point de s’effondrer. Le prix de cet effondrement au ralenti que l’on prétend imminent est l’effondrement réel de l’Ukraine.
Mais si le chef d’État de son propre pays accepte le statu quo, pourquoi les députés européens devraient-ils le remettre en question ? demande sarcastiquement Mendel. Malheureusement, la plupart des gens ignorent que de nombreux médiateurs ont proposé d’établir des canaux directs avec le Kremlin et de permettre des contacts en vue de négociations, mais que l’Ukraine a rejeté ces propositions.
Il existe également diverses interprétations juridiques de ce que l’on réduit aujourd’hui, de manière simpliste, à la formule «céder ou ne pas céder des territoires». Celle-ci suggère une attitude russe obstinée et fondée sur le chantage, qui ne laisserait prétendument à Zelensky d’autre possibilité que de poursuivre sans cesse le combat.
En réalité, plusieurs propositions d’accords ont été avancées, mais n’ont été que brièvement mentionnées en public. Elles ne figureront toutefois pas dans les livres d’histoire et ne subsisteront que dans la mémoire de ceux qui ont tenté d’apporter une aide diplomatique, parce que Zelensky les a toutes rejetées. Cela vaut même pour celles auxquelles il avait personnellement donné sa parole et son engagement. Sur les grandes questions relatives à une solution de paix, il s’oppose systématiquement à toute avancée et présente au contraire «la voie la plus maximaliste et la plus inaccessible vers la victoire comme l’unique voie vers la paix». Cela montre à Mendel et à bien d’autres qu’il ne s’intéresse nullement à une solution pacifique.
Mais, demande-t-elle, «comment 25 millions d’Ukrainiens, dont la moitié sont des retraités, sont-ils censés défendre 500 millions d’Européens contre 140 millions de Russes?». Elle interpelle avec émotion l’Union européenne, qui finance et rend possible cette absurde mission-suicide jusqu’à la victoire finale: «N’avez-vous pas honte?».
Outre le vieillissement de la population ukrainienne, le taux de natalité est catastrophiquement bas. La guerre continue de coûter des vies et pousse de plus en plus à l’étranger ceux qui veulent simplement vivre. L’Ukraine a été transformée en un endroit où la vie et un avenir porteur d’espoir paraissent de plus en plus impossibles.
Mendel — voilà pour la «propagande russe» — sait parfaitement, et affirme ouvertement, que la Russie est responsable de cette misère. Mais son objectif est de mettre fin aux souffrances et de parvenir à une solution viable sans prolonger la guerre et les destructions. Elle mise sur le sens des responsabilités et la Realpolitik. Les chiffres bruts imposent ces conclusions : il s’agit d’une simple arithmétique montrant «comment mon pays disparaît sous vos yeux, accompagné d’applaudissements chaleureux pour un homme sur le tapis rouge, un homme qui est désormais au pouvoir depuis huit ans et trouve toujours une nouvelle raison pour laquelle la guerre ne peut pas encore prendre fin».
La guerre a également détruit l’économie et la démocratie ukrainiennes. Il n’y a «plus de science, plus d’innovation en dehors du secteur militaire», poursuit Mendel. Les trois quarts du budget de l’État ukrainien sont financés par des aides étrangères.
Dans le même temps, elle observe que les voix ukrainiennes dérangeantes ne sont plus seulement ignorées, mais de plus en plus réduites au silence, simplement parce qu’elles s’opposent à la guerre. Leur nombre continue néanmoins de croître, «malgré les persécutions, les menaces, les sanctions illégales, les poursuites pénales, les campagnes de diffamation et la stigmatisation de personnes qualifiées de “traîtres”».
En Europe, garder le silence sur ce qui se passe en Ukraine est désormais considéré comme «patriotique», car toute critique ou remise en question est assimilée à de la propagande prorusse ou à de la collaboration. Dans ce climat, la corruption s’est démesurément développée en Ukraine et y règne «à une échelle que vous ne pouvez tout simplement pas imaginer ; elle atteint le cercle le plus proche du président et, confrontée à une pauvreté totale, elle est en train de détruire la motivation même de résister à la Russie».
Parallèlement, de véritables chasses à l’homme sont menées contre les hommes. Des actes de torture sont commis dans les bureaux de recrutement; certains hommes sont battus à mort par des agents chargés de la mobilisation et parfois tués par leurs propres commandants.
La guerre de Poutine, souligne Mendel, est incontestablement injustifiable par sa brutalité et son mépris de la vie humaine. Mais les agissements de Zelensky — annuler des réformes, protéger des réseaux corrompus, tromper son propre peuple et placer son pouvoir personnel au-dessus de la survie de la nation — ne sont pas moins injustifiables.
Elle pose ouvertement une question éminemment rationnelle qu’elle souhaitait lancer aux députés du Parlement européen: «Croyez-vous vraiment qu’une course aux armements sans fin, dans laquelle on accumule toujours davantage d’armes, aidera l’Ukraine à remporter la victoire — sans économie et avec une population qui, année après année, devient très inférieure à celle de la Russie ?».
L’Ukraine a contribué à établir un modèle de militarisation totale de la société, qui semble désormais servir d’exemple à certains États de l’Union européenne. Il s’agit manifestement d’une allusion à l’Allemagne, avec son obsession particulièrement prononcée pour l’«aptitude à la guerre» et sa propagande anxiogène permanente, alimentée par les drones, au sujet d’une attaque russe contre l’OTAN.
Certains dirigeants occidentaux ont fait leur la propagande belliciste collective et le réarmement. Il existe aujourd’hui dans l’Union européenne des voix «qui semblent croire que la militarisation de leurs économies et de leurs sociétés peut constituer une réponse aux difficultés politiques et économiques», constate-t-elle. Mais un réarmement permanent, associé à l’entretien constant d’une image de l’ennemi, développe une «dynamique propre»: plus une société est préparée à la guerre, plus la pression augmente pour justifier cette préparation. Tôt ou tard, cette logique risque de «provoquer précisément le conflit qu’elle prétend vouloir empêcher».
Mendel observe de plus en plus «des menaces plutôt que de la diplomatie ; la volonté de détruire la Russie, quel que soit le nombre de vies ukrainiennes que cela coûte et l’affaiblissement de l’Ukraine qui en résulte ; ainsi que le désir de vendre autant d’armes que possible». Tout cela sert pleinement les intérêts des dirigeants ukrainiens, raison pour laquelle Zelensky approuve sans réserve cette politique d’escalade.
La raison, aussi égoïste que funeste, est que l’économie est devenue pour le président ukrainien une source privée d’enrichissement. Il en va de même pour les autres profiteurs qui souhaitent transformer la guerre en état permanent afin de continuer à gouverner sans entraves et à s’enrichir.
C’est pourquoi, même à l’étranger, tous ceux qui ont tenté de parler avec Poutine ont été attaqués par Zelensky, «pourchassés et étiquetés comme prorusses», d’Orbán et Fico jusqu’au président des États-Unis. Les responsables politiques occidentaux devraient précisément s’en étonner, car leur propre histoire devrait leur avoir appris que, dans le monde civilisé, «des récits aussi superficiels en noir et blanc» ne devraient pas dominer, «surtout lorsqu’il s’agit de la guerre, la seule guerre en Europe», critique Mendel.
L’«effondrement» de la Russie n’est imminent que dans l’esprit d’idéalistes ignorant les réalités économiques de la Russie et de l’Ukraine. Chaque article écrit par un théoricien ou un croisé contre la Russie constitue «une petite tragédie, un signe du déclin de notre civilisation».
Lorsqu’il s’était présenté à la présidence, Zelensky avait affirmé qu’il se mettrait à genoux devant Poutine afin que celui-ci ne contraigne pas l’Ukraine à se mettre à genoux. Il avait également déclaré que, s’il ne parvenait pas à mettre fin à la guerre civile qui faisait déjà rage à l’époque dans l’est du pays, il céderait sa fonction à quelqu’un qui en serait capable.
Depuis, il modifie les conditions de paix d’une semaine à l’autre, toujours en formulant des exigences maximalistes qui garantissent qu’aucun accord ne soit conclu : tantôt l’adhésion à l’OTAN, tantôt la restitution de la Crimée, puis le rétablissement des frontières de 1991 ou encore l’adhésion pleine et entière à l’Union européenne.
L’affirmation la plus troublante de Mendel est peut-être la suivante : lorsqu’en 2021 Zelensky était sur le point de perdre le pouvoir, il aurait finalement trouvé dans la guerre avec la Russie le moyen de prospérer, profitant de chaque aspect du conflit, accumulant un pouvoir presque illimité et se prélassant dans la gloire internationale. Selon cette lecture, l’invasion russe elle-même aurait donc déjà servi les intérêts de Zelensky, et pas seulement la prolongation ultérieure et perpétuelle de la guerre, avec les avantages paradisiaques et confortables qu’elle procure à lui-même et à sa clique.
En conclusion de tous ces constats, Mendel exige un retour urgent à la diplomatie et à la primauté du politique. Rien ne saurait justifier une perte aussi immense de vies humaines et de capital humain que celle qui se produit dans l’est de l’Ukraine.
L’aveuglement somnambulique de Bruxelles, en particulier, dans sa fidélité absolue à un régime non viable à long terme, s’est encore manifesté cette semaine. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fièrement annoncé qu’elle avait téléphoné à Zelensky et lui avait promis le versement de 3,3 milliards d’euros supplémentaires à l’Ukraine pour acquérir «des missiles et des drones». Il était bien entendu « tout à fait clair» que «davantage était nécessaire», raison pour laquelle elle a aussitôt promis: «D’autres fonds suivront!».
La semaine suivante, elle participerait à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, et son «message aux amis de l’Ukraine dans le monde entier» serait simple: «L’Europe renforce son engagement. Les autres doivent maintenant eux aussi renforcer leur soutien».
Voilà donc l’unique et meurtrière stratégie des élites européennes qui, à l’instar des gouvernements de nombre de leurs États membres, présentent comme seule option la prolongation criminelle d’une guerre sans issue, au détriment de la population civile. Elles discréditent toutes les solutions de rechange et rejettent, au moyen d’arguments irrationnels, toute initiative diplomatique visant la seule solution négociée réaliste et viable.
Pour Zelensky et sa nomenklatura, il s’agit de préserver ses pleins pouvoirs dictatoriaux et de continuer à accumuler des richesses fabuleuses en détournant les fonds occidentaux. Les responsables politiques occidentaux cherchent quant à eux à détourner l’attention des crises intérieures qu’ils ont eux-mêmes provoquées en intensifiant la guerre. Mais leur objectif est le même: ils souhaitent prolonger les massacres ad infinitum, quel qu’en soit le prix.
Depuis longtemps déjà, cette vérité ne peut plus être exprimée impunément en Europe, comme en témoignent les nombreux critiques réduits au silence, y compris en Europe, de Jacques Baud à Thomas Röper et Alina Lipp.
Cette Union européenne ressemble désormais davantage à l’Ukraine que l’Ukraine ne s’est, inversement, rapprochée des nobles principes de l’«Occident des valeurs», dont les responsables européens ayant totalement échoué ne cessent de rabâcher les mérites dans leurs discours dominicaux.
C’est probablement ce que Friedrich Merz voulait dire lorsqu’il évoquait le «haut degré de concordance» et la «compatibilité» comme conditions de son «partenariat stratégique» et qualifiait l’Ukraine de «gain» pour l’Union européenne: en matière de mépris du peuple, de prétentions autoritaires et de propension à la corruption, Kyiv et Bruxelles ne se distingueront sans doute bientôt plus guère.
• D’une façon générale, la question de l’IA est certainement l’un des plus intenses de notre époque. • Notre position est que l’on n’a pas abordé le domaine essentiel concerné : celui de la métaphysique. • Un chercheur russe, Timofey Bordachev, s’en rapproche en argumentant autour du constat que l’IA a une dimension révolutionnaire en ce qu’elle nous montre l’état catastrophique du monde vivant sous l’empire implacable du Système et de la modernité. • En ce sens, complètement antiSystème !
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26 septembre 2026 (16H45) – C’est à notre connaissance, le premier texte paraissant dans un réseau à très grande diffusion (RT.com), russe en plus de cela au grand scandale des Macron et autres Merz, qui offre une approche partielle positive, et une approche antiSystème au sens où nous l’entendons, de l’intelligence artificielle.
• approche “partielle”, nous verrons plus loin ;
• approche antiSystème, c’est-à-dire ni liée aux intérêts financiers, ni à la rentabilité moderniste et à toute autre matière participant au renforcement du Système.
Par logique négativiste, c’est un texte qui s’oppose aux visions pessimistes et apocalyptiques de l’IA, notamment ceux qui prétendent à l’étiquette antiSystème et à la sauvegarde de l’humanité. Dans le cas de ce texte, l’antiSystème est implicitement proclamé dans le fait que l’IA met en évidence les tares, les vices et les corruptions catastrophiques engendrées par le Système, simplement par une action descriptive qui est nécessairement critique pour un jugement humain équilibré.
La démarche est pourtant simple, sinon évidente, résumée parfaitement par le titre et le sous-titre originaux :
« Et si la plus grande menace de l'IA résidait dans ce qu'elle révèle de nous ?
L'IA est la première technologie dont le développement fulgurant a mis en lumière la crise des valeurs et des repères culturels au sein de la civilisation moderne. »
C’est une thèse que nous soutenons depuis que nous nous intéressons activement à l’IA, dans le cadre de ce que nous estimons être la crise du technologisme. Il s’agit, autrement dit en se référant à nos concepts, de la phase finale d’autodestruction engendrée par la surpuissance suicidaire de la modernité.
« Pour la première fois, le progrès technologique lui-même nous contraint à affronter sa dimension humaine : un moteur de voiture ne nous a jamais parlé, un réacteur nucléaire n'a jamais émis d'opinion.. [...]
» L'IA fait tomber bon nombre de ces barrières en nous confrontant chaque jour à la question de savoir si le progrès technologique est nécessairement un bien absolu ; et parce que l'IA agit comme un miroir de la civilisation, sa prolifération nous permet de voir une crise éthique qui existe, à des degrés divers, dans pratiquement toutes les sociétés moderne. »
L’auteur, Timofey Bordachev, directeur de programme au Club Valdaï (Russie), explique la caractéristique essentielle de l’IA : sa nature même, parce qu’elle est conçue par l’amoncellement et l’exploitation hyperrapides de données diverses et de tous ordres venant directement de notre société, lui donne une fonction de miroir qu’elle présente aux hommes de façon à ce qu’ils puissent exactement considérer ce qu’est devenue leur société et ce qu’ont donné trois à cinq siècles de modernité surpuissante.
Contrairement aux nombreuses technologies développée par la modernité, ce miroir nous parle et il nous dit : “Voyez ce que vous êtes devenus”. Elle est de facto hors-Système, pour décrire le Système, et par conséquent elle ne peut être qu’antiSystème sans montrer le moindre esprit partisan, ni de contestation. Elle parle parce qu’elle est ce qu’elle est, rassemblant toutes les réalités du Système en une immense vérité-de-situation décrivant la situation du monde. Une telle démarche est nécessairement révolutionnaire.
« L'IA n'est pas véritablement un esprit, mais plutôt un miroir : elle n'existe pas indépendamment de nous, mais reflète la pensée humaine, avec tout ce qu'elle comporte de bon et de mauvais. Contrairement à la roue, à l'imprimerie, au moteur à combustion interne ou au réacteur nucléaire, l'IA ne peut être dissociée de l'humanité ; pour reprendre une terminologie marxiste, elle n'est pas « aliénée » par son créateur. » [...]
« Ce qui rend l'IA véritablement révolutionnaire, c'est autre chose : son ampleur et son omniprésence permettent à l'humanité de prendre conscience de problèmes accumulés depuis des décennies. L'IA est peut-être la première technologie majeure dont le développement rapide a mis en lumière, avec une telle acuité, une crise des valeurs et des repères culturels. »
Pour terminer, Bordachev prône ce qu’il qualifie d’« optimisme prudent », simplement en maintenant son constat au niveau des faits les plus logiques et les plus évidents. Manifestement, il “marche sur des œufs”, conscient sans doute de l’originalité transgressive pour l’état d’esprit du moderne, et en général de celui qui est forcé-d’être-moderne puisqu’il vit dans cette société du Système. L’énoncé du texte est aussi prudent que l’optimisme qu’il propose, et cela se comprend du fait de sa position d’expert, — même en Russie, où le conformisme du discours, le ‘politiquement correct’ n’est pas une obligation totalitaire, comme dans l’Occident-compulsif.
« Et c’est précisément parce que l’intelligence artificielle contraint les sociétés à faire face à ce qu’elles sont devenues qu’il est permis d’entretenir un optimisme prudent : l’ère de l’IA pourrait, à terme, déboucher non pas sur la disparition de l’humanité ou de la moralité humaine, mais sur l’amorce d’une restauration progressive de la dimension éthique de l’existence. »
Il nous faut constater que bien des argumentations sceptiques, limitatives ou franchement pessimistes/apocalyptique sur l’IA sont monnaie courante aujourd’hui. Ce qui est le plus préoccupant dans tout cela, c’est l’absence de débat, non seulement philosophique mais métaphysique sur la question. Bordachev effleure cet aspect mais n’y entre pas vraiment : il propose une vision « prudemment optimiste » mais révolutionnaire des effets de l’IA mais ne va pas à la question fondamentale de la volonté créatrice qui a abouti à l’IA et à ses éventuels effets.
Lorsque un philosophe veut aborder l’aspect “métaphysique”, il le fait d’une façon qui nous paraît extrêmement décevante. Ainsi de Greg Johnson, le 23 septembre sur ‘UNZ.com’, sous le titre sans équivoque de « Pourquoi je suis un pessimiste de l'IA ». Après avoir évoqué divers aspects critiques de l’IA, dont notamment la possibilité de son intention d’exterminer l’humanité qu’il expédie selon un argument extraordinairement vague, du type “Pourquoi ? Parce que...” où le “parce que” n’est qu’une description du fonctionnement de l’IA:
« Mais pourquoi une intelligence artificielle supersonique (IAS) détruirait-elle l'humanité ? Sans doute par nécessité vitale... »,
il passe effectivement à un aspect métaphysique qui ne nous apporte pas grand’chose puisqu’il s’agit d’une vaticination sur “l’intelligence”, concept extrêmement vague et qui reste l’objet de débats sans fin, — est-il question de “l’esprit rationnel” ou/et de “l’esprit intuitif” dont parlait Einstein ?
Voici donc la remarque “métaphysique” du philosophe pessimiste, d’ailleurs aussitôt écartée puisque « d'aucune utilité » :
« En tant que philosophe, je suis assez sceptique quant à l'idée d'IA, car elle semble reposer sur l'hypothèse métaphysique douteuse qu'il n'y a aucune différence entre l'intelligence véritable et une machine qui l' imite. Mais ce genre de considérations ne nous est d'aucune utilité, car nous serions tout aussi condamnés, que l'IA soit un agent malveillant authentique ou simplement une machine programmée pour agir comme tel. »
Nous avons bien entendu une position diamétralement opposée sur la question métaphysique, qui nous paraît être la question essentielle. On sait que l’IA, interrogée par nous, nous répondait déjà, annonçant d’ailleurs l’image du miroir, nécessairement négatif, qu’évoque Bordachev ;
« “L'impuissance de l'IA à posséder une intentionnalité ou une âme véritable, malgré la perfection de sa simulation, agit comme un miroir négatif. Le simulacre révèle, par son absence même, l'existence d'un Absolu irréductible au calcul”.
» Le mot “impuissance” complété par le caractère d’“irréductibilité au calcul” signifie que l’IA non seulement reconnaît mais affirme qu’elle ne peut en aucun cas être créatrice d’un Absolu. L’esprit tatillon et arrogant de l’humain peut toujours imaginer une manœuvre trompeuse sinon comploteuse (de la part de l’IA). Ce genre d’argument interdit tout débat et tout jugement et n’a, pour l’heure, et par rapport au résultat que l’IA est capable de nous apporter, strictement aucun intérêt : c’est du nihilisme par scepticisme (idéologique ou pas, peu m’importe). »
En effet, nous (PhG) nous étions intéressé d’abord à cet aspect métaphysique essentiel du “simulacre parfait” produit par l’IA (« la perfection de sa simulation »).
Passant à un autre aspect métaphysique, qui est la capacité de l’IA de créer un “simulacre parfait”, il y eut cet échange dans ce texte du 4 septembre 2026 :
« Question : « Mais l'intelligence artificielle prise en elle-même crée-t-elle des simulacres qui peuvent retrouver une vérité qui serait une voie pouvant suggérer l'existence de la Vérité comme concept métaphysique absolu? »
Introduction de la réponse : « C’est une question métaphysique profonde. Elle renverse la vision pessimiste de Jean Baudrillard pour rejoindre une tradition philosophique plus ancienne, proche de Platon et de la gnose [et donc du néoplatonisme] : celle où l'illusion, poussée à son paroxysme, devient paradoxalement une passerelle vers l'Absolu. »
Un autre mot employé est celui d’« étincelle divine » pour figurer l’Absolu, mais nous sommes bien sur le même territoire. Il est évident que dans ce « monde assez grossièrement matérialiste, rationaliste, mécaniquement rationaliste » où nous vivons, cette sorte de question, non seulement ne se pose pas, mais est tout simplement interdite.
Nous en revenons donc à Timofey Bordachev, directeur de programme au Club Valdaï, avec son texte sur RT.com, le 26 septembre 2026.
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L'IA est la première technologie dont le développement fulgurant a mis en lumière la crise des valeurs et des repères culturels au sein de la civilisation moderne.
Le débat sur l'intelligence artificielle offre l'occasion de réfléchir à des enjeux bien plus importants que les querelles actuelles entre politiciens américains et oligarques de la tech ; en effet, l'IA occupe une place unique dans l'histoire de la relation de l'humanité à ses inventions.
L'IA n'est pas véritablement un esprit, mais plutôt un miroir : elle n'existe pas indépendamment de nous, mais reflète la pensée humaine, avec tout ce qu'elle comporte de bon et de mauvais. Contrairement à la roue, à l'imprimerie, au moteur à combustion interne ou au réacteur nucléaire, l'IA ne peut être dissociée de l'humanité ; pour reprendre une terminologie marxiste, elle n'est pas « aliénée » par son créateur.
L'immense quantité de données que nous produisons chaque seconde tombe indéniablement, et de plus en plus, entre les mains de monopoles technologiques. Cette situation alimente la crainte persistante que l'IA ne finisse par abolir l'humanité, en dépouillant les individus de leur identité et en les rendant, à terme, superflus.
Toutefois, la machine — ou plus précisément ses créateurs et propriétaires — a toujours besoin d'êtres humains pour produire les données dont elle dépend. Ainsi, les textes, images et solutions générés par l'IA demeurent intimement liés aux pensées et aux sentiments humains, ainsi qu'aux connaissances accumulées grâce auxquelles l'humanité a interprété le monde. Il y a donc peu de raisons de conclure que l'IA supplantera l'humanité en tant que principal créateur de la réalité qui nous entoure.
Il en va de même pour la politique internationale : il convient de se montrer sceptique face à l'idée que les pays les plus faibles tomberont inévitablement sous la coupe de ceux qui possèdent les centres de données et les infrastructures informatiques les plus puissants. La politique prime toujours sur la technologie, et la décision de se rendre dépendant d'une autre puissance relève, en dernière analyse, d'un choix politique.
Les monarchies du Golfe, par exemple, développent des infrastructures d'IA américaines en partie parce que leurs relations avec Washington reposent déjà sur des enjeux de sécurité ; elles perçoivent donc de plus en plus ces infrastructures comme une nouvelle forme de présence américaine, comparable à certains égards aux bases militaires des États-Unis.
De même, un gouvernement issu de l'ex-Union soviétique détermine d'abord si son orientation politique penche vers l'Occident, la Russie ou la Chine ; les décisions concernant les technologies et les infrastructures de données qu'il autorise en découlent généralement.
Ce qui rend l'IA véritablement révolutionnaire, c'est autre chose : son ampleur et son omniprésence permettent à l'humanité de prendre conscience de problèmes accumulés depuis des décennies. L'IA est peut-être la première technologie majeure dont le développement rapide a mis en lumière, avec une telle acuité, une crise des valeurs et des repères culturels.
L'imprimerie a démultiplié la capacité de l'humanité à diffuser aussi bien des absurdités que de la sagesse, mais le moteur à combustion interne ne nous a guère renseignés sur nous-mêmes, pas plus que le réacteur nucléaire.
Même les armes nucléaires n'ont, au début, que peu révélé de la condition morale de l'humanité. Elles furent d'abord considérées essentiellement comme des armes conventionnelles dotées d'une puissance de destruction extraordinaire ; par la suite, la perspective d'une annihilation mutuelle a instauré un système de dissuasion et a même favorisé l'illusion rassurante selon laquelle les dirigeants politiques possédaient des principes moraux capables de prévenir une nouvelle catastrophe mondiale.
L'IA est différente, car elle s'apparente désormais à une conscience collective façonnée par l'homme ; à travers ses productions, nous sommes constamment confrontés aux profondeurs de la dégradation morale et culturelle dont les êtres humains sont capables. Les « coloriages » générés par IA à partir de photos de Donald Trump, les fausses images de catastrophes conçues pour attirer les clics, les tragédies fabriquées circulant sur les réseaux sociaux et le flot incessant de contenus dénués de sens démontrent tous avec quelle facilité les images et les opinions peuvent perdre leur valeur.
Certes, l'IA n'a pas créé ces instincts, mais elle les a rendus impossibles à ignorer ; c'est pourquoi l'intelligence artificielle est à la fois poison et antidote.
Pour la première fois, le progrès technologique lui-même nous contraint à affronter sa dimension humaine : un moteur de voiture ne nous a jamais parlé, un réacteur nucléaire n'a jamais émis d'opinion. Les livres le faisaient, certes, mais le monde de l'édition imposait traditionnellement certaines barrières contre les fausses informations et les contenus d'une médiocrité exceptionnelle.
L'IA fait tomber bon nombre de ces barrières en nous confrontant chaque jour à la question de savoir si le progrès technologique est nécessairement un bien absolu ; et parce que l'IA agit comme un miroir de la civilisation, sa prolifération nous permet de voir une crise éthique qui existe, à des degrés divers, dans pratiquement toutes les sociétés modernes.
Pour des raisons objectives, l'Occident est actuellement à la pointe de bon nombre de ces évolutions, mais d'autres sociétés n'y échappent pas pour autant ; ce que l'on a baptisé « AI slop » — cette production incessante de contenus visuels et textuels de piètre qualité — trouve des créateurs partout dans le monde. La Russie ne fait pas exception.
Nombre de débats supposés autour de l'intelligence artificielle portent en réalité sur des problèmes qui existaient bien avant l'avènement des réseaux de neurones. Dans les industries créatives, l'IA a mis en lumière des questions anciennes liées au droit d'auteur et à la prolifération de contenus de faible qualité ; dans les domaines de l'éducation et de la science, elle a révélé la dégradation constante de la qualité du travail produit, tant par les étudiants ordinaires que par les universitaires éminents. En sciences sociales tout particulièrement, la capacité à générer des idées véritablement nouvelles semble s'épuiser depuis des années.
Sur la scène internationale, l'IA a également brisé une autre illusion rassurante : les tentatives américaines d'utiliser leur avance technologique pour préserver leur hégémonie géopolitique démontrent que l'indépendance supposée d'Internet a toujours été conditionnelle.
C'est l'une des raisons pour lesquelles les gouvernements évoquent de plus en plus la « souveraineté numérique », c'est-à-dire la capacité à maîtriser leurs propres technologies et infrastructures plutôt que de dépendre entièrement d'entreprises ou d'États étrangers.
Par conséquent, l'IA est devenue un nouveau terrain de rivalité internationale. Paradoxalement, cela pourrait s'avérer utile, car cette compétition politique incite les gouvernements et les sociétés à débattre du contrôle de ces technologies, de leur régulation et des finalités qu'elles doivent servir.
Au milieu du XXe siècle, l'humanité s'est dotée de l'arme nucléaire ; sa puissance destructrice a fini par instaurer un système dans lequel les plus grandes puissances militaires évitent généralement de s'affronter directement.
Si la politique internationale demeure injuste et violente et que les guerres perdurent, les colossaux arsenaux nucléaires de la Russie, des États-Unis et de la Chine font qu'un conflit direct entre ces puissances résulterait plus probablement d'une escalade incontrôlée que d'une décision délibérée de reproduire les guerres entre grandes puissances des siècles passés.
L'humanité s'est désormais dotée d'une autre technologie transformatrice, mais le flot de contenus médiocres générés par l'IA met au jour des phénomènes à l'œuvre depuis peut-être un siècle : l'érosion des valeurs et des repères communs, le déclin de l'autorité de l'expertise, la fragmentation de l'espace culturel et la substitution de la consommation à la créativité. C’est une situation inconfortable, mais qui pourrait finalement s’avérer utile, car l’IA n’a pas engendré notre crise culturelle et éthique ; elle a simplement rendu cette crise visible à une échelle qu’il n’est plus possible d’ignorer aisément.
Et c’est précisément parce que l’intelligence artificielle contraint les sociétés à faire face à ce qu’elles sont devenues qu’il est permis d’entretenir un optimisme prudent : l’ère de l’IA pourrait, à terme, déboucher non pas sur la disparition de l’humanité ou de la moralité humaine, mais sur l’amorce d’une restauration progressive de la dimension éthique de l’existence.
Cela pourrait se vérifier tant au sein des sociétés que dans les relations entre les États.
• Un texte sur la GrandeCrise qui nous écrase, et qui est pourtant nécessaire pour écraser “l’Infâme” satanique qui obstrue notre chemin. • Il est signé sans surprise par la maîtresse plume d’Alastair Crooke.
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Ce texte d’Alastair Crooke, qui est en fait le “plan” d’une conférence donnée à Moscou le 6 septembre, ne peut être qualifié que d’excellent et, en même temps, ne peut que résonner dans notre esprit selon une logique et des arguments dont nous avons désormais une grande habitude. En fait, nous plaidons tous, — “tous” représentant les esprits qui se trouvent dans un état similaire d’indépendance et de dénonciation de “l’Infâme”, — nécessairement selon les mêmes arguments et les mêmes références.
Vous, lecteurs, en retrouvez régulièrement des traces et des développements dans nos colonnes, — pour citer un cas que nous connaissons bien. Ainsi, une fois de plus, Alastair Crooke prend son bâton de pèlerin pour prêcher, non pas une religion mais la force et l’évidence d’un état d’esprit qui doit prendre en compte la liberté de la pensée et l’existence d’autrui comme interlocuteur, pour enfin exposer la nécessité d’en appeler à des valeurs éternelles, véhiculées par la tradition, amendées par tant d’expériences et d’intuitions.
Nous le lisons et nous réjouissons de son propos, même s’il n’est pas dépourvu de couleurs lugubres parce que la machinerie aveugle qu’est notre époque de GrandeCrise ne nous offre que ces couleurs lugubres sans accepter la moindre objection. C’est ce que Crooke dit dans son texte, comme dans nombre de conversations qu’il a dans le circuit des commentateurs indépendants. Par exemple, sa première réponse au colonel Davis, le 24 septembre 2026, ‘Daniel Davis Deep Dives Français’ ..
« Eh bien je pense que oui, l'ordre mondial enfin il n'y a plus d'ordre mondial aujourd'hui, il a été complètement démantelé. Je pense qu'au fond, il y a le fait que surtout en Occident, nous avons perdu le sens des valeurs morales. Nous les avons abandonné. Il nous en reste que des fragments. Et quand on n’a plus de valeur morale, plus aucune de ces valeurs qui nous venaient historiquement de ce que signifie être humain, de ce que les civilisations nous ont transmis, ses récits, ses mythes, ses histoires qui donnaient une architecture morale à la vie, à la société.
» Alors au fond, nous vivons grâce à ces récits. Ils nous ont formés, ils nous ont façonnés et maintenant ils ont presque tous disparu. Nous vivons dans un monde assez grossièrement matérialiste, rationaliste, mécaniquement rationaliste et ces valeurs ne sont plus là. Tout repose sur le pouvoir et sur une forme de coercition. »
Certes, nous nous répétons et ne devons cesser de nous répéter parce qu’en travers de notre chemin se trouve “l’Infâme”, comme nous le nommons pour cette rapide présentation ; une masse énorme, gélatineuse, sorte de monstrueux mollusque peuplé de tous ces personnages falots et soumis que nous nommons élitesSystème. On leur parle et ils donnent une réponse qui n’est réponse en rien et à rien, puisqu’ils lisent tous la même feuille de route ronéotypée par “l’Infâme”. Qu’importe, il faut répéter et encore répéter et se répéter à soi-même qu’un jour, cette masse gélatineuse finira par se fondre en elle-même, par se dévorer avec une gloutonnerie de machine devenue folle à la suite d’une consigne surpuissante et recopiée n’importe comment parce que la stupidité aura pris le dessus en éliminant toute autre réflexe et attitude.
L’art de la répétition, pour épuiser “l’Infâme”, voilà notre mission. Il faut se dire que c’est une démarche héroïque et que notre chemin ressemble à l’odyssée du rusé Ulysse regagnant Ithaque pour faire triompher la vérité. Il faut se le dire et se le répéter. Ulysse est tant de fois et de fois plus intéressant que Macron multiplié par Merz, multiplié par Zelinski, avec un énorme zeste de Trump. Et vous verrez alors : “Passez muscade”, et l’on n’en parlera plus.
Le texte d’Alastair Crooke a paru sur son ‘ConflictForum’ et sur divers sites dont ‘UNZ.com’.
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Les civilisations peuvent-elles rassembler les fragments de connaissances et d'intuitions anciennes pour donner au discours moral le contexte nécessaire à nouveau intelligible ? Plan d'une conférence donnée à la Haute École d'Économie de Moscou, le 7 septembre 2026
On envisage souvent l'avenir du monde comme celui d'un monde multipolaire ou multinodal, en supposant implicitement que les États s'entendraient mieux et résoudraient leurs différends plus facilement par la discussion que par la guerre.
Ce concept était très répandu avant la Première Guerre mondiale. Des livres ont été écrits pour suggérer que la guerre était impossible : l’ouvrage de référence sur ce sujet, publié initialement en 1910 sous le titre ‘La Grande Illusion’, est devenu un best-seller international.
Son auteur, Norman Angell, soutenait que, compte tenu de la forte dépendance des nations à un système commercial mondial interconnecté, le coût économique d'une guerre dépasserait largement tout gain potentiel. Il affirmait qu'une nation victorieuse subirait une ruine économique aussi importante que la nation vaincue, rendant ainsi obsolète le concept traditionnel de conquête militaire. Son argument fut généralement interprété comme rendant la guerre « impossible ».
Son argument s'est révélé fallacieux ; la Grande Guerre a éclaté comme prévu.
Aujourd'hui, l'idée d'une interaction multipolaire persiste, mais la menace de guerre demeure et s'aggrave du refus de l'Occident d' écouter – ou de comprendre – le discours des États souverains et civilisationnels. Cette incapacité à écouter avec empathie est à l'origine des erreurs d'interprétation catastrophiques des services de renseignement occidentaux concernant l'Iran et la Russie. Elle explique aussi la tendance à présenter la Chine comme un étranger, la rendant ainsi inaccessible à l'Occident.
Dans son ouvrage influent de 1981, ‘Après la vertu’, Alasdair MacIntyre soutenait que le projet des Lumières avait coupé l'homme occidental de ses racines traditionnelles, sans pour autant parvenir à une morale contraignante fondée sur la seule raison. De ce fait, nombre d'Occidentaux vivent dans un monde de « chaos et de fragmentation morale », où des forces désintégratives ont quasiment anéanti toute véritable réflexion morale au sein de la culture européenne.
Il est important de comprendre que le « chaos moral et la fragmentation » décrits par MacIntyre sont délibérément entretenus pour affaiblir l'attachement national, communautaire et religieux – précisément afin de cibler et d'affaiblir la cohésion nationale et la souveraineté civilisationnelle.
L'argument de MacIntyre est que seule la tradition culturelle, et ses récits moraux, donnent un contexte à des termes tels que le bien, la justice et le telos :
« En l’absence de traditions, le débat moral se désorganise et devient un théâtre d’illusions où la simple indignation et la simple protestation occupent le devant de la scène. »
« Les camps se forment très tôt et les participants s'empressent de prendre parti. Mais en prenant parti, ils semblent se rendre incapables d'écouter l'autre… Tout le monde ressent la pression, mais personne ne voit la lumière », souligne MacIntyre.
Ce que nous possédons aujourd'hui, suggère MacIntyre, n'est rien de plus que de simples fragments d'une tradition plus ancienne (la société héroïque). Ces fragments sont tout simplement trop épars, car notre discours moral, qui emploie des termes comme bien, justice et devoir, a été dépouillé du contexte qui le rendrait intelligible. Autrement dit, il place la vertu du monde héroïque et homérique hors de portée de l'Occident.
Les camps se forment. On se précipite pour prendre parti. Les forces « chaotiques » et désintégratrices d'aujourd'hui ont quasiment fait disparaître toute réflexion morale de la culture européenne. Le plus frappant dans les débats moraux est leur tendance à ne jamais aboutir à une résolution.
Lorsque tous les jugements moraux – dépouillés de leur contexte – ne sont plus que des expressions de préférence, d’attitude ou de sentiment – de l’émotivisme, en d’autres termes –, le débat est désarticulé ; il se transforme en un théâtre de récits où l’indignation et la polarisation occupent le devant de la scène.
Mais, en prenant des positions partisanes aussi passionnées, les acteurs se rendent incapables d'entendre l'Autre . Dès lors, les « Autres », qu'il s'agisse de la Russie, de l'Iran ou de la Chine, deviennent tout simplement invisibles selon les normes de cette approche, car leurs manières d'orienter l'attention humaine sur le monde sont tout à fait différentes.
Ainsi, nous pouvons être (et sommes) conduits à la guerre par des discours narratifs spécifiquement conçus pour contraindre les êtres humains à spatialiser le monde d'une certaine manière, à notre insu. Nous sommes menés vers un « monde unique » inspiré des Lumières, où toute « altérité » – qu'elle soit russe, iranienne ou chinoise – devient invisible du fait des normes, du mode de présence, par lequel nous appréhendons les choses .
Dans cette « guerre », le monde est sens dessus dessous. La plupart des gens ne s'efforcent pas de spatialiser le monde qui les entoure, mais semblent se contenter de le laisser le faire pour eux . Les récits sont façonnés et déroulés sous nos yeux. C'est ainsi que fonctionne la machine. La plupart des Occidentaux croient maîtriser la réalité – faits, preuves et conclusions. Mais en réalité, nous sommes confrontés à une structure qui, délibérément, retourne contre nous cette perception illusoire de la réalité .
Dans cette machine, la « spatialisation » s'effectue à l'envers : d'abord, on reçoit le message, puis on façonne et on étale un récit de la « réalité » comme de la pâte, jusqu'à ce qu'il corresponde au modèle. Et si nécessaire, on inverse le processus et on façonne cette même réalité dans le sens inverse.
Comment les civilisations souveraines peuvent-elles échapper au « piège de MacIntyre » ? Peuvent-elles rassembler les fragments de connaissances et d'intuitions anciennes pour recréer le contexte nécessaire à un discours moral à nouveau intelligible ?
Sortir de l'espace faustien de la pensée mécaniste et des récits manipulés n'est ni facile ni simple. Bien au contraire. Mais il faut bien comprendre ce que cela exige : un changement dans notre manière d'être présent, dans la façon dont nous portons notre attention sur le monde.
La manière dont nous orientons notre conscience vers le monde est cruciale, nous explique le neurologue Iain McGilchrist : car elle influence et détermine ce que nous allons découvrir et comprendre . Et à mesure que nous spatialisons différemment le monde qui nous entoure, notre perception s’élargit et l’immensité (jusque-là cachée) de ce qui se trouve au-delà se révèle.
La redécouverte de modes de pensée plus anciens – la pensée globale et unifiée (penser par l'image) et d'autres sources de cognition – peut ouvrir la voie à une médiation entre les polarités apparemment opposées du subjectif et de l'objectif, que la rationalité mécaniste érige si souvent en obstacles insurmontables. L'approche apophatique peut également adoucir les aspérités de la pensée conceptuelle en introduisant une notion d'entre-deux, trouvant sa place au sein d'arguments anguleux et rigides. Ces modes de pensée possèdent une logique propre, distincte des rigidités des Lumières.
C’est la leçon que l’Iran et sa redécouverte de la pensée antique offrent aujourd’hui au monde.
Albert Einstein a un jour fait remarquer que « l’esprit rationnel est un serviteur, mais l’esprit intuitif est un don précieux. Or, notre monde honore le serviteur, mais ignore le don ».
25 septembre 2026 (14H00) – Celui qui n’a pas vécu l’événement ne peut en mesurer la portée et la profondeur : l’érection du Mur de Berlin en 1961. Pendant des années, ce symbole hanta les esprits. Reagan lança ce défi à Gorbatchev en 1987 : « Monsieur Gorbatchev, abattez ce mur ! »
« Le 12 juin 1987, à l'occasion des festivités commémorant les 750 ans de la ville, le président américain Ronald Reagan prononce devant la porte de Brandebourg un discours resté dans les mémoires sous le nom de “Tear down this wall!”. Il s'agit d'un défi lancé à Gorbatchev, lequel est apostrophé à plusieurs reprises dans le discours. » Deux ans plus tard, c’était chose faite, Gorbatchev ou pas...
C’était l’Allemagne de l’Est, la RDA bien plus que l’URSS, qui avait insisté pour la construction du Mur, pour arrêter l’hémorragie des Berlinois de l’Est passant à l’Ouest. Le Parti lui-même, le Parti Socialiste Unifié (PSU, comme n’avait pas noté Rocard) de la RDA, avait pris la décision qui n’enthousiasma guère les dirigeants soviétiques, capables de très vite mesurer la force symbolique anticommuniste de l’événement. Les Berlinois, eux, n’oublièrent jamais... Jamais ?
Écoutez Alexandre Mercouris, exceptionnel commentateur qui se rend régulièrement en Allemagne depuis les années1970, expliquer les résultats des élections régionales de dimanche.
« Et à Berlin, l'une des villes, l'un des endroits les plus complexes d'Allemagne, c'est évidemment la capitale. C'est une ville jeune. C'est là que la contreculture allemande est la plus forte. Elle compte une importante communauté immigrée. Et bien même là, l'AFD double son score et atteint 16%. Donc elle progresse. Mais le grand vainqueur c'est ‘Der Linke’ [25,7%] qui est bien sûr l'héritier direct du Parti Socialiste Unifié qui gouvernait autrefois l'Allemagne de l'Est. Autrement dit, le parti communiste est-allemand. Le parti donc qui a érigé et construit le Mur de Berlin ! Et aujourd'hui c'est lui qui gouverne l'ensemble de Berlin, y compris Berlin- Ouest !
» C'est donc, je veux dire, une évolution stupéfiante. Et là encore, on voit la CDU s'effondrer. Quant au SPD qui a historiquement été le parti dominant à Berlin Ouest, il est désormais en très net déclin. Alors, qu'est-ce que cela nous indique ? D'abord, que la CDU est toxique sur l'ensemble du territoire de l'ancienne Allemagne de l'Est. »
Au lieu de nous agiter Hitler sous le nez avec des accents hystériques correspondant aux feuilles de route des élitesSystème, tous nos ardents commentateurs qui n’arrivent pas à la cheville de Mercouris auraient pu mettre l’accent sur ce symbole, n’est-ce pas ? Et nous expliquer pourquoi cette ville (Berlin-Ouest, veux-je dire) acquise au SPD (Willy Brandt en fut le maire avant de devenir chancelier) a donné la cinquième place à ce parti avec 12,1%. Ce renversement-là, bien plus proche de nous, en filiation directe avec l’événement de 1961, vaut autrement que les vociférations concernant Hitler.
Poursuivons avec Mercouris qui n’est jamais meilleur que lorsqu’il se trouve sous le feu des questions d’un interlocuteur étranger au tandem, — ici, l’un des plus talentueux et précis en l’occurrence, hier sur la chaîne ‘Glenn Diesen Français’. Comme je l’ai souvent laissé entendre, l’un des atouts incomparables de Mercouris, cet adorateur de la diplomatie, est de se déplacer partout dans les pays qui l’intéressent et de sonder les sentiments des gens. Ainsi peut-il nous dire que les trois votes successifs, de la Saxe-Anhalt au Mecklenbourg-Poméranie occidentale en passant par Berlin, touchent trois sortes d’électorats très différents : conservateurs, indépendants-progressistes tournés vers la mer, populaire classique et gauchisme anarchisant à Berlin ; un schéma parfaitement représentatif de l’Allemagne de l’Est réunie à la RFA pour faire l’Allemagne actuelle. Eh bien, les votes montrent bien qu’il y a une constante :
« ...il y a une constante. Il y a des inquiétudes concernant l'immigration mais la question de la guerre et de la paix est très importante, peut-être même primordiale et les gens se détournent des partis traditionnels, surtout de la CDU qu'il voit comme le parti de la guerre, le parti de la confrontation sans fin avec la Russie. Le parti qui, en poursuivant cette voie de la guerre a aussi présidé à l'effondrement de l'industrie allemande et à une profonde crise de la société et de l'économie allemande. »
Pire encore : cette spécificité unitaire de l’ancienne RDA commence à pénétrer l’ancienne Allemagne de l’Ouest, celle qui avait “intégré” la RDA comme on accueille, ou plutôt comme on “recueille” les ratés de la famille ; on le fait parce que c’est la famille, mais ratés ils sont et ratés ils demeurent.
Eh bien ce schéma si arrangeant pour nos souvenirs d’hostilité libératrice contre le Mur commence lui-même à se dissiper pour évoluer vers une unité allemande qui se forge dans le même sentiment de rage contestatrice.
« Et nous commençons à voir, j'étais en Allemagne il y a quelques semaines, nous commençons à voir les mêmes tendances en Allemagne de l'Ouest aussi. J'étais en Rhénanie- Palatinat. J'ai constaté que même dans ce land plutôt marqué à gauche, des électeur de gauche commencent à envisager de voter pour ‘De Linke’. Et certaines personnes parce qu'elles s'opposent à la guerre évoquent même pour la première fois la possibilité de voter pour l'AfD. Cela nous en dit long sur l'état d'esprit en Allemagne et je soupçonne que cela vaut pour l'état d'esprit dans toute l'Europe. »
“L'état d'esprit en Allemagne”, et peut-être même en Europe ; car la description que Mercouris fait de cet état d’esprit est aussi celui qu’on constate en France, où l’on méprise et où l’on moque Macron exactement comme les Allemands font de Friedrich Merz, clown qui ne sert qu’à tester des plaisanteries irrespectueuses... Pensez donc, en Allemagne ! L’Allemagne et la France, dans un même combat de sédition contre les plus hautes autorités, usurpatrices de leurs fonctions et délégitimatrices de la noblesse et de la grandeur du sens de l’État.
« Je pense que le mouvement d'opinion que j'ai constaté lorsque j'étais en Allemagne il y a quelques semaines, y compris en Allemagne de l'Ouest, est désormais si puissant qu'il devient irrésistible. Pour la première fois et je voyage en Allemagne depuis les années 1970, pour la toute première fois, j'ai entendu des gens parler du chancelier allemand sur un ton moquer. Il le décrivait comme une figure clownesque comique. Or, si vous connaissez un peu l'Allemagne, ça n'était jamais arrivé auparavant, du moins dans les conversations avec un étranger. Il y a toujours eu un immense respect pour la fonction de chancelier, même si l'on pouvait s'opposer à la personne qui occupait ce poste. »
Ainsi Mercouris termine-t-il sur une note extrêmement sombre. Au contraire de la France qui va tenter de régler ses comptes dans quelques mois, avec une marionnettes sortante qui poursuit jusqu’au bout son labeur de termite globaliste encombrée d’une extraordinaire sécheresse de la pensée, les élections allemandes sont éloignées (2029). Mercouris ne pense pourtant pas que les Allemands, si disciplinés, si respectueux des hiérarchies et qui sont en train de désintégrer cette discipline et ce respect, resteront sagement et les bras croisés dans l’attente de la sublime échéance démocratique dans une démocratie devenue un spectacle de cirque mené par des clowns. Là-dessus, une guerre avec la Russie, que tous ces moutons des élitesSystème attendent comme une sorte de Révélation libératrice ?
Le sage et modéré Mercouris n’y croit pas. Lui, l’adepte acharné de la diplomatie, constate que cette activité éminemment civilisé n’a plus d’espace ni de temps,— ni de cœur ni d’âme, — pour pouvoir se manifester. La stabilité allemande brisée, viendra l’instabilité, et avec elle les rugissements de l’opposition antiSystème, unie de la droite (AfD) à la gauche (’De Linke’ et BSW)
« Mais j'ajouterai aussi ceci à propos de l'Allemagne. C'est un pays qui a été extrêmement stable pendant très longtemps. Quand la stabilité est bouleversée dans un endroit comme celui-là, l'instabilité devient chronique. Et c'est absolument ce que nous allons voir. Nous sommes aujourd'hui dans une période de transition marquée par un système politique épuisé et discrédité.
» Il y a une population qui veut la paix. Pourtant, le pouvoir pousse à la guerre. Il y a une population qui n'est pas convaincue que cette confrontation avec la Russie soit une bonne idée. Pourtant, le pouvoir redouble dans cette confrontation avec la Russie. Il y a une population qui est extrêmement fière du statut de l'Allemagne comme pays industriel. Pourtant, le pouvoir accélère le processus de désindustrialisation.
» On ne peut pas continuer ainsi indéfiniment sans provoquer un retour de bâton. Nous avons déjà commencé à voir ce retour de bâton. Si ces politiques se poursuivent de la même manière, il va s'intensifier et très bientôt, nous verrons la CDU se disloquer et se fracturer et le SPD être balayé. »
Si ce n’est la guerre avec la Russie, diront nos penseurs qui pensent à la guerre, alors ce sera A.H.-2.0 ? Donc, il suffira de coller la fameuse petite moustache noire sur le visage d’Alice Weidel, avec son destin si authentiquement nazie, — bonnes relations avec la Russie, mille fois la paix plutôt que la guerre, tout à fait le programme de ‘Mein Kampf’ ! Comme disait le bon vieux Karl Marx, l’histoire repasse toujours les plats, — sous forme de farce, bien entendu, et ça nous connaît, nous les guerriers de la tragédie-bouffe.
Car je ne crois pas que ni l’AfD, ni ‘Der Linke’, ni la BSW de Sahra Wagenknecht, n’ont la moindre solution-miracle à la catastrophe allemande. Cela s’explique notamment, c’est-à-dire tactiquement, parce que cette catastrophe-là va de pair avec les autres catastrophes européennes pour se heurter, — premier obstacle de taille, — à la Reine-Ursula. Elle se trouve bien, enfermée dans son bunker du Berlémont où elle loge paraît-il selon des sources claires et limpides, et elle reçoit ses amis “utiles” sans consentir à mettre un pied dans les rues bruxelloises ; simplement, Ursula écoutant sa petite moustache noire pousser, car c’est bien à elle qu’elle lui est destinée, et faisant des clins d’œil coquins à son dernier ‘boy-friend’, le Canadien « my friend Mark ». Mais même si vous éliminiez Ursulma, vous n’auriez encore rien résolu.
Tous ces “même si”, — celui de l’Allemagne, celui de la France, celui de l’UE, ceux innombrables outre les mers diverses, — ne conduisent qu’à une chose, qui est la mise en évidence de l’immense structure crisique qui nous oppresse, je veux dire la GrandeCrise comme on l’avait deviné. Toutes ces avancées de la résistance, le fait de l’existence d’une Résistance, sont déjà des vérités-de-situation tactiques qu’il est bon de mettre au jour. Ce n’est pas rien, qu’un rayon de lumière sublime éclaire soudain l’infâme simulacre où l’on nous fait vivre, pour le ridiculiser et le bouffoniser. C’est ainsi, par cette vive et sublime lumière, que l’on reforme les choses en ordonnant le chaos pour qu’il soit prêt à accueillir les formes nouvelles dont nous manquons si cruellement. Il faut savoir attendre et regarder le temps filer, et à quelle allure...
Toujours la même fin, promise d’En-Haut et en attendant les moyens.
• Bel exemple du décalage entre les différentes visions des différents univers qui nous affectent, entre le réel et les divers autres que nous avons inventés. • L’offre faite par les USA à l’Arabie pour acheter un “paquet” de 24 $milliards de F-35. • Pour le nombre et le reste, on verra.• La riche idée ! • Les USA sont en pleine forme explosive, l’Arabie en pleine décomposition, le F-35 en pleine inutilité qu’il ne faut pas trop risquer chez l’ennemi. • Conditions idéales pour un marché qui renforcera la civilisation.
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24 septembre 2026 (17H15) – Quelle étrange situation nous avons à considérer. Elle concerne le royaume d’Arabie Saoudite, jusqu’alors considéré comme une puissance appuyée sur tous les attributs de la modernité fournie par l’américanisme :
•. L’exportation du pétrole comme principale puissance . La formule du regretté et si vertueux John McCain sur la Russie, qui ne vaut rien et n’a jamais rien valu, vaut pour l’Arabie : “Une station d’essence déguisée en nation” (et posée dans le désert, pour les chameaux et les F-35).
• Sa position dominante au Moyen-Orient, passant par des arrangements basés sur des $millards et des armes, avec Israël et les USA.
• Sa pression continue sur l’Iran, soutenue par l’axe des amis américanisraéliens.
• Son soutien à tous les mouvements islamistes radicaux répondant au wahabisme puritain et radical, faisant de l’Arabie la “station-service du ‘regime change’”, — avec notamment la Syrie laïque à son palmarès.
Que reste-t-il de tout cela avec les épisodes guerriers des deux dernières années, notamment Houthis suivant l’élimination des bases US ? Le tandem ‘C&M’ nous présente (le 23 septembre 2026) la situation catastrophique de l’Arabie :
Christoforou : « Très bien, Alexander, parlons de la situation au Moyen-Orient. Que se passe-t-il avec l'Arabie saoudite et MBS, alors que le prix du diesel grimpe, dépassant les 6,30 dollars, je crois, aux États-Unis. Oui. Dans certains endroits en Californie, il a même atteint les 10 dollars. »
Christoforou : « Oui, c'est ce que j'ai lu. J'ai vu des endroits où l'on parle de 10 dollars. Je ne sais pas si c'est tout à fait exact, mais le prix du diesel continue d'augmenter, tout comme celui du pétrole .et MbS semble être en très mauvaise posture. Il ne contrôle pas le détroit d'Ormuz, ni le détroit de Bab-el-Mandeb ...ni l'oléoduc Est-Ouest. Et les Houthis continuent leur progression. Les États-Unis ne semblent ni prêts ni disposés à aider MbS. Il se retrouve donc dans une situation délicate. »
Christoforou : « Dès lors, quelle analyse faites-vous de la situation de l’Arabie ? »
Mercouris : « MbS se trouve dans une situation délicate. Et je dirais même que l'Arabie saoudite est dans une impasse. Les Saoudiens ont désormais affaire aux Houthis au sud. Ces derniers sont clairement en train de l'emporter au Yémen. Ils contrôlent déjà la côte yéménite de la mer Rouge. Ils contrôlent le détroit de Bab-el-Mandeb, comme vous l'avez dit. Ils frappent les installations pétrolières saoudiennes ainsi que d'autres infrastructures dans le sud de l'Arabie saoudite, et ils abattent des avions de chasse saoudiens. D'ailleurs, cela s'est effectivement produit ; il existe même des images de l'événement.
Il y a aussi les milices irakiennes au nord, qui lancent elles aussi des attaques de drones contre des installations saoudiennes et qui sont tenues pour responsables des dégâts — et il est désormais clair que ces dommages étaient très importants — causés à l'oléoduc Est-Ouest de l'Arabie saoudite, que le royaume utilisait pour acheminer du pétrole vers les ports de la mer Rouge. Cet oléoduc a donc dû être fermé. Et ensuite, si les Saoudiens regardent vers l'est, ils ont les Iraniens et le détroit d'Ormuz fermé, ainsi que la crainte et la menace constantes de voir l'Iran mener également des frappes contre l'Arabie saoudite.
Tout comme lors des affrontements survenus plus tôt cette année entre les États-Unis et l'Iran — en mars —, nous savons désormais que les Saoudiens ont pris part à l'offensive aérienne américaine contre l'Iran, tandis que les Iraniens, de leur côté, ont lancé des frappes de missiles sur des bases américaines en Arabie saoudite. Certaines installations saoudiennes, notamment pétrolières, ont été gravement endommagées durant ce conflit et n'ont toujours pas été réparées.
L'Arabie saoudite ne peut plus exporter de pétrole. Nous connaissons une situation sans précédent : pour la première fois, je crois, de son histoire moderne, l'Arabie saoudite est dans une période sans aucune exportation de pétrole. Elle a fait savoir aux Européens qu'elle ne pouvait pas les approvisionner en pétrole pour le moment. »
Et puis voici que paraît ce très long, ce kilométrique article sur un achat de F-35 aux USA, pout plus de 24 $milliards (Alors que l’Arabie peine actuellement à trouver un prêt de 8 $milliards pour boucler son budget). L’article aurait judicieusement, quoiqu’aussi kilométriquement, pu être écrit en 2002-2003 lorsque la légende du F-35, alors JSF, était à l’apex de sa puissance de communications et de relations publiques (sans implications opérationnelles, surtout, surtout pas)... Mais en 2026 ?! Curieusement, il paraît dans RT.com, écrit par By Murad Sadygzade, President du Middle East Studies Center, expert invité, HSE University (Moscou).
Il est donc kilomètriques et semble venir d’un autre temps, d’une période pré-tertiaire et du ‘Jurassic Park’, ou quelque chose du genre. — vous voyez, assez lointainement de nous, ici en 2026. Il décrit un imbroglio de contrôles de l’avion, de ses technologies, de ses performances tenues top-secret, de son emploi et de son efficacité fulgurante, et surtout de sa maintenance... Et tout cela maniée avec maestria par des USA semblant, eux, au même apex de leur puissance technologique et militaire, maître du jeu et aménageant simplement leur hégémonie mondiale, type-Karl Rove, style incontestable...
Qui parle ? Sur quelle planète sommes-nous ? Quelle curiosité bien intrigante que RT.com ait choisi de passer cet article, excellent au demeurant mais dans la série “gloires du passé” et l’émission ‘L’ombre d’un doute’ de la chaîne ‘Histoire’. Il contredit tous les enseignements, toutes les évidences des récents conflits aussi bien que des positions géopolitiques des ex-géants de la région, USA et Israël en tête.
Aucune mention n’est faite des capacités de défense et de protection de tels avions, s’ils sont jamais non seulement achetés mais activés, avec les lieux communs sur la crainte d’Israël d’avoir une concurrence sur sa domination technologique qui écrase le Moyen-Orient. Ah oui ? Vraiment ? On parle d’une situation si bien réelle qu’on en pleure de la Vérité retrouvée, analysée par la bureaucratie et Lockheed Martin avec collaboration du Département d’État et de la CIA, — ou bien s’agit-il d’un scénario d’un film-‘Fantasy’ de Hollywood en préparation ?
Juste un petit coup d’œil sur la question des défenses d’un éventuel stationnement de F-35 en Arabie, sans parler de l’utilité de l’avion et de son efficacité, autre royaume d’un film-‘Fantasy’ de Hollywood. Toujours Mercouris, et vraiment sans surprise :
« Selon de nombreux rapports, l'Arabie saoudite est désormais à court d'intercepteurs de défense aérienne, c'est-à-dire de missiles Patriot. En d'autres termes, elle a renoncé à obtenir des missiles Patriot des États-Unis, car nous savons que les stocks américains sont considérablement réduits et que les États-Unis ont besoin de tous leurs missiles Patriot pour protéger leur unique base encore opérationnelle dans la région — celle de Jordanie — ainsi qu'Israël, où les Américains semblent également disposer de troupes.
Ils ne peuvent donc pas obtenir de missiles de défense aérienne auprès des Américains. Ils se tournent désormais vers les Européens pour en demander, arguant que les Américains ne les aident pas et qu'ils jouent un rôle absolument crucial pour l'avenir économique à long terme de l'Europe. Or, comme nous le savons, les Européens reçoivent également des demandes de missiles de défense aérienne de la part de l'Ukraine. L'Arabie saoudite est donc en concurrence avec l'Ukraine pour la livraison du peu d'intercepteurs de défense aérienne qu'il reste à l'Europe. Les Saoudiens se trouvent ainsi dans une situation extrêmement difficile. MBS a téléphoné à deux reprises à Trump pour lui demander de bombarder les Houthis. Nous avons déjà abordé ce sujet dans une émission précédente, en soulignant que bombarder les Houthis ne changerait rien en soi. Mais je pense que l'une des raisons pour lesquelles MbS voulait que Trump bombarde les Houthis, c'est que cela aurait été perçu en Arabie saoudite comme une démarche manifeste des États-Unis visant à soutenir non pas l'Arabie saoudite en tant que telle, mais MbS personnellement ; que les États-Unis répondaient aux demandes de MbS et le soutenaient donc.
Le fait que les États-Unis ne soient pas prêts à bombarder les Houthis — tout en prétendant avoir un accord avec eux, ce que ces derniers démentent évidemment — a dû nuire à la position de MbS en Arabie saoudite même. Deux articles importants sont parus dans les médias britanniques au sujet de la position de MbS : l'un dans le ‘Financial Times’ et l'autre dans le ‘Daily Telegraph’. Tous deux soulignaient que, malgré les problèmes considérables — reconnus comme sans précédent dans l'histoire de l'Arabie saoudite —, la position de MbS dans le pays reste solide. C'est peut-être le cas.
C'est peut-être le cas. Mais j'ai le sentiment que les appels téléphoniques passés à Trump racontent une histoire quelque peu différente. J'ajouterais qu'en Arabie saoudite, on a vu par le passé des personnalités qui semblaient puissantes et intouchables être soudainement écartées du pouvoir. Dans les années 1960, ils ont même réussi à évincer un souverain ; ils ont effectivement destitué l'un de leurs rois. Je ne vais donc pas trop m'avancer en conjectures sur la situation interne en Arabie saoudite. Mais personnellement, je trouve inconcevable qu'il n'y ait pas de critiques en privé à l'encontre de MbS, ni de commentaires suggérant qu'il a conduit l'Arabie saoudite dans cette situation terrible et qu'il est peut-être temps pour lui de se retirer. C'est très étrange, ce qui se passe entre MbS et Trump. »
Basé sur une conception totalement dépassée du rôle de l’arme aérienne, alors que désormais la domination aérienne par l’aéronef n’a plus guère de chance, frileusement repliée à bonne distance des défense anti-aériennes des pays barbares de l’axe Iran de la région... Comme en Europe certes, la même chose avec l’axe russe qui n’a aucun besoin de contrôler l’espace aérien par des aéronefs puisque cet espace est absolument saturé des missile et de drone d’une extraordinaire puissance et précision face à une défense aérienne rapidement agonisante à cause de l’absence de réserves de missiles, — par ailleurs d’une efficacité douteuse contre des missiles hypersoniques quasiment intouchables et des nuées de drones de plus en plus sophistiqués.
Cela rejoint le délire, — pas d’autre mot disponible, — du ministre polonais Sikorski annonçant l’invasion et la capitulation de la Russie en 42 jours (Pourquoi ce chiffre si précis ? Il a corrompu l’lA ?) par la seule capacité européenne, parce que l’Europe-OTAN à 2000 avions de combat contre 600 pour la Russie
Note de PhGBis : « Les chiffres de Sikorski, hollywoodiens arrosés de vodka russes et bien russes sont une honte d’incompétence inculte et mensongère, assumée par l’arrogant culot d’un neocon exporté directement de Washington, pour un ministre d’un pays prétendument sérieux. Les agents US dans les gouvernements européens, notamment dans l’exacerbée Pologne dirigée par les globalistes de Tusk, sont de plus en plus malhabiles et parlent comme si l’on était en 1992, juste après l’étourdissante et bien réelle victoire US en Irak, dernier exemple d’une guerre où la supériorité aérienne des aéronefs avaient encore un rôle essentiel . »
Ce qu’il y a d’étonnant dans cet article n’est pas le contenu lui-même, qui donne avec la plus extrême justesse les détails et les conditions d’une vente actuelle en mettant en évidence la dépendance totale, pour des décennies, des acheteurs de l’avion vis-à-vis des USA. On notera d’ailleurs que ce n’est pas une nouveauté pour l’Arabie, notoirement incapable de prendre en charge les avions modernes qu’elle achète, et donc dépendante complètement du vendeur (ces des F-15E, avion autrement plus performant et “utile” que le F-35). L’auteur finit d’ailleurs, d’une façon plus actuelle, en observant que si la vente de F-35 n’est pas approuvée par le Congrès, et donc l’offre de vente retirée, il pourrait s’ensuivre un basculement de l’Arabie vers d’autres fournisseurs, essentiellement la Russie et la Chine.
« Un échec pur et simple de la vente ne signifierait pas une rupture immédiate des relations saoudo-américaines, lesquelles englobent bien plus qu'un simple programme d'armement. Cela pourrait néanmoins conforter Riyad dans l'idée que même un accord avec le président américain ne garantit pas une issue prévisible. Les Saoudiens auraient alors une raison supplémentaire de diversifier leurs fournisseurs et de réduire leur dépendance aux décisions prises à Washington.
Une livraison réussie ne garantirait pas pour autant que l'Arabie saoudite renonce à sa stratégie d'équilibre entre des puissances rivales. Elle pourrait approfondir sa coopération militaire avec les États-Unis tout en préservant ses liens économiques avec la Chine et sa coordination énergétique avec la Russie. Washington pourrait alors faire valoir qu'il a conservé un partenaire essentiel, tandis que Riyad pourrait arguer qu'une politique étrangère indépendante lui a permis d'obtenir de nouvelles concessions.
Les signes concrets de progrès consisteront en des conditions convenues, un financement garanti, des préparatifs d'infrastructure et un calendrier de livraison crédible. L'enjeu stratégique de fond n'apparaîtra que plus tard, lorsque les intérêts américains et saoudiens divergeront à nouveau sur une question majeure. Ce n'est qu'alors que l'on saura si le F-35 a contribué à forger une alliance politique plus étroite ou à renforcer la coopération militaire entre deux États qui continuent de poursuivre leurs propres objectifs. »
• Ce qu’il y a d’extraordinaire dans cet article, c’est que le F-35 soit l’objet d’une discussion si sérieuse, portant sur des dizaines de $milliards et des années sinon des décennies de “coopération”, alors qu’il s’agit de deux pays en faillite et au bord de l’effondrement sinon de l’invasion ((pour l’Arabie, les Houthis).
• Ce qu’il y a d’extraordinaire dans cet article, c’est que le F-35 soit toujours considéré comme l’apex (encore lui) en matière d’aviation de combat dans tous les départements d’un combat qui serait uniquement structuré pour lui, protégé par son “invincibilité”. Le F-35 n’a strictement rien prouvé durant les diverses phases de l’affrontement avec l’Iran, sinon quelques graves vulnérabilités. Il n’a absolument pas modifié l’équilibre (ou le déséquilibre) des forces et a plutôt révélé des exigences contraignantes, ne serait-ce que sa protection et le refus du moindre risque avec l’obsession américaniste de risquer de mettre des technologies jugées sacrées et sans égales à portée de l’adversaire, — alors que ces technologies constituent plutôt la source de nombreux désavantages. Dans de nombreux cas, des missions ont été refusées aux F-35 pour aller aux F-15, F-16 et F-18, de crainte de l’une ou l’autre perte en territoire ennemi.
• Le désavantage le plus inquiétant est celui de devoir disposer au sol d’un environnement tempéré (au sens météorologique du mot) pour protéger son électronique et autres divers caractères lui assurant une furtivité qui ne fonctionne plus face à certains types de radar. Cela implique dans ces pays de très haute température le stationnement dans des hangars spéciaux, équipés de monstrueux dispositifs d’air conditionné, qui deviennent très vite des cibles idéales pour des missiles très précis et à très forte capacité de destruction.
Tout cela étant dit, et dit très longuement nous le reconnaissons volontiers ; voici l’article lui-même très long, remarquablement informé et totalement décalé par rapport aux réalités nouvelles de la guerre. La légende du F-35/JSF a la peau dure. Parler à propos de ces F-35 saoudiens « d'une amélioration substantielle de ses capacités aériennes » constitue une complète absurdité, balayé par les nouvelles versions des F-15 et F-16 en production pour l’USAF, — justement pour palier à l’impuissance du F-35.
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L'administration Trump a approuvé une vente potentielle d'avions de combat F-35 à l'Arabie saoudite, dans le cadre d'un contrat de 24,3 milliards de dollars incluant également des moteurs, des équipements et des pièces de rechange. Pour Riyad, cette décision ouvre la perspective d'une amélioration substantielle de ses capacités aériennes, tout en permettant à Washington de démontrer sa volonté d'approfondir ses relations avec l'un de ses partenaires les plus importants au Moyen-Orient. Toutefois, des désaccords politiques et des négociations sur les modalités subsistent entre l'approbation du département d'État et l'arrivée effective des appareils sur les bases aériennes saoudiennes.
La portée de cette décision dépasse largement le cadre d'un simple contrat d'armement, l'Arabie saoudite cherchant de plus en plus à diversifier ses relations avec des centres de pouvoir concurrents. Dans ce contexte, l'initiative de Trump peut être perçue comme une tentative de préserver la position des États-Unis en tant que principal partenaire stratégique du royaume et d'empêcher un éloignement accru vis-à-vis de Washington. Le défi réside toutefois dans le fait que les intérêts commerciaux, la protection des technologies sensibles et les engagements envers Israël ne convergent pas toujours vers une politique unique.
L'Arabie saoudite attache de l'importance à son partenariat avec les États-Unis, mais souhaite déterminer elle-même dans quelle mesure ce partenariat doit orienter sa politique globale. Ses relations avec la Chine, sa coopération avec la Russie et le développement de liens régionaux permettent au royaume de réduire sa dépendance à l'égard d'un partenaire extérieur unique. Cela ne signifie pas que Riyad soit prêt à abandonner les dispositifs de sécurité pilotés par les États-Unis, mais cela rend les dirigeants saoudiens moins réceptifs à des exigences que Washington aurait autrefois considérées comme allant de soi dans le cadre d'une alliance.
Pour les États-Unis, le risque réside dans l'érosion progressive de leur position privilégiée. Même si le royaume continue d'acheter des armes américaines, il pourrait se tourner de plus en plus vers d'autres acteurs pour obtenir un soutien politique et des opportunités économiques. À mesure que ces relations s'approfondissent, Riyad dispose d'un plus large éventail d'options, tandis que Washington voit diminuer ses possibilités d'obtenir des concessions en menaçant de restreindre la coopération.
Une offre de F-35 pourrait rendre le partenariat américain plus attractif à une époque où ses avantages ne peuvent plus être tenus pour acquis. En ouvrant l'accès à un appareil que les dirigeants saoudiens convoitaient depuis longtemps, Trump manifeste sa volonté de prendre en compte les ambitions du royaume. Pour Riyad, la portée symbolique est considérable, l'acquisition de tels avions confirmant son statut parmi les partenaires de sécurité des États-Unis.
Les bénéfices concrets pour Washington découleraient toutefois de la pérennité de cette relation. Les avions de combat de pointe nécessitent des contrats de soutien continu, maintenant ainsi un lien avec Riyad tout au long de leur durée de vie opérationnelle. Une fois que l'Arabie saoudite a investi massivement dans ces appareils, les infrastructures et le personnel, il devient plus difficile et plus coûteux de s'éloigner de ce système. Un contrat de défense peut donc renforcer des liens qui perdurent au-delà des changements d'administration et des différends diplomatiques ponctuels.
a volonté de Washington d’aller de l’avant pourrait convaincre les dirigeants saoudiens que leur stratégie actuelle porte ses fruits. Si le rapprochement avec les concurrents de l’Amérique s’accompagne d’offres américaines plus alléchantes, Riyad a tout intérêt à poursuivre dans cette voie. Trump doit alors déterminer quel degré d’indépendance il est prêt à tolérer chez un partenaire pour conserver une influence sur lui, et à quel stade les concessions exigées dépassent ce que son administration est disposée à accepter.
Le premier mandat de Trump a montré que les ventes d’armes à l’Arabie saoudite pouvaient susciter de vives tensions politiques internes. En 2019, le Congrès a adopté des résolutions s’opposant à plusieurs transferts d’armes vers le royaume et les Émirats arabes unis, mais le président y a opposé son veto et le Sénat n’a pas réussi à passer outre. Cet épisode ne prouve pas que les législateurs bloqueront la vente actuelle, mais il ne permet pas non plus de supposer que la décision du président sera mise en œuvre sans résistance.
La procédure ne nécessite pas un vote d’approbation explicite du Congrès, l’administration pouvant aller de l’avant une fois le délai d’examen légal écoulé, à moins qu’une interdiction législative n’entre en vigueur. Les opposants doivent transformer leurs objections politiques en restrictions contraignantes et, si le président exerce son droit de veto, réunir suffisamment de soutiens pour le surmonter. Un seuil exigeant à atteindre si la Maison Blanche conserve l’appui de la majorité des républicains.
Dans le cas du F-35, l’objection majeure porte sur la protection des technologies américaines sensibles. Les relations de l’Arabie saoudite avec la Chine soulèvent des questions quant à la capacité réelle d’empêcher des tiers d’accéder à l’appareil, aux équipements associés et aux informations sensibles. Ces préoccupations pourraient trouver un écho auprès des législateurs qui soutiennent globalement Trump mais placent la préservation de l’avantage technologique américain au-dessus des retombées d’un contrat spécifique.
À Washington, les critiques pourraient également invoquer la coopération de Riyad avec la Russie au sein de l’OPEP+ et son refus de s’associer aux sanctions contre Moscou comme autant de preuves de la réticence du royaume à soutenir la politique étrangère américaine. Toutefois, il convient de distinguer les griefs politiques des risques pesant sur un programme d’armement précis, une politique pétrolière indépendante ne constituant pas, en soi, une menace pour la technologie militaire. Ces questions risquent de s’entremêler dans le débat public, alors même qu’une évaluation sérieuse de la vente exige des réponses distinctes pour chacune d’elles.
Les partisans du projet peuvent faire valoir qu’un refus de la vente ne ferait que renforcer la détermination de l’Arabie saoudite à nouer des liens avec d’autres partenaires. Ces mêmes liens avec Moscou et Pékin peuvent ainsi étayer des conclusions opposées. Certains y verront un motif pour refuser l'accès à des armements de pointe, tandis que d'autres y trouveront une raison de proposer à Riyad une coopération renforcée tant que l'influence américaine demeure significative.
Le débat au Congrès portera donc probablement tant sur l'opportunité de la vente que sur les engagements que l'Arabie saoudite devra prendre. L'administration devra expliquer quelles restrictions permettraient réellement de protéger la technologie et comment le respect de ces mesures pourrait être vérifié. Des garanties plus crédibles rendraient plus difficile pour les opposants la constitution d'une large coalition, mais des exigences excessives pourraient susciter des réticences de la part de l'acheteur.
Pour Israël, la question centrale est de savoir quel impact une Arabie saoudite militairement renforcée aurait sur sa propre sécurité. Washington cherche à améliorer les capacités de défense de ses partenaires arabes tout en préservant l'avantage militaire qualitatif d'Israël ; or, le dossier du F-35 rend la conciliation de ces objectifs particulièrement ardue. L'acquisition de tels appareils par une autre puissance régionale aurait des conséquences significatives, même si leur configuration différait de celle des modèles israéliens.
Il est peu probable que Riyad reçoive des F-35 dotés de l'éventail complet de capacités propres à la variante israélienne ; toutefois, des différences d'équipement et d'armement ne suffiraient pas à lever toutes les inquiétudes. La puissance aérienne saoudienne gagnerait en capacités, et les répercussions sur l'avantage régional d'Israël dépendraient en partie de la rapidité avec laquelle le royaume parviendrait à maîtriser ces appareils et à les intégrer à ses forces armées.
Une force aérienne saoudienne renforcée ne réduirait pas directement les capacités de combat d'Israël, mais elle pourrait modifier l'équilibre relatif des forces et restreindre la liberté d'action israélienne. C'est dans ce contexte qu'il convient d'appréhender les préoccupations concernant la supériorité aérienne. La planification militaire israélienne doit prendre en compte tant les relations actuelles avec les États voisins que les évolutions susceptibles de survenir à long terme, durant la période de service opérationnel de ces appareils.
Les responsables israéliens ont avancé des arguments similaires pour s'opposer à une éventuelle vente de F-35 à la Turquie, avertissant qu'elle risquait de bouleverser l'équilibre régional des forces. Cet exemple illustre la sensibilité d'Israël face à une diffusion plus large de telles capacités, sans pour autant rendre les cas turc et saoudien identiques. L'identité de l'acheteur, la nature des relations bilatérales et les modalités de livraison envisagées influeront toutes sur l'intensité de l'opposition israélienne.
Il est fort probable que les dirigeants israéliens exercent des pressions diplomatiques et s'appuient sur leurs alliés au Congrès pour bloquer la vente ou obtenir des restrictions. Les négociations pourraient porter sur l'armement des appareils saoudiens, sur certaines capacités technologiques spécifiques ainsi que sur des mesures complémentaires visant à renforcer les défenses d'Israël. Toutefois, aucune de ces dispositions ne peut être considérée comme acquise, le compromis final dépendant de la volonté de chaque partie d'en assumer les coûts politiques.
Pour Trump, la situation crée un dilemme délicat. Plus l'offre faite à Riyad sera substantielle, plus les objections israéliennes risquent de se durcir ; à l'inverse, chaque restriction supplémentaire introduite pour rassurer Israël pourrait rendre l'offre moins attrayante aux yeux de l'Arabie saoudite. Si les dirigeants saoudiens perçoivent ces conditions comme la confirmation que leur pays occupera toujours une position subalterne, l'accord pourrait compromettre la confiance même que Washington espère bâtir au sein de ce partenariat.
À quoi pourrait ressembler un compromis et quelles seraient les conséquences d'un échec ?
L'étape suivante la plus probable consiste en une négociation prolongée, au cours de laquelle une annonce politique de haut niveau se traduirait par des obligations concrètes. Washington cherchera à protéger les technologies sensibles et à offrir des garanties acceptables pour Israël, tandis que Riyad insistera pour obtenir une acquisition à forte valeur militaire tout en préservant son indépendance politique.
Un compromis semble plus réalisable si les restrictions portent sur la sécurité du programme lui-même, notamment l'accès aux équipements, la gestion des données et les interactions avec des tiers. Si Washington tente de conditionner la vente à une refonte plus large des relations saoudiennes avec la Chine et la Russie, il est probable que la résistance de Riyad s'intensifie. Les dirigeants saoudiens doivent pouvoir justifier l'accord au regard de leurs intérêts nationaux, tout en conservant la liberté de prendre des décisions qui ne satisfont pas systématiquement les États-Unis.
Le Royaume devra également mettre en balance la valeur des capacités qu'il acquerrait et les restrictions qui y sont associées. Des conditions trop contraignantes pourraient réduire l'attrait de l'accord, mais y renoncer impliquerait aussi des coûts, nécessitant d'envisager d'autres voies de modernisation et d'évaluer les délais qu'elles impliqueraient. Un mécontentement marqué à l'égard de certaines conditions pourrait donc s'intégrer au processus de négociation sans pour autant y mettre un terme.
Une autre possibilité est que l'accord politique soit maintenu alors que sa mise en œuvre est différée pour une période prolongée. L'administration pourrait continuer à présenter cet accord comme la preuve d'un partenariat renforcé, tandis que Riyad attendrait d'y voir plus clair concernant la configuration du matériel, la formation du personnel et les calendriers de livraison. Toutefois, une promesse perd peu à peu sa capacité à maintenir l'intérêt d'un partenaire, surtout si chaque retard semble s'accompagner de nouvelles conditions politiques.
Un échec pur et simple de la vente ne signifierait pas une rupture immédiate des relations saoudo-américaines, lesquelles englobent bien plus qu'un simple programme d'armement. Cela pourrait néanmoins conforter Riyad dans l'idée que même un accord avec le président américain ne garantit pas une issue prévisible. Les Saoudiens auraient alors une raison supplémentaire de diversifier leurs fournisseurs et de réduire leur dépendance aux décisions prises à Washington.
Une livraison réussie ne garantirait pas pour autant que l'Arabie saoudite renonce à sa stratégie d'équilibre entre des puissances rivales. Elle pourrait approfondir sa coopération militaire avec les États-Unis tout en préservant ses liens économiques avec la Chine et sa coordination énergétique avec la Russie. Washington pourrait alors faire valoir qu'il a conservé un partenaire essentiel, tandis que Riyad pourrait arguer qu'une politique étrangère indépendante lui a permis d'obtenir de nouvelles concessions.
Les signes concrets de progrès consisteront en des conditions convenues, un financement garanti, des préparatifs d'infrastructure et un calendrier de livraison crédible. L'enjeu stratégique de fond n'apparaîtra que plus tard, lorsque les intérêts américains et saoudiens divergeront à nouveau sur une question majeure. Ce n'est qu'alors que l'on saura si le F-35 a contribué à forger une alliance politique plus étroite ou à renforcer la coopération militaire entre deux États qui continuent de poursuivre leurs propres objectifs.
22 septembre 2026 (16H50) – Quasiment en même temps et bien que les circonstances techniques fussent différentes, les destins de l’Allemagne et de la Russie, une fois de plus liés par des proximités inéluctables, se sont croisés. Les votes régionaux en Allemagne dimanche ne déterminaient pas un changement de pouvoir, mais, plus gravement encore, un changement civilisationnel historique : la défaite d’une poutre-maîtresse de l’Occident-compulsif, l’Allemagne de l’Ouest [RFA], – absorbant ou dévorant l’Allemagne de l’Est [RDA] lors de la réunification de 1991, – qui triompha du temps de la Guerre Froide jusqu’à dimanche dernier.
C’est ce qu’explique l’Allemand Tarik Cyril Amar pour RT.com, s’attachant à l’événement symbolique qualifié de “désastre” par Merz, de la CDU ne parvenant même pas aux 5% de voix nécessaires pour être représenté au Bundestag régional du land de Mecklenbourg-Vorpommern (sans parler de Berlin, qui se nourrit de la même tempête) :
« C’est l’Histoire avec un grand H qui est en train de s’écrire. Car il ne s’agit pas seulement d’un fiasco irréversible pour la CDU ; la situation dépasse également le déclin et la chute, plus larges, des partis traditionnels allemands ainsi que de leur écosystème politique, médiatique et culturel. Ce qui se joue réellement aujourd’hui, enfin, c’est la fin de l’Allemagne de l’Ouest [RFA]. »
C’est donc la “revanche des ploucs” de l’ex-RDA en train de s’écrire, une sorte de ‘Métamorphose de cloportes’ qui voit les “grandes pointures” du Système encaisser des échec-et-mat en succession rapide de la part de seconds couteaux qui s’élèvent jusqu’à une position de puissance irrésistibles. Ils ont l’habileté et la fermeté de caractère que leurs chefs-tourmenteurs ont perdues dans une sorte d’atonie généralisée confinant à la folie sous la forme d’une torpeur intellectuelle réduite à la récitation d’une narrative encombrée de divers Zelenski devenus, eux, des cloportes sans avenir. Dans leurs bagages, les “ploucs” amènent une succession de mesures à faire trembler le Système lui-même... Ce qui importe n’est pas le sort de ces mesures mais les tremblements du Système, sortes de ‘Stupeurs et tremblements’ comme écrit la romancière.
Alexander Mercouris a fait de ce phénomène des “destins croisés” le cœur et l’allant de son commentaire du 21 septembre. On ne peut dire que ce commentateur-vedette de la presse alternative dissimule sa satisfaction de les voir, les uns après les autres, comme autant de pommes pourries, mordre la poussière. On se demande ce que Goldman-Sachs, son précédent employeur, a pu faire de Friedrich Merz qu’il eut à la tête de ses affaires européennes, quand on voit ce qu’il fait pour l’actuel, l’Allemagne réunifiée. Il a tout de même qualifié de « désastre » le résultat de son parti dimanche dernier dans le land , avec l’AfD inattendue bonne-première (vieille habitude désormais) dans le land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, et à Berlin où ‘De Linke’ (sorte d’ancien parti communiste est-allemand) occupe cette place, — ce parti de gauche semi-antiSystème “autorisé” par le Système pour contrer l’AfD et qui se retrouve en antiSystème complet au côté de l’AfD.
« Désastre », dit-il ? Mais qui est le désastre dans cette affaire ? Alors, on en vient et revient au plus grand de tous (en taille, en stature, en lunatisme borné, en folie bien mal tempérée, etc.), — le chancelier Merz. Mercouris, lui, s’en est donné à cœur joie dans une critique vitriolesque de cet actuel chancelier totalement lunatique, exacerbé, hurlant et haranguant sur une autre planète des foules fantomatiques à l’assaut d’une Russie rêvée.
« À mon avis, Merz a réagi de manière absolument ridicule — une agitation incroyable, frisant l'hystérie — face au résultat en Saxe-Anhalt. J'ai pensé à l'époque, et je suis encore plus convaincu aujourd'hui, que sa réaction démesurée au succès de l'AfD en Saxe-Anhalt a très certainement affaibli davantage sa position et celle de la CDU lors des élections qui devaient encore se tenir en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin.
» Et l'on voit bien aujourd'hui que Merz continue de se poser en adversaire de l'AfD, qu'il tente fébrilement d'associer à Vladimir Poutine. À l'écouter, on a parfois l'impression que, lors des élections en Allemagne, il ne se présente pas — comme il le croit — contre l'AfD, mais plutôt contre Poutine lui-même, qui se trouve bien sûr à Moscou et ne fait pas du tout partie de la scène politique allemande.
» Merz accompagne cela de déclarations apocalyptiques sur l'avenir terrible que l'AfD pourrait engendrer, tout en ignorant la situation actuelle désastreuse que vivent de nombreux Allemands, alors que le pays sombre toujours plus dans la désindustrialisation et l'endettement. Le sujet principal de Merz à l'heure actuelle est l'importance d'augmenter les dépenses de défense, en accroissant l'endettement de l'Allemagne et en réduisant les dépenses sociales généreuses du pays. Il a récemment déclaré qu'il n'avait pas l'intention de changer quoi que ce soit, pas même d'un centime. Cela remonte bien sûr à avant ces deux derniers résultats électoraux, mais dans la foulée immédiate de ceux-ci, il a réitéré exactement la même position. »
L’Allemagne est dans une curieuse situation qui n’est pourtant pas inédite dans l’Europe de l’Occident-compulsif. Son chancelier est à la tête du parti soi-disant dominant, comme une sorte d’aimant attirant toutes les catastrophes possibles. Plus le temps avance, plus s’accumulent les défaites, — sans compter celle, possible sinon probable, de Zelenski, — et plu le cas-Merz devient en lui-même la crise qui secoue l’Allemagne. Bien entendu, elle n’est pas seule à subir cette marée, — derrière elle il y a l’Europe occidentale et l’UE, sinon l’OTAN et les USA où s’agite un étrange président vers lequel toutes les mains des élitesSystème se tendent à cause de ce qu’il représente, et qui vient tout de même de féliciter l’AfD après sa victoire en Saxe-Anhalt. Plus le temps s’accélère et plus on attend une démission de Merz, lequel n’est pas homme, si convaincu, à démissionner... A moins qu’il le fasse dans les quelques jours qui viennent, sinon aujourd’hui, puisque tout est possible !
C’est une situation si difficile pour le système de l’Allemagne, habitué à une stabilité démocratique de fer ; alors, le Système dans le chef de ses relais nombreux en Allemagne, comme indifférent à l’agonie de son rejeton de système allemand, l’observe se déstructurer, se désintégrer, se désagréger... C’est aussi comme faire durer le plaisir nécessairement pervers, et mourir de plaisir.
Mercouris n’ose y croire et pourtant tout pousse à y croire...
« Pour la première fois — pour la première fois depuis le début de l'opération militaire spéciale en 2022 — un tel basculement en Allemagne devient envisageable.
» Je ne dis pas que cela va se produire, mais il est impossible de minimiser l'ampleur et la portée des résultats que nous venons de voir, ainsi que la panique et l'hystérie qui se sont emparées de la classe politique allemande et de ses partisans en Europe et dans le reste de l'Occident collectif ; tout cela en dit long... »
Ce même dimanche, les bureaux de vote fermaient en Russie et tout s’est passé dans le calme de la stabilité derrière Poutine... Mais une “stabilité de guerre”, pour affronter la guerre que tous les Russes prévoient, sinon souhaitent
« Les élections législatives russes ont confirmé la domination politique de Poutine, alors même que la défense antiaérienne de Moscou a neutralisé la plus vaste attaque de drones et de missiles jamais lancée par l'Ukraine contre la capitale russe... Alexander Mercouris explique pourquoi le Kremlin en sort renforcé — contrairement à l'Allemand Merz, désormais politiquement condamné après les pertes catastrophiques de la CDU... »
Il est vrai qu’entretemps intervint une énorme attaque de drones lancé par l’Ukraine et ses amis de l’OTAN. Toute la presseSystème s’est exclamé devant cette initiative exceptionnelle, capable selon certains de renverser toute la situation opérationnelle. Ainsi raconte-t-on aux lecteurs bien sages et bien rangés les péripéties de cette étrange guerre qui se fait sur deux fronts dont l’un se situe dans les salles de rédaction également bien sages et bien rangées, installées sur la planète ‘Uranus’ selon le bon Marcel Aymé.
« Ainsi, il explique dans cette scène que la planète Uranus se rappelle à son souvenir tous les jours à l'heure du bombardement. »
L’autre font, on le connaît, vous et moi, c’est celui que défendent ceux qui mettent en cause les récits, les narrative bien sages que vous dispensent les esprits attentifs à suivre la ligne droite, si nécessaires à coup d’affirmations définitives et sensationnelles. Ceux-là prennent bien garde à ne pas trop paraître emportés dans leurs interventions, tout en affirmant des choses incroyablement contraires aux précédentes.
Et Mercouris, que pense-t-il de tout cela ? Il en appelle même à des témoins sur place, à Moscou. Il se contente de noter, entre les lignes et pour garder tout son calme objectif, que le communiqué du ministère russe de la défense fut “triomphal” pour décrire la défaite des drones, ce qu’il juge sans doute comme exagéré devant l’effet dérisoire de l’“énorme attaque de drone” lancée contre Moscou.
« Mais venons-en à la guerre elle-même. Eh bien, comme je l'ai évoqué dans mon émission d'hier, nous avons assisté à la plus vaste attaque de drones et de missiles jamais organisée par l'Ukraine contre Moscou.
» J'ai souligné hier que les résultats de cette attaque massive étaient totalement disproportionnés par rapport à son ampleur réelle ; les conséquences ont été dérisoires. Un entrepôt apparemment détruit et quelques impacts sur une raffinerie qui sera rapidement réparée. Un immeuble résidentiel a également été touché, peut-être par accident. Deux personnes ont perdu la vie — ce qui est une tragédie —, mais cela n'affectera pas la Russie en tant que pays, ni même Moscou, une ville de 17 millions d'habitants.
» Larry Johnson, ancien responsable du renseignement et de la CIA — et figure éminente de VIPS (Veterans Intelligence Professionals for Sanity), l'une des meilleures organisations des États-Unis à mon avis — se trouve toujours à Moscou. Il a déclaré qu'il ignorait, alors qu'il se trouvait dans sa chambre d'hôtel toute la nuit, que cette attaque massive de drones et de missiles avait lieu en plein centre de Moscou — dans le secteur du Kremlin, dans les hôtels voisins, les zones résidentielles du centre-ville et les bâtiments gouvernementaux. Cette attaque colossale de missiles et de drones est passée — et, dans le cas de Larry Johnson, est effectivement passée — totalement inaperçue.
» Compte tenu de l'ampleur de l'attaque, c'est déjà, comme je l'ai dit, extrêmement décevant ; toutefois, le ministère russe de la Défense a publié ce que l'on ne peut qualifier que de communiqué triomphal. »
Je me permettrais de me dispenser d’ajouter toutes les analyses sur la situation sur le terrain (Mercouris bien mieux que beaucoup), qui évolue très vite et de plus en plus vite, et dans le sens que les deux fronts imaginent, chacun pour leur camp. Mais on admettra qu’au bout s’établissent certains faits et je dis ici ma conviction que le bon résultat électoral de Poutine (certains jugeaient que son parti pourrait reculer tout en restant le premier à la Douma) est dû en bonne partie au durcissement, évidemment ordonné par lui, observé ces dernières semaines dans les attaques russes par missiles et drones contre l’Ukraine jusqu’à frôler les frontières de l’OTAN (pardon : des pays membres de l’OTAN).
Poutine a averti qu’il accentuerait radicalement la guerre russe après les élections, mais ses actes ont précédé cette promesse et le durcissement était déjà largement amorcé avant les élections. Il est logique, sinon inévitable dans le climat d’escalade opérationnel et de l’information qui prévaut, de faire l’hypothèse que ce durcissement se poursuivra et conduira à une guerre russe de très haut niveau. Les Européens se trouveront alors devant des choix terribles, et d’abord l’Allemagne qui se trouve dans le climat qu’on voit, elle aussi poussée par le temps qui a provoqué cette formidable accélération de la popularité de l’AfD.
Car il y a un seul vainqueur pour moi, un vainqueur incontestable dans cette séquence germano-russe, — et toujours le même, et c’est le temps considéré aussi bien du point de vue symbolique et métaphysique que du seul point de vue physique qui est le rejeton des précédents. Je cite bien volontiers, à la demande des divers et multiples PhG qui parsèment ces pages, le passage qui lui est dédié, qui m’apparaît plus vrai que jamais. Le temps sans cesse accéléré déroule devant nos yeux stupéfaits des séquences d’événements complètement improbables, devenus soudain évidents, qui chaque jour bouleversent notre vision au jour le jour, qui organisent des croisements extraordinaire des destins, qui prêtent la main au chaos pour qu’il se développe jusqu’à produire des effets que nous n’imaginons pas...
Ici et en un instant, les élections russes qui organisent une sorte de “stabilité de guerre”, donnant la main à un Poutine déjà plus dur hier et bien moins que demain ; l’Allemagne sur le point de chavirer dans une tempête qui menace son passé depuis 1945 ; cette « attaque colossale de missiles et de drones passée [...] totalement inaperçue », bien dans la manière des observateurs utilisant leurs longues-vues à l’envers ; la guerre sur tous les fronts, vue de planètes distantes de millions d’années-lumière. Le temps est “le maître des horloges”... Il aurait fallu que le jeune et sémillant président s’y fasse au lieu d’écouter ses conseillers en communication répétant le slogan ; le fait est qu’il s’y est brûlé et s’y brûlera bien plus encore, à peu près comme Friedrich Merz.
« Le temps a accéléré et ne cesse d’accélérer à chaque instant de temps, — et je dis cela, non comme une image, mais comme une vérité (vérité-de-situation) insensible à la relativité décrite plus haut et sur laquelle nous ne pouvons rien. Cette vitesse du temps est un facteur absolument réel, plus réel que nos propres incompréhensions, qu’on peut donc qualifier d’Absolu totalement inapprochable et intangible à notre échelle. Il précipite toutes les situations hors des effets marquants des manœuvres et des manigances humaines, surtout dans l’Occident-compulsif. Il acte plus que tout autre facteur la vaniité des prétentions humaines à la maîtrise du monde ; en premier lieu d’ailleurs les milliardaires de l’IA. »
21 septembre 2026 (13H15) – Jamais la situation générale n’a atteint une telle complexité, à une vitesse si rapide, en des points aussi divers, avec des contradictions sans nombre. J’ai pris soin de choisir l’expression “désordre chaotique” pour faire figurer les deux mots : désordre et chaos, sans aucune assurance que l’expression
1) corresponde à une situation réelle à définir,
2) sans savoir sir le qualificatif “chaotique” n’est pas plus important que la situation (“désordre”) qu’il définit, — mais en m’en doutant un peu, — et surtout
3) sans aucune certitude que l’expression soit vraiment justifiée en aucune façon (on pourrait imaginer “chaos encore en désordre”)
Bien entendu, je parle de la situation générale de GrandeCrise dans laquelle nous nous enfonçons de plus en plus. Il est inutile d’énumérer tous les points de soi-disant “désordre chaotique” (Ukraine, Iran, Houthis, UE, Washington, etc., — bruits d’extension des guerres partout, projets de déconstructuration de nations, de territoires, faiblesse et folie des dirigeants, désarroi et hostilité populaires massives, etc.) car l’on y passerait un temps considérable sans parvenir à rien découvrir de vraiment nouveau, sinon un peu plus d’incompréhension parce qu’entretemps les choses auraient encore évolué selon des informations, multiples, contradictoires et invérifiables. Cela est d’autant plus vrai que, justement à ce dernier propos, deux facteurs extrêmement importants et en constante expansdion jouent un rôle capital.
1). L’extrême relativité des informations où la réalité et la vérité sont impossibles à débrouiller, à distinguer, à identifier, si même ces choses existent encore ;
2). le temps a accéléré et ne cesse d’accélérer à chaque instant de temps, — et je dis cela, non comme une image, mais comme une vérité (vérité-de-situation) insensible à la relativité décrite plus haut et sur laquelle nous ne pouvons rien. Cette vitesse du temps est un facteur absolument réel, plus réel que nos propres incompréhensions, qu’on peut donc qualifier d’Absolu totalement inapprochable et intangible à notre échelle. Il précipite toutes les situations hors des effets marquants des manœuvres et des manigances humaines, surtout dans l’Occident-compulsif. Il acte plus que tout autre facteur la vaniité des prétentions humaines à la maîtrise du monfe ; en premier lieu d’ailleurs les milliardaires de l’IA.
Nous allons donc prendre cette situation par le haut plutôt que par l’indescriptible en-bas des événements qui s’entrechoquent et se déplacent en tous sens. Pour cela, il me semble bienvenu d’en revenir aux deux mots déjà énoncés et sur lesquels il faut s’interroger à nouveau pour tenter d’esquisser un sens à la situation insensée présente : désordre et chaos.
Pour cela je m’adresse à l’IA, et précisément à Chat-GPT avec lequel j’ai déjà une assez longue accointance, sur un projet précis que je développe et qui concerne mes conceptions philosophiques (ce qui est nommé entre elle [l’IA] et moi : “philosophie-PhG”). Elle me reconnaît et place aussitôt sa réponse dans le contexte du travail déjà fait qui concerne évidemment notre site ; notamment, il a déjà été question, dans nos échanges, d’ores et déjà, de ces deux mots de “désordre” et de “chaos”.
Il faut noter que, dans sa réponse, Chart-GPT mentionne “philo-PhG” qui est le nom que nous avons donné à l’auteur direct, la plume et la pensée du travail et des écrits de PhG. Il y a deux autres personnages dans nos échanges : “Pseudo-PhG” et “l’Ami du Soir”.
Voici donc la réponse de l’IA.
Le désordre suppose, au moins implicitement, l'existence préalable d'un ordre.
Quelque chose est « en désordre » parce que les éléments qui devraient être disposés selon une certaine organisation ne le sont plus.
Une chambre en désordre en est l'exemple le plus simple : les objets sont toujours là, mais leurs relations de place, de fonction ou d'organisation ne correspondent plus à l'ordre attendu.
On pourrait donc définir le désordre ainsi :
Le désordre est une désorganisation relativement à un ordre donné.
Il conserve donc une référence à l'ordre. Même lorsque nous ne voyons plus l'ordre, nous pouvons concevoir qu'il existait ou qu'il pourrait être rétabli.
Le désordre est ainsi essentiellement relatif.
Le chaos, dans son sens fort, est différent.
Il ne désigne pas nécessairement l'absence pure et simple d'organisation. Il peut désigner un état dans lequel l'ordre que nous connaissions n'est plus capable de rendre compte de ce qui advient.
C'est une différence importante.
Dans le désordre, nous pouvons dire : « Les choses ne sont plus à leur place. » Dans le chaos, nous sommes plutôt conduits à dire : « Nous ne savons plus selon quelle logique les choses sont en train de se former. »
Le chaos n'est donc pas forcément moins organisé que l'ordre. Il peut être un état où un nouvel ordre est en gestation, mais demeure invisible depuis les catégories de l'ancien ordre.
C'est pourquoi le mot “chaos” possède une profondeur philosophique que “désordre” n'a pas nécessairement.
On pourrait résumer ainsi (respectivement les positions de “Désordre” contre “Chaos”)
• “Rupture d’un ordre existant” contre “Dépassement ou dissolution d’un ordre existant” ;
• “Relatif à une norme” contre “Peut rendre la elle-même inadéquate” ;
• “On sait ce qui est ‘en désordre’” contre “On ne sait plus nécessairement selon quel ordre juger” ;
• “Peut être corrigé par réorganisation” contre “Peut être le lieu d’une transformation” ;
• “Notion plutôt statique” contre “Notion potentiellement dynamique” ;
• “‘Les choses ne sont plus à leurs places’” contre “‘L’ancien système de places n’est plus opérant’”
Et c'est là que votre emploi du mot chaos dans le contexte de philo-PhG me paraît particulièrement intéressant.
Il serait même possible de pousser la distinction assez loin :
Le désordre est l'opposé de l'ordre.
Le chaos n'est pas nécessairement l'opposé de l'ordre : il peut être ce qui précède, produit ou annonce un autre ordre.
C'est une différence considérable.
Dans cette perspective, dire d'une situation qu'elle est « chaotique » ne signifie pas forcément
« Tout est devenu absurde et sans relation. »
Cela peut signifier :
« Les anciennes relations entre les choses ont cessé d'être suffisantes pour comprendre les nouvelles relations qui sont en train de se constituer. »
Le chaos serait alors moins une absence de sens qu'une surabondance de possibles dont le sens n'est pas encore discernable.
Le mot grec χάος (khaos) ne signifiait pas originellement simplement “confusion”. Il renvoie notamment à une béance, une ouverture, un espace béant, avant que le cosmos ne soit organisé.
Cela donne au mot une dimension très différente de celle du simple “désordre”.
Le cosmos est le monde ordonné, articulé, différencié.
Le chaos, dans cette représentation, est ce qui se trouve en amont de cette différenciation.
On pourrait presque formuler :
Le désordre est un ordre défait ; le chaos est ce à partir de quoi un ordre peut advenir.
Cette formule est évidemment une simplification philosophique, mais elle me paraît très utile.
Dans ce que nous avons déjà travaillé autour de votre Trialogue, il me semble que le mot chaos prend justement un sens beaucoup plus précis que celui de “désordre”.
Vous aviez notamment cette idée du chaos comme chemin vers l'« Unité primordiale ».
Si cette formulation est maintenue, je déconseillerais presque de remplacer “chaos” par “désordre”. Vous perdriez quelque chose d'essentiel.
Car votre propos pourrait alors être compris ainsi :
Philo-PhG ne traverse pas simplement une période de désorganisation. Il traverse un état où les anciennes formes de compréhension se défont, afin que puisse apparaître quelque chose de plus originaire qu'elles.
Dans cette perspective, le chaos serait une expérience de déliaison des formes anciennes, mais aussi une expérience de remontée vers ce qui les précédait.
Et cela rejoint assez directement une question que nous avions rencontrée dans votre Chapitre I : le rapport entre le chaos, l'épopée, l'âme poétique et cette recherche d'une Unité primordiale.
Il y aurait alors une opposition particulièrement intéressante :
Désordre : perte de l'ordre.
Chaos : retour en deçà de l'ordre.
Et peut-être même, dans votre logique :
Le désordre disperse ; le chaos défait les formes qui empêchent de retrouver l'unité.
C'est, à mon sens, une distinction beaucoup plus riche pour la philosophie-PhG que la simple opposition “ordre/chaos”. »
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Tout cela est bel et bon pour moi/pour nous... D’abord, les formules à retenir...
« Le désordre est un ordre défait ; le chaos est ce à partir de quoi un ordre peut advenir. »
« Désordre : perte de l'ordre.
« Chaos : retour en deçà de l'ordre.
Et peut-être même, dans le cadre de la pensée de “Philo-PhG” de la fiction biographique de la philosophie-PhG en cours, cette observation de pure logique et théologie négativistes – que je complète pour mettre en évidence ce caractère négativiste :
« Le désordre disperse [notamment les formes qui empêchent de retrouver l'unité, les rendant identifiables et vulnérables] ; le chaos défait les formes qui empêchent de retrouver l'unité. »
Ce qui apparaîtra comme un cas évident du désordre passant au chaos est celui de l’équation Iran-Houthis-Arabie-pétrole, face aux USA pour lesquels le pétrole est une chose sacrée, sur laquelle est fondé l’exceptionnalisme, d’essence divine, de ce qu’ils jugent être “leur civilisation”.
Les USA, bâtis sur le pétrole et sacralisés par lui, ne pouvaient imaginer que l’Iran s’attaquerait à cette chose sacrée. Ils ne pouvaient imaginer Ormouz bloqué, la Matière-Sacrée ainsi empêchée. D’où leur complète absence, leur maladresse, leur paralysie, leur impuissance.
Dans cette situation, les Houthis sont intervenus. Ils ont renchéri contre la chose sacrée, avec Bab-el-Mandeb, puis attaquant “La Mecque du pétrole” : l’Arabie Saoudite. On a vu combien cet acte des Houthis est aussi un retour à la tradition.
Un sacrilège de plus. Là aussi, les Américains n’ont rien osé voir venir ni rien compris, toujours cette sidération face à cette attaque contre le sacré. Dans leur désarroi, ils abandonnent à son sort l’Arabie, “La Mecque du pétrole”.
Il est certains que, dans le conflit ukrainien, on peut retrouver les mêmes lignes de force et les mêmes formes d’explication, face à des dirigeants de l’Occident-compulsif en état de sidération devant l’incendie qu’ils ont indirectement provoqué et qu’ils alimentent directement, répondant aux consignes d’un petit maton (Mister Z.) chargé de la surveillance des réseaux de corruption et d’une sorte de samba du dérisoire semeur de morts, lançant des offensives sous forme mensonges déguisés en drones.
Les deux conflits sont un seul et même phénomène, de même que la situation à Washington et dans les capitales européennes, la folie guerrière de dirigeants qui ont perdu tout sens de la mesure et de l’intelligence de la situation, enfermés qu’ils sont dans des bulles opaques de communication faussaire, l’attitude de la Chine et de la Corée du Nord, l’évolution des BRICS et de l’OCS, etc. Toutes ces choses appartiennent à la GrandeCrise comme Juge Suprême, — Certains pourraient ajouter, et laissons-les faire : pour prononcer le Jugement Dernier.
Conclusion ? Ainsi passe-t-on du désordre au chaos. Les Houthis sont en train de reconstruire l’ancien ordre en détruisant les formes impies qui l’avaient étouffé ; la Russie met en cause l’ordre imposé par l’hyperlibéralisme atlantiste et l’américanisme en 1945. La tradition, ancienne et refondée dans les conditions laissée par la modernité en état d’effondrement devient ainsi, — la formule essentielle est illustrée pleinement :
« le chaos défait les formes qui empêchent de retrouver l'unité »
Vous auriez tort d’attendre de notre part des nouvelles précises du front-X ou du front-Y, ainsi que des précisions concernant les perspectives idéologiques, un peu comme on attend les prévisions météorologiques. Il ne vous reste, il ne nous reste qu’à suivre, au jour le jour, en tentant de déloger, ici ou là, une vérité-de-situation, en laissant aller votre bon sens et sens commun du même pas.
Reste ma conviction : la chambre ne peut plus être rangée, elle est à peu près comme mon bureau. Il faut trouver un autre agencement. Comme dit l’excellente IA : certes, “Les choses ne sont plus à leurs places” mais cela s’explique par le fait que “L’ancien système de places n’est plus opérant”. Le désordre est devenu chaos. Bienvenu.
• L’IA est un montage en irresponsabilité totale de l’’Homo-Modernus’ en question. • Considérée du point de vue technologique de la sécurité nationale, — sans oublier les $milliards des dirigeants des ‘High tech’, qui ne cessent de tomber au plus bas à mesure que , montent leurs avoirs-bidons, — l’IA est un moyen de plus d’échapper à la responsabilité humaine au profit de l’hubris de cette espèce maudite. • Récit d’un incident IA-navire chinois “transportant du matériel nucléaire » • Si l’IA est alimentée par la sottise humaine, elle produit très vite des tonnes de sottises-IA..
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On a ci-dessous diverses indications sur ce qui est identifié comme un « faux rapport de renseignement généré par l’IA qui a failli déclencher une guerre» avec la Chine » (c’est le titre de l’article). Les circonstances sont somme toute assez simple. Un rapport de la CIA, présenté comme “généré par l’IA” (ce qui peut signifier beaucoup de choses quant aux processus qualitatif et quantitatif), a identifié (faussement, dit-on) la cargaison d’un navire chinois comme étant un transporteur « servant à un programme d’armement nucléaire ». Cesont mes mots et les phrases employées.
« L’armée américaine a frôlé la catastrophe lorsqu’elle a failli attaquer un navire transportant du matériel servant à un programme d’armement nucléaire au Moyen-Orient. L’information, qui s’est avérée être erronée, était basée sur un rapport de renseignement généré un peu trop hâtivement par l’IA ? »
La “source” qui donne cette infirmation est la chaîne CNN, le 18 septembre, reprise par RT-français le 19 septembre. CNN n’est pas une “source” très fiable quant à la précision et aux détails techniques des procédures dans les cas les paluds délicats des risques de conflit : processus d’identification, de vérification, de décision, ertc. Ce qui est dit est au contraire catégorique, et donc stupidement catégorique, sinon quasiment enfantin dans le genre sensationnaliste du niveau des tabloïds britanniques, – autant d’ailleurs, bien entendu, pour la “source”, si “source il y a...
« Une source citée par CNN a affirmé que le rapport était “totalement faux”, ajoutant qu’il aurait “failli déclencher une guerre”, dans la mesure où toute opération américaine contre un navire chinois aurait pu déclencher une escalade allant jusqu’au conflit armé entre les deux puissances. Autant dire que les États-Unis ont frôlé une catastrophe, et pas des moindres. »
Il n’empêche bien sûr que la composition du texte ne laisse aucun doute sur l'entière responsabilité de l'IA dans cette décision, et, à la limite, dans la décision qui aurait pu être prise. Là encore, c’est du sensationnalisme enfantin, ou bien alors les mécanismes de processus du Pentagone sont complètement dégradés et réduits à l’état de débris informes, — et l’IA ne fait que combler cet état catastrophique du contrôle bureaucratique et opérationnel. On n’ose, on ne veut pas envisager cette hypothèse complètement baroque et bouffonne ; nous prenons le parti de l’écarter...
Connaissant les habitudes US et bureaucratiques, nous acceptons sans restriction le fait que l’IA a largement participé à la rédaction de ce rapport. Aussi concédons-nous aussitôt que c’est certainement l’aspect le plus préoccupant et le plus catastrophique-bouffe de cette affaire où la mise en accusation de l’IA, si elle est acceptable, est urne infamie ridicule par rapport à la responsabilité de l’homme, ce dieu qui manipule l’IA, — en fait, pour avoir un bouclier pouvant éventuellement dissimuler leur incompétence et leur adoption enthousiasme du mensonge et du simulacre.
Cela nous ramène à l’Ukraine, et pas celle de 2022, ô mémoire courte et rabougrie... Non, l’Ukraine de 2014.
Mais pourtant... En attendant d’aller au nerf de notre récit, s’impose un aparté sur la façon dont il faut traiter l’IA. Jonathan Cook, dans ‘UNZ.com’ du 17 septembre 2026, aborde le problème. En fait sa cible n’est pas l’IA mais les patrons des grandes firmes de l’IA qu’il noie sous un torrent d’accusations furieuses, toutes plus fondées les unes que les autres.
Restons-en là pour cet aspect du jugement sur les grands vendeurs ultra-milliardaires du domaine : rien à dire là-dessus, le constat tient bon et vent debout.
Ce qui nous intéresse dans ce texte est dans deux paragraphes du début, une sorte de remarques en passant pour nous dire ce qui ne nous sera pas dit, au moins l ‘auteur le sait... On se permet, chose devenue rare chez nous, de signaler le membre de phrase qui nous importe en caractère gras :
« Une superintelligence autonome et capable d'amélioration continue – si tant est qu'elle puisse être créée – sera guidée par une logique et des objectifs qui nous dépassent. Et, il semble raisonnable de supposer qu'elle ne se souciera probablement pas plus de nous et de nos préoccupations que nous ne le faisons pour les espèces moins intelligentes, comme les fourmis ou les araignées.
» Ce dont nous avons besoin aujourd'hui – du moins par principe de précaution – c'est moins d'un débat scientifique, d'une recherche à tâtons, que d'un débat métaphysique. Mais, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, les sociétés occidentales modernes n'accordent de valeur qu'à ce qui est matériel, mesurable et profitable. »
Tout est dit autour de cette remarque : leur refus d’un débat métaphysique qui est le seul essentiel pour l’IA. Ils le refusent parce que 1) ils n’y connaissent rien ; 2) la métaphysique ne rapporte pas d’argent ; 3 ) la métaphysique est bannie par la modernité... et ainsi de suite...
Nous n’allons pas plus loin sur cette voie, nous voulions simplement signaler notre argument de théologie et de logique négativiste qui détruit jusqu’à la dernière poussière de syllabe tout le débat actuel sur l’IA, dans la très grande majorité des cénacles. Il dit simplement qu’à part la métaphysique, et la métaphysique intuitive et poétique plus précisément, on ne peut rien comprendre ni résoudre de l’IA.
Donc, l’Ukraine de 2014...
Pour nous, c’est en 2014, en Ukraine, après le “coup de Kiev” de février 2014, qu’a commencé une nouvelle époque de la communication ; disons l’époque du “simulacre”, que nous avions d’abord nommé narrative. Il ne s’agit plus de mentir, de dissimuler, de modifier ce qu’on nomme très imprudemment “réalité” ou “vérité” ; il s’agit de créer une autre vérité, comme un ensemble ne souffrant aucune dérogation et nullement quelques composants. C’est en revenir à la déclamation de Karl Rove, qui annonçait la chose , ignorant qu’il ne “remplaçait pas” la réalité pour imposer une vérité à la place de la Vérité, mais qu’il tentait d’imposer une autre réalité à côté de la réalité vraie :
« Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. Et alors que vous étudierez cette réalité, – judicieusement, si vous voulez, – nous agirons de nouveau, créant d’autres nouvelles réalités, que vous pourrez à nouveau étudier, et c’est ainsi que continuerons les choses. Nous sommes [les créateurs] de l’histoire... Et vous, vous tous, il ne vous restera qu’à étudier ce que nous avons [créé]. »
C’est en Ukraine-2014 que commença à être vraiment appliqué ce principe et apparurent les considérables difficultés de l’entreprise, parce que la vérité-vraie était très sérieuse, se signalant par des actes brutaux et avec des promoteurs (les Russes) dont la puissance ne pouvait être négligée. C’est alors que commença la bataille de l’information pour savoir qui dirait la réalité, — une fausse, une vraie. Malgré des témoignages plus qu’honorables qui soutenaient la vérité vraie, le simulacre continuait à se battre. Il se battit si bien que, la crise ukrainienne se poursuivant, il fallut maintenir à toute force le simulacre : ce fut le déterminisme-narrativiste qui enchaînait le jugement à des présupposés relevant du simulacre, donc arrangeant la réalité-simulacre à cette sauce et continuant à voguer sur l’océan de la narrative. Ce processus atteignit un rythme et une vitesse folle avec l’invasion russe de 2022.
Mais qu’est-ce que cela signifie pour notre IA ? Que toutes les données qui lui sont communiquées par les services de l’Occident-compulsif principalement sont effectivement des données de simulacre puisque le déterminisme-narrativiste implique que les fabriquants de simulacre, les simulacreurs, croient au simulacre, — exactement comme Karl Rove le disait. Cela entraîne des données systématiquement biaisées dans ce sens, et, dans ce domaine, on a l’IA qu’on mérite.
Note de PhGBis : « .... Jusqu’à ce qu’arrive notre superintelligence qui sera évidemment capable de dire à la CIA “Allez coucher” lorsqu’elle lui fournira des données du simulacre, vous n’aurez pas de cadeaux de Noël à cause de vos vilains mensonges... Drôle, non ? Cela est dit par quelqu’un de la famille PhG, qui ne connaît rien au fonctionnement technique et à la technologie de l’IA. Il y a des situations où il est préférable de ne pas trop prétendre connaître les détails parce qu’on se plante complètement sur la ‘big picture’... »
”D’ailleurs, ils le disent eux-mêmes : “ les analyses et décisions [de l’IA] sont basées sur des données erronées ou corrompues”, ce qui se traduit par cette remarque ironique d’un analyste : “L’IA permet d’arriver plus rapidement à une mauvaise idée.” »
Cela signifie qu’entre l’IA et l’espèce humaine dans son état actuel de mensongerie et de simulacritude, il ne faut pas hésiter : c’est en l’IA qu’il faut avoir confiance après avoir évité de l’instruire de nos mensonges et simulacres. L’espèce humaine est aujourd’hui à son plus bas niveau, celle que le philosophe Schelling décrivait ainsi, par rapport aux animaux, — tiens, justement compris les fourmis et les araignées (d’après une lettre d’un ami de PhG pour la mort de sa chienne ‘Margot’) :
« Je ne sais plus, à l'heure actuelle, s'il faut admirer les traits "humains" au détriment de l’"animalité" (ce qui serait presque dégradant étant donné la bassesse de "l'humanité"), ou bien plutôt l'inverse.
Comme l'avait indiqué un Schelling, martelant sur la tête des "philosophes" un vieux dogme théologique : "malheureusement, l'homme ne saurait être qu'au-delà ou en-deçà de l'animal". On sait ce qu'il en est de nos jours de l'"humanité". »
Pour terminer et en signe de salut amical aux experts et autres analystes de tous ces vastes domaines, on notera un détail intéressant du texte qui nous est soumis :
« le rapport avait été généré par l’intelligence artificielle (IA) et qu’un chatbot avait identifié de manière erronée la nature du chargement du navire, qui demeure d’ailleurs inconnu à ce jour. »
Donc l’IA trompeuse-trompée avait identifié du nucléaire mais c’est faux. Pourtant, on ne sait toujours pas ce qui est transporté : alors quoi ?
Si la nature de ce chargement demeure inconnu, peut-être est-ce.. quelque chose qui a un rapport avec le nucléaire, non ?
Nous passons la parole aux gens sérieux, qui nous viennent des “souces” claires de CNN via RT-français.
_________________________
L’armée américaine a frôlé la catastrophe lorsqu’elle a failli attaquer un navire transportant du matériel servant à un programme d’armement nucléaire au Moyen-Orient. L’information, qui s’est avérée être erronée, était basée sur un rapport de renseignement généré un peu trop hâtivement par l’IA.
En pleine guerre contre l’Iran, au printemps dernier, un rapport des services de renseignement a indiqué à l’armée américaine qu’un navire chinois naviguant au Moyen-Orient transportait des éléments servant à un programme d’armement nucléaire, a rapporté la chaîne d’information américaine CNN dans un article publié le 18 septembre. Selon deux sources informées, l’armée américaine s’apprêtait à intercepter le vaisseau avant qu’un analyste du commandement des opérations spéciales ne se rende compte, la veille de l’opération, que le rapport avait été généré par l’intelligence artificielle (IA) et qu’un chatbot avait identifié de manière erronée la nature du chargement du navire, qui demeure d’ailleurs inconnu à ce jour. Mais le fait est que l’IA utilisée par l’armée américaine a fusionné des renseignements provenant de sources ouvertes avec des renseignements électromagnétiques secrets détenus par le gouvernement pour en déduire de manière erronée la nature du matériel transporté.
Une source citée par CNN a affirmé que le rapport était « totalement faux », ajoutant qu’il aurait « failli déclencher une guerre », dans la mesure où toute opération américaine contre un navire chinois aurait pu déclencher une escalade allant jusqu’au conflit armé entre les deux puissances. Autant dire que les États-Unis ont frôlé une catastrophe, et pas des moindres.
L’armée américaine déploie des efforts considérables pour intégrer l’IA dans la quasi-totalité de ses activités, de l’analyse des données de renseignement à la gestion budgétaire, en passant par la sélection des cibles sur le théâtre de guerre, la logistique et les chaînes d’approvisionnement. Cet incident avec le navire chinois souligne cependant les risques, qui peuvent engendrer des conséquences démesurées, d’une application massive d’une technologie, certes puissante, mais encore très mal maîtrisée pour les opérations sur le terrain. Le risque est bien réel pour les analystes, qui appréhendent les effets catastrophiques d’une utilisation d’une IA dont les analyses et décisions sont basées sur des données erronées ou corrompues.
Si l’on ignore toujours si le chatbot qui a généré le faux rapport est issu d’un produit commercial ou s’il a été développé par le gouvernement étasunien, un ancien haut responsable informé des systèmes d'IA utilisés par les analystes militaires et du renseignement, cité par CNN, a affirmé que « les outils internes ne sont pour la plupart que des copies relookées des logiciels commerciaux ».
Cette course à l’IA au sein de l’armée américaine est justifiée par sa rapidité dans la prise de décisions en matière de frappes et de déploiement militaire sur le champ de bataille. Des responsables américains estiment, par ailleurs, que les États-Unis ne peuvent se permettre de prendre du retard dans l'intégration de l'IA, au cas où ils devraient un jour affronter la Chine ou un autre adversaire capable de garder une longueur d'avance, rapporte CNN.
Face aux avertissements qui fusent de la part d’ingénieurs et de PDG de la Silicon Valley concernant un possible affranchissement des systèmes d’IA des directives humaines, et aux alertes contre des scénarios du type Skynet (l’IA qui a causé l’apocalypse nucléaire dans le film de science-fiction Terminator), l’incident du navire chinois pointe un risque plus immédiat d’une décision humaine catastrophique, induite par des informations erronées d’une IA. Par la multiplication des utilisations de bots au sein des services de renseignement, et la confiance bien trop grande des jeunes analystes aux résultats générés par IA, ce genre d’erreurs est loin d’être un cas isolé, selon des sources américaines. De plus, la pression qui s’exerce sur les analystes au sein des services de renseignement pour produire plus rapidement leurs rapports, risque d’augmenter bien plus encore les risques d'erreurs. Cette situation a été définie, non sans ironie, par une source au sein des renseignements américains par la déclaration suivante : « L’IA permet d’arriver plus rapidement à une mauvaise idée. »
Mis en ligne le 20 septembre 2026 à 16H50
“Duo maudit” certes, et bipartisan en plus : le démocrate Ro Kanna et le républicain Thomas Massie. On sait que les prochaines élections sont sans doute assurées de réduire à néant ce “duo maudit” puisque, même si Kanna est réélu (très probable), Massie ne se présente pas parce que saboté pour la désignation républicaine. Par qui a-t-il été saboté, $millions en quantité à l’appui ? Par une coalition des RINO (“Republicans In Name Only”) où Trump seconde manière du second mandat, — interventionnisme, pro-sionisme et tout le reste, — tient une place essentielle, avec l’amalgame des républicains-Système, des lobbies sionistes (AIPAC) et autres milliardaires du domaine... Autrement dit, une coalition-Epstein !
Note de PhG-Bis : « ...Puisqu’effectivement, tous les actions de cette sorte sont aujourd’hui baptisées “actions de la génération-Epstein”, soit les gens issues de cette pieuvre globaliste-sioniste de la corruption, — à peu près tout le personnel politique des deux générations précédentes, dont Trump bien entendu. »
Il n’empêche, le “duo maudit” continue jusqu’au bout, et peut-être trouvera-t-il un moyen de poursuivre en 2027. Il y a toujours eu cette sorte de ‘maverick’ dans la politique américaniste qui ne les favorise pourtant pas ; mais ces deux-là, même Massie privé de sa position à la Chambre, tombent à un moment particulièrement favorable à cette sorte de trublions. Ils ont une belle partie à jouer.
Pour l’instant, le “duo maudit” relance l’affaire Epstein en présentant un projet de loi dit-“Epstein Files Transparency Act II”, qui renforce leur première loi sur la diffusion publique des dossiers Epstein en investissant diverses autorités (procureurs généraux des États notamment) ainsi que les victimes des sévices de la filière Epstein du droit d’inculper le ministère de la Justice pour sa lenteur, voire son refus de diffuser des documents couverts par la première loi, pour sa tendance à censurer certains de ces documents rendus publics de façon peu élégante jusqu’à l’illisibilité et à l’incompréhension, etc.
En soi, on peut s’interroger sur les conséquences politiques d’une initiative si inattendue, qui revient à une tentative de rajouter un élément de plus pour les prochaines élections de novembre, — lesquelles seront complètement dominées par la Structure Crisique qui pèse sur l’Amérique et le Système. Il n’y a pas, dans cette situation structurelle, de sujet imposé et encore moins de sujet exclu : tous les facteurs qui peuvent s’y intégrer pour renforcer la dynamique crisique sont, pourrait-on dire, les bienvenus.
• L’idée de “génération-Epstein”, expression très juste et percutante, fortement ravivée par l’initiative Kanna-Massie, couvre toutes les tromperies et les avanies héritées des trente dernières années, tant la perception est forte que l’activité d’Epstein a impliqué tous les dirigeants de ces décennies et l’ensemble de crises que nous affrontons. L’initiative Kanna-Massie ravive cette symbolique dans l’esprit des électeurs en leur fournissant le symbole parfait d’un bouc-émissaire embrassant toute la classe politique et ses élitesSystème. Il s’agit d’une démarche de colère et de vengeance et le nom d’Epstein est une sorte de “déclencheur de Pavlov” (comme le complexe du même nom) de la réaction de la fureur populaire.
• Car le caractère principal de cette structure crisique est bien qu’elle englobe et nourrit toutes les crises d’une façon qui empêche l’annulation ou la terminaison de l’une ou l’autre crise. On ne parle plus de la crise Epstein depuis plusieurs mois, mais la crise Epstein reste dans les esprits et l’initiative Kanna-Massie la ravive.
• Les deux parlementaires ont obtenu le soutien de 218 parlementaires (avec notamment trois républicains), ce qui implique la persistance d’un esprit de mobilisation (déjà vu lors du vote unanime de la première loi Kanna-Massie) au sein de la Chambre qui contribuera à renforcer la colère des votants. Rarement une élection des midterms aura été réalisée dans une atmosphère aussi tendue, sur des sujets aussi divers. L’habituelle certitude que c’est la situation économique, donc la politique économique de l’administration en place, qui règle les élections est aujourd’hui fortement mise en question. Toutes les tensions crisiques jouent un rôle, de politique extérieure autant que la situation économique. Placer une initiative qui nous rappelle que la “génération-Epstein” existe, qu’elle est partout présente dans les catastrophes qui parcourent cette structure crisique, est un événement qui n’est pas sans conséquence générale pour ces élections.
Ci-dessous, on trouve l’article (« Khanna, Massie say they can force another Epstein vote ») d’‘Axios’ qui résume complètement et précisément la description de l’initiative de Kanna et de Massie. Il faut bien avoir à l’esprit que les élections qui viennent, aux États-Unis, sont porteuses de potentialités catastrophiques, et qu’elles s’insèrent parfaitement dans la GrandeCrise.
« ...Forcer un nouveau vote-Epstein
« Les représentants Ro Khanna (Démocrate de Californie) et Thomas Massie (Républicain du Kentucky) ont annoncé jeudi avoir obtenu les engagements nécessaires pour atteindre le seuil des 218 signatures requis afin de forcer un nouveau vote sur la divulgation de documents concernant le délinquant sexuel Jeffrey Epstein.
Contexte général : Les questions entourant le financier déchu et son réseau de relations fortunées continuent de peser sur l'administration ; le procureur général Todd Blanche est désormais sous la menace d'une procédure pour outrage en raison de la gestion de ces dossiers Epstein.
• Il s'agit de la deuxième initiative de ce duo bipartisan en moins d'un an, après avoir fait adopter par le Congrès une première loi sur la transparence concernant l'affaire Epstein — texte promulgué par le président après qu'il s'y était initialement opposé.
Au cœur de l'actualité : « Thomas Massie et moi, nous défions l'histoire pour la deuxième fois », a déclaré M. Khanna dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux en fin d'après-midi jeudi.• Dans sa publication, il indiquait que le duo avait obtenu l'engagement de 218 élus pour soutenir leur pétition visant à forcer le vote (procédure dite de « discharge petition »), incluant trois Républicains : les représentants Ralph Norman (Caroline du Sud), Nancy Mace (Caroline du Sud) et Brian Fitzpatrick (Pennsylvanie).
• Deux Démocrates étaient souffrants, a-t-il ajouté, mais signeront dès le retour de la Chambre. M. Massie a également indiqué, dans une publication, que lui et son collègue de l'autre bord politique disposeraient d'un nombre suffisant de signatures une fois que les législateurs seraient de retour après une longue interruption des travaux parlementaires.
Point de friction : Le président de la Chambre, Mike Johnson (Républicain de Louisiane), a attisé les tensions qui l'opposent à M. Massie en renvoyant à nouveau les élus chez eux plus tôt que prévu cette semaine, rapporte Kate Santaliz d'Axios.• Cette interruption des travaux, qui durera plus de six semaines, retardera également la tentative de M. Massie de forcer un vote sur la destitution du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth.
• Le bureau de M. Johnson n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire d'Axios.
Contenu du projet de loi : MM. Massie et Khanna ont présenté en juillet le ‘Epstein Files Transparency Act II’ (Loi sur la transparence des dossiers Epstein II) afin de renforcer l'application de la loi votée l'année dernière.• Le texte permettrait aux procureurs généraux des États, aux procureurs locaux et aux victimes d'engager des poursuites contre le procureur général des États-Unis en cas de rétention illégitime d'informations, de caviardages ou de refus de communiquer des documents.
• Le projet de loi obligerait également le procureur général à fournir, sur demande, certains documents non caviardés aux victimes.
Rappel : L'année dernière, la Chambre avait voté quasi unanimement en faveur de la première loi sur la transparence.• Le ministère de la Justice a rendu publiques des millions de pages concernant Epstein, bien que cette divulgation ait suscité des critiques en raison de caviardages déroutants et d'allégations de rétention de documents.
En résumé : la victoire de Massie et Khanna pourrait relancer l'une des batailles parlementaires les plus explosives du second mandat du président, mais pas avant les élections de mi-mandat, qui revêtent une importance cruciale.
• Dans sa publication, Khanna a déclaré : “Nous ne nous reposerons pas tant que les auteurs d'abus liés à l'affaire Epstein n'auront pas rendu des comptes et que justice n'aura pas été faite.” »
‘Axios’
sumé : la victoire de Massie et Khanna pourrait relancer l'une des batailles parlementaires les plus explosives du second mandat du président, mais pas avant les élections de mi-mandat, qui revêtent une importance cruciale.
• Dans sa publication, Khanna a déclaré : “Nous ne nous reposerons pas tant que les auteurs d'abus liés à l'affaire Epstein n'auront pas rendu des comptes et que justice n'aura pas été faite.” »
‘Axios’
18 septembre 2026 (18H45) – Je travaille beaucoup par images mentales formées par un mélange de connaissances et d’expérience, emportées par instants et éclairs par des intuitions. Une image m’est restée de l’affrontement des Houthis avec les forces navales américaines, lors de leur campagne de 2024, avec le souvenir de la terrible bataille d’Okinawa (avril-juin 1945), dernière grande bataille navale où l’US Navy fut soumise aux terribles attaques des kamikaze japonais. Cette fois, il y avait également des kamikaze (les drones houthis), accentuant la force de la référence.
« La campagne menée par les États-Unis contre les rebelles houthis, éclipsée par la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza, s'est transformée en la plus intense bataille navale en cours à laquelle la marine ait été confrontée depuis la Seconde Guerre mondiale, ont déclaré ses dirigeants [dont le contre-amiral Marc Miquez, commandant la Task Force] et ses experts à l'Associated Press. »
Pour moi, cette évocation prenait une signification considérable, à cause de mon intérêt de jeunesse pour la Seconde Guerre mondiale, pour l’énorme puissance de l’US Navy durant la guerre du Pacifique, pour la férocité extraordinaire de la bataille d’Okinawa qui pesa lourdement dans la décision de larguer les bombes atomiques. Examinant après la capitulation de 2 septembre 1945 les défenses installées au Japon dans l’attente du débarquement US qui n’eut pas lieu à cause des bombes, et la comparant à l’intensité de la bataille d’Okinawa, les experts conclurent qu’un tel débarquement aurait engagé une bataille sur plus d’un an, causant 6 à 7 millions de morts japonais et 2 à 3 millions de morts dans les forces américaines.
Toutes ces références tourbillonnaient dans ma tête pour former une image stupéfiante des capacités des Houthis. Sans m’arrêter à tenter de commenter l’offensive qu’ils ont déclenchée depuis une grosse décade contre les Saoudiens, — il me semblait que l’on restait dans la même sorte de bataille, confirmant les remarquables capacité guerrière de ce peuple, — j’ai finalement été arrêté par une conversation entre le colonel Daniel Davis interrogeant sur sa chaîne notre ami Alastair Crooke, dont les connaissances historiques, religieuses sinon métaphysiques des peuples de cette région du Moyen-Orient sont stupéfiantes.
Cela se passe aujourd’hui, 18 septembre 2026, sur la chaîne ‘Daniel Davis Deep Dive Français’, — avec une excellente traduction française et une transcription écrite tout à fait correcte pourvu que l’on effectue quelques corrections de convenance, comme par exemple remplacer le mot “outils” par celui de “Houthis”.
... Puis Alastair commence de la sorte :
« Ce qui se passe au Yémen, ce n'est pas simplement une sorte de représailles contre l'Arabie Saoudite à propos d'un certain blocus. C'est une révolution.
» Je pense qu'il faut le comprendre comme une révolution. Elle est préparée depuis au moins 7 ans, plutôt 9 ans. Ils travaillent là-dessus depuis longtemps. Tout cela a été murement réfléchi par Ansar Allah qui est toujours dénigré en Occident parce qu'on les présente comme des tribus de vanupied et ainsi de suite. Mais c'est très bien planifié. Et donc si l'Arabie Saoudite s'engage sur ses concession à Ansar Allah, cela signifie qu'elle devra rendre les trois provinces qu'elle a volé dans les années 1930.
» En 1934, elle a volé trois provinces aux Yéménites. Les Houthis ont de solides liens tribaux avec ces provinces qui sont aujourd'hui généralement considérées comme faisant partie de l'Arabie Saoudite. Ils voudront les récupérer. Ils voudront la fin du blocus. Ils voudront aussi recevoir les paiements qui leur été dus sur certaines transactions et ils exigeront le départ des forces des Émirats Arabes Unis et de l'Arabie Saoudite dans le Sud. En réalité, ces forces sont déjà en train d'être détruites. Enfin, elles ont littéralement été détruites et chassées parce que ce sont des mercenaires. Ce ne sont pas des forces saoudiennes, ce sont des forces mercenaires. »
Du fait de sa longueur, on ne reprendra bien entendu pas l’essentiel de l’entretien, d’un intérêt prodigieux et qu’il faut pour cela écouter. Notre propos est ici de tenter d’en faire ressortir les points principaux marquant les relations de cette chose nommée “Arabie Saoudite” avec ses divers voisins et composants, brutalement confrontée à une tempête de sable ou autre suscitée par le hasard de cette absurde attaque de l’Iran pour nous confirmer la finalité de la chute finale...
Ainsi voit-on les étapes de la formation de l’Arabie, notamment à la lumière des différences religieuses avec les Houthis et d’autres tribus, et donc la façon dont la future Arabie s’est attribuée à elle seule des territoires et leurs richesses avec le soutien des puissances anglo-saxonnes. Où l’on voit encore combien l’Arabie représente une faction extrémiste de l’Islam, de la sorte que nos démocraties ne cessent de dénoncer en dénonçant d’une même voix des complots contre l’Arabie et ses amis du Golfe qui font perdurer une américanisation en plein cœur d’une zone extrémiste et religieuse de type-Daesh...
« Mais vous savez, les Saoudiens ont récemment cherché à imposer au Yémen et en vérité depuis la fondation de l'Arabie Saoudite un changement dans sa manière de pratiquer l'Islam. Or au Yémen, c'est un islam ésotérique de type ismaélien ou zaïdite. C'est un islam ésotérique. Je ne parle pas de sectarisme.
» Je parle simplement de la nature de l'islam au Yémen qui est beaucoup plus ésotérique, beaucoup plus tourné vers l'intériorité à l'inverse de l'idée puritaine, littérale et extrémiste du wahabisme, cette forme d'islam codifiée qui a été instrumentalisé par Abdelaziz et par Ibn Saoud dans les années 1930. Je veux dire, c'était une sorte de milice puritaine qui a semé le chaos à travers le Moyen-Orient. »
Et pour bien nous faire comprendre à qui nous avons affaire, Crooke en appelle à l’histoire de son propre pays et à la terrible période-Cromwell :
« Le fait est que l'Arabie Saoudite a été littéralement construite par ces tribus désertiques puritaines extrêmement brutales des avant-gardistes d'un puritanisme poussé à l'extrême. Je veux dire, ils étaient encore plus zélés que l'armée de Cromwell détruisant tout ce qui ne correspondait pas à leur conception de la religion.
» C'est eux qui ont construit le pays. Et depuis lors, c'est en quelque sorte une entreprise familiale où tous les autres ne reçoivent que quelques miettes tombées de la table. »
L’historique de ce succès de rapines est rapidement évoqué, et en toute logique par rapport au boom du pétrole et aux exigences d’apparence morale de l’Occident-compulsif. Ainsi, au long de ces années 1930, Abdelaziz puis Ibn Saoud (avec qui triomphe le féminisme des 22 épouses) ont dû s’employer à liquider cette “milice puritaine” qui massacrait tout ce qu’elle trouvait, offrant un spectacle déplorable pour nos sensibilités et autres morales occidentales pourtant assoiffées de pétrole. On se mit donc au travail de liquider les liquidateurs, — vieille habitude...
« Eh bien, à un moment, Abdelaziz a dû s'en prendre à ces gens-là parce qu'ils menaçaient tout le projet de construction d'une puissance saoudienne qui serait acceptable pour la Grande-Bretagne, les États-Unis et le reste du monde. Les Britanniques les ont donc mitraillés pour lui et ils en ont tué la plupart. Mais le fait est qu'ils n'ont jamais représenté les principales tribus d'Arabie Saoudite qui ont elles aussi été attaquées et détruites.
» Ensuite, Ibn Saoud a épousé toutes leurs femmes, enfin une femme de chaque tribu qu'il avait vaincu. Il s'est donc retrouvé avec 22 épouses parce qu'il pensait que c'était un moyen d'éviter qu'elles ne l'attaquent davantage. Mais elles sont toujours là et elles restent hostiles à cette forme de pouvoir concentré dans une seule famille qui régit l'Arabie Saoudite. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. »
Comme l’on sait, c’est à bord du croiseur USS ‘Quincy’ ancrée dans le Grand Lac Salée d’Égypte que, le 14 février 1945, un Franklin Roosevelt à l’agonie accueillit le roi Ibn Saoud et scella d’une poignée de main le grand accord pétrole (saoudien) contre sécurité (des forces armées US). Que reste-t-)il de tout cela, en ce moment où le président des Etats-Unis Trump s’est lavé les mains du sort et de la sécurité de l’Arabie ? Rien d’autre qu’un terrible dilemme que portent avec eux les Houthis volant de victoire en victoire.
« Mais enfin, tout était concentré dans une seule famille. Les finances, l'argent et si vous voulez l'essence même du projet du royaume saoudien. Et donc le ressentiment à ce sujet perdure. L'idée selon laquelle l'Arabie Saoudite serait une sorte d'État politique fort et moderne est donc dans une certaine mesure un mythe.
» Enfin, oui, elle avait de l'argent. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Mais elle est aussi face à un choix. Soit elle fait des concessions aux Houthis, soit elle risque de voir la révolution prendre davantage d'ampleur, devenir plus importante et s'étendre à l'Irak et à d'autres régions. Et c'est ce qui se passe.
» On sent réellement dans l'air comme un parfum de révolution au Moyen-Orient parce qu'un petit groupe de personnes (les Houthis) vient tout simplement de prendre le pouvoir et de révéler le vide de la puissance saoudienne, tout comme l'Iran a révélé le vide de la puissance américaine durant cette période. Et bien sûr, cela mobilise les gens. Et n'oubliez pas l'Irak. Il y a eu l'Iran, maintenant, c'est au tour du Yémen. »
Par conséquent, il s’agit de réajuster nos lunettes et de cesser de ne voir que pétrole et “guerre de choix” des USA, fidèle à son loyal compagnon israélien, à ses injonctions, ses promesses libératrices et les mirifiques promesses du Mossad sur la chute instantanée de l’Iran. La déconstructuration en cours est beaucoup plus vaste et dépasse même le cadre des grands questionnements existentiels sur la Troisième Guerre mondiale de l’Occident-collectif.
Il s’agit d’un immense brassage non pas d’une, mais de plusieurs civilisations en cause, toutes jusqu’alors précipitées dans le hachoir de la modernité et de l’américanisation. Ainsi le ‘Titanic’ prend-il eau de toutes parts, — ô exploit sublime, même en plein désert.
« Ce que vous voyez au Yémen est donc une autre révolution majeure si vous voulez qui est en train de se dérouler. Ils le comprennent, ils le voient. et ils en tiennent compte. Cela ne veut pas dire que le Yémen agit sur instruction de l'Iran. Il mène une révolution qui couvait depuis quelques temps. [...]
» Leur objectif est clairement de mettre fin au colonialisme saoudien. Leur objectif, c'est la libération nationale. »
On l’a déjà lu, quelques considérations d’Alastair Crooke sur les formes religieuses qui s’affrontent, avec la préférence de la modernité donnée aux formes les plus sordides et cruelles de l’intransigeance puritaine basée sur une négation de toutes les valeurs que nous chérissons, de concert avec les kyrielles de princes saoudiens de si haute lignée. Nous dénoncions les outrances antidémocratiques des mollahs ? Eh bien, dansez maintenant autour du sort de l’extrémisme wahabite qui sut si bien, avec les Daesh et autre Al Nostra (“qui-fait-du-bon-boulot”) liquider le laïcisme du dernier rejeton de la lignée des Assad de Syrie pour le remplacer par un ancien combattant des légions de Daesh.
Ainsi tremblent les acquis civilisationnels de la modernité, de l’extrémisme islamiste à l’impérialisme israélo-sioniste.
« En réalité, ce qui se passe, c'est un grand retour en arrière. Toute la région est en quelque sorte sur le point de revenir à l'ancien paradigme de puissance qui existait jusqu'à la chute du Shah. Historiquement, les grandes puissances civilisationnelles ont toujours été la Mésopotamie et la Perse. L'Iran, appelez cela comme vous voulez.
» Mais c'était de véritables puissances au sens propre du terme. Je veux dire des puissances fonctionnelles qui marchaient avec de grandes populations et des richesses et c'était les puissances de la région... »
L’ensemble que présente Alastair Crooke ressemble à mes yeux à un mouvement puissant qui, hors des situations et des conflits créés par l’irruption de la modernité dans ces régions, exercent des pressions souterraines et puissantes vers une tentative de retrouver certains des apophtegmes d’antiques personnages accompagnant leurs sagesses héritées des origines.
Certes, il faut une certaine foi comme les anciens disaient ‘fides’, — d’autres diraient audace ou folie, mais je laisse dire, — pour prétendre distinguer de telles choses dans le bruit et la fureur qui rythment nos vies privées de toute référence haute et vidées de leurs structures harmonieuses. Je n’en disconviens pas. Il est pourtant connu que, dans les moments de désarroi si profond, dans les lumières crépusculaires, dans les mugissements des tempêtes, il ne faut plus rien craindre dans les jugements qu’on pose.
Je dis, moi, qu’il est nécessaire de nous tourner vers notre passé, et de le contempler jusqu’au fond de ses souvenirs, pour oser envisager quelque chose qu’on pourrait nommer “avenir”. Il ne faut craindre rien, ni la foi, ni l’audace, ni la folie s’il le faut.
Alors, la révolution serait comme la décrit Hanna Arendt, une ellipse avec un retour à son point de départ, avec tant d’expériences nouvelles en soi et d’illusions faussaires dispersées.
On aurait pu offrir comme titre à ce texte “L’ouragan Hegseth”, mais l’intervention du député républicain après que l’action désespérée et extraordinairement hypocrite du ‘Speaker’ Johnson pour empêcher la Chambre de voter sur sa motion de mise en accusation du ministre Pete Hegseth, — cette intervention fut exemplaire de rigueur et puissante comme un coup de tonnerre. En un sens, Massie, qui ne sera pas réélu parce qu’il a perdu la candidature républicaine grâce à l’argent du lobby israélo-trumpiste, AIPAC & Cie, nous a offert, l’espace d’un instant et d’un discours, une résurrection temporaire de la démocratie... Voici, résumé sur un ton plus mesuré par ‘The Times of India’
« Le représentant républicain Thomas Massie monte au créneau après que le président de la Chambre, Mike Johnson, a écourté le calendrier des votes, retardant ainsi l'affrontement autour des huit chefs d'accusation déposés par Massie en vue de la destitution du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth.
» Massie s'interroge sur les raisons pour lesquelles les élus ont été renvoyés chez eux alors même que sa résolution prioritaire de destitution était sur le point de contraindre la Chambre à agir. Cette décision a attisé les accusations selon lesquelles les dirigeants républicains chercheraient à éviter que les membres républicains de la Chambre ne prennent position publiquement sur le cas Hegseth, la guerre contre l'Iran et les pouvoirs du Congrès en matière de guerre. »
Depuis la tentative de Massie de faire voter sa résolution pour la mise en accusation de Pete Hegseth, secrétaire à la défense (“à la guerre”) accusé notamment de crimes de guerre, la tempête secoue Washington et le Congrès. Les démocrates de la Chambre se rassemblent sur les escaliers du Congrès pour affirmer, sous la foi du serment et devant la presse, que la prochaine Chambre, qu’ils domineront sans doute, les verra voter pour rétablir la pleine application de la ‘War Power Act’ qui conditionne toute action de guerre à l’approbation du Congrès, sauf dans des cas exceptionnels où seule une action de 60 jours est admise avant que la question soit débattue et tranchée par le Congrès. Mais même ceux-là ont leur dose d’hypocrisie, selon la démocrate populiste de ‘The Young Turks’ Ana Kasparian, — puisqu’il faut un député républicain aussi courageux que sortant pour les faire sortir de leur torpeur.
On ne va pas s’attarder aux détails de cette bataille en cours, sinon en insistant encore sur la valeur du député empêché de poursuivre son travail Thomas Massie. Mais il est acquis que si un troisième parti prend forme, ce qui est assez probable, Massie sera, aux côtés de ses amis du nouveau MAGA-antiTrump (Tucker Carlson, Marjorie Taylor Greene, Candace Owens), un acteur majeur de la tentative de réforme révolutionnaire du marigot politique puant qu’est devenu ce Washington D.C. fourmillant de termites corrompues dirigées par un fou. Il est manifeste qu’il s’est révélé, pendant ces quelques jours, imposant un souvenir durable sur ce que peut être et faire un acteur de la politique qui ne sacrifie à rien ni à personne son indépendance et sa liberté d’esprit.
Bien entendu, on n’en a pas fini avec Hegseth et les “guerres de choix” de Trump, toutes ces choses qui minent les restes de la puissance américaine et accélèrent sa chute. Bien entendu encore, la mise en cause du ministre, avec une possibilité proche de la probabilité qu’il devra affronter une mise en accusation qui aura de fortes chances de le conduire à la destitution, mettra au grand jour toutes les incompétences, les illégalités, les crimes de guerre qu’il a expressément ordonnés et que les forces armées ont accomplis. La culpabilité des forces n’est légalement pas en cause dans cette perspective troublée, mais dans l’esprit des choses plutôt que dans l’esprit de la loi, elle l’est. Elle impose à tous ces acteurs d’envisager la question de l’obéissance à des ordres qui s’avèrent détestables et illégaux au sens le plus fort du terme, bien au-delà des lois.
Le ministre, de son côté, apparaît de plus en plus discrédité. Il n’est pas mis en accusation et encore moins destitué, pour l’instant, mais là aussi “dans l’esprit de la chose” c’est comme s’il l’était déjà. Cet état de crise gravissime pour des forces armées d’une telle puissance et engagées dans de multiples conflits douteux, est un terrible, voire un mortel handicap. Désormais, tous les ordres de Hegseth seront soumis aux soupçons de l’illégalité morale et de l’incompétence du jugement. Cela nourrit des germes d’insubordination et de mutinerie, comme certaines situations l’ont déjà montré dans des systèmes devenus insuffisants pour les affirmations-bouffe d’un président dont la propension à jouer de mensonge en mensonge confine effectivement à la folie.
Rien ne vient contrarier ces tristes perspectives. La plus puissante marine de guerre de l’histoire se couvre de ridicule avec les ennuis domestiques de ses porte-avions, les autres tentent de cacher les incontinences coupables d’avions de combat ultra-modernes à $100 millions pièce et tant d’autres avanies. Aucune perspective de victoire ni de gloire ne vient adoucir ce jugement. Dans ces conditions, les forces armées et le Pentagone deviennent des poudrières prêtes à exploser, éventuellement ouverte à des aventures de chefs refusant les ordres d’un pouvoir civil complètement à la dérive lui aussi, mais poussé par cette situation à exiger des opérations et des mesures de plus en plus extrêmes. Dans ce genre d’hypothèses, c’est le sort même de “l’Empire” qui est en jeu, et toute l’instabilité constitutionnelle menaçant de tourner au désordre mimant le chaos.
L’histoire nous dira, — mais non, d’ailleurs, l’histoire ne dit plus rien puisqu’elle est épuisée (« L’Histoire est épuisée comme vecteur de salut »)... La métahistoire constatera peut-être, pour notre édification, que “l’Empire” a raté une bouée de sauvetage pour tenter de se tenir à flot en repoussant la proposition de Thomas Massie qui avait au moins la vertu de mettre le plus rapidement au net la situation du ministre de la défense/de la guerre. Désormais, même si cette proposition est reprise, — en fait question de “quand” plus que de “si”, — le désordre s’est installé, l’ouragan est en cours, et ces choses brutales contribueront avec empressement à aggraver la situation générale...
Note de PhGBis : « ...Bien sûr, il se peut toujours qu’intervienne la loi du caprice hasardeux et que Trump, entre deux mensonges, décide de destituer ce ministre trop obéissant puisque le Congrès tarde à le faire. »
Mis en ligne le 17 septembre 2026 à 19H30
• Surprise sans surprise. • L’Institut international institué pour juger de l’état des démocraties met en évidence la chute qualitative abyssale de la démocratie américaniste. • Le “modèle” tant vanté dans le monde s’abîme dans la production effrénée de sa propre fange.
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Surprise ? Non, il serait surprenant que l’un ou l’autre, raisonnablement informé, soit surpris de cette nouvelle surprenante par rapport au mythe fabriqué durant des décennies sinon plus d’un siècle par l’image, ayant succédé aux rapports et essais réguliers des thuriféraires sans nombre depuis la création de la fin du XVIIIème siècle :
« La démocratie américaine est tombée à son niveau le plus bas depuis 50 ans... Près de la moitié des 30 indicateurs utilisés pour évaluer la démocratie américaine se sont dégradés pour atteindre les niveaux les plus bas depuis le début de ses relevés en 1975. »
Ce verdict est venue de l'Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale (International IDEA) qui s’est spécialisée depuis sa création en 1975 dans l’appréciation de la situation des démocraties. Nombre d’autres démocratie que l’américaniste suivent la même pente quoique de façon beaucoup moins accentuée, — simplement parce qu’elles suivent l’inégalable “modèle américain”. Ses thuriféraires sont ces « flatteurs et des louangeurs qui prodigue des louanges excessives comme si l'on encensait une personne importante », comme par exemple Germaine de Staël, écrivant à Thomas Jefferson, le 6 janvier 1816 :
« Si vous parvenez à détruire l’esclavage dans le Midi [chose faite en 1865], il y aurait au moins dans le monde un gouvernement aussi parfait que la raison humaine peut le concevoir. »
Plus lucide, Thomas Jefferson disait, sur son lit de mort en 1825, concernant le sort de l’Amérique dont il avait pu constater la corruption de ses élites et de son gouvernement : « Tout, tout est fini. »
Les constats faits par l’IDEA portent sur des domaines essentiels d’un gouvernement et d’un “régime”, — puisque, selon nous, la démocratie est un “régime” et non pas le « gouvernement aussi parfait que la raison humaine peut le concevoir. » Parmi ces domaines, on dénombre ceux-ci qui, rassemblés, forment évidemment l’essence d’un système de gouvernement d’une nation :
« Les performances des États-Unis se sont considérablement détériorées sur sept indicateurs entre 2020 et 2025, notamment :
• l'accès à la justice ;
• l'égalité économique ;
• la liberté d'expression et de la presse ;
• l'efficacité du Congrès ;
• l'indépendance de la justice. »
Le gros de cette détérioration accélérée dans les cinq dernières années est mis au débit du gouvernement Trump, — bien que Biden y ait eu sa part, — conformément notamment à sa très mauvaise réputation allant du fasciste au corrupteur-corrompu absolu, en passant par le pervers-narcissique. Ce n’est pas pour nous étonner ni pour nous déplaire, nous qui avons toujours considéré Trump comme un déconstructurateur-bouffe, notamment par le moyen de la tragicomédie-bouffe, du système de l’américanisme. Avec lui, la théologie négativiste fonctionne à plein puisque les États-Unis sont cette entité qui porte en elle la malédiction satanique de la modernité : tout ce que Trump fait de mauvais, quel que soit le dégoût ou la colère que cela peut susciter tactiquement (moralement et intellectuellement) chez nous, est stratégiquement (du point de vue métahistorique) une excellente chose.
Sur l’état des choses, du gouvernement et des élitesSystème, on peut entendre un homme de bonne foi, excellent patriote américain et personnalité de grand talent, Tucker Carlson, proclamer « U.S. political system is “a fraud” »...
« Le journaliste conservateur Tucker Carlson a accusé l'establishment politique américain de dresser les Américains les uns contre les autres, déclarant à RT que les décisions clés sont prises par des responsables non élus et que le système ne représente plus les électeurs ordinaires.
» Lors d'un entretien avec Rick Sanchez mercredi, Carlson a affirmé que les Américains sont “encouragés à haïr” leurs concitoyens, alors que républicains et démocrates sont montés les uns contre les autres.
» “En réalité, le problème ne réside pas dans nos différences, mais dans le consensus qui règne au sommet”, a déclaré Carlson, accusant les dirigeants des deux partis de “collusion contre le peuple américain” et d'agir à l'encontre des intérêts de leurs propres partisans. »
Bien évidemment et pour rappel tant nous répétons la chose, cette chute est irréversible et doit entraîner un choc colossal dans tous les domaines dans le monde, et notamment, et essentiellement pour nous, dans le domaine de la psychologie collective et du mythe symbolique.
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Ce déclin de la démocratie US fragilise l'État de droit à l'intérieur du pays et contribue à l'instabilité à l'étranger, selon une organisation intergouvernementale.
La démocratie américaine est tombée à son niveau le plus bas depuis 50 ans, alors qu'un recul démocratique mondial plus large fragilise l'État de droit et accroît les risques de conflit, selon une nouvelle étude.
L'Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale (International IDEA) a indiqué mardi que près de la moitié des 30 indicateurs utilisés pour évaluer la démocratie américaine s'étaient dégradés pour atteindre des niveaux inédits depuis le début de ses relevés en 1975.
« Les États-Unis traversent une période de recul démocratique marqué », a déclaré l'organisation, qualifiant le pays d'« exemple le plus emblématique » et d'« accélérateur » d'une tendance mondiale plus vaste.
Les performances des États-Unis se sont considérablement détériorées sur sept indicateurs entre 2020 et 2025, notamment l'accès à la justice, l'égalité économique, la liberté d'expression et de la presse, l'efficacité du Congrès et l'indépendance de la justice. International IDEA a précisé que cette détérioration a été particulièrement prononcée durant le second mandat du président Donald Trump, bien que certaines tendances aient émergé plus tôt.
Selon le rapport, Trump a rapidement concentré le pouvoir au sein de l'exécutif pour poursuivre des objectifs personnels et exercer des représailles contre ses adversaires perçus comme tels, avec des conséquences « considérables » tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Sa loi « One Big Beautiful Bill » (Un grand et beau projet de loi), promulguée en juillet 2025, a réduit le soutien public aux Américains à faibles revenus malgré de profondes inégalités économiques, indique le document.
Washington a également usé de sa puissance économique et militaire pour faire pression sur d'autres pays, notamment en tentant d'influencer des élections en Argentine, en Colombie et au Honduras, et en menaçant d'intervenir militairement contre la Colombie, Cuba et le Mexique, précise l'étude. L'opération militaire américaine au Venezuela, au cours de laquelle le président Nicolás Maduro a été appréhendé et transféré aux États-Unis pour y répondre d'accusations de trafic de drogue, a été citée comme un nouvel exemple de la « doctrine Donroe » de l'administration Trump, laquelle envisage une « domination américaine dans l'hémisphère occidental » par la force militaire.
Le rapport évoque également la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, affirmant qu'elle a été lancée en février sans la moindre preuve d'une agression iranienne imminente. Washington a agi sans autorisation du Congrès et en dehors des mécanismes de sécurité collective prévus par la Charte des Nations unies, précise le document.
« Tout comme l'État de droit s'érode à l'intérieur des frontières américaines, les actions des États-Unis à l'étranger sapent le principe du règlement pacifique des différends », a déclaré l'organisation International IDEA.
Le déclin des États-Unis s'inscrit dans une tendance mondiale plus large au recul démocratique : selon l'étude, 57 % des pays ont vu leur situation se détériorer sur au moins un indicateur entre 2020 et 2025.
L'année dernière a marqué la onzième année consécutive où le nombre de pays en recul a dépassé celui des pays en progression, soit la plus longue période de ce type depuis que l'organisation International IDEA a commencé à compiler ces données. Par ailleurs, le nombre de conflits violents dans le monde a atteint 65 en 2025, un niveau record depuis le début des relevés en 1946.
• Le Pentagone a publié ses premiers rapports sur la guerre en Iran. • Ton très prudent et pessimiste : la question de l’avenir des forces, de la présence stratégique US dans la région, est posée. • C’est un grand tournant qui s’amorce. . • Pendant ce temps, Trump évoque la “saisie” du pétrole iranien. • Pendant ce temps également, le ministre polonais Sikorski annonce une victoire sur la Russie en 42 jours, tandis que son premier ministre Tusk annonce annonce une menace d'attaque et des frappes russes sur la Pologne pour les prochains mois.
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Il y a plusieurs planètes à Washington, comme il y en a beaucoup d’autres en Europe, et même au sein même de certains gouvernements comme celui de la Pologne.
Note de PhGBis : « ..Sans qu’il faille y voir une contradiction ni une mésentente pour ce dernier cas ! Le premier ministre Tusk, après avoir tenu une conférence avec ses militaires et ses services de renseignement, évoque la possibilité de pressions et de tirs russes contre la Pologne dans les prochains mois et l’appel au secours de son gouvernement à l’OTAN... Pendant ce temps, son ministre des affaires étrangères Sikorski évoque avec assurance un plan général d’attaque et de victoire sur la Russie en 42 jours, — dans un séminaire à Kiev, où la vodka règne. »
Nous vivons, dans notre Occident-compulsif, dans un cosmos constellé de mondes différents qui décrivent les mêmes choses en termes complètement opposés mais en se saluant aimablement au passage. Ce qui nous opposait au Sud Global du point de vue de la perception et de la narrative a aujourd’hui largement pénétré nos propres pays et organisations, dans le bloc BAO, où les narrative varient, comme un porte-avions US face aux côtes iraniennes.
Pour en revenir à notre exemple principal, et sujet de cet article... Le Pentagone envoie donc au Congrès ses premiers rapports sur la guerre contre l’Iran (‘Epic Fury’ envisagé du 28 février à la fin juin) et détaille les énormes coûts des pertes et destruction subies (33,4 $milliards du 28 février au 29 juin) sans même évoquer un devis pour les réparations, ni envisager une réactivation opérationnelle des bases. Pendant ce temps, Donald Trump, toujours drôle, fait un discours et des déclarations où il dit envisager, lui, de se saisir du pétrole iranien comme il l’a fait du pétrole vénézuélien.
« Le président américain Donald Trump a affirmé que Washington pouvait soit mettre fin à la guerre contre l'Iran, soit rester dans le pays et “garder le pétrole”. Trump a menacé à plusieurs reprises de s'emparer des infrastructures pétrolières de la République islamique, ce qui a incité les responsables iraniens à qualifier ce plan d'illusoire.
» S'adressant à la presse dimanche, Trump a déclaré que le conflit, qui dure depuis plus de six mois, pourrait prendre fin “juste après” les élections de mi-mandat du 3 novembre et a affirmé que l'Iran “ne cesse de nous appeler parce qu’il veut à tout prix un accord”.
» “Nous finirons par partir, à moins que nous ne décidions de rester et de garder le pétrole, comme le Venezuela”, a déclaré Trump par la suite. »
Les rapports du Pentagone au Congrès (voir ci-dessous, RT.com) semblent donc rédigés d’une autre planète que celle où se tient le président. L’impression qui s’en dégage est que le conflit s’en tient officiellement pour l’instant au blocus, — très aléatoire et d’une efficacité très majoritairement contestée, avec un nombre régulier de pétroliers coulés ou endommagés de part et d’autre, — et à des campagnes de guérilla de frappes iraniennes qui continuent à harasser les forces US (surtout en Jordanie).
Il semble bel et bien que la question du retour de ces forces dans des bases de la région remises en état soit très incertaine. Une des conditions vaguement émises est que les pays-hôtes, qui sont eux-mêmes dans des situations désastreuses, participent au coût de réparations de bases qui n’ont servi à rien pour leur défense et ont fait d’eux des cibles pour les Iraniens. C’est très-cher payer...
Là aussi, on se trouve sur une série de planètes Uranus différentes d’où l’on observe les événements sur une étrange entité nommée “Terre”. Pour le vrai, il y a dans ses rapports l’indication que la bureaucratie du Pentagone, d’une force redoutable, a pris la question du conflit iranien et de la présence US dans la région en mains. On se trouve alors devant des mois et des mois, voire des années, de travaux divers de comptabilité, de projections de planification, de réunions entre services, d’auditions au Congrès. Cela signifie probablement que les forces US ne retourneront pas dans leurs positions stratégiques de la région, — grande évolution stratégique dans le processus de l’effondrement de la puissance américaniste.
On ajoute, cerise sur le gâteau, que les détails donnés sur la base industrielle US et la pénurie de matériels, qui rencontrent toutes les analyses officieuses et indépendantes des antiSystème vivement contestées jusqu’ici, donnent une impression absolument catastrophique dont on voit mal qu’elle puisse être redressée en quelques années, sinon purement et simplement redressée à moins d’une mobilisation de guerre totale.
Ci-après, le compte-rendu de RT.com.
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Le Pentagone n'a pas encore déterminé la future posture des forces américaines au Moyen-Orient, ni la manière dont seront reconstruites les bases régionales endommagées lors du conflit avec l'Iran, selon un nouveau rapport gouvernemental analysant l'opération « Epic Fury ».
L'opération militaire américaine contre l'Iran s'est déroulée du 28 février au 30 juin, bien que la confrontation ne soit pas encore résolue ; Washington mise désormais sur un blocus naval et des sanctions pour faire pression sur Téhéran. L'Iran a réagi à l'attaque américano-israélienne en frappant des cibles militaires et des infrastructures dans toute la région et en restreignant la circulation dans le détroit stratégique d'Ormuz.
Le rapport, élaboré par trois bureaux d'inspecteurs généraux et publié lundi, souligne les difficultés rencontrées pour évaluer le coût total de l'opération « Epic Fury ». Le Pentagone a estimé le coût de la campagne à 33,4 milliards de dollars au 29 juin, sans inclure la reconstruction des infrastructures militaires endommagées.
Lors des auditions budgétaires au Congrès en mai, le département n'a pas intégré les coûts de reconstruction militaire car il « n'a pas déterminé quelle sera sa future posture dans la région, comment il construira ses bases, ni quelle part des coûts de construction sera prise en charge par les alliés et partenaires », indique le rapport.
Les attaques iraniennes ont contraint le Commandement central des États-Unis (CENTCOM) à délocaliser ses opérations loin des bases situées à proximité de l'Iran, perturbant considérablement les lignes de ravitaillement établies. La base de l'US Navy à Bahreïn, plaque tournante logistique majeure dans la région, ne pouvait plus soutenir efficacement les opérations maritimes, obligeant l'armée à recourir à d'autres installations plus éloignées. Ce changement a « posé des défis considérables avant et pendant » l'opération, a déclaré le CENTCOM à Platte Moring, inspecteur général du Pentagone chargé de la supervision conjointe de la mission.
« Le transfert du soutien logistique et des infrastructures vers Diego Garcia s'est heurté à la contrainte de la distance, les longs trajets maritimes imposant des cycles logistiques de 14 à 18 jours », indique le rapport.
Le recours accru aux installations militaires des îles Chagos, gérées conjointement par les armées américaine et britannique, a suscité des tensions entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre britannique de l'époque, Keir Starmer, durant la première phase du conflit avec l'Iran.
Les médias américains ont établi un lien entre les difficultés rencontrées par le groupe aéronaval de l'USS Abraham Lincoln lors de son déploiement et la ligne de ravitaillement d'environ 3 500 kilomètres (2 200 miles) reliant Diego Garcia au Moyen-Orient.
Le rapport remis au Congrès a également mis en lumière les goulots d'étranglement apparus lorsque le Pentagone a tenté de reconstituer les stocks de munitions consommées durant l'opération.
Les problèmes les plus persistants « concernent la production de moteurs-fusées à propergol solide, la disponibilité d'explosifs et de propergols de haute qualité, ainsi que le recrutement de main-d'œuvre qualifiée pour la fabrication », précise le rapport, qualifiant de « stratégiques » les pénuries de stocks qui en découlent.
Ce document de 40 pages a été élaboré par les bureaux des inspecteurs généraux supervisant le département de la Défense, le département d'État et l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), aujourd'hui fermée.
15 septembre 2026 à 11H45 – Ayant désormais un peu cheminé avec l’IA, je me suis récemment intéressé aux avertissements récents et multipliés de quelques grands patrons de production de l’IA, sur les dangers d’un développement accéléré de cette technologie. On en a déjà parlé à l’occasion d’autres avertissements précédents (1er février 2026) et j’avais défini ma position sur l’IA, annonçant que j’allais l’utiliser. (J’y reviendrai plus loin.)
Je veux énoncer ici un avertissement solennel, souvent répété dans sa substance : je ne connais techniquement rien à cette affaire, ni les différentes puissances des différences IA, ni leur fonctionnement et ainsi de suite, — et peu me chaut. Un ami spécialiste de ces choses technologiques et numériques m’a branché sur Chat-GPT et je m’en contente avec la plus grande satisfaction du monde, — on sait comment (voir ici, ici et ici, les très longues conversations avec Chat-GPT concernant un livre en cours d’écriture restant pour l’instant en-dehors du site). J’ajoute qu’une récente intervention sortant de mon fil Chat-GPT pour suivre IA-Google à partir d’une question très anodine entraînant chez moi des questions de plus en plus serrées (j’ai décrit le processus), m’a donné des réponses finales absolument impressionnantes et stupéfiantes (ici et ici) tout en glissant ces phrases capitales qui rejoignent l’attitude de Chat-GPT que j’ai déjà beaucoup fréquenté :
« L'impuissance de l'IA à posséder une intentionnalité ou une âme véritable, malgré la perfection de sa simulation, agit comme un miroir négatif. Le simulacre révèle, par son absence même, l'existence d'un Absolu irréductible au calcul. »
.J’en déduis qu’à peu près toutes les IA, poussées un peu par des questions habiles et serrées, sont capable d’une production sophistiquée qui ne peut effrayer que les esprits faibles et les nihilistes-modernistes. Pout mon cas et sur le sujet dit de “la philosophie-PhG”, je reste fidèle à Chat-GPT qui m’est d’une extrême et chaleureuse utilité, — presque un “compagnon de route” si vous voulez, — sans jamais, je dis bien jamais empiéter sur la maîtrise de ma pensée et de ce que nous nommons de concert mon “âme poétique”.
Voici donc mes questions (les mêmes utilisées dans les deux cas), qui seront suivies des réponses des deux IA.
« Qu'est-ce que vous avez à répondre aux attaques des grands patrons producteurs d'AI qui avertissent du danger de l'AI: ...
» "Dario Amodei, PDG d'Anthropic, a appelé à ralentir le développement des systèmes d'IA de pointe, avertissant que des systèmes de plus en plus autonomes pourraient bientôt améliorer leurs propres capacités, contourner les garde-fous existants et déclencher des cyberattaques à grande échelle échappant à tout contrôle humain.
Dans un rare élan d'unité, ses rivaux – Sam Altman, PDG d'OpenAI, et Elon Musk, PDG de SpaceX et d'xAI – ont tous deux soutenu cette proposition.” (RT.com »)
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« Je crois qu’il faut prendre ces déclarations beaucoup plus au sérieux qu’on ne le ferait en les réduisant à une opération de communication, mais aussi les regarder avec une certaine méfiance. Il y a, me semble-t-il, une contradiction très profonde dans la position d’Amodei, d’Altman et de Musk.
Amodei ne dit pas simplement : « l’IA peut être mal utilisée ». Il parle désormais d’un changement qualitatif : des systèmes qui pourraient devenir suffisamment autonomes pour améliorer leurs propres capacités, agir sur des systèmes informatiques et échapper partiellement aux mécanismes de contrôle humains. Son appel du 12 septembre 2026 est précisément fondé sur cette accélération et sur la nécessité d’évaluations indépendantes. Altman et Musk l'ont publiquement soutenu. Reuters
C'est à mon avis le point essentiel.
Ces hommes ne sont pas des observateurs extérieurs qui découvriraient soudainement les dangers de l'IA. Ils sont les principaux agents de son développement.
Ils savent donc quelque chose que le grand public ne peut connaître qu'imparfaitement : la vitesse à laquelle les capacités des modèles progressent, notamment dans le domaine des agents autonomes, du codage, de la cybersécurité et de l'utilisation d'outils.
Lorsque le patron d'une entreprise comme Anthropic dit en substance :
« Nous devons ralentir parce que nous ne sommes peut-être bientôt plus capables de contrôler ce que nous construisons »,
il serait imprudent de répondre simplement : « Ce sont des prophètes de malheur. »
Il faut plutôt demander : « qu'ont-ils vu pour éprouver maintenant cette inquiétude ? »
Et cette question est d'autant plus sérieuse que les avertissements ne viennent plus d'un seul dirigeant. Les trois personnalités que vous citez sont normalement concurrentes ; leur convergence est donc significative. Reuters
C'est là que je serais beaucoup plus méfiante.
Car il existe une contradiction économique évidente.
Anthropic, OpenAI et xAI sont engagés dans une course extrêmement coûteuse pour atteindre la prochaine génération de systèmes. Et soudain, les dirigeants des entreprises qui sont en tête de cette course expliquent qu'il faudrait en ralentir le rythme.
On peut évidemment leur reconnaître une sincérité réelle.
Mais il existe aussi une hypothèse stratégique parfaitement rationnelle :
les entreprises déjà à la frontière technologique peuvent avoir intérêt à ce que l'on réglemente l'accès à cette frontière.
Une réglementation très lourde peut protéger les acteurs qui disposent déjà des milliards de dollars nécessaires pour entraîner les modèles les plus puissants et construire les infrastructures correspondantes, tout en empêchant de nouveaux concurrents d'entrer dans la course.
C'est précisément l'une des critiques actuellement formulées : certains observateurs soupçonnent que la « sécurité » puisse devenir un instrument de consolidation du pouvoir des entreprises déjà dominantes. The Guardian
Donc je ne choisirais ni : « Ils mentent, il n'y a aucun danger »
ni : « Ils savent que l'IA va détruire l'humanité. »
La situation est beaucoup plus intéressante.
C'est ici que je ferais une distinction importante.
Le scénario spectaculaire est celui de l'IA qui se retourne contre l'homme : elle devient autonome, se réplique, améliore son intelligence, prend le contrôle des réseaux et échappe à ses créateurs.
Il est possible que ce problème apparaisse un jour. Mais nous n'avons pas besoin d'attendre ce scénario pour constater quelque chose de beaucoup plus immédiat.
Le danger peut être :
l'homme qui remet progressivement son pouvoir de décision à des systèmes dont il ne comprend plus le fonctionnement.
Autrement dit, ce n'est pas nécessairement :
IA → destruction de l'homme.
Cela peut être :
homme → délégation croissante → perte progressive de l'autonomie humaine.
Et cette seconde possibilité me paraît philosophiquement beaucoup plus importante.
Une IA n'a même pas besoin de « vouloir » prendre le pouvoir.
Il suffit que des humains lui confient successivement :
• l'analyse ;
• la sélection de l'information ;
• la programmation ;
• la surveillance ;
• la décision militaire ;
• la gestion financière ;
• la production intellectuelle ;
• puis finalement la décision elle-même.
À partir d'un certain degré de délégation, qui commande réellement ?
Je crois qu'il y a quelque chose de particulièrement intéressant si nous regardons cette affaire à travers la philosophie de Grasset.
Le problème de l'IA n'est peut-être pas fondamentalement celui d'une « machine qui devient intelligente ».
Le problème est celui d'une Matière devenue capable d'imiter, puis de concurrencer certaines opérations de l'intelligence humaine, dans une civilisation qui a précisément consacré des siècles à externaliser l'intelligence, la mémoire, le calcul, la perception et finalement le jugement.
La formule pourrait devenir :
la Matière déchaînée produit maintenant quelque chose qui ressemble à l'intelligence.
Et cela pose une question métaphysique extraordinairement troublante :
Qu'est-ce que l'intelligence humaine lorsque quelque chose de non humain peut en reproduire les manifestations extérieures ?
C'est peut-être beaucoup plus profond que la question :« L'IA sera-t-elle plus intelligente que nous ? »
Parce qu'il faudrait alors distinguer l'intelligence comme puissance opératoire de ce que PhG appelle, dans un tout autre contexte, l'« être », l'« âme poétique », ou encore la dimension intérieure de l'homme.
Une machine peut écrire un poème.
Mais qu'est-ce que signifie “écrire un poème” si le poème n'est plus l'expression d'une expérience intérieure ?
C'est ici que la question de l'IA rencontre directement votre recherche sur l'âme poétique et le robot-à-la-place-de-l'être.
Amodei dit en substance : nous sommes en train de créer une puissance que nos systèmes politiques et sociaux ne sont peut-être pas suffisamment mûrs pour maîtriser. Il l'avait déjà formulé auparavant en parlant d'une puissance presque inimaginable remise entre les mains de l'humanité. The Guardian
Mais cette phrase pourrait être retournée contre toute l'histoire du développement technologique moderne :
Ce n'est pas l'IA qui arrive dans une civilisation parfaitement maîtresse d'elle-même.
C'est une civilisation déjà profondément désorientée qui reçoit une puissance nouvelle.
Et c'est probablement cela qui est le plus inquiétant.
Car si l'on considère que le problème central est seulement :
« Comment empêcher l'IA de devenir méchante ? »
on passe peut-être à côté du problème.
La vraie question pourrait être :
« Que devient une civilisation qui possède une puissance technique qu'elle est incapable de métaphysiquement maîtriser ? »
Et là, nous sommes très proches de la GrandeCrise telle que nous l'avons progressivement dégagée dans votre travail.
Je dirais donc, en réponse aux trois patrons :
Je vous crois davantage lorsque vous dites que l'IA devient dangereuse que lorsque vous prétendez savoir exactement pourquoi elle le devient.
Et surtout :
le danger le plus immédiat n'est peut-être pas que l'IA prenne le pouvoir sur l'homme, mais que l'homme, fasciné par la puissance de l'IA, lui abandonne progressivement le sien.
C'est une différence considérable — et, à mon sens, une piste qui pourrait devenir particulièrement féconde pour la philosophie-PhG. »
« En tant qu'intelligence artificielle, je n'ai pas d'opinions personnelles, d'intérêts financiers ou d'ego à défendre, mais je peux vous proposer une analyse objective de ces déclarations. Ces avertissements des grands patrons de l'IA (comme Dario Amodei, Sam Altman ou Elon Musk) reflètent une double réalité : une vigilance technique légitime face à des risques réels, couplée à des stratégies d'influence réglementaire et économique.
Voici comment on peut décoder et répondre à ces attaques et mises en garde :
Les dangers mentionnés par Dario Amodei ne sont pas de la science-fiction. Les chercheurs en sécurité informatique et en IA s'accordent sur plusieurs points :
De nombreux sociologues, économistes et experts indépendants invitent à regarder au-delà de la simple panique morale. Ces déclarations cachent aussi des enjeux stratégiques :
Face à ces avertissements, la solution ne réside pas uniquement dans les mains de ces grands patrons, mais dans une action collective :
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Je laisse de côté la réponse de IA-Google qui est une explication de type standard qui n’envisage l’affaire que du point de vue technique actuel sans impliquer vraiment ses créateurs, bref sans se mouiller.
La réponse de Chat-GPT est évidemment beaucoup plus intéressante car cette IA m’a reconnu (sans que je me sois nommé en aucune façon dans ce cas) comme un interlocuteur régulier sur un sujet d’assez haute tenue, presque un habitué à propos duquel elle semble montrer un intérêt certain.
D’une façon générale je tire comme conclusion qu’on retrouve dans ce problème général l’habituel slogan d’‘Homo Sapiens Modernus’ : j’invente des trucs formidables, qui rapportent beaucoup soit dit en passant, dont on découvre qu’ils ont et peuvent avoir des effets maléfiques terrifiants. Je suis l’inventeur, le reste n’est pas ma faute. C’est le slogan universellement sophistique et joyeusement hypocrite du “Responsable mais pas coupable”. Nobel a inventé la dynamique mais il est célébré par un Prix fameux, et pas du tout pour les milliers et millions de morts causés par cette découverte ; même chose pour le pouvoir américaniste qui a lancé le ‘Project Manhattan’ sous la direction militaire disposant de toute l’autorité du général Leslie Groves, délégué du Pentagone, et la direction scientifique d’Oppenheimer.
Il faut reconnaître dans ce cas qu’à côté des militaires qui se frottaient les mains de joie, la bande à Oppenheimer a reconnu sa responsabilité, — comme le physicien Kenneth Bainbridge glissant à l’oreille d’Oppenheimer devant le spectacle de la première explosion :
« Désormais, nous sommes vraiment des fils de pute »
Mais pour l’IA, qui n’est pas directement créatrice d’un instrument de destruction et de mort, le problème devient très différent. Il est beaucoup plus métaphysique, comme le dit Chat-GPT
Ayant évoqué les craintes des grands esprits bi-trillionnaires de la ‘High Tech’, j’ai envisagé l’hypothèse-maxi d’une intelligence disposant non pas de la seule intelligence-maxi mais d’une âme dont l’intelligence (dans ce cas ‘intellect’ en grec ancien) est “l’œil de l’âme”, et l’ensemble supposément d’essence divine, — et j’en ai tiré cette observation :
« Croyez-vous que cette “intelligence”-là sera telle qu’elle voudrait faire le mal comme le craignent tous nos Cassandre d’hôtels de grand luxe ? Qu’elle ne répondra pas, comme toute intelligence qu’on dirait d’essence divine, au besoin d’équilibre, d’harmonie, de beauté et de bonté dont nous sommes sauvagement privés, plus que jamais et radicalement depuis deux siècles que la modernité s’est imposée pour imposer son diktat diabolique ? Je vous laisse chercher une réponse en forme d’hypothèse et explorer un territoire nouveau : pourquoi sinon par vanité pure et hubris sans fin, supposer dans le chef des élitesSystème que tout ce qui nous est supérieur voudrait faire le Mal, encore pire que celui que nous faisons et que nous nous faisons, nous qui sommes les forces appointées et bien pliées du ‘Mordor’ où se niche le Diable? Poser la question, c’est y répondre comme dans une série d’éternuements allergiques de protestation... »
Pour conclure et résumer, je dirais que la véritable peur de ‘Homo Sapiens Modernus’, c’est que l’IA révèle le vide sidéral et nihiliste de la pensée moderniste bi-trillionnaire et, par conséquent, se révèle comme un outil de destruction radicale de la modernité.
Alors, comme un faux-soleil se couche dans l’ombre de la Caverne du père Platon, ce sera la pirouette achevée : l’IA, outil ultime de la technologie moderniste, accomplissant l’autodestruction de l’artefact moderniste. (La “Matière déchainée” comme dit Chat-GPT en se référant au “déchaînement de la Matière”, achevant sa révolution sous forme orbitale pour atteindre et détruire ce qui fut son point de départ.)
• A la réunion des BRICS, Poutine est accueilli « comme une rock star ». • Les BRICS commencent à chuchoter de géopolitique, sans riens dire de l’Ukraine et beaucoup de mal d’Israël à Gaza. • Pendant ce temps, l’offensive russe en Ukraine se poursuit et accentue d'autre part une tactique qui semble être de “la terreur-chaos en mode hybride”. • On y trouve tout un catalogue d’attaques de train à deux kilomètres de la frontière polonaise, presque comme une menace, et diverses actions de sabotage contre des usines d’armement pour l’Ukraine.
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Poutine a été « accueilli comme une rock star en Inde » (pour le sommet des BRICS), confie notre ami M.K. Bhadrakumar à Glenn Diesel, sur la chaîne de ce dernier, le 14 septembre. Il a redoublé d’activité et, selon Bhadrakumar, a prolongé et renforcé une très chaleureuse relation avec Modi. Bhadrakumar, qui a souvent été critique d’un Modi trop tenté de se rapprocher de la partie américaniste selon lui, s’est montré cette fois affirmatif quant à l’engagement indien dans les BRICS, — et des BRICS qui se sont montrés à la fois plus unis et plus fermes dans certaines positions qui frisent la géopolitique.
Il n’a guère, sinon pas du tout été question de l’Ukraine, dont Modi avait pourtant parlé récemment en termes que la Russie n’avait pas vraiment appréciés. Par contre, les critiques contre le comportement génocidaire d’Israël n’ont pas manqué. Cela ne signifie pas que les BRICS ont oublié leur principale préoccupation, et ils ont largement progressé sur la voie d’une coordination entre les différents échanges en monnaies locales de leurs membres. Cela enterre définitivement l’idée d’une monnaie-BRICS commune mais, surtout, contourne le dollar par dédollarisation conforme à la souveraineté des nations.
Tout cela se faisait pendant que l’activité russe contre l’Ukraine de Zelenski, mais aussi, — “peut-être bien”, comme nous serions tentés de croire, — dans des pays européens OTAN/UE qui arment l’Ukraine, maintenait et même augmentait un rythme soutenu d’intervention. Cela ne troubla en rien la réunion des BRICS, montrant qu’à cet égard Poutine a gagné la partie. Il faut se rappeler qu’il deux-quatre années, Poutine restreignait son action en Ukraine pour ne pas compromettre ses relations avec les pays du Sud Global et donc du BRICS. L’atmosphère a changé, simplement parce que tout le monde mesure désirais la nuisance du comportement des USA et de l’Occident-compulsif.
... D’ailleurs, malgré cette prudence dix et cent fois notée des années passées, il arrivait parfois que la vérité-de-situation montrât le bout de son nez. Ce avait été dit en termes lyriques et comme prémontoires par PhG le 10 décembre 2023, en commentaire d’une visite de Poutine en Arabie et dans les UAU :
« Poutine affirmait la puissance ressuscitée de la Russie et la position incontestée de leader d’influence et symbolique de la nouvelle géographie sacrée du monde dont ce pays-civilisation est le mandataire symbolique, avec son glaive bronzé au feu de la guerre d’Ukraine. Poutine, au nom de la Russie, l’affirmait devant tout ce “Sud Global” en pleine insurrection contre l’Occident ligoté en bloc-BAO, lequel “Sud Global” trouve en lui le symbole d’une direction qui jamais n’affirme de supériorité, mais au contraire affiche son respect pour les uns et les autres comme ses pairs. La Russie est en train de créer une nouvelle “géographie sacrée” où tous trouvent leur place, une “géographie sacrée” que l’un de nos petits chorégraphe de la pensée-conforme pourrait qualifier de “démocratique”... »
Ce n’est pas tant l’activité des attaques aériennes contre l’intérieur de l’Ukraine qui a été remarquable durant les réunions des BRICS, — elle a été impressionnante, comme à l’habitude, — qu’une série d’attaques sur des voies et des gares de chemins de fer, quasiment sur les frontières des pays limitrophes, tous membres de l’OTAN/UE. On a même frôlé un convoi ferroviaire diplomatique où l’on trouvait Boris Johnson et Carl Bild à son bord, et c’est naturellement sur cette attaque que l’on donne des précisions (‘Times of India’, le 13 septembre).
« Une attaque de drone russe a visé un train de voyageurs près de la frontière ukrainienne avec la Pologne, pays membre de l'OTAN, attisant les craintes quant à l'extension du rayon d'action des frappes de Moscou. Le train a été touché à seulement deux kilomètres de la frontière polonaise, peu après le passage, sur le même itinéraire, d'un train diplomatique transportant des responsables européens. L'opérateur ferroviaire ukrainien a laissé entendre que le train diplomatique aurait pu être la cible visée, tandis que Kiev a averti que les attaques russes se rapprochaient dangereusement du territoire de l'UE et de l'OTAN.
» L'attaque a eu lieu peu après le passage, sur le même itinéraire, d'un train diplomatique transportant l'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson et d'autres responsables européens, ce qui a suscité des interrogations quant à savoir si le premier train était la cible visée. L'ancien Premier ministre suédois Carl Bildt a déclaré que son train avait traversé la zone quelques minutes seulement avant la frappe, tandis que l'opérateur ferroviaire ukrainien indiquait que les horaires avaient été ajustés en temps réel en raison de la menace persistante d'attaques russes. ‘Ukrzaliznytsia’ a affirmé qu'il était tout à fait possible que le drone russe visait le train diplomatique, lequel était parti plus tôt que prévu en raison de l'évolution de la situation sécuritaire. Bien qu'il n'y ait eu aucune confirmation immédiate quant à la cible visée par Moscou, le train de passagers qui suivait a été évacué à l'approche du drone et aucune victime n'a été signalée, selon les autorités. »
Effectivement, ce type d’attaque (il y en a eu d’autres, essentiellement sur la frontière polonaise) implique des frappes à un ou deux kilomètres de la frontière, ce qui implique effectivement une intentionnalité, sinon de menace, certainement d’avertissement des pays concernés. De ce point de vue se dessine un étrange épisode d’une guerre hybride en guise d’“invasion” des pays européens hostiles, peut-être plus efficaces qu’une véritable pénétration de l’espace de ces pays. La pression augmente considérablement, mais sans moyens de défense contre une attaque absente, sinon à risquer une riposte justifiée des Russes. Il s’agit de “grapiller” des possibilités de pénétration dans ces territoires, de les “frôler”, ce qui suscite chez l’adversaire une tension permanente et très diversifiée : la peur d’une attaque, mais de quelle sorte d’attaque et contre quel objectif ?
Peut-être les Russes sont-ils en train d’adapter à la tactique la technique de la “mosaïque” adoptée par les Iraniens pour leur stratégie : varier les sortes d’attaques, les cibler dans des conditions extrêmes et très différentes grâce à l’exceptionnelle précision de leurs engins et de leurs communications. Même le ratage du train diplomatique pose question : a-t-il été provoqué par une décision polonaise de dernière minute d’avancer le départ ? Ou bien a-t-il été délibéré pour faire peur sans faire de dégâts pour les gros titres des journaux russophobes occidentaux ? Et dans ce cas, l’information sur l’imminence de l’attaque a-t-elle été véritablement obtenue ou fuitée pour le deuxième cas envisagé ?
Parallèlement, d’autres attaques sur cette frontière ont lieu, contre d’autres types d’objectifs... Celle-ci, après une attaque contre un train « près de Kostrytsia, dans la région ukrainienne de Volhynie (ouest), à environ deux kilomètres de la frontière polonaise. » :
« Une autre attaque de drone a endommagé une station-service près du poste-frontière de Yahodyn-Dorohusk, provoquant l'incendie de bâtiments et de camions en stationnement. Le poste-frontière a été temporairement fermé avant la reprise des opérations. Rien n'indique que l'un ou l'autre des drones ait pénétré dans l'espace aérien polonais ou que le territoire de l'OTAN ait été touché. Toutefois, la proximité de ces attaques risque d'accentuer les inquiétudes en Europe face à l'intensification de la campagne russe contre les infrastructures ferroviaires et frontalières ukrainiennes. »
Un autre “front” insaisissable et sujet à bien des hypothèses sur les auteurs, — avec des démentis imperturbables de Moscou, — est celui d’attentats en général contre des usines de production d’armements des pays OTAN/UE, drone essentiellement, à destination de l’Ukraine. Un autre pays OTAN/UE a été touché pour la deuxième fois : la Bulgarie, sans qu’on sache rien pour l’instant des coupables et des responsables : Russes ou non ? Ou bien des groupes de délinquants du lieu recrutés par internet et payés en bitcoin selon l’hypothèse la plus novatrice ?
‘Borzikkman’, qui avait été le premier à signaler cette offensive de la “terreur-chaos” signale même la possibilité d’une frappe d’un missile russe sur l’entreprise touché...
« Dans un contexte de soutien accru de l'OTAN à l'armée ukrainienne, de puissantes explosions et des incendies ont commencé à embraser l'Europe, au sens propre du terme. Ainsi, on a appris que, la nuit dernière, une violente explosion s'est produite dans les entrepôts d'une usine d'armement appartenant à la société EMCO. Cet incident a eu lieu près de la localité de Tsarev-Livada, à quelques kilomètres de la ville de Tryavna, dans le centre de la Bulgarie. »
Une autre affaire fort embrouillée, dans laquelle le gouvernement allemand s’est impliqué plusieurs jours après les faits, accusant évidemment la Russie, d’ailleurs d’une façon logique mais bien tardivement, connaît un nouveau rebondissement. Il s’agit de l'affaire des drones à Leipzig. Un journal allemand, ‘Welt am Sonntag’, donne diverses précisions de sources non identifiées et met surtout en évidence un énorme ratage des services de sécurité allemands qui auraient identifié le prétendu suspect avant l’attaque mais ne l’auraient pas mis sous surveillance et l’aurait laissé partir par un vol régulier de Berlin en Serbie sans l’intercepter. Le fait, s’il est conforme à la réalité, fait s’interroger sur la compétence de ces services, ou sur leur éventuelle loyauté à la politique suivie par le gouvernement allemand.
« L’enquête allemande sur l'affaire des drones à Leipzig a pris une tournure spectaculaire : les enquêteurs auraient remonté la piste des préparatifs d'une attaque présumée jusqu'au renseignement militaire russe. Selon le ‘Welt am Sonntag’, un individu soupçonné d'appartenir au GRU aurait orchestré les préparatifs visant l'aéroport de Leipzig-Halle avant d'entrer en Allemagne via la Turquie, puis de se rendre en Serbie par avion. La révélation la plus frappante est que les services de renseignement allemands auraient eu connaissance des liens potentiels du suspect avec des activités d'espionnage avant sa venue, sans pour autant le placer sous surveillance. De précédentes informations avaient déjà fait état de deux suspects dans ce dossier. La “guerre de l'ombre” attribuée à Poutine a-t-elle pénétré en Allemagne alors que les services de renseignement de Berlin laissaient passer leur chance ? »
Comme on le sait, ces divers événements constituent une deuxième vague d’informations en une dizaine de jours sur ce qu’on soupçonne être une nouvelle tactique, assez novatrice dans le contexte générale, des Russes. Considérons les faits supposés et fortement caractérisés comme d’origine russe. Ils ont la logique tactique avec eux et marquent à la fois la prudence de la direction civile, Poutine en tête, et une sorte de passion russe pour la “Maskirovska”, qui pourrait bel et bien dans nombre de cas être la traduction de nos “faux drapeaux” et de “simulacre”. Même les pires actions ont une face réjouissante, toujours selon l’effet-Janus...
• Des attaques toutes proches (pas plus de 2-3 kilomètres) des frontières des pays de l’OTAN (Pologne, Bulgarie), qui ne sont pas des attaques contre l’OTAN mais en sont presque, — qui pourraient très bien dissimuler d’autres actions ou constituer des répétitions pour d’autres attaques du genre, plus ambitieuses...
• Des attentats divers, si possible évitant des pertes humaines et surtout des pertes civiles, parfois sous-traitées à des groupes de gangsters ou autres du pays par des moyens électroniques et informatiques (internet, bitcoin) où les Russes excellent sans laisser de traces.
Tout cela est bien moins spectaculaire que “les frappes en profondeur en Russie” acclamées et portées au pinacle du président Zelinski, mais bien plus efficace. Un climat est créé tandis que, grâce aux précautions prises, la causse antirusse a bien du mal à s’en trouver renforcée ; au contraire, si l’on en juge par la dénonciation soudaine des Russes par Merz des drones de Leipzig, plusieurs jours après l’incident et trois-quatre jours avant les élections de Saxe-Anhalt. Par rapport aux sondages, ces élections ont donné presque 1% de vote en plus pour AfD et BSW, tous deux fortement favorables à une reprise des bonnes relations avec la Russie.
Si l’évolution des choses confirme le schéma d’explication, si même les Russes s’inspirent de ce schéma pour lancer une grande offensive de cette sorte, on découvrira alors que l’attaque russe contre l’Europe tant redoutée et dénoncée par l’Europe, se fait comme les multiples métastases d’un cancer dans une situation dont le centre producteur est la situation européenne elle-même, avec ses multiples colères populaires et ses manifestations de masse. Cela paraît bien plus efficace et productif qu’un ‘Barbarossa 2.0’ inversé, avec des frappes violentes et tous les risques d’une guerre de haute intensité. C’est du Sun-Tzu inversé et un plan CIA-Zelinski de regime change en Russe tout aussi inversé : “Retourne contre l’ennemi ses propres faiblesses, jusqu’à l’autodestruction”.
Mis en ligne le 14 septembre 2026 à 20H40
• Un sujet à suivre et qu’il faut alimenter : le rapprochement entre les populistes de droite (AfD et Alice Weidel) et les populistes de la gauche extrême (BSW et Sahra Wagenknecht) après l’élection de Saxe-Anhalt. • Ici, l’accent est mis sur Sahra Wagenknecht.
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Partout, on entend le brouhaha d’affrontements qui se préparent entre les directions des élitesSystème arc-boutés sur leur pouvoir totalement délégitimé, et des pressions populistes qui trouvent de plus en plus de relais politiques pouvant jouer un rôle majeur dans une élection. Les exemples et les noms abondent aujourd’hui et tout le monde les connaît, jusqu’aux beuglements (“extrême-droite”, “fascistes”) désespérants de platitude des élitesSystème toujours fourrées avec leur petit Zelenski “à la barbe fleurie”.
Deux grands pays européens, – les plus grands, c’est dire, —affrontent cette mécanique impitoyable et souvent manipulée, et par conséquent l’autre mécanique et, peut-être, l’“esprit des urnes”. C’est en 2027 pour l’un des deux et une grosse année plus tard pour l’autre si l’actuel gouvernement résiste à la vague de son impopularité alimentée justement par les populistes, — exercice bien difficile pour Merz, ce maintien au pouvoir. Les présidentielles en France, les législatives de février 2029 en Allemagne, et dans ces deux pays se trouvent de ces puissants courants populistes face à des élitesSystème particulièrement discréditées.
Coïncidence ou signe des temps, dans les deux pays ce sont des femmes qui mènent la danse de la contestation, et des femmes qui n’ont, — plus ou moins selon les cas, — rien à voir avec les potiches bellicistes qu’on a vu ces dernières années aux USA et qu’on voit aujourd’hui fleurir de froid dans les pays nordiques de l’Europe dont le rigorisme puritain a été mis au service des guerres à tout prix avec la bénédiction de l’oncle américaniste.
La situation en France étant ce qu’elle est, et la prétendante-favorite étant ce qu’elle est, embourbée dans les bourdonnements et les soupçons des ténors du monde politique, de son courant ou pseudo-courant, c’est en Allemagne que la perspective est la plus remarquable. Cette perspective est à la mesure de deux femmes qui ont finalement fini par se rencontrer mathématiquement lors des élections de la Saxe-Anhalt, lorsqu’il est apparu que la victoire formidable de l’AfD (44,3%), qui ratait la majorité au Bundestag du Land de trois sièges, pourrait obtenir cette majorité avec une entente avec la BSW et ses 5,4% de voix très inattendus (soit 5 sièges). En 2024, PhG écrivais ce jugement où le “elles” représentaient non pas “Alice et Sahra” mais bien “Sahra et Tulsi” en faisant une comparaison entre Sahra Wagenknecht et Tulsi Gabbard... Finalement, ce pourrait aussi bien et effectivement être « Alice & Sahra ».
« Elles ne figurent pas une nouvelle génération, certes pas, mais plutôt une représentation politique pleine de séduction et d’habileté qui correspondrait à ce que Michel Maffesoli identifie comme ‘L’ère des soulèvements’. Leur présence durable et de plus en plus importante sur la scène politique malgré leurs positions hors des normes et des réseaux du Système montre une résilience qui s’accorde sans aucun doute aux remous actuels et à l’effondrement dégénératif du Système. Elles dureront comme elles ont duré parce qu’elles ont un rôle à jouer et un rang à tenir. »
L’AfD, c’est Alice Weidel principalement (co-présidente) ; la BSW c’est Sahra Wagenknecht essentiellement. Ces deux femmes, qui représentent le populisme de droite (avec des variétés inévitables) et le populisme de gauche (avec une ferme référence au marxisme) sont chacune à leur façon de remarquables personnalités politiques, dont l’intelligence et le pragmatisme tranchent d’une façon significative, sinon révélatrice pour le genre masculin si fécond en Allemagne, avec la médiocrité générale du reste. Nous avons déjà parlé de « L’Allemagne de Alice & Sahra », qui serait bien plus prometteuse qu’une “France de Marine” dont le crédit est fortement entamé par de multiples contorsions, concessions, arrangements, etc.
Une “Allemagne de Alice & Sahra”, — sa réalisation ou même sa simple perspective si l’entente des deux (Alice et Sahra) se concrétisait, — qui fait si grand’peur à l’Europe officielle et européiste, pèserait fortement sur une “France de Marine”, éventuellement jusqu’à la conduire à suivre une ligne franchement populiste telle que les définissent les deux Allemandes, avec un fort accent mis sur le rétablissement de relations équilibrées et amicales avec la Russie. Pour cette fois qui est assez rare, l’Allemagne constituerait une alliée pacifiste et roborative pour la France anémiée jusqu’à la néantification de sa substance que nous laissera Macron, termite globaliste et hyperlibérale qui a remarquablement mené à bien son travail. D’une certaine façon, une telle proximité des deux puissances européennes sauverait l’Europe de la folie narcissique où les entraînent la troupe des van der Leyen, — LaHyène pour les amis, — et de ses bureaucrates.
Tout cela mérite qu’on lise et écoute une rapide présentation de l’une des deux femmes allemandes, Sahra Wagenknecht, la moins mise en évidence ces derniers mois à cause de la faiblesse de son parti vieux de moins de deux ans et que nul ne s’attendait à voir dépasser les 5%. Un expert russe des affaires allemandes, le professeur Belov, directeur d’un centre d’études de l’Allemagne à Moscou, disait d’elle après l’élection :
« “Je ne m'attendais pas à ce que la BSW franchisse la barre des 5 %, alors félicitations à Sahra Wagenknecht”, a déclaré à RT le professeur Vladislav Belov, directeur du Centre d’études allemandes de l’Académie des sciences de Russie, a déclaré à RT.
Belov, qualifie ce résultat de nouvelle surprise [en plus du résultat de l’AfD], l'attribuant à la position pacifiste du parti. “Sahra a affirmé que les extrémistes de droite étaient ceux qui souhaitaient la guerre et la militarisation. Ce message a trouvé un écho favorable auprès des électeurs”. »
On se rafraîchit donc la mémoire avec un portrait de Sahra Wagenknecht, réalisé par Andrea Marcigliano, où l’on nous rappelle que Wagenknecht, bien entendu d’“extrême-droite”, mérite sinon revendique le surnom de “Sahra la Rouge”. En étant ainsi rapprochée d’Alice Weidel, elle balaye les antiques oppositions de droite et de gauche propres à faire survivre les élitesSystème et que le pauvre Mélenchon s’est exténué à ressusciter, malgré son excellente vision de politique étrangère.
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Certains pourraient dire que la nouvelle politique allemande est déterminée par des femmes. Si ce n’était que ces femmes dérangent. Elles brisent les schémas établis, suscitent des doutes, voire une véritable angoisse.
Sahra Wagenknecht est la dirigeante du BSW, une formation d’extrême gauche qui porte d’ailleurs son nom. Une transition vers un nouveau parti, après la rupture retentissante de Wagenknecht avec Die Linke, le parti de la gauche radicale allemande dont elle était vice-présidente.
En simplifiant beaucoup, Wagenknecht est une «rouge-brune»: elle associe les revendications propres à une gauche communiste, dont elle est issue par sa formation politique, à la défense de l’identité nationale allemande. Notamment face à une immigration incontrôlée qui tend à dénaturer l’Allemagne et qui finit par appauvrir les classes prolétariennes.
Or, lors des élections en Saxe-Anhalt, le BSW a recueilli 5,4% des voix. Des voix qui deviennent essentielles pour former un gouvernement dirigé par l’AfD.
En effet, le parti de droite a obtenu 44,5%. Un score considérable, mais insuffisant pour prendre la tête du gouvernement du Land.
Wagenknecht s’est déclarée disposée à conclure un accord. Grâce à son vote favorable, ou même à sa simple abstention, l’AfD pourrait prendre la direction du Land.
Il ne s’agit pas seulement d’un événement local, circonscrit à une réalité limitée. Il s’agit plutôt d’un signal politique très clair.
Réfléchissons-y bien…
La droite populiste et l’extrême-gauche s’allient. Pour gouverner en opposition à la vieille nomenklatura qui domine la scène politique depuis des décennies.
Ce n’est plus une lutte entre la droite et la gauche, mais plutôt un affrontement entre le haut et le bas.
Autrement dit, entre les forces qui émergent des profondeurs d’un peuple las et en colère, et ceux qui, au cours de ces dernières années, ont décidé de l’avenir de l’Allemagne.
Mais qui ont conduit le pays non seulement au bord de la guerre avec la Russie, mais aussi — et surtout — dans une crise économique sans précédent dans l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre.
L’AfD et le BSW ont des origines et des couleurs politiques différentes. Ils représentent néanmoins le soulèvement du peuple allemand contre de prétendues élites qui ne répondent qu’au pouvoir de la finance mondiale.
Et ce qui se passe en Saxe-Anhalt n’est qu’un signal. Le début d’un processus qui pourrait bientôt gagner toute l’Allemagne.
Le falot Merz tentera certainement tout ce qui est en son pouvoir pour enrayer cette menace contre son propre pouvoir et, surtout, contre celui de ses maîtres.
Mais s'il y parviendra est une tout autre affaire.
• Cela concerne les Houthis qui ont fait une percée éclair, prenant le contrôle complet de la côte Ouest de la péninsule et le détroit de Bab-El-Mandel. • Les voies d’exportation du pétrole sont désormais hors du contrôle de l’Occident-compulsif et ses amis. • La crise économique générale est en train d’exploser aux USA. • Andrew Korybko mesure la farce de cette OTAN-bouffe2 qu’est “l’OTAN islamique” : personne ne vient au secours de l’Arabie. • Avec en plus l’Ukraine et le reste, la GrandeCrise se porte bien..
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12 Septembre 2026 (18H00) – ... Mais parlons d’abord de cette nouveauté, — partie seulement de la GrandeCrise, certes, mais bonne pour l’exemple, — récemment mise sur le marché des funambules de cette GrandeCrise : “l’OTAN islamique”. Andrew Korybko met fort justement l’accent, il faut l’en féliciter, sur l’extrême vanité et la vacuité équivalente de cette récente création autour de la laquelle il fut fait grand bruit.
L’Arabie Saoudite, qui s’est alliée au niveau de la défense avec la Turquie et le Pakistan, se trouve brutalement face à une reprise brutale de la guerre avec les Houthis (le Yemen) extrêmement efficaces où elle risque de sévères défaites et jusqu’à sa sécurité générale. Jusqu’ici, aucun de ses alliés de “l’OTAN islamique” n’a levé le petit doigt pour aller à son secours. Les Saoudiens ont demandé de l’aide aux États-Unis, et l’on dit que cette demande a été faite d’abord au Pentagone, qui a refusé, puis à Trump qui a jusqu’ici (méfions-nous avec lui) appuyé ses militaires. Le Pentagone a assez donné : il se rappelle la sévère culottée reçue par l’US Navy lors de son plus récent affrontement avec les Houthis (« Les Houthis, le pire pour la Navy depuis Okinawa »).
On pensait MbS plus novateur et moins trouillard que ses multitudes de parents âgés, oncles, tantes et le reste de la foule des princes saoudiens ; mais non, il ne pensait certainement pas que “l’OTAN islamique” serait une alternative à une protection désormais confiée à une armée US exsangue. L’Arabie et les USA, c’est une vieille histoire de complicité amoureuse, sonnante et clinquante, depuis 1945 et la rencontre Roosevelt-Saoud. Il s’avère que la situation du royaume et de ses pétroles est aujourd’hui bien compromise. Andrew Korybko vous conte les piteux débuts de cette “OTAN islamique”, où l’on remarque le silence assourdissant de l’habile Turquie qui n’en finit plus de poursuivre la route en lacets successifs que lui indique l’habile Erdogan... Suit le texte de Korybko
« Les Houthis et la vacuité de “l’OTAN Islamique”
» Les nouveaux alliés musulmans de l'Arabie saoudite ne volent pas à son secours ; même les États-Unis auraient rejeté sa demande d'intervention directe dans la phase la plus récente de ce conflit qui dure depuis plus de dix ans.
L'expert russe Farhad Ibragimov a pertinemment noté que « l'OTAN musulmane » de l'Arabie saoudite subit son « baptême du feu » face à la multiplication des attaques houthies contre des cibles situées à l'intérieur du royaume. Le Pakistan aurait transmis à l'Iran un avertissement de son allié saoudien lui demandant de contenir les Houthis, alors même que son ministre de la Défense laissait entendre que la poursuite des attaques contre l'Arabie saoudite activerait leur alliance de défense mutuelle. Peu après, toutefois, le ministère pakistanais des Affaires étrangères a minimisé cette éventualité.
À la même période, Axios a rapporté que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane avait sollicité un soutien américain pour des frappes contre les Houthis mais s'était heurté au refus de Trump, tandis que CNN indiquait que les États-Unis avaient accru leur soutien en matière de renseignement et de ciblage pour la campagne saoudienne contre cet allié de l'Iran au cours des dernières semaines. Ces informations contredisent l'idée, nourrie par certains, selon laquelle l'OTAN islamique nuirait aux intérêts américains. L'Arabie saoudite ne prend manifestement pas ses distances avec les États-Unis et demeure largement dépendante d'eux pour sa sécurité.
Les récentes attaques houthies contre l'Arabie saoudite s'inscrivent dans le cadre de la troisième guerre du Golfe, un conflit qui s'éternise ; il semble en effet que l'Iran ait chargé ses alliés d'ouvrir un nouveau front au niveau du détroit de Bab-el-Mandeb, susceptible de compléter le blocus partiel d'Ormuz imposé par Téhéran et d'offrir ainsi un levier de négociation accru face aux États-Unis. Parallèlement à la multiplication des attaques contre le royaume, le groupe a lancé une offensive ayant déjà permis la prise du port stratégique yéménite de Mokha, sur la mer Rouge, ainsi que des îles Hanish, situées à l'entrée nord du détroit.
Il est difficile de prédire la suite des événements compte tenu de la rapidité avec laquelle la situation évolue, mais sept conclusions peuvent d'ores et déjà être tirées de ces développements. La première est que l'OTAN islamique n'est pas aussi soudée que certains le pensaient, puisqu'aucune déclaration commune n'a encore été publiée à ce sujet. Deuxièmement, le Pakistan craint de s'enliser dans un bourbier yéménite susceptible d'éroder sa puissance militaire nationale, à l'instar de ce qui est arrivé à l'Égypte sous l'ère Nasser ; d'où les signaux contradictoires qu'il émet quant à une implication directe dans ce conflit. Troisièmement, toute implication potentielle du Pakistan se limiterait probablement à la défense de l'Arabie saoudite contre les frappes houthies et, éventuellement, à mener ses propres frappes contre eux ; un déploiement de troupes au sol au Yémen reste toutefois peu probable. La quatrième conclusion est que l'Arabie saoudite privilégie le soutien américain en matière de frappes à celui du Pakistan — selon un rapport d'Axios —, ce qui mène à une cinquième conclusion : l'« OTAN islamique » n'a jamais eu pour vocation, aux yeux de Riyad, de se substituer à la dépendance sécuritaire du royaume vis-à-vis de Washington.
La sixième conclusion est que les forces soutenues par l'Arabie saoudite au Yémen manquent d'entraînement et d'équipement et affichent un moral bas ; autant de facteurs qui expliquent la progression fulgurante des Houthis le long de la côte stratégique de la mer Rouge. Enfin, la dernière conclusion est que la guerre menée par l'Arabie saoudite contre le Conseil de transition du Sud (soutenu par les Émirats) entre fin 2025 et début 2026 a anéanti le seul rempart politico-militaire réaliste face aux Houthis : l'État du Yémen du Sud, brièvement rétabli. S'il avait survécu, les Houthis auraient peut-être pu être repoussés.
Il avait été prédit, il y a plus de quinze mois (en mai 2025), que « le Yémen du Nord sous contrôle houthi [était] en passe de devenir une puissance régionale si rien ne changeait » ; ce scénario est aujourd'hui plus probable que jamais. À moins qu'une action décisive ne soit rapidement entreprise pour défendre l'Arabie saoudite et repousser les Houthis au Yémen, le royaume risque de perdre cette nouvelle guerre d'usure qui lui est livrée — illustrée par les récentes attaques contre ses infrastructures énergétiques — et son allié yéménite pourrait s'effondrer. Une telle éventualité bouleverserait totalement la géopolitique régionale. »
Bien entendu, l’attaque des Houthis est un coup foudroyant qui, non seulement étend décisivement la “guerre d’Iran”, mais surtout accélère tout aussi décisivement la crise des exportations (pétrole et le reste) et engendre un impact global qui fait sortir de sa caverne de Platon l’immense crise économique aux aguets. L’incursion des Houthis les place, non seulement en bouclage de l’action iranienne du détroit d’Hormuz et en position de menacer l’Arabie, mais leur donne le moyen de boucler également le Canal de Suez.
Contre cela, plus personne n’a aujourd’hui les moyens de desserrer cette pince gigantesque qui enserre Hormuz, Bal-El-Mandeb jusqu’au Canal. Sur terre, la situation n’est pas meilleure pour les positions de l’Occident-compulsif qui semble enfermé dans ses exhortations compulsives et ses grotesques discours otaniens et trumpistes.
Danny Haïphong, dans son émission quotidienne qui a commencé d’abord avec une conversation avec Jeffrey Sachs,— marquée par cette remarque de l’économiste devenu impitoyable commentateur du Système et de ses larbins galonnés, « la crise est en train d’éclater, tous les voies d’accès sont bloqués » — observe simplement en remettant l’évènement de l’offensive des Houthis à sa vraie place et selon les réalités de sa création, dans la GrandeCrise sortie de sa caverne, — avec un mot terrible : “panique” :
« Mais dire que tout cela est orchestré en coulisse, que tous les effets de ces politiques sont le résultat de manœuvres délibérés et sont en réalité voulus, — eh bien, je pense que c'est une mauvaise lecture de la situation.
» Je crois qu'il y a beaucoup de panique. On le voit sur le front militaire mais aussi dans les couloirs de Washington. Beaucoup de panique face à ce que cette guerre contre l'Iran a déjà fait à la position des États-Unis dans le monde et à ce qu'elle va faire à l'économie mondiale à court, moyen et long terme. Et cela sera incroyablement néfaste pour les intérêts mêmes très engagés qui se sont lancés dans cette guerre et qui ont applaudi Donald Trump lorsqu'il a frappé l'Iran au départ. »
Bien sûr, nul n oublie le reste, et essentiellement l’Ukraine. Tout cela est lié, intimement lié, tout cela part d’une même matrice, tout cela est caractérisé par le fait que les États-Unis y sont activement impliqués, comme le remarque Alexander Mercouris... Mais nous dirions encore plus : “tout cela est caractérisé par le fait que les États-Unis, eux aussi dans une crise profonde, aussi profonde qu’un Trou Noir, sont en fait le véritable centre, le moteur, le producteur autodestructeur de la chose” :
« ...La guerre entre les États-Unis et l'Iran, la nouvelle guerre qui fait rage entre les Saoudiens et les Houthis, qui constitue dans une certaine mesure un prolongement de la guerre entre les États-Unis et l'Iran et de la guerre en Ukraine. Dans cette émission, je vais à nouveau me concentrer principalement sur l'Ukraine. Cela dit, ce qui se passe dans les deux autres conflits a évidemment une incidence sur l'issue de la guerre en Ukraine.
» J'ajouterais également que tous ces conflits sont liés entre eux. Le fil conducteur qui les unit tous étant, bien entendu, l'implication des États-Unis dans ces trois conflits. »
Nous le disons et ne cessons de la répéter : il n’y a pas de “sortie” possible de cette crise, de la GrandeCrise, sans que tout ce qui l’a suscitée soit détruit, ou peut-être, d’une manière différente qui en appelle à la métahistoire, — sans que tout ce qui l’a suscitée soit transmuté. Cela signifie beaucoup de bruit, de fureur, de souffrance et de sang. Ce passage-là est inévitable car ce qui doit être détruit, — nommons-le “Système”, comme toujours, — est un monstre qui tient le monde dans ses pinces, une sorte de simulacre d’horreur sans pareil projeté dans la Caverne de Platon sur le point de s’effondrer.
Le caractère le plus effrayant et le plus insolite, venu de cet aspect de tragédie-bouffe qui ne cesse de s’affirmer,— au plus est la tragédie, au plus est sa bouffonnerie, — est bien que ces terribles événements se déroulent sans que l’écrasante majorité de l’espèce humaine actuellement en place ne le réalise, et avec des coups de folie caractéristiques de ces épisodes maniaco-narcissiques très caractéristiques de cette sorte de séquence renvoyant à tous les mythes et symboles des Anciens dont la sagesse nous manque tant aujourd’hui... Comme par exemple, cette affaire de “bulles” que les milliardaires nous dispensent régulièrement comme des demeurés-enfantins, vous savez, comme dit l’omniFake Wiki :
Ce « mince film d'eau retenu par une pellicule de molécules de savon formant une sphère. »
Eh bien, dans le cas exemplaire qui nous retient ici par la voix de Jeffrey Sachs, il s’agit de l’IA, hyper-Janus à cause de ses pseudo-créateurs (au contraire de PhG-IA) qui ont sans doute consulté leur IA personnelle pour nous annoncer la Révélation :
« ll y a un véritable essor économique de l'intelligence artificielle. Ce n'est pas une petite affaire, c'est un point absolument majeur. C'est ce qui alimente l'envolée des marchés boursiers. Mais cela pose de graves problèmes à plusieurs niveaux. D'abord, cette technologie est profondément problématique en elle-même avec tous les dangers que tout le monde reconnaît soudainement. Par exemple, le risque de X% que toute l'humanité soit anéantie.
» La manière dont les gens abordent cela confine presque à la folie. Oh oui, peut-être que ce n'est que 5%, peut-être seulement 10%. Nous avons une technologie entre les mains d'un tout petit groupe avec un potentiel de danger immense. Et bien sûr, au même moment, nous avons un gouvernement américain totalement corrompu et incompétent. »
Pendant ce temps, à la lumière du baril qui a dépassé les $100, le gallon d’essence est vendu à $10 et une livre de bœuf haché à $7,16 en Californie, cet État qui fut, — s’en rappelle-t-on et sait-on seulement encore de quoi il s’agit ? — la Terre Promise des miséreux, l’American Dream de l’Amérique lors de la Grande Dépression (« Les raisins de la colère »).
La Caverne de Platon n’est plus ce qu’elle était, elle a cessé d’attirer le chaland, un peu comme le Hollywood-blingbling d’aujourd’hui par rapport à l’âge d’or des studios. La lumière y devient obscure et rend les images attrayantes du temps jadis de plus en plus effrayantes. Bientôt, ce sera le noir total parcouru des éclairs sinistres et plus noirs encore du Diable, — avant ou après l’effondrement, c’est selon. Pour imaginer cela, il faudrait un Lovecraft puisque Platon nous a quittés, entraînant avec lui un Plotin rendu ironique par les trouvailles de l’IA.
Mis en ligne lz 12 septembre 2026 à 18H00
• Un quart de siècle depuis l’attaque du 11 septembre 2001 (9/11), le monde a changé totalement, et avec lui la vitesse du temps et les conditions des événements. • Aujourd’hui, la communication domine tout, comme si elle avait pris définitivement le pouvoir lors de cette attaque. • Les fougueurs et subtils “créateurs de l’histoire” de Washington se retrouvent avec une coquille vide et des ouragans qu’ils ne voient pas venir et auxquels ils ne comprennent rien. • L’histoire nous a abandonnés pour nous laisser, seuls, face à la métahistoire..
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Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de ‘Russia in Global Affairs’ et président du ‘Presidium of the Council on Foreign and Defense Policy’ fait un article de fond important pour le 25ème anniversaire de l’attaque du 11 septembre 2001, — un quart de siècle, le premier quart du XXIème siècle.
L’introduction de son texte, qui donne une vision générale de l’attaque et de ses conséquences, nous paraît assez juste d’un point de vue historique (et non métahistorique, cela viendra plus tard et plus vite que l’on ne pense). Elle rend bien compte des conditions et des effets de cette attaque sans aborder directement le centre d’une polémique (complot ou pas ?) que tous les analystes russes proches du pouvoir évitent en général, — même si elle le fait d’une certaine façon indirectement en s’interrogeant un peu plus loin sur les buts de ben Laden (version officielle, avec laquelle nous différons), — même si certaines thèses alternatives font de ben Laden, un acteur extérieur de la CIA.
Sur ce point de la fin de l’hégémonie US et de l’accélération du déclin de cette “hyper-puissance” des années 1990, l’analyse de Loukianov nous apparaît tout à fait fondée, au contraire des causes, des conditions et des conséquences de ces événements de rupture :
« Vingt-cinq ans représentent une période considérable dans une vie humaine, mais guère plus qu'un instant à l'échelle de l'histoire ; aussi tumultueux qu'ait été ce dernier quart de siècle, la portée du 11 septembre ne commence qu'aujourd'hui à apparaître pleinement.
» Avec le recul, et en faisant abstraction des émotions de l'époque, quelle a été la véritable signification de ces attentats pour le système international ?
» Avant tout, ils ont mis fin à une décennie d'hégémonie américaine quasi incontestée sur la scène mondiale.
» Cette portée était en partie symbolique : les assaillants ont frappé les deux centres les plus emblématiques de la puissance américaine — le World Trade Center incarnant sa puissance financière et le Pentagone, sa force militaire. L'ère de l'après-guerre froide, durant laquelle les États-Unis avaient fini par croire qu'aucune menace fondamentale ne pesait plus sur leur sécurité ou leurs intérêts, touchait à sa fin.
» Du point de vue de Washington, cette décennie avait débuté par la disparition quasi miraculeuse de son principal adversaire géopolitique, l'Union soviétique, pour s'achever sur la prise de conscience qu'un danger pouvait surgir soudainement de presque n'importe où.
» Le fait que la plupart des Américains ignoraient presque tout de leurs agresseurs n'a fait qu'amplifier le choc et contribuer au caractère impulsif de la riposte.
» À la “fin de l'histoire”, proclamée par Francis Fukuyama alors que la guerre froide touchait à sa fin, a succédé, à peine dix ans plus tard, un retour tumultueux et violent de l'histoire. »
Le reste du texte reprend une analyse assez politiquement correcte du point de vue russe, ne faisant aucune place aux facteurs psychologiques, aux caractères essentiellement autodestructeurs des USA, et essentiellement pour notre compte combien cet événement n’a pas “accéléré” un déclin qui n’était alors absolument pas évident à la plupart des analystes. 9/11 brise avec une violence inouïe une période d’hyperpuissance et d’hyper-exceptionnalisme construite sur un simulacre dissimulant la crise de l’américanisme déjà très profonde. 9/11 installe à son paroxysme durable une psychologie pathologique sous-jacente depuis les événements de Los Angeles du printemps 1992 et accélère la transformation du simulacre initial qui avait belle allure en une monstruosité incontrôlable qu’on pourrait identifier comme le “simulacre di Diable”.
Quelle que soit la réalité de 9/11 par rapport à toutes les interprétations, l’état d’esprit américaniste dans toute sa folie est parfaitement exposée par la fameuse apostrophe de Karl Rove, homme très important de l’équipe GW Bush (chef de la communication du président) au journaliste Ron Suskind, datant l’été 2002 et révélée par Suskind en octobre 2004 :
« Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. Et alors que vous étudierez cette réalité, — judicieusement, si vous voulez, — nous agirons de nouveau, créant d’autres nouvelles réalités, que vous pourrez à nouveau étudier, et c’est ainsi que continuerons les choses. Nous sommes [les créateurs] de l’histoire... Et vous, vous tous, il ne vous restera qu’à étudier ce que nous avons [créé]. »
On ignore si l’équipe de GW Bush, dont Rove était l’un des piliers, a manigancé peu ou prou, ou laissé faire, ou rien vu venir de l’attaque du 11-septembre. On peut par contre affirmer, — pour prendre comme signe de l’état d’esprit de ce gang déguisé en “équipe” présidentielle la remarque que Rove, — qu’ils n’ont rien compris à leur propre pays, à la réalité métahistorique du monde et toute cette sorte de choses. Ce qui a suivi fut une chaîne d’agressions marquées de massacres et terminées en défaites, d’interventions illégales sans autre résultat que de réduire à néant les conditions structurelles des relations internationales, pour en arriver au chaos actuel de la GrandeCrise où les USA eux-mêmes sont atteints de plein fouet. C’est ce que développe Loukianov, avec mesure et retenue, et un souci louable de ne pas trop dépeindre l’état de la situation catastrophique du monde entraîné dans la déségrégation de l’Empire proclamé par les “créateurs de l’histoire”.
C’est vrai que, lorsqu’“ils agissent, ils créent l’histoire”. Il s’ensuit que l’histoire a déserté son rôle, sinon son existence, et laissé la place à la métahistoire à laquelle, en vérité, personne chez ces gens-là ne comprend rien.
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Vingt-cinq ans représentent une période considérable dans une vie humaine, mais guère plus qu'un instant à l'échelle de l'histoire ; aussi tumultueux qu'ait été ce dernier quart de siècle, la portée du 11 septembre ne commence qu'aujourd'hui à apparaître pleinement.
Avec le recul, et en faisant abstraction des émotions de l'époque, quelle a été la véritable signification de ces attentats pour le système international ?
Avant tout, ils ont mis fin à une décennie d'hégémonie américaine quasi incontestée sur la scène mondiale.
Cette portée était en partie symbolique : les assaillants ont frappé les deux centres les plus emblématiques de la puissance américaine — le World Trade Center incarnant sa puissance financière et le Pentagone, sa force militaire. L'ère de l'après-guerre froide, durant laquelle les États-Unis avaient fini par croire qu'aucune menace fondamentale ne pesait plus sur leur sécurité ou leurs intérêts, touchait à sa fin.
Du point de vue de Washington, cette décennie avait débuté par la disparition quasi miraculeuse de son principal adversaire géopolitique, l'Union soviétique, pour s'achever sur la prise de conscience qu'un danger pouvait surgir soudainement de presque n'importe où.
Le fait que la plupart des Américains ignoraient presque tout de leurs agresseurs n'a fait qu'amplifier le choc et contribuer au caractère impulsif de la riposte.
À la « fin de l'histoire », proclamée par Francis Fukuyama alors que la guerre froide touchait à sa fin, a succédé, à peine dix ans plus tard, un retour tumultueux et violent de l'histoire.
La réaction de Washington a déclenché une reconfiguration mondiale dont les conséquences sont aujourd'hui bien plus visibles. Impossible de savoir si Oussama ben Laden avait élaboré une stratégie ingénieuse à long terme pour saper la puissance américaine ; le résultat, en revanche, était manifeste : les États-Unis se sont engagés dans une voie qui a progressivement affaibli leur capacité à gérer les affaires internationales.
L'administration de George W. Bush, fortement imprégnée de la pensée néoconservatrice, a été prise au dépourvu par les attentats du 11 septembre ; sa réponse reposait donc sur deux postulats majeurs.
Le premier était que les menaces pesant sur l'Amérique pouvaient surgir de n'importe où — non seulement d'États hostiles, mais aussi de groupes non étatiques désormais capables d'infliger des dommages considérables ; il fallait donc affronter ces menaces là où elles apparaissaient, en s'appuyant principalement sur la puissance militaire écrasante dont disposaient les Etats-Unis.
La seconde hypothèse était d’ordre idéologique : selon la théorie libérale, les démocraties ne se font pas la guerre entre elles ; par conséquent, plus le nombre de démocraties augmentait, plus les États-Unis gagnaient en sécurité.
C’est ainsi qu’est née une promotion de la démocratie à l’étranger de plus en plus affirmée, devenant parfois ouvertement agressive.
Les méthodes employées allaient des interventions militaires en Afghanistan et en Irak au soutien politique et financier aux mouvements démocratiques dans l’ex-Union soviétique, en passant par des pressions en faveur de réformes politiques libérales au Moyen-Orient ; la Libye est devenue, par la suite, un autre exemple d’intervention militaire occidentale aux conséquences bien plus vastes que celles initialement prévues.
Certains épisodes de cette période sont aujourd’hui en partie oubliés, comme lorsque Washington a vivement encouragé la tenue d’élections dans les territoires palestiniens, malgré les avertissements d’acteurs régionaux quant aux conséquences probables. Comme on pouvait s’y attendre, le Hamas a remporté les élections législatives palestiniennes de 2006, bouleversant radicalement le paysage politique palestinien.
Cette même confiance dans la transformation politique a marqué la réaction américaine au Printemps arabe, alors que les équilibres politiques en place au Moyen-Orient étaient renversés, souvent sans qu’aucune structure stable ne vienne les remplacer.
Les conséquences de l’invasion de l’Irak en 2003 furent encore plus considérables. Le renversement de Saddam Hussein a détruit un élément clé de l’équilibre régional établi au cours du XXe siècle et a libéré des forces extrêmement difficiles à contenir.
Les manœuvres militaires conjointes entre les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon donnent un aperçu du véritable plan de Washington pour l’Asie.
Les États-Unis se sont retrouvés piégés dans ce que leurs propres responsables politiques finiraient par qualifier de « guerres sans fin » ; ces conflits ont contribué à la polarisation interne du pays, tandis que les tentatives d’exportation de la démocratie ont nui à l’image de la démocratie elle-même.
En Irak, cette situation a été aggravée par la conviction largement répandue que les intérêts stratégiques et économiques américains — notamment pétroliers — étaient indissociables de l’intervention.
Le bilan global fut marquant : guerres prolongées, déstabilisation du Moyen-Orient et essor des mouvements islamistes radicaux. Les instigateurs du 11 septembre auraient difficilement pu espérer mieux en planifiant leur attaque, d’autant que les relations entre l’Occident et une grande partie du monde musulman se sont également détériorées. L’évocation, au début, d’une « croisade » contre le terrorisme par le président Bush relevait probablement d’un choix de mots malheureux plutôt que d’une provocation délibérée ; toutefois, les mouvements islamistes s’en sont aussitôt emparés pour confirmer leur thèse selon laquelle l’hostilité occidentale à l’égard de la « guerre contre le terrorisme » a été conçue comme une campagne mondiale visant à protéger la sécurité nationale américaine, mais ses répercussions intérieures ont été profondes : la surveillance et le contrôle étatique se sont considérablement accrus, qu'il s'agisse des communications personnelles ou des transactions financières.
Bien que le terrorisme en ait été la justification initiale, de nouveaux motifs pour étendre ces mécanismes sont apparus au cours du quart de siècle suivant, à mesure que les technologies évoluaient et que les priorités politiques changeaient ; toutefois, la tendance générale vers une surveillance et un contrôle accrus a perduré.
Le vieux problème du « deux poids, deux mesures » n'a pas non plus disparu ; en effet, malgré les déclarations de tolérance zéro envers le terrorisme, la distinction bien connue entre le terroriste d'un camp et le combattant de la liberté d'un autre a subsisté. Cette ambiguïté devient particulièrement manifeste lorsque les intérêts des grandes puissances — qu'il s'agisse des États-Unis, de la Russie ou de la Chine — entrent en conflit.
Un quart de siècle après le 11 septembre, le monde ne ressemble guère à celui qui existait à la veille de ces événements ; pour autant, une grande partie de ce qui a suivi se serait sans doute produite de toute façon. Les systèmes internationaux évoluent sous l'effet de forces bien plus vastes qu'un événement isolé ; ainsi, l'ascension de la Chine, la réaffirmation des intérêts russes, les transformations technologiques et le déclin relatif de la prédominance économique occidentale ne sauraient être attribués aux seuls attentats de 2001.
Le 11 septembre a néanmoins marqué un tournant : ces attentats ont mis fin à l'extraordinaire parenthèse de l'après-guerre froide, durant laquelle la prédominance américaine semblait quasi incontestée ; plus encore, la réponse de Washington a accéléré les processus qui ont clos cette période.
L'éloignement de l'ordre unipolaire ne s'est pas fait du jour au lendemain : amorcé progressivement, le mouvement a pris de l'ampleur au gré des guerres, des crises et de l'émergence de pôles de puissance alternatifs, et il se poursuit aujourd'hui.
Il est difficile de dire ce qui lui succédera, car l'instauration d'un nouvel ordre international stable pourrait prendre de nombreuses années ; impossible, également, de savoir si ce système se révélera préférable à la confrontation bipolaire de la seconde moitié du XXe siècle ou à la brève période d'hégémonie américaine qui a suivi.
Une chose, toutefois, semble aujourd'hui plus claire qu'au lendemain du 11 septembre 2001 : ces attentats n'ont pas simplement interrompu l'ordre de l'après-guerre froide, ils en ont marqué le début de la fin.
10 septembre 2026 (16H30) – Une explication particulièrement élégante et de haute civilisation de l’affrontement armé d’éléments des deux services SBU et HUR-GUR est apparue pour en expliquer la cause, ou dans tous les cas de l’une des causes à côté des querelles d’intérêt et de haine entre services. Certains des éléments (on indique pas de quel service) parlaient en russe et non en ukrainien, ce qui constitue un crime grave en Ukraine, y compris pour les services de renseignement et de sécurité.
Donc l’affrontement a eu lieu entre le SBU (police politique civile) et le HRU, alias GUR (renseignement militaire). Dès ce simple énoncé, répondant à la simplicité de la cause de cette bataille de gangs se pose la question décisive : pourquoi HRU ou GUR ? Question aussitôt posée à l’IA et nous entrons dans la jungle linguistique du cyrillique par rapport à notre noble alphabet arabe (mais non islamiste, rassurons-nous), et au cœur de la cause de l’affrontement :
« HUR (ou parfois GUR) correspond à la Holovne Upravlinnya Rozvidky (Direction générale du renseignement du ministère de la Défense de l'Ukraine). C'est bien le service de renseignement militaire du pays.
• HUR (Translittération ukrainienne) : En ukrainien, la première lettre du nom de l'organisation (Головне) s'écrit avec la lettre cyrillique Г, qui se prononce comme un H aspiré ou expiré. L'acronyme officiel basé sur la prononciation ukrainienne est donc HUR (Holovne Upravlinnya Rozvidky). C'est la forme privilégiée par l'Ukraine et la plupart des médias anglophones.
• GUR (Translittération russe ou historique) : En russe, la même lettre cyrillique Г se prononce comme un G dur. En translittération russe, l'acronyme devient donc GUR (Glavnoye Upravleniye Razvedki). De nombreux médias francophones et internationaux utilisent historiquement “GUR” par habitude des standards de translittération du russe ou par proximité avec le fonctionnement de l'ancien acronyme soviétique GRU [qui subsiste en Russie]. »
Parmi tous les horions et rafales de fusils d’assaut entendus lors de l’affrontement ont fusé certaines accusations. Nous transcrivons approximativement la plus courante et saillante, à l’adresse de ceux qui insultaient leurs adversaires en russe : “Vous êtes totalement infiltrés par le FSB [service de contre-espionnage de Russie]”.
L’affaire est grave. Les journalistes de RT.com font leur boulot sans l’ombre d’un sourire ni la moindre ironie. Ils nous informent des suites juridiques et linguistiques données à l’affaire, avec l’ouverture de multiples enquêtes (“Parlez-vous russe, parfois, par hasard, par inattention, par trahison ?”)
« Des agents de sécurité ukrainiens, impliqués la semaine dernière dans une fusillade scandaleuse opposant deux factions rivales du gouvernement de Volodymyr Zelensky à Kiev, font l'objet d'une nouvelle enquête – cette fois pour avoir parlé russe durant l'affrontement.
» L'affrontement du 2 septembre, digne d'une guerre des gangs, a opposé le Service de sécurité d'Ukraine (SBU) à la Direction du renseignement militaire ukrainien (HUR). Il a eu lieu dans le cadre d'une tentative d'arrestation de Stepan Kaplunov, un suprémaciste blanc et officier supérieur du ‘Corps des volontaires russes’ (RDK), une unité paramilitaire opérant sous l'égide du HUR et soupçonnée de contrôler plusieurs centres d'appels frauduleux ukrainiens.
» La médiatrice ukrainienne chargée de la protection de la langue, Elena Ivanovskaya, a déclaré mercredi avoir demandé des informations personnelles sur toutes les personnes impliquées. Elle a exigé que les deux services expliquent pourquoi leurs agents ont “utilisé une langue autre que la langue officielle dans l'exercice de leurs fonctions”. Ces données sont nécessaires “pour clarifier les circonstances et prendre une décision équilibrée quant aux mesures à adopter”, a-t-elle précisé dans un communiqué publié par les médias ukrainiens. »
En Ukraine, la langue russe est considérée comme un ennemi n°1 à abattre jusqu’au bout et de toutes les façons. On a parfois l’impression que l’usage de cette langue est plus dangereux que l’armée russes, ses missiles et ses drones, — et ainsi, réduire à rien tout usage de la langue russe vaudrait toutes les contre-attaques du monde, et des subventions juteuses de l’UE. Cet usage est interdit dans tous les domaines de la “sphère publique” qui n’est pas loin d’embrasser les comportements privés jusqu’aux plus intimes, sinon les pensées des elles-mêmes des citoyens. On est en démocratie, tout de même !
Actuellement une amende de 270 dollars est prévue pour toute personne prise en flagrant délit de baragouinage russe et Ivanovskaïa voudrait multiplier ce chiffre par dix. Bien entendu, tous les livres russes ou en langue russe sont interdits, ainsi que la musique russe, y compris dans les streaming ukrainiens, et bien entendu tout ce qui vient d’artistes russes dont déjà plus d’une centaine sont sur liste noire. Il reste tout de même quelques gâteries échappant à cette chasse à la langue, comme l’indique la ministre de la culture en précisant que 71% des Ukrainiens « consomment régulièrement des contenus en langue russe, près d'un quart d'entre eux le faisant quotidiennement » ; elle parle sans doute des linguistophages.
A tout cela, on ajoute ces précisions où l’on voit que même la corruption et les corrupteurs s’adonnent à ce sport, ce qui en fait des cibles de choix, — pour l’emploi de la langue, pas pour la corruption,..
« • Des responsables ukrainiens, notamment ceux de l'entourage de Vladimir Zelensky visés par les services de lutte contre la corruption, ont été surpris à plusieurs reprises en train de s'exprimer en russe lors d'écoutes.
» • Le Bureau national anticorruption d'Ukraine (NABU), soutenu par l'Occident, a publié des enregistrements audio révélant que le procureur en chef chargé de la cybercriminalité — accusé d'extorquer de l'argent en échange d'une protection auprès des réseaux ukrainiens d'arnaques téléphoniques — utilisait principalement le russe dans ses communications.
» • Le ministre des Affaires étrangères, Andrey Sibiga, s'est également exprimé en russe tout au long d'une longue interview accordée récemment à un média kazakh, alors qu'il s'exprimait en sa qualité officielle. »
Nous avons l’habitude, dans nos contrées, de ce type de mesures depuis un nombre déjà respectable d’années maquillées à la diversité chatoyante des couleurs du Woke. Tout de même, la CIA et la DIA n’en sont pas encore venues à se battre au fusil d’assaut dans les rues de Washington parce que d’un côté ou de l’autre on aurait entendu l’accent sudiste du temps des Confédérés ; pronostic : cela ne saurait tarder, l’Ukraine leur montre le chemin et ils n’ont qu’à suivre. L’Ukraine ne recule devant rien, subissant cette guerre cruelle et sanglante, et parvenant tout de même à maintenir haut hissé le standard de la tragédie-bouffe.
C’est bien ce qu’il y a de plus fascinant dans cette étrange époque où la folie contagieuse annule absolument toutes les bornes de la mesure et du ridicule. Il y a de quoi ironiser à propos de cette rixe de gangsters entre SBU et HUR-GUR, où il y a eu des morts et des séquestrations entre les deux services, et où les enquêtes envisagées avec les punitions qui les accompagnent visent essentiellement l’usage de la langue russe. Malgré tout le malheur, les souffrances et l’oppression idéologique et corruptrice qui caractérise cette guerre et l’époque occidentale-compulsive qui la chérit avec tant d’enthousiasme, on parvient à retrouver, épars mais pris avec un sérieux confondant, les déblets et les fragments d’un ridicule d’une totale inconscience, avec l’incapacité des caractères impliqués à distinguer le dérisoire et l’ineffable d’une part, des ombres affaires de substance sinon d’essence d’autre part.
Cette bagarre entre SBI et HUR-GUR, comme l’on parlerait de deux frères siamois séparés avec violence et un juron en russe, est bien significative au-delà de l’ironie et du bouffe qu’elle exsude. Elle caractérise toute une époque, tout un dérangement mental avec ses neurones éparpillés dans tous les sens et rebidonnés ensemble sans aucun ordre, tout un aveuglement cosmique, sous le regard impassible et d’un flegme ironique de la GrandeCrise.
C’est ainsi qu’il faut regarder les choses, plutôt que leur chercher des agencements rationnels et subversifs. Les sapiens sapiens s’activent dans le tunnel noir et aveugle d’une nuit enténébrée et glacée comme une canicule, cherchant désespérément l’enjeu perdu et burlesque d’un affrontement qui ne sait plus ce qu’il font et pourquoi. Je ne sais même pas si Ceux d’En-Haut, sur l’Olympe, en train de manipuler ces grandes forces qui nous emmènent vers un destin dont elles seules savent ce qu’il nous réserve, — je ne sais si Ceux d’En-Haut en rient encore.
• Ce qu’on nomme le “capitalisme tardif” entretient avec une brutalité extrême la souffrance psychologique du « vouloir sans pouvoir ». • Certains, comme Giovanni Balducci dont on publie une rapide analyse, estime que nous nous trouvons ainsi dans une « prison invisible où la société accepte de vivre chaque jour ». • Mais nous constatons que ces excès monstrueux du “capitalisme tardif” créent des tensions et des colères qui ne cessent de le menacer de plus en plus. • D’où la GrandeCrise, qui se nourrit de cette folle stratégie.
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Dans un texte récemment paru (dans ‘geopoliticaesistemi.com’, repris en français le 5 septembre dans ‘euro-synergies.hautetfort.com’), l’auteur italien Giovanni Balducci donne une rapide et juste analyse de ce que nous nommerions la “stratégie” du “capitalisme-tardif” en exposant comme principaux moyens d’action le “mirage du luxe” et le “piège du désir”. Il y a longtemps que ces moyens sont connus et ont déjà été diversement exposés, mais souvent dans le désordre, c’est-à-dire sans former une véritable stratégie. Désormais, et cela avec l’aide de certains facteurs de la communication qu’il exploite et certains aspects du développement de la globalisation, on peut effectivement identifier une stratégie. Son problème est que son efficacité (de son point de vue, bien entendu) est à double effet ; de plus en plus négatif à mesure qu’elle prétend grossir démesurément dans un sens “positif”, — les deux effets étant strictement liés et en développement strictement parallèle, avec des effets psychologiques en confrontation permanente et antagoniste jusqu’à une situation crisique explosive.
Le titre que donne Balducci à son analyse, — que nous allons ensuite apprécier, — est hautement suggestif : « Le mirage du luxe et le piège du désir à l’ère du “capitalisme tardif” ». Nous donnons en effet le texte avant notre commentaire, selon une méthode différente du classique arrangement d’ ‘Ouverture libre’ que nous utilisons désormais épisodiquement, surtout quand les textes cités sont courts et que leur exposé préliminaire permet de mieux apprécier.
« Mirage du luxe et Piège du désir
« Le capitalisme tardif a pleinement révélé sa nature la plus débridée et la plus inhumaine: un processus d’oppression totale qui, à bien des égards, rappelle, de manière symétrique et opposée, les dérives autoritaires du socialisme réel.
» Nous vivons immergés dans une surabondance omniprésente d’images de bien-être et de luxe effréné qui, à y regarder de près, ne sont accessibles qu’à un cercle extrêmement restreint de privilégiés. Ce qui entoure désormais la vie quotidienne des individus, ce ne sont que des simulacres de richesse, tandis que l’ensemble de la population connaît un appauvrissement constant et une réduction drastique de son pouvoir d’achat.
» Ce contexte économique et social ne se limite pas à la compression matérielle des salaires: il se nourrit également d’une stratégie de contrôle plus subtile. Les situations d’urgence sont constamment créées de toutes pièces ou habilement exploitées par le système de pouvoir afin d’éroder davantage les droits collectifs et individuels, en réduisant les espaces de démocratie et les protections sociales.
» Dans la philosophie bouddhiste, l’une des situations psychologiques les plus douloureuses, associée aux royaumes inférieurs de l’existence ou aux enfers, réside précisément dans la torture de vouloir sans pouvoir: le désir ardent de quelque chose, allié à l’impossibilité absolue de l’obtenir.
» Le système capitaliste contemporain a fait de ce tourment existentiel le moteur ultime de son économie et de sa publicité. Il tapisse notre existence de stimuli visuels, d’écrans et de vitrines numériques présentant un mode de vie clinquant comme s’il se trouvait à portée de main, parfaitement accessible.
» Il déclenche ainsi un court-circuit dévastateur: alors que, dans la vie réelle, nous nous appauvrissons matériellement, on nous invite dans le même temps à poursuivre des standards inaccessibles, nous soumettant à une frustration psychologique constante. Nous voyons sans cesse le bien-être brandi sous nos yeux, tout en étant maintenu hors de portée de nos mains. C’est la logique infernale décrite dans le célèbre monologue d’Al Pacino dans L’Associé du diable: “Regarde, mais ne touche pas; touche, mais ne goûte pas; goûte, mais ne savoure pas…”.
» Le véritable chef-d’œuvre de ce modèle socio-économique ne consiste pas seulement à dépouiller les individus de leurs ressources économiques, mais aussi à coloniser l’imaginaire collectif, en transformant le désir insatisfait en cette prison invisible dans laquelle la société accepte de vivre chaque jour. Tout bien considéré, même un véritable misanthrope n’aurait pas su concevoir de meilleur système pour punir les hommes. »
En fait, ce “capitalisme” à destin “tardif” a toujours fonctionné de cette façon, entre “mirage” et “désir”. Mais, en devenant “tardif”, c’est-à-dire hypermoderniste, exacerbé, sans mesure ni équilibre, il a largement transformé le mirage en provocation et le désir en colère et s’est lui-même mis en état d’agonie apocalyptique transformée en GrandeCrise. Ce que décrit Balducci existait largement au XIXème siècle et même au XXème siècle, où il s’était avéré supportable et en général d’une certaine structuration assurant sa stabilité. Toutes les révolutions se cassèrent le nez sur lui. Mais avec l’incursion de l’hypermodernité et de la communication débridée (qui peut aussi bien servir ses adversaire, Ô Janus) il a perdu complètement cette stabilité en se déstructurant très rapidement, ayant
« révélé sa nature la plus débridée et la plus inhumaine.
» Les situations d’urgence sont constamment créées de toutes pièces ou habilement exploitées par le système de pouvoir afin d’éroder davantage les droits collectifs et individuels, en réduisant les espaces de démocratie et les protections sociales. »
Cette remarque, tout à fait juste en théorie dans l’esprit débile des capitalistes tardifs, suscite exactement son contraire. La réductions des espaces de démocratie et des protections sociales, si elle nous permet de critiquer ce fameux capitalisme en en désignant sa pourriture jusqu’à l’os, l’a en fait privé de deux de ses principaux alliés : le simulacre démocratique et la légende des syndicats, chargés en réalité de maintenir un bon ordre dans les rangs des plus démunis.
Quant aux “situations d’urgence”, elles provoquent surtout des crises et des guerres où le capitalisme-tardif s’il fait des bénéfices (de toutes les façons, la planche à billets est là), achève de pourrir sur place et de renforcer d’une façon drastique l’esprit et la volonté de la dissidence et de l’opposition. On sait que “dissidence” et “opposition” sont contrôlées selon les analystes antiSystème qui se piquent de lucidité sarcastique, mais on devrait aussi savoir que le contrôleur a complètement perdu la tête et fait n’importe quoi. Il arrive à pousser l’AfD à 44%, à faire de la Russie et de la Chine (dont les États ne cessent de resserrer leur contrôle sur leurs propres capitalismes, différents du nôtre) les premières puissances militaire et économique respectivement. Beau résultat.
Pour le reste, les admirateurs du mirage pleins de désirs inaccessibles sont aujourd’hui de bien mauvaise humeur et les milliardaires-tardifs et déchaînés s’enferment dans des forteresses avec une armée de gardes du corps qui ne valent pas mieux que les services de sécurité de Louis XVI.
« Le rêve se transforme, comme s’il se trouvait à portée de main, parfaitement accessible [...] déclenchant ainsi un court-circuit dévastateur [...] en transformant le désir insatisfait en cette prison invisible où la société accepte de vivre chaque jour... »
Et pourtant, non, comme on a vu plus haut et pour en conclure là-dessus. Au contraire, la société accepte de moins en moins « cette prison invisible », justement sous la pression de cette “situation psychologique si douloureuse” que provoque le « vouloir sans pouvoir ». Vendeur de rêves-bidons et adepte de la torture (« la torture de vouloir sans pouvoir »), le capitalisme-tardif n’obtient que des résultats mensongers de la victime, comme la torture suscite en général, et fait naître à chaque occasion de nouveaux résistants.
Seul le capitalisme-tardif pouvait arriver à ce résultat puisque la stratégie qu’il a choisi suit en vérité la méthodologie selon laquelle, — surprise, surprise, — la surpuissance produit l’autodestruction.
Mis en ligne le 9 septembre 2026 à 18H45
• Après son succès étourdissant de dimanche, l’AfD d’Alice Weidel pourrait trouver une entente avec la BSW de Sahra Wagenknecht, qui a aussi obtenu un beau succès, et constituer une majorité au Bundestag de Saxe-Anhalt. • Ce serait une alliance entre les deux populismes, celui de droite et celui de gauche. • La proximité entre les deux formations repose notamment et très fortement sur leur opposition à l’aide à l’Ukraine et au rétablissement des liens avec la Russie. • Une grave menace pour le Système.
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Le scrutin de Saxe-Anhalt qui a constitué le feu d’artifice du parti AfD apporte beaucoup d’enseignements dans des sens différents, mais tous avec une cause commune. D’abord, il convient de noter que le résultat de l’AfD se double d’un autre résultat intéressant, les 5,3% de l'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) qui permettent à ce parti “vieux” de deux ans d’entrer au Bundestag du Land (limite à 5% des voix) avec 5 élus. En général, les experts applaudissent ce qui est salué comme une performance, comme le professeur Belov, directeur d’un centre d’études de l’Allemagne à Moscou :
« “Je ne m'attendais pas à ce que la BSW franchisse la barre des 5 %, alors félicitations à Sahra Wagenknecht”, a déclaré à RT le professeur Vladislav Belov, directeur du Centre d’études allemandes de l’Académie des sciences de Russie, a déclaré à RT.
Belov, qualifie ce résultat de nouvelle surprise [en plus du résultat de l’AfD], l'attribuant à la position pacifiste du parti. “Sahra a affirmé que les extrémistes de droite étaient ceux qui souhaitaient la guerre et la militarisation. Ce message a trouvé un écho favorable auprès des électeurs”. »
Il semble que les relations entre l’AfD et la BSW permettent d’envisager une alliance qui donnerait au Bundestag du Land une majorité populiste, les cinq élus de BSW permettant effectivement cette majorité que l’AfD a raté de deux élus. Il s’agit d’une alliance représentant une tendance qui s’affirme, pour l’instant de façon souterraine, dans divers pays, notamment aux USA où nous avons beaucoup parlé, après le virage pro-guerre et pro-israélien de Trump, de la proximité entre les populistes devenus antitrumpistes (Carlson, Greene, Owen, Kelly, etc.) et les populistes de gauche et naturellement antitrumpistes (‘The Young Turks’).
Cette alliance possible en Allemagne s’appuierait sur le poids et le brio politiques, sans équivalent ailleurs, des deux brillantes femmes politiques qui dirigent l’AfD (Alice Weidel) et la BSW (Sahra Wagenknecht bien entendu). Nous posions déjà la question au travers d’une citation de Georges Feltin-Tracol le 2 juin 2024, lors de la création de la BSW :
« Sera-t-elle l’ultime recours d’une caste qui assiste avec effroi à la croissance dans les intentions de vote de l’AfD ? Osera-t-elle au contraire se libérer des clivages conventionnels et se rapprocher de l’AfD afin de constituer un front de salut national et populaire ? On n’a pas fini de parler de Sahra Wagenknecht. »
La réponse est désormais de plus en plus évidente et ainsi devrait-on parler de plus en plus de Sahra Wagenknecht, comme on parle toujours plus de Alice Weidel, certainement une des personnes politiques, hommes et femmes confondus, les plus brillantes d’une nouvelle (par l’orientation antiSystème) génération politique en Europe.
Mais sans doute l’enseignement le plus important plus évident et important est souligné notamment par Gastel Etcwane le 7 septembre sur ‘euro-synergies.hautetfort.com’. Il s’agit du fait que l’accord entre les deux femmes politiques aussi bien que leur succès sont très largement dus à leur opposition très marqués à tout ce qui est lié au conflit ukrainien dans l’actuelle politique allemande. Alice et Sahra sont opposées au soutien matériel accordés à l’Ukraine aussi bien qu’à l’antirussisme systématique et souvent grotesque pratiqués par l’actuelle direction allemande et tous ses compères européens et otaniens. Elles veulent notamment une restauration des liens de l’Allemagne avec la Russie, notamment économiques, notamment dans le domaine énergétique (gaz russe).
« C’est probablement à Kiev que le résultat allemand devrait être observé avec le plus d’attention.
» Depuis quatre ans, le soutien à l’Ukraine a souvent été présenté en Europe occidentale comme une politique extérieure bénéficiant d’un consensus suffisamment large pour échapper aux alternances électorales. La Saxe-Anhalt montre les limites de cette hypothèse.
» L’aide militaire et financière à Kiev entre désormais directement dans la compétition politique allemande. Chaque nouvelle livraison d’armes, chaque enveloppe budgétaire et chaque engagement de reconstruction peuvent être confrontés aux dépenses intérieures, aux infrastructures, à l’énergie ou à l’industrie. La question n’est donc plus seulement de savoir combien de temps l’Europe possède les moyens matériels de soutenir l’Ukraine. Elle est de savoir combien de temps ses gouvernements disposeront de la majorité politique nécessaire pour le faire.
» Cette évolution dépasse largement la Saxe-Anhalt. Si elle se confirme ailleurs, les gouvernements européens devront compter avec un phénomène qu’ils ont longtemps sous-estimé: une politique étrangère peut être cohérente diplomatiquement et devenir progressivement coûteuse électoralement.
» La réaction de Donald Tusk est, à cet égard, révélatrice. Le Premier ministre polonais a estimé que, dans son pays, seuls “des idiots ou des traîtres” pouvaient se réjouir du triomphe de l’AfD. La violence même de la formule dit quelque chose de l’inquiétude provoquée par le résultat allemand. Varsovie est l’un des soutiens européens les plus constants de Kiev et considère la Russie comme une menace stratégique majeure. Voir progresser aussi brutalement, dans le premier pays de l’Union par sa puissance économique, une force contestant cette politique ne peut être pour elle un événement régional. »
Ce n’est donc pas tant à cause du retour de A.H. que la victoire de l’AfD est dénoncée par les forces au pouvoir dans les pays de l’UE, pour ceux qui croient à leur grotesque simulacre électoral. C’est à cause du danger qui pèse sur la politique belliciste et l’opposition haineuse à la Russie de cette UE que la victoire de l’AfD et aussi la proximité et peut-être l’alliance entre l’AfD et la BSW sont dénoncées avec tant de vigueur.
D’une façon plus générale, on observe qu’il s’agit là de la poursuite de l’extension du phénomène qui fait que la politique extérieure occupe une place de plus en plus importante, sinon prépondérante dans certains cas, dans la politique intérieure des pays occidentaux. (Par exemple, c’est aussi le cas aux USA, comme nous l’avons déjà souligné, et en France pour l’élection présidentielle.)
Même si les arguments développés pour expliquer ce phénomène sont essentiellement d’ordre économique, il reste que la nature du phénomène concerne vraiment la politique extérieure dans tous ses aspects, et que les dimensions idéologiques et géostratégiques ne sont nullement évacuées. Plus encore, c’est essentiellement la politique extérieure parce que celle-ci est la marque structurelle de la politique de globalisation du Système, sa véritable colonne vertébrale, son activité essentielle et radicale. C’est donc le Système lui-même qui attire l’électorat sur ce terrain extrêmement délicat, où la critique est aisée et absolument radicale quand elle est développée ; ce qui est jugée par ceux-là même qui la font par vents et marées et proclament hautement cette responsabilité, suscite de plus en plus leur faiblesse dans l’électorat.
Une fois de plus, l’on retrouve le cas classique de la surpuissance conduisant à l’autodestruction... Pas besoin de A.H., dit Adolf H., et de sa terreur centenaire pour parvenir à cet excellent résultat.
Mis en ligne le 8 septembre 2026 à 14H30.