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À partir d’avant-hierL'Action Française

LE MONDE DE DEMAIN

Il en va dans la vie des peuples comme dans celle des hommes : des événements apparemment sans beaucoup d’importance sonnent le glas d’un monde. C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui, me semble-t-il, au Proche-Orient.

Le 11 février dernier, lors d’une réunion au sommet, Netanyahou réussit à vendre à Trump une idée qui caressait de longue date : faire une guerre d’anéantissement visant l’Iran. L’occasion était favorable puisque le 28 février, une réunion devait se tenir, réunion à laquelle assisteraient le guide suprême iranien et une cinquantaine de responsables militaires. C’était là une occasion en or puisqu’à l’époque se déroulaient des négociations américano-iraniennes, ce qui permettait d’endormir la vigilance de Téhéran. À entendre le boucher de Gaza, cette guerre serait courte, fraîche et joyeuse. Or, deux mois sont passés et elle dure toujours, compromettant les élections de « mid-term » de Trump aux États-Unis. Elle met surtout à nu les faiblesses du camp américano-sioniste, tenu en échec par un pays affaibli par le blocus sans pitié organisé contre lui depuis près de cinquante ans.

Aujourd’hui, et c’est normal, les gens s’intéressent aux conséquences que les crimes américano-sionistes vont avoir sur le niveau de vie : hausse de l’essence, diminution des rendements agricoles… Mais de quoi parle-t-on exactement ? Il faut savoir qu’il y a près de 80 variétés de pétrole qui servent à fournir de l’énergie, mais aussi pour la biochimie, ce qui était le cas du pétrole lourd des pays du Golfe. Ce pétrole contient du soufre indispensable dans l’industrie.

En outre, le Qatar était un gros producteur de gaz nécessaire dans beaucoup de domaines, en particulier dans la fabrication de l’hélium, qui est indispensable à l’industrie électronique et pour fabriquer des batteries électriques.

Comme on l’a dit, cela va impacter au premier chef l’agriculture. En effet, faute d’engrais, les rendements de blé et de riz vont s’effondrer, spécialement dans les pays du Sud-Est asiatique, comme le Sri Lanka ou le Vietnam. Le prix de certains de ces engrais a déjà doublé. Résultat : le riz va manquer dès cet été dans ces pays. Aux États-Unis, les prix agricoles vont atteindre un pic en automne, tandis qu’en Europe, la poussée inflationniste durera jusqu’à la veille de l’hiver. Bref, tout cela nous réserve de bonnes surprises. Merci, monsieur Netanyahou, merci, monsieur Trump. Les Israéliens ont été poussés par la haine des goyim et de la nature. Trump, lui, a été tenté par son hostilité envers la Chine, mais celle-ci, qui sait parfaitement que cette guerre absurde est dirigée aussi contre elle, a bloqué les exportations de soufre, or le soufre est indispensable dans la fabrication des métaux. Ce pays dispose aussi de terres rares. C’est dire que la stratégie de Trump risque fort de se retourner contre lui.

L’intérêt de l’Europe lui commande de se réconcilier avec la Russie, encore faudrait-il avoir une politique un tant soit peu indépendante, mais c’est évidemment trop demandé à un continent qui vit dans le mensonge et dans l’esclavage depuis plus de quatre-vingts ans. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les réactions devant le génocide de Gaza. Ils se sont couchés devant les génocidaires au nom du « plus jamais ça ». Les pays du Sud ont compris ce que valaient les « grands principes » que nous leur avons vendus pendant des décennies.

Il est donc évident que nous sommes en train de passer d’un monde à un autre. Nous étions jusqu’ici dans un univers dominé par les Américains. Après avoir perdu au Vietnam, en Irak et en Afghanistan, les Américains, non seulement sont tenus en échec par Téhéran, mais ils se sont révélés incapables de protéger les pays du Golfe ainsi que l’Arabie saoudite. Voilà ce qui est en train de ruiner leur crédit dans tous les sens du terme, au plan militaire et politique évidemment, mais aussi dans le domaine monétaire, car on est en droit de se poser la question de savoir combien de temps encore le dollar va-t-il rester la monnaie dominante ? Le jour où il aura perdu son statut privilégié, ce jour-là les États-Unis redeviendront un pays comme les autres. Ils seront obligés de respecter le droit international, par exemple.

Mais il y a aussi un autre pays qui verra son statut privilégié remis en cause : Israël. S’en sera fini pour les entités de peuplement génocidaires en toute tranquillité ; les autres peuples, avec la complicité des pays occidentaux. Ce jour-là, le Proche-Orient retrouvera peut-être un peu la paix que la « déclaration Balfour » lui a fait perdre depuis plus d’un siècle.

PHILIPPE PRÉVOST

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Le recul du français en Algérie : une occasion d’arrêter la délivrance de visas

Contre toute logique, l’Algérie vient de décider de rétrograder la langue française au rang de deuxième langue étrangère enseignée dans le pays, alors qu’elle n’a jamais été autant parlée dans le monde et que l’espace francophone vient de dépasser les 600 millions d’habitants. La volonté du régime algérien de sortir le pays de la grande famille francophone est donc désormais incontestable. Si l’Algérie est un pays souverain, libre de mener les politiques qu’il souhaite, la France est également un pays souverain, libre de décider par lui-même, notamment sur les questions migratoires. L’attitude algérienne rend désormais plus que jamais légitime la mise sur la table de la question de l’interdiction des visas aux ressortissants algériens, ainsi que celle de la remigration, au moins partielle, des populations algériennes de France.

Le ministre algérien de l’Éducation nationale a annoncé, le 25 juillet dernier, la décision de remplacer le français par l’anglais en tant que première langue étrangère enseignée dans le pays à partir de la prochaine rentrée scolaire. L’anglais serait ainsi appris à compter de la troisième année de l’enseignement primaire, alors que le français le serait à partir de l’année suivante. Cette décision historique (qui pourrait bientôt permettre au pays, à en croire les arguments présentés, de produire ordinateurs, voitures et avions, comme le Nigeria, le Zimbabwe, l’Égypte ou encore l’Arabie Saoudite…) démontre de manière désormais incontestable que la volonté du régime militaire algérien n’est pas seulement de généraliser l’enseignement de l’anglais au primaire, comme le font déjà intelligemment ses voisins marocains et tunisiens (et même depuis des décennies pour la Tunisie), mais surtout de sortir carrément le pays de la grande famille francophone et de faire donc de l’Algérie, à terme, un pays anglophone (ou plus précisément un pays arabo-berbéro-anglophone). 

Une décision irrationnelle et contre-productive

Cette décision est pourtant contraire à toute logique économique ou géopolitique, notamment car l’Algérie est frontalière ou proche de nombreux pays francophones, dont elle se coupera progressivement, et que la langue française n’a jamais été autant parlée dans le monde. À titre d’exemple, le monde francophone, à lui seul et dans sa définition la plus stricte (ne tenant pas compte des pays simplement francophonophiles comme le Liban ou la Roumanie, ou encore des territoires flamands et anglophones de Belgique et du Canada, respectivement), vient de dépasser la barre des 600 millions d’habitants, notamment grâce à la vaste Afrique francophone, voisine de l’Algérie. Signe de cette montée en puissance, l’Angola, grand pays pétrolier de 40 millions d’habitants et sans aucun lien historique avec la France ou la Belgique, vient de rendre obligatoire l’enseignement du français, et ce dès le primaire. 

L’Afrique francophone représente d’ailleurs quasi constamment la partie économiquement la plus dynamique du continent africain, la plus industrialisée, la mieux gérée, la moins touchée par l’inflation, la moins endettée, la moins corrompue et la plus stable du continent. Pour rappel, l’Afrique francophone subsaharienne a réalisé en 2025 le niveau de croissance économique le plus élevé du continent pour la 12e année consécutive, affichant un taux de croissance annuel moyen de 4,1 % sur la période 2014-2025, contre seulement 2,1 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Occasion de rappeler que de nombreuses populations d’Afrique francophone doivent aujourd’hui leur existence à la colonisation française, qui les sauva des horreurs et monstruosités commises pendant plus de mille ans par les Algériens, qui firent d’innombrables pillages, destructions, massacres et déportations, et pratiquèrent la castration à grande échelle des hommes noirs réduits en esclavage afin de les empêcher d’avoir une descendance.  

Par ailleurs, toutes les études démontrent clairement la supériorité économique et sociale des pays arabo-francophones par rapport aux pays arabo-anglophones, en dehors des monarchies pétrolières du Golfe. De plus, et chose pouvant surprendre lorsqu’on ne fait pas partie des véritables experts en éducation, les classements internationaux en matière de maîtrise de la langue anglaise démontrent également la supériorité des pays francophones du Maghreb, dont l’Algérie, sur le reste du monde arabe, même en incluant les monarchies du Golfe… 

La question des visas, pour une France elle aussi souveraine

Certes, l’Algérie est un pays pleinement souverain. À ce titre, elle a parfaitement le droit de mener les politiques économique, sociale, culturelle et étrangère qu’elle souhaite. Mais ce que l’on oublie souvent, c’est que la France est également un pays souverain, qui a donc lui aussi le droit de mener les politiques qu’il entend, et notamment sur les questions migratoires. À partir du moment que l’Algérie a décidé de sortir de la grande famille francophone mondiale, rien n’oblige donc désormais, y compris d’un point de vue moral, la France à continuer à octroyer naïvement des visas aux ressortissants de ce pays. Il est donc désormais plus que jamais légitime de mettre sur la table la question de l’interdiction des visas à l’égard des Algériens, que cela concerne les étudiants, les travailleurs, le regroupement familial ou les visas de court séjour. En vertu du principe fondamental et sacré de la souveraineté des États, aucune loi internationale n’interdit à un État de décider de qui a le droit de s’établir sur son territoire, n’en déplaise à ceux qui prétendent le contraire.

Les Algériens devront donc demander des visas auprès des pays anglo-saxons, et en particulier l’Angleterre et les États-Unis. Toutefois, ils devront s’attendre à essuyer un nombre incroyablement élevé de refus, compte tenu de l’aversion historique de ces pays pour l’immigration arabe, à laquelle ils ont toujours préféré l’immigration asiatique. À titre d’exemple, il est intéressant de noter que les personnes originaires de pays arabes ne représentent qu’environ 10 % – soit le dixième ! – de la communauté musulmane du Royaume-Uni, alors que celui-ci avait colonisé près des trois quarts du monde arabe, démographiquement parlant. Quant au mépris des États-Unis pour l’immigration arabe, celui-ci n’est plus à démontrer… De plus, les rares heureux élus algériens qui auront le droit d’aller étudier en terre anglo-saxonne devront débourser des dizaines de milliers d’euros afin de financer leurs études. Ils devront alors s’endetter massivement, souvent cumuler plusieurs emplois (chose très courante aux États-Unis pour pouvoir vivre « décemment » dans ce pays où le rêve américain n’est qu’une chimère pour plus de 90 % des habitants), voire, pour les moins chanceux d’entre eux, rembourser leurs dettes étouffantes jusqu’au dixième ou quinzième anniversaire de leurs enfants.

Par ailleurs, il est nécessaire de noter que l’anglicisation de l’Algérie entraînera progressivement une explosion du port du niqab dans le pays, où le nombre de femmes concernées triplera, quadruplera voire décuplera d’ici une vingtaine d’années. En effet, l’Algérie s’alignera progressivement, lentement mais sûrement, sur les codes culturels et les mentalités des pays arabes anglophones du Moyen-Orient, qu’affectionnent tant les islamistes algériens, qui sont justement les plus farouches défenseurs de l’anglicisation. Déjà en retard sur ses voisines tunisienne et marocaine, dont les gouvernants ont toujours été guidés par l’intelligence et la sagesse depuis les indépendances, la société algérienne entrera donc dans un processus de régression, qui la conduira à faire bientôt partie des sociétés considérées comme arriérées par le reste du monde… Raison de plus pour mettre un terme à la délivrance de visa aux ressortissants algériens.

La question de la remigration, plus que jamais légitime

Enfin, la décision de l’Algérie de quitter la grande famille francophone rend également plus que jamais légitime d’étudier sérieusement la question de la remigration, au moins partielle, des populations algériennes de France. Là encore, aucune loi internationale ne conteste le droit fondamental et sacré de tout État de décider des personnes étrangères qui ont le droit de s’installer et de vivre sur son territoire, quelle que soit l’ancienneté de leur présence, et son caractère légal ou illégal. Ainsi, et sur les dix dernières années, l’Arabie saoudite a procédé à la remigration de quelques millions d’étrangers présents dans le pays. De leur côté, les États-Unis viennent de faire partir, de gré ou de force, plus de 500 000 personnes en seulement une année. 

Quant à l’Algérie, il est utile de rappeler qu’elle n’est nullement en reste en la matière. Celle-ci a en effet déjà procédé à deux remigrations depuis son indépendance : celles des Européens en 1962-1963 (qui avaient construit en quelques dizaines d’années seulement ce que les Algériens avaient été incapables de construire depuis le départ des Romains bâtisseurs), et celle moins connue des Marocains, brutalement expulsés en décembre 1975. En quelques jours seulement, l’Algérie avait ainsi raflé et transféré plusieurs dizaines de milliers de personnes, considérées comme étant marocaines (mais dont certaines étaient présentes depuis plusieurs générations), sans même leur donner la possibilité de prendre leurs affaires et de vendre leurs biens.

Le cas des relations algéro-marocaines est d’ailleurs fort intéressant, puisqu’il se caractérise notamment par la fermeture totale des frontières, sur décision purement algérienne. Ainsi, plus aucune liaison terrestre, maritime, ou aérienne n’est permise entre les deux pays depuis 1994, soit depuis plus de 30 ans. De la même manière que l’Algérie a pris cette décision concernant le Maroc, la France peut également et parfaitement décider, du jour au lendemain, d’interdire toute liaison aérienne et maritime avec l’Algérie. Les ressortissants algériens encore présents sur son sol devront alors, tout simplement, passer par d’autres pays européens ou par la Tunisie pour se rendre en Algérie, tout comme le font déjà les Algériens souhaitant se rendre au Maroc. 

Par ailleurs, il convient de ne pas oublier que la France n’a que de très faibles intérêts économiques en Algérie, qui constitue un partenaire quasi insignifiant pour l’Hexagone, pour lequel elle ne représente que 1 % du commerce extérieur. Même au niveau des hydrocarbures, qui constituent une part importante de ces maigres échanges, la part de l’Algérie dans les importations françaises est désormais marginale (10 % seulement), la France ayant largement diversifié ses fournisseurs, aux quatre coins de la planète, tout en ayant massivement investi dans le nucléaire pour réduire sa dépendance en la matière. L’Algérie est donc très loin d’avoir la même importance pour la France que pour l’Italie, par exemple. Des réalités qu’il convient de rappeler systématiquement à ceux qui présentent l’Algérie comme un partenaire économique important et bénéfique à l’économie française…

Ilyes Zouari

Président du CERMF (Cercle d’étude et de réflexion sur le monde francophone)

www.cermf.org

info@cermf.org 

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Formation : l’homme, animal social et politique

En tant qu’animal social, l’homme a besoin des autres, et donc de la société pour vivre. Son comportement social n’est pas inscrit dans son patrimoine génétique, comme c’est le cas pour les abeilles. Il n’a que des facultés, des potentialités, que l’éducation reçue lui permettra d’exploiter au mieux. L’homme ne naît pas avec des chaussures, des vêtements et une formation professionnelle. Tout cela s’acquiert en société. L’état social de l’homme est un état naturel, contrairement à ce que déclarent les penseurs modernes, et les hommes n’ont pas fait une belle assemblée générale un jour pour voir si la société n’était pas une bonne idée à tenter. Charles Maurras a fort bien illustré cela :

« Le petit poussin brise sa coquille et se met à courir. Peu de chose lui manque pour crier : “Je suis libre”… Mais le petit homme ? Au petit homme, il manque tout. Bien avant de courir, il a besoin d’être tiré de sa mère, lavé, couvert, nourri. Avant d’être instruit des premiers pas, des premiers mots, il doit être gardé des risques mortels. Le peu qu’il a d’instinct est impuissant à lui procurer les soins nécessaires, il faut qu’il les reçoive, tout ordonnés, d’autrui. Il est né. Sa volonté n’est pas née, ni son action proprement dite. Il n’a pas dit Je ni Moi, et il en est fort loin, qu’un cercle de rapides actions prévenantes s’est dessiné autour de lui. Le petit homme, presque inerte, qui périrait s’il affrontait la nature brute, est reçu dans l’enceinte d’une autre nature, empressée, clémente et humaine : il ne vit que parce qu’il en est le petit citoyen. Son existence a commencé par cet afflux de services extérieurs gratuits. Son compte s’ouvre par des libéralités dont il a le profit sans avoir pu les mériter, ni même y aider par une prière : il n’en a rien pu demander ni désirer (…). Cependant, à la première minute du premier jour, quand toute vie personnelle est fort étrangère à son corps, qui ressemble à celui d’une petite bête, il attire et concentre les fatigues d’un groupe dont il dépend autant que de sa mère lorsqu’il était enfermé dans son sein. »

Voici l’illustration de la base de la réflexion politique. Tout homme est, dès sa naissance et jusqu’à sa mort, endetté, sans possibilité de rembourser la société dans laquelle il vit. De quoi mettre à mal les chantres du libéralisme, pour qui il n’y a qu’opportunités à saisir et voisins à écraser.

Il n’est pas possible pour l’homme de vivre seul. Cependant, les penseurs modernes nous ont inventé le mythe individualiste, comme si l’homme, au plan politique, était avant tout un individu. La pensée antilibérale affirme, au contraire, la priorité de la nature politique de l’homme sur sa réalisation personnelle et individuelle. Nous l’avons vu, l’homme a une nature sociale et politique, et ce ne sont pas les imprécations individualistes qui vont la supprimer. Mais, sans supprimer cette nature, ils peuvent la défigurer, en faisant en sorte que chacun agisse comme s’il était seul. Ce qu’il reste d’organisation politique est alors confisqué au profit de quelques individus, qui font croire à l’individu noyé dans la masse d’égoïstes qu’il est libre, alors qu’il est dans une nouvelle forme d’esclavage.

En inventant le concept d’état de nature et d’état social, des théoriciens, dès le XVIᵉ siècle, ont tenté de renforcer ces chaînes, en nous laissant croire que, sans le fameux contrat social, tout le monde s’entretuerait, et qu’il était normal d’abdiquer des droits au nom d’un tout qui nous dépasse. Le problème n’est pas dans l’intégration des individus dans une communauté, ni dans le fait qu’ils fassent primer le bien commun sur leur bien propre, cela est une évidence. Le drame, la rupture politique, est d’avoir fondé ce bien commun dans le contrat, dans la majorité, dans le subjectivisme des gouvernants. Le drame, c’est que ce bien commun et cette communauté n’ont plus de transcendance, mais sont autocentrés. Quel que soit le mode de désignation des dirigeants, mettre leur légitimité dans la majorité et non dans un ordre qui s’impose à nous est la source de tous nos maux. S’il n’y a plus de Bien, de Vrai, de Bon qui transcendent nos existences, chaque nouvelle majorité peut réécrire l’histoire et la morale.

Il est donc important de se souvenir que l’état de nature est nécessairement social, comme le petit poussin nous le rappelle. Il est, par ailleurs, difficile d’imaginer cette fameuse réunion des Mowglis décidant, d’un commun accord et selon une procédure inventée pour l’occasion, de se ranger sous l’ordre social et de créer une société ex nihilo, quittant l’état de nature pour le contrat social. Ce doux rêve libéral, qui ramène toutes les interactions humaines à des contrats et des intérêts, doit être oublié pour construire une politique sur une base anthropologiquement saine.

                                        L’Action Française

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La République et ses valeurs

Faut-il accepter les valeurs de la République dont on nous rebat les oreilles, ou les refuser en bloc au risque de s’isoler de la société actuelle ? La question peut choquer certains lecteurs qui n’ont pas Marianne en sympathie. Pourtant, il convient, afin de nous positionner en face des gouvernements républicains que nous subissons, de nous demander dans quelle mesure ces « valeurs » auxquelles ils se réfèrent peuvent être admises par les citoyens ou les chrétiens de ce pays.

Il est tout d’abord assez difficile de cerner ces « valeurs de la République ». L’on a dit qu’elles étaient des « valeurs chrétiennes devenues folles », ce qui est sans doute partiellement vrai. Elles sont à géométrie variable et peuvent s’étendre jusqu’à la vaccination ou au « droit » à l’avortement… Il est évident que, dans ces prolongements, qu’ils soient liberticides ou libertaires, il n’y a rien de commun avec notre pensée et que le rejet pur et simple s’impose.

Cependant, si l’on veut discuter le fond du sujet, il faut rechercher des valeurs plus classiques et généralement revendiquées par les partisans du régime. L’on peut, par exemple, prendre comme point de départ la devise républicaine : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Dans quelle mesure est-elle acceptable ? Il y a quelques années, Jean-Marie Le Pen avait répondu à un contradicteur que le fait d’honorer ces valeurs n’empêchait pas de rendre également hommage au Travail, à la Famille et à la Patrie (ou l’inverse). C’est peut-être une clé de la réflexion : pour rendre les valeurs républicaines recevables, il faudrait, au lieu d’en faire des absolus inconditionnels, les pondérer, les équilibrer… Il est évident, par exemple, que la liberté est agréable à vivre : nous apprécions tous d’aller où nous voulons et de pouvoir dire ce que nous pensons (de moins en moins d’ailleurs). Mais une liberté totale, qui permettrait de tuer ou de voler, ou, à l’inverse, un contrôle absolu à la manière des Khmers rouges (qui a tenté la République macronienne et covidienne) seraient également insupportables (quoique non impensables, hélas). Il est paradoxal d’entendre les partisans du confinement et de la vaccination obligatoire oser encore parler de liberté, et affligeant de voir les personnes qu’ils ont apeurées se plier aux plus humiliantes obligations indues. Les libertés républicaines sont un peu comme le thermomètre : s’il fait trop chaud ou trop froid, l’on souffre ou l’on meurt ; l’on ne se trouve bien qu’au milieu. Donc pas de liberté sans règles et pas d’abus des règles… Il faudra nous résoudre à juger au coup par coup.

Précisons encore un peu : au nom de la liberté avec une majuscule, bien des crimes ont été commis par la Révolution, au temps du règne de la guillotine. Il faut aussi souligner que l’existence de larges libertés publiques n’est pas liée (certains diront : bien au contraire) à la République. C’est pourquoi nous préférons les libertés concrètes (liberté de la vie familiale et religieuse, liberté communale, liberté du travail…) à l’affirmation abstraite et générale. Ces libertés sont d’ailleurs tous les jours plus menacées par l’administration tentaculaire et les nouveautés techniques telles que le contrôle facial. Et nous rappellerons aussi que, dans la conception chrétienne, la liberté, c’est le droit de choisir les moyens de bien faire : il n’y a pas de liberté du mal, et la tolérance éventuelle de celui-ci n’est permise que si elle est nécessaire par rapport aux exigences du bien commun (par exemple la tolérance encadrée d’une fausse religion pour empêcher une guerre civile).

L’égalité a un aspect légitime, mais tombe facilement dans l’abus. Certes, selon la philosophie, tous les hommes ont la même nature, ce qui se traduit par une égalité de base. Néanmoins, les nécessités de la vie les hiérarchisent dès le début : il y a inégalité entre les parents et les enfants. Maurras parlait d’ailleurs d’« l’inégalité protectrice ». Et de même, dans la société, tous n’ont pas les mêmes dons et certains doivent être guidés par d’autres. Bossuet a dit que Dieu a fait les grands pour protéger les petits… L’égalité est juste lorsqu’il s’agit d’une égalité de traitement entre personnes qui sont dans la même situation : par exemple, pour un examen, il est normal que tous les candidats soient mis dans des conditions semblables. En revanche, si l’égalité tombe dans l’égalitarisme, c’est-à-dire si l’on essaie d’avantager ceux qui ont moins de mérite pour leur donner ce que les autres ont conquis durement, elle est injuste. Un exemple détestable est la discrimination positive, qui donne des avantages indus à certains.

Reste le troisième terme du triptyque, la fraternité. Elle n’a rejoint les deux autres qu’en 1848. Il est vrai que, pendant la Grande Révolution, l’ombre du couperet lui faisait obstacle (et l’on ne sache pas que les républicains comme M. Mélenchon aient fait repentance !). Fraternité vient de frère : tous les hommes sont frères en Adam, mais le progressisme évolutionniste risque de briser ce lien. Par ailleurs, il est bon que dans une société un climat de bienveillance domine. Cependant, il ne faut pas oublier que qui dit fraternité dit père et mère : c’est parce que nous avons un Père dans les cieux que nous pouvons nous considérer comme frères des autres hommes. C’est pourquoi ceux qui veulent supprimer la paternité divine nous paraissent compromettre la fraternité humaine et perdre le droit de s’en réclamer. Au demeurant, fraternité ne veut pas dire laxisme. Il existe aussi la correction fraternelle pour empêcher les débordements…

Il faut peut-être rajouter à la liste de ces fameuses valeurs la laïcité de l’État, officiellement proclamée en 1905 et constitutionnalisée depuis. Nous ne pouvons qu’y être défavorables et la rejeter tant au nom de la tradition catholique de notre pays qu’en raison de sa propension à se transformer en laïcisme intolérant et de sa totale inefficacité face à l’islam conquérant. Et, en Europe, beaucoup de pays qui ne proclament pas la laïcité connaissent une situation religieuse apaisée.

Notre analyse pourrait s’étendre aux Droits de l’Homme (même s’ils ont été proclamés au temps de la monarchie constitutionnelle et non de la République). La Déclaration de 1789, née dans un climat révolutionnaire, comporte à la fois de vraies valeurs et de graves erreurs. Elle oublie les devoirs envers Dieu. Elle dit que toute autorité vient du peuple, ce qui est faux. Même si la démocratie peut être légitime dans certains pays et dans certains cas — nous pensons à nos amis suisses ou à nos communes — elle n’est pas partout et toujours un droit et une panacée. Et, selon la doctrine catholique, la démocratie, là où elle existe légitimement, a pour objet de désigner les titulaires du pouvoir ; elle ne crée jamais ce pouvoir lui-même.

Au terme de notre inventaire, l’on a pu constater que les valeurs républicaines sont des valeurs faussées et déformées, comme la fausse monnaie qui ressemble à la vraie. Rien de ce qu’elles gardent de positif n’est spécifiquement républicain. En revanche, l’on ne peut que condamner la liberté de mal faire, l’égalitarisme destructeur et la fausse fraternité recouvrant la haine de soi et l’amour du différent ou du n’importe quoi. Et le Décalogue est une source d’action beaucoup plus sûre que n’importe quelle morale laïque. Il faut donc revenir aux valeurs communes de notre civilisation, aux valeurs de nos pères, notamment chrétiennes, et n’accepter de subir les « valeurs de la République », voire de s’en servir dans la vie courante, notamment politique, que par opportunité et dans la mesure où elles sont compatibles avec les vraies (par exemple nous pouvons profiter de la liberté d’association, mais nous contestons celle d’édifier librement des mosquées…). Et il ne faut jamais oublier que, comme le disait Maurras, la première contre-révolution est celle du langage.

Franck Bouscau

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TRUMP ET POUTINE, IDIOTS UTILES DE L’ARC-EN-CIEL MONDIALISTE

Le temps et les actes des chefs politiques dissipent les illusions qu’on a pu nourrir à leur endroit. Ainsi Donald Trump et Wladimir Poutine ont-ils pu plaire un temps à ceux qui défendent la nation, la France chrétienne et le droit naturel. Ils ont dénoncé l’un et l’autre quelques impostures, en matière de climat, de genre, etc. Je n’ai pu moi-même me défendre de mouvements de sympathie devant certains de leurs coups de patte, et leurs ennemis étaient souvent les nôtres. Cependant, je ne suis pas mécontent d’avoir reconnu leurs limites et leurs défauts dès 2019 dans mon premier livre sur la révolution arc-en-ciel. Il faut rappeler, pour comprendre le rôle réel d’un Poutine et d’un Trump, que celle-ci est une entreprise de subversion de la planète qui, par le triple moyen du mythe du réchauffement du climat par l’homme, de l’existentialisme de genre et de la négation des ethnies et des civilisations, promeut une révolution globale panthéiste anti-chrétienne où seront interdites toutes les frontières, entre races, nations, religions, sexes, espèces même.

Dans ce cadre, le froid bon sens d’un Poutine, les coups de boutoir de Trump contre l’accord de Paris, l’OMS ou les transgenres dans le sport ont capté notre approbation, mais pour quoi faire ? Concrètement, hélas, pour assurer leur pouvoir. Et de ce pouvoir, qu’ont-ils fait ? Ils ont, tout en tâchant de préserver le maximum de pouvoir et de richesse pour eux-mêmes, contribué à la révolution arc-en-ciel qu’ils donnaient l’impression de vouloir combattre.

Sans doute Poutine ne souhaite-t-il pas que cette révolution arc-en-ciel soit menée sous la direction des États-Unis. C’est pourquoi il fricote avec la Chine, l’Inde, les BRICS. Mais son multilatéralisme souhaite simplement une part de direction dans l’empire mondial à venir. Quant à l’idéologie qui l’anime, sa politique musulmane et d’immigration en Russie, sa position sur l’avortement, son acceptation d’un libre-échange d’inspiration socialiste, redistributeur des richesses du Nord au profit du Sud, demeurent en plein dans l’orthodoxie arc-en-ciel. Plus, la guerre qu’il a lancée en Ukraine a ranimé deux instruments utiles à l’arc-en-ciel, l’OTAN et l’Union européenne, qui étaient subclaquants en 2022.

Quant à Trump, il est assez ferme sur la question du climat et du genre, et on le sent décidé à défendre les intérêts des pétroliers américains. Mais il est moins ferme sur la question de la vie (avortement, euthanasie, etc.), et surtout, sa politique étrangère est catastrophique.

D’abord parce qu’elle reproduit les erreurs ordinaires de l’Amérique : à cet égard, le personnage est dépassé par son rôle. Ou, si l’on préfère, ses convictions, s’il en a, cèdent devant la situation qu’il occupe. L’homme, avec ses foucades, ses éruptions, ses caprices, n’est pas plus désagréable qu’un autre, mais toute son agitation démontre son peu de poids : c’est le bouchon du pêcheur qui se prend pour le maître de la rivière. Il amuse le tapis pendant que l’eau coule.

L’affaire du Proche-Orient est éclairante. Le récit qu’on nous en fait est abracadabrant. Nul ne peut croire que le Pentagone, occupé par les Houtis de Bab el-Mandeb depuis des années, ait oublié que le détroit d’Ormuz, dont l’Iran domine une rive, est un goulet par où passe un quart du pétrole mondial. Les services de renseignement israéliens et américains ont peut-être mal évalué la résistance iranienne, mais ne pouvaient s’attendre à un effondrement immédiat. Le développement de la guerre était donc au moins partiellement prévu. Donc la crise internationale. Que les Israéliens y trouvent leur intérêt au Liban et les pétroliers US à Ormuz, c’est clair. Mais les marches et contre-marches de Trump servent à terme un tout autre programme : il discrédite et déshonore définitivement le nationalisme qu’il prétend incarner par sa façon d’être, et il promeut le mondialisme par ses actes.

Désormais, même l’ONU semble préférable à cet histrion fantasque. Tant contre l’opération illégale, illégitime, de Trump fermant le détroit d’Ormuz, que contre la prétention ahurissante de l’Iran de faire payer un péage sous contrainte militaire, comme un vulgaire seigneur pillard du haut Moyen Âge, on finira par regretter le droit international ! D’une part, les détroits ont un statut spécial ; d’autre part, celui d’Ormuz est d’une largeur telle qu’un chenal existe qui se trouve hors des eaux territoriales de l’Iran et des États arabes qui le bordent.

De même que la politique de la SNCF mène à préférer la voiture, de même celle de Trump conduit-elle à tenir pour un moindre mal le multilatéralisme et l’approche mondiale de résolution des crises, voie royale vers le gouvernement mondial. Comme son pendant Poutine, Trump aura été, avec l’approbation de beaucoup de nationalistes, l’idiot utile du mondialisme.

                                                   Martin Peltier 

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Il était une fois la Révolution

On ne comprend rien à nos problèmes moraux d’aujourd’hui si on ne les regarde pas du point de vue de la révolution. Celle que j’appelle arc-en-ciel, comme un Saint-Jean-Baptiste radoteur, et qui est avant tout spirituelle.

Un monde mental est né, pour faire gros, dans la chienlit fondatrice de 1968. Il était interdit d’interdire, et l’intellectuel en profitait pour se faire toucher le zizi par des fillettes de cinq ans ou mettait dans son lit un garçonnet de huit ans, aux applaudissements du Tout-Paris. Il s’agissait de dissoudre la morale que l’on disait alors bourgeoise et qu’on a requalifiée ensuite en judéo-chrétienne. Puis sont advenues toutes les conséquences de cette gigantesque inclusion, et la nouvelle morale s’est peu à peu coagulée. Ce fut la grande fusion des hypocrisies et des sottises : puritanisme communiste, islam, féminisme. Résultat : le grand écart moral et social, tournantes de banlieue et tristes partouzes libertines déjantées d’une part, soupçon généralisé dès qu’on effleure la main d’une jeune fille de l’autre. Cette vieille ganache de Serge July, jadis directeur de Libération, y publiait des orgies coprophiles avec des post-nourrissons ; il a dénoncé plus tard les « lupanars pédophiles de l’Église ». L’indécence dépasse l’affliction. Mais ni l’hypocrisie ni la folie ne sont l’important ; l’important est ce qui donne la raison du processus : les contradictions morales apparentes sont le fruit d’une même volonté et d’une même stratégie révolutionnaire. La chienlit puis le nouvel ordre moral ont tous deux contribué à détruire la morale et la société chrétienne ; l’acharnement contre le patriarcat et la famille le dit assez.

C’est dans cette perspective qu’il faut regarder les affaires Weinstein, Lang, Epstein, Miller, Strauss-Kahn, Depardieu, Pélicot, Jacot, Duhamel et quelques autres. Aujourd’hui, seul Epstein apporte quelque chose à notre réflexion.

Cet homme est mort en prison, et les anomalies autour de sa surveillance sont si nombreuses, graves et concordantes qu’il y a lieu de le présumer innocent de son suicide et d’en inculper des gens haut placés dans le système américain. Epstein, on le voit maintenant avec l’affaire qui « empoisonne » le monde entier, comme le relève Le Monde, gênait tout le monde, pour la bonne raison qu’il avait fréquenté tout le monde.

C’était le grand entremetteur des gens qui sont quelque chose, l’ami de ceux qui ne sont pas des sans-dents, le familier de tous les puissants, par là même plus puissant qu’eux par moments, le favori, le bouffon, le proxénète universel. La figure même de l’entre-soi des élites révolutionnaires mondialistes.

Pour ceux qui aiment le cinéma italien, c’est un peu le personnage central du film de Pasolini, sorti en 1968, Théorème, que l’Office catholique du cinéma, complètement déboussolé par la révolution, prima. Ce personnage a pour nom « visiteur » (est-ce un ange ?), et couche avec toute la famille, même le chien, si ma mémoire est bonne. Il la fait exploser, et avec elle les conventions et illusions « bourgeoises ».

Notre nouvel ordre moral insiste lourdement sur le sexe dans l’affaire Epstein ; il serine : « prédateur », « pédocriminel », etc. C’est une escroquerie. Le sexe n’est qu’un moyen de corruption, parmi d’autres : l’argent, l’art, la grande vie. Epstein traitait chaque ami, chaque pigeon, chaque dossier, selon sa faiblesse, avec le moyen de corruption qui lui convenait. C’était un super-agent de corruption, l’art de corrompre en personne, comme tel infiniment séduisant ; les descriptions qu’en donnent le ministre de la Culture naguère tout-puissant Jack Lang et le vice-Premier ministre norvégien ne laissent aucun doute en la matière. Comme d’un Don Juan, on pourra dire qu’il les a tous eus, jusqu’aux têtes mal couronnées qui hantent aujourd’hui des palais sans honneur, Mette-Marit de Norvège ou Andrew Windsor. Sa chute, au fond, ne nous apprend rien. Il rappelle que le péché foisonne et qu’il est très bête ; ce n’est quand même pas nouveau. Il ne servira probablement pas à grand-chose. Olivier Duhamel vit tranquillement ; Gérard Miller, quoique sous obligation de ne pas quitter le territoire de la République, a été autorisé par la « Justice » à visiter la Sérénissime en octobre dernier.

On finira par préférer Dominique Strauss-Kahn ; lui, au moins, ne couvrait pas sa nudité de grands mots frelatés.

Quand les percussions formidables du nouvel ordre moral se seront calmées, croyez-vous qu’on aura fait un pas vers la protection des plus faibles et la justice à laquelle ils ont droit ? Vous plaisantez, j’espère !

MeToo, qui prétendait libérer la parole, a surtout libéré le mensonge.

Le phénomène se répétera. Pendant qu’on parle à tort et à travers de pédophilie, et qu’on prétend préserver la fleur fragile du « consentement », des adultes perchés imposent leurs maladies à des enfants et, sous couleur de liberté, les conduisent vers la mutilation : ce n’est pas autre chose, la transition de genre offerte aux mineurs. On les laisse libres d’entrer dans la négation de soi et la mort progressive. Telle est l’atroce loi de la révolution existentialiste : vous serez ce que vous voulez, vous serez comme des dieux. Cela, c’est l’avant-dernier stade. Yuval Harari, qui fut le bras droit de Klaus Schwab au Forum de Davos, écrivit alors une justification de l’arc-en-ciel, Homo Deus.

Il vient de déclarer cette année à Davos : « L’intelligence artificielle va prendre la maîtrise de toutes les religions », et il imagine « une religion dont le livre saint serait écrit par une IA ». Fin de partie, bout de la piste, conclusion du théorème : l’extrême licence aboutit à l’asservissement sans aucun jeu. La révolution prétendument libertaire finit en esclavage.

Martin Peltier

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La France et le Liban

La relation entre la France et le Liban ne date pas d’hier. Les Phéniciens, ancêtres des Libanais, se sont installés jusqu’à Massilia, aujourd’hui Marseille. Louis IX reconnaissait la nation libanaise comme partie de la nation française, affirmation reprise par les rois successifs. Sous François Ier, la France devenait la protectrice des chrétiens d’Orient. Après la Première Guerre mondiale, elle contribuait à restaurer le Liban dans ses contours historiques, hérités notamment du prince Fakhreddine II. Cette continuité n’a rien d’un mythe : elle fonde une alliance naturelle, au sens où l’entendait Jacques Bainville.

Et pourtant, cette alliance est aujourd’hui sacrifiée. Une partie de la droite nationale française, dans une dérive aussi opportuniste que désinvolte, a tourné le dos au Liban pour se rallier à Israël, cédant à une « israélomania » ambiante. Le calcul est transparent : gagner en respectabilité, s’assurer une visibilité médiatique, se « dédiaboliser ». À ce jeu-là, la France oublie ses intérêts, son histoire et ses fidélités.

Même Charles de Gaulle, dans son discours de novembre 1967, avait su trancher : face aux tensions régionales, il avait choisi de soutenir le Liban et de refuser l’alignement sur Israël. Une ligne de souveraineté que beaucoup feraient bien de relire aujourd’hui. Car depuis 1948, Israël n’a cessé d’attaquer le Liban. Raymond Eddé, dirigeant du Bloc national libanais, proche ami de la famille de France, le rappelait avec constance depuis 1977 dans le journal de l’AF, Aspects de la France : le projet sioniste vise notamment le Sud-Liban, ses ressources, en particulier le Litani, et la destruction du modèle libanais de coexistence multiconfessionnelle, seul capable de contredire la logique de l’ethnocratie sioniste.

Aujourd’hui, la politique menée par Benjamin Netanyahou s’inscrit clairement dans une perspective de « Grand Israël ». Prétendre que cette guerre ne viserait que le Hezbollah relève de la fiction. Ce mouvement n’apparaît qu’en 1983, dans le contexte de l’occupation israélienne du Liban, notamment après l’invasion de 1982. Il s’inscrit alors dans une logique de résistance nationale et a rassemblé, au-delà de son socle initial, des soutiens de différentes confessions, à l’image de l’ancien président du Liban, le général Michel Aoun, ou de combattants chrétiens (des Arméniens sont tombés sur le champ de bataille). La déclaration de Youmna Gemayel, fille de Bachir Gemayel, soutenant tous ceux qui défendent les 10 452 km² du Liban, en est une illustration claire. Au Liban, il y a une résistance nationale qui combat l’occupant et refuse la capitulation.

Dans ce contexte, l’alignement d’une partie de la classe politique française sur Israël n’est pas seulement une faute morale : c’est une erreur stratégique majeure. La France n’a aucun intérêt à se montrer docile vis-à-vis d’Israël ou des États-Unis en sacrifiant le Liban. Le pays du Cèdre demeure, qu’on le veuille ou non, le pont naturel de la France vers l’Orient. L’oublier, c’est se condamner à l’effacement.

                                                 La rédaction

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Le drapeau de l’Union européenne : fausse icône

Le drapeau européen venait à peine d’être arraché des frontons de nos mairies que Marion Maréchal, déjà, volait au secours du symbole bleu aux douze étoiles. 

Dans une tribune publiée sur X le 30 mars 2026, la députée européenne a affirmé : 

« Ceux qui retirent le drapeau européen de leur bâtiment public le font en signe d’une protestation symbolique (et légitime) contre l’étouffement bureaucratique, progressiste et, bien souvent, anti-national de Bruxelles.

Mais il ne faut pas se tromper de levier de contestation : le drapeau européen est l’une des rares références à notre civilisation au sein de l’institution européenne. Créé par le Français Arsène Heitz – fervent catholique -, ce drapeau s’inspire de la médaille miraculeuse et des 12 étoiles de la couronne de la Vierge Marie. Il renvoie à ce que devrait être, avant tout, l’Union européenne : le cadre politique d’une civilisation.

Mélenchon lui-même ne s’y était pas trompé, lorsqu’en 2017, apercevant un drapeau européen à l’Assemblée nationale, il s’était esclaffé : « On est obligé de supporter ça ? (…) C’est la République française ici, c’est pas… la Vierge Marie. »

Notre tâche doit être de redonner une dimension identitaire au projet européen : le drapeau européen n’est donc pas un symbole à supprimer, mais à revendiquer face à l’absence d’âme de l’UE technocratique. »

Ce syncrétisme théologico-politique est symptomatique de la dérive profonde d’une certaine droite nationale qui, à force de vouloir christianiser les barreaux de sa prison, finit par accepter la cage mondialiste elle-même. Cette posture trahit une incapacité absolue à transmettre l’essence de la tradition française, réduite à un bricolage symbolique où la Nation s’efface devant une Europe fantasmée.

L’argument de Marion Maréchal est affligeant de naïveté. Qu’Arsène Heitz, créateur du drapeau, ait eu des dévotions mariales personnelles est une anecdote sans portée. La vérité institutionnelle est inscrite noir sur blanc sur le site du Conseil de l’Europe :

 « Sur le fond bleu du ciel, les étoiles forment un cercle en signe d’union. Elles sont au nombre invariable de douze, symbole de la perfection et de la plénitude, qui évoque aussi bien les apôtres que les fils de Jacob, les travaux d’Hercule, les mois de l’année. »

Le drapeau de l’Union européenne est le symbole d’un universalisme appliqué en politique. Il met sur le même plan les apôtres du Christ, les fils de Jacob, les mythes païens et le calendrier laïc. Cette énumération hétéroclite n’honore pas le Christ. C’est au contraire le symbole parfait d’une Europe qui ne veut ni âme, ni racines, ni frontières, mais un marché ouvert à tous les vents, à tous les flux, à tous les métissages.

Prétendre que ce drapeau incarne « notre civilisation » est une faute politique majeure qui confine à une posture d’impuissance : une tentative sans cesse châtrée de réformer le système de l’intérieur. 

Cette faute n’est pas vénielle : elle sert de levain pour gonfler la pâte du camp national avec l’air européiste du temps.

L’européisme est un agent contaminateur qui tente de rapprocher les positions du camp national vers celles des identitaires pro-UE, tels que Julien Rochedy, qui appelle de ses vœux un « déplacement du cadre de la nation vers la civilisation ».

Ce déplacement constitue pourtant le premier glissement qu’induit la tentation cosmopolite, idéologie responsable du déclin de l’Europe. Car l’Europe n’est civilisationnelle que parce qu’Europe des nations.

Pour lui, la question nationale ne se pense qu’à l’aune d’une solidarité civilisationnelle européenne, quitte à composer avec les institutions de l’UE. 

Cette stratégie urgentiste du « continent d’abord » est une impasse. Elle dilue les volontés nationales dans des alliances de circonstance et finit par produire des gouvernements qui, une fois au pouvoir, s’alignent sur les diktats bruxellois. Le « modèle Meloni » en est la preuve.

Élue en 2022 sur un programme souverainiste, Giorgia Meloni devait être l’appartement-témoin du nationalisme européen. Trois ans plus tard, le bilan est sans appel : le point focal des identitaires, qui justifie sous couvert d’urgence toutes les agitations, est resté intact : les arrivées de migrants en Italie ont augmenté sous son mandat, le Pacte asile et migrations de l’UE a été assimilé, et la confrontation avec Bruxelles n’a pas eu lieu.

Le modèle Meloni est la preuve qu’on ne réforme pas l’UE de l’intérieur. Il démontre surtout que l’on perd un temps précieux, puisque l’urgence démographique et migratoire, sans cesse dénoncée par les identitaires, est bien réelle à se refuser à la construction d’un Front nationaliste capable de reprendre notre nation.

Au-delà de son erreur politique, Marion Maréchal s’illustre par sa médiocrité de transmettrice. Dans l’ordre naturel et traditionnel, la femme est celle qui incarne et perpétue la mémoire du peuple, celle qui transmet aux générations futures la substance de la tradition. Or, une femme qui prétend incarner la droite nationale devrait savoir que la tradition française ne se réduit pas à un syncrétisme de symboles détournés.

En défendant le drapeau européen au nom de la Vierge Marie, Marion Maréchal montre qu’elle a perdu le sens de la hiérarchie des fidélités. Elle sacrifie la défense de l’État-nation sur l’autel de la chimère de l’Europe politiquement universaliste, c’est-à-dire cosmopolite. 

Elle ne transmet pas une vision claire, mais un compromis fumeux où la nation devient un détail dans une « civilisation européenne » abstraite, et, en fait, toute soumise au mondialisme et au cosmopolitisme.

La tradition ne se transmet pas par des accommodements symboliques, mais par la clarté du combat. On ne transmet pas une civilisation en la diluant dans l’universel. On ne reconquiert pas un peuple en lui proposant des drapeaux étrangers déguisés en icônes.

La rupture est la seule voie.

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À bas la guerre !

Il y a un siècle, une action mémorable de Charles Maurras a contribué à éviter la guerre.

Nous nous souvenons cette année du 90e anniversaire de la « loi Maurras ». Contrairement à l’usage d’appeler une loi du nom de celui qui l’a proposée, cette dernière a été désignée du nom de celui qu’elle visait : le directeur de L’Action française, Charles Maurras. Publiée le 10 janvier 1936, la nouvelle loi, qui réprimait la menace de mort, valut à l’écrivain une condamnation à plusieurs mois de prison le 21 mars suivant. Pourtant, selon les partisans de Maurras, les faits auraient plutôt justifié l’attribution du prix Nobel de la paix.

Que l’on en juge ! En 1935, l’Italie fasciste a engagé une guerre contre l’Éthiopie, nation africaine avec laquelle elle avait eu maille à partir depuis le XIXe siècle. L’Italie, tardivement unifiée, rêvait de se tailler un empire colonial, ce qui correspondait aux idées « civilisatrices » de l’époque, et la France et l’Angleterre, qui dominaient des empires considérables en étendue, étaient assez mal venues à s’en offusquer. Or, cent quarante parlementaires français, maçons et/ou de gauche, publièrent un manifeste appelant la Société des Nations à prendre des sanctions contre l’Italie et, partant, à déclencher une guerre avec cette puissance. Circonstance aggravante, cette initiative avait lieu à l’époque de la montée en puissance de l’Allemagne de Hitler, dont la dangerosité aurait dû accaparer en priorité l’attention des responsables politiques français. En conséquence, dans le quotidien L’Action française, Maurras publia les noms de ces parlementaires en les traitant d’« assassins de la paix » et d’« assassins de la France », et conclut en s’adressant à eux : « En l’absence d’un pouvoir national capable d’arrêter le cours de vos entreprises de trahison, il importe que les suprêmes mesures soient ordonnées, il faut que votre sang soit versé le premier. » (AF du 22 septembre 1935).

Le journal poursuivit sa campagne au cours des semaines suivantes, et Maurras la renforça même par une expression qui fit fortune (AF du 13 octobre 1935) : « Ceux qui poussent à la guerre doivent avoir le cou coupé. Comme la guillotine n’est pas à disposition des bons citoyens… vous avez quelque part un pistolet automatique, un revolver ou même un couteau de cuisine. Cette arme, quelle qu’elle soit, devra servir contre les assassins de la paix… » C’est à la suite de cet appel qu’a été promulguée la « loi Maurras » et que le polémiste, qui avait persisté, fut condamné à la prison ferme et vit même sa peine allongée du fait d’autres menaces visant Léon Blum. Toujours est-il que la guerre projetée par certains contre l’Italie n’eut pas lieu, et Maurras put se sentir satisfait, en proférant une menace sous condition, d’avoir contribué à éviter une guerre que les Français n’avaient aucun intérêt à faire. L’on observera néanmoins que, si la paix européenne fut sauvegardée dans l’immédiat, les politiciens n’en profitèrent guère pour préparer la France à parer à la menace allemande. L’on peut d’ailleurs penser que l’initiative des cent quarante nuisibles a contribué à jeter le Duce dans les bras du Führer, c’est-à-dire à accroître le péril national.

C’est un fait historique que les républicains ont la fâcheuse habitude de jeter le pays dans des aventures guerrières « quoi qu’il en coûte », sans même se demander si ces guerres sont utiles à l’intérêt national ni si elles peuvent être gagnées. Ce fut le cas en 1792, avec le déclenchement d’un quart de siècle de conflit européen par les révolutionnaires, et une défaite à la clé. Ce fut encore le cas avec l’inutile prolongation de la guerre de 70, et encore avec le déclenchement de la guerre de 1940, puis le refus de l’armistice sauveur.

Fidèle à sa ligne de maintien de la paix et de défense exclusive de l’intérêt national, lors de la crise de Munich, en 1938, l’AF paraphrasa un couplet de L’Internationale, initialement dirigé contre les généraux :

« S’ils s’obstinent, ces cannibales,

à faire de nous des héros,

il faut que nos premières balles

soient pour Mandel, Blum et Reynaud. »

Ces combats politiques sont-ils l’écho d’un temps révolu ? L’on peut en douter, du fait de l’analogie avec notre époque troublée, où des dirigeants annoncent froidement aux Français, qui, pour la plupart, ignorent jusqu’à l’existence du Donbass (et ne s’en portent pas plus mal), qu’il faut qu’ils se préparent à voir leur jeunesse mourir pour Kiev. Et, compte tenu du précédent historique, il y aurait peut-être lieu de redouter que le président Macron et son chef d’état-major, en raison de leurs déclarations bellicistes et matamoresques en faveur de la guerre qu’ils souhaitent, ne finissent par trouver quelque jour leur Maurras et ne s’entendent sommer d’assumer personnellement les conséquences de leurs actes, au nom du principe suivant lequel « la vie des tyrans appartient à ceux qui n’ont pas peur de mourir ».

    Franck Bouscau

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C’est le front républicain qui a tué Quentin

Les éléments de langage et postures successifs des médias et des hommes politiques depuis le meurtre de Quentin mentent et empêchent de comprendre ce meurtre.

Écartons d’abord les tentatives piteuses de Mélenchon d’inverser la réalité : « on nous agresse, c’est l’extrême droite qui tue, patati ». On aimerait qu’il fournisse ses statistiques. Le Pen, en son temps, avait publié un livre noir des attaques des sicaires d’extrême gauche, c’était assez croquignolet.

Passons aux choses sérieuses.

Le Canard enchaîné croit découvrir qu’aux « bas-du-front » de l’extrême droite répondent des bas-du-front de l’extrême gauche, suggérant que le meurtre est le fait des bas-du-front. C’est faux. Tuer en politique n’est pas leur fait. Ni Brutus ni Marat ni Robespierre n’étaient bas-du-front, et le plus grand criminel politique de l’histoire, peut-être, Trotski, était tout sauf bas-du-front. Ravachol, Pol Pot ni Mao n’étaient bas-du-front.

Plus commune encore a été la phrase : « nul ne doit mourir pour ses idées », ou « aucune idéologie ne vaut qu’on tue, bla bla ». Or c’est précisément une idéologie qui a tué. Laquelle ?

Un confrère subventionné, journaliste à l’Humanité, nous a renseignés en traitant Quentin de « nazillon ». Il ne faisait qu’exprimer avec ses moufles communistes ce que Le Monde, La Croix, et d’autres disent avec leurs mots doucereux et obliques : passé par l’Action française puis Academia Christiana, il était forcément d’extrême droite. Autrement dit, le diable. Marqué du signe de la bête et, comme tel, abattable sans sommation. No limit contre les fachos. Céléméchants, comme dirait le politologue ricanant Viktorovitch. Comme ils sont une menace permanente, on a droit à « l’autodéfense » contre eux, légitime.

Un membre de la famille Villiers a dit, je crois, que le mot antifa est un mensonge, les antifas sont des fascistes. Non. Grave erreur, qu’on traîne depuis 80 ans. Il y a eu des fascistes, qui ont commis certaines violences en réponse aux crimes communistes. Les fascistes ont disparu en 1945. Les communistes et leurs neveux commettent toujours leurs crimes. Mais depuis 1945, parce que l’Union soviétique était dans le camp des vainqueurs, l’Europe pratique ce que j’appelle la préférence communiste, la préférence pour l’extrême gauche : ce que les bolchos et les gauchos font n’est pas toujours très bien, mais toujours moins pire que la bête immonde d’extrême droite. Et pour ça, on les laisse faire, on s’en sert et on s’allie avec eux. C’est ce qui a justifié le front républicain. C’est pour ça que Gabriel Attal, François Hollande et Laurent Wauquiez ont fait élire le Nouveau Front populaire et qu’ils ont été élus eux-mêmes. La chose est profondément ancrée dans les réflexes politiques français : quand on choisit la bête immonde, on se met ipso facto hors de l’humanité fréquentable et, ma foi, tant pis. Peut-être le meurtre de Quentin changera-t-il cela. Alors il ne sera pas mort pour rien.

Une dernière variation a été lancée par l’ancien ministre Malhuret : « L’extrémisme tue ». Et l’omelette coupée aux deux bouts, radicale, MRP, SFIO, est ressuscitée. La République n’a pas trente-six recettes, elle sert toujours la même pour se partager le gâteau, on se croirait revenu en 1950 avec l’exclusion des gaullistes et des cocos. Avec en prime une fausse symétrie entre la victime et le bourreau, qui donne licence à celui-ci de tuer celle-là, et bonne conscience au lâche qui commente. Les antifas sont de sales bêtes imbéciles, mais le cerveau qui a causé l’assassinat, c’est vraiment le front républicain.

Martin Peltier 

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Macroneries à la française contre les fonctions régaliennes

Commentant le traitement que le système politico-médiatique actuel a réservé à la réunion tenue dernièrement dans une ville chinoise par les membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (O.C.S.), Régis de Castelnau le considère comme « l’expression d’un mélange d’ignorance crasse, de mensonges, de bêtise arrogante », et il s’interroge sur ce qu’on peut finalement attendre « d’un Occident terminal dirigé par des abrutis qui ne comprennent rien à ce qui se passe, et ne voient que dans des rodomontades bellicistes le moyen de se rassurer et de continuer à se mentir ».

Notre rationalité d’Action française nous fait adhérer pleinement au jugement de l’ancien avocat. Et pour nous, les délires de cette République, et singulièrement l’infantilisme prétentieux et moralisateur de l’ère macronarde qui, au niveau international, se fait passer pour de la diplomatie, sont une raison suffisante pour nous interroger sur ce que, en France, quelque deux siècles de régime démocratique ont fait de la politique. Ars magna de nos anciens, puisque c’est par la politique, et seulement par la politique, que peuvent se réaliser en plénitude et se déployer les conditions du « Bien commun » temporel !

Autrement dit, lorsque l’État est un État normal (ce qui veut dire un État légitime), c’est dans ce cadre que s’effectue la mise en œuvre de ce qu’on appelle les fonctions régaliennes. Ces fonctions vitales sont au nombre de quatre : la politique extérieure, l’ordre intérieur ou sécurité publique, la justice, les finances. Tout le reste, dont l’État moderne, l’État anormal, le Léviathan totalitaire se gorge jusqu’à en crever, n’est qu’usurpation tyrannique, entraînant à terme la destruction de l’ordre social. Contre les incompréhensions persistantes de toute origine, redisons inlassablement que telle est la base de notre « Politique d’abord ».

Au premier rang de ces fonctions éminentes se trouve donc évidemment la politique extérieure, puisque c’est d’elle, et de son extension naturelle, la question militaire dont elle est inséparable, que dépend la défense des remparts de la Cité, condition sine qua non de l’exercice des autres fonctions. C’est bien, en effet, sous la protection de la sécurité préalablement assurée vis-à-vis des éventuelles menaces venues du dehors, qu’ordre intérieur, justice et finances pourront converger efficacement à la réalisation du seul véritable droit de l’homme, qui est de vivre en paix.

Selon Carl Schmitt, qu’il faut suivre sur ce point, en effet, l’un des trois présupposés du politique est « la différenciation de l’ami et de l’ennemi », différenciation spécifique – dit-il – « à laquelle se ramènent les actes et les motivations politiques ». Et ce phénomène de l’altérité, essentiel à la compréhension du monde, entraîne des conséquences absolument infrangibles. C’est pourquoi l’importance de cette première fonction est telle que nous en traiterons à part, à la fin de ce propos.

D’abord, donc, le principe général, le principe élémentaire fondateur grâce auquel la société civile peut mettre en œuvre les autres fonctions régaliennes, et en particulier celle qui concerne l’ordre intérieur, est que le pouvoir de décision doit se trouver au plus près des intérêts en cause ; c’est pourquoi, dans la logique de ces fonctions que l’État est le seul à pouvoir exercer directement, ce n’est pas de lui que relève le domaine privé, beaucoup plus étendu même que nous avons aujourd’hui l’habitude de le concevoir.

Ne relèvent évidemment pas davantage de lui ni l’exercice des métiers, ni les responsabilités des divisions territoriales superposées qui constituent le cadre naturel de la vie des hommes, provinces, communes, etc. C’est pourquoi, normalement, la vie de famille, sous l’autorité du père et de la mère, doit lui échapper.

L’AF citait cette déclaration du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV : « Le souverain, quoique juge de tous ses sujets, ne doit point ériger, pour ainsi dire, son tribunal jusque dans les foyers » ; 

et aussi : « Quoique l’Évangile fasse la loi en France (…) il n’est pas cependant de la compétence du magistrat de rechercher ceux qui en négligent les devoirs dans le particulier ou même qui iraient à les mépriser. » 

Voilà une véritable déclaration d’une véritable liberté, tout au rebours du flicage général contemporain !

La Royauté est un gouvernement, et ne prétend pas être autre chose ! La République, elle, est une Église, qui prétend, selon les principes de Jean-Jacques Rousseau, prendre l’homme dans la totalité de sa nature. Son dessein n’est pas de rendre la France plus forte, plus riche, plus paisible, d’assurer aux hommes, comme on le veut depuis Aristote, le plus de bien possible dans les conditions terrestres, mais de promouvoir les idéologies qui lui permettent de dominer.

Mais cela veut-il dire que l’État (nous parlons toujours de l’État normal) doive rester étranger aussi bien à la vie des familles qu’à l’exercice des professions, ou à la gestion des provinces et des communes ? Évidemment pas, puisque, gardien de l’ordre, il doit être attentif à ce que règne entre les habitants du pays cette union, aussi complète que possible, qui assure la paix, sans laquelle la recherche du « Bien commun » est illusoire.

Et c’est donc en complément ou suppléance des autorités inférieures, souveraines et libres de leurs décisions dans leur domaine propre, mais qui peuvent faillir, déroger, qu’il peut lui-même intervenir en cas de besoin, et a le devoir de le faire, au nom du principe de subsidiarité.

C’est pourquoi l’État qui, nous l’avons dit, ne s’occupe que des intérêts les plus élevés, ceux qui concernent le gouvernement proprement dit, n’a pas, en situation normale, à considérer les personnes. S’il peut être amené à le faire, c’est seulement en vue de l’intérêt de tous, à titre exceptionnel, pour rendre à chacun selon ses œuvres, c’est-à-dire soit pour récompenser ceux qui servent l’unité au service du Bien commun, soit, au contraire, pour punir ceux qui, violant de quelque façon l’implicite pacte social, rompent l’unité collective et rendent plus difficile l’exercice des droits de chacun ; c’est pourquoi seuls le scandale public, ou toute autre mise en cause factuelle de la paix publique, peuvent justifier des interventions à ce niveau. C’est seulement à ce titre de sauvegarde du pacte social que s’exerce la fonction de justice, dont le rôle n’est que de sanctionner les manquements aux conditions externes du Bien commun.

Ainsi, l’exercice par l’État de toutes les fonctions régaliennes s’inscrit dans une rigoureuse logique de liberté des personnes. Notre formule, à l’Action française, a toujours été : « Libertés à la base, autorité au sommet ! » 

Autorité, c’est-à-dire pouvoir absolu, à ce niveau de décision qui ne concerne pas les personnes privées.

Contrairement à l’amalgame pervers actuellement en vigueur, l’économie, comme son nom l’indique, relève de l’ordre privé, et chacun, homme ou institution légale, est le maître de ses propres œuvres. La seule et unique fonction légitime de l’État dans ce domaine, restant sauf évidemment le principe de subsidiarité, est d’ordre purement financier, ce qui veut dire qu’il doit absolument s’assurer la maîtrise de la monnaie, élément essentiel de la souveraineté, sans laquelle il n’y a pas de pouvoir politique digne de ce nom.

Aujourd’hui, c’est à un dévoiement total de la puissance publique que se livre l’État totalitaire que nous subissons, auto-institué, auto-proclamé, contre toutes les libertés personnelles ou collectives, maître à penser, directeur de conscience, médecin et pharmacien, instituteur et professeur de gymnastique, etc., détournant même au profit de ses affidés, de son propre appareil ou de ses idéologies les fonctions les plus normales de finance, de police et de justice.

                                      Philippe Champion

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L’arc-en-ciel d’État fait bloc

C’est devenu la mode, notamment sur CNews, de déplorer que, le corps électoral penchant de plus en plus à droite, les institutions non élues de la République soient dirigées par des gens de gauche. La constatation est juste, mais incomplète, et le vocabulaire employé montre une erreur d’analyse grave qui fausse la perception du phénomène du tout au tout.

C’est vrai, le premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, ancien ministre des Finances et ancien commissaire européen, est socialiste. C’est vrai, le président du Conseil constitutionnel, Richard Ferrand, ancien président de l’Assemblée nationale, est un macroniste tendance de gauche. Mais le président du Conseil d’État et celui de la Cour de cassation, plus hautes juridictions administrative et pénale, ne font officiellement partie d’aucun parti. Il convient donc de réserver le mot « gauche » pour la suite de cet article, comme on réserve un fond de sauce sur un coin de fourneau en attendant de s’en servir.

Le mot « gauche », et la chose, ont été inventés sous la Révolution française, quand certains députés, qui s’opposaient au veto royal, se sont rangés à gauche du président de l’Assemblée. D’une manière générale, les novateurs se plaçaient à gauche, tandis que les monarchistes, puis les constitutionnels, se plaçaient à droite et les modérés au centre. Depuis, la partie gauche s’est prévalue de ce placement et s’est donnée pour le progrès, les Lumières, la raison, le social, bref, le Bien avec un grand B. Aujourd’hui, le bien est l’inclusion, le monde ouvert, immigrationniste et internationaliste. Cette forme moderne du progressisme touche aussi bien les gens qui se disent de gauche que d’autres qui se disent de droite. Ainsi, Chirac a-t-il pratiqué une politique inspirée de l’idéologie progressiste, avec à peine quelques bémols en matière économique. Notre constatation de départ doit donc être ainsi modifiée : les « progressistes », quelle que soit leur couleur politique, collectionnent les places, quand le peuple, lui, est conservateur.

D’autre part, ce monopole des places ne se borne pas aux postes non élus. Le premier magistrat de la République, Macron, quelle que soit l’étiquette qu’on lui colle, est un progressiste arc-en-ciel de la plus belle eau ; sa constitutionnalisation de l’avortement et ses enterrements au Panthéon (Manouchian, Badinter) le crient. Il en va de même de Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, troisième personnage de l’État, qui vient de partir en guerre, en bonne communiste de cœur, gavée de bons sentiments, contre l’héritage. Participant à la même idéologie molle, morale, parisienne et mondiale, Gérard Larcher, président du Sénat, deuxième personnage de l’État, est de la même humeur. Il vient de le signifier en recréant pour lui tout seul un mini front républicain contre le Rassemblement national : « L’union des droites, a-t-il dit, est une illusion : l’alliance de la droite et du centre est la seule en mesure de porter des mesures sérieuses pour répondre aux attentes des Français et redresser le pays. »

Cette déclaration est un modèle de vérités partielles au service d’un mensonge global. Oui, l’union des droites est une illusion, pour la raison que l’on vient de développer : la question aujourd’hui n’est pas l’opposition entre droite et gauche, mais entre les progressistes arc-en-ciel, partisans d’un monde sans frontières, et les défenseurs de la nation. À cet égard, ce qui peut faire avancer le schmilblick, c’est l’union des non-gauches, des non-progressistes, des anti-arc-en-ciel. Cela implique que « l’alliance de la droite et du centre » chère à Larcher, qui a organisé l’invasion du pays, ruiné sa prospérité, mis en péril sa sécurité et permis, par lâcheté ou complicité, toutes les dérives morales de la société, n’est pas « en mesure de porter des mesures sérieuses » ni pour satisfaire les Français, ni pour redresser le pays. Larcher est le représentant typique d’élites républicaines déconnectées à la fois du peuple et de la tradition française, inefficaces et traîtresses par nature.

Le système entier qui régit l’État républicain — les trois pouvoirs, judiciaire (de toutes juridictions), législatif et exécutif — se raidit et fait bloc contre le vent de liberté qui souffle en Europe et pourrait amener un véritable redressement. Comme la République, l’arc-en-ciel gouverne mal mais se défend bien. Il fait flèche de tout bois, même de ses ennemis apparents. C’est ainsi qu’Éric Zemmour, ancien rubricard devenu chroniqueur avec quelque bonheur, s’applique à saboter depuis cinq ans l’éclosion d’une grande force nationale. À la présidentielle de 2022, il s’en est fallu d’un rien qu’il ne propulse Mélenchon au deuxième tour. Et aujourd’hui, il exclut toute alliance avec le RN, quand sa concubine (ou ex, on s’y perd) Sarah Knafo la demande, sous le prétexte que ce parti serait socialisant. C’est grave : outre qu’il fut lui-même assez dirigiste en la matière et qu’il demeure d’esprit assez marxiste, ce refus postule que le plus important en politique est l’économie, non la défense de la nation, de son corps et de son esprit. Cet économisme pesant est de la même nature que la posture de Gérard Larcher. Tout leur est bon pour refuser une union nationale.

Martin Peltier

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L’IRAN AU-DELÀ DU RÉCIT SIMPLIFICATEUR

Les derniers événements survenus en Iran ne peuvent être compris qu’à la condition de les replacer dans leur contexte géopolitique global. Toute lecture qui se limite à une opposition binaire entre un « peuple » et un « régime » autoritaire relève d’une simplification excessive, largement nourrie par un narratif médiatique occidental dominant, aligné sur les priorités stratégiques des États-Unis et de leur allié israélien. Cette grille de lecture, si commode soit-elle, empêche de saisir les dynamiques profondes à l’œuvre.

Des manifestations réelles, anciennes et d’abord économiques

Il ne s’agit pas de nier l’existence de manifestations populaires en Iran. Celles-ci sont bien réelles, mais elles durent depuis des mois, voire des années, et s’inscrivent dans une conflictualité sociale de long terme. Leur origine est avant tout socio-économique : inflation persistante, dévaluation de la monnaie nationale, perte de pouvoir d’achat et difficultés quotidiennes dans un pays soumis depuis de nombreuses années à des sanctions américaines et européennes sévères.

Ces mobilisations visent principalement à dénoncer la cherté de la vie et la crise économique. En cela, elles ne diffèrent pas fondamentalement de mouvements observés dans d’autres pays, y compris en Europe. Elles ont d’ailleurs été autorisées par les autorités, le droit de manifester étant garanti par la Constitution iranienne. Présenter ces rassemblements comme une insurrection soudaine et homogène relève donc d’un contresens.

De la contestation sociale à l’émeute : infiltration et violences organisées

Comme cela se produit fréquemment ailleurs, des groupes organisés ont infiltré ces manifestations, détournant un mécontentement social légitime pour provoquer des émeutes violentes. Des attaques ont visé les forces de l’ordre, parfois avec des moyens décrits comme largement disproportionnés pour une simple contestation, causant des morts parmi ces dernières.

Plus préoccupant encore, et très peu relayé dans les médias occidentaux, des tireurs embusqués auraient été observés sur certains toits d’immeubles, visant indistinctement forces de sécurité et manifestants. Ce type de configuration n’a pas pour objectif de faire avancer des revendications sociales, mais de créer le chaos, d’alimenter la peur et d’accélérer une crise politique.

Un scénario déjà observé : Syrie, Irak, Libye

Ce schéma rappelle fortement les premières manifestations en Syrie en 2011. Présentées à l’époque comme des demandes de réformes, elles se sont rapidement transformées en guerre civile, sous l’effet de l’intervention de groupes armés extérieurs disposant d’un arsenal militaire incompatible avec un simple mouvement populaire. En Syrie comme en Iran aujourd’hui, des groupes se sont comportés comme de véritables forces combattantes face à l’État.

Le parallèle n’a rien d’anecdotique. En France même, lors de certaines mobilisations, des casseurs viennent régulièrement semer le trouble. Certains observateurs avaient d’ailleurs évoqué, lors du mouvement des Gilets jaunes, des tentatives d’ingérence ou d’amplification extérieure. Pourquoi ce qui est jugé possible en Europe serait-il impensable en Iran, pays placé au cœur d’enjeux stratégiques majeurs ?

Une séquence de tensions militaires régionales

Ces événements s’inscrivent dans une période de tensions extrêmes entre l’Iran, les États-Unis et Israël. En juin dernier, des agressions militaires ont eu lieu, suivies d’une guerre de douze jours : frappes israéliennes puis américaines sur l’Iran, représailles iraniennes par missiles balistiques en Israël, causant des dégâts importants et une panique réelle au sein de la population israélienne, poussant Tel-Aviv à demander l’aide directe de Washington.

Cette confrontation militaire ne semble pas avoir produit les résultats stratégiques escomptés. Dans ce contexte, le basculement vers une déstabilisation intérieure apparaît comme une option classique. En période de crise économique, acheter des relais, encourager des fractures internes et activer des réseaux clandestins devient plus aisé. Les services israéliens disposent de longue date d’un maillage opérationnel dans la région, souvent en coordination avec l’appareil américain. Des déclarations publiques ont d’ailleurs laissé entendre un soutien explicite aux groupes cherchant à pousser la contestation jusqu’au renversement du pouvoir.

Pourquoi l’Iran dérange

L’Iran dérange parce qu’il a profondément évolué depuis la révolution de 1979. Sur les plans technologique, militaire et stratégique, il est devenu un acteur incontournable du Moyen-Orient. Il a contribué à préserver les institutions syriennes en intervenant à la demande du gouvernement syrien reconnu, avant l’intervention russe.

L’Iran, comme la Russie, a également combattu l’État islamique et le Front Al-Nosra, organisations responsables d’attentats terroristes internationaux, notamment en France. Ces attentats ont contribué à tétaniser l’opinion publique et à nourrir des théories du « choc des civilisations », alimentant des fractures internes dans les sociétés occidentales. Dans le même temps, il est rappelé que des combattants liés à Al-Nosra ont été soignés en Israël, élément régulièrement évoqué pour illustrer les ambiguïtés régionales.

La Syrie comme laboratoire du chaos

La prise de pouvoir en Syrie, le 8 décembre 2024, par Ahmad al-Sharaa, connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Jolani, ancien cadre du Front Al-Nosra, s’inscrit dans cette logique de recomposition brutale. Ce basculement aurait été rendu possible grâce à l’aide de la Turquie et surtout d’Israël, ce dernier ayant neutralisé l’armée syrienne par des bombardements massifs. Un discours de remerciement public à Israël aurait suivi.

La rapidité avec laquelle ce dirigeant a été réhabilité sur la scène internationale, reçu au plus haut niveau dans certaines capitales occidentales, a profondément choqué, notamment au regard du traumatisme encore vif des attentats islamistes en Europe. Dans le même temps, l’extension du contrôle territorial israélien en Syrie, sans réelle opposition du nouveau pouvoir, renforce l’impression d’une nouvelle architecture régionale imposée par la force.

Une stratégie de morcellement des États

L’ensemble de ces évolutions s’inscrit dans une thèse plus large : celle d’un affaiblissement délibéré des États du Proche et du Moyen-Orient par leur fragmentation en entités confessionnelles ou ethniques rivales — kurdes, sunnites, chiites, alaouites, druzes. L’Irak depuis 2003 et la Syrie en offrent des exemples frappants.

Cette dynamique servirait plusieurs objectifs : empêcher l’émergence d’États forts, multiplier les lignes de fracture internes et créer une dépendance sécuritaire durable. Elle permettrait également de justifier le caractère ethno-national de l’État israélien, renforcé par une loi fondamentale récente, et de légitimer l’idée qu’aucune coexistence plurielle n’est viable dans la région.

Séparatismes et risque de dislocation iranienne

Dans ce contexte, l’Iran est à son tour exposé à des revendications séparatistes : kurdes, Arabes du Khuzestan, Baloutches et, dans une moindre mesure, certains courants azéris favorables à un rattachement à l’Azerbaïdjan. Ces dynamiques, souvent encouragées de l’extérieur, font peser un risque majeur : celui d’un morcellement du pays, plutôt que d’une transition politique ordonnée.

Le mirage d’une restauration monarchique

Contrairement à certaines attentes, l’effondrement de l’État iranien ne conduirait vraisemblablement pas à une restauration monarchique. Le prince Reza Pahlavi, fils de Mohammad Reza Pahlavi, apparaît pour certains comme une figure d’espoir. Mais sa proximité affichée avec Israël, au moment même où ce pays bombarde l’Iran, pose un problème symbolique et politique majeur. Il est difficile d’imaginer qu’un prétendant au trône puisse incarner une légitimité nationale en s’affichant aux côtés d’un État en guerre contre son propre pays.

Cette question de légitimité est d’autant plus sensible que la dynastie Pahlavi elle-même est issue d’un coup d’État : Reza Khan, officier de la brigade cosaque, renverse la dynastie qajare en 1921, dans un contexte d’influence britannique, avant de devenir Reza Shah Pahlavi. En 1941, sous la pression des Alliés, il est contraint d’abdiquer au profit de son fils. Cette généalogie rend toute prétention à une continuité nationale incontestable profondément discutable.

Un enjeu mondial et une responsabilité française

L’Iran est aujourd’hui intégré dans une architecture multipolaire associant la Russie, la Chine, l’Inde, le Pakistan, ainsi que de nombreux pays d’Amérique latine et d’Afrique. Cet ensemble constitue une alternative à l’hégémonie américaine qui s’est imposée depuis la fin de la guerre froide. Un effondrement iranien aurait des répercussions bien au-delà de la région, fragilisant les équilibres globaux.

Dans ce contexte, l’intérêt de la France n’est ni l’alignement aveugle ni la moralisation sélective. Il réside dans une politique étrangère indépendante, fidèle à une tradition de diplomatie d’équilibre. L’expérience des vingt dernières années au Proche-Orient invite à la prudence : la destruction des États n’a produit ni démocratie ni stabilité, mais le chaos, l’exode et la radicalisation.

Critiquer un régime étranger depuis Paris est aisé. En comprendre la complexité et mesurer les conséquences d’une déstabilisation l’est beaucoup moins. L’histoire récente montre pourtant que, dans cette région du monde, les récits simplificateurs finissent toujours par se fracasser sur le réel.

                                            Joseph Cèdre 

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La démocratie vue par Platon

« La liberté et l’égalité ne sont que l’amour de la domination et la haine de toute autorité qu’on n’exerce pas. »  Louis de Bonald

C’est une idée largement reçue de nos jours que la démocratie serait la meilleure forme de gouvernement, voire la seule qui soit légitime et respectable. Toute autre forme de pouvoir ne serait qu’oppression et tyrannie, contre lesquelles on aurait le droit, et même le devoir, de se révolter. Cette étrange philosophie a été soutenue notamment par Jean-Jacques Rousseau dans son Contrat social.

Mais qu’est-ce, au juste, que la démocratie ? Qu’en ont pensé les Grecs, à qui on en attribue l’invention ? À ce sujet, il est bon de relire Platon qui, dans le livre VIII de La République, a proposé une théorie complète des différentes formes de gouvernement. On y apprend avec étonnement que Platon tient la démocratie pour l’une des pires constitutions qui soient. Il n’y a de pire, selon lui, que la tyrannie, dont elle n’est d’ailleurs pas si éloignée qu’on pourrait le croire.

La méthode suivie par Platon consiste à décrire, pour commencer, un État idéal dans lequel règne une parfaite justice, un État où chacun fait son travail, comme dans un organisme en bonne santé où chaque organe remplit correctement sa fonction. Cet État parfaitement organisé, dans lequel chacun accomplit la tâche correspondant à ses aptitudes, Platon l’appelle aristocratie, c’est-à-dire gouvernement des meilleurs, des plus vertueux. Cet État est sujet à une multitude de maladies, qu’on peut ramener à quatre formes principales : la timocratie (mot inventé par Platon), l’oligarchie, la démocratie et la tyrannie.

La démocratie s’établit généralement sur les ruines de l’oligarchie, qui est le gouvernement des riches, gouvernement qui porte en lui les germes de la guerre civile. C’est la guerre des pauvres contre les riches qui fait passer l’État de l’oligarchie à la démocratie : 

« la démocratie apparaît lorsque les pauvres, ayant remporté la victoire sur les riches, massacrent les uns, bannissent les autres, et partagent également avec ceux qui restent le gouvernement et les charges publiques. »

L’un des caractères de l’État démocratique, c’est la liberté ou plutôt la licence qui y règne, et qui fait que « chacun organise sa vie de la façon qui lui plaît ». Aussi trouve-t-on des hommes de toute sorte dans cet État, et c’est ce qui en fait la beauté si particulière : « comme un vêtement bigarré qui offre toute la variété des couleurs, offrant toute la variété des caractères, il pourra paraître d’une beauté achevée. Et peut-être beaucoup de gens, pareils aux enfants et aux femmes qui admirent les bigarrures, décideront-ils qu’il est le plus beau. »

Platon énumère, dans des lignes pleines d’ironie, les avantages de cette liberté propre à la démocratie. Dans cet État, on est libre de ne pas faire la guerre quand les autres la font, mais aussi de la faire quand les autres ne la font pas. On est libre d’exercer les fonctions de juge, même lorsqu’on n’y est pas appelé par la loi. On peut être condamné à mort ou à l’exil, et rester néanmoins dans sa patrie et y circuler en public. L’homme politique n’y est pas tenu d’avoir suivi une formation spéciale : il lui suffit d’affirmer sa bienveillance pour le peuple et de se montrer docile aux volontés de celui-ci. Car, dans les États démocratiques, « on loue et on honore les gouvernants qui ont l’air de gouvernés et les gouvernés qui prennent l’air de gouvernants. »

Cet étrange renversement, dont l’origine se trouve dans la haine de toute autorité, s’étend à tout et pénètre jusque dans l’intérieur des familles. L’amour de la liberté se prolonge en amour de l’égalité. « Le père s’accoutume à traiter son fils comme son égal et à redouter ses enfants ; le fils s’égalise à son père et n’a ni respect ni crainte pour ses parents, parce qu’il veut être libre ; le métèque devient l’égal du citoyen, le citoyen du métèque, et l’étranger pareillement. » La même chose arrive dans les écoles : « Le maître craint ses disciples et les flatte, les disciples font peu de cas des maîtres et des pédagogues. »

Le même renversement se montre aussi, plus généralement, dans les rapports entre les générations. Tandis que, dans une société saine, les jeunes imitent leurs aînés et cherchent à leur ressembler, c’est l’inverse qui se produit dans la société démocratique : « les vieillards s’abaissent aux façons des jeunes gens et se montrent pleins d’enjouement et de bel esprit, imitant la jeunesse de peur de passer pour ennuyeux et despotiques. » Cette égalité et cette liberté, ajoute Platon, se retrouvent également dans les rapports mutuels des hommes et des femmes.

N’est-il pas étonnant de lire, sous la plume d’un auteur qui écrivait il y a vingt-cinq siècles, un portrait si fidèle de ce que nous avons sous les yeux ?

Ce « gouvernement agréable, anarchique et bigarré, qui dispense une sorte d’égalité aussi bien à ce qui est inégal qu’à ce qui est égal » porte en lui-même le mal dont il est condamné à périr. La liberté démocratique est comme un vin qui enivre. À mesure que l’ivresse s’empare des citoyens, ces derniers ne supportent plus aucune forme d’autorité, et « à la moindre apparence de contrainte, s’indignent et se révoltent. » La démocratie est une marche vers l’anarchie : « Ils en viennent à la fin, tu le sais, à ne plus s’inquiéter des lois écrites ou non écrites, afin de n’avoir absolument aucun maître. »

Mais la nature ne permet pas à la société de se dissoudre. De même que le désir insatiable de la richesse a causé la perte de l’oligarchie, le désir insatiable de liberté va perdre la démocratie et donner naissance à la dernière maladie de l’État, qui est la tyrannie. 

La tyrannie trouve donc son origine dans la démocratie, à laquelle elle ressemble plus qu’on ne croit : le tyran réalise pour lui-même le rêve du démocrate : faire absolument tout ce qui lui plaît.

                                                    Jules Putois

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Méthode, réinsertion et rédemption

Pierre Sergent raconte dans son livre Les Maréchaux de la Légion qu’au printemps 1941, par un de ces mystères dont l’armée et l’administration françaises ont le secret, les soldats du troisième régiment étranger d’infanterie en garnison à Fès, au Maroc, eurent un important rappel de solde. La conséquence immédiate en fut une épidémie de beuveries et de rixes qui submergea la prison et désorganisa le service.

La France de Gérald Darmanin, sans augmentation de solde, hélas, connaît la même submersion. Pour y faire face, en attendant de construire à la hâte de nouveaux bâtiments, le ministère de la Justice aménage les peines, n’exécute pas celles qui sont inférieures à deux ans, multiplie les travaux d’intérêt général, les jours-amendes et la détention à domicile sous bracelet électronique. Et comme elle est humaniste en diable depuis Simone Veil et Robert Badinter, elle améliore le confort de certaines cellules, elle ménage de meilleures conditions de détention : c’est ainsi que le mariage ou le concubinage sont offerts aux prisonniers qui le souhaitent, et qu’ils peuvent recevoir leur conjoint en toute intimité dans ce qu’on nomme un « parloir famille ». Nordahl Lelandais, ou Périnet il a changé de nom , condamné en 2022 à perpétuité pour le meurtre de la petite Maëlys de Araujo, 8 ans, a de cette manière pu concevoir un fils qui a dix-huit mois maintenant. Résultat de cette manière douce : la criminalité croît et les prisons sont toujours plus engorgées.

Le colonel commandant le troisième étranger d’infanterie à Fès en 1941 choisit une autre méthode. Il nomma un nouveau responsable de la prison et lui tint ce langage : « La prison est archipleine. Tu vas en prendre la responsabilité pendant un mois. Si, dans un mois, l’effectif n’a pas diminué de moitié, tu y feras trente jours supplémentaires, mais, cette fois, comme puni. Alors, tu sais ce qu’il te reste à faire. » Le sous-officier transforma la prison en bagne : la peur de le subir devint plus forte que l’envie de boire. Appels, contre-appels, “décrassages” physiques interminables jusqu’à l’épuisement, corvées, punitions écrasantes au moindre prétexte, au vu et au su de tout le monde. En un mois, la mission était accomplie. Sans doute la révolution arc-en-ciel et humaniste rendrait-elle aujourd’hui cette méthode difficile d’emploi, mais elle fut efficace, quand la méthode Veil-Badinter, sous couleur d’humanité, engendre par son fiasco un monde inhumain.

Ce monde fondé sur les illusions des prétendues sciences sociales et sur la volonté prétendument bonne que nourrissent les idées fausses dépense beaucoup d’énergie, d’argent et d’erreurs pour organiser ce qu’il nomme la « réinsertion ». Trop souvent, ce n’est hélas qu’un rêve niais qui néglige la réalité. 

Ainsi, par exemple, Nordahl Lelandais-Périnet vient-il, sous les yeux de son fils de dix-huit mois et l’objectif de la caméra de surveillance, d’étrangler à moitié sa compagne lors d’un parloir aménagé, la saisissant aux cheveux. Les chats ne font pas des chiens ni les pommiers des poires. La réinsertion, pauvre utopie administrative, néglige le plus important : l’âme. La Légion, pour en revenir à elle, propose autre chose, par l’anonymat qui protège l’engagé : une autre vie. Des bannis, des asociaux, des criminels peuvent devenir des héros. De même l’Église, dans le secret de la confession et le mystère du pardon, offre-t-elle un changement d’âme radical : la conversion. Des pervers, des voleurs, des meurtriers sont devenus des saints.

La Rédemption est une meilleure méthode que la réinsertion.

                                                Martin Peltier

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Doctrine : La nature, la Grâce ou les deux destinations de l’homme

L’homme poursuit deux bonheurs : le premier, naturel, procède de sa condition de créature rationnelle insérée dans la Cité ; il est ordonné au Bien commun temporel, sans lequel aucune perfection personnelle n’est possible. 

Le second, surnaturel, surgit de la Grâce et culmine dans la participation à la vie divine, où Dieu Lui-même se donne comme fin ultime.

Saint Thomas d’Aquin souligne que le bonheur naturel requiert des vertus humaines, soutenues par des institutions justes, afin que chacun participe au Bien commun général, non comme à une somme d’avantages privés, mais comme à une plénitude qui transcende toute individualité. 

Charles De Koninck, dans De la primauté du bien commun, qui fut sa réponse aux personnalistes communautaires, rappelle que l’homme ne peut atteindre sa propre perfection qu’à travers l’appartenance à cet ordre supérieur. 

Loin d’écraser la personne, le Bien commun l’élève et la dispose à accueillir des dons plus éminents. L’homme, marqué d’un désir infini, se découvre en son cœur une immensité que les seuls biens créés ne sauraient satisfaire. Ici s’ouvre alors l’ordre de la Grâce, celui de la participation à la vie trinitaire, gratuite et suréminente.

La béatitude surnaturelle ne nie ni ne détruit la nature, cependant. Elle l’assume et la surélève.

Ainsi, comme l’écrivait Simone Weil, « tout ce qui s’enracine dans l’ordre naturel prépare à la grâce » mais nul effort humain ne saurait franchir de lui-même ce seuil. Ce franchissement n’est possible que par le pur don gratuit de Dieu, quoi qu’en pensent les surnaturalistes de tous poils, à commencer par les glorioles de la revue Thomiste.

La différence entre ces deux bonheurs n’est pas une rivalité mais une hiérarchie de dignité. Le bonheur naturel, enraciné dans la justice et le Bien commun, demeure nécessaire et constitue une condition dispositive de la béatitude. Cependant, seul le bonheur surnaturel, don de Dieu, répond au désir de voir et d’aimer l’Absolu.

De Koninck souligne ici la continuité profonde entre ces deux destinations de l’homme : la Cité bien ordonnée dispose l’homme à recevoir le Royaume céleste. Comme le dit poétiquement Paul Valéry, « ce qu’il y a de plus profond en l’homme, c’est la peau » : nos réalités les plus terrestres seront transfigurées.

Mais d’ici là de grâce ! Politique d’abord !

Non pas « d’abord » au sens d’une primauté de dignité, mais de priorité !

Cette distinction est la mère de toutes les batailles et le socle doctrinal de tout compromis en vue de la construction du Parti des Politiques, pour bâtir l’arche franco-catholique, tâche que Maurras nous légua en forme de testament.

Sébastien Kerrero (Monsieur K)

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Mélenchon a tort mais il a raison

Jean-Luc Mélenchon est l’un des politiciens les plus arrivistes de la Cinquième République. Obscur rédacteur d’un journal local du Parti socialiste, il a grimpé tous les échelons de l’apparatchik modèle, non sans passer par le rocardisme, avant de se découvrir, une fois sénateur et propriétaire, des envies de tribun du peuple. Encore lui fallait-il trouver un peuple, puisque le peuple français avait depuis longtemps quitté une gauche qui, non contente de le tromper, l’avait abandonné. C’est alors qu’il se fit l’apôtre et le chantre de la nouvelle France, le petit Brésil créole à domicile. Tel est le premier des deux points sur lesquels il a raison, contre tout le camp républicain : sauf remigration massive, la France, telle que l’ont faite l’Histoire et la géographie, ses quarante rois, ses milliers d’évêques, ses peuples cousins soudés par la langue et la religion, son art de vivre, ses arts, ses armes, ses lois, n’existera bientôt plus ; elle a une durée de survie de moins d’un demi-siècle.

Sur tout le reste il a tort, gravement tort, complètement tort, tort en principe et en fait, tort jusqu’au trognon. Ses vues en politique étrangère sont sommaires quand elles ont quelque chose de juste ; elles sont plus souvent fausses et désastreuses. Sa façon de voir la société et l’économie est à la fois irréelle et démagogique ; ses propos et propositions sont dangereux. Même sa façon de diriger son parti est, à en croire ceux qui l’ont approché, catastrophique. Sans doute a-t-il acquis, à force, une certaine facilité d’orateur qui se remarque dans le désert d’aujourd’hui, mais cela ne remplace pas une idée juste ou une remarque utile : dans n’importe quel débat, il a tort.

Sauf quand il dénonce le chantage mafieux qu’exerce le système à travers les juges. Vous vous souvenez de cette séquence qui a fait le tour des réseaux sociaux, quand la police, après avoir perquisitionné chez lui, était venue perquisitionner au siège de La France insoumise. Il s’en était pris, en roulant des yeux et tordant la bouche, aux malheureux exécutants, en hurlant : « La République, c’est moi ! » Il était parfaitement ridicule, mais il avait parfaitement raison. Pas de gesticuler, ni de se poser en victime, ni d’affirmer que le procureur et les policiers violaient la loi. Mais de s’inquiéter d’un empiètement des juges sur la politique. Le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire sur les comptes de campagne de LFI et les conditions d’emploi des assistants des députés européens du parti mélenchoniste. Cette perquisition, toute légale qu’elle était, participait d’une intimidation des élus par le judiciaire. Il y a d’autres moyens d’obtenir des documents, d’une part. Et surtout, une fois qu’on admet par hypothèse l’élection au suffrage universel et le pouvoir des parlementaires, alors, dans le cas où le Parlement européen s’estime lésé par tel député ou tel parti, il peut traiter avec eux, sans faire du juge pénal français l’arbitre d’un litige privé : c’est une pression inadmissible sur l’indépendance des députés.

L’affaire vient de se répéter sous une autre forme, et, là encore, Jean-Luc Mélenchon a eu tort et raison. Une commission parlementaire vient de le convoquer le 2 décembre afin qu’il comparaisse devant elle pour s’expliquer sur les liens de LFI avec l’islamisme. Sur ces liens je n’ai aucune espèce d’information ni d’avis. Mais Manuel Bompard, le bras gauche du líder máximo français, a estimé que, cette commission ne comportant pas de membre d’extrême gauche, elle ne respecte « pas les règles » parlementaires et que « les insoumis ne doivent (donc) pas répondre à ses invitations ». Mais Jean-Luc Mélenchon, qui n’a malheureusement pas vu, dit-il, la convocation dans le fouillis de sa boîte aux lettres, propose une autre date. Il s’affirme « prêt à répondre à cette invitation bien que cette commission d’enquête ne respecte pas le règlement de l’Assemblée nationale » et bien qu’il ne soit plus député, ni responsable du mouvement, ni président du groupe parlementaire. C’est « en tant que coprésident de l’Institut La Boétie » qu’il se propose d’éclairer « la commission sur l’histoire de la pensée républicaine en matière de relations entre religion et politique ». Il a tort de penser, avec Bompard, que la commission parlementaire ne respecte pas les règles parlementaires, mais il a raison de se moquer de ses membres en affirmant son désir de profiter de l’occasion pour s’en faire une tribune gratuite et y vendre sa soupe.

Seulement, ce faisant, il annule le bon mouvement de 2018 contre l’usurpation des juges. La Chambre des députés, incapable de remplir son objet social, qui est de voter l’impôt, le budget et de produire quelques bonnes lois peu nombreuses, compense par un glissement vers le judiciaire qu’elle copie sur les États-Unis : ce sont des commissions d’enquête à tout va, pour un oui, pour un non, sur n’importe qui, chef d’entreprise ou candidat à la présidentielle. C’est la confusion totale : le législatif qui se fait juge et policier. Les robins qui veulent se faire aussi puissants que le roi, on a vu cela au XVIIIᵉ siècle, et ce fut catastrophique. Louis XV eut le bon sens de les renvoyer, son successeur le malheur de les rappeler, et ce fut la Révolution. Mélenchon a paru un moment s’opposer à leur prétention, mais c’était par simple intérêt tactique de démagogue révolutionnaire. Il aurait pu avoir exceptionnellement raison ; il a ordinairement tort.

                                                          Martin Peltier 

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Les idées Royalistes de Charles Maurras 

Guillaume Staub préface la réédition des Idées royalistes de Charles Maurras 

Les idées royalistes 

5 euros 

ISBN : 9782493750129
Titre :  Les idées royalistes 

Auteur : Charles Maurras

Préface : Guillaume Staub 
Éditeur : D’ACTION FRANÇAISE (ÉDITIONS)
Nb Pages : 64
Présentation : Broché

«  D’abord, écartons l’utopie. » Charles Maurras

Toute la sève de ce livret est contenue dans cette formule.

Et quelle utopie, quelle ile imaginaire gangrène notre pays depuis plus de deux siécles. Nulle autre que cette nation-contrat des jacobins. qui confond société et État, les fondant sur le principe abstrait de la volonté générale: que cette République, « une et indivisible ». qui ne reconnait aucun intermédiaire entre la nation et des individus isolés

les uns des autres

La conception maurracsienne de la nation, quant a elle, repose sur la reconnaissance d’un topos, d’une réalité concrète : une construction historique. enracinée, unkjue.

Chez Maurras, la nation ne peut exister sans les corps qui la composent : lamilles, provinces, villes… Les hommes y sont les par des corps intermédiaires, cercles concentriques nécescaires à toute cohésion véritable. Maurras rappelle ici l’impérieuse nécessité d’une conception federaliste et décentralisatrice de la nation.

Car la nature ayant horreur du vide, si vous supprimez les corps

mermediaires natures auines vendront sccuper eur place : paris politiques, coteries et autres groupes rarement au service de la nation.

Ce sera la mort de l’utopie – ou la nôtre.                          

                                                                                    Guillaume Staub 

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Humeur du temps

On s’est déjà interrogé ici même sur la nature du lien social, ce précieux ensemble de solidarités naturelles qui, à travers le temps historique des Cités, unit entre eux les hommes qui y vivent ensemble, dans la déférente mémoire de ceux qui y ont vécu et la pensée attentive de ceux qui y vivront à leur suite. 

On sait la dynamique de ces solidarités, moteur irremplaçable de ce que la philosophie classique appelle le « bien commun », principe d’unité fondateur et dispensateur de l’ordre nécessaire à l’épanouissement humain ; et nous avons déjà observé que l’institution républicaine, par l’idéologie égalitariste et libertaire qui la fonde, les principes sociaux qu’elle promeut, les lois qu’elle édicte, les croyances qu’elle diffuse, les contraintes qu’elle impose, les modes de vie qu’elle insinue, a apporté un bouleversement radical, une véritable subversion de cet ordre où, désormais, dans un État sans sociétés intermédiaires, les relations de base les plus communes sont passées de la concorde à la confrontation ; aussi n’est-ce pas d’hier qu’on a pu commencer à se demander si la société française n’en était pas arrivée à un point de rupture annonciateur de son imminente désagrégation.

Ainsi, substitution à l’identité vécue des nations historiques, de mythes abstraits sans prise sur la réalité, désocialisation forcée, c’est-à-dire atomisation des individus, expliquent en totalité la généralisation de la violence et, plus grave encore, sa banalisation, au point qu’elle semble être devenue le mode de communication le plus courant entre les personnes ; qu’on en soit arrivé au fait, extrême mais non point isolé, que deux automobilistes attaquent à coups de couteau, l’un un piéton, l’autre un cycliste qui avaient simplement manifesté leur réprobation contre une conduite dangereuse ayant menacé leur sécurité, est révélateur de « l’ordre républicain » et fait comprendre la permanente nécessité du recours aux interventions policières et judiciaires.

Face à une si cataclysmique déliquescence, ne laissons jamais diluer ni nos identités, ni nos solidarités naturelles ; réveillons-les ou suscitons-les là où nous sommes en capacité d’agir. Il ne s’agit pas de survivre, mais de donner son sens véritable à la vie.

Philippe Champion

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Formation : l’homme, animal social et politique

En tant qu’animal social, l’homme a besoin des autres, et donc de la société pour vivre. Son comportement social n’est pas inscrit dans son patrimoine génétique, comme c’est le cas pour les abeilles. Il n’a que des facultés, des potentialités, que l’éducation reçue lui permettra d’exploiter au mieux. L’homme ne naît pas avec des chaussures, des vêtements et une formation professionnelle. Tout cela s’acquiert en société. L’état social de l’homme est un état naturel, contrairement à ce que déclarent les penseurs modernes, et les hommes n’ont pas fait une belle assemblée générale un jour pour voir si la société n’était pas une bonne idée à tenter. Charles Maurras a fort bien illustré cela :

“Le petit poussin brise sa coquille et se met à courir. Peu de chose lui manque pour crier : ‘Je suis libre’… Mais le petit homme ? Au petit homme, il manque tout. Bien avant de courir, il a besoin d’être tiré de sa mère, lavé, couvert, nourri. Avant que d’être instruit des premiers pas, des premiers mots, il doit être gardé de risques mortels. Le peu qu’il a d’instinct est impuissant à lui procurer les soins nécessaires, il faut qu’il les reçoive, tout ordonnés, d’autrui. Il est né. Sa volonté n’est pas née, ni son action proprement dite. Il n’a pas dit Je ni Moi, et il en est fort loin, qu’un cercle de rapides actions prévenantes s’est dessiné autour de lui. Le petit homme presque inerte, qui périrait s’il affrontait la nature brute, est reçu dans l’enceinte d’une autre nature, empressée, clémente et humaine : il ne vit que parce qu’il en est le petit citoyen. Son existence a commencé par cet afflux de services extérieurs gratuits. Son compte s’ouvre par des libéralités dont il a le profit sans avoir pu les mériter, ni même y aider par une prière : il n’en a rien pu demander ni désirer (…). Cependant, à la première minute du premier jour, quand toute vie personnelle est fort étrangère à son corps, qui ressemble à celui d’une petite bête, il attire et concentre les fatigues d’un groupe dont il dépend autant que de sa mère lorsqu’il était enfermé dans son sein.”

Voici l’illustration de la base de la réflexion politique. Tout homme est, dès sa naissance et jusqu’à sa mort, endetté sans possibilité de rembourser la société dans laquelle il vit. De quoi mettre à mal les chantres du libéralisme, pour qui il n’y a qu’opportunités à saisir et voisins à écraser.

Il n’est pas possible pour l’homme de vivre seul. Cependant, les penseurs modernes nous ont inventé le mythe individualiste, comme si l’homme, au plan politique, était avant tout un individu. La pensée antilibérale affirme au contraire la priorité de la nature politique de l’homme sur sa réalisation personnelle et individuelle. Nous l’avons vu, l’homme a une nature sociale et politique, et ce ne sont pas les imprécations individualistes qui vont la supprimer. Mais sans supprimer cette nature, ils peuvent la défigurer, en faisant en sorte que chacun agisse comme s’il était seul. Ce qu’il reste d’organisation politique est alors confisqué au profit de quelques individus, qui font croire à l’individu noyé dans la masse d’égoïstes qu’il est libre, alors qu’il est dans une nouvelle forme d’esclavage.

En inventant le concept d’état de nature et d’état social, des théoriciens, dès le XVIᵉ siècle, ont tenté de renforcer ces chaînes, en nous laissant croire que sans le fameux contrat social, tout le monde s’entretuerait, et qu’il était normal d’abdiquer des droits au nom d’un tout qui nous dépasse. Le problème n’est pas dans l’intégration des individus dans une communauté, ni dans le fait qu’ils fassent primer le bien commun sur leur bien propre, cela est une évidence. Le drame, la rupture politique, est d’avoir fondé ce bien commun dans le contrat, dans la majorité, dans le subjectivisme des gouvernants. Le drame, c’est que ce bien commun et cette communauté n’ont plus de transcendance, mais sont autocentrés. Quel que soit le mode de désignation des dirigeants, mettre leur légitimité dans la majorité et non dans un ordre qui s’impose à nous est la source de tous nos maux. S’il n’y a plus de Bien, de Vrai, de Bon qui transcende nos existences, chaque nouvelle majorité peut réécrire l’histoire et la morale.

Il est donc important de se souvenir que l’état de nature est nécessairement social, comme le petit poussin nous le rappelle. Il est par ailleurs difficile d’imaginer cette fameuse réunion des Mowglis décidant, d’un commun accord et selon une procédure inventée pour l’occasion, de se ranger sous l’ordre social et de créer une société ex nihilo, quittant l’état de nature pour le contrat social. Ce doux rêve libéral, qui ramène toutes les interactions humaines à des contrats et des intérêts, doit être oublié pour construire une politique sur une base anthropologiquement saine.

                                          @Dr- Dextra, sans être une organisation de l’AF était une organisation. d’AF. 

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HOUCHANG NAHAVANDI

C’est avec une profonde émotion que nous avons appris le décès, dimanche dernier, de Houchang Nahavandi, homme d’État iranien, universitaire éminent, écrivain et patriote, dont la vie tout entière fut placée sous le signe de la fidélité — fidélité à son pays, à ses convictions et à la civilisation à laquelle il appartenait.

Né à Téhéran, Houchang Nahavandi fut, dans l’Iran du Shah, ministre, recteur d’université et esprit d’une rare élégance intellectuelle. Le Shah d’Iran envisageait de le nommer Premier ministre, mais l’exil, conséquence des bouleversements tragiques qu’a connus son pays, l’en empêcha.

Exilé, certes — mais jamais déraciné. Nationaliste, il demeura avant tout iranien, profondément attaché à la terre et à l’histoire de l’Iran. Lorsque son pays fut attaqué, il n’hésita pas à en prendre la défense, soulignant avec lucidité qu’il s’agissait d’une agression et non d’une fatalité. Son patriotisme n’était pas celui de la rancune, mais celui de la fidélité : celle d’un homme qui ne renie jamais son peuple, même de loin.

Installé en France, Houchang Nahavandi fut également un intellectuel francophone accompli, participant activement à la vie des idées. Il collabora au journal L’Action française, parfois sous son nom, souvent sous le pseudonyme évocateur de Pascal NARI — anagramme transparente d’« IRAN », hommage discret mais constant à sa patrie.

Ami de Pierre Pujo, il partageait avec lui une admiration profonde pour Jacques Bainville, ce grand historien dont la rigueur et la vision lui parlaient intimement.

Avec la disparition d’Houchang Nahavandi, c’est une voix à la fois iranienne et française, classique et courageuse, qui s’éteint. Il laisse derrière lui l’image d’un homme de culture et d’honneur, d’un patriote fidèle à sa terre, à ses amis et à ses idées — jusqu’au dernier jour.

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Intime conviction, le privilège du juge

Certains privilèges sont montrés du doigt : les privilèges d’Ancien Régime, des riches, des Blancs. Le décevant privilège de l’âge a disparu, quant à lui, depuis qu’après le discours sacrilège de Claude Autant-Lara, en 1989, le Parlement européen eut retiré au doyen d’âge le soin d’ouvrir la première session d’une nouvelle législature. Mais il est un privilège que personne ne discute : celui du juge. En France, il peut condamner sans preuve, si son intime conviction l’y incline. Et il vient d’en faire deux fois un usage retentissant.

Le 25 septembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris condamnait Nicolas Sarkozy pour association de malfaiteurs : il était accusé d’avoir laissé ses collaborateurs demander à la Libye de Kadhafi de financer sa campagne électorale de 2007. Mme Gavarino, qui présidait le tribunal et qui avait naguère manifesté contre lui, reconnaît dans son jugement qu’aucune preuve ne le justifie, mais fonde sa conviction sur un faisceau d’indices. Même démarche pour les trois magistrats et les six jurés (ils ne sont pas toujours douze) qui viennent de condamner Cédric Jubilar à trente ans de prison.

Cette faculté de condamner sans preuve est bien un privilège. Si un policier vous colle un PV pour conduite en état d’ivresse sans qu’aucun test n’établisse votre ébriété, on parlera d’arbitraire, même si vous êtes bourré comme un coing. Et s’il contrôle un quidam au faciès, même si c’est un violeur sous OQTF, on criera au racisme. Seul le juge peut imposer sa volonté en ne consultant que son âme et sa conscience. Certains pensent que c’est plus qu’un privilège : sa noblesse, son honneur. Et dans leur adulation de la figure du juge, certains confrères vont jusqu’à lui prêter des pouvoirs magiques. Ainsi Le Monde commence-t-il un papier par ces mots : « Dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, Delphine Jubillar a été tuée par son mari. L’infirmière de 33 ans, mère de deux enfants, rejoint officiellement la longue liste des victimes de féminicides (…) ».

Non. Les juges disent le droit, et leur interprétation du droit ; ils ne disent pas les faits. Sherlock Holmes dit les faits, une caméra de surveillance peut les montrer : les juges, surtout quand ils reconnaissent ne pas avoir de preuves ou estiment les documents à l’origine des poursuites « probablement faux », ne peuvent qu’émettre une opinion sur les faits, sur quoi ils tentent de fonder une conviction. C’est tout différent. Il est possible que Cédric Jubilar ait tué son épouse, et que Nicolas Sarkozy ait recueilli de l’argent de Kadhafi ; certains diront probable, je n’en sais rien, n’étant pas statisticien ; mais on ne peut donner ces opinions pour des faits.

On pensait jadis que le doute doit profiter à l’accusé. Les temps changent. Est venu celui des justiciers bardés de certitudes.

Martin Peltier 

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La leçon de Gaza

Deux précisions s’imposent. D’abord, depuis les années 1980, j’ai toujours fermement condamné l’importation en France, souhaitée par beaucoup tour à tour, de la guerre au Moyen-Orient et de ce qui oppose les Juifs aux Arabes et aux musulmans. Il ne s’agira donc pas ici de prendre quelque parti que ce soit dans une question complexe que je ne maîtrise pas – je ne semble pas le seul – ni de distribuer des bons points aux uns ou aux autres. Ensuite, je suis trop vieux pour que la propagande d’une armée en campagne dans une zone où elle opère me soit inconnue, pas plus que celle des combattants qui s’y opposent et des civils pris dans l’affaire, dont le statut est aussi vulnérable qu’ambigu : Israéliens et Palestiniens ne sont pas plus malhabiles que d’autres en la matière et savent utiliser quelques vérités et en cacher d’autres pour agir sur la sensibilité du public. On est toujours le nazi ou/et le terroriste de quelqu’un.

Mon propos sera restreint pour être utile : il s’agit de discerner en quoi la guerre actuelle a pu clarifier la notion de crime contre l’humanité. Les deux parts l’invoquent, l’une pour dénoncer un « génocide » que perpètrerait Tsahal à Gaza, l’autre pour déplorer dans l’attaque du 7 octobre 2023 le « pogrom le plus terrible depuis la Shoah ». En écoutant les uns et les autres, notamment sur CNews, un fait attire l’attention : pour la partie juive, comparer le nombre de morts en deux ans de guerre à celui de l’agression du 7 octobre n’est pas pertinent, ce n’est pas le nombre qui fait l’horreur mais la manière et l’intention. Voilà qui est capital et d’ailleurs vrai, conforme à la vérité judiciaire et humaine. Une guerre tue en masse, comme une catastrophe naturelle, mais n’implique pas dans tous les cas les crimes les plus ignobles. À l’inverse, le viol, la torture, l’assassinat d’une femme sans défense ou d’un enfant sont un terrible crime.

Cette vérité que des intellectuels juifs ont établie dans la guerre à Gaza doit s’appliquer en tout cas. On a beaucoup parlé depuis le Tribunal de Nuremberg (qui l’a inventée) en 1946 de crime contre l’humanité, et singulièrement, en France, depuis 1964, quand cette nouveauté juridique fut importée dans le droit français pour éviter la prescription de certains faits. Cette habitude est dangereuse car elle ouvre à la fois à des accusations croisées ouvrant sur des déchirements, et sur une sorte de course à l’échalote victimaire souvent indécente et dommageable à la mémoire des victimes. Chacun a sa blessure, sa revendication, de la Vendée à l’Ukraine et la Shoah ou au Rwanda en passant par la traite négrière, la colonisation, et encore n’entre-t-on pas dans l’histoire ancienne, laïque ou sainte, qui n’a pas compté ses massacres au fil de l’épée, Rome, la mère du droit, n’en étant pas plus exempte que d’autres. Ce que Gaza et le 7 octobre nous apprennent, c’est que le nombre, s’il accroît l’image de l’horreur, ne change pas la valeur morale du crime. Qu’il y ait eu ici tant de millions de morts n’en fait pas un crime unique, opposable à tous les autres : tout crime est unique en son genre.

À creuser un peu plus la chose, il faut en finir avec cette notion de crime contre l’humanité, que certains ont pu croire utile en son temps. Il n’y a pas de crime contre l’humanité, ou si l’on préfère tout crime est contre l’humanité, ce qui revient au même. La notion de crime ne s’applique qu’à l’homme, sauf à régresser avec les antispécistes aux pendaisons de chiens : un chrétien ne doit ni mépriser ni malmener la création, mais le droit du vivant s’apprécie en fonction de celui des hommes, selon une hiérarchie voulue par le Créateur. On laissera tomber avec d’autant plus de satisfaction le crime contre l’humanité qu’il fut inventé en guise de cache-misère, de moyen de condamner des prévenus pour des faits qui n’étaient pas prévus par le droit. La personnalité des juges rendait la chose plus discutable encore : pour mémoire, les États-Unis venaient d’atomiser le Japon et le juge soviétique, Nikitchenko, ancien procureur aux procès de Moscou, était délégué par Staline, dont la Grande Guerre patriotique n’avait pas été moins sale que la guerre nazie d’Hitler. Jacques Ellul, dans son analyse du procès, avance que la « vengeance » de Nuremberg était légitime, mais que sa justice fut piètre. Aujourd’hui, au Proche-Orient, tout le monde bout d’envie de vengeance : il serait temps de penser à la justice, en oubliant ce mauvais cauchemar du « crime contre l’humanité ». Si Gaza peut au moins servir à ça…

                               Martin Peltier 

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La République absolument sans complexe

On a appelé « monarchie absolue », en France, un bref moment de l’exercice du pouvoir par la maison capétienne, entre 1661 et 1789, sous trois Bourbons : Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Le roman républicain nous enseigne que le premier aimait trop la guerre, le second se fichait de tout, et le troisième était un faible. L’histoire dit plutôt que ces trois grands rois, avec leurs limites, affrontèrent des temps très difficiles, maintenant le pays à flot malgré ses ennemis, en prenant leurs décisions indépendamment des forces qui s’exercent ordinairement sur le pouvoir : l’argent, le sabre, les castes et leurs idéologies. Maurras l’avait bien vu : la monarchie absolue, c’était la monarchie indépendante. Et Louis XVI, en rappelant les parlements, se soumit malheureusement à une dépendance dont la monarchie mourut.

La République française, telle qu’elle fut fondée en 1875, est, elle, dépendante de tout : de l’élection, de l’argent, des idéologies, de la rue, des castes – où il faut compter conseils et syndicats divers. Elle ne s’est libérée que d’un seul lien : celui qui l’unissait au peuple français. Et à la décence que tout homme doit à ses semblables. La République absolue, c’est la République indépendante de la nation et du bon sens.

Elle s’exerce aujourd’hui sans le moindre complexe. Anne Hidalgo, maire de Paris, qui gaspille l’argent du contribuable en atours somptuaires tout en donnant au monde des leçons de vivre-ensemble – sorte d’hybride entre Louise Michel et la Pompadour – est-elle épinglée par une association pour ses notes de frais ? Elle ordonne à ses services d’infliger de lourdes amendes à l’association qui a révélé son abus. Le système tout entier – de LFI aux Républicains en passant par le PC, le PS, EELV, Horizons, En Marche et tutti quanti – rend-il la France ingouvernable après la dissolution de 2024, avec l’ingénieux « barrage républicain » contre le RN ? Tout le monde accuse le président de la République de légèreté, d’autisme, etc., mais tout le monde continue de jouer le jeu avec lui, refusant la dissolution qui, en ramenant une majorité, débloquerait pourtant la situation.

Et Sébastien Lecornu – qui restera sans doute l’objet ministériel le plus biscornu de la Cinquième République – l’avoue tout de go : « Il existe une majorité absolue à l’Assemblée contre la dissolution. » Pardi ! Les neuf dixièmes des membres de cette majorité ne retrouveraient pas leur siège s’ils retournaient aux urnes. Sous le nom de stabilité, ils cultivent le patriotisme de leurs intérêts. Et, dans le même temps, ils défendent un système qui empêche toute solution.

Qui donc, déjà, disait : « La République gouverne mal mais se défend bien » ? 

Ah oui : Anatole France.

C’était à une époque où les républicains conservaient encore un peu de lucidité.   

Martin Peltier

République en crise : travaillons à sa perte

Après le choix d’un gouvernement à l’identique, le premier Ministre Lecornu a présenté à Macron sa démission au motif que « les conditions ne sont pas remplies pour gouverner », pointant du doigt les appétits du personnel politique de Marianne V, plus pourrie que jamais.
Union des droites, nouveau Front Populaire, dissolution de l’Assemblée Nationale, démission du Président, les partis politiques quels qu’ils soient donnent raison à ces paroles emblématiques de la Royale : « le pouvoir n’est plus que la proie que se disputent les partis ! »

L’Action Française rappelle l’urgence de faire comprendre aux Français que le régime n’est bon qu’à organiser des élections et à faire la valse des ministres et gouvernements. L’expérience de l’histoire montre que rien de bon ne peut sortir de telles institutions qui n’apportent que ruine, règne de l’Étranger et déboisement social.

Nous rappelons aussi ce principe de bon sens, c’est la république qui corrompt son personnel et non l’inverse.

Nos revendications ne sont pas catégorielles mais globales et révolutionnaires. L’heure est à la liquidation complète de la république qui a placé la patrie sous le joug de l’hyperstructure européenne, négatrice des identités. Travaillons à sa perte.

Il est urgent de réconcilier les Français avec leur histoire. C’est là, la condition première du redressement national.

À bas la république !

L’Action Française

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Une diplomatie pour CM2

Analysant le traité qui mit fin à la Première Guerre mondiale, Jacques Bainville fait une observation fondamentale. Si le traité de Versailles ‒ explique-t-il dans Les Conséquences politiques de la paix ‒ est un « mauvais traité », il l’est pour une raison essentielle, qui le met à part des conditions normales de la diplomatie. En contradiction avec les traités proprement politiques qu’avaient été ceux dits de Westphalie en 1648, et celui de Vienne en 1815, qui assurèrent de longues périodes de paix à l’Europe, le traité de 1919 est un traité « moral », premier exemple d’un genre devenu le plus commun de nos jours.

Et en quoi consiste cette nouveauté dont il est porteur ? « Remarquable par son imprévoyance », ‒ écrit notre historien ‒ ce traité ne tient aucun compte de la nature des choses, c’est-à-dire des grandes lois de l’équilibre des États. Désormais, l’équilibre qui s’établit, plus exactement qui vise à s’établir, c’est « l’équilibre irréel au lieu de l’équilibre réel » ; à des « lois physiques » sont opposées des « nuées » ; et ce sont de telles « nuées » qui animèrent en France les illusions pacifistes d’un Aristide Briand et conduisirent au déclenchement de la guerre suivante.

Il suffit de mettre en parallèle l’analyse serrée faite par Bainville des dispositions territoriales stupides édictées par le traité de Versailles, avec le pathos du discours de Nouvel An prononcé à l’Élysée en janvier 1927 par le nonce de Pie XI, pour comprendre à quel point on est alors sorti de la politique, à quel point lui a été substituée l’idéologie, et jusqu’où on s’est alors condamné à l’impuissance.

Quel enseignement pour notre temps d’absolu néant diplomatique, comme s’il fallait justifier une fois de plus, et par tous les chemins imaginables, la loi invariable énoncée par Maurras dès Kiel et Tanger ! C’est ainsi que, derrière le sous-titre La République française devant l’Europe, sont frappées les dures sentences de « l’inertie et (de) l’instabilité de la démocratie », de sa prétendue diplomatie comme « aventure d’un romantisme échevelé » et, radicalement, « escompteuse d’irréel ». Pesons bien ces derniers mots !

Perpétuellement insurgé contre la réalité, toujours tendu dans sa résistance aux contraintes qu’un minimum de souci d’efficacité devrait imposer à l’action politique, l’homme moderne se rue dans un volontarisme obsessionnel, par lequel il prétend toujours faire plier le réel à ses caprices idéologiques. Hubris, certes ! le seul péché irrémissible selon nos maîtres grecs. Mais à considérer aujourd’hui les prétentions à la diplomatie de la République macronarde, avec son ignorance de l’Histoire, sa méconnaissance de la géographie, tant physique qu’humaine, sa parfaite indifférence à ces grandes lois de l’équilibre des États, et d’ailleurs, son encyclopédique inculture, on pense plutôt à l’esprit d’une cour de récréation d’école primaire, où règne le pathos le plus puéril, dans lequel il n’y a que des gentils et des méchants : on dirait qu’on serait les gentils ! On joue les gentils contre les méchants, et c’est la crise de nerfs à la moindre entorse à la règle arbitraire qu’on s’est fixée ; au sommet de son caprice, on pleure et on trépigne de rage si quelque chose ne se passe pas comme on le veut. Règne du faire-semblant, le semblant de l’action, étant bien pire en politique que l’inaction, et dont il n’y a quel enfant qui puisse se satisfaire. « Où l’action conviendrait s’étale la phrase ». Mais la Cité n’est pas une cour de récréation.

Nous l’avons déjà fait observer ailleurs : « Malheur à la ville dont le prince est un enfant », mais malheur plus grand encore si c’est une puberté contrariée qui conduit les œuvres de ce triste prince !

Maurras, qui voyait juste et loin, ajoutait alors que « personne n’a le droit d’exposer la patrie pour un conte bleu », que sous prétexte de diplomatie, « la France républicaine (…) demeurera condamnée à des manœuvres gauches, énervantes et plus que dangereuses pour l’intégrité du pays et l’indépendance des habitants », et il concluait que « le démembrement est au bout » ; pour terminer sans ambiguïté, il annonçait que le régime républicain conduit inévitablement à « la disparition de la France ».

C’est ainsi que, sous nos yeux, un siècle et demi après Kiel et Tanger, le cahier des charges du régime républicain arrive à son terme, et l’action de l’actuel gouvernement le met si cruellement en pleine lumière qu’il n’y a guère qu’un mot en trois lettres pour qualifier aujourd’hui celui qui ne le remarque pas. Notre cahier des charges à nous est au contraire celui de la Renaissance !

Philippe Champion 

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Dreyfus toujours là ! 

Il est vrai que nous connaissons la capacité de la République à faire le mal et que plus rien ne peut nous étonner.

Mais si nous sommes convaincus que rien de bon ne peut sortir de pareilles institutions, force est de constater que le personnel politique ne manque pas d’imagination et excelle dans l’infamie.

En effet, au florilège des méfaits républicains de ces derniers temps, on retiendra surtout l’unanimité avec laquelle les députés ont voté le 2 juin dernier, la proposition de loi de Gabriel Attal : élever Dreyfus au grade de général ! (Et pourquoi pas au grade de maréchal de France puisqu’on y est ?) Véritable union parlementaire dans la trahison, cet acte, quoique n’ayant rencontré que très peu d’écho, en dit long sur l’état de putréfaction avancé du régime.

D’abord (cela saute aux yeux de tout patriote de bon sens) : par cette législation, les misérables laquais de Tel-Aviv qui prétendent représenter les Français nous donnent raison : il n’y a pas en République de séparation entre l’État et la Synagogue. Cette élévation de Dreyfus au grade de général de brigade montre que « l’Affaire » est loin d’être terminée.

« Le capitaine Dreyfus est bien plus grand que le capitaine Bonaparte. Il a conquis la France et il l’a gardée », écrivait Louis-Ferdinand Céline (1).

Chaque nouvelle revanche de Dreyfus doit renforcer encore davantage notre volonté de libérer la France de cette immonde République, règne de l’étranger. Il fallait voir d’ailleurs quel était l’enthousiasme des élus de la droite casher de Marine Le Pen, si prompts à se présenter continuellement comme les derniers remparts de l’honneur français… Rien n’est plus insupportable que de voir ce parti de renégats acheter aux bourreaux de Gaza un électorat au prix d’un silence complice, celui du sang de l’innocent.

Jamais nous ne répéterons assez le danger que constituent les fausses oppositions républicaines, qui entretiennent l’espoir d’une renaissance française par les urnes et qui gaspillent l’argent, les énergies et le peu de temps qu’il reste aux Français pour sauver ce qui peut encore l’être. Ces fausses oppositions font en réalité partie du problème. Notre travail doit aussi et surtout consister à casser ce rêve démocratique des Français et à dénoncer l’imposture des partis, quels qu’ils soient.

« La Maçonnerie, (…), a peu à peu accaparé, confisqué la République qui est devenue sa chose, sa vache à lait, sa métairie. Et c’est ce qui explique que les ——, maîtres de la Maçonnerie, soient par là même maîtres de la France », écrivait Édouard Drumont (2).

Les États confédérés que l’Action Française dénonce et combat ne sont pas un mythe : la réalité saute aux yeux. La France est occupée et Dreyfus est plus présent que jamais. La seule manière de le combattre efficacement est d’en finir avec la République, ce cancer qui ne cesse de métastaser.

1- Bagatelle pour un massacre, 1937

2- La Tyrannie maçonnique, 1899

LA RÉDACTION

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LAÏCITÉ

« Philippe Prévost a composé son livre – Vraie et fausse laïcité – sur la laïcité et son histoire, plus exactement sur les variations de l’idée de laïcité dans l’histoire, sur la manière dont s’opposent, se confondent ou bien finissent par s’harmoniser un pouvoir temporel et un pouvoir spirituel, tous deux consécutifs, l’un avec l’autre, de l’ordre humain. »

Abbé Guillaume de Tanouärn

En France, le concept de laïcité a été conçu au XIXᵉ siècle comme une machine de guerre contre le catholicisme par une coterie judéo-protestante.

La laïcité “à la française” se présente en outre, sous la plume de Vincent Peillon, ancien ministre de l’Éducation nationale, comme une nouvelle religion qui coifferait les autres religions et apporterait à la République ce supplément d’âme qui lui manque.

Religion de liberté, pensera-t-on…

Face à cette fausse laïcité, il existe heureusement une vraie laïcité et donnée par le Christ.

En partant de l’observation, Aristote a constaté que l’homme était un animal social, que les idées sont des faits de nature et qu’il n’est donc nul besoin de faire intervenir les dieux pour expliquer la politique ou le droit. Le Christ alla plus loin puisqu’il sépara la politique du religieux. Il ne les opposa pas mais les distingua : à César les corps, à Dieu les âmes.

Distinction facile à faire en théorie mais difficile à réaliser en pratique, comme on le constate dans l’histoire. Tantôt (comme dans le Haut Moyen Âge) on assista à une confusion du spirituel et du temporel, tantôt, après la réforme grégorienne, le ciel voulut dicter sa loi à la terre, alors que depuis la Réforme et la Révolution, nous assistons à l’inverse. Tant et si bien que depuis le Concile Vatican I, certains papes comme Pie IX et Pie X ont revendiqué une pleine indépendance pour l’Église. D’autres papes, comme Léon XIII, Pie XI et ceux du dernier Concile, sont revenus à une politique de collaboration : celle du Ralliement… Mais alors, « un pape a-t-il le droit d’excommunier ses fidèles pour des raisons purement politiques ? »

De toute façon, par sa nature même, l’État a besoin de l’Église afin d’éviter de devenir totalitaire. Comme le disait Pascal : « la tyrannie consiste en un désir de domination universelle et hors de son ordre ». L’Église de son côté a besoin de l’État : « elle veut vivre avec l’État dans la communauté particulière où les deux représentations se tiennent l’une à côté de l’autre, comme des partenaires », comme l’a voulu le Christ. La saine laïcité, c’est finalement un équilibre entre deux cités émanant toutes deux de Dieu mais sous deux angles différents…

« Allant sans crainte au plus profond du jeu humain, Philippe Prévost découvre que l’on ne peut envisager la politique sans sa finalité spirituelle, ni le spirituel sans une incarnation politique. Appuyé sur les meilleurs historiens, Georges de Lagarde, Michel Villey ou Jean-Marie Mayeur, sachant résumer les situations les plus complexes avec une clarté fulgurante, mettant sans cesse la clarté de son esprit d’historien en concurrence avec les intuitions de son tempérament de chercheur, notre auteur nous emmène dans un extraordinaire périple théologico-politique dans lequel se construisent, temporelle et spirituelle à la fois, toute l’aventure humaine, telle qu’elle s’est jouée des origines à nos jours en Europe. »

C’est cette histoire mouvementée où les torts ne sont pas tous du même côté, loin de là, que retrace ce livre clair, concis, argumenté. Un sommaire détaillé permet de trouver une réponse à ses interrogations ou défis.

Vraie et fausse laïcité, Philippe Prévost, Éditions d’Action Française, 14 €. A commander sur notre boutique en ligne : https://editionsdactionfrancaise.fr/

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Fumer sur la plage : une leçon d’arc-en-ciel

Les mégots dans le sable m’ont toujours dégoûté, c’est presque aussi pénible que ces gens qui emmènent au matin leur chien faire ses besoins là où les enfants feront un peu plus tard leurs châteaux. J’en ai pourtant tiré jadis un bon profit, cinq centimes de franc pour deux filtres, au prix du sucre d’orge, c’était une manne. Mais il est maintenant interdit de fumer sur la plage, ainsi l’ont décidé les petits enfants de 68. Ils en paraissent fiers et satisfaits. Une avancée, disent-ils. Plus surprenant, les Français d’ordinaire ronchons ne regimbent pas. Il semble devenu bien, reçu et légitime d’interdire. Pourquoi ? Parce que c’est mal de fumer.

Admettons. Mais ce n’est quand même pas mal au même point que tuer, violer, voler, ou voter pour l’extrême droite. Il y a des tas de choses qui sont un peu mal et qu’on n’interdit pas sur la plage : casser les oreilles des voisins avec des sons divers, parler comme un charretier, manger des saletés, laisser des papiers gras, et tant d’autres… Pourquoi ce consensus, pourquoi cette ardente obligation reconnue par tous de ne pas fumer sur la plage ? Quelle est la leçon de cette morale ? Elle est double, je crois. Fumer à la plage lèse à la fois le sentiment général et la raison.

Nous sommes convertis, au Nord et à l’Ouest, au devoir supérieur de nous sauver en sauvant la planète, ainsi nous le disent, impératifs et catégoriques, la Santé et l’Environnement. La plage est le lieu du retour à la nature et sa pureté, le contact avec ce grand tout primordial qu’est la mer, nous ne devons pas plus la souiller que nous ne devons souiller ou laisser souiller nos propres poumons. Ce serait une incivilité XXL. Au moins là, au moins une fois par an, quitte à se gaver de bulots mayonnaise pour compenser, soyons irréprochables. Ainsi apaiserons-nous notre fragile sensibilité et pourrons-nous rôtir heureux.

Mais il y a plus important encore : le respect de la raison supérieure qui régit désormais l’humanité. Même si nous n’éprouvions pas dans notre chair qu’il est mal de fumer à la plage, même si l’instinct ou l’intuition ne nous le suggérait pas, nous le saurions sûrement parce que la Science nous le dit. Elle a établi que les tabagismes actif et passif sont des nuisances pour la santé publique, et que la combustion des cigarettes et leurs déchets polluent. Il n’y a plus besoin de commandements, de code ni d’Églises pour dire le bien et le mal : la Science souveraine les détermine. Le consensus scientifique est la voie, la source et la voix de notre morale. Il est notre vie, il suffit de le suivre en toute occasion, à tout moment. De l’intime à la politique, il nous guide tout et tous, en tout. C’est très reposant.

Mme Figueres, patronne de la CCNUCC (Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques) et comme telle principale artisan des Accords de Paris sur le climat en 2015, l’a très bien expliqué. Au sommet de Doha, en 2012, elle définissait le « processus global du changement climatique » comme « une transformation complète de la structure économique mondiale ». Puis elle précisait : « Nous influençons les gouvernements, le secteur privé et la société civile pour réaliser la plus grande transformation jamais entreprise. La Révolution industrielle transforma également le monde, mais elle n’était pas guidée selon une perspective centralisée. Il s’agit ici d’une transformation centralisée parce que les gouvernements ont décidé d’écouter la science. »

Comme les maîtres de la révolution arc-en-ciel : écoutons la science, ne fumons pas à la plage, et dormons sur nos deux oreilles.

Martin Peltier 

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Jean-Pax Méfret ? Présent !

Jean-Pax Méfret ? Présent !“On ne connaissait pas ça, nous, le verglas. Ni la neige, d’ailleurs. En fait, on ne connaissait pas le froid. Le vrai froid. Celui qui te gèle les os, t’engourdit les mains, te brille les oreilles, te fait claquer les dents. À Alger, en dessous de dix degrés, on mettait un manteau. Ici, à Rouen, en ce mois de décembre 1962, il fait moins quinze !”

Nous savons à l’Action Française que les erreurs de l’intelligence sont les pires de toutes. Soixante ans après les terribles événements d’Algérie, trop de compatriotes ont oublié ce qui s’est passé, le sang qui a coulé, les larmes versées, les familles détruites ! Mais aussi les mensonges, les trahisons, les erreurs politiques… Un pays qui fut divisé, une guerre civile subsistante dans la droite ligne des événements qui affaiblissent la France depuis 1944 et notre pseudo-victoire. Ni oubli, ni pardon.

Quand nous pensons que les patriotes, pour ne prendre qu’un exemple, se réclament aujourd’hui du gaullisme ! Quelle amnésie ou quelle veulerie face à l’histoire des événements d’Algérie ! Relisons notre regretté Gérard Bedel : « De Gaulle obéissait, d’une manière plus ou moins consciente, aux puissances d’argent, en particulier aux États-Unis, hostiles par principe et par intérêt aux empires coloniaux. Ajoutons qu’il n’aimait pas les Français d’Algérie qui avaient été fidèles à l’amiral Darlan et au général Giraud et n’apprécièrent jamais l’homme de Londres. De Gaulle avait aussi besoin d’avoir les mains libres pour la grande politique européenne et mondiale qu’il méditait et qui n’apporta à la France que des réussites verbales » (Gérard Bedel, Le gaullisme. Maladie sénile de la droite).

Et que dire de tous ces Français qui se trouvèrent exilés et sans rien après la chute de l’Algérie aux mains des terroristes ! C’est une de ces voix qui s’exprime dans ce nouveau livre de Jean-Pax Méfret : Jean-Pax Méfret, Sur l’autre rive… en 1962, Pygmalion, 2025.

« Dans une France peu concernée par le dramatique exode d’un million de Français d’Algérie, un adolescent pied-noir, aguerri par des années de violence, se fraye un chemin dans un univers souvent hostile. Il vient d’avoir dix-huit ans. Il sort de prison politique et porte sa douleur en bandoulière. C’est le temps du rejet, des centres d’accueil improvisés, des repas de la soupe populaire, des poches vides, des fripes trop grandes et des regards blessants. Jean-Pax Méfret relate son itinéraire, balisé d’humiliations, de rancunes et d’illusions perdues, qui constituaient, à l’époque, le quotidien du monde parallèle de ces immigrés malgré eux ».

Un magnifique témoignage de ce qu’ont dû vivre ces pauvres pieds-noirs, la tragédie des rapatriés d’Algérie française, héros de la fidélité, et ce mépris des métropolitains à leur arrivée en 1962. Quelle gloire d’un côté, quelle bassesse de l’autre ! Repensons aux déclarations abjectes du “Parrain de Marseille” qui ne voulait pas les recevoir et qui ont lentement conduit la cité phocéenne à être désormais colonisée par ceux-là même qui les avaient chassés, ne leur laissant le choix qu’entre la valise et le cercueil.

Le témoignage résonnera dans bien des mémoires et bien des cœurs français et permettra aussi une nouvelle mise en perspective des questions d’actualité ! Un livre à mettre entre les mains de toutes les jeunes générations !

                                                                            Guillaume Staub 

Vous pouvez vous procurer ce livre chez notre partenaire Livres en famille :

https://www.livresenfamille.fr/algerie-histoire-guerres/6257-sur-l-autre-rive-en-1962.html

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Doctrine : La démocratie religieuse de Charles Maurras

Voici un enseignement de Maurras capital et d’actualité à l’heure où un nouveau pontificat affronte les questions que pose à l’Église la crise actuelle des intelligences. Dès le début du XXᵉ siècle, Charles Maurras, pourtant « catholique du porche », mais dont l’âme restait déchirée de ne pas encore comprendre que le catholicisme est le vrai, savait en tout cas qu’il était le bien pour sa patrie comme pour toute la civilisation. Aussi s’étonnait-il, et plus encore souffrait-il, de voir la démocratie – ce principe de rébellion contre tout ordre naturel et surnaturel – professée par des intellectuels catholiques allant jusqu’à voir en elle l’avenir du christianisme et à exalter les droits de la conscience individuelle. Cette démocratie religieuse lui apparut tout de suite comme la transcription politique d’une erreur religieuse.

S’abstenant d’empiéter dans le domaine religieux, il résolut de dénoncer ce péché de l’intelligence dont les conséquences pour la cité politique pouvaient être désastreuses. D’où les trois livres écrits entre 1906 et 1913 et qu’il devait rassembler en 1921 sous le titre La Démocratie religieuse. Le premier, Le dilemme de Marc Sangnier (1906), le deuxième, La politique religieuse (1912), et le troisième L’Action française et la religion catholique (1913), montrent que le devoir des Français conscients de leur formation est de défendre l’Église contre la République, car celle-ci ne peut que répandre les idées et les comportements les plus hostiles au catholicisme traditionnel. Plus d’un siècle plus tard, nous mesurons la justesse des prévisions de Maurras : un moment contenu grâce à saint Pie X, le venin s’est infiltré dans l’Église à la faveur de la « condamnation » de l’Action française en 1926, puis des débats suscités dans les années 1960 autour du concile Vatican II.

L’ÉGLISE DE L’ORDRE

Nous nous en tiendrons ici à l’introduction du premier livre, car, magnifique hommage « À l’Église romaine, à l’Église de l’Ordre », elle reflète toute l’admiration de Maurras pour l’Église, non seulement parce que celle-ci est utile à l’ordre dans la cité, mais, surtout, parce qu’étant l’Ordre même, elle est la force qui ordonne, qui oblige à une discipline des puissances de la raison et du cœur et qui apporte à l’intelligence des certitudes.

Citons : « Tout ce que pense l’homme reçoit, du jugement et du sentiment de l’Église, place proportionnelle au degré d’importance, d’utilité ou de bonté […] Rien au monde n’est comparable à ce corps de principes si généraux, de coutumes si souples, soumis à la même pensée, et tel enfin que ceux qui consentirent à l’admettre n’ont jamais pu se plaindre sérieusement d’avoir erré par ignorance et faute de savoir au juste ce qu’ils devaient. La conscience humaine, dont le plus grand malheur est peut-être l’incertitude, salue ici le temple des définitions du devoir. »

De tels bienfaits ont à jamais marqué un peuple. « Quiconque se prévaut de l’origine catholique en a gardé un corps ondoyé et trempé d’habitudes profondes qui sont symbolisées par l’action de l’encens, du sel ou du chrême sacrés mais qui déterminent des influences et des modifications radicales. De là est née cette sensibilité catholique, la plus étendue et la plus vibrante du monde moderne, parce qu’elle provient de l’idée d’un ordre imposé à tout. »

Un exemple : la prédication de l’amour. Aux antipodes de la « fraternité » révolutionnaire, l’Église a « préservé la philanthropie de ses propres vertiges et défendu l’amour contre la logique de son excès. » D’où ces « nobles freins » qui n’altèrent pas le sentiment, mais font que, de ce que « Dieu est Amour », l’on ne puisse pas déduire que « tout amour est Dieu » !

Il en est de même de l’individualisme : « En rappelant le membre à la notion du corps, la partie à l’idée et à l’observance du tout, les avis de l’Église éloignèrent l’individu de l’autel qu’un fol amour-propre lui proposait tout bas de s’édifier à lui-même […] La meilleure amie de chaque homme, la bienfaitrice commune du genre humain sans cesse inclinée sur les âmes pour les cultiver, les polir et les perfectionner, pouvait leur interdire de se choisir pour centre. » On est bien loin des Droits de l’Homme !

Quant aux droits des humbles, la charité et le réalisme catholiques ne les érigent pas en révolte. Leur sort est lié à celui des grands. « S’il y a des puissants féroces, [l’Église] les adoucit pour que le bien de la puissance qui est en eux donne tous ses fruits ; s’ils sont bons, elle fortifie leur autorité en l’utilisant pour ses vues, loin d’en relâcher la précieuse consistance. » C’est ainsi qu’elle a civilisé les Francs…

JE SUIS ROMAIN

Tant de qualités que l’Église tient de la sagesse avec laquelle elle a intégré les leçons de Rome. Et c’est alors la page sublime où Maurras dit son amour pour la Rome des consuls, des bâtisseurs, des empereurs et des papes : « Je suis Romain dès que j’abonde en mon être historique, intellectuel et moral. Je suis Romain parce que si je ne l’étais pas je n’aurais plus rien de français […] Je suis Romain par tout le positif de mon être […] Par ce trésor dont elle a reçu d’Athènes et transmis le dépôt à notre Paris, Rome signifie sans conteste la civilisation et l’humanité. Je suis Romain, je suis humain : deux propositions identiques. »

Bien sûr, toute immixtion de la démocratie dans ce corps si achevé de doctrine et de pratiques ne peut que l’altérer et en diminuer les possibilités de bienfaisance. Quand le croyant n’est pas catholique ou cesse de l’être pleinement, il « dissimule dans les replis inaccessibles du for intérieur un monde obscur et vague de pensées ou de volontés que la moindre ébullition, morale ou immorale, peut lui présenter aisément comme la voix, l’inspiration et l’opération de Dieu même. » Chacun peut alors se prétendre en ligne directe avec Dieu, avant de se mettre tout simplement à Sa place. Alors la société s’émiette, car « il faut définir les lois de la conscience pour poser la question des rapports de l’homme et de la société. » Là est bien le drame de la France quand l’épiscopat adopte un profil bas face à la République, mère porteuse du désastre que nous subissons.

Michel Fromentoux

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Humeur du temps : encore la violence ! 

Ce n’est pas qu’il y ait le moindre plaisir à revenir sur un sujet assez commun et déjà abordé ; mais il serait plus injuste de nous intenter ce procès-là que de faire comme si la plus pressante actualité n’étalait pas sous nos yeux le fait que la violence est bien devenue l’un des éléments les plus fondamentalement constitutifs de la vie sociale française ; et donc, hélas ! un inépuisable et justifié sujet de réflexion politique. « Une odeur de violence plane désormais sur la France », écrit J.-P. Brighelli ; c’est peu dire ! Et de constater : « On s’enflamme pour des riens. On agresse pour pas grand-chose. On attaque les forces de l’ordre qui n’osent pas riposter, parce qu’un coup de feu tiré aujourd’hui serait payé très cher demain. »

Deux points peuvent fixer notre réflexion.

Le premier est la constatation du fossé qui ne cesse de s’élargir entre ceux pour qui la violence est devenue le mode privilégié de manifester leur existence, et les autres, boursouflés de couardise légaliste, tristes géniteurs de lendemains qui déchantent, parce qu’ils témoignent à chaque instant de la profonde vérité de l’affirmation de Soljénitsyne, selon qui « celui qui n’est pas intérieurement préparé à la violence est toujours plus faible que celui qui l’exerce ».

Le second point, infiniment plus grave, concerne l’action de l’État républicain, apparemment incapable d’apporter une réponse proportionnée à ces violences multipliées et multiformes. Pourquoi ? Par déni de réalité, certes ; déni par peur, par sédimentation de peurs ; mais quelles peurs exactement ? Peur de l’impuissant qui se retrouve soudain face à un adversaire trop fort pour lui ? Sans doute un peu ; mais surtout panique, véritable inhibition plutôt, qui l’obligerait à constater que les sacro-saints principes fondateurs de la société multiethnique et multiculturelle promue depuis plus d’un demi-siècle ne sont que les germes morbides de la désagrégation de la France ; une inhibition à l’image caricaturale de cet imbécile de gauche qui tente de persuader que des violences ethniques sont en fait des émeutes de la misère.

Alors, au contraire de Brighelli qui annonce la guerre civile, on peut penser que le « coup de feu tiré aujourd’hui », au nom d’un État soucieux de l’union qui préside au bien commun, en éviterait sans doute demain de bien plus nombreux et de bien plus dramatiques, qui seraient ceux d’une guerre étrangère dont l’ennemi a été installé dans la Cité.

Philippe Champion

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La pire des masculinités toxiques ? Le transgenrisme !

Les féministes férues d’études de genre condamnent avec la plus grande fermeté ce qu’elles nomment en leur jargon « masculinité toxique », c’est-à-dire les aspects et normes de comportement masculins qu’elles affirment néfastes pour la société et pour les hommes eux-mêmes. En particulier tout ce qui a trait à la domination, entraine la violence familiale, conjugale, sexuelle, l’homophobie, la mysogynie, le fait de prendre trop de place dans le métro en écartant les jambes, de boire des bières en faisant griller des entrecôtes ou de hausser les sourcils au ciel devant une lesbienne aux cheveux roses porteuse d’un anneau dans le nez.

En fait elles ont presque raison. S’il n’existe pas de masculinité toxique (naître et être mâle, comme être et naître femelle, n’est ni bien ni mal, c’est une des deux façons pour un être humain d’exister), il existe bien un masculinisme toxique, c’est-à-dire une façon empoisonnée et empoisonnante de considérer le sexe masculin. Et la forme pire de ce travers a un nom : transgenrisme. En voici la preuve. Le transgenrisme est la manifestation la plus éclatante de la division de l’humanité en deux sexes. En effet, de deux choses l’une : soit un transgenre naît homme et entend devenir autre chose (le plus souvent femme, quelque fois lapin ou bégonia), soit un transgenre naît femme, et il entend aussi devenir autre chose, par exemple femme.

Prenons le premier cas, celui d’un individu né homme. Qu’il prenne des hormones, qu’il subisse l’ablation du pénis et des gonades, une mammoplastie et une vaginoplastie, ou non, il a la prétention d’être femme. Or, les TERF (trans-exclusionary radical feminists) l’ont fort bien remarqué, non seulement il se fourre le doigt dans l’oeil jusqu’à l’omoplate, mais il perpètre une grave agression contre les femmes. Né homme, il n’a rien connu de la réalité physique des femmes, ni de leur réalité mentale et sentimentale, ni de leurs contraintes sociales : il prétend seulement incarner, avec la plus grande naïveté, le fantasme qu’il s’est fait de la femme, un fantasme masculin. D’ailleurs, dans certains cas limites, cela s’est vu dans une prison anglaise pour un trans qui n’avait pas subi de chirurgie, cela se concrétise par des viols de ses prétendues « congénères ».

Voyons maintenant le cas des femmes qui veulent devenir hommes. Pourquoi ce choix ? Pour se conformer aux préjugés dominants, pour devenir le mâle alpha qui les excitait en tant que femmes. Pour échapper à la condition de femme telle que le décrit le féminisme. En somme, pour devenir un mâle toxique. CQFD : de quelque manière qu’on prenne la question, le transgenre est un masculiniste toxique. C’est d’ailleurs assez naturel puisque la dysphorie de genre est une folie.

                                                    Martin Peltier 

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Tribune du prince Charles-Philippe d’Orléans: Quand la langue meurt, la France vacille

La langue française, fruit d’une histoire millénaire, est bien plus qu’un outil de communication : elle est un héritage, un trésor, un acte de civilisation. Elle est le fil conducteur de notre histoire, le miroir de notre culture et le pont vivant entre les peuples qui partagent notre mémoire, nos valeurs et notre vision du monde. Pourtant, ce trésor est aujourd’hui en péril. Son influence décline, sa présence s’efface, et son avenir est menacé par l’indifférence, l’oubli, et parfois même la honte.

Ce que révèle, entre les lignes, le rapport au Parlement sur la langue française remis en mars 2025 par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, c’est une forme de résignation officielle. On y constate les reculs, mais on les accompagne avec des mots prudents. Or, c’est d’un sursaut dont nous avons besoin. Ce rapport illustre que la République ne défend plus activement sa langue ; elle la laisse vivre… ou mourir. L’anglicisation croissante des institutions, des entreprises et de l’enseignement supérieur est le symptôme le plus visible de ce déclin. Dans les instances européennes, la proportion de textes rédigés en français est passée de 40 % à moins de 5 % en deux décennies. Dans nos universités, il n’est plus rare que les masters s’intitulent en anglais, que les cours se donnent en anglais, et que l’on exige des étudiants français qu’ils rédigent leur mémoire dans une langue qui n’est pas la leur. Ce phénomène n’est pas un progrès : c’est une abdication.

On invoque l’international, on invoque la modernité, mais au fond, c’est le symptôme d’un effacement. Le monde du travail lui aussi s’aligne. Il ne suffit plus de parler un français impeccable : il faut aujourd’hui « pitcher », « manager », « networker ». Ces glissements ne sont pas anecdotiques. Ils nous habituent à penser que le français serait incapable d’exprimer la complexité du monde contemporain, comme si notre langue — celle de Pascal, de Montesquieu, de Hugo, de Senghor ou d’Albert Camus — était devenue obsolète.

La science, la technologie, la recherche : tous ces champs d’excellence cèdent à l’uniformisation anglophone. Un chercheur qui publie en français, aujourd’hui, limite sa carrière ; un étudiant qui ose s’exprimer dans sa langue à l’oral est perçu comme provincial. Et dans ce contexte, comment s’étonner que le niveau général de maîtrise du français recule chez les jeunes générations ? À force de le reléguer, nous le perdons. À force de croire qu’il se défendra seul, nous le laissons s’effacer.

Il est tentant de se tourner vers l’Afrique, continent francophone d’avenir, pour se rassurer. Mais même là, les signaux sont fragiles. L’enseignement du français y subit la concurrence croissante de l’anglais, du mandarin, ou de langues vernaculaires réhabilitées à juste titre. Dans de nombreux pays africains, le français reste langue d’élite, langue d’examen, mais perd en ancrage populaire. Et dans les pays francophones du Nord, les signes sont tout aussi inquiétants. Au Québec, le recul du français est désormais chiffrable. Sur l’île de Montréal, le français n’est plus que la langue maternelle d’un habitant sur deux. La loi ne suffit plus : c’est une culture du respect de la langue qu’il faut rétablir.

Ce que nous vivons n’est pas un simple phénomène d’évolution linguistique. C’est un effacement organisé, encouragé par une forme d’impérialisme linguistique globalisé. On présente l’anglais comme une langue neutre, universelle, naturelle. Mais elle est d’abord la langue d’un empire économique et culturel qui ne dit pas son nom. Accepter sa domination sans condition, c’est consentir à la disparition progressive de notre propre imaginaire, de nos subtilités, de nos nuances, de notre manière de dire le monde.

Et comment ne pas s’indigner des propos de Jean-Luc Mélenchon, pour qui “le français n’est pas la langue de la République” ? Cette déclaration, indigne d’un ancien élu de la Nation, trahit non seulement une méconnaissance flagrante de notre histoire, mais surtout un renoncement coupable à ce qui fait le socle même de notre contrat social. La République française s’est construite par la langue, autour de la langue, grâce à la langue. C’est elle qui a unifié les provinces, transmis les lois, structuré l’école et façonné l’imaginaire républicain. La réduire à un simple “instrument colonial”, comme il l’a laissé entendre, c’est confondre héritage et oppression, c’est jeter l’opprobre sur ce qui a permis l’émancipation de millions d’hommes et de femmes. La francophonie n’est pas une forme de néo-impérialisme : elle est une communauté de destin, un espace de pensée, de création et de liberté. Quand un responsable politique attaque sa propre langue, c’est sa propre nation qu’il mine. Et c’est le peuple qu’il trahit.

La langue française n’est pas une survivance du passé. Elle est un levier pour penser l’avenir. Elle offre une alternative à la brutalité de certaines logiques économiques, à l’utilitarisme pur qui domine aujourd’hui les échanges internationaux. Elle porte une vision du monde faite de mesure, de clarté, de rigueur et de beauté. Refuser sa marginalisation, c’est refuser une vision appauvrie de la mondialisation.

Mais il ne suffit pas de déplorer. Il faut agir. Il faut investir massivement dans l’enseignement du français en France comme à l’étranger. Il faut faire du français une langue de travail dans tous les secteurs, y compris les plus innovants. Il faut exiger des institutions européennes et internationales qu’elles respectent la diversité linguistique. Il faut cesser de penser que la technologie impose l’anglais : les outils numériques doivent être francophones aussi, et même d’avant-garde. Il faut aussi que l’État lui-même cesse de se contredire : on ne peut pas promouvoir la francophonie à l’UNESCO et imposer des intitulés en anglais dans les ministères.

La langue française est un trésor que nous devons chérir et protéger. Elle n’est ni dépassée, ni ringarde, ni repliée : elle est moderne, vivante, précise, inventive. Elle est une clef de lecture du monde, une manière de vivre ensemble, un héritage universel. Elle est un projet collectif.

Je suis, par ma naissance, l’héritier d’une tradition millénaire. Mais je crois que l’héritage n’est pas une nostalgie : c’est une responsabilité. Avec mon épouse, la Princesse Naomi, nous avons voulu faire du Prix Hugues Capet un lieu où l’on célèbre non seulement les figures de l’histoire, mais aussi ceux qui, aujourd’hui, défendent la langue, la littérature et la culture françaises. Car c’est dans la langue que se tient le cœur vivant d’un peuple. La France sans sa langue ne serait plus tout à fait la France. Et sans la France, le monde perdrait une voix singulière, une conscience vigilante, une promesse de liberté.

Cette tribune est une invitation à réfléchir sur l’importance de la langue française, et à agir, enfin, pour sa préservation et son rayonnement. Il est encore temps. Mais il ne faut plus attendre.

Prince Charles-Philippe d’Orléans

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Maurras parle, Votre bel aujourd’hui 

« Une patrie, ce sont des champs, des murs, des tours et des maisons ; ce sont des autels et des tombeaux ; ce sont des hommes vivants, père, mère et frères, des enfants qui jouent au jardin, des paysans qui font du blé, des jardiniers qui font des roses, des marchands, des artisans, des ouvriers, des soldats, il n’y a rien au monde de plus concret.

Le patriotisme n’est pas seulement un devoir. C’est un plaisir. 

« Pour ma part, disait Ulysse aux bons Phéniciens, je ne sais rien de plus agréable à l’homme que sa patrie. » Il le disait d’un pauvre rocher sur la mer. Comment parlerons-nous de la nôtre ? En est-il de plus belle, plus digne d’être défendue ?

Qui, un jour se penchant dans l’embrasure d’une haute colline ou vers quelque vallon ouvrant sur le fleuve et la mer, ne s’est pas arrêté, suspendu, presque sidéré par un chœur imprévu de couleurs et de formes demi-divines ?… 

La patrie est une société naturelle ou, ce qui revient absolument au même, historique. Son caractère décisif est la naissance. On ne choisit pas plus sa patrie – la terre de ses pères – que l’on ne choisit son père et sa mère. On naît Français par le hasard de la naissance. C’est avant tout un phénomène d’hérédité.

Les Français nous sont amis parce qu’ils sont Français ; ils ne sont pas Français parce que nous les avons élus pour nos amis. Ces amis sont reçus de nous ; ils nous sont donnés par la nature… Rien ne serait plus précieux que d’avoir des Français unis par des liens d’amitié. Mais, pour les avoir tels, il faut en prendre le moyen et ne pas se borner à des déclarations et à des inscriptions sur les murs.

Certes, il faut que la patrie se conduise justement. Mais ce n’est pas le problème de sa conduite, de son mouvement, de son action qui se pose quand il s’agit d’envisager ou de pratiquer le patriotisme ; c’est la question de son être même, c’est le problème de sa vie ou de sa mort… Vous remercierez et vous honorerez vos père et mère parce qu’ils sont vos père et mère, indépendamment de leur titre personnel à votre sympathie.

Vous respecterez et vous honorerez la patrie parce qu’elle est elle, et que vous êtes vous, indépendamment des satisfactions qu’elle peut donner à votre esprit de justice ou à votre amour de la gloire. Votre père peut être envoyé au bagne : vous l’honorerez. Votre patrie peut commettre de grandes fautes : vous commencerez par la défendre, par la tenir en sécurité et en liberté. Le patriotisme n’a pas besoin d’un idéal, socialiste ou royaliste, pour s’enflammer ; car il naît de lui-même, du sang et du sol paternels. Ce qu’il faut saluer, c’est le suprême sacrifice de la vie fait sur le sol qu’il s’est agi de défendre. Ce sol sacré serait moins grand, moins cher, moins glorieux, moins noble et moins beau si les Français de toute origine et de toute obédience n’y payaient pas en toute occasion nécessaire la juste dette de leur sang. Plus haut que l’armée et que le drapeau, plus haut que la plus fière conscience de la patrie, vit la patrie même, avec les saintes lois du salut public. Ce sont elles qui font consentir à de durs sacrifices pour défendre l’intégrité du reste et préserver son avenir. Qu’elle vive d’abord ! »

                                   Charles Maurras, Votre bel aujourd’hui, 1953

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PIERRE GAXOTTE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 

Voici un livre indispensable pour libérer à tout jamais les esprits bourrés par « l’école de la République». Plus possible de voir dans la « glorieuse » Révolution dite française l’irrésistible mouvement de révolte d’un peuple opprimé et de croire que les massacres de 1793 n’ont été que des bavures dans un élan sublime et spontané… Les faits sont connus, les textes abondent, les témoignages s’imposent.

Pierre Gaxotte les a méticuleusement étudiés: dès la première édition de sa Révolution française en 1928, l’ouvrage fut salué par Léon Daudet comme un « livre-bombe », et la critique historique de l’événement de 1789 s’en trouva transformée, mais l’auteur, sans cesse à l’affût des progrès de la recherche, a retravaillé son texte, et c’est un livre amplement remanié et richement argumenté qui parut sous le même titre en 1962 chez Fayard dans la collection des Grandes Études historiques. Depuis lors, si la science historique s’est encore enrichie, elle n’a nullement contredit les conclusions de Pierre Gaxotte.

SITUATION DIFFICILE NON INSOLUBLE

À lui tout seul déjà, le premier chapitre, tableau à la fois précis et très vivant des institutions monarchiques, envoie dans les poubelles de l’Histoire toutes les idées reçues. D’abord il faut bien savoir que « ce n’est pas dans un pays épuisé, mais dans un pays florissant et en plein essor qu’éclata la Révolution ». Le pays le plus peuplé d’Europe respirait à pleins poumons au rythme de ces républiques aristocratiques ou populaires que constituaient les provinces, les villes, les métiers, et que fédérait, tout en respectant leurs usages, la personne du Roi. Existaient aussi depuis Louis XV les grands services publics « que Napoléon n’aura qu’à relever pour faire figure de créateur »…

Toutefois Gaxotte n’idéalise pas l’Ancien Régime: certaines parties de l’édifice menaçaient ruine, d’autres, devenues pesantes, étaient ressenties comme inutiles et vexatoires, tels les droits féodaux. Et surtout, si le pays était riche, l’État, lui, était pauvre; la misère existait, quoique moins qu’ailleurs en Europe, mais le plus grave résidait dans un système fiscal devenu aberrant dont beaucoup avaient des raisons de se plaindre et que les privilégiés n’entendaient pas laisser réformer. Tel était le grand problème qui se posait à la monarchie; il n’était nullement insoluble.

Seulement voilà: « une crise intellectuelle et morale » avait atteint « L’âme française jusqu’en ses profondeurs». Là est le vrai drame du XVIIIe siècle: non « dans la guerre, ni dans les journées de la Révolution, mais dans la dissolution et le retournement des idées. Émeutes et massacres n’en seront que la traduction éclatante et sanglante. Quand ils auront lieu, le mal sera depuis longtemps accompli. »

CRISE DE L’AUTORITÉ

Gaxotte expose alors la « doctrine » révolutionnaire dont Fénelon, en inspirant aux rois le dégoût de leur propre pouvoir, avait été le précurseur (« Le roi de Fénelon est condamné au Ciel et à la guillotine, après avoir, la main sur la conscience, fait le malheur de ses sujets et conduit son peuple à la défaite et à l’anarchie. ») Ce fut ensuite la prédication individualiste des « Philosophes » insinuant le doute sur toutes les traditions, propageant la naturalisme et l’athéisme, se gargarisant d’abstractions et de formules déclamatoires, exaltant la vertu telle qu’elle devrait parler en chaque homme dépouillé de l’acquis de la civilisation et revenu au merveilleux « état de nature »… Il fallait en somme « régénérer » le citoyen, au besoin l’y contraindre, car alors « sa mauvaise volonté est un crime contre la Vertu ». Outre le fait que ces apprentis-sorciers justifiaient dès 1750 la Terreur de 1793-94, Gaxotte, à la suite de Taine, montre que ces « beaux esprits » étaient organisés: loges, sociétés littéraires, acadé-mies, plus tard les clubs, fabriquaient sans cesse des initiés inventant la dynamique de groupe et « faisant » l’opinion.

Ainsi bien vite, les détenteurs de l’autorité, et jusqu’au roi lui-même, se mirent à douter de l’utilité du commandement et, dès lors, la crise financière de l’État devint, à la veille de la Révolution, insoluble. Une réforme s’imposait; on préféra l’aventure d’une révolution… Le mélange de prétentions archaïques chez les privilégiés et d’inepties philosophiques chez les intellectuels ne pouvait que devenir explosif. Dure réalité qui éclata dès l’ouverture des fameux Etats généraux où les représentants du peuple – des phraseurs, des idéologues, des hommes de salon, des avocats sans cause, des curés athées – élus hors des réalités vivantes, s’érigeant bientôt en représentants de la nation face au roi qui en avait toujours été la tête, mirent en moins de six semaines tout l’édifice financier par terre. Ils avaient bien d’autres soucis…

L’ENCHAINEMENT DES CONSÉQUENCES

Les chapitres suivants, impeccablement charpentés, toujours précis, jamais rébarbatifs, ne font que révéler de 1789 à 1799 l’inexorable enchaînement des conséquences du dévergondage intellectuel et moral.

De l’émeute en quelque sorte légitimée par le roi lui-même qui par bonté se lia les mains en saluant le Paris révolté trois jours après le 14 juillet, aux déclamations sentimentales et larmoyantes des orateurs de la Constituante qui allaient devenir des bêtes assoiffées de sang sous la Convention…, Pierre Gaxotte, au rythme des Journées où s’enterraient les illusions, montre que la terreur et ses atrocités ont été, non seulement en 1793, mais dès juillet 1789, le développement implacable des idéologies désincarnées ayant toute liberté pour fondre sur le peuple démoralisé, dès lors que son protecteur naturel, le Roi, était ligoté, paralysé, avant d’être immolé sur l’autel du « peuple souverain »; « Sur le grand peuple qui se tait, règne le petit peuple qui parle, les Jacobins. »

On peut lire et relire ces pages sans jamais se lasser; nous les recommandons tout spécialement aux étudiants. Elles sont un modèle de clarté, de concision, parfois d’ironie mordante, car l’auteur ne craint pas de tremper sa plume dans l’encre de Voltaire (pour le style seulement, bien sûr…).

Quand, à la fin du cataclysme, survint le 18 brumaire, début de la dictature napoléonienne visant à concilier le besoin (enfin revenu) d’autorité et l’idéologie démocratique, ce fut, dit Gaxotte, un « expédient de théoriciens aux abois ». C’est, hélas, sur cet expédient que la France vit depuis plus de deux siècles, titubante et jamais satisfaite, faute d’avoir eu le courage de chasser définitivement les idéologies mortelles et de revenir à son Roi.

                                                                     Michel Fromentoux  

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Note sur les médiathèques

Chante, ô Muse, l’horreur des médiathèques !

D’abord l’horreur de leur nom !

Quelle souffrance d’entendre, à longueur de journée, d’entendre des mots qui n’existent pas, et qui sont tous plus laids et plus ridicules les uns que les autres.

«Je vais à la médiathèque, pour préparer l’exposé sur l’homophobie que m’a donné à faire ma professeure d’EMC ! -D’accord !»

Cette invasion des néologismes, cette manie de faire des mots, est un mal dont on ne parle pas assez. C’est l’une des manifestations de la «démangeaison d’innover sans fin »1 qui caractérise l’homme moderne.

Puis, leur laideur. Où êtes-vous, bibliothèques municipales ? Où êtes-vous, vieux bâtiments ? Qu’êtes-vous devenu, par exemple, hôtel Dupanloup d’Orléans, avec votre escalier de pierre, vos hautes croisées, votre beau parquet grinçant ? Quelle fatalité a voulu que vous fussiez remplacé par un hideux assemblage de béton et de métal ? Puis, leurs livres !

Dans la médiathèque de la petite ville ou J’habite, il n’y a, étrangement, que des livres neufs. N’y avait-il pas autrefois une bibliothèque municipale dans cette vieille cité ? Qu’est-elle devenue. Je l’ignore.

Toujours est-il qu’on ne trouve à la médiathèque que des livres imprimés de nos jours. Plus aucune chance pour le visiteur de voyager dans le temps en ouvrant un volume venu d’un autre siècle !

Que des livres neufs, et quels livres! N’y cherchez pas, a quelques exceptions près, les grands écrivains du passé, ni les rares ouvrages intéressants qui s’écrivent encore quelquefois de nos jours.

N’y cherchez même rien de simplement lisible : vous seriez déçu.

En revanche, si vous êtes à la recherche d’un livre un peu cochon, vous trouverez sans peine votre bonheur. Il y a même des livres cochons pour les enfants ! C’est Sandrine qui les a choisis. Vous ne connaissez pas Sandrine ? C’est l’aimable créature du genre féminin qui préside à l’acquisition des livres. Chaque semaine, elle présente son «  coup de cœur »: tantôt un manga, tantôt une histoire d’amour entre deux garçons, tantôt le témoignage d’un rescapé des camps de la mort, ou celui d’une femme iranienne opprimée par les mollahs…

C’est elle aussi qui est responsable de la décoration. Vous verriez le mal qu’elle se donne pour Halloween !

Certes, il m’arrive (entre nous soit dit) de me demander si la nature n’avait pas destiné Sandrine à de tout autres fonctions que celle-là.

Mais qu’importe la nature ? D’ailleurs, si les sages qui nous gouvernent tiennent tant à mettre des bonnes femmes idiotes absolument partout, il doit bien y avoir une raison, n’est-ce pas ?

Je crois que j’ai un peu dévié de mon sujet initial. J’espère que le lecteur me pardonnera.

                                                                          JULES PUTOIS

  1. Bossuet, Oraison funèbre de Henriette-Marie de France. ↩︎

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Victimes des vaccins COVID 19

“Les médias annonçaient que c’était l’hécatombe en Chine parce qu’il y avait 1.500 morts en un mois. Sur un pays d’un milliard et demi d’habitants…. Sachant que nous, en France, on a 2.500 morts tous les jours. Donc, si on avait 1.500 morts en un mois en Chine, ça voulait dire qu’il ne se passait rien” (Pierre Chaillot).

​Nous ne pouvons que nous incliner devant le magnifique spectacle qui nous fut offert il y a maintenant 5 ans ! Grandiose ! Louis-Ferdinand Céline disait dans son Voyage au bout de la nuit

 “Faire confiance aux hommes c’est déjà se faire tuer un peu”

Bravo ! La tuerie fut sublime ! Le massacre parfaitement orchestré ! Au nom d’un virus qui devait décimer nos vieilles nations, nos gouvernements purent violer nos corps en toute impunité, broyer nos intelligences sans être inquiétés, anéantir notre honneur en nous sachant consentant… Combien de personnes âgées laissées mortes et seules ? Combien d’enfants traumatisés psychologiquement ? Combien de familles détruites ? Sublime ! La corde pour ceux qui nous imposèrent toutes ces absurdités. Toute nation saine fait appel à la corde pour de tels drames.

​Et que dire des scientifiques ! Comprenez-nous bien, le courage fut si bien partagé que tous n’en reçurent que très peu ! Léon Daudet disait “Les peintres ne connaissent rien à la peinture et plus encore à leur peinture. Il a fallu toujours quelqu’un pour la leur expliquer”… Peut-être faudrait-il y penser pour nos scientifiques ? Heureusement que certains sauvèrent l’honneur, heureusement que peu à peu les langues se délient et que les chiffres tombent. Intéressons-nous aux derniers qui viennent de nous être fournis par Pierre Chaillot dans son dernier livre : Victimes des vaccins covid 19. Ce que révèlent les chiffres officiels.

​Y a-t-il une surmortalité liée au covid :

“En termes d’ordre de grandeur, si on veut dire qu’il se passe quelque chose de grave, il faut annoncer un chiffre qui est inhabituel par rapport à ce qu’on voit d’habitude. De la même manière, lorsqu’on a Monsieur Salomon, qui était DGS, et qui racontait tous les jours à la télévision ‘Aujourd’hui, 300 morts du Covid’… Mais qu’est-ce que c’est quand on a 2.500 morts dans la journée ? C’est trois cents morts de plus ? Si on avait un tant soit peu d’ordre de grandeur en tête, à aucun moment on ne pouvait avoir peur. Voilà, en tordant et en donnant aux gens une espèce d’histoire à raconter sur la base de chiffres, on parvient à raconter n’importe quoi.” (Pierre Chaillot).

 En effet, in fine, la surmortalité en 2020 ne fut que très légère, d’autant plus que nous avions les années précédentes une mortalité assez faible. Peut-être même, ne faudrait-il pas inverser les causes et les conséquences ! Cette légère surmortalité – bien loin de la peste et de ses effets – ne pourrait-elle pas plutôt être imputée aux mesures prises pour lutter contre le covid ? Combien de personnes se retrouvèrent sans traitement ? Comment de personnes atteintes de maladies graves eurent peur de se rendre dans les hôpitaux ?

​Passons sur le covid… il y eut bien pire ensuite avec leurs fameux vaccins ! Le combat des victimes ne fait que commencer ; la reconnaissance des dégâts engendrés par ces vaccins n’en est qu’à ses débuts. Après trois années de vaccination, 5,7 millions d’effets indésirables ont été remontés à l’OMS, dont 27 000 décès et 6 000 avortements spontanés ! Et, répétons-le, il ne s’agit que des cas remontés à l’OMS ! Combien ont subi des conséquences mais ne se sont pas manifestés auprès des autorités de santé ?

“Cela ne semble pas faire lever un sourcil à cette agence spécialisée de l’Organisation des Nations unies, dont les plus gros donateurs privés sont la Fondation Bill et Melinda Gates pour 751 M$ et l’Alliance pour les vaccins Gavi (détenue majoritairement par le couple Gates) pour 432M$. Ainsi, la plus grosse influence sur l’OMS est celle d’une seule personne, un milliardaire connu pour être un promoteur de toutes les vaccinations possibles et imaginables, et investissant massivement à cette fin, Bill Gates”. 

Quand le bourreau paye le juge, ce n’est jamais bon signe.

​Une des parties les plus intéressantes de ce livre concerne la relation établie par l’auteur entre mortalité et campagnes de vaccination. Désormais, même le monde de la recherche conventionnelle reconnaît que des vagues de mortalité ont accompagné les campagnes de vaccination anti-covid :

“Dès janvier 2022, Patrick Meyer avait diffusé un preprint pour tirer la sonnette d’alarme. Il avait constaté, comme beaucoup d’autres, une surmortalité des jeunes européens à partir de l’été 2021.”

Globalement, parmi la population de 25 à 79 ans de 22 pays européens, 170 000 décès anormaux ont eu lieu en lien avec les campagnes de vaccination ! Rapporté à l’Europe des 27, nous pouvons estimer le nombre de décès à 225 000 ! Si l’on ajoute à cela les personnes de plus de 80 ans, le chiffre de décès imputables à la vaccination s’élève à 290 000 !  

Dans certains pays, les études sont plus nombreuses et plus transparentes. Prenons l’exemple du Danemark :

“Pour les vaccins Pfizer, une étude montre une forte hétérogénéité des effets indésirables selon les lots”

70% des effets indésirables ne sont représentés que par 4% des lots ! Clarifions le propos ! Certains lots de vaccins enregistrent de très nombreux cas d’effets indésirables et d’autres lots aucun ! Quelle conclusion pourrait-on en tirer ?

“Un nombre aussi faible fait penser à une solution saline plutôt qu’à un propos actif”

n’est-ce pas le constat avancé dès les premières semaines du vaccin par les scientifiques qualifiés de “complotistes” ! Ecoutons encore Louis-Ferdinand Céline :

“Sachez avoir tort. Le monde est rempli de gens qui ont raison. C’est pour cela qu’il écœure”.

​Beaucoup plus glauque, terrifiant en réalité, fut la conséquence du vaccin sur les grossesses…

“On observe bien une surmortalité des bébés six mois après la période de vaccination. Tout se passe comme si des femmes étaient devenues durablement malades et qu’une partie de celles tombées enceintes malgré cela accouchaient trop tôt. On observe une correspondance des pics entre injection et mortalité des jeunes enfants six mois plus tard”.

Nous pourrions aussi parler de l’incidence sur le nombre de cancer ! On note, par exemple, que depuis les campagnes de vaccination, le nombre de séances de chimiothérapies ont très fortement augmenté ! Etant donné le coup d’une séance de chimiothérapie, l’industrie pharmaceutique a de beaux jours devant elle ! 

​Pour finir, laissons la parole à Pierre Chaillot qui a recensé de nombreux témoignages de vie détruites à cause de ces vaccins :

“Un système qui n’a fait que détruire, quand il promettait de protéger. S’il s’est autant fourvoyé que la question du vaccin, quel crédit devons-nous lui accorder sur notre sort ? Aucun. C’est une des leçons les plus douloureuses de cette crise : on ne peut pas donner sa confiance à un système. On doit rester responsable de son destin. Alors, quand le système vous annonce une impasse, c’est que le bon chemin est ailleurs”. 

Ajoutons tout de même un élément… Il est de bon ton de s’attaquer au système… Mais comment s’attaquer à une chose si celle-ci n’est point nommée ? Le système, c’est la République démocratique et parlementaire, pourrie par les coteries. Si l’industrie pharmaceutique a tant de pouvoir, ce n’est pas seulement à cause des hommes politiques, c’est parce que la République – qui n’est jamais qu’une ploutocratie – n’a pas les moyens politiques de ne pas succomber sans cesse sous les assauts secrets des puissances financières. En République, celui qui a l’argent gouverne. Qui, aujourd’hui, possède l’argent ? La réponse est bien simple.

Guillaume Staub

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Le règne du Christ-Roi (3/3)

Le règne du Christ Roi est lié au mystère de Jésus dans son acception totale.

« Jésus est pour la terre quelque chose de plus que le Dieu du Ciel ; Jésus c’est Dieu dans son œuvre, c’est Dieu avec nous, c’est Dieu chez nous, c’est le Dieu de l’humanité, le Dieu de la nation, le Dieu du foyer domestique, le Dieu de notre première communion, le Dieu de notre cœur. » (3einstruction synodale)

Plus qu’une politique, la doctrine du cardinal Pie représente une théologie de la politique : « Nous appartiendrons toujours au parti de Dieu ; nous emploierons tous nos efforts, nous consacrerons toute notre vie à la cause divine. Si nous devions apporter un mot d’ordre, ce serait celui-ci : Instaurare omnia in Christo ». 1ère lettre pastorale. St Pie X, Mgr Lefebvre reprendront la formule.

L’État respecta les droits de l’Église sur les individus et sur les sociétés jusqu’à la rupture de la Révolution. L’idée de Règne social se trouve dans la suite de la pensée catholique, chez saint Ambroise, chez saint Augustin, chez saint Thomas. Tout le monde connaît l’Encyclique Quanta cura et le Syllabus. Il faut ajouter Immortale Dei de Léon XIII sur Église/État, Ubi arcano de Pie XI, « la paix du Christ dans le règne du Christ » et Quas primas qui instaura la fête du Christ Roi.

Le mérite du cardinal Pie fut de proclamer cette doctrine au moment même où elle était pratiquement rejetée partout. Il semble être le premier à utiliser l’expression Christ-Roi, empruntée à l’Office du Saint Sacrement : Christum regemadoremus dominantem gentibus. Gentibus, pas hominibus, c’est-à-dire les hommes en société, en nations et non pas seulement considérés comme des individus. Le Christ est Roi par droit de nature et par droit de conquête.

Il reviendra à plusieurs reprises sur sa doctrine du Christ Roi, par exemple dans le Panégyrique de saint Louis en 1847 (il est alors vicaire général) à la demande de l’évêque de Blois : il montre le règne de Dieu dans la guerre comme dans la paix: « Ainsi ce n’est plus Louis qui règne ; c’est Jésus-Christ qui règne par Louis : Christus regnat, vincit, imperat » 

Dans le même esprit le cardinal Mercier dira pendant le carême de 1918 : « Le principal crime que le monde expie c’est l’apostasie officielle des États »]

Vers un ordre social chrétien

Le cardinal Pie favorise l’enseignement et fera beaucoup pour les classes laborieuses, surtout pour la formation des jeunes filles car il connait la place de la mère dans la société : « C’est le chef-d’œuvre de Dieu. Cette femme peut, par d’autres côtés, être une femme vulgaire ; en tant qu’elle est mère, elle a presque toujours une grandeur, une abnégation, une distinction d’esprit et de cœur qui captivent mon admiration et la transportent. » Il avait établi à Poitiers l’Association des mères chrétiennes 

Mais les œuvres de charité, la défense de la famille et du repos dominical ne sauraient suffire pour édifier une société chrétienne : il faut un ordre social chrétien. « Si l’Église ne refait pas une autorité, une société parmi nous, nous avons devant nos yeux les horreurs de la dissolution et les transes prochaines de l’agonie. » (Instruction pastorale sur l’importance religieuse et sociale des conciles, 1850). La Royauté chrétienne sera le couronnement de l’ordre social. Les journées révolutionnaires de 1848 avaient fait réfléchir l’abbé Pie sur la question sociale. Il consacra à la propriété les sermons du premier et du quatrième dimanche de carême 1849. La première prédication porta sur le droit de propriété, la seconde sur les devoirs qui sont attachés à ce droit, devoirs envers les autorités qui se trouvent au-dessus de la propriété, Dieu, l’Église, l’État ; devoirs aussi envers ceux qui dépendent d’elle, les serviteurs, les ouvriers, les employés. Le respect de l’ordre chrétien peut seul protéger la société « car, sachez-le bien, mon Frère, le droit de l’insurrection contre l’autorité contient implicitement le droit de l’insurrection contre la propriété… Et nous vivons en France dans le pays des conséquences ! »

Il y aura au XIXe siècle un mouvement social catholique illustré par des hommes comme Armand de Melun, Le Play, La Tour du Pin, Albert de Mun. Citons deux livres : La Croix, les lys et la peine des hommes, de Xavier Vallat et La Tour du Pin en son temps d’Antoine Murat.

Nous citerons pour finir un texte sur l’aumône qui est absolument prophétique car certains passages semblent se rapporter aux tares de la société où nous vivons. Les idées chrétiennes détournées par un monde sans Dieu, perverties par lui, mènent au totalitarisme anarchique de l’État-providence. 

On admirera la rigueur du raisonnement : 

« La fin de tous les gouvernements de la terre, a dit Bossuet, c’est de rendre la vie commode et les peuples heureux. A plus forte raison, sont-ils tenus de contribuer à la subsistance des citoyens moins aisés par les moyens légitimes qui sont à leur disposition. Mais ce serait nous tromper grossièrement nous-mêmes, de croire que nous avons accompli le précepte évangélique de l’aumône quand une ordonnance administrative a prélevé sur les fonds de l’Etat, ou sur les ressources particulières d’une province ou d’une ville, une somme quelconque à répartir entre les pauvres pour leur rendre plus accessibles les aliments de première nécessité. Outre l’insuffisance bien démontrée de semblables secours, il est un point de la plus haute gravité qu’il importe de ne jamais perdre de vue ; c’est que la substitution absolue de l’aumône publique à l’aumône individuelle serait la destruction complète du christianisme, et l’atteinte la plus considérable au principe de la propriété. Le christianisme n’existe pas sans la charité ; et la distinction fondamentale entre la charité et la justice, c’est que la dette de justice est celle qui peut être exigée ou par le recours aux lois, ou par le recours à la force, selon les circonstances, tandis que la dette de la charité ne peut être commandée par aucun tribunal que par celui de Dieu et de la conscience. Or, si l’assistance à donner aux pauvres devient une des charges du fisc, dès lors l’assistance ne procède plus de la charité, mais de la justice, puisque la contribution fiscale est une dette rigoureuse des citoyens. Et l’histoire nous apprend, à cet égard qu’un des plus grands malheur qui puisse fondre sur une nation, c’est que la charité y perde son véritable caractère, et qu’une cruelle nécessité, résultant de l’affaiblissement de la foi religieuse et de la rareté de l’aumône volontaire, la dénature et la transforme en un impôt forcé. Car, dès lors tout le plan providentiel  de Dieu est renversé. L’aumône n’étant plus libre, ne procédant plus d’un mouvement du cœur, perd à peu près entièrement son mérite devant Dieu, et ne devient plus pour le riche le canal de la grâce divine et l’instrument le plus assuré de son salut. Mais l’aumône ainsi faite cesse aussi d’être méritoire aux yeux de ceux qui la reçoivent. Bientôt ils murmureront les mots de droit à l’assistance, de droit au travail. Le lien d’amour qui rattachait le pauvre au riche étant rompu, tout sentiment de reconnaissance disparaît. La pauvreté devient une sorte de fonction publique, moins rétribuée que les autres, mais qui attend fièrement l’échéance de son traitement… » 

Première instruction pastorale sur l’urgente nécessité de l’aumône dans les temps de détresse publique, carême 1854. 

Albert de Mun était reconnaissant aux Instructions synodales du Cardinal Pie qui, avec la lettre du Comte de Chambord aux ouvriers (20 avril 1865) l’avaient rendu sensible aux questions sociales dans la perspective d’un ordre social chrétien.

                                    Gérard Bedel

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A quoi s’oppose l’idée de règne social de Notre Seigneur et ce que ce règne n’est pas (2/3)

L’idée de règne social de Notre-Seigneur s’oppose au naturalisme et au libéralisme dont Mgr Pie suit le développement historique dans son Instruction synodale du 17 juillet 1871. Il voit ce développement dans les variations doctrinales du protestantisme. « les pères (je cite) avaient nié que Dieu fût dans l’Église ; les fils nièrent à leur tour que Dieu fût dans l’Écriture ». Puis, au XVIIIe s, on nia que Dieu fût en JC avant d’affirmer au XIXe que Dieu n’est nulle part. Mgr Pie a beaucoup utilisé l’Histoire des variations des Églises protestantes de Bossuet, 1688.

Fils de l’hérésie, le naturalisme est pire que l’hérésie. C’est un monstre qui donne naissance à trois autres monstres : le panthéisme, l’athéisme et le matérialisme. Le socialisme sera une de ses conséquences ultérieures, et même, affirme Mgr Pie, « le naturalisme conduit à la négation des bases même de la nature raisonnable, à la négation de toute règle du juste et de l’injuste, par suite au renversement de tous les fondements de la société. » N’en sommes-nous pas là avec une négation de la nature humaine qui rejette le plus élémentaire bon sens ?

Docteur de l’autorité divine, Mgr Pie dénonce aussi le libéralisme, erreur politique comme le naturalisme est une erreur philosophique.

La thèse libérale :

  • Un seul pouvoir dans la société, l’État
  • L’État ne doit rien à l’Église, sinon la liberté
  • L’État n’a pas l’obligation d’être chrétien.

On distinguera plusieurs degrés dans le libéralisme :

  • Libéralisme radical : l’État est purement laïque
  • Libéralisme mitigé, celui que Montalembert expose au Congrès de Malines en 1863

Montalembert veut un régime parlementaire, la liberté de la presse, la liberté d’expression, le libéralisme économique.

Les catholiques doivent accepter franchement une évolution inévitable

La protection de l’État nuit à l’Église : « L’Église libre dans la société libre » proclame-t-il. Mais nous avons déjà vu cela avec Veuillot.

Les peuples, civilisés par l’Église, sont désormais adultes et ont droit à l’émancipation.

Ces thèses furent condamnées par les quatre dernières propositions du Syllabus.

Le raisonnement du libéral est parfaitement rendu dans une lettre du jeune abbé Pie : « Que voulez-vous ?, il avait du bon ce loup ! Ses confrères les loups en disent du bien, il mérite des ménagements ; certain renard même, à qui il fait confidence de toutes ses pensées, assure qu’il a un bon fond. Pourquoi cet agneau a-t-il été le provoquer ? Il n’a eu que ce qu’il cherchait, et il mérite encore qu’on lui donne des leçons. – Ainsi est-il prouvé que le mangeur d’agneaux est le plus doux des loups, et que l’agneau mangé est le plus imprudent des agneaux. C’est ainsi qu’on écrit l’histoire, me dit souvent M. le curé. De graves auteurs ne vont-ils pas disant sérieusement que saint Thomas de Cantorbéry était passablement altier ; que Luther a été mal pris, et que c’est la faute des papes s’il a fini par jeter le masque ? Que mille agneaux soient mangés, c’est tout au plus malheureux ; mais qu’un seul pauvre loup soit égratigné, vous verrez comme il deviendra tout de suite intéressant, même pour les honnêtes gens ! » 

L’essentiel du libéralisme est analysé dans ces lignes de l’abbé Pie inspirées par son maître l’abbé Lecomte, c’est-à-dire l’inversion des valeurs : le criminel est la victime, l’erreur est justifiée par l’intransigeance de la vérité qui devient elle-même l’erreur ! Il en va de même de la sensibilité romantique : Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, roman de 1829, étale les angoisses de celui qui doit connaître la guillotine, mais il ignore le meurtre qui a conduit ce malheureux au pied de l’échafaud. Le Romantisme est le frère de la Révolution.

Les catholiques libéraux sont les complices du naturalisme :

« L’Allemagne a voulu faire de la théologie une philosophie transcendante. La France a prétendu contrôler la foi par la science. La religion, pour un trop grand nombre, n’a plus guère été qu’un sentiment, la foi un instinct, la charité un enthousiasme, la prière une pieuse rêverie…On a systématiquement écarté, supprimé, aboli la question divine, prétendant supprimer par là ce qui divise les hommes, et rejetant ainsi de l’édifice la pierre fondamentale, sous prétexte qu’elle est une pierre d’achoppement et de contradiction.

Bref, là où la rupture n’a pas été consommée avec le christianisme, le sens orthodoxe des dogmes catholiques a été dénaturé, l’intégrité et la pureté de la foi a été mise en péril. » Instruction synodale de juillet 1871.

Dans sa 3e instruction synodale sur les erreurs du temps présent (1862-1863), Mgr Pie montre que si le naturalisme doit être totalement rejeté, il existe cependant, selon la doctrine catholique, une nature humaine, et que notre nature raisonnable est importante. Je cite : « Même après qu’elle a subi un dommage et reçu une blessure par la perte de l’intégrité dont elle avait été surnaturellement douée, la nature humaine quoiqu’elle ne puisse pas se suffire à elle-même pour l’accomplissement de ses devoirs même naturels, conserve néanmoins des attributs très élevés…. Le docteur qui a le plus d’autorité dans les questions de la grâce, saint Augustin, a été aussi le pus zélé défenseur de la nature. « Loin de nous, dit-il, la pensée que Dieu puisse haïr en nous ce en quoi il nous a faits plus excellents que les autres êtres vivants ! Loin de nous de décréter le divorce entre la raison et la foi, d’autant que nous ne pourrions même pas croire si nous n’étions pas doués d’âmes raisonnables ! »

On peut, en effet, tomber dans un travers diamétralement opposé au naturalisme mais fort dangereux lui aussi pour la foi catholique, la négation des vertus naturelles. Ce sera, au XVIesiècle, l’erreur de Baïus, professeur à Louvain, précurseur du jansénisme, qui affirmait que toutes les actions accomplies sans la grâce sont peccamineuses

Dans la 1ère instruction synodale [de 1855], l’évêque de Poitiers avait rappelé que la vertu philosophique possède une beauté morale, mais que les lumières naturelles ne peuvent conduire l’homme à ses fins dernières.

« Jésus-Christ n’est pas facultatif » affirmait-il, et qui nie cette obligation méconnaît l’état d’affaiblissement de notre nature.

Ce que le règne de Notre Seigneur n’est pas : 

On demanda à l’évêque de Poitiers d’intervenir auprès du comte de Chambord en 1873 dans l’affaire du drapeau blanc : « Je ne me mêlerai jamais directement aux questions de ce genre, me contentant d’avoir mon sentiment comme particulier et n’engageant jamais ma personne d’évêque dans la politique active ». Il refusa d’être candidat aux élections en 1848, 1870 et 1872.

Ne voyons surtout pas dans le Règne social du Christ une confusion du temporel et du spirituel.

Le monde antique, païen ou juif, opère cette confusion : théocratie juive, divinisation de la Cité ou culte impérial. Et Constantin conservera une vision païenne du pouvoir : C’est le Prince Grand Pontife qui intervient dans les affaires religieuses, ce qui explique en partie la querelle du Sacerdoce et de l’Empire au Moyen-Age.

Le Christianisme remet les choses à leur place: rendez à César ce qui appartient à César…. [(Marc, XII, 13-17; Matthieu, XXII, 21; Luc, XX, 25)]. Le Christ affirme à la fois et avec force sa royauté (« tu l’as dit, je suis Roi ») et le caractère surnaturel de son Règne (« mon Royaume n’est pas de ce monde » Jean, XVIII, 36). Satan emmène Jésus sur une montagne très élevée, lui montre les royaumes avec leur gloire : Je vous donnerai tout cela si, tombant à mes pieds, vous vous prosternez devant moi. Tout le monde connait la réponse : « retire-toi Satan car il est écrit : tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que lui seul ». Donc, au-dessus de la société naturelle et distincte d’elle, il y a une autre société, surnaturelle dans son origine et dans sa fin. Les deux sociétés sont distinctes mais non séparées car si Jésus affirme sa royauté spirituelle, le monde n’a pas droit à l’indifférence religieuse. Jean, VIII, 12 : « Je suis la lumière du monde ».

Mgr Pie distingue le temporel et le spirituel sans les séparer : « L’Eglise, il est vrai, a des bénédictions puissantes, des consécrations solennelles pour les princes chrétiens, pour les dynasties chrétiennes qui veulent gouverner chrétiennement les peuples. Mais… je le répète, il n’y a plus, depuis Jésus-Christ, de théocratie légitime sur la terre. Lors même que l’autorité temporelle est exercée par un ministre de la religion ,cette autorité n’a rien de théocratique, puis qu’elle ne s’exerce pas en vertu du caractère sacré… »

« Jésus-Christ n’a point dicté aux nations chrétiennes la forme de leurs constitutions politiques…Mais quelque forme que prennent les gouvernements humains, une condition essentielle s’impose indistinctement à eux : c’est leur subordination à la loi divine… » Lettre pastorale, 31 octobre1870. 

Ainsi l’Église n’affirme pas sa domination temporelle et rappelle même aux souverains de ne pas s’attacher personnellement à la puissance, à être les serviteurs des serviteurs…

L’État est légitime. Le cardinal Pie ne dirait pas comme Louis Veuillot avant qu’il ne se ralliât complètement à la monarchie légitime: « Nous avons notre roi depuis longtemps, le Roi Christ… tout autre roi en ce monde ne sera pour nous qu’un collecteur d’impôts… ; mais, pour autant que nous pouvons et que nous avons à choisir, Henri de Bourbon est de beaucoup le collecteur que nous préférons. »

L’évêque de Poitiers avait, pour sa part, écrit au comte de Chambord en 1851 : « Dieu m’a fait la grâce d’être de ces Français pour qui la religion de la seconde Majesté et le dévouement à la race de saint Louis occupent le 1er rang, après l’amour de son saint nom et le service de sa sainte cause. »

Oui, le pouvoir temporel est légitime dans son ordre, avec ses règles et ses droits. D’un autre côté, le Règne du Christ Roi n’est pas de la piété, de la dévotion plaquée sur n’importe quelle forme d’organisation politique et sociale. Un pieux indifférentisme politique, cela existe, représenterait une grave erreur : si les politiques ont la foi, tout va bien, quelle que soit la forme du gouvernement. En France, une assemblée d’élus dominée par 200/300 démocrates-chrétiens continuerait la décadence selon les lois internes du parlementarisme. 

Mais alors, qu’est-ce que le règne du Christ-Roi ?

Gérard Bedel

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Le règne du Christ-Roi et le cardinal Pie (1/3)

20000 pèlerins s’apprêtent à marcher sur les chemins de Beauce à l’occasion du traditionnel pèlerinage organisé par Notre-Dame de Chrétienté. Le thème de cette année « Pour qu’Il règne » est celui du Christ-Roi. 

L’Action Française, injustement condamnée (1926-1939) par ceux qui ont confondu politique et morale revient sur cette doctrine du Christ-Roi, à travers une série d’articles de feu Gérard Bedel. Nous commencerons par un survol de la vie du cardinal Pie. Nous verrons à quoi s’oppose l’idée de règne social du Christ-Roi et ce que ce règne n’est pas. Nous exposerons enfin ce qu’est le règne du Christ-Roi d’après le cardinal Pie *

Le cardinal Pie 

Né à Pontgouin, dans le diocèse de Chartes, en 1815 dans un milieu très humble, fils du cordonnier du village, Edouard Pie fut remarqué dès son enfance pour son intelligence et sa piété par des prêtres qui lui permirent de poursuivre des études alors qu’il perdait son père à l’âge de 6 ans.

L’évêque chargea sa mère de distribuer les aumônes de l’évêché : « Ainsi en était-il sous le toit épiscopal de Naziance ». Mais Nonna, la mère de saint Grégoire était de famille aisée ; veuve, Madame Pie fit des ménages et des lessives pour nourrir les siens.

Maurice de Sully fils d’un bûcheron de Sully-sur-Loiredont la femme fabriquait des balais, deviendra évêque de Paris et entreprit de remplacer l’ancienne cathédrale Saint-Etienne, vétuste et devenue trop petite, par un nouveau sanctuaire consacré à Notre-Dame. C’était au XIIe siècle. Louis VII demanda à Mgr de Sully de baptiser son fils qui deviendra le roi Philippe Auguste.

Rejetons donc l’idée d’un épiscopat réservé autrefois à certaines classes sociales.

Après le petit séminaire, la philosophie au séminaire d’Issy et la théologie à Saint Sulpice.

Il sera ordonné dans la cathédrale de Chartes le 25 mai 1639.

Vicaire, il est chargé des pauvres, mais aussi des riches sur la recommandation de l’abbé Lecomte, curé de la cathédrale, son père spirituel. Pourquoi exclure les riches ? L’abbé Pie est à l’aise dans tous les milieux. 

Dès 1840 son évêque le charge des sermons de carême et son talent éclate en 1844 dans un panégyrique de Jeanne d’Arc à Orléans.

Au matin du 16 mars 1841 un bénédictin de passage demande à dire sa messe dans la cathédrale de Chartres et l’abbé Pie reconnait bientôt Dom Guéranger qui a fait paraître l’année précédente le premier volume des Institutions liturgiques. Les deux hommes nouent immédiatement des liens d’amitié car ils sont tous deux animés du même désir de restauration de la liturgie romaine malmenée en France depuis le XVIIIe siècle par le gallicanisme janséniste qui introduisit un véritable désordre liturgique dans les diocèses. Rien à voir avec les rites anciens et traditionnels comme le rite lyonnais, l’ambrosien, le mozarabe, le cartusien, le dominicain. Dom Guéranger et Mgr Pie se soutinrent mutuellement jusqu’à la mort du grand bénédictin en 1875. Il avait restauré en France en 1837, avec l’approbation de Grégoire XVI l’ordre bénédictin supprimé par la Révolution. Sa cause de béatification a été introduite en 2005 par l’évêque du Mans.

L’abbé Pie fut ultramontain dès le séminaire sous l’influence de l’abbé Lecomte, grand lecteur de Joseph de Maistre.

Il devint vicaire général du diocèse en janvier 1845 à moins de 30 ans.

Il fallait donc que son évêque l’estimât particulièrement parce que Mgr Clausel de Montals, personnage haut en couleur, qui avait été l’aumônier de Madame la Dauphine, duchesse d’Angoulême, avant d’être nommé évêque de Chartres, était gallican. Gallican modéré, à la mode de l’Ancienne France du concordat de Bologne de 1516 (François Ier et Léon X). On vivait alors sous le concordat de 1801, avec les articles organiques imposés par Bonaparte et qui accordaient à l’État une surveillance des diocèses et des paroisses. Louis XVIII voulait restaurer le concordat de François 1er mais l’opposition fut trop forte.

En août 1845, le vicaire général de trente ans, en complète possession de ses moyens intellectuels et oratoires, est remarqué par la presse lors de la bénédiction du viaduc de Maintenon, près de Chartres. On est dans les débuts du chemin de fer et l’abbé Pie met en garde contre les séductions dangereuses du progrès matériel : « La prospérité matérielle d’un peuple ne fournit pas à elle seule les conditions de sa gloire. Et faut-il refuser toute sagesse à ceux qui craignent que le même moteur qui accélère les communications commerciales ne donne des ailes à la corruption, et que la facilité du déplacement et du transport n’enfante ce mal inquiet dont parle l’Écriture, ne finisse par altérer l’esprit de cité, dissoudre les liens de famille et de patrie, en dehors desquels il ne reste plus que l’humeur nomade et vagabonde, et l’indifférence cosmopolite des peuples barbares ?… »

Tout le cosmopolitisme économique, moral, social et politique que nous connaissons aujourd’hui se trouve ici annoncé !

L’abbé Pie est chargé par son évêque en 1848 d’un mémoire sur l’Immaculée Conception ; c’est une demande de Pie IX à plusieurs évêques.

Proposé pour l’évêché de Poitiers, il est sacré à Chartres le 25 novembre1849.

Dans la cathédrale, à partir d’un mot de saint Hilaire, episcopus sum ego, il explique ce qu’est un évêque, pour les prêtres, pour les fidèles.

Mgr Pie data du jour de son sacre la Lettre pastorale qu’il adressa au diocèse de Poitiers. Il y exposait le grand thème de ses prédications : « Toute solution humaine est désormais impossible ; il ne reste à notre société qu’une alternative : se soumettre à Dieu ou périr. Rien ne sera fait tant que Dieu ne sera pas replacé au-dessus de toutes les institutions … La question qui s’agite et qui agite le monde n’est pas de l’homme à l’homme, elle est de l’homme à Dieu… Et si nous devions apporter avec nous un mot d’ordre, ce serait celui-ci : « Instaurare omnia in Christo, restaurer, recommencer toutes choses en Jésus-Christ ». Saint Pie X reprendra cette devise.

Le préfet de la Vienne se tourna vers le clergé : « Messieurs, vous avez un maître. »

Mgr Pie allait se consacrer à son diocèse, à la lutte contre les erreurs du temps, rationalisme et naturalisme, et à la défense des droits de l’Église.

Il accomplit plusieurs visites complètes de son diocèse, fit construire des églises, apporta tous ses soins aux paroisses situées dans des milieux protestants, et s’occupa de ce qu’on appelle La Petite Église : 8000 personnes à l’époque dans les Deux-Sèvres, aux environs de Bressuire. Il ne restait que 2 vieux prêtres dont l’un à Toulouse (il envoyait des anneaux bénis pour les mariages, invalides). Le plus romain des évêques français avait un schisme dans son diocèse ! En 1851, il publie une lettre pastorale pleine de doctrine et de délicate charité ; il obtiendra peu à peu des retours à l’unité romaine.

La Faculté de théologie du diocèse de Poitiers mettra le thomisme à l’honneur bien avant les recommandations de Léon XIII.

En 1856, le diocèse de Poitiers adopte la liturgie romaine.Cette année-là, l’évêque accomplit son 1er voyage à Rome : « Vous vous nommez comme le pape, comment serait-il possible que vous ne fussiez pas papiste ? » dit Pie IX à Mgr Pie.

A partir de 1853 l’évêque de Poitiers subit l’hostilité du parti libéral.

Le15 mars 1859 l’évêque de Poitiers fut reçu par Napoléon III. L’audience dura une heure. L’évêque reprocha à l’Empereur en termes prudents sa nouvelle politique italienne défavorable aux Etats pontificaux, il demanda le rétablissement de la société chrétienne. L’empereur fit remarquer qu’il avait peut-être fait plus pour l’Eglise que la Restauration ; l’évêque acquiesça mais ajouta : « …ni la Restauration ni vous n’avez fait pour Dieu ce qu’il fallait faire, parce que ni l’un ni l’autre vous n’avez relevé son trône… Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français ; mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N’est-ce pas proclamer que la Constitution protège pareillement la vérité et l’erreur ? »

L’empereur dit que le rétablissement d’une société catholique n’était pas alors possible. « Sire, quand de grands politiques comme Votre Majesté m’objectent que le moment n’est pas venu, je n’ai qu’à m’incliner, parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis un évêque, et, comme évêque, je leur réponds : Le moment n’est pas venu pour J C de régner : eh bien ! alors, le moment n’est pas venu pour les gouvernements de durer ». Admirons la tranquille audace de l’évêque de Poitiers qui met en garde le chef de l’Etat.

La question romaine et l’unité italienne :

La duplicité de Napoléon III vient du fait qu’il est pris entre ses promesses d’ancien carbonaro et l’alliance avec les catholiques qui l’ont aidé à prendre le pouvoir. L’attentat d’Orsini lui rappelle en1858 ce qu’il doit aux sociétés secrètes.

Nous l’avons vu avec Louis Veuillot, 1859 marqua un tournant dans la politique de l’Empire : Soutenu par la France, le royaume de Savoie entreprit de chasser l’Autriche d’Italie et de réaliser l’unité de la péninsule. Les victoires françaises de Magenta et de Solférino eurent pour conséquence l’éviction de l’Autriche de la péninsule italienne. 

En 1861, pour protester contre la complicité de l’Empire avec le Piémont concernant les États pontificaux, Mgr Pie lit en chaire le mandement où il est dit : « lave tes mains, Pilate ». Tout le monde comprend qui est appelé ainsi. L’évêque est condamné par le Conseil d’État et subit un espionnage policier. On cherche à l’impressionner et à détourner de lui ses paroissiens (pression de la gendarmerie sur les maires pour interdire les rassemblements lors des déplacements de l’évêque, par exemple)

Rome lui soumet un questionnaire en 28 points ; ses réponses serviront de base à l’Encyclique et au Syllabus.

En 1865 le gouvernement impérial proclame l’interdiction de diffuser en France Quanta cura qui condamne le naturalisme et le laïcisme. Mgr Pie lit l’encyclique en chaire.

En 1868 a lieu la dernière entrevue avec l’Empereur qu’il met en garde contre l’évolution libérale de l’Empire : « Ne perdez pas de vue, Sire, que pour tout ce parti, la liberté demandée est celle de vous renverser ». Rappelons-nous la mise en garde de Louis Veuillot. Frédéric Le Play dira au même empereur dans les mêmes lieux : « Votre empire mourra de 2 choses : le suffrage universel et le principe des nationalités : l’Alsace sera allemande et le palais où je vous parle, Sire, sera détruit. » On connaît la guerre de 70 et les incendies de la Commune.

En 1869 Mgr Pie est nommé second de la Commission de la Doctrine et de la Foi au Concile où il joue un rôle de 1erplan (foi et raison, infaillibilité)

En 1871 il est au premier rang pour le vœu national au Sacré Cœur. Il refuse du siège de Tours, il refusera Lyon en 1876, l’archevêché le plus prestigieux de France.

Il use de son influence, à partir de 1872, pour faire nommer de bons évêques.

Il est proposé pour le cardinalat en1874 mais le gouvernement français refuse.

Les deuils commencent en 1875 avec la mort de Dom Guéranger. L’année suivante meurt Madame Pie, sa mère. 

En 1878 meurt Pie IX dont il défend la mémoire immédiatement attaquée. Il se rend auprès de Léon XIII qui lui obtient le chapeau l’année suivante. Mgr Dupanloup était mort. La République refusait jusque-là le chapeau pour Mgr Pie parce que Rome ne voulait pas l’accorder à l’évêque d’Orléans, adversaire de l’ultramontanisme.

Le dernier voyage à Rome eut lieu en 1880. La santé décline depuis des mois : névralgies, insomnies, douleurs des jambes. Il dit de son cardinalat : « ce m’est un avertissement de me préparer à mourir ». Humilité, bonté, piété étaient ses principales qualités. Bonté même quand il faut réfuter et même sévir. Piété solide mais discrète, surtout faite de vie intérieure.

Une rupture d’anévrisme à Angoulême provoqua la mort et, selon son désir, il fut enterré à Notre Dame la Grande, à Poitiers, auprès de la statue de la Vierge Marie.

En le rappelant à l’âge de 65 ans, Dieu lui accordait la grâce de ne pas voir avec les yeux d’ici-bas Au milieu des sollicitudes (Inter Sollicitudines), encyclique publiée d’abord en français, contrairement à l’usage habituel, le 16 février 1892 par le pape Léon XIII. Cette encyclique avait été préparée par Nobilissima Gallorum Gens de 1884 et par le toast d’Alger, porté par le cardinal Lavigerie en 1890. Son objectif était d’inciter tous les catholiques de France à accepter la forme républicaine de l’État. La Tour du Pin déclara : « le pape avait ses zouaves, il aura désormais ses grognards ». Et le comte de Chambord fit remarquer avec ironie que l’Église condamnait le suicide et qu’il lui était donc impossible d’accepter…

Gérard Bedel

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La république, mère-porteuse de l’islamisme

Alors que les propres experts en sécurité de la France rédigeaient un rapport mettant en garde contre l’infiltration islamiste au cœur même des institutions de la République, le président Macron recevait, au palais de l’Élysée, l’un des terroristes jihadistes les plus notoires au monde : Abou Mohammad al-Jolani.

Quelques semaines à peine avant que ce rapport accablant n’atterrisse sur son bureau, Macron accueillait Jolani, le chef de Hay’at Tahrir al-Cham (HTS), ancien affilié à la fois de Daech et d’Al-Qaïda. Jolani a instauré un véritable règne de terreur à travers la Syrie : massacres, exécutions, persécutions religieuses, et ciblage systématique des civils selon leur appartenance religieuse, communautaire ou ethnique.

De l’organisation de massacres de milliers de civils alaouites et chrétiens dans la région côtière de la Syrie plus tôt cette année, à l’assaut brutal contre la communauté druze au sud de Damas il y a quelques semaines à peine, les crimes de Jolani sont bien documentés et toujours en cours. Ses forces ont commis des exécutions, des actes de torture, des crucifixions, des viols, des lapidations, ainsi que l’asservissement sexuel de femmes et de jeunes filles.

Le HTS a également eu recours à la pratique barbare dite du « djihad al-nikah », par laquelle des femmes et des fillettes ont été soumises à des viols systématiques et à l’esclavage sous couvert d’une perversion religieuse. Ce n’est pas un « prétexte », c’est un crime barbare et impardonnable, qu’aucune idéologie, doctrine ou justification politique ne peut excuser.

Sous le commandement direct de Jolani, le HTS a exécuté des civils alaouites, druzes, chiites, chrétiens et kurdes, menant des campagnes de nettoyage ethnique, religieux et sectaire. Ils ont décapité des soldats libanais, enlevé des religieuses chrétiennes à Maaloula, et détruit des lieux de culte.

Jolani n’est pas une figure « réformée ». Il est un criminel de guerre, responsable de crimes contre l’humanité qui se poursuivent encore aujourd’hui.

Et pourtant, alors que le public français est mis en garde contre la montée de l’extrémisme islamiste sur son propre sol, Emmanuel Macron a choisi de légitimer l’un de ses symboles les plus dangereux à l’échelle mondiale — lui offrant non pas la condamnation, mais la crédibilité.

Le moment ne pouvait être plus révélateur. Le rapport actuellement sur le bureau de Macron révèle une stratégie délibérée « d’entrisme » menée par les Frères musulmans, un mouvement idéologiquement extrémiste à l’origine de presque tous les courants du terrorisme islamiste contemporain, de Hamas à Al-Qaïda.

Le rapport décrit en détail comment des organisations liées aux Frères musulmans ont infiltré les écoles, les collectivités locales, les associations et les mosquées à travers la France. Elles construisent des « écosystèmes » fermés visant à remodeler les normes communautaires, à imposer des codes vestimentaires religieux, et à saper les valeurs laïques de l’intérieur.

Il révèle également le soutien financier et politique massif apporté à ces réseaux islamistes par le Qatar et la Turquie, deux régimes autoritaires qui soutiennent de longue date les Frères musulmans. Mais cela ne s’arrête pas à l’idéologie : ce sont ces mêmes régimes qui ont soutenu Abou Mohammad al-Jolani et son groupe terroriste HTS — non seulement politiquement et financièrement, mais aussi sur les plans militaire, logistique, du renseignement et de la formation.

Est-ce une coïncidence ? Bien sûr que non. Il s’agit d’un schéma cohérent et dangereux — un projet islamiste transnational, animé par une idéologie commune, mis en œuvre sous différents visages, et soutenu par les mêmes États qui cherchent à étendre leur influence en exportant l’extrémisme.

Ce constat nous conduit à une question dérangeante :
Sommes-nous arrivés au point où des autocraties étrangères dictent les limites de nos démocraties, exploitant nos institutions, orientant nos politiques, et achetant notre silence à coups de partenariats financiers à court terme et de convenances politiques ?

La vérité est dure. Dans le paysage politique actuel, trop de dirigeants se préoccupent davantage de survivre à leur mandat que d’assurer l’avenir de leur pays. Et lorsque les conséquences inévitables surgissent — une nouvelle attaque, une cellule radicale dévoilée — ils rejettent simplement la faute sur leurs successeurs, surtout si le gouvernement suivant est de droite.

Pendant ce temps, une partie de la gauche politique continue à défendre des groupes liés à l’islamisme, prétendant agir par solidarité avec les musulmans. Mais ce n’est pas de la solidarité — c’est de la trahison. Car l’écrasante majorité des musulmans n’a rien à voir avec cette idéologie extrémiste et ne veut aucunement être associée à cet agenda. 

En donnant du pouvoir à des extrémistes comme Jolani et en normalisant ceux qui partagent son idéologie, les gouvernements occidentaux ne défendent pas l’islam, ils le mettent en danger, en l’associant à des forces que la plupart des musulmans eux-mêmes rejettent. Ce n’est pas lutter contre l’islamophobie, c’est l’alimenter.

Soyons clairs dans notre langage. Ce que nous combattons, ce n’est pas l’islam, c’est l’extrémisme islamiste. Le terme approprié n’est pas « islamophobie », mais « islamistophobie » : la peur et le rejet d’une idéologie islamiste extrémiste et totalitaire, que partagent aussi bien les musulmans que les non-musulmans.

Ne nous laissons pas berner par les étiquettes. Qu’il s’agisse de HTS, des Frères musulmans ou de tout autre groupe de façade, ces organisations sont unies par une même idéologie violente et suprémaciste. Elles portent des masques différents, s’adressent à des publics différents, adaptent leur ton mais leur but est unique : démanteler la démocratie laïque et imposer un régime théocratique ; un califat islamique régi par la charia, s’étendant de l’Afrique au Moyen-Orient, en passant par l’Europe, le Caucase, l’Asie centrale, et chaque pays ou ville qu’ils estiment pouvoir dominer comme « majorité musulmane ». Leurs ambitions sont globales, leur idéologie totalitaire, et leurs méthodes génocidaires.

Ce n’est pas seulement leur idéologie qui est tordue, mais leur plan : un projet délibéré, à long terme, pour infiltrer, influencer et, en fin de compte, transformer nos institutions, nos sociétés et nos lois de l’intérieur.

Ce projet tout entier et toutes les organisations qui le promeuvent, directement ou indirectement, doit être interdit, combattu et démantelé. Il faut démanteler leurs réseaux, exposer leur propagande, couper leurs financements, et les extirper de chaque institution qu’ils ont infiltrée, avant que les dégâts ne deviennent irréversibles.

Si la France se tient réellement du côté de la République, de la laïcité, et de la dignité de son peuple, elle doit faire un choix.
Non entre droite et gauche.
Mais entre ceux qui défendent la liberté et ceux qui veulent la détruire.

On ne combat pas l’extrémisme en lui serrant la main. On le combat en traçant la ligne rouge et en tenant sa position.

L’Histoire n’oubliera pas. Elle se souviendra de ceux qui ont défendu la France…
Et de ceux qui ont ouvert aux ennemis la porte d’entrée de l’Élysée.

                           Ribal Al-Assad, Fondateur et Président de la Fondation Iman.

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Ce que Trump n’a pas dit à Riyad

Le récent retour de Donald Trump à Riyad s’est déroulé dans une mise en scène bien rodée : délégations d’affaire, poignées de mains chaleureuses et flatteries si épaisses qu’elles auraient pu étouffer les moins avertis. Une véritable chorégraphie de l’hospitalité arabe. Mais sous les sourires transactionnels et la rhétorique dorée, le véritable enjeu de cette visite résidait dans ce qui n’a pas été dit. Dans son silence, Trump a révélé bien des choses : sur l’avenir des relations américano-saoudiennes, sur le tissu fragile de la géopolitique régionale, et sur les prémices d’une nouvelle guerre de l’énergie.

La guerre pétrolière à venir

Trump n’a pas averti Mohammed ben Salmane que sa politique énergétique minerait la logique économique de Vision 2030. Et pourtant, elle le fera. En adoptant une stratégie d’extraction tous azimuts et en ouvrant largement les vannes des énergies fossiles américaines—fracturation ou non—Trump place les prix du pétrole sur une trajectoire de collision avec la viabilité économique de l’Arabie Saoudite. Tout prix en dessous de 75 dollars le baril met en péril la base fiscale de l’État saoudien—environ le seuil de rentabilité nécessaire au financement de l’agenda transformationnel du prince héritier. Le projet NEOM a déjà été réduit à l’état d’ombre de lui-même. Et le pire est peut-être à venir.

L’argument de Trump ? L’Amérique vendra plus vite, moins cher, plus longtemps. Des experts comme Daniel Yergin estiment que la production pétrolière mondiale atteindra un plateau avant le milieu du siècle—ouvrant une ultime fenêtre de compétition pour la domination d’un marché en contraction. Trump veut remporter cette course. Mais pour cela, il a besoin que MBS joue le jeu—et ne riposte pas en faisant chuter les prix au point de rendre le pétrole de schiste américain non rentable, avec des coûts moyens de production entre 55 et 70 dollars le baril.

Ironie du sort : lors de son premier mandat, Trump avait expressément demandé à MBS—et par son intermédiaire aux Russes—de réduire l’offre pour stabiliser les prix au profit des entreprises américaines de fracturation. Le prince héritier avait obtempéré, contribuant à maintenir les prix à un niveau permettant au schiste américain de survivre. Quelques années plus tard, Jake Sullivan, pour le compte de l’administration Biden, demandait exactement l’inverse : ouvrir les vannes et faire baisser les prix. Ce revirement brutal n’a pas échappé à Riyad, où la loyauté se mesure désormais en levier, non en mémoire.

Ce tableau omet un fait crucial : le retour imminent à pleine production de pays mis à l’écart comme la Russie, l’Iran, la Libye, la Syrie et peut-être le Venezuela. Si les sanctions s’assouplissent ou si les conditions de conflit évoluent—comme semble l’indiquer la politique étrangère implicite de Trump—ces États pourraient inonder le marché. Ajoutez à cela les transformations structurelles de la demande—véhicules électriques, gains d’efficacité, contraction démographique, ralentissement industriel chinois—et la pression sur les prix ne fera que s’intensifier. La coordination OPEP+ pourrait s’effondrer, transformant d’anciens partenaires en rivaux engagés dans une guerre des prix. Les Saoudiens voient venir la tempête. Leur crainte profonde ? Que la tempête passe… et les laisse derrière. Si le monde saute l’étape des énergies fossiles avant que Vision 2030 n’ait abouti, Riyad risque non seulement une crise économique, mais l’effacement stratégique dans un monde post-carbone que Trump ne sait ni lire, ni affronter.

Et pourtant, dans ses remarques au Future Investment Initiative, Trump a misé sur son lien personnel avec MBS, plaisantant : « Je l’aime beaucoup. Je l’aime peut-être un peu trop. C’est pour ça qu’on donne tant—peut-être trop. » Derrière la flatterie, un message : l’affection a un prix, et il augmente.

Inverser le transfert de richesse

La relation économique entre les États-Unis et l’Arabie saoudite ne repose plus sur un partenariat. Elle vise une inversion—du capital, de l’influence, de la dépendance. La visite de Trump, accompagné de la crème du monde des affaires américain, relevait moins du sommet diplomatique que d’un renversement poli du transfert de richesse.

Le modèle est clair : vendre des armes dont l’Arabie saoudite n’a pas besoin, sous la menace d’une insécurité artificiellement entretenue. Forcer le capital à affluer vers les projets américains. Obliger Riyad à financer des opérations politiques lointaines—comme ce fut le cas avec les moudjahidines durant la guerre froide. Louanger le royaume en public tout en vidant ses caisses en privé. Le ton était séduisant ; le fond, extractif.

Mais derrière cette séduction pointait l’angoisse. Trump ne se bat pas seulement pour que l’argent saoudien continue à affluer vers l’Amérique—il se bat pour qu’il ne parte pas vers l’Est. L’influence croissante de Pékin dans les infrastructures du Golfe, la fixation des prix de l’énergie et les systèmes numériques menace de transformer Riyad en puissance alignée sur deux pôles. Le pétroyuan n’est plus une fantaisie marginale et les serveurs Huawei bourdonnent déjà à NEOM. La véritable peur de Trump ? Que flatteries et F-35 ne suffisent plus à détourner le royaume de l’étreinte chinoise.

Autre absence notable : le traité bilatéral de sécurité jadis promis—ce que Trump avait assuré signer avec l’Arabie saoudite même sans Israël. Lorsqu’il suggéra pouvoir le faire adopter au Sénat sans aide extérieure, Netanyahu aurait répliqué : « Je serais curieux de le voir faire sans mon aide. » Que Trump puisse ou non livrer un traité de type OTAN, il peut encore vendre des F-35 et autres armements surfacturés—des luxes que le royaume peine à justifier en période d’accalmie relative.

Toute cette flatterie s’est déroulée alors que la diplomatie américaine menait activement des discussions avec l’Iran. Les quatre rencontres discrètes entre Whitkoff et le négociateur iranien Abbas Araghchi—deux à Rome, deux à Oman—n’ont pas échappé à l’attention. Tandis que Trump encensait MBS sur scène, son équipe tentait de conclure un accord avec l’adversaire régional principal de Riyad. Une manœuvre classique de mise en concurrence. Que l’ouverture vers l’Iran soit sincère ou tactique reste à voir. Mais l’effet est clair : en flirtant avec un apaisement à Téhéran, Trump indique à Riyad que la loyauté n’est pas réciproque. Ce n’est pas un réalignement—c’est un rapport de force.

Fragmentation et isolement de Riyad

Trump n’a pas mentionné les Accords d’Abraham. Ce n’était pas un oubli. Les accords—dans le contexte saoudien surtout—sont morts. Plus d’un an et demi de carnage à Gaza a ravivé chez la jeunesse saoudienne la cause palestinienne, rendant la normalisation politiquement intenable et culturellement toxique. Mais le virage est plus profond que la simple opinion. Israël, lui, est passé à autre chose. Ses actions au Liban, en Syrie et à Gaza ne sont pas des réactions improvisées, mais les pièces d’une doctrine de fragmentation visant à déstabiliser ses voisins par l’annexion territoriale, l’ingénierie démographique et l’érosion des États. Ce ne sont pas des crises isolées ; ce sont les fronts interconnectés d’une stratégie cohérente de désintégration régionale.

Le désintérêt de Trump, voire son refus de reconnaître cette stratégie israélienne, a envoyé un message clair : Riyad est seul. Au sein de la société saoudienne—et de plus en plus parmi ses élites—s’installe une prise de conscience discrète : l’alignement sur les États-Unis a un prix. Après l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, et maintenant Gaza, la question n’est plus seulement de savoir si Washington peut livrer, mais s’il comprend encore les réalités mouvantes de la région.

Ajoutez à cela une rivalité ouverte avec les Émirats arabes unis, qui ont embrassé la normalisation, renforcé leur coordination militaire avec Israël, et se sont positionnés comme le partenaire du Golfe le plus fiable de Washington. La visite de Trump a subtilement joué sur cette rivalité. Si MBS a le sentiment d’être dépassé, ce n’est pas seulement par Téhéran—mais par un autre prince, désormais stratégiquement allié à Tel-Aviv.

Partenaires ou rivaux ?

Trump ne considère pas l’Arabie saoudite comme un allié stratégique en dehors du pétrole. Il la voit comme un concurrent sur le marché des énergies fossiles. Le parapluie sécuritaire américain s’est effiloché—d’abord en Afghanistan, puis à Gaza. Le royaume paie désormais une forme d’assurance, sous la forme d’armes hors de prix et de soumission diplomatique. L’accord est purement transactionnel : payer, obéir, ne rien attendre en retour.

Mais le royaume s’adapte. Il perçoit les manipulations, sent l’opportunisme, et déchiffre les symboles : une séance photo à la Maison Blanche, pas une place à la table des décisions. Il se réoriente—vers Pékin, vers la diversification économique, vers une résistance à la dépendance.

Si un accord nucléaire est conclu avec l’Iran, l’équilibre basculera davantage. Un retour à quelque chose qui ressemble à la relation américano-iranienne d’avant 1979 ferait de Téhéran un prétendant à l’affection et aux investissements de Trump. L’Iran et l’Arabie saoudite pourraient bientôt se retrouver en concurrence pour attirer les faveurs transactionnelles de Trump.

Le milkshake de Trump et le vide stratégique

Le vrai message de Trump à Riyad était simple : « Nous voulons votre argent, pas votre partenariat. » En langage impérial, c’était une déclaration d’intention mercantiliste. Tel le pétrolier du film There Will Be Blood, Trump est venu avec une paille plus grande—et entend bien boire le milkshake de Riyad. Trump a besoin de paraître fort à l’étranger alors que Washington s’affaiblit chez lui. À Riyad, il a trouvé la scène idéale : un prince à séduire, un royaume à facturer, un public mondial à rappeler qui reste le chef, sans avoir besoin du Congrès.

Mais cette avidité à court terme sape toute stratégie de long terme. Si la cible finale est la Chine, alors la stabilité du Moyen-Orient est une condition préalable. L’obsession de Trump pour les retours immédiats et les accords instantanés va à l’encontre du besoin stratégique d’une région apaisée et coopérative.

Plus frappant encore : Trump n’a offert aucune vision, aucune stratégie pour l’ensemble de la région. Sur toutes les cartes—Liban, Syrie, Yémen, Irak—même dans des gestes symboliques comme sa poignée de main avec Ahmad Sharaa et sa promesse de lever les sanctions contre la Syrie (une démarche qui sera extrêmement difficile à faire passer au Congrès)—les Saoudiens perçoivent surtout de l’incertitude et une Amérique à la dérive. À Riyad, il n’y avait ni cadre, ni doctrine—seulement des applaudissements et des factures.

Conclusion : Ce que Riyad a entendu

Ce que Trump n’a pas dit à Riyad comptait plus que tout ce qu’il a fait. Il n’a pas parlé des guerres de prix pétroliers, des excès israéliens, ni de l’enterrement des Accords d’Abraham. Il n’a offert aucun partenariat—juste de la pression. Aucune stratégie—juste un racket.

Les Saoudiens ont entendu ce silence—fort et clair.

                                           Le billet de Thot

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Quand la valeur MORT l’emporte sur la VIE

Quand la valeur MORT l’emporte sur la VIE

Une loi pour l’instauration du droit à l’aide à mourir vient d’être votée le 27 mai 2025 à l’Assemblée nationale.

Il serait donc en France bientôt plus facile d’accéder à l’euthanasie plutôt que de bénéficier de soins palliatifs.

Avec le vieillissement de la population et les dépenses de soins accrues, ce seront toujours les considérations économiques qui primeront.

On ne soignera donc plus, on ne soulagera plus, on tuera en faisant pression sur les personnes âgées, les handicapés, les patients atteints de graves maladies, qui seront poussés à réclamer qu’on accélère leur mort.

La franc-maçonnerie est à l’œuvre : Jacques ATTALI l’avait bien souhaité et prédit, tout comme la pandémie du COVID, dès 1981. Nous y sommes, et les loges applaudissent !

« L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figure. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c’est la liberté et la liberté fondamentale, c’est le suicide ; en conséquence le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société.Dans une société capitaliste, des machines à tuer, des prothèses qui permettront d’éliminer la vie lorsqu’elle sera trop insupportable, ou économiquement trop coûteuse, verront le jour et seront de pratique courante. Je pense donc que l’euthanasie, qu’elle soit une valeur de liberté ou une marchandise, sera une des règles de la société future.»

Jacques Attali in Recueil d’entretiens menés par Michel Salomon « L’avenir de la vie » 

(Collection « Les Visages de l’avenir » Editions Seghers  – 1981)

Cette loi est une transgression majeure pour notre société : l’interdit de tuer n’existant plus, la boîte de Pandore est ouverte.

Ce vote du 27 mai n’est qu’une étape, et nous devons espérer que les discussions au Sénat permettront de modifier le texte s’il devait être définitivement adopté par l’Assemblée nationale. 

Cette loi mortifère précise qu’il reviendra à un médecin de prendre seul, in fine, la décision de prescrire une substance létale.

Et cette loi prévoit encore un délit d’entrave *à l’accès à l’aide à mourir, puni de deux ans de prison et de 30.000 euros d’amende !

Nous devons rappeler qu’une fin de vie ne se résume pas à un choix binaire entre souffrance et injection létale, et que les soins palliatifs doivent toujours être encouragés et développés.

Le corps médical doit de respecter le Serment d’HIPPOCRATE que nous avons prêté avant le début de notre exercice :  » … Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément…« .

Le risque majeur avec cette loi, compte tenu de l’actuelle démographie médicale et de l’absence criante de structures de soins palliatifs, est qu’il pourrait bien arriver qu’il soit plus facile d’avoir accès à un soignant pour demander une aide à mourir que pour être soigné.

C’est pourquoi nous devons tous continuer à nous battre contre cette loi, « par tous les moyens, mêmes légaux »

                                    Docteur Luc Prunieres 

* Article L2223-2 du Code de la santé publique : 

Entrave à  l’interruption légale de grossesse :

Est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher de pratiquer ou de s’informer sur une interruption volontaire de grossesse ou les actes préalables prévus par les articles L. 2212-3 à L. 2212-8 par tout moyen, y compris par voie électronique ou en ligne, notamment par la diffusion ou la transmission d’allégations ou d’indications de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse :

1° Soit en perturbant l’accès aux établissements mentionnés à l’article L. 2212-2, la libre circulation des personnes à l’intérieur de ces établissements ou les conditions de travail des personnels médicaux et non médicaux ;

2° Soit en exerçant des pressions morales et psychologiques, des menaces ou tout acte d’intimidation à l’encontre des personnes cherchant à s’informer sur une interruption volontaire de grossesse, des personnels médicaux et non médicaux travaillant dans les établissements mentionnés au même article L. 2212-2, des femmes venues recourir à une interruption volontaire de grossesse ou de l’entourage de ces dernières.

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BHL, bientôt trans ?

Qui se souvient de Bernard-Henri Lévy ? C’était un jeune homme des années 70, ami de Mitterrand et de la gauche de pouvoir, un fils de famille, pas d’une très bonne famille, mais riche, son père avait fait fortune dans les bois africains après les indépendances (les administrateurs coloniaux n’étaient plus là pour réguler l’exploitation des fonds et forêts). Lui-même avait fait normale avant de pondre un petit livre bien lancé, La Barbarie à visage humain. C’était l’époque des nouveaux philosophes et de la nouvelle droite. Celle-ci n’était pas de droite et ceux-là pas des philosophes, mais d’habiles publicitaires, de ces intellectuels qui occupaient les médias avant l’invention des réseaux sociaux et des influenceurs. 

Je me le rappelle dans le cul de basse-fosse ripoliné où Tesson avait installé le service culture du Quotidien de Paris, ses petits bureaux blancs et ses machines à écrire qu’on aurait dit tirées d’un paquet de Bonux (c’était une lessive connue à l’époque, comme BHL lui-même). Il venait chercher Jean-Marie Rouart, qui dirigeait le service, pour déjeuner, et menait grand bruit dans sa gabardine bleue, laissant porter sa voix sans trop se soucier de ceux qui travaillaient, et sonner ses souliers ferrés sur le sol. Il s’arrêta devant le bureau de Marcel Claverie, qui faisait tourner le service, journaliste capable, expérimenté, d’ailleurs charmant et d’une grande culture discrète. J’ignore si le jeune homme au Col blanc prétendait impressionner le vieux monsieur, mais je me souviendrai toujours du sourire patient, aimable de Marcel Claverie, et du rapide coup d’œil en coin qu’il me lança. C’était tout ce qu’il y avait à opposer à une telle esbroufe. BHL repartit bientôt, comme les grains passent en bord de mer, sans laisser de trace – rien qu’un léger bourdonnement dans les oreilles.

Le personnage n’a pas disparu aussi facilement, hélas, du paysage parisien. Il avait ses réseaux et ses trucs. Son visage de poupon impérieux et maussade s’épanouit bientôt en un sourire vainqueur : à New York, Sarajevo, Karachi et au centre national de la cinématographie, il a durablement installé un commerce international d’idées faciles fondant une morale dominante. Avec sa revue la Règle du Jeu, il a étendu son pouvoir sur plusieurs arrondissements de Paris et quelques salons de l’autre côté de l’Atlantique. Hélas l’âge est venu, il n’intéresse plus les jeunes. Plus personne ne songe à l’entarter. Il n’a jamais réussi à rédiger un bon livre, et son chef d’œuvre au cinéma, Le jour et la nuit (avec Alain Delon et Lauren Bacall, tout de même, on a de l’argent ou on n’en a pas) a été élu GOAT des nanars. Mais il lui faut toujours des strass et des lumières pour vivre. Comme la vieille vedette du cinéma muet dans Boulevard du crépuscule, il croit dur comme fer à un comme back qui ne saurait tarder. Alors, il publie, et il parle. Il a publié en janvier Nuits blanches, autobiographie rêvée et panégyrique de l’insomniaque qu’il est. Depuis, il en fait la promotion. En voici un passage :

« J’aime l’éveil, la vigilance, être en alerte face aux choses et aux autres. Je n’ai pas attendu les wokes pour être éveillé ! Emmanuel Levinas, qui fut mon maître, le dit : la conscience éthique, le souci d’autrui, sont toujours insomniaques ! »

Et comme le mot woke est à la mode, il a brodé à son propos dans une interview à CNews :

« Les relations de domination existent, ce fondement du wokisme n’est pas absurde. Les relations de domination existent et elles existent aussi dans la langue ». 

C’est touchant, tout de même, ce vieux bateleur qui découvre la lune. Vous vous rendez compte, il peut exister des dominants et des dominés ! Et cela pourrait se traduire dans la langue !? 

Ce n’est plus de la philosophie dans le boudoir, c’est de la philosophie à l’EHPAD. On déplorera sans doute que cette découverte justifie à ses yeux si peu que ce soit le wokisme, mais ce n’est pas le plus important. Le plus poignant est que ce vieux privilégié entre les privilégiés, éternel champion de la richesse, du copinage, des cercles de pouvoir, des réseaux d’influence, des idéologies en vogue, s’avise, les deux pieds déjà dans la vieillesse, qu’il existe des dominés et des dominants ! Mais qu’est-ce qu’on leur apprend à Louis-le-grand ? Et rue d’Ulm ? A conserver leurs privilèges ? Cela, BHL sait le faire, d’instinct. Son engouement pour le woke le rappelle. Entre deux photos, il s’affirme furieusement LGBT : « Changer de genre ? Je suis pour la liberté des gens, pour la liberté des consciences ». 

C’est beau comme l’antique, et cela nous annonce peut-être de nouvelles aventures. BHL trans, c’est pour quand ?

Martin Peltier

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La bataille électorale en Roumanie a enflammé les esprits de tous les Roumains avec un ton de fer

Nos terribles souverainistes, qui puisent leur discours patriotique dans les cercles des services secrets et des loges maçonniques, s’affrontent avec ardeur contre les serviteurs du mafieux international George Soros. Ce dernier n’est politiquement pas correct à mentionner en public comme étant également juif. Sinon, l’Institut Wiesel, qui fait office de police de la pensée en Roumanie, se fâche. Les souverainistes roumains s’opposent également à la bureaucratie européenne, laquelle empêcherait Trump de saluer le monde entier, y compris le brave peuple roumain.

Les figures emblématiques, promues par naïveté ou complicité par la presse alternative dans divers pays, sont Călin Georgescu et George Simion, deux pions du Système, qui parasitent les slogans patriotiques.

De leur côté, les libéraux ont combattu férocement le spectre du prétendu nationalisme au nom des idéaux de la communauté LGBT et du communautarisme européen. Les figures du camp souverainiste étaient parfaitement taillées pour être stigmatisées par toutes les insultes issues du vocabulaire cominternien, puisqu’ils simulaient habilement l’imposture d’héritiers de la tradition nationaliste roumaine. Ce pôle politique a été successivement représenté par Elena Lasconi et Nicușor Dan.

La guerre électorale qui fait rage depuis un certain temps (notamment depuis que Călin Georgescu a été empêché de « sauver la nation » par des discours grandiloquents et des invocations théâtrales du nom de Dieu) a complètement aveuglé les masses. Rares sont ceux qui ont osé parler de ce qui est, en réalité, une immense imposture. Des patriotes sincères mais naïfs, comme tout patriote dans un système électoraliste, n’ont même pas remarqué qu’en s’opposant aux réseaux Soros, ils s’étaient inscrits, sans le vouloir, dans le camp sioniste.

Je l’ai déjà dit et je le répète : le souverainisme pro-Trump est foncièrement sioniste.
Ou, plus précisément, il constitue le masque de la plus sinistre et puissante secte juive : Chabad Loubavitch.
L’administration Trump a pour mission d’imposer une tyrannie technocratique à l’échelle mondiale au profit des forces sataniques qui la dirigent. Et les discours de certaines idoles populaires sur la démocratie, la souveraineté ou nos grands prédécesseurs ne sont qu’un écran de fumée dissimulant une vaste opération spéciale menée par les dinosaures de l’ancien appareil sécuritaire, alliés aux réseaux maçonniques internationaux.

Le premier tour de l’élection présidentielle a clairement démontré que le peuple roumain est parfaitement tolérant, puisqu’il a placé en tête un autre candidat « allogène » : un Rom (Rrom), George Simion, représentant la droite.
Après avoir eu pendant deux mandats un président d’origine allemande, Klaus Werner Iohannis, c’est désormais au tour d’un jeune gitan de diriger la Roumanie.

Cela peut paraître étrange que dans un pays comme la Roumanie, rempli d’intellectuels, d’universités, d’auteurs de livres solides, en somme de gens instruits, si peu aient réussi à échapper aux pièges du système électoral.
Après 35 ans d’expérience prétendument démocratique, après que tous aient eu accès à de nombreux auteurs décortiquant les origines et les mécanismes du système électoraliste, constater que presque toute “l’élite nationale” s’est effondrée dans la bulle trouble de ce jeu sordide est à juste titre tragique.

La maladie est ancienne. La règle d’or de la manipulation dit que la victime la plus accessible du manipulateur est celle qui est convaincue qu’elle ne peut pas être manipulée.

« Qui, moi ? Être manipulé ? Allons donc ! Je suis professeur, monsieur ! »

Nos intellectuels, nourrissant des convictions patriotiques et des illusions électoralistes, malgré leurs diplômes et titres académiques, correspondent parfaitement au proverbe : « Le sot n’est jamais assez sot s’il n’est pas aussi fanfaron. »

                                                                                                                                                 Iouri ROSCA

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Union européenne, Union soviétique 

Les réflexions de deux anciens dissidents soviétiques peuvent nous être une aide précieuse pour comprendre le sens des forces contradictoires actuellement à l’oeuvre au sein de l’Union européenne, tandis que sur l’échelle de la menace des séismes politiques, ces forces-là ne font d’un côté que mieux ressortir ce qu’il y a de mythique dans les espérances de la mondialisation, et de l’autre mieux rendre compte des tensions, également contraires, qui règnent au sein du corps politique français. 

Lorsque Vladimir Boukovski nous avertit : « J’ai déjà vécu dans votre avenir, et ça n’a pas marché ! », qu’Alexandre Zinoviev propose une analyse sans concession de la matrice idéologique qui a présidé à la constitution de l’UE, ils veulent souligner que la voie choisie par la démocratie libérale triomphante ne fait que reprendre, la teinture seule ayant changé, les abstractions qui fondèrent la défunte Union soviétique. 

Identique primat de l’économie, c’est-à-dire matérialisation totale de l’homme, même unilatéralisme de l’histoire menant irréversiblement au bonheur de l’humanité globalisée et sans mémoire, action motrice nécessairement conduite par une élite, sont autant de fondements idéologiques induisant automatiquement des institutions similaires ; le parallèle entre les institutions soviétiques et celles de l’UE laisse effectivement rêveur. 

Au niveau international, dont la France de Macron et l’UE sont comme une maquette annonciatrice, l’objectif est une nouvelle organisation qui soumette absolument les peuples déracinés aux contraintes de l’économie capitaliste, assurant la domination d’une caste ploutocratique.

Dans son ouvrage La Fourmilière globale, Zinoviev décrit le nouveau système hiérarchique qui se met en place en Occident : sous un gouvernement très autoritaire, couvert par un discours démocratique mystificateur, « 20 % de la population (…) vivra dans un luxe inimaginable », 40 % tant bien que mal, et 40 % « en enfer ». Discours mystificateur, parce que derrière l’argument sidérant, interdit de discussion, de la modernité et du « progrès », est institué une sorte d’esclavage mental invisible, dont le « goulag » s’appelle le « politiquement correct » !

Ne retenons aujourd’hui qu’une seule chose. Comme nous savons que l’homme est un animal politique, nous savons en conséquence que tout projet d’éviction du politique, c’est-à-dire d’altération de la Cité des hommes, et in fine, de mutation de la nature humaine elle-même est inexorablement voué à l’échec.

Nos deux dissidents nous l’annoncent : l’UE est condamnée à la même mort que l’URSS ; c’est pourquoi la mondialisation, même si elle arrive à établir un temps ce qui ne peut être que le pire des âges de fer, ne sera pas plus solide que la statue de Nabuchodonosor.

Alors, oui ! « Politique d’abord » ! 

Philippe Champion 

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 Frexit : option ou nécessité ?

“Une politique se juge par ses résultats”. Combien il nous est agréable de voir partout en France, mais aussi dans toute l’Europe, monter la grogne et la colère contre cette structure tentaculaire qu’est l’Union européenne – ce qui n’est pas équivalent à un rejet de l’Europe. Qu’on y voie un bien ou un mal, il est un fait que le Français n’est plus nationalistemais Européen : « Voyez mon bon Monsieur, ma fille veut travailler en Angleterre et se dorer la pilule en Grèce ! Vive l’Europe ! »… Savent-ils au moins ce qu’est la France ?Pourtant, comment leur en vouloir ! Faites l’expérience de parcourir l’Europe ! Quelle différence constaterez-vous entre Berlin et Paris, entre Rome et Amsterdam ? Aucune ! Partout vous ne verrez et n’entendrez que mauvais goût et vulgarité : McDonald’s, accoutrements débraillés, grossièretés, immigrésen pagaille. L’avènement de l’homme liquide a signé la disparition du Français, de l’Allemand, du Grec, etc..

D’aucuns s’inquiètent de ce mouvement d’humeur qui prend de l’ampleur ! Et quand celui-ci chevauche de gros tracteurs qui déchargent du fumier, les queues-plates de sous-préfecture gémissent… Quelle odeur insupportable ! Même la mouvance nationale – RN, Reconquête, droite flamand-rose, droite du désert – a rejoint le camp des idolâtres… Pourquoi devrions-nous quitter cette formidable structure à renflouer nos caisses ? Les discours identitaires fleurissent quidétournent les colères des questions essentielles de souveraineté. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! A quoi servirait-il que la France fut souveraine si c’est pour que le peuple français cessât d’exister ! La finalité de notre action est donc que la France continue à être… à être et à durer ! Mais privés des moyens ad hoc, cet objectif n’est qu’une chimère.

Prenons l’immigration ! Le bon sens nous dit qu’il est impossible de régler le problème migratoire sans quitter l’Union européenne et l’espace Schengen. L’une n’empêche-t-elle pas le contrôle des populations que l’autre s’acharne à faire rentrer ? Voyez pourtant tous ces tartuffes laudateurs de Mme Miel-au-lit, présidente du Conseil qui se vautre complaisamment dans la couche de ses amants américains et trompe ainsi sordidement le peuple italien : « Madame Melonia fait drastiquement baisser l’immigration illégale ! Gloire à Meloni ! Gloire à Rome ! » Certes… Mais l’immigration légale, elle, a explosé ! L’immigration n’a jamais été aussi massive que sous le gouvernement de la blonde à Zelenski ! Les Africains peuvent donc remercier madame Nationaliste :non seulement ils peuvent continuer à nous envahir mais, en plus, on leur octroie des papiers en bonne et due forme pour cela ! Chapeau bas l’artiste ! A contrario, les Anglais qui ont fait le Brexit, ne brillent guère en matière de politique migratoire, preuve que l’indépendance sans le nationalisme est une impasse.

On nous objectera que si demain un parti national arrivait au pouvoir, il aurait la possibilité d’organiser un référendum sur l’immigration et pourrait ainsi supprimer le droit du sol etréformer ou même abolir le regroupement familial. Pour les promoteurs de cette thèse, il suffirait donc d’en appeler à l’ordre juridique français pour rétablir la souveraineté nationale et contrer le droit européen, sans qu’il soit besoin de quitter l’UE, dans la mesure où le droit constitutionnel de notre pays primerait sur le droit européen ; aucun traité ratifié par la France ne pouvant être contraire aux dispositions de la Constitution qui se trouve au sommet de l’ordre juridique interne. En activant une modification constitutionnelle de l’article 89 (par le biais du Congrès ou par voie référendaire) ou un référendum (article 11), nous pourrions inscrire dans la Constitution des principes nous permettant de stopper l’invasion migratoire. Ceux qui mettent cette option en avant nous le répètent : si le droit européen est effectivement supérieur à nos lois, il n’est pourtant pas supérieur à notre constitution quand celle-ci est défendue !

Certes, admettent-ils, un bras de fer s’engagerait alors avec l’Union européenne. Celle-ci ne manquerait pas de déférer la France devant la cour de justice européenne mais,elle n’aurait guère les moyens de nous menacer très longtemps puisque la France est un pays contributeur net au budget de l’UE, contrairement à la Hongrie de Victor Orban qui reçoit de fortes sommes de l’institution. Autrement dit, nous serions en situation de force et pourrions avancer : « Si vous sanctionnez la France, nous coupons les fonds ». Ce scenario soulève néanmoins deux questions : est-il viable et, plus important encore, pourquoi faudrait-il rester à tout prix dans une institution que nous n’aurions de cesse de combattre ?

Premier point : ne serait-il extrêmement dommageable pour son image et sa crédibilité internationales, qu’un pays prétendre rester dans une institution dont il proclamerait par ailleurs, ne plus vouloir respecter les règles de fonctionnement? Cela serait contraire à tous les principes qui fondent le droit international depuis que celui-ci existe. Tout Etat signataire d’un traité se doit de le respecter ou de s’en extraire ! Pacta sunt servanda ! S’affranchir de ce principe, c’est ouvrir la voie à l’anarchie et au désordre dans les rapports entre Etats, avec toutes les conséquences que cela implique, conséquences dont le conflit ukrainien nous offre une perspective particulièrement inquiétante. 

Deuxième point : pourquoi ceux qui disent vouloir mettre un terme à l’invasion migratoire de la France insistent-ils autant pour rester membre d’une institution dont l’objectif prioritaire consiste à doter l’Europe d’une immigration nombreuse et régulière pour faire tourner ses économies ? C’est un peu comme si quelqu’un voulait absolument faire maison commune avec des colocataires désireux de vivre de manière diamétralement opposée à la sienne ? Absurde ou masochiste ? La construction européenne ne pouvant être modifiée qu’à l’unanimité des pays membres, il est parfaitement illusoire de prétendre changer l’UE du dedans !Croyons-nous que le Luxembourg ou la Hollande y aient intérêt ? Il suffit qu’un seul pays fasse barrage pour empêcher toute possibilité de changement. Puisque tout changement est impossible et que nous ne souhaitons plus respecter les règles d’une organisation qui ne nous apporte rien de bon, tout nous pousse à sortir de l’Union européenne ! 

Hors de l’Union européenne, nous serions enfin en capacité de prendre les mesures indispensables à notre survie, à savoir :  

  • Quitter l’Espace Schengen et rétablir des contrôles aux frontières, en tenant compte des accommodements nécessaires, par exemple pour les travailleurs frontaliers.
  • Dénoncer le Pacte de Marrakech sur les migrations de 2018.
  • Améliorer le suivi des personnes astreinte à obligation de quitter le territoire français (OQTF) et sanctionner les pays d’origine refusant de récupérer leurs ressortissants.
  • Créer un délit spécifique d’obstruction et d’aide au contournement de la loi qui viserait spécifiquement les associations – généralement financées par l’étranger -, qui violent la législation française sanctionnant l’immigration illégale, par la mise en place de filières d’entrée clandestine sur le territoire national.
  • Mettre fin au système des travailleurs détachés et ne plus être assujettis à la jurisprudence ni aux décisions de la CJUE qui limitent notre capacité d’action en matière de contrôle des arrivées et des reconduites aux frontières.
  • Soustraire la France de certains articles de la Convention européenne des Droits de l’Homme (CEDH).
  • Abolir le regroupement familial.
  • Abolir le droit du sol.

              Guillaume Staub 

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La république, entre hypocrisie et rupture criminelle

La république bégaie et elle aime ça. Le dix-sept novembre 2008 à Palaiseau devant des élèves, Nicolas Sarkozy entonnait un véritable chant d’amour au « miracle de la République » et donnait à celle-ci pour première mission de « relever le défi du métissage », le « défi de la diversité », exigeant à cette fin une « mobilisation totale de l’appareil d’État ». Depuis son élection en 2007 il avait, conseillé par Patrick Buisson, nommé un ministre de l’immigration, transfuge du parti socialiste, Eric Besson, pour lancer un grand débat sur l’identité nationale. Aujourd’hui, après avoir parlé de « sentiment de submersion » migratoire, le premier ministre François Bayrou souhaite lui aussi, comme son garde des sceaux Gérald Darmanin, un débat national sur « ce que c’est que d’être français ».

L’actualité a un goût de réchauffé et l’action politique s’apparente à l’art d’accommoder les restes, mais les circonstances ont fortement évolué depuis 2007, l’équilibre démographique et civilisationnel de la France s’est dégradé. La comédie républicaine joue la montre en attendant que ce changement devienne irréversible. Il est aujourd’hui communément admis que Renaud Camus aurait lancé en 2008 une théorie complotiste, celle du grand remplacement, et qu’Eric Zemmour l’aurait reprise pour la vulgariser, puis tenter d’en contrecarrer les effets depuis qu’il s’est lancé en politique. C’est une fable : le Front national et Jean-Marie Le Pen avaient observé et analysé la chose entre la fin des années 70 et les années 90 du siècle dernier. Quand les carabiniers d’Offenbach Camus et Zemmour ont été mis en scène pour en parler, le phénomène était déjà bien avancé. On a fait mine d’y voir une nouveauté, alors que, manifestement, les élites politiques, économiques et idéologiques savaient à quoi s’en tenir, puisque l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing, avait déclaré dès 1991 que l’on était passé de « l’immigration » à « l’invasion ». Voilà plus qu’un sentiment, un bon début de submersion, il y a trente trois ans, dix-sept ans avant Camus.

Aussi une question se pose-t-elle, toute simple : pourquoi la république fait-elle mine à intervalles régulier de découvrir le mal, sans rien faire pour le guérir ? La réponse est tout aussi simple : parce qu’elle ne veut pas le guérir, et elle ne veut pas le guérir parce qu’elle le souhaite et l’a programmé. Elle promeut le phénomène que quelques-uns font mine de combattre quand les autres l’organisent. Relisons Sarkozy, c’était sans ambiguïté : il ne s’agissait pas de s’opposer à l’invasion mais d’y adapter la république. De même, quand Bruneau Retailleau dit tout bas ce que Le Pen disait tout haut voilà quarante ans, il tient sa partition dans cet orchestre : pendant huit lustres, pas plus que son mentor Villiers, il n’a entrepris d’entraver une invasion qui était encore aisément jugulable. La différence entre la droite et la gauche tient dans ce que l’une s’efforce de rassurer en parole son électorat quant à la sécurité et au coût de l’intégration. Elle avoue aujourd’hui pour gagner des électeurs ce qu’elle a longtemps nié, pour garder des postes ou par conviction.

C’est donc une erreur de se focaliser sur les foucades d’un Mélenchon à l’extrême gauche. Lui aussi fait partie du groupe. Il y tient la grosse caisse, attaché à faire le plus de bruit possible. Sans souci de cohérence. Un jour il condamne ceux qui attirent l’immigration en France, le lendemain il jette « Je ne peux pas survivre quand il n’y a que des blonds aux yeux bleus ». Cette fois, il vient de faire scandale en disant à la tribune : « Il y a une nouvelle France, c’est la nôtre. La ruralité n’est plus peuplée de paysans comme autrefois, de 7 millions en 1945 ils sont passés à 400.000 aujourd’hui (…) La nouvelle ruralité n’est pas non plus composée de Français de souche restés là comme sur une île. La ruralité est brassée. Arrivent dans la ruralité pour acheter, des gens des quartiers populaires ». Et de tweeter : « Dites-le à vos enfants, vos petits-enfants : nous sommes la Nouvelle France ». Ce qu’il dit est en gros vrai. Il confirme le grand remplacement en cours dans le cœur de la France historique, la paysannerie, sous le double effet de l’exode rural et de l’invasion. 

Il faut néanmoins rappeler deux faits. D’abord, ce thème n’est pas neuf dans le discours de Mélenchon. En 2018 à Epinay-sur-Seine lors de la rentrée nationale des « quartiers populaires » (euphémisme obligatoire pour désigner une banlieue d’immigration), il avait chanté la « nouvelle France », les « nouvelles populations », celle qui « continue le pays », celle « sur qui nous nous appuierons pour tout changer ». En somme, dès le début, il a conçu la « créolisation » du pays comme une révolution démographique, sociologique et politique. Ce faisant, il ne dit pas autre chose que Nicolas Sarkozy, il faut adapter la France aux nouvelles populations, il met à jour le projet transpartisan que mènent subrepticement les élites républicaines depuis cinquante ans. S’il avoue ainsi, c’est pour la même raison qu’une part de la droite vient d’être autorisée à « parler comme l’extrême droite », c’est que le processus est abouti, qu’il est trop tard pour l’enrayer. Même si l’immigration cessait d’un coup, le simple poids de la démographie achèverait le grand remplacement.

Et puis ce phénomène n’est pas neuf. Dans les années quatre-vingt-dix, j’avais dénoncé dans National Hebdo ce processus en train d’aboutir : le pays légal, à force d’encourager l’invasion d’une main et de brimer la famille de l’autre (un exemple clef, la concomitance de la loi Veil et du regroupement familial) était en train d’imposer, petit à petit mais de plus en plus vite, le pays virtuel dont il rêvait – si bien qu’au bout du compte le pays réel se trouve en grande partie remplacé par le pays virtuel, ce que constate sur un ton triomphal Jean-Luc Mélenchon, trente ans après. Or la nation est le groupe des gens nés d’une même souche accouchée par l’histoire, même langue, civilisation, religion chrétienne, mais aussi peuples cousins de génétique voisine : elle ne peut s’étendre à d’autres que dans une certaine mesure, De Gaulle l’avait parfaitement exprimé. La politique que mène la république est une rupture de masse, criminelle, nappée d’hypocrisie. Pour ce crime de haute trahison la république doit payer. Et d’autre part, seule une forte remigration peut guérir la nation blessée.                                                                                                                                                                        

Martin Petier

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COMMUNIQUÉ DE L’ACTION FRANÇAISE : MARINE LE PEN CONDAMNÉE

Les technocrates de Bruxelles et la république en France entendent empêcher Marine le Pen d’être candidate à l’élection présidentielle.

Au-delà du mépris pour le peuple de France, le scandale de la peine d’inégibilité de Marine le Pen avec exécution immédiate ne peut que faire croître chez nos concitoyens l’idée que notre pays, privé de souveraineté depuis trop longtemps, est occupé par une oligarchie qu’il est nécessaire de renverser.

Autre enseignement : cette condamnation montre à quel point la stratégie de dédiabolisation engagée par Marine le Pen s’est avérée totalement contreproductive. Après avoir politiquement exécuté le père et engager le Rassemblement National dans un philosémitisme exacerbé avec la visite de Jordan Bardella en Israël, là-voilà judiciairement exécutée.

Puisse cette condamnation réveiller les Français de bon sens : rien ne pourra se faire sans la liquidation des institutions meurtrières que nous subissons. « La France aux Français » est à ce prix.

Politique d’abord !

             Le Comité Directeur de l’Action Française 

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