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À partir d’avant-hierOrient XXI

D'Aden à Marseille, histoire d'un Yémen connecté

Scène animée de travail portuaire, hommes chargent des barques près d'un navire.

À Marseille, jusqu'au 29 mars 2026, le Centre de la Vieille Charité propose une exposition en partenariat avec le Musée du Louvre sur des destins croisés entre le port d'Aden et la cité phocéenne. Une opportunité de valoriser la richesse des échanges entre Arabie et Méditerranée.

« Aden est un grand volcan lunaire dont un pan a sauté avant que les hommes fussent là pour inventer des légendes sur l'explosion de cette poudrière. Ils ont fait la légende après : le réveil d'Aden qui conduit à l'enfer annoncera la fin du monde. »1 En 1926, Paul Nizan, étudiant en philosophie à l'École normale supérieure, quitte cette dernière pour rejoindre Aden, à l'extrême sud de la péninsule Arabique. On lui propose un poste de précepteur pour le fils d'un riche industriel d'origine française, Antonin Besse. Ville portuaire sous contrôle britannique, mais connectée aux Indes et à la corne de l'Afrique, Aden évoque alors tout l'orientalisme qui nourrit les imaginaires européens.

C'est cette ville cosmopolite, et, plus largement, le Yémen à travers elle, que l'exposition Aden-Marseille. D'un port à l'autre propose de faire découvrir à travers les circulations d'objets, d'hommes et de récits qui ont relié le sud de la péninsule Arabique à l'Europe. Et plus particulièrement à Marseille, porte d'entrée du Vieux-Continent et lieu d'origine de nombre de commerçants et de voyageurs ayant décidé de faire d'Aden leur point de chute.

Le projet d'exposition au Centre de la Vieille Charité est né d'abord d'une volonté de valoriser un ensemble de vingt-cinq pièces offertes au Musée d'Archéologie de Marseille au tournant du XXe siècle par des négociants marseillais et par la Compagnie des messageries maritimes. Témoins matériels des civilisations sudarabiques florissantes dès le VIIIe siècle avant notre ère, ces objets incarnent aussi, par leur arrivée en France, la présence des commerçants européens à Aden au XIXe siècle. À cette dimension archéologique est adjointe par les commissaires un ensemble de pièces et de documents qui couvrent plus de deux millénaires d'histoire et ont été prêtés par des particuliers, comme des musées européens dont le British Museum. Le beau catalogue bilingue de l'exposition, en français et en anglais, retrace utilement l'histoire de ces objets et de leur contexte de création, puis d'acquisition. Les notices, didactiques, ont été rédigées par les meilleurs spécialistes internationaux.

Aden, une présence française

Sous domination britannique depuis 1839, le port d'Aden devient dans les décennies qui suivent un carrefour majeur des échanges entre la mer Rouge, l'océan Indien et la Méditerranée. D'abord rattaché à la colonie indienne, il ne devient une colonie distincte qu'en 1937. De nombreuses maisons de commerce françaises s'y installent et profitent des structures impériales britanniques. Introduit à Marseille au XVIIe siècle, le café a déjà fait du Yémen et de son petit port de Mokha un espace stratégique, et ce bien avant l'ouverture du canal de Suez en 1869. Aden occupe une position géographique idéale et sert de point de ravitaillement et de transit.

Dès le XIXe siècle, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie s'implantent dans la région, tandis que Britanniques, Turcs, Italiens et Allemands montrent également leur intérêt pour l'intérieur du territoire yéménite. Les Britanniques réussissent à s'imposer dans le sud de l'Arabie pour sécuriser la route maritime vers l'Inde et signent des accords avec l'Empire ottoman. La France abandonne alors ses ambitions de conquête, notamment sur la zone de Cheikh Saïd, située directement sur le détroit de Bab El-Mandeb.

Originaires du Doubs, les frères Bardey s'installent à Aden dans les années 1880. Alfred Bardey est associé au sein de la société Viannay, Bardey et Cie, spécialisée dans l'exportation de produits coloniaux, notamment le café yéménite. Pierre Bardey quant à lui développe un intérêt marqué pour l'histoire et l'archéologie du sud de la péninsule Arabique, devenant l'un des principaux donateurs d'objets sudarabiques au Louvre et à la Bibliothèque nationale de France. En 1880, Alfred Bardey embauche un certain Arthur Rimbaud, qui n'a alors que 26 ans. Peu après son arrivée au Yémen, ce dernier confie son désarroi à sa famille dans une lettre :


Aden est un roc affreux, sans un seul brin d'herbe ni une goutte d'eau bonne, (on boit de l'eau distillée) : la chaleur y est excessive (…). Tout y est très cher, et ainsi de suite. Je suis comme prisonnier ici et assurément il me faudra y rester au moins trois mois avant d'être un peu sur mes jambes ou d'avoir un meilleur emploi2.

Ils sont nombreux pourtant à compter rester dans cette enclave propice aux affaires. Marseillais arrivé à Aden en 1876, Maurice Riès s'inscrit dans ces mêmes réseaux. D'abord employé par le négociant César Tian, il ouvre pour son compte une succursale à Hodeïda avant de devenir son associé puis son successeur. Agent consulaire de France à Aden, il participe également à la constitution de collections d'antiquités, dont une partie est offerte au musée d'archéologie de Marseille en 1925. Il en est de même pour Antonin Besse, futur hôte du jeune philosophe Paul Nizan dans les années 1920 et interlocuteur de l'aventurier Henry de Monfreid lors de ses nombreuses haltes à Aden. D'abord engagé par les frères Bardey avant de fonder sa propre entreprise, Antonin Besse fait fortune dans le commerce du café, du pétrole et d'autres produits d'import-export dans la région du Yémen et de la mer Rouge. À la suite d'une importante donation financière, il est à l'origine de la création en 1950 du St Antony's College, aujourd'hui l'une des grandes institutions universitaires d'Oxford, spécialisée dans les études internationales.

Trajectoires croisées

Ces destins européens sont au cœur de l'exposition marseillaise. L'un des apports de celle-ci est également d'en présenter le pendant : les trajectoires de Yéménites qui participent au commerce avec l'Europe. À la fin du XIXe siècle, la mise sous tutelle coloniale d'Aden par les Britanniques et de Djibouti par la France provoque d'importants mouvements migratoires depuis le sud du Yémen. Des hommes quittent les villages des montagnes pour répondre aux besoins croissants des compagnies européennes, en particulier dans le secteur maritime. L'essor de la navigation à vapeur crée une demande massive de main-d'œuvre affectée aux tâches les plus pénibles : dans les salles des machines, les soutiers alimentent sans relâche les chaudières à charbon des paquebots.

Recrutés collectivement, souvent à l'échelle du village, ces travailleurs transitent d'abord par Djibouti. Beaucoup embarquent ensuite sur les lignes de la Compagnie des Messageries Maritimes reliant la mer Rouge à Marseille. Le port phocéen devient pour eux une escale majeure, parfois un lieu d'ancrage durable. Dans l'entre-deux-guerres, des réseaux migratoires structurent leur installation à Marseille. Des restaurateurs et logeurs accueillent les marins dans les quartiers portuaires de la Joliette. Entre 1869 et 1946, des milliers de Yéménites transitent ainsi par Marseille. Certaines trajectoires dérogent à cette condition subalterne, comme celle de Hayel Saeed (1902-1990). Originaire du sud du Yémen, il est embauché comme soutier sur un paquebot puis ouvrier dans une huilerie à Marseille. À son retour à Aden après dix ans passés en France, il fonde le Hayel Saeed Anam Group devenu l'un des plus grands conglomérats du Yémen.

Saisir le Yémen

Cette part d'histoire connectée offre un éclairage sur le Yémen contemporain qui, marqué par une guerre débutée en 2014, demeure souvent oublié. Sa grandeur et sa richesse méritent pourtant mieux. Entre le VIIIe siècle av. J.-C. et le VIe siècle de notre ère, le sud de la péninsule Arabique voit émerger plusieurs royaumes puissants, parmi lesquels le plus célèbre est celui de Saba. Indépendants politiquement, mais proches culturellement, ces royaumes partagent une écriture commune, des techniques d'irrigation sophistiquées et des pratiques religieuses similaires. Les civilisations sudarabiques se développent dans un environnement aride grâce à des barrages, des terrasses agricoles et des réseaux d'irrigation élaborés, permettant l'essor de la région. L'empire rassoulide, basé dans l'hinterland3 d'Aden, domine la côte orientale de la mer Rouge de 1229 à 1454, contestant aux Mamelouks le contrôle de La Mecque. La finesse des pièces archéologiques présentées, stèles funéraires, encensoirs, animaux en albâtre témoignent de ce rayonnement.

La diversité des œuvres rassemblées au fil de l'exposition met en dialogue ces héritages et offre des plongées dans la création contemporaine. Originaire du Yémen et installé à Marseille, l'artiste-peintre et sculpteur Nasser Al-Aswadi compose des palimpsestes picturaux à partir d'inscriptions anciennes autour du mythe de l'Arabie antique et transforme la calligraphie en matière visuelle. La photographe et vidéaste Thana Farooq travaille sur les mémoires intimes quand la céramiste Jeanne Bonnefoy-Mercuriali présente des pièces qui revisitent les motifs des décors architecturaux si modernes dans leurs formes géométriques. L'ensemble de l'exposition, en faisant dialoguer les époques historiques, tend dès lors à déconstruire l'idée d'un Yémen figé dans la catastrophe et la guerre.


1Paul Nizan, Aden Arabie, La Découverte, 2002.

2Lettre d'Arthur Rimbaud, Aden, 21 août 1880.

3NDLR. Arrière pays continental d'un port.

Gaza. « Souvenez-vous de nous »

Papier déchiré avec un texte manuscrit lisible mais usé.

À Paris, l'ONG Médecins sans frontières présente jusqu'au 12 février l'exposition « We did what we could » (« On a fait ce qu'on a pu »). Elle documente deux années de guerre totale contre la population gazaouie et rend hommage aux soignants palestiniens.

La Cathédrale, l'espace de Ground Control qui accueille l'exposition de Médecins sans frontières (MSF), n'a jamais aussi bien porté son nom. La disposition en hauteur des immenses tirages des photojournalistes palestiniens de l'AFP — Mohammed Abed, Omar Al-Qatta, Eyad Baba, Mahmoud Hams et Basher Taleb1 — donne l'impression de regarder des vitraux racontant l'histoire de deux ans d'anéantissement. Cette sensation est encore accentuée par les néons multicolores, qui modifient la teinte des images.

La scénographie impressionne dès l'entrée. Certains visiteurs restent figés, hésitent à avancer. Le regard se pose alors sur le panneau introductif et son titre : We did what we could (« On a fait ce qu'on a pu »). Il s'agit d'un extrait d'une phrase écrite comme un testament par le Dr Mahmoud Abu Nujaila, médecin de MSF, sur le tableau de service de l'hôpital Al-Awda, alors qu'Israël en ordonnait l'évacuation :


Celui qui restera jusqu'à la fin racontera notre histoire. On a fait ce qu'on a pu. Souvenez-vous de nous.

Le Dr Abu Nujaila sera tué un mois plus tard, le 21 novembre 2023, lors du siège de l'hôpital par l'armée israélienne. Il fait partie des quinze employés de MSF, tous palestiniens, tués entre octobre 2023 et octobre 20252.

Conçue par la journaliste Clothilde Mraffko et MSF, We did what we could a initialement été présentée en octobre 2024 lors du Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre. La version exposée actuellement à Ground Control, dans le cadre de son cycle « Gaza : témoigner, comprendre, agir », a été actualisée et enrichie de nouvelles photographies. À travers un dispositif multimédia, l'exposition documente avec rigueur l'annihilation de Gaza, de sa population, de son tissu social et de ses infrastructures sanitaires.

Une destruction méthodique et implacable

Les chiffres, rappelés tout au long de l'exposition, donnent la mesure de ce champ de mort. Entre octobre 2023 et octobre 2025, plus de 67 000 Palestiniens ont été tués et 170 000 blessés. Le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans a été multiplié par dix, et celui des nourrissons de moins d'un mois par six. Soixante-huit pour cent de la zone urbanisée de Gaza a été rasée et 78 % des bâtiments de l'enclave ont été partiellement ou totalement détruits.

« Israël a réussi à Gaza un exploit qui est celui de détruire à la fois l'espace et le temps pour les Palestiniens », déclare Claire Magone, directrice générale de MSF. L'espace par les bombardements et l'annexion de facto de plus de la moitié de la bande par l'armée israélienne. Le temps par les déplacements forcés incessants et la vie qui continue sous les tentes, ravivant les traumatismes de la Nakba.

« L'esprit n'arrive pas à imaginer les statistiques », explique Clothilde Mraffko. Comment saisir — et faire saisir — la réalité de cette guerre totale contre la population de Gaza ? C'est le tour de force de We did what we could qui, en s'appuyant sur les témoignages et expériences des soignants gazaouis, retrace cette destruction méthodique et implacable, tout en redonnant à ses victimes un visage et une voix. Pour la commissaire d'exposition, cette centralité des voix palestiniennes était importante et nécessaire : « C'est exactement ce que le gouvernement israélien ne veut pas : que l'on entende les Palestiniens. »

Il faut écouter le témoignage de ce médecin continuant à soigner tout en étant rongé par l'inquiétude pour sa famille qu'il veut faire évacuer. Il faut aussi voir cette photographie de chirurgiens opérant presque dans le noir, car les hôpitaux, privés d'électricité par Israël depuis le 11 octobre 2023, ne peuvent compter que sur des groupes électrogènes instables. Il faut enfin regarder ce dessin fait par un enfant, où l'on voit des corps éparpillés après un bombardement, certains démembrés, tous baignant dans une mare de sang. Il faut tout cela pour mesurer l'ampleur du traumatisme et de la douleur.

« Les soignants sont intimidés, harcelés et tués »

« Dans les hôpitaux, nous avons un échantillon de tout ce qu'est Gaza : à travers les blessés et les déplacés [qu'ils accueillent], mais aussi à travers les soignants eux-mêmes qui vivent également la faim, le déplacement, les deuils à répétition », poursuit Clothilde Mraffko. Car les lieux de soin et le personnel soignant ne sont évidemment pas épargnés par la guerre génocidaire. « Les soignants sont intimidés, harcelés et tués », souligne Claire Magone. Plus de 1 500 d'entre eux ont été tués depuis octobre 2023, certains par des snipers. Ils sont aussi enlevés, emprisonnés et torturés en Israël comme c'est le cas pour Houssam Abou Safiya, directeur de l'hôpital Kamal Adwan, otage de l'armée israélienne depuis le 29 décembre 2024, et Mohammed Obeid, chirurgien orthopédique de MSF, depuis le 26 octobre 2024. En juillet 2025, sur les 35 hôpitaux de la bande, 17 étaient hors service en raison de bombardements ciblés et de raids. Les autres sont à peine fonctionnels.

La population se tourne alors vers les cliniques des ONG encore présentes. Mais, tout en anéantissant les infrastructures sanitaires palestiniennes, Israël, aidé par le laisser-faire de la « communauté internationale », s'est parallèlement attaqué aux organisations humanitaires et à leurs travailleurs. Une photographie de la carcasse du véhicule de l'ONG étatsunienne World Central Kitchen après une frappe mortelle en témoigne. Cet « incident tragique », comme l'avait alors présenté le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou — « tragique » parce que des travailleurs occidentaux y avaient péri —, n'est pourtant pas isolé. Comme le rappelle Claire Magone, 565 travailleurs humanitaires, très majoritairement palestiniens, ont été tués depuis octobre 2023.

Le 1er janvier, le gouvernement israélien a tout simplement interdit l'accès à Gaza à 37 ONG majeures, dont MSF. Derniers témoins extérieurs — les journalistes étrangers restant interdits d'accès malgré le cessez-le-feu d'octobre 2025, quotidiennement rompu par Israël —, leur expulsion laisse les Gazaouis en huis clos avec les soldats israéliens. Cette interdiction prive également la population palestinienne, déjà démunie, du minimum de soins et la condamne à une mort lente et calculée.

Une exposition censurée à Toulouse

Pour Claire Magone, l'exposition, déjà nécessaire, devient alors essentielle à l'aune de ce contexte :


C'est une réalité qui est niée, euphémisée, distordue, manipulée par la propagande d'Israël et de ses soutiens […] qui font un effort particulier pour soustraire cette réalité aux yeux de ceux qui pourraient s'en indigner légitimement et exiger que celle-ci cesse.

Notamment en France. En janvier 2025, la mairie de Toulouse avait refusé d'accueillir l'exposition, programmée dans le cadre du festival Cinéma et droits de l'Homme. Elle estimait que sa tenue « pos[ait] un risque évident de trouble à l'ordre public ». La municipalité dirigée par Jean-Luc Moudenc (ex-Républicain) évoquait, pour se justifier, les « énormes tensions sur notre territoire » en lien avec « l'attaque terroriste du 7 octobre menée par le Hamas contre la population israélienne, la guerre à Gaza et plus largement au Proche-Orient ». L'exposition a finalement pu se tenir dans la ville rose, six mois plus tard, mais dans un lieu privé.

À la fin du parcours d'exposition, en regardant de nouveau les mots du Dr Mahmoud Abu Nujaila, l'on peut légitimement s'interroger : si les soignants gazaouis ont fait ce qu'ils ont pu, est-ce notre cas ?


1Photographes freelance travaillant pour l'AFP, Omar Al-Qatta, Eyad Baba et Basher Taleb sont toujours à Gaza. Mahmoud Hams, Mohammed Abed et Said Khatib ont été évacués en février, avril et mai 2024.

2Abed El Hameed Qaradaya, Omar Hayek, Hussein Alnajjar, Abdullah Hammad, Hussam Al Loulou, Alaa Abd Elsalam Ali Okal, Bilal Okal, Hassa Suboh, Nasser Hamdi Abdelatif Al Shalfouh, Fadi Al-Wadiya, Reel Abu Lebdeh, Ahmad Al Sahar, Alaa Al Shawa, Mohammed Al Ahel. L'exposition leur est dédiée.

Les trésors sauvés de Gaza

Par : Lori Allen
Des archéologues creusent sur une plage, entourés de sable et de vagues.

À l'heure où les Palestiniens sont invisibilisés par Israël et ses alliés occidentaux, l'exposition sur les richesses de Gaza à l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris offre un aperçu bienvenu de leur histoire et de leur créativité. D'autant que nombre des objets présentés ont été arrachés à la destruction. Mais elle rend encore plus assourdissant le silence — ou presque — qui entoure le génocide des Gazaouis.

Un minuscule escargot et une fine souris de bronze, semblables à des pions de jeu et datant de l'époque romaine (IIIe-IVe siècle), captent mon regard dès mon entrée à l'exposition temporaire de l'Institut du monde arabe, Trésors sauvés de Gaza — 5000 ans d'histoire, qui se tient à Paris jusqu'au 2 novembre 2025. Le visiteur peut s'évader un instant, séduit par leur douceur et leur fantaisie mises en valeur dans une vitrine joliment éclairée.

Peut-être que d'autres visiteurs, comme moi, sont brutalement ramenés à la réalité par l'actualité qui fait la une ce mardi 17 juin : « Israël a tué au moins 70 Palestiniens à Gaza, lors de la journée la plus meurtrière sur les sites d'aide humanitaire. » Il me semble alors déplacé d'admirer les volutes d'un coquillage façonné par les mains d'une personne disparue depuis un millénaire, alors que Gaza pleure ses nombreuses victimes. Impuissants face à la vengeance d'Israël, nous ne pouvons que rendre hommage à l'ingéniosité de leurs ancêtres.

Expliquant que « Gaza recèle quantité de sites archéologiques de toutes les époques aujourd'hui en péril », le site web du musée décrit l'exposition comme :

une collection exceptionnelle (…), constituée de pièces de grande valeur, que les aléas de l'histoire ont sauvées du désastre et qui révèlent la densité de son histoire, trésor inestimable dont cette exposition dit toute la complexité.

Les « aléas de l'histoire » ont coûté la vie à des dizaines de milliers de Gazaouis, victimes du génocide perpétré par Israël depuis le 7 octobre 2023. Cette exposition attire l'attention sur le passé, sur la créativité et le talent artistique glorieux de l'histoire qui se reflètent dans ces objets, faisant résonner le silence relatif entourant l'actuel massacre israélien.

Dans deux petites salles sont exposées une collection modeste d'une centaine d'objets — depuis l'âge du bronze jusqu'aux dynasties musulmanes, en passant par les périodes romaine et byzantine — ainsi qu'une série de photographies illustrant les efforts déployés pour les sauver. Les sites archéologiques d'où ils proviennent sont aujourd'hui bombardés à Gaza.

Parmi les premiers objets que le visiteur aperçoit se trouvent plusieurs grandes amphores, autrefois utilisées pour transporter le vin, ainsi que des rangées de lampes à huile magnifiquement sculptées. Les Gazaouis avaient l'habitude de passer des soirées tranquilles à boire et à profiter de leur douce lumière vacillante. Ils fournissaient ces lampes à tous ceux qui en faisaient de même, dans toute la Méditerranée.

On découvre également une statuette blanche, représentant une femme voluptueuse, intitulée Aphrodite ou Hécate, datant de la période hellénistique ou romaine. Sa hanche est légèrement penchée sur le côté, sa tête inclinée vers le bas avec coquetterie, et un soupçon de sourire se dessine sous son nez en marbre partiellement manquant. Ou peut-être s'agit-il d'une expression de regret.

Hécate, déesse grecque de la magie, était aussi associée aux carrefours, thème de cette exposition. Une carte peinte sur l'un des murs montre les échanges entre Gaza, stratégiquement située, et le reste du monde : vers l'est, jusqu'au Hedjaz et au-delà du golfe Persique ; vers l'ouest, à travers la Méditerranée, traversant l'Égypte et la Nubie, s'étendant jusqu'à Leptis Magna, importante cité romaine non loin de Tripoli dans l'actuelle Libye, et remontant jusqu'à Chypre, contournant l'Asie mineure, dépassant Athènes pour atteindre Rome et Carthage. Les traits noirs représentant tous ces mouvements se terminent par des lignes en pointillés, suggérant autant de possibilités, issues d'une époque lointaine où des horizons passionnants s'ouvraient aux habitants de Gaza.

La complicité occidentale occultée

L'occupation militaire israélienne a commencé en 1967 et le siège de Gaza en 2007, empêchant la plupart des Palestiniens de quitter cette bande de terre de 365 km2. Ces faits sont peu mis en évidence dans les panneaux muraux, rédigés uniquement en français. Le contexte contemporain de l'exposition ne se voit pas, même si le texte d'introduction décrit les destructions majeures et le nombre considérable de morts et de blessés causés par les bombardements israéliens ayant débuté le 7 octobre 2023, après les « attentats terroristes et la prise d'otages  » du Hamas.

Le texte interpelle le visiteur : « Qui se souvient que Gaza, né de la rencontre entre le sable et la mer, a connu un passé prestigieux ininterrompu depuis l'âge du bronze ? » De fait, l'exposition nous aide à découvrir une partie de cette histoire. Mais elle nous apprend peu sur la complicité occidentale qui a transformé cette « oasis antique » en théâtre des « tragiques événements » d'aujourd'hui.

La pièce la plus impressionnante de cette exposition est une magnifique mosaïque byzantine provenant d'une église du VIe siècle. Mesurant six mètres sur trois, soit plus que deux tentes familiales mises bout à bout, elle représente une multitude de créatures finement détaillées : un coq parmi d'autres oiseaux, des animaux exotiques à l'air grincheux (une girafe, un éléphant, un léopard) et un chien féroce, aux griffes acérées, un collier autour du cou. La bordure formée de vagues régulières et gracieuses confère à l'ensemble une tranquillité disciplinée et ordonnée. Elle témoigne, tout comme le reste de l'exposition, des siècles de civilisation vivante qui ont animé Gaza et de la créativité de son peuple.

Cette mosaïque a été trouvée dans l'actuelle Deir El-Balah (dans le centre de Gaza) qui abritait plus de 300 000 Palestiniens jusqu'à ce qu'Israël force des dizaines de milliers d'habitants à fuir et en tue d'innombrables autres. C'est là qu'habitait Shaban Al-Dalou, un étudiant de 19 ans et fils aîné d'une famille, avant d'être brûlé vif, le 14 octobre 2024, avec sa mère et d'autres personnes. L'image cauchemardesque de sa lutte pour échapper à la tente de l'hôpital en feu où il était perfusé, le corps enveloppé par les flammes et la fumée, est restée gravée dans la mémoire de nombreux témoins.

L'invisible guerre génocidaire actuelle

Plusieurs éléments rappellent la mort qui envahit Gaza chaque jour actuellement, comme cette stèle funéraire de la période mamelouke, ou cette colonne byzantine utilisée comme pierre tombale pour un lieutenant britannique en 1917, ou encore ces photographies des fouilles d'une nécropole de 135 tombes datant du Ier au IIIe siècles à Jabaliya.

La plupart des objets exposés appartenaient à l'origine à la collection privée de Jawdat Khoudary. Cet entrepreneur gazaoui fortuné, passionné d'archéologie, en a fait don à l'Autorité nationale palestinienne en 2018. Une partie de cette collection avait été prêtée en 2006 au Musée d'art et d'histoire de Genève, où elle est restée bloquée, les conditions nécessaires à son retour en toute sécurité à Gaza n'ayant jamais été réunies en raison du blocus israélien après l'arrivée au pouvoir du Hamas dans le territoire palestinien. Le reste de la collection Khoudary à Gaza a disparu depuis les bombardements israéliens.

Une photographie montre le jardin de Khoudary avant la dernière attaque d'Israël : une végétation luxuriante envahit une tonnelle, créant une atmosphère mythique digne d'un livre pour enfants. À côté, d'autres clichés donnent à voir ce qu'il reste de ce jardin, de la villa et du musée privé de Khoudary : un espace sombre et chaotique, jonché de décombres.

Ces ravages font partie d'une destruction plus vaste. Un tableau répertorie les dizaines de mosquées, églises, monastères, forteresses, sites archéologiques, monuments et bâtiments d'intérêt historique et artistique qui ont été endommagés depuis octobre 2023, selon les registres de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco).

Les photographies exposées dans la deuxième salle, au rez-de-chaussée, présentent en miroir des clichés historiques et inédits de Gaza, issues de la collection de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF). Elles mettent en lumière les efforts déployés pour sauver les richesses archéologiques de ce territoire. On y voit, par exemple, des personnes vêtues d'uniformes fluorescents fouillant parmi les vestiges. Tant de temps, d'énergie et d'argent ont été consacrés à sauver ces objets ! Ces efforts méritent d'être salués : ils ont permis de rassembler des preuves de l'héritage des Palestiniens, des preuves de leur présence ancienne dans cette région, et c'est une façon de montrer leur place dans la société humaine universelle. Ces 5 000 ans d'histoire évoquent peut-être aussi la ténacité des Palestiniens.

Mais il m'a été difficile de profiter pleinement de cette célébration, tandis que la réalité éclatait à l'extérieur avec une brutalité inouïe, tranchant avec l'atmosphère calme et respectueuse qui régnait à l'intérieur du musée. Tout ce soin apporté aux vestiges archéologiques, la préservation des œuvres d'art, témoins d'échanges pacifiques entre les Hommes, les efforts pour consigner toute cette histoire désormais révolue… Quel contraste avec le manque d'attention accordé à la vie des Palestiniens qui tentent aujourd'hui de survivre.

Lorsque j'ai proposé à une amie française de visiter l'exposition avec moi, son visage s'est crispé. Elle m'a répondu :

Pour moi, les « trésors de Gaza », ce sont les enfants. Ce sont les gens qu'il faut absolument protéger. Je trouve très dérangeant de voir exposer des « trésors sauvés » alors qu'Israël bombarde sans relâche Gaza et détruit tout sur son passage.

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Affiche d

« Trésors sauvés de Gaza — 5000 ans d'histoire »
Institut du monde arabe
1 rue des fossés-Saint-Bernard, 75005 Paris
Du 3 avril au 2 novembre 2025
Tarif : Plein 11 €, réduit 9 €, 12-26 ans 7 €
Informations et billetterie

Liban. Abdel Hamid Baalbaki, le Sud au cœur

L'image est une peinture dynamique et expressive, représentant une scène chaotique avec des figures humaines en détresse, des éléments naturels comme des arbres et des animaux, et un fond de destruction. Les couleurs sont vives, mélangeant des tons chauds et froids, créant une atmosphère de tension et de tumultes. Des détails symboliques, comme des créatures stylisées, ajoutent à la complexité de la composition.

Le 27 octobre 2024, l'armée israélienne a bombardé la maison du peintre libanais située dans le village d'Odaisseh. Suite à cette destruction, le musée Sursock, à Beyrouth, rend actuellement hommage à l'artiste avec son exposition « Ode au Sud », qui a débuté le 27 février. L'occasion de revenir sur l'œuvre d'Abdel Hamid Baalbaki.

Le domicide d'Abdel Hamid Baalbaki1 a eu lieu un mois avant le « cessez-le feu », entré en vigueur le 27 novembre, qui n'est d'ailleurs toujours pas respecté. L'armée israélienne poursuit en effet ses opérations, et a rendu inhabitables les villages libanais frontaliers, aussi bien chiites, sunnites que chrétiens, dans sa logique habituelle de punition collective. Cette demeure, désormais détruite, était bien plus qu'une simple habitation pour la famille Baalbaki. Elle représentait un véritable panthéon culturel. Car la vie et l'œuvre d'Abdel Hamid (1940-2013) portent en elles toute l'histoire du Jabal Amel, la montagne chiite du Sud-Liban.

À Beyrouth, l'ouverture au monde

Abdel Hamid naît juste avant l'indépendance du « pays du Cèdre » et la création d'Israël, dans une famille modeste qui allait subir la malédiction de l'Histoire coloniale, comme tous les habitants des villages situés aux frontières de la Palestine historique.

À 18 ans, comme la majorité des villageois du Sud, coupés de la Palestine par Israël, Abdel Hamid s'installe dans la périphérie marginalisée de Beyrouth à la recherche d'un travail. Il forme rapidement un tandem avec son frère, le peintre Fawzi, également père des artistes Ayman et Said Baalbaki. Ils s'étaient déjà fait connaître très jeunes, à Nabatiyé, en peignant des portraits de Khalil Gibran, d'Oum Kalthoum et d'autres icônes, ce qui leur a permis de se constituer une clientèle locale.

À Beyrouth, l'ouverture au monde est complète. La ville s'avère une école de « nuit ». Après les longues heures de travail — les deux frères travaillent dur pour financer leurs études et subvenir aux besoins familiaux —, ils se rendent au théâtre, au cinéma, à des concerts. Ils s'intéressent à la littérature, à la poésie et rencontrent nombre d'autres peintres. La capitale libanaise est alors le lieu d'exil de tous les intellectuels arabes : palestiniens, syriens, égyptiens, irakiens ou encore du Golfe. Les débats dans les cafés sont animés et les idées se diffusent à travers une presse en pleine expansion. Abdel Hamid revient sur ces moments d'émulation avec certaines œuvres comme sa toile intitulée Le Café (1981).

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Le Café, 1979

Abdel Hamid écrit aussi des vers. La poésie est alors très répandue dans les milieux intellectuels arabes. Il brille aussi en littérature grâce à son éloquence et sa mémoire sans faille. Celle-ci sera d'ailleurs la clé de son ascension sociale. Le Liban, fraîchement indépendant, fait ses premiers pas comme État-nation et les institutions se mettent en place. Il intègre l'École supérieure des professeurs (ESP), la voie royale des intellectuels issus des milieux ruraux. Cette formation le mène à un poste de professeur d'arabe, lui assurant une stabilité financière pour élever sa famille composée de huit enfants, dont cinq deviendront des artistes renommés (la chanteuse Soumaya, le peintre Oussama, le chef d'orchestre Loubnan, l'acteur Mounzer et le musicien Salman). Décidément, une famille d'artistes !

Des références au chiisme

Dès ses débuts, le style pictural d'Abdel Hamid est empreint de références au chiisme. Il s'inspire ainsi des miniatures du peintre et calligraphe Yahya ibn Mahmud, dit Al-Wasiti (XIIIe siècle), de l'École de Bagdad, et peint des scènes religieuses chiites, telles que Achoura, à l'occasion de son diplôme de fin d'études en 1971. La toile relate une foule endeuillée, en colère contre l'assassinat de Hussein, martyr du massacre de Kerbala. L'œuvre sera volée au début de la guerre civile, en 1975, à l'Université libanaise qui était alors située dans le centre-ville de Beyrouth, près du Grand Sérail (actuel siège de la présidence du conseil des ministres).

De 1971 à 1974, Abdel Hamid quitte le Liban pour intégrer les Beaux-Arts de Paris. C'est durant cette période qu'il peint La chute d'Al-Nassar — une toile malheureusement perdue lors de la destruction de la maison —, qui illustre la chute du cheikh Nassif Al-Nassar, leader chiite du Jabal Amel, face à l'armée d'Ahmad Pacha al-Jazzar (XVIIIe siècle). Celui-ci est considéré par les chiites du Jabal Amel comme leur premier martyr.

Témoin de son époque

Abdel Hamid maintient une certaine distance avec les milieux artistiques, ce qui le pénalise souvent. Il refuse d'adhérer aux courants à la mode. Préférant le réalisme et le symbolisme, il critique l'art abstrait et les mouvements d'art contemporain qu'il a connus à Paris. Pour lui, cet art occidental de l'après-guerre n'est que « gribouillis ». Il pense que l'art doit porter un récit, voire une cause. S'il refuse les courants contemporains occidentaux — qu'il considère nombrilistes et autoréflexifs —, il n'y est pas pour autant hermétique. Il s'inspire de différents styles de peinture et s'engage à être le témoin de son époque, par sa plume et son pinceau.

Dans ses œuvres, il dépeint — littéralement — sa société avec un réalisme cru, rapportant la misère (Le Vendeur de pastèques, 1981), l'exploitation des travailleurs (Le Petit monsieur, 1982) et les massacres des Palestiniens commis par les Israéliens (Le Massacre de Deir Yassin, 1972).

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En 1977, il peint son chef-d'œuvre La Fresque de la guerre, souvent comparé à Guernica (Picasso, 1937). En pleine guerre civile, écœuré par les massacres de tous bords, il entend représenter l'absurdité du conflit. Dans L'Abaday (1982), il fustige les milices semant la terreur. Dans Guevara II (1982), Abdel Hamid se tourne lui-même en dérision. Dans un décor beyrouthin aux touches parisiennes, on voit un intellectuel qui semble vouloir sauver le monde depuis son balcon. Cette toile reflète la mélancolie et la désillusion de l'intellectuel désabusé après des déceptions en série : l'occupation israélienne du Liban en 1982, l'avortement de la République arabe unie entre l'Égypte et la Syrie (1958-1961), la violence de la guerre civile libanaise.

Profondément de gauche, Abdel Hamid restera toujours fidèle aux idées socialistes. Dès 1950, alors qu'il n'a que 10 ans, Abdel Hamid assiste à la formation de la résistance des Palestiniens expulsés vers le Liban par Israël. En 1955, il intègre le parti Baas duquel il va vite se détacher. Il observe la nationalisation du canal de Suez, la guerre d'Algérie, les guerres d'indépendance en Afrique et en Asie. Fort de ces évolutions politiques dans la région, il part dans une quête d'arabité, avec des déceptions comme lors de la division de la fédération de l'Égypte et de la Syrie (1961), mais sans jamais abandonner ses convictions.

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Le Massacre de Deir Yassine Massacre, 1973

Une maison-musée

« Mon père avait une grande capacité à tenir bon face aux crises », nous confie son fils Oussama Baalbaki, peintre lui aussi. L'exil l'a poursuivi toute sa vie depuis son déplacement du sud, puis de Beyrouth à Odaisseh ou d'Odaisseh vers Beyrouth, en fonction des occupations et guerres, israéliennes et civiles.

En 1982, son dépôt est bombardé à Beyrouth, ce qui renforce sa passion pour les archives. Ces dernières l'obsèdent : il ramasse mainte paperasse jetée par les partis, collectionne des timbres, achète sans cesse des livres.

Déçu par la vie citadine, il décide de retourner dans son village. Et c'est pour s'opposer à l'urbanisme sauvage sur place et au massacre de son environnement qu'il se met à peindre la nature et les arbres. À Odaisseh, il construit la maison de ses rêves, « un musée » comme il le répète à ses enfants, édifiant dans le jardin un tombeau familial où il a enterré sa femme, Adiba Rammal, avant de la rejoindre. Il est désormais entouré des ruines de sa maison.


1Les informations sur la vie de l'artiste sont tirées d'un entretien effectué avec son fils Oussama Baalbaki.

Au studio Rex, les clichés oubliés de l'immigration maghrébine

L'image représente un portrait de famille en couleur, où l'on voit trois personnes. Au centre se trouve un homme âgé avec une barbe grise, portant un chapeau blanc et un vêtement sobre. De chaque côté de lui, il y a deux femmes. À gauche, une femme avec des cheveux sombres, portant un haut rose et un collier. À droite, une autre femme avec des cheveux bouclés, habillée d'un haut jaune, qui affiche également un collier. L'arrière-plan est lumineux et flou, mettant en valeur les visages des sujets.

À Marseille, l'exposition « Ne m'oublie pas », jusqu'au 1er mars à la bibliothèque Alcazar, met à l'honneur la mémoire collective des parcours d'hommes et de femmes immigrés. Accostant au quai de la cité phocéenne dans les années 1960-1980, ces anonymes laissent pour seules traces des milliers de photos dans un studio du centre-ville. L'histoire entremêlée du Rex et de l'immigration.

« De cette houle cosmopolite, il ne reste ni nom, ni date, ni récit […] Grâce à ces photos de la preuve, de la trace et du souvenir, se retisse alors le dialogue entre les deux rives méditerranéennes  »1. Si une image vaut mille mots, il nous suffit de quelques regards pour évoquer tout un pan de l'histoire de l'immigration française. Et d'histoires personnelles de milliers d'hommes et de femmes abandonnant dans leur parcours d'exilés des dizaines de milliers de photographies prises entre 1966 et 1985 dans le studio Rex.

« De ces photographies, nous n'étions pas les destinataires. Elles sont là, bien malgré elles ou par la force des hasards de l'Histoire, des histoires… Sommes-nous alors transmués en regardeurs insolents, voyeurs, voleurs d'images ? »2. Il y a dix ans, Jean-Marie Donat, éditeur, passionné de photos vernaculaires, achète un lot de négatifs du studio Rex dans le réseau de collectionneurs locaux. Les photographies feront l'objet d'une première exposition lors des Rencontres photographiques d'Arles en 2023 – et d'un catalogue fourni, Ne m'oublie pas, coordonné par Jean-Marie Donat. Leur parcours d'exposition les fait revenir à Belsunce deux ans plus tard, à l'Alcazar.

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Le tirage de photographies d'identité à des fins administratives a constitué l'activité principale du studio Rex.
Toutes les photographies de cette série sont de Sophie Boutière-Damahi.

Belsunce, où se sont trouvés le studio Rex et le lieu d'exposition actuel de son fonds d'archives, est une zone de transit entre la gare Saint-Charles et le Vieux-Port, qui comptait plusieurs hôtels ayant accueilli des milliers d'émigrés lors de leur arrivée à Marseille. Ces archives content une histoire de la France aux noms oubliés, mais dont les regards, les visages et parfois aussi les sourires offerts à l'appareil photo ont résisté à l'épreuve du temps.

Une affaire de famille

Assadour Keussayan, né en 1907, fuit le génocide arménien, et arrive à Marseille dans les années 1920, au cœur du quartier populaire de Belsunce. Après une formation auprès d'un photographe, il ouvre son propre studio, le Rex, en 1933. Il connaît un succès rapide en raison de son emplacement, proche d'un centre administratif où étaient établis les permis de séjour et de travail. Le studio reste ouvert sept jours sur sept, accueillant une clientèle composée à 80 % d'immigrés, majoritairement maghrébins mais aussi subsahariens (Mali, Sénégal, Niger, Côte d'Ivoire) et comoriens. La demande ne faiblit pas. Durant les années 1960 débarquent les premières grandes vagues d'immigration en provenance d'Afrique du Nord, marquées par la fin de la guerre d'Algérie et le besoin en main-d'œuvre immigrée de la France.

Et l'histoire de l'immigration de se mêler à la pérennité du studio. Souvent, le parcours administratif des exilés en transit les amène à rester quelque temps à Belsunce où ils doivent faire leurs papiers, avant de trouver un emploi et de quitter Marseille. Entre-temps, ils passent au studio Rex, pour finaliser leur dossier de demande de permis de séjour, ou s'offrir un photomontage, ou encore des photos studio en famille pour les envoyer à ceux restés au pays.

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Après les photos d'identité, ce sont les photographies en pied qui sont le plus demandées.

Assadour Keussayan forme sa fille, Germaine, à la retouche des photographies, et son fils, Grégoire, à la prise de vue, au tirage et à la retouche des montages rehaussés aux pastels, qui feront le succès du Rex. Le studio devient une affaire familiale. « Voir ces portraits de famille des acteurs du studio Rex, c'est assurément lire et comprendre en écho le travail photographique réalisé avec modestie, professionnalisme, et justesse par la famille Keussayan. »

Quarante ans d'archives de l'immigration

« Venir dans son meilleur costume sur cette scène, ce plateau de photographe, c'est investir le théâtre d'un témoignage visuel épistolaire pour annoncer à distance que la famille s'est agrandie, garder trace pour soi d'une union, d'un temps de l'affect que l'on capture pour l'indexer au Panthéon des souvenirs remarquables. » Plus d'une centaine de photos de studio ont été sauvées de l'oubli. À leurs côtés ont également été conservées dans les archives quelque 700 photos de portefeuille, aussi appelées « images-talismans » apportées par les migrants au studio pour en faire des fac-similés. Lorsque leurs propriétaires ne venaient pas les réclamer, la plupart du temps déjà repartis de Marseille, elles étaient conservées par le Rex. Un archivage minutieusement mis en place, à partir de 1965, par Grégoire Keussayan, qui reprend l'affaire familiale jusqu'à sa fermeture dans les années 2000.

Le lot le plus impressionnant est celui des 10 000 photos d'identités destinées à la préparation des papiers administratifs en France. Les hommes et femmes y sont rarement souriants, se tiennent droit devant l'objectif, prennent la pose. Un exercice comme rite de passage universel de tout immigré. À travers leur exposition sur un large tableau noir face au visiteur qu'ils fixent de leur regard prédomine le souci de « lier l'intime à la preuve historique » à travers un « travail mémoriel iconographique de grande ampleur ». Cette exhumation des portraits est celle d'autant d'expériences de l'exil.

« À Belsunce, l'invitation républicaine faite à tout étranger afin qu'il parcoure les moments et les lieux qui le débarrasseront de ses façons, de son statut d'Autre, pour nous rejoindre dans cette claire citoyenneté juridique française, ne fait ni sens ni écho. Désigner ces Autres, en ce lieu, nécessite désormais la reconnaissance en nos espaces de l'existence de communautés étrangères, définitivement à distance de nos conceptions de l'identité nationale »3. Marquée par les vagues d'émigration qui suivent l'indépendance de l'Algérie en 1962, encouragée par les besoins en main-d'œuvre de l'économie française en pleine expansion, Marseille s'impose comme le passage incontournable de dizaines de milliers de Maghrébins. Et le paysage urbain de la ville de se transformer davantage, ses populations émigrées en transit se concentrant dans les quartiers du centre comme Noailles ou Belsunce. « Comme le Chicago des années 1920, Marseille par ce dispositif peut être considérée comme un vaste atelier où des citadins neufs se fabriquent les cadres éthiques, culturels et relationnels d'une “citadinité” à la mesure de leurs échanges. »4

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Comme pour conjurer l'anonymat des visages, le dos des photos recèle de notes personnelles.

Un « grand comptoir algérien et africain  »5 où se développent commerces, boutiques de grossistes et détaillants entre la gare et le port. Mais à la fin des années 1980, l'instauration du visa pour les voyageurs algériens vers la France ralentit l'activité du quartier, alors que ces derniers étaient encore 50 000 chaque semaine à gagner Marseille au début des années 19806. Décélération toutefois relative de l'immigration maghrébine, qui connaît dans les années 1990 un nouvel élan. Comme une mise en abyme, cette exposition est celle du point de jonction de mille trajectoires de migrations qui, à un moment, se sont arrêtées à Belsunce, avant de repartir ou de s'y établir. A l'origine d'ordre pratique, ces photos prises il y a soixante ans sont aujourd'hui des œuvres d'art, témoins d'une mémoire.

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« Ne m'oublie pas – studio Rex, Belsunce Marseille »,
Bibliothèque Alcazar BMVR,
58 cours Belsunce, Marseille
Jusqu'au 1er mars 2025


1Le collectionneur Jean-Marie Donat dans l'introduction que l'on peut lire à l'entrée de l'exposition «  Ne m'oublie pas – studio Rex, Belsunce Marseille  », bibliothèque Alcazar BMVR, 58 cours Belsunce, Marseille, jusqu'au 1er mars 2025.

2Sauf mention contraire, les citations sont extraites des cartels de l'exposition écrits par Émilie Goudal, chercheuse, dont les travaux portent sur l'interpénétration entre art, socio-histoire, politique et enjeux de mémoire(s) depuis le contexte de la décolonisation.

3Alain Tarrius, Michel Peraldi, «  Marseille et ses étrangers  », Revue européenne des migrations internationales, vol. 11, n°1, 1995.

4Alain Tarrius, Michel Peraldi, «  Marseille et ses étrangers  », op.cit..

5Alain Tarrius, Michel Peraldi, «   Marseille et ses étrangers  », op.cit.

6Thibault Bechini, «  Empreintes de Marseille migrante (XIXe-XXe siècles)  », Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe, 23 juin 2020.

Amer Nasser à Gaza. Derniers signaux de vie

L'image représente un espace ouvert où de nombreux sacs blancs sont disposés en lignes. Ces sacs semblent être remplis de quelque chose, et le sol est constitué de pavés. En arrière-plan, on peut voir un bâtiment à plusieurs étages avec des balcons. Des vêtements sont suspendus à l'extérieur des balcons, suggérant une utilisation résidentielle de cet espace. La lumière du soleil éclaire la scène, créant un contraste entre les sacs blancs et l'environnement.

Avec Gaza : Signal of life, présenté à la galerie Ithaque à Paris, le photographe gazaoui nous fait traverser une multitude de murs et d'espaces, déployant l'horizon mélancolique du monde qui nous atteint.

Quelques dizaines de personnes se tenaient entre les murs de la galerie Ithaque tapissés de photographies prises récemment à Gaza. La soirée de vernissage de l'exposition, à la mi-décembre, ressemblait à d'autres, mais une fébrilité inhabituelle régnait dans cet espace saturé. Les photographies ? L'inquiétude du public ? Le climat général quelques jours à peine après le basculement de la Syrie ? Images, yeux, corps, états d'âme de toutes sortes se télescopaient dans un écho incertain, une chimère. On était à Paris et à Gaza, libres et claustrés, ouverts et enfermés, heureux d'être là, mais basculant dans une nuit insondable. Qui n'a pas vu jusqu'à la nausée les images gazaouies de cette dernière année ? Qui n'a pas senti leur violence insensée ? Là, dans le cadre d'un vernissage, collées au mur, jets d'encre couleur sans cadre, les photographies disposées en damier excitaient les neurones bizarrement, par morsures infimes.

Pour l'occasion, Amer Nasser transmettait un message par WhatsApp. Voix douce, posée, proche : « Journée bénie, dit-il, j'ai reçu ce matin un colis alimentaire, avec un demi-kilo de sucre, notre dopamine. » Tout le monde écoute et, peut-être pour l'émotion ou un effarement inconnu, le discours semble parasité, alors que la voix d'Amer Nasser déroule un son clair, opalin. « Avec tout ce qui nous arrive, dit-il, il y a toujours à Gaza des signaux de vie et (mon exposition) témoigne d'actions humaines infinies dans les conditions les plus déshumanisantes qui soient, juste pour survivre. » 

Cinéaste et photographe palestinien né en 1991 à Gaza, Amer Nasser a produit et réalisé des films sur la vie des Palestiniens de Gaza. Il a été producteur pour la chaîne de l'Unrwa, l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient. Aujourd'hui, il vit dans le nord de Gaza, la partie la plus ravagée par l'armée israélienne, parce que tout indique qu'elle est vouée à être annexée au territoire israélien. Tant de questions surgissent alors : que va-t-il advenir ces prochains jours d'Amer Nasser ? Et ces millions de tonnes de ruines, à quel oubli sont-elles vouées, dans quels cauchemars et quels rêves vont-elles échouer à l'avenir ?

« Tous les chemins mènent à la destruction »

Parmi les photographies accrochées au mur, on voit une scène un peu différente des autres parce que les masses de décombres ne saturent pas le cadre. Il y a là une petite fille souriante embrassant une chienne blanche. Lumineux les yeux de l'enfant, brumeux et lointains ceux de l'animal dont la silhouette au centre de l'image propage une lumière immaculée, laiteuse, on dirait généreuse, nonobstant la blessure écarlate sur son dos. Deux paires d'yeux parfaitement alignées sur une même verticale, à égale distance d'une petite paire de mains étreignant le cou de l'animal, ainsi que d'une paire d'oreilles blanches dressées, alertement. Ces deux têtes, si parfaitement et naturellement ramassées, ce petit rectangle occupant une portion congrue du cadre, traversent l'espace de la manière la plus étonnante et sauvage, pour signifier précisément, ce que de l'autre côté des check-points on a oublié : la force et l'entrain de vivre dans les pires conditions. De l'autre côté, on est fort, comblé, mais toujours tapi dans la plainte du malheur.

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Amer Nasser, The Face of Innocence - The Tent Zone (Le visage de l'innocence - La zone des tentes), Nord de Gaza, 2023

Il y a aussi une autre photographie, All roads lead to destruction in Gaza (Tous les chemins mènent à la destruction à Gaza) une avenue en ruine, qui rappelle d'autres, Alep, Hiroshima, Dresde et Berlin, Verdun… Quelques légendes accolées aux images recourent au grotesque ou à la farce, telle Samples of Interior Designs for the Israeli Army in Gaza (Modèle de design intérieur pour l'armée israélienne à Gaza), ou bien Gaza Military Parade (Parade militaire à Gaza), montrant des sacs de farine situés à l'intérieur d'une école pour personnes déplacées. Elles nous rappellent que la dérision jusqu'à la caricature surgit dans les situations les plus tragiques, pour nous sauver. « Ces ruines avec des couleurs vives, me glisse une amie, produisent un effet déconcertant. » La photographie est souvent embarrassante, poisseuse même, en ceci qu'elle tente de donner forme et raison à ce qui est aberrant, sinon insaisissable. Doit-on la remercier ou lui en tenir rigueur ?

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Amer Nasser, All Roads Lead to Destruction in Gaza (Tous les chemins mènent à la destruction à Gaza), Nord de Gaza, 2023

Que dire de ces amas déchiquetés, ces bouillies minérales, saisis par un smartphone, transmis à l'aide d'une longue perche, tenue à bout de bras, pour capter un brin de réseau ? Toutes ces photographies transmises à Paris via internet, pour être tirées à des milliers de kilomètres du chaos qui les a vues naître. Qu'il est difficile de séparer ces images des actes qui les suscitent. Que c'est un bloc quasiment insaisissable, produit par des agrégats de béton ignobles, un paquet de signes déments et amoureux, nourris d'une rare énergie, qui traverse l'espace, le cosmos, à la vitesse de la lumière ? Qu'elles sont emplies d'une mélancolie envahissante sur la décomposition du monde dont nous savons qu'elle est notre horizon, le destin choisi par les dirigeants politiques actuels pour rester dans l'histoire ? Que cet accrochage est une folie auréolée, transfigurée, faite pour se préserver d'une démence assassine ? Doit-on avoir honte, face à ces images, d'être encore à l'abri, ou d'être fait de la même chair que les bourreaux ? Il faut écouter Amer Nasser : où que vous soyez, donnez des signes de vie, d'attachement profond…

« Une tentative de se souvenir »

Il lui arrive, à Amer Nasser d'être habité par une juste mélancolie, comme dans le communiqué de l'exposition :

 Depuis octobre 2023, muni de ce qu'il me reste de la guerre à Gaza — ma caméra — je suis à la recherche des derniers signaux de vie, que j'envoie au monde, tant bien que mal, afin qu'un jour, peut-être, quelqu'un puisse témoigner qu'il existait de la vie sur Gaza [...] Ma caméra capture la mort de l'instant, mais aussi la vie qui prend le dessus. Chaque image témoigne de moments instantanés, des efforts pour (sur)vivre, pour continuer son chemin, pour inventer des moyens alternatifs d'échapper à la mort. C'est une tentative de se souvenir, quand bien même l'oubli était une bénédiction dans la vie passée. 

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Amer Nasser, Gaza : Signal of Life (Gaza : signal de vie), Nord de Gaza, 2023

Oublier les films documentaires et de fictions, les projections aux festivals de cinéma de Dubaï ou d'Alexandrie, les programmations à l'Institut du monde arabe à Paris, les projets de film avec ses frères Arab & Tarzan Nasser, dont il scénarise le prochain film, Once Upon a Time in Gaza (2025) ? Pas question pour le moment.

Il lui arrive, à Amer Nasser, de gémir. Il y a quelques mois dans le journal suisse Le Courrier, il témoignait :

Je pense que si j'étais un peintre et que je commençais à travailler sur une œuvre depuis le 7 octobre, avec une mer, un ciel et un oiseau volant au milieu, elle ne serait pas terminée à ce jour […] De nombreuses sociétés de production ont perdu leur matériel, brûlé par l'armée. Ceux qui travaillent dans l'art sont maintenant à la recherche de colis alimentaires et font la queue pour obtenir de la nourriture et de l'eau, sans avoir le temps de s'adonner à des scènes artistiques. Ils n'ont pas le temps parce qu'ils ont des enfants et des familles qui les attendent1.

Soupire Amer, si ta vie le demande, ta voix nous habite !

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Amer Nasser
Gaza : Signal of life
Commissariat : Marion Slitine
Galerie Ithaque, 5 rue des Haudriettes — 75003 Paris.
Jusqu'au 18 janvier.
Informations

Autour de l'exposition, se tiendra une table ronde : « La photographie de et en Palestine, hier et aujourd'hui. »
Avec Elias Sanbar, Rehaf Al-Batniji, Valérié Jouve et Marion Slitine.
Samedi 11 janvier 2025
17h, à la galerie Ithaque.


1Amer Nasser, «  Faire entendre notre voix au monde  », Le Courrier, 19 juillet 2024.

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