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Aujourd’hui — 24 octobre 2026Contrepoints

Le maire du 11e arrondissement de Paris écrit aux commerçants et habitants sans condamner les casseurs

L’empathie de la gauche va toujours aux émeutiers ! Dans une lettre adressée aux commerçants et habitants du 11e arrondissement de Paris, le maire David Belliard ne déroge pas à la règle.

Au début de sa missive, il affirme être solidaire des commerçants victimes des dégradations et des pillages du samedi 17 octobre 2026 et les soutenir. Il rappelle qu’avec « d’autres élu·es », il était « dès dimanche matin à la rencontre des commerçants et des riverains touchés ». Pour lui, sans nul doute, « Ce qui s’est passé est gravissime et inacceptable. » Mais poursuit-il, sans transition : « Toute la lumière devra être faite sur les défaillances du dispositif de sécurité. Une commission d’enquête parlementaire va se constituer, elle devra faire la lumière sur ce qui s’est passé. »

Si nous comprenons bien, le scandale n’est pas dans les pillages mais dans le fait que la police n’ait pas pu les empêcher. Sans doute l’État a-t-il failli ce jour-là, mais ne faudrait-il pas aussi incriminer les pillards et les casseurs ?

David Belliard profite aussi de sa lettre pour remercier « chaleureusement » les 2000 agents de propreté de la ville qui sont mobilisés depuis dimanche pour nettoyer les rues. En revanche, une fois plus, il ne dit mot de la racaille qui a sévi ce samedi 17 octobre.

Pourtant, en tant qu’écologiste patenté, ne devrait-il pas la réprimander ? Elle qui a brûlé des poubelles, alors que la mairie s’efforce de recycler les déchets. Elle qui a démonté des magasins, arraché du mobilier urbain sans se préoccuper du recyclage des matériaux. Elle qui a fait flamber des vélos électriques et ainsi pollué l’atmosphère.

Sans doute David Belliard a-t-il vu dans ces actes de vandalisme ce que le commun des mortels n’a pas su voir : une promotion de l’économie circulaire. Ceux qui se sont servis dans les boutiques ne l’ont pas toujours fait pour eux-mêmes. Beaucoup d’entre eux ont remis les produits en vente sur les plateformes de seconde main comme Vinted, Leboncoin et autre Vestiaire Collective. Ils ont permis à des milliers de personnes de s’offrir des produits neufs à prix réduits. Ils ont agi en faveur du pouvoir d’achat, bien plus efficacement que le Gouvernement. Le maire du 11e arrondissement parisien pense probablement que les émeutiers n’ont fait que de la simple redistribution.

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Manifestations lycéennes : la révolte des enfants-rois

Il fut un temps où l’on se révoltait contre une autorité qui exigeait trop. Nous voici à l’époque où certains se révoltent contre une institution qui n’exige presque plus rien.

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La CGT de France Télévisions réclame le départ de journalistes pour avoir montré les émeutes

Dimanche 18 octobre sur France 2, le journaliste Laurent Delahousse a présenté « Au cœur des violences », un reportage sur les émeutes de la veille. On a pu y voir, notamment, une manifestante se réjouir de la destruction des symboles de la République : « Marianne est en train de cramer ! » et, non loin des émeutes, Jean-Luc Mélenchon, qui a qualifié les événements de « mise en mouvement de toute la jeunesse du pays ».

« Toute l’équipe a failli et doit démissionner ». Voilà ce que la CGT de France Télévisions a déclaré après la diffusion du reportage. Dans un communiqué, le syndicat parle d’un « clip de propagande », et réclame le départ du présentateur et de toute son équipe. L’inversion des responsabilités est totale : les journalistes sont accusés d’avoir décrédibilisé les manifestants, d’être fascinés par la violence et, cerise sur le gâteau, de viser Mélenchon. Pour la CGT, le leader Insoumis ne faisait que répondre à une question sur les revendications, et non sur la violence et les casseurs.

Le rôle de la CGT de France Télévisions est-il de défendre la profession de journaliste ou un parti politique ? Ceux qui ont réalisé ce reportage ont pris des risques évidents pour leur vie. Les images n’ont été ni truquées, ni générées par l’intelligence artificielle : elles ont montré la réalité telle qu’elle est. Si les propos de M. Mélenchon étaient ambigus, ce n’est pas la faute du journaliste, mais de l’homme politique qui aurait dû être plus clair.

Mais l’ambiguïté est du côté de la CGT elle-même. Dans un autre communiqué, le syndicat a eu le toupet de s’inquiéter de la mise à mal de la démocratie et des « passages en force ». Au lieu d’évoquer la responsabilité personnelle des émeutiers, elle a préféré les excuser à demi-mot, dénoncer la « doctrine sécuritaire » et mettre en avant les accidents ayant eu lieu pendant les confrontations avec les forces de l’ordre pour alimenter le narratif d’une violence institutionnelle. Rien d’étonnant, de la part d’un syndicat de gauche marxiste dont l’histoire a été fortement marquée par des actions violentes au nom de la lutte des classes.

Bref, ce qui semble choquer la CGT, ce ne sont manifestement pas les violences commises dans la rue, mais le fait qu’elles soient montrées à la télévision. Lorsqu’un syndicat réclame la tête de journalistes pour avoir diffusé des images qui dérangent, il ne défend ni la profession, ni la démocratie : il cherche à imposer son propre récit.

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Payez vos impôts mais assurez vous-mêmes votre sécurité

Le contrat fondamental entre l’État et les citoyens, «  vous payez des impôts et j’assure la sécurité des personnes et des biens  », celui qui fonde la légitimité de l’État, est désormais sinon rompu du moins sérieusement égratigné. Alors que se profile un acte II de protestation ce samedi, lourd de risques de nouveaux pillages et incendies, le préfet de police de Paris a donc recommandé mercredi soir aux entreprises et aux commerces de… se débrouiller seuls. Il a en tout cas reconnu que police et gendarmerie ne pourraient pas assurer la protection de chaque établissement, et conseille à ceux qui peuvent se le permettre de recourir à des agents de sécurité privée. Très bien : dans ce cas, les contribuables seraient fondés à recommander à l’État, s’il le peut, de recourir à d’autres impôts que les leurs.

Après tout, pourquoi les nervis et les black blocs se priveraient-ils, au vu de ce qu’ils risquent ? Les rares interpellés du week-end dernier ont écopé, pour l’essentiel, de non-lieux ou de quelques mois de prison avec sursis. Quand on gagne la première manche, on essaie généralement de remporter la deuxième.

Le courrier précise par ailleurs, à l’intention du public, qu’en cas d’intrusion il ne faut pas chercher à s’interposer mais appeler le 17  qui ne répondra pas, débordé. Très bien. Mais en cas d’intrusion au domicile, comme on en a constaté samedi dernier à un niveau sans précédent, quel type d’arme pourrait-on légalement utiliser ? La lecture d’un discours présidentiel, dans un but d’anesthésie foudroyante, serait-elle autorisée ?

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Alexandre Skobov : « Je refuse d’être une monnaie d’échange »

Alexandre Skobov est né à Leningrad en 1957. Étudiant en histoire, il jette depuis un toit, en 1976, des tracts appelant à un « socialisme humaniste » et publie une revue clandestine. Arrêté par le KGB, il est condamné à six mois de prison, puis à trois ans d’internement psychiatrique. En 1981 il rejoint la première tentative de création d’un syndicat indépendant en URSS, et en 1982, un texte publié dans un circuit de diffusion clandestin, le samizdat, lui vaut cinq nouvelles années d’hôpital psychiatrique. Il en sort durant l’été 1987, à l’époque de la Perestroïka.

Trente-sept ans plus tard, il est de nouveau enfermé. Arrêté à Saint-Pétersbourg en avril 2024 après avoir publié un article contre la guerre en Ukraine, il est condamné le 21 mars 2025 par un tribunal militaire à seize ans de détention pour « justification du terrorisme » et « participation aux activités d’une communauté terroriste », ce second chef pour son rôle au sein du Forum Russie libre. Son appel a été rejeté en avril 2026. En août, la justice russe lui infligeait une amende de plus pour un slogan pro-ukrainien (« Gloire à l’Ukraine, gloire aux héros ! ») lancé à ses gardiens.

C’est de la colonie de haute sécurité d’Elets (région de Lipetsk) qu’il a écrit une lettre adressée aux Américains. Elle porte sur les négociations en cours entre Washington et Moscou : des prisonniers politiques russes contre un allègement des sanctions. Donald Trump a confirmé le 18 octobre que les discussions incluaient des détenus, et Moscou a reconnu ce dialogue le 20 octobre. Skobov demande que son nom soit retiré de toute liste.

La raison tient en une phrase : « Les sanctions ont un impact réel sur la situation au front. Les lever avant le gel des opérations militaires reviendrait donc à aider l’agresseur. » Sa position reste ferme en ce qui le concerne personnellement : « Je ne donnerai pas mon consentement pour devenir une monnaie d’échange dans une telle transaction. »

Suit la phrase la plus importante du texte, qui  vise ceux qui prétendent le sauver : « Personne n’a le droit d’exiger quoi que ce soit des otages. » Skobov ne condamne pas les détenus qui accepteraient d’être échangés ; il condamne la pression exercée sur eux pour qu’ils le fassent. Un consentement arraché à un homme enfermé n’est pas un consentement. Et pour sa part il s’y refuse : « Je suis un acteur à part entière, autonome et toujours capable d’agir… Et j’espère très sincèrement qu’on ne laissera tout simplement pas Trump mener à bien cette transaction indigne. » Skobov préfère rester enfermé mais digne plutôt que de recouvrer la liberté au prix d’une telle complicité.

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L’Afrique se tourne vers les biotechnologies végétales

L’Afrique est le continent qui souffre le plus de la faim. Qui plus est, sa population continue de croître à une vitesse fulgurante. Pour faire face à cela, plusieurs pays africains décident de se tourner vers les biotechnologies végétales pour sécuriser leurs approvisionnements alimentaires. Le numéro 40 de Biotechnologies végétales info fait état des dernières recherches dans quatre pays africains.

Le Kenya est l’un des pays du continent les plus avancés dans la recherche biotechnologique. Actuellement, on y fait des recherches sur l’édition génomique du sorgho afin qu’il résiste au striga, une herbe parasite qui ravage les récoltes. On travaille également sur le maïs pour le rendre résistant à la nécrose létale, une maladie virale dévastatrice dans cette région du globe, et sur le bananier pour empêcher le flétrissement bactérien et améliorer la teneur en vitamine A de ses bananes.

Restons dans la banane et rendons-nous en Ouganda, pays qui possède l’un des programmes CRISPR (outil de modification génétique révolutionnaire, décrit comme des « ciseaux moléculaires ») les plus avancés pour la banane plantain avec des tests pour obtenir des variétés résistantes aux nématodes et aux tâches foliaires noires, sans que cela ne modifie son goût.

Au Nigéria, les efforts de l’édition génique se portent sur deux plantes-clés de l’alimentation locale, à savoir le niébé et le manioc. Pour le premier, l’objectif est de créer des variétés qui ne s’ouvrent pas prématurément afin de réduire les pertes dans les champs, et pour l’autre, de réduire la teneur en cyanure et d’allonger sa durée de conservation post-récolte car à l’heure actuelle, le manioc frais pourrit en 48 heures.

Enfin en Ethiopie, la création d’une variété de teff (céréale endémique du pays) a permis d’augmenter radicalement les rendements. Les nouvelles biotechnologies végétales sont également utilisées pour la moutarde locale, afin d’améliorer la composition en acides gras de son huile.

Les pays en développement se saisissent du problème et montrent la voie. Si le Parlement européen a adopté un texte visant à permettre la recherche, la culture et la vente de plantes dont le génome aura été modifié par les nouvelles biotechnologies végétales, il faut aller plus loin et s’emparer sérieusement des nouveaux défis qui nous attendent.

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Hier — 23 octobre 2026Contrepoints

Décarbonation : la drôle de guerre climatique

Les périodes de canicule de cet été 2026 ont mis en évidence l’insuffisance criante des moyens publics « d’adaptation » aux phénomènes météorologiques extrêmes.  Pour la France en effet, seule compte   la « décarbonation » de son économie, dans le cadre d’une « transition » dont la justification est de   limiter   la hausse de la température mondiale.  C’est le combat emblématique des décideurs publics : la loi Energie et Climat de novembre 2019 maintient dans le droit français l’objectif de la « neutralité carbone » à l’horizon 2050.

Des milliards pour un effet non mesurable

La neutralité carbone en 2050 en France signifie en pratique des investissements annuels compris entre 60 Md€ et 100 Md€ selon les estimations……pour un évitement d’ici à 2100 d’environ 18 milliards de tonnes de CO2 cumulées. Pour le GIEC, chaque « paquet » de 1000 milliards de tonnes de CO2 émises conduit à une élévation estimée de la température mondiale de 0,45°C en 2100 (dernier rapport du GIEC aux décideurs). Sur la base de cette évaluation « officielle », un calcul simple montre que l’impact de la neutralité carbone française en 2050 sur la température mondiale en 2100 serait de moins d’un centième de degré… soit un effet non mesurable.

La France représente moins de 1% des émissions de CO2 anthropiques mondiales, l’Europe moins de 10% ; quant au reste du monde, soit plus 90%, il ne peut pas envisager son développement sans un recours permanent aux combustibles fossiles.

Concrètement, malgré toutes les COP, les émissions de CO2 ont  continué de croître  de 0,6 % par an ces dix dernières années, et quand entre 2013 et 2023,  la France faisait baisser ses émissions annuelles  de 0,06 gigatonnes   ( en partie du fait de sa désindustrialisation) , la Chine et l’Inde les augmentaient de  3 gigatonnes, soit  un  rapport défavorable de 1 à 50 (chiffres de Global Carbon Budget).

Bien sûr, la Chine, gros consommateur de charbon, développe les énergies renouvelables… mais associées à un appoint électro-charbonnier massif et indispensable pour l’équilibre du réseau : environ 300 GW électro charbonniers sont en cours d’installation sur   10 ans, soit l’équivalent de cinq fois la totalité du parc nucléaire français.

L’obsession tout électrique verte

La société est aujourd’hui embarquée dans une « transition tout électrique » généralisée. L’Etat vient de financer à hauteur de 260 millions d’euros la mise à niveau des installations portuaires pour la mise en place d’éoliennes en mer, dont on sait que pour l’essentiel elles visent à se substituer à de l’électricité déjà décarbonée (le nucléaire et l’hydraulique), tout en nuisant à la stabilité du réseau et à la bonne marche des centrales nucléaires existantes qui ne sont pas faites pour servir d’appoint à l’intermittence.

L’objectif de la neutralité Carbone en 2050 est de baisser de 90% la consommation des combustibles fossiles qui assurent aujourd’hui en France de l’ordre de 60% de notre énergie utilisée (transport, chauffage industrie). C’est plus de 50% (90% de 60%) de notre consommation énergétique totale qui doit disparaître où être remplacée par de l’électricité « verte ». C’est colossal.

Il va falloir par exemple assurer les appels de puissance de pointe et trouver un appoint décarboné à la hauteur des énergies intermittentes que l’Etat veut développer massivement : un double mur énergétique dont on peut se demander comment on va le franchir.

L’exemple de la voiture électrique

Le cas des voitures électriques est intéressant : RTE a chiffré pour  le Sénat  à 700 MW l’appel de puissance supplémentaire nécessaire à  la  recharge de 1 million de voitures électriques en circulation (Éclairer l’avenir : l’électricité aux horizons 2035 et 2050) . Puis, en 2024, son estimation a été revue à la baisse à 400 MW…. ce qui en dit long sur la qualité de la prévision d’une donnée technique essentielle. Quand en 2050 les 35 millions de véhicules en circulation seront électriques, cela représentera une puissance appelée équivalente à la puissance de 25 ou 15 tranches nucléaires.

Face à cela, RTE prévoit un mode de gestion tout à fait « innovant » où le véhicule changerait de nature et deviendrait un « véhicule réseau »:  sa recharge  serait non seulement pilotée par RTE mais la batterie de l’abonné  pourrait être déchargée partiellement pour alimenter le réseau électrique en cas de besoin.  Le client deviendrait ainsi le prestataire de réserve de son fournisseur…

En théorie, tout ceci serait bien sûr encadré au profit de l’utilisateur, mais qu’en sera-t-il réellement ?   Avec quelles contraintes tarifaires et règlementaires et quel impact sur la liberté de circulation ? D’autant que cela ne suffira pas.

Le soutien à l’intermittence et aux appels de puissance de pointe nécessitera de toute façon   des installations décarbonées de réserve   de très forte puissance qui n’existent pas à l’heure actuelle (RTE cite l’hydrogène vert).

Une question légitime

Aujourd’hui, force est de considérer que nous sommes poussés de façon subreptice par une forme d’aventurisme dans « une fuite en avant électrique verte » qui n’est pas à l’abri d’un échec… pour moins d’un centième de degré !

La question légitime est bien de savoir s’il faut poursuivre cette politique de « transition tout électrique » jusqu’au-boutiste, doctrinaire et hasardeuse ou se fixer l’objectif d’un nouveau mix énergétique diversifié, solide, et résilient.

Les pouvoirs institutionnels et en particulier l’Etat et RTE se prévalent aujourd’hui de préparer l’avenir.

Mais ils le font d’une façon qui suscite une interrogation légitime : manifestement sans se poser de questions, en faisant courir à la société des risques aussi masqués que peu calculés et en dépensant des centaines de milliards d’euros pour tenter d’infléchir une trajectoire de température sans perspective d’efficacité.

Mesurent-ils la responsabilité qu’ils prennent vis-à-vis de la société ?

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La préfecture de police encourage la création d’une police privée

C’est un aveu d’échec : dans un courrier qui leur était adressé, la préfecture de police a invité les commerçants à faire appel à des agents de sécurité privée en vue des prochaines émeutes, appelées timidement « mobilisations », prévues le 24 octobre. Patrice Faure, le préfet de police de Paris, a prévenu que le dispositif de maintien de l’ordre renforcé ne pourra « garantir à lui seul la protection de chaque établissement ». Ils sont encouragés à adapter leurs horaires, voire à ne pas ouvrir du tout, à baisser les rideaux métalliques, à protéger les vitrines et à rentrer le mobilier des terrasses.

Les commerçants devront donc payer eux-mêmes pour assurer leur propre sécurité. À ce stade, à quoi bon continuer à payer des impôts ? Dans le pays quasi champion du monde en la matière (le ratio prélèvements obligatoires/PIB de la France était de 43,5 % en 2025 – le deuxième plus élevé après le Danemark), on pourrait s’attendre à ce que l’État soit capable d’assurer ses fonctions régaliennes. Mais non. L’État providence, qui se mêle par définition de tout et n’importe quoi – de l’économie, l’agriculture, l’éducation, en passant par l’égalité hommes-femmes ou l’intelligence artificielle – n’est, de toute évidence, plus capable d’assurer ses missions premières.

Devant les hordes de racailles qui n’hésitent même plus à pénétrer dans les immeubles et à brûler des appartements, les services de sécurité privé ne suffiront probablement pas aux commerçants et aux habitants. Si ceux qui nous gouvernent continuent de faire le choix politique de l’insécurité, il conviendrait également d’ouvrir un débat sur la légalisation du port d’armes à feu , le droit de résistance à l’oppression étant un droit naturel consacré par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, voire sur la privatisation des rues – ce que l’économiste Bertrand Lemennicier défendait, notamment pour lutter contre la criminalité. Une société libre ne peut durablement reposer sur des citoyens sommés de payer toujours plus pour une protection dont ils doivent ensuite financer eux-mêmes les substituts.

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Toucher aux allocations des pillards suppose une loi, et le gouvernement le sait sûrement

Il est étonnant que l’on s’interroge sans fin sur la possibilité de restreindre les prestations sociales des pilleurs. Pour n’importe quelle personne normale, cela va de soi. Les ministres du Logement et de la Justice ont annoncé le 19 octobre une circulaire en ce sens : les revenus tirés de la revente des biens volés seraient pris en compte dans le calcul des droits sociaux et déduits des allocations chômage, des aides au logement, des allocations familiales et du RSA. « Les prestations sociales, c’est terminé », a écrit Vincent Jeanbrun. Mais une circulaire, c’est une instruction interne d’un ministre à son administration, qui lui dit comment appliquer le droit existant. Elle ne peut, sauf cas particulier, ni créer ni retirer un droit, et celle qui prétendrait supprimer une allocation serait sans doute annulée selon la jurisprudence Duvignères. Pour suspendre les allocations familiales des parents d’élèves absentéistes, il a fallu une loi, celle du 28 septembre 2010, appelée aussi la « loi Ciotti », puis une autre loi, du 31 janvier 2013, pour l’abroger. Un décret ne suffirait pas non plus car les conditions d’attribution sont dans la loi et un décret ne peut pas abroger une loi.

Le principe qui veut que l’on paye pour une infraction, des exactions, n’a rien de sévère : il est la condition même de la liberté. Une société d’adultes est une société où chacun assume les conséquences de ses actes. C’est l’inverse que nous faisons. Nous avons un État qui ne protège plus et qui multiplie les garde-fous à une vitesse exponentielle. Voter une loi semble devenir nécessaire ; et que les juges ensuite appliquent strictement (« implacablement », dirait M. Macron ?) le droit, c’est leur métier ; les éducateurs, psychologues, excusologues de tout poil pourront ensuite éventuellement prendre le relais. Mais l’urgence est en priorité de punir. Il ne faudrait pas retenir sur les aides sociales que le prix des objets volés, mais les condamnations prononcées en réparation des exactions et dégradations commises. Souhaitons que la loi le prévoit très vite, par exemple dans le projet de loi « casseur payeur » en cours d’examen.

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Google paie 400 titres de presse et augmente les liens sans qu’aucune loi ne l’y oblige

Google a publié il y a quelques jours deux annonces qui, mises côte à côte, valent mieux que quinze ans de contentieux. La première : son programme de licence «  News AI  » compte désormais plus de 400 publications dans le monde, que Google rémunère pour l’usage de leurs contenus. Parmi les derniers entrants, Axios, CNN, le Financial Times et Forbes, ainsi que des titres locaux américains comme le Texas Tribune, le Post and Courier ou Oil City News. La seconde : Google a nettement augmenté le nombre de liens dans ses réponses générées par l’intelligence artificielle, et les place plus haut dans la page. Autrement dit, la firme paie des journaux qu’aucun texte ne lui impose de payer, et remet les liens que ses propres résumés automatiques avaient fait disparaître.

Il ne s’agit évidemment pas de philanthropie. Les réponses de Google sont fabriquées à partir des pages qu’il indexe : si les sites cessent de publier, il perd la matière dont il fait ses résumés, et contrairement aux assistants conversationnels, qui ne renvoient presque personne vers les sites, il ne peut pas se permettre de laisser le web se vider. Google a besoin des médias, et les médias ont besoin de Google.

Comparons maintenant avec la méthode française. Ces dernières années, Google a dû payer en France 500 millions d’euros d’amende en 2021 et 250 millions en 2024, soit 750 millions encaissés par le Trésor public et non par les journaux, auxquels s’ajoutent les droits voisins versés aux éditeurs, estimés à 25 ou 30 millions par an pour la presse quotidienne et régionale.

Au titre des droits voisins, Google paye pour afficher un extrait et un lien : l’éditeur touche de l’argent, mais le moteur a désormais intérêt à citer moins, voire à ne plus citer du tout. Le programme annoncé le 15 octobre fait l’inverse : l’éditeur fournit un contenu enrichi, Google le paie pour cela, et chacun obtient ce qu’il cherchait, une matière exploitable pour l’un, de l’argent et des liens vers ses pages pour l’autre.

Ces initiatives plaident pour la concurrence. Ce qui a fait bouger Google en octobre, ce n’est pas une amende : c’est l’apparition d’assistants comme ChatGPT, Perplexity ou Copilot, qui répondent à la question posée mais sans renvoyer vers les sites. La meilleure protection de la presse n’est donc pas la bienveillance du moteur, ni les sanctions prononcées contre Google, mais l’existence de concurrents crédibles, ce que la réglementation devrait favoriser au lieu de punir et d’organiser le partage d’une rente.

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Ce ne sont pas les aides qui créent l’emploi, ce sont les petites entreprises

En dix ans, microentreprises et PME ont créé un million et demi d’emplois quand les grandes entreprises en supprimaient 173 000 dans leurs établissements. Pendant ce temps, l’État subventionnait des embauches qui, six fois sur dix dans le secteur marchand, auraient eu lieu sans lui. La carte de l’emploi ne se dessine pas là où va l’argent public.

Dans son Insee Focus n° 362, publié le 24 septembre 2025, l’Insee détaille les créations d’emplois par catégorie d’entreprise entre 2012 et 2022, zone d’emploi par zone d’emploi. Outre la dynamique des grandes entreprises, sur laquelle l’IREF a déjà travaillé, l’étude dresse une carte qui rend visible la disparité territoriale de la création d’emplois.

Le premier enseignement est national. Sur la décennie, les microentreprises ont créé environ 870 000 emplois salariés, les PME 655 000 et les ETI 346 000. Les grandes entreprises, elles, en ont supprimé 173 000 dans leurs établissements existants : leurs effectifs n’ont progressé que par rachat d’établissements aux catégories inférieures. Quatre zones d’emploi sur cinq gagnent des emplois, mais les dix plus grandes aires urbaines — Paris, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Lille, Montpellier, Rennes, Aix-en-Provence et Marseille — concentrent plus de la moitié des créations pour un tiers de l’emploi total.

Le Grand Est et le Nord décrochent

Les grandes entreprises ont surtout supprimé des emplois en région parisienne, dans le Grand Est, le Nord, les bassins industriels lyonnais et certaines localités du Sud-Est. À l’inverse, elles en ont créé dans les métropoles de l’Ouest et du Sud-Ouest, comme Nantes, Bordeaux ou Toulouse.

En Île-de-France, le solde est négatif de 9 348 emplois à Paris, 7 786 à Versailles-Saint-Quentin, 6 859 à Roissy, 6 622 dans la Seine-Yvelinoise et 1 524 dans la zone d’emploi de Melun. Marne-la-Vallée et Évry font exception, avec des soldes positifs.

Le constat est plus sévère encore à l’Est et au Nord. Les zones d’emploi de Belfort (−1 573), Besançon (−1 530), Dijon (−3 913), Metz (−3 444), Nancy (−4 602), Montbéliard (−5 509) et Mulhouse (−7 043) sont durement touchées ; le Grand Est affiche un taux de chômage de 7,9 % au deuxième trimestre 2026. Les Hauts-de-France font pire : Saint-Quentin (−1 969), Valenciennes (−1 913), Roubaix-Tourcoing (−1 737), Lens (−1 259), pour un taux de chômage régional de 10 %, le plus élevé de métropole, contre 8,1 % pour l’ensemble du pays. Lille enregistre pourtant un excédent de 10 943 emplois, ce qui ne fait que confirmer le décrochage des zones périphériques au profit des grands centres.

L’argent public ne suit pas la carte de l’emploi

La Cour des comptes a publié récemment une note thématique sur les dynamiques industrielles françaises et sur les aides aux entreprises. Pour savoir si ces aides pèsent sur la géographie de l’emploi, l’IREF a mis en regard, région par région, le solde d’emplois des grandes entreprises et le nombre de bénéficiaires de contrats aidés — contrats uniques d’insertion et insertion par l’activité économique — recensés par la Dares. La relation est très faible, et elle disparaît presque entièrement lorsque l’on se limite aux treize régions métropolitaines. Aucune causalité ne peut en être tirée : les contrats aidés relèvent pour l’essentiel du secteur non marchand et des petites structures, quand les grandes entreprises n’y recourent qu’à la marge. Ce résultat dit surtout que ces dispositifs ne sont pas l’instrument qui retiendra l’emploi dans les bassins qui décrochent.

La Dares a par ailleurs mesuré l’effet d’aubaine de ces contrats, c’est-à-dire la part des embauches qui auraient eu lieu sans subvention. Elle l’estime à 26 % dans le secteur non marchand et 61 % dans le secteur marchand. Autrement dit, lorsque l’État subventionne une embauche en entreprise, six fois sur dix il paie pour un recrutement qui se serait fait de toute façon. Rapportée aux quelque 20,8 milliards d’euros consacrés aux contrats aidés entre 2012 et 2022, la part des dépenses sans effet propre se chiffre en milliards.

Les créateurs d’emplois sont les plus petits

Pour les autres catégories d’entreprises, le tableau est plus favorable, même si l’essentiel des créations se concentre dans les grandes agglomérations.

Les ETI ont créé plus d’emplois qu’elles n’en ont détruit à Paris (+84 072), Bordeaux (+17 014), Nantes (+16 142), Toulouse (+14 004), Montpellier (+11 260), Rennes (+10 276), Lille (+9 367) et Strasbourg (+5 002). Leurs pertes nettes se concentrent en région parisienne (−2 779 à Cergy-Vexin, −2 750 à Versailles-Saint-Quentin, −2 184 en Seine-Yvelinoise) et dans le Grand Est (−1 919 à Troyes, −1 325 à Montbéliard).

Les PME n’enregistrent quasiment pas de destructions nettes, sauf autour de Paris (−568 à Fontainebleau-Nemours, −252 à Dreux), dans l’Est (−1 076 à Saint-Avold, −986 à Thionville) et dans les Alpes et le Jura (−890 à Saint-Claude, −495 à Briançon). Les grandes agglomérations sont très dynamiques (+143 119 à Paris, +39 696 à Lyon, +25 406 à Toulouse), mais aussi des villes plus modestes : Caen (+6 935), Bayonne (+6 874), Angers (+6 126), Tours (+5 221), La Rochelle (+3 823) ou Lens (+3 669).

Quant aux microentreprises, presque toutes les zones d’emploi présentent un bilan positif, à quelques exceptions près : Châteauroux (−375), Châtillon-Montbard au nord de Dijon (−159) ou Vitry-le-François–Saint-Dizier (−153). Cas remarquable, La Réunion a créé 19 215 emplois nets en dix ans.

Ces chiffres montrent combien la désindustrialisation a pénalisé le Grand Est et le Nord. Mais ils disent surtout autre chose. Sur la décennie, ce sont les microentreprises et les PME qui ont porté l’emploi, à hauteur d’un million et demi de postes, tandis que les grandes entreprises en détruisaient dans leurs propres établissements et ne progressaient qu’en rachetant ceux des autres. Les petits créent, les grands achètent.

La commission d’enquête du Sénat  sur les aides publiques aux entreprises a souligné qu’elles ne sont ni évaluées ni conditionnées. Il serait utile de savoir quelle part en revient aux entreprises qui créent réellement les emplois : cette ventilation par taille n’est aujourd’hui publiée nulle part.

La conclusion s’impose d’elle-même. Ce qui fait vivre l’emploi dans les territoires, ce n’est pas la subvention, c’est l’entreprise qui naît et celle qui grandit. Les soutenir ne suppose pas de nouveaux guichets mais moins de charges, moins de normes et moins de seuils — en somme, moins d’argent public et plus de liberté d’entreprendre.

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Quarante ans de laxisme : la France au pied du mur

Il faut le dire sans détour : la France ne traverse pas une simple crise. Elle récolte les fruits d’une longue décomposition, patiemment organisée pendant quarante ans par un État qui a confondu générosité avec abdication, compassion avec renoncement, et modernité avec destruction des repères.

Nous avons bâti une société où l’autorité est devenue suspecte, où la discipline est présentée comme une oppression, où le mérite est soupçonné d’arrogance et où la responsabilité a été remplacée par l’excuse permanente. Le résultat est sous nos yeux : une République qui ne protège plus, une école qui ne transmet plus, une justice qui ne sanctionne plus assez vite, et un État qui dépense sans cesse pour masquer l’échec de ses propres politiques.

L’étatisme, cette religion du déclin

L’étatisme n’est pas de la solidarité. C’est une machine à produire de la dépendance.

Chaque problème social a reçu la même réponse : plus d’argent public, plus de programmes, plus de comités, plus de discours. Et chaque échec a reçu la même explication : il faut encore plus d’État. Nous avons ainsi créé une bureaucratie immense, coûteuse, envahissante, qui réglemente tout, contrôle tout, taxe tout — et ne résout presque rien.

L’État français s’est transformé en appareil de redistribution de l’impuissance. Il prélève, il endette, il promet, il échoue, puis il demande davantage de moyens pour recommencer. Ce n’est pas du progrès social : c’est du clientélisme d’État, financé par le travail, l’épargne et l’avenir des Français.

Le pseudo-progressisme, ennemi du réel

Le pseudo-progressisme a fait pire que l’étatisme : il a dissous le sens commun.

Sous prétexte de modernité, on a délégitimé l’autorité, brouillé les normes, relativisé la faute et criminalisé la fermeté. On a enseigné aux enfants qu’aucune règle ne devait les contraindre, aux adultes qu’aucune responsabilité ne devait leur être demandée, et aux institutions qu’aucune sanction ne devait être assumée.

Ce n’est pas du progressisme. C’est une régression déguisée en émancipation. Une société qui ne sait plus dire non devient incapable de protéger le oui : oui au travail, oui à l’école, oui à la sécurité, oui à la dignité de ceux qui respectent les règles.

Les banlieues : l’échec d’une politique de compensation

Parlons enfin clairement de la politique dite « de la ville ». Des décennies de plans, de subventions, d’associations financées et de grands discours n’ont pas produit l’intégration promise. Elles ont trop souvent produit des territoires où l’État est absent là où il devrait protéger, et omniprésent là où il devrait laisser agir la société.

Le problème n’est pas géographique. Il est politique. On a substitué l’assistanat à l’exigence, la compensation à l’égalité réelle, le clientélisme à la République. On a laissé s’installer l’économie parallèle, la peur des enseignants, des commerçants, des forces de l’ordre et des habitants honnêtes.

La vraie politique, ce n’est pas verser davantage d’argent dans des territoires abandonnés à la loi des plus forts. C’est rétablir l’autorité de l’État, faire respecter la loi partout, récompenser le travail, sécuriser les écoles et rendre leur dignité à ceux qui veulent s’en sortir.

Une extrême gauche restée au XIXe siècle

L’extrême gauche se croit révolutionnaire. Elle est surtout archaïque.

Elle continue de penser la France avec les grilles de lecture du XIXe siècle : la lutte des classes, la haine de l’entreprise, le soupçon envers la propriété, la nostalgie du conflit permanent. Pendant que le monde change, elle ressort les mêmes slogans, les mêmes utopies et les mêmes ennemis.

Elle ne propose pas un avenir. Elle propose une revanche. Elle ne libère pas les individus : elle les range dans des catégories, les oppose les uns aux autres et transforme chaque question sociale en guerre civile froide. C’est une idéologie du ressentiment, incapable de construire, mais très douée pour démolir.

Rétablir l’ordre, le respect et la discipline

Il n’y a pas de liberté sans ordre. Pas de prospérité sans discipline. Pas de République sans autorité.

Rétablir l’ordre, ce n’est pas rêver d’un État policier. C’est exiger que la loi soit la même pour tous, appliquée partout, sans angélisme ni tolérance sélective. C’est protéger ceux qui travaillent, ceux qui étudient, ceux qui respectent autrui.

Rétablir le respect, c’est réhabiliter l’école, la famille, le travail, le mérite et la parole donnée. C’est cesser de traiter les délinquants comme des victimes et les citoyens respectueux comme des coupables potentiels.

Rétablir la discipline, c’est redonner à l’école son autorité, à la justice sa rapidité, à l’administration son sens du service et à l’État sa limite. Car un État qui veut tout faire finit par ne rien faire correctement.

Le choix devant nous

La France n’est pas condamnée. Mais elle ne se redressera pas avec des mots doux, des commissions supplémentaires ou des promesses électorales.

Il faut choisir : la responsabilité ou la dépendance ; le mérite ou le nivellement ; l’autorité républicaine ou la loi du plus fort ; le travail ou l’assistanat généralisé ; la liberté ou le contrôle étatique.

Quarante ans de laxisme ont suffi. Il est temps de reconstruire une France exigeante, libre et fière — une France qui ne demande pas moins de règles, mais de meilleures règles, appliquées avec fermeté et justice.

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Candidats et retraites : le vrai courage serait de parler du régime des fonctionnaires

Pour la première fois, le budget indique ministère par ministère ce que coûtent les retraites des agents de l’État : à l’Éducation nationale, elles absorbent près d’un tiers des crédits. Les candidats à la présidentielle de 2027, eux, promettent presque tous de supprimer les régimes spéciaux des entreprises publiques, qui sont déjà fermés. Mais aucun n’évoque le régime des fonctionnaires d’État, qui a coûté en 2025 plus de 65 milliards d’euros.

Annexé au projet de loi de finances pour 2027, un document détaille ministère par ministère le poids des contributions que l’État verse au compte d’affectation spéciale Pensions pour la retraite de ses agents. À l’Éducation nationale, 32 % des crédits, soit 28,5 milliards d’euros, partent dans ces pensions. Au ministère de l’Intérieur, ce sont 30 %, et 35 % pour la seule mission Sécurités. Viennent ensuite la Justice à 21 %, l’administration générale et territoriale à 17 %, la Défense à 12 %. Toutes missions confondues, la moyenne s’établit autour de 13 %, et la dépense totale du compte Pensions est prévue à 69,8 milliards pour 2027. Autrement dit, quand un gouvernement annonce des milliards pour l’école, ils ne vont pas tous, loin s’en faut, à l’amélioration du système, des conditions d’enseignement, de la rénovation des bâtiments ou autres urgences : près d’un tiers financent les pensions des agents à la retraite.

Cette nouvelle transparence n’a  rien de spontané, c’est l’article 75 du projet de loi de finances qui l’impose. Nous écrivions il y a peu que les retraites des fonctionnaires n’avaient pas de tableau dans le budget. Elles en ont maintenant un.

Tous promettent de supprimer… des régimes déjà fermés

Qu’en disent les candidats ? Passez en revue leurs positions sur les retraites : dans les débats, le curseur se déplace entre l’âge et la durée, les plus audacieux le poussant jusqu’à une unique promesse, celle d’en finir vraiment avec les régimes spéciaux. Gabriel Attal y tient,  insiste, Édouard Philippe aussi, Bruno Retailleau annonce la suppression des « régimes spéciaux restants », Marine Le Pen et Jordan Bardella parlent d’harmonisation, Raphaël Glucksmann de convergence progressive. Seule la gauche de Jean-Luc Mélenchon et de Fabien Roussel assume de les maintenir.

Le consensus est confortable, car ces régimes sont déjà condamnés. Seuls les nouveaux embauchés relèvent, depuis le 1er janvier 2020 à la SNCF et le 1er septembre 2023 à la RATP, du régime général, la clause dite « du grand-père » préservant le régime et les avantages des anciens.  Le Conseil d’orientation des retraites en constate la conséquence : les derniers cotisants de la SNCF disparaîtront à la fin de la décennie 2060, mais le régime comptera encore 63 000 retraités en 2070, la subvention publique couvrant alors plus de 94 % de ses ressources. Promettre de supprimer ce qui est fermé depuis six ans et s’éteindra dans un demi-siècle ne coûte rien, et c’est précisément la raison pour laquelle tout le monde le fait.

Les sommes en jeu sont d’ailleurs modestes au regard du reste : le budget 2026 consacre 3,22 milliards d’euros à la SNCF et 885 millions à la RATP. Cherchez en revanche, dans l’inventaire des programmes, une phrase sur le régime des fonctionnaires d’État, sur les catégories actives, sur les bonifications ou sur l’alignement des règles entre public et privé : vous ne la trouverez pas.

Une exception, et une seule. David Lisnard s’attaque à l’architecture plutôt qu’au curseur : il qualifie le système actuel de « pyramide de Ponzi » et défend, lui, un modèle hybride associant répartition et capitalisation, ainsi que bien sûr, sans ambigüité,  la fin des régimes spéciaux. C’est à ce jour l’approche la plus ferme du vrai sujet.

Le régime dont personne n’ose dire ce qu’il est vraiment

Car le vrai régime spécial, c’est celui des fonctionnaires d’État, et il n’a même pas de caisse. L’État employeur verse une contribution assise sur le traitement indiciaire, portée de 78,28 à 82,28 % par un décret du 26 décembre 2025. C’est 126,07 % pour les militaires (qui sont aussi des agents de l’Etat mais avec un statut propre), 37,65 % dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière contre 16,67 % dans le secteur privé.

Le régime a versé 65,1 milliards d’euros de pensions en 2025, dont 54,9 milliards (soit 85,9 % de ses ressources) sont venus de la contribution de l’État, comme le montre la Cour des comptes. Quelle part relève d’une vraie cotisation ? Amélie de Montchalin, aujourd’hui Première présidente de la Cour, l’a dit à l’Assemblée en octobre 2025 : sur 52,4 milliards de contributions versées, 11 milliards seulement correspondent à une cotisation calculée au taux du privé. Les 41,5 milliards restants sont une subvention d’équilibre payée par les contribuables, et la Cour a repris ce calcul en septembre 2026.

La dette implicite, elle, est vertigineuse : fin 2025, les engagements de retraite de l’État atteignaient 1 366 milliards d’euros, environ 46 % du PIB. Ils ont reculé de 207 milliards en un an, non par une réforme, mais parce que le taux d’actualisation est passé de 1,38 à 2,21 %. Le montant des pensions que l’Etat paiera aux fonctionnaires retraités n’a, lui, pas été modifié !

D’un côté, un consensus politique pour supprimer des régimes qui coûtent quatre milliards et s’éteignent d’eux-mêmes. De l’autre, un régime qui en coûte soixante-cinq, dont quarante et un de pure subvention, et que pas un programme ne mentionne explicitement. Au même moment, les textes déposés le 1er octobre réclament près de cinq milliards aux retraités du privé.

Toucher au régime des agents de l’État fâcherait beaucoup de monde. Bercy a fait la moitié du chemin en publiant les chiffres. Le courage consisterait à aller jusqu’au bout : des règles identiques pour tous, l’extinction du régime des fonctionnaires et la création d’une vraie caisse de retraite pour les agents de l’État.

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Le gouvernement veut empêcher les retraités de travailler

L’un des principaux problèmes de la France est que les gens n’y travaillent pas suffisamment : un travailleur à plein temps travaille environ 61 900 heures sur l’ensemble de la vie active contre environ 66 500 heures en moyenne dans l’Union européenne et environ 70 100 heures en Allemagne.

Pourtant, en application de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, le ministre du Travail a annoncé les nouveaux décrets qui vont limiter les possibilités de cumul emploi-retraite à compter du 1er janvier 2027 pour les personnes dont la première pension de retraite prend effet à partir de cette date. Désormais, en cas de cumul avant l’âge légal de départ à la retraite, les revenus supplémentaires professionnels et de remplacement seront déduits intégralement de la pension. De l’âge légal à moins de 67 ans, le cumul sera possible jusqu’à 7 000 € brut par an de revenus d’activité et de remplacement. Au-delà, la pension sera réduite de 50 % du dépassement. Ce n’est qu’à partir de 67 ans que le cumul intégral du salaire et des pensions, sans plafond de revenus, sera possible.

M. Farandou espère que l’Etat y gagnera 2Md€ en 2030 ! Sa carrière dans la SNCF ne lui a pas fait comprendre que l’économie grandit et prospère d’autant plus que les actifs qui y contribuent sont plus nombreux et travaillent plus longtemps. A l’inverse, réduire le travail sans augmenter la productivité nuit au développement économique comme les 35 heures l’ont prouvé.

D’autant qu’en l’état, le retraité bénéficiaire d’une retraite à taux plein qui reprend un travail paye des cotisations normales pour des assurances maladie dont il bénéficie déjà au titre de sa retraite et son employeur paye une cotisation chômage dont le retraité ne bénéficiera que rarement.

L’Etat qui verse nos retraites veut aussi gérer nos vies. Avec des retraites par capitalisation et des assurances sociales privées, chacun serait libre de choisir s’il veut ou non cumuler retraite et emploi.

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Fiscalité : toute la gauche est à la remorque de Mélenchon

Le programme de Jean-Luc Mélenchon prévoit plus de 100 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires. Mais il n’est pas le seul à gauche à vouloir taxer toujours plus.

Marine Tondelier veut une « TVA verte » modulée selon l’impact environnemental des produits, un « ISF climatique » et une augmentation des taxes sur les transports. Évidemment, elle soutient l’application de la taxe Zucman ainsi qu’une taxation renforcée des « très gros » héritages patrimoniaux. Elle propose aussi d’alourdir la fiscalité des grandes entreprises. Quant à Raphaël Glucksmann, il souhaite une taxe sur les « méga-héritages » (plus de 2 millions d’euros) et une fiscalité accrue sur les grandes multinationales.

Voilà maintenant que Terra Nova, think tank volontiers présenté comme de centre-gauche, soutien explicite d’Emmanuel Macron en 2017, publie un article intitulé « Finances publiques : il va falloir augmenter (fortement) les impôts ».

Guillaume Duval, son auteur, qui se targue d’avoir été « speechwriter » de Josep Borrell, haut-représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, prétend que « Compte tenu des besoins pour préparer l’avenir et des exigences de justice sociale, baisser les dépenses publiques nuirait au pays. C’est avant tout du côté des recettes qu’il faut faire l’effort indispensable. » Quand on sait que M. Duval a été rédacteur en chef d’Alternatives Économiques, organe principal de la désinformation économique en France, on comprend mieux sa position.

Ses propos ressemblent à s’y méprendre à ceux de Clémence Guetté, que Contrepoints a démontés point par point il y a quelques jours. Nous n’y reviendrons donc pas. Précisons seulement que M. Duval veut « bien sûr augmenter en priorité les impôts qui pèsent sur les revenus et le patrimoine des plus aisés et revenir sur la baisse des prélèvements sur les entreprises qui a beaucoup contribué à déséquilibrer les finances publiques ces dernières années. » Mais, ajoute-t-il, cela ne suffira pas. « Il faudra impérativement accroître aussi les prélèvements qui touchent tous les Français. Et notamment la TVA. » Un remède qu’aurait apprécié le docteur Diafoirus : quand le malade est faible, il faut pratiquer saignée sur saignée !

Mélenchon a converti tout le monde à sa folie taxatrice. Écraser les Français d’impôts est désormais le mantra de toute la gauche.

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Déficit public : la France toujours parmi les (plus) mauvais élèves européens

Les chiffres publiés le 21 octobre par Eurostat confirment l’ampleur du problème budgétaire français. En 2025, le déficit public atteignait 5,1 % du PIB, contre 3,1 % dans l’ensemble de l’UE et 3 % dans la zone euro. Onze États membres atteignent ou dépassent la limite des 3 %, mais trois seulement font pire que la France : la Roumanie, avec 7,8 %, la Pologne, avec 7,2 %, et la Belgique, avec 5,2 %. La France reste dans le peloton de tête des pays les plus dépensiers qui ne parviennent pas à équilibrer leurs comptes.

La dette publique grimpait à 115,7 % du PIB en 2025 (119 % du PIB au deuxième trimestre 2026), le troisième ratio le plus élevé de l’UE, derrière la Grèce (145,4 %) et l’Italie (136,7 %). Elle représentait 109,5 % du PIB en 2023. En deux ans, la situation s’est encore dégradée, malgré les alertes répétées sur la soutenabilité des finances. Le problème est structurel et il est bien du côté des dépenses, non des recettes, contrairement à ce qu’affirment certains politiciens démagogues. Les dépenses représentaient 57,3 % du PIB en 2025, contre 49,4 % au sein de l’UE, et les recettes dépassent largement la moyenne européenne (52,2 % du PIB contre 46,3 %).

L’exemple européen montre que d’autres trajectoires sont possibles. La même année, le Danemark affichait un excédent public de 2,9 % et une dette limitée à 27,2 % du PIB (contre 33,4 % en 2022). L’Irlande conservait un excédent de 1,8 % et une dette de 34,8 % du PIB (42,8 % en 2022). Le Portugal dégageait un excédent de 0,7 % du PIB et a ramené sa dette à 89,2 % du PIB (111,2 % en 2022). Ces résultats ne prouvent pas qu’un modèle unique serait transposable à la France, mais que l’endettement incontrôlé n’est pas une fatalité.

Les priorités devraient être les suivantes : réduire la dépense publique, évaluer l’efficacité des politiques financées par l’impôt et recentrer l’État sur ses missions régaliennes (police, justice, armée). Augmenter encore les prélèvements revient à faire payer aux contribuables les conséquences de l’incapacité de nos politiques à prendre les décisions qui s’imposent. La France n’a pas besoin de nouveaux prélèvements ou d’un nouvel impôt sur les riches, mais d’un État moins omnipotent et de finances soutenables.

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À partir d’avant-hierContrepoints

Réconcilier les jeunes et les seniors grâce à l’auto-entrepreneuriat

Créateur du statut de l’auto-entrepreneur, Hervé Novelli veut donner un second souffle à son bébé en permettant l’union d’un jeune et d’un senior autour d’une mission commune pour une entreprise cliente.

Le 13 octobre 2026, Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé des PME dans le gouvernement Fillon II (2007-2010), créateur du statut de l’auto-entrepreneur – qu’il persiste à appeler ainsi et non de son nouveau nom de micro-entrepreneur – réunissait tout un aréopage de célébrités (David Lisnard, Alexandre Jardin, Pierre Gattaz…) et d’inconnus pour présenter sa nouvelle idée : rassembler les jeunes et les seniors autour d’une mission commune grâce à l’auto-entrepreneuriat.

Un duo jeune et senior en mission pour une entreprise

Hervé Novelli part d’un double constat : l’échec relatif de la retraite progressive – même si elle connaît un regain depuis quelques mois dû à des mesures d’assouplissement – et au cumul emploi-retraite qui a progressé (+15%) depuis la réforme de 2023, mais reste inférieur en France à la moyenne de l’OCDE (+/- 10% contre 20%) d’une part ; et les difficultés d’insertion des jeunes sur le marché du travail (avec un taux de chômage de 21,5% en France contre 15,4% en moyenne dans l’Union européenne (UE) et même 11% dans l’OCDE, d’autre part.

Pour l’ancien ministre, ces deux échecs ont une cause commune : la réglementation et le coût du travail salarié. S’il faut continuer à se battre pour diminuer l’une et l’autre, il peut être malin de les contourner grâce à l’entrepreneuriat.

Le dispositif qu’il propose, via son Cercle des entrepreneurs engagés (CEE), consiste à unir un jeune de moins de 25 ans et un senior de plus de 60 ans – Hervé Novelli utilise plutôt le mot « aîné » – (auto-)entrepreneurs tous les deux, afin de réaliser ensemble une mission pour une entreprise cliente.

Chacun voit bien l’intérêt de cette combinaison, pour le jeune – qui acquiert une première expérience et un revenu –, le senior – qui continue à avoir une activité professionnelle, transmet ses savoirs et complète sa pension – et l’entreprise – qui limite les risques liés au contrat de travail.

Hervé Novelli est persuadé que son dispositif pourrait donner du travail à plus de 100.000 jeunes dans les six premiers mois de sa mise en œuvre. Il est vrai qu’il est susceptible d’améliorer le taux d’emploi (rapport entre le nombre de personnes employées et la population en âge de travailler) des jeunes qui, même s’il a considérablement progressé ces dernières années, reste structurellement inférieur à la moyenne de l’UE : 77,8% contre 83% pour les jeunes diplômés depuis un à trois ans. Tout comme celui des seniors de 55 à 64 ans d’ailleurs : 61,7% en France contre 66,4% en moyenne dans l’UE.

Réconcilier les générations

L’idée d’Hervé Novelli pourrait également réconcilier les jeunes et les seniors que l’on a tendance aujourd’hui à opposer, les retraités « nantis » étant considérés responsables de la précarité des jeunes : il faudrait dans cette optique taxer les uns et subventionner les autres pour retrouver la concorde sociale.

Les réunir dans l’entrepreneuriat est  plus pertinent, d’autant qu’il a le vent en poupe. Comme vient de le publier l’Insee, le nombre cumulé d’entreprises créées de juillet à septembre 2026 augmente de 16% par rapport à la même période un an auparavant. Les créations d’entreprises individuelles classiques progressent fortement (+23,2%), tout comme les immatriculations de micro-entrepreneurs (+18,6%). Manifestement, la situation économique difficile que nous connaissons ne freine pas les ardeurs. Elle semble même les stimuler.

Une enquête d’opinion, réalisée pour le CEE en janvier 2026, montre que 61% des 18-24 ans, et 56% des 25-34 ans, pensent que les entrepreneurs sont les plus capables de créer de la croissance et de l’emploi. Pour l’ensemble des Français, c’est 74% ; pour les 65 ans et plus, 87%. Beaucoup trop de jeunes croient encore qu’en la matière, l’action du gouvernement (41% des 18-24 ans et 39% des 25-34 ans) et de l’administration (30% des 18-24 ans et 27% des 25-34 ans) est essentielle. Chez les 65 ans et plus, ces deux acteurs ne recueillent respectivement que 24% et 10%.

Faire se côtoyer juniors et seniors pour entreprendre ensemble permettrait assurément de corriger quelques-unes des fake news colportées par l’école et l’université sur l’entreprise.

Réhabiliter le statut de l’auto-entrepreneur

Le Cercle des entrepreneurs engagés (CEE) et Hervé Novelli entendent, par ailleurs, réhabiliter le statut de l’auto-entrepreneur, constamment attaqué et remis en cause. Dernièrement, ce sont les inspections générales des finances (IGF) et des affaires sociales (IGAS) qui ont publié un rapport critique sur le régime, l’accusant, entre autres choses, d’être responsable de 5,5 milliards d’euros de pertes annuelles de recettes sociales et de 400 millions d’euros de recettes fiscales. Comme si tous les auto-entrepreneurs, s’ils n’avaient pu bénéficier de ce statut, fussent devenus ou entrepreneurs individuels classiques ou salariés. En réalité, beaucoup seraient devenus chômeurs !

Les inspections générales font, dans leur rapport, une dizaine de propositions qui, si elles étaient retenues – par exemple, l’introduction de cotisations minimales en l’absence de chiffre d’affaires ou la réservation de la franchise de TVA aux seuls micro-entrepreneurs exerçant à titre accessoire –, signeraient probablement la fin de l’auto-entrepreneuriat.

C’est dire qu’Hervé Novelli aura les plus grandes difficultés à vendre son projet « Un jeune, un aîné, une entreprise ». Il le peaufine actuellement avec des spécialistes de droit social, des responsables de plateformes de mises en relation et des représentants des auto-entrepreneurs afin de le sécuriser juridiquement. Il voudrait ensuite que des candidats à l’élection présidentielle de 2027 s’en emparent et s’engagent à le mettre en œuvre.

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Les propriétaires français sont les plus taxés de l’Union européenne

La Tax Foundation vient de publier son classement européen des impôts sur la propriété immobilière. Pour comparer des pays de tailles très différentes, l’institut divise le produit annuel de cet impôt par la valeur de tout le capital détenu par le secteur privé : logements, bâtiments, équipements. La mesure répond donc à une question simple : pour 100 euros de patrimoine privé, combien le fisc prélève-t-il chaque année ?

En France, 1,08 euro en 2024. En moyenne dans les trente-deux pays européens qui lèvent cet impôt, 45 centimes. En Allemagne, 22 centimes. Sur trente-quatre pays, la France se classe troisième, derrière le seul Royaume-Uni (2,04 euros) et l’Islande (1,43), qui n’appartiennent ni l’un ni l’autre à l’Union européenne. Au sein des Vingt-Sept, la France occupe donc la première place, à égalité avec la Grèce et devant la Pologne.

La comparaison avec nos voisins est rude. La Suisse prélève 8 centimes pour 100 euros de capital privé, le Luxembourg 5, l’Autriche 10. L’Italie, souvent citée en exemple de pression fiscale, est à 61 centimes, l’Espagne à 58. Et le Danemark, réputé pour son niveau de prélèvements, taxe la pierre deux fois moins que nous, à 55 centimes. La France prélève près de deux fois et demie la moyenne européenne, et cinq fois l’Allemagne.

Encore plus révélateur : 71,4 % de cet impôt viennent des ménages, c’est le taux le plus élevé de tout le panel. Autrement dit cette  fiscalité, que l’on présente volontiers comme pesant sur le patrimoine et sur les entreprises, repose en réalité, pour près des trois quarts, sur des particuliers propriétaires de leur logement.

La taxe foncière a rapporté 55,1 milliards d’euros en 2025, avec un montant moyen de 1 669 euros par propriétaire. Et elle s’envole : selon l’observatoire de l’UNPI, elle a augmenté de 37,3 % entre 2014 et 2024, quand l’inflation progressait de 19,9 % et les loyers de 8,7 %. Soit près de deux fois l’inflation et plus de quatre fois la hausse des loyers. En outre, le propriétaire bailleur ne peut pas la répercuter sur le locataire d’un logement.

On nous avait pourtant promis un allègement. La suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales devait rendre du pouvoir d’achat ; elle a surtout transféré l’intégralité de la charge du logement sur le seul propriétaire, comme il était prévisible.

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Il est très possible qu’il n’y ait pas de budget 2027 avant longtemps

Après une première semaine de débat du projet de loi de finances 2027 à l’Assemblée nationale, de modifications du texte en rejets et réécritures, les députés ont dégradé le déficit public de 10 milliards d’euros. Ils ont notamment refusé de baisser le plafond de l’abattement de 10 % sur les pensions de 4 400 à 3 000 euros. La reprise des discussions sur le PLF 2027 pourrait avoir lieu le 27 octobre 2026. Mais il est bien possible que, comme ces deux dernières années, le budget 2027 ne soit pas voté avant la fin de l’année.

Le gouvernement pourrait être tenté de vouloir faire passer son projet de budget par ordonnances. Ce ne serait guère démocratique et très critiquable à l’approche de l’élection présidentielle. Il se repliera plutôt vers la solution déjà retenue en 2025 et 2026 :  une loi spéciale permettant à l’Etat de fonctionner provisoirement sans vrai budget, sur la base des crédits de l’année précédente. Sauf que l’entrée en campagne présidentielle ne faciliterait pas les débats pour trouver des compromis début 2027. Il est donc possible que cette loi spéciale dure jusqu’aux semaines suivant les élections législatives susceptibles d’être organisées dans la foulée de la présidentielle.

Ce ne sera pas un drame

Un avis rendu au gouvernement par le Conseil d’État le 9 juillet 2026 assouplit les règles d’usage de la loi budgétaire spéciale. Il permet notamment qu’à l’intérieur de l’enveloppe globale des services votés de l’année précédente, l’exécutif puisse répartir et moduler les crédits entre les différents services publics. Il n’est pas obligé de dépenser l’entièreté des crédits antérieurement votés. Il doit même se limiter au minimum indispensable pour poursuivre l’exécution desdits services publics. Il peut faire des économies pour réduire le déficit.

Les gouvernements ont toujours annoncé des catastrophes à défaut de budget. Et j’ai toujours dit qu’ils nous abusaient. Le Conseil d’Etat le confirme.

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Interdire les rassemblements, faute d’avoir su protéger

Agressions, pillages, incendies, intrusions dans des domiciles privés… ce qui ressemblait, mi-septembre, à des manifestations de lycéens s’est transformé en émeutes urbaines, où les jeunes issus de l’immigration étaient largement majoritaires, comme les images qui circulent sur les réseaux sociaux le montrent. Le 17 octobre, les violences étaient à leur paroxysme. À Paris, une mère de famille accompagnée de son nourrisson a été traitée de « sale bourgeoise » et menacée de viol chez elle. Dans le 10e arrondissement, des pillards se sont introduits dans des immeubles d’habitation. Ils ont réussi à mettre le feu à un appartement. Des commerçants ont tenté désespérément de protéger leur magasin avant de les voir se faire dévaliser sous leurs yeux. Le plus frustrant, pour ce gérant d’un Micromania à Nice, était « de voir les gens rire de ce qu’il se passait ». Pour cet autre commerçant, les pertes sont estimées à 365 000 euros rien que pour le stock, sans oublier les dommages estimés entre 100 000 et 150 000 euros : « Ils étaient nombreux, peut-être 300 ou 400. Par contre, la police, il n’y avait personne. (…) C’est 26 ans de travail partis en 4 heures ». À Marseille, 500 boutiques ont été impactées d’après la chambre de commerce et d’industrie (CCI) Aix-Marseille-Provence, dont 317 pillés. À Limoges, la partie ancienne de l’hôtel de ville, qui date de 1883 et qui a survécu à deux guerres mondiales, a été entièrement détruite en un seul après-midi de gauchisme.

Le ministre de l’Intérieur a reconnu une « perte de contrôle » après avoir présenté sa démission, refusée par Emmanuel Macron. Ce dernier a beaucoup parlé dans son allocution le soir même des émeutes, mais il n’a rien dit. Depuis le 19 octobre, des couvre-feux ont été imposés à Paris, dans le quartier des Halles et sur l’esplanade de la République, mais aussi à Marseille, Lyon, Bordeaux, Lille et Nice. Ils n’empêcheront évidemment pas les émeutiers d’agir toute la journée. C’est pourquoi l’interdiction pure et simple, et temporaire, des manifestations serait une mesure bien plus proportionnée. D’autant plus qu’il est annoncé, sur les réseaux sociaux, un acte II samedi 24 octobre, un acte III le 31 octobre et une « alliance des deux cités ». Traduction : des pilleurs marseillais ont l’intention de venir prêter main forte aux pilleurs franciliens.

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Émeutes urbaines et couvre-feu : une exception française qui se répète

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a estimé mardi que les couvre-feux, décidés la veille dans plusieurs villes,  essentiellement trois arrondissements parisiens, Lille, l’hypercentre de Lyon, Bordeaux et Nice après les scènes de violence du week-end, avaient contribué au « calme » et seraient reconduits « là où la situation le nécessite » pour une deuxième nuit. La police et la gendarmerie ont confirmé que la nuit s’était bien passée sur l’ensemble du territoire. À Bordeaux et à Nice, ces mesures étaient déjà prévues sur plusieurs jours.

L’inquiétude est aussi de mise sur les marchés financiers : l’écart entre les taux d’emprunt à dix ans de la France et de l’Allemagne, qui mesure la méfiance des investisseurs à l’égard de la dette française, est au plus haut depuis 2012.

Ces événements dramatiques sont l’occasion de rappeler une exception française. Depuis le début du siècle, la France est, avec les États-Unis, le seul pays occidental à avoir dû instaurer un couvre-feu dépassant le cadre d’une seule ville, et elle l’a fait deux fois : en 2005, où l’embrasement avait même conduit à déclarer l’état d’urgence pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, et de nouveau cette semaine. Ni le Royaume-Uni, ni l’Allemagne, ni l’Italie n’y ont recouru depuis des décennies.

Rares sont les pays occidentaux à avoir connu de tels épisodes d’émeutes, de pillages et d’incendies : les États-Unis à plusieurs reprises, le Royaume-Uni en 2011, la Grèce en 2008. La France, elle, en est à sa quatrième vague depuis l’an 2000 : en 2005 après la mort accidentelle de deux adolescents à Clichy-sous-Bois, en 2018 avec les gilets jaunes, en 2023 après la mort du jeune Nahel, et aujourd’hui. À chaque fois, le même scénario : une mobilisation amplifiée par les réseaux sociaux, puis des pillages opportunistes dans les zones commerciales pendant que la police gère les points chauds.

Autre particularité ; n’en déplaise aux jeunes issus de l’immigration, ou aux sociologues gauchistes, la France est un des pays les moins racistes du monde. Dans combien de pays un immigré clandestin peut-il être soigné gratuitement pour la plupart des pathologies et voir ses enfants inscrits gratuitement à l’école ? Dans combien de pays un étranger peut-il avoir accès à n’importe quel emploi (sauf une liste très restreinte de postes de la fonction publique dans le régalien) et logement ? Trois : la France, l’Espagne et la Belgique.

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La tronçonneuse de Milei s’attaque à 20 000 fonctionnaires

L’exécutif argentin dirigé par le président libéral Javier Milei a lancé lundi, par décret publié au Journal officiel, un plan de départs volontaires dans la fonction publique dont les pays européens, et la France au premier chef, seraient bien avisés de s’inspirer. Il s’agit d’inciter 20 000 agents à partir contre un chèque assez généreux, pouvant atteindre deux ans de salaire. Le dispositif vise les agents titulaires de l’administration nationale âgés de 58 à 63 ans : selon le syndicat ATE, 21 187 personnes sont concernées.

Le plan ne cible aucune administration en particulier, mais exclut les forces armées et de sécurité, les services de renseignement et le service diplomatique. Les agents qui l’accepteront ne pourront pas revenir dans l’administration pendant huit ans, « pour éviter un phénomène de porte tournante », a commenté le ministre de la Dérégulation et de la Transformation de l’État, Federico Sturzenegger. « Nous continuons à chercher des moyens de réduire la dépense publique afin de continuer à baisser les impôts », a-t-il ajouté.

Ces 20 000 départs s’ajouteraient aux quelque 74 000 emplois publics déjà supprimés depuis décembre 2023, soit une baisse de 21,6 % des effectifs de l’administration nationale, qui sont passés de 343 357 à 269 025 agents. Les suppressions ont surtout pesé sur les administrations nationales et les entreprises publiques. Le plan annoncé lundi est le premier ouvert à l’administration dans son ensemble, les précédents ayant visé des organismes ou des agences.

Sous l’effet de cette politique, l’inflation est tombée à 1,9 % en septembre, contre environ 25 % par mois à l’arrivée de Milei : treize fois moins. Sur un an, elle s’établit à 33,4 %. La reprise s’est toutefois ralentie après une année 2025 solide, autour de 4,5 %, avec une prévision pour 2026 fortement revue à la baisse, à 2,1 %. Le chômage, à 8 % de la population active, reste inférieur aux niveaux des années précédant Milei.

La pauvreté a fortement reculé depuis le pic de 2024, qui frôlait les 53 %, mais elle est récemment remontée à 32 %, contre 28 % au second semestre 2025. Surtout, l’exécutif a réussi un redressement des finances publiques qui compte peu d’équivalents dans le monde actuel : l’État dégage désormais un excédent primaire de l’ordre de 1,3 % du PIB, alors qu’il était dans le rouge chaque année depuis le début du siècle ou presque. La dette publique est revenue de 150 à 155 % du PIB en 2023 à environ 70 à 80 % en données brutes, et 40 % en net, pour une large part sous l’effet de la réappréciation réelle du peso, qui avait mécaniquement gonflé le ratio en 2023.

Les coupes ont porté avant tout sur les subventions, les travaux publics, les transferts discrétionnaires et certains postes de fonctionnement. Le ratio de dépenses publiques est tombé autour de 31 % du PIB, contre 37 à 42 % auparavant : à peine plus de la moitié du niveau français.

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Oxfam : le contribuable n’est pas un coupable

La justice fiscale ne consiste pas à transformer ceux qui paient en suspects permanents. Encore faut-il que l’Etat rende des comptes sur ce qu’il prélève et ce qu’il dépense.

L’ironie du propos de Cécile Duflot à l’occasion du recours déposée par Oxfam à l’encontre de l’Etat français est qu’elle connaît bien les vertus de la fiscalité différenciée. Lorsqu’elle était ministre du Logement, son nom est devenu celui d’un dispositif accordant une réduction d’impôt aux particuliers investissant dans le logement locatif neuf (2013). À l’époque, diminuer l’impôt des investisseurs semblait être un instrument tout à fait honorable de politique publique. À la tête d’Oxfam France, la voilà aujourd’hui engagée dans une offensive contre des avantages fiscaux jugés injustes. Alors sans doute cela signifie-t-il qu’il existe de bonnes niches et de mauvaises niches : les premières portent le nom de leurs créateurs et les secondes, celui de leurs adversaires.

On ne peut pas réduire le débat à cette question. Le dispositif Duflot comportait des contreparties de location et de plafonnement, tandis que les dispositifs contestés par Oxfam ont d’autres objectifs. Mais elle appelle une question simple : sur quels critères une incitation fiscale est-elle légitime lorsqu’elle sert le logement, et illégitime lorsqu’elle favorise l’investissement ou la transmission d’une entreprise ? On aimerait une démonstration plutôt qu’une distribution de certificats de vertu.

Le 13 octobre 2026, Oxfam a annoncé une démarche contentieuse contre l’État au nom de l’égalité fiscale, contestant notamment les mécanismes bénéficiant aux grandes fortunes et les conditions de transmission du patrimoine. Le sujet mérite mieux qu’une opposition entre contribuables généreux et contribuables prétendument défaillants. La fraude doit être sanctionnée et l’utilisation de dispositions fiscales légalement adoptées par le Parlement ne constitue pas, en soi, une fraude.

Le principe de capacité contributive n’a rien de nouveau. Dans La Richesse des nations (1776), Adam Smith écrit que les citoyens doivent contribuer aux dépenses de l’État en proportion de leurs facultés. John Stuart Mill, dans ses Principes d’économie politique (1848), développe l’idée d’une égalité de sacrifice : l’équité fiscale doit se juger aussi à l’effort demandé. Aucune de ces approches ne donne un blanc-seing pour relever les prélèvements sans se préoccuper de leurs conséquences. L’article 13 de la Déclaration de 1789 exige une contribution commune répartie selon les facultés de chacun. Mais il faut poursuivre la lecture : l’article 14 affirme le droit des citoyens de suivre l’emploi de cette contribution, et l’article 15 celui de demander des comptes à tout agent public. Curieuse conception de la justice fiscale que celle qui citerait volontiers le premier article en oubliant les deux suivants. Le contribuable aurait donc le devoir de payer, mais l’indélicatesse de demander à quoi sert son argent.

Selon la DGFiP, 47,2 % des foyers fiscaux ont acquitté un impôt net sur leurs revenus de 2024. Cet impôt est fortement concentré parmi les foyers les plus aisés. Mais il s’agit de l’impôt sur le revenu, et non de l’ensemble des impôts et cotisations. Cette donnée rappelle néanmoins qu’on ne peut décrire la fiscalité française comme si personne ne contribuait déjà de façon importante même si à elle seule ne répond pas non plus la question soulevée par Oxfam sur l’imposition effective des patrimoines les plus élevés. Ne perdons pas de vue que les foyers les plus aisés ont des revenus qui proviennent moins de leur revenu que leur détention du capital.

Par ailleurs, en 2025, la dépense publique a représenté 57,3 % du PIB. Face à ce niveau, le débat sur la justice fiscale ne peut se réduire à la recherche de nouvelles recettes d’autant qu’une fiscalité toujours plus lourde réduit la base fiscale. Il est donc temps de s’interroger sur les politiques à financer en les évaluant, les réformant ou encore en les abandonnant s’il le faut. Si toute dépense est présumée indispensable et toute économie assimilée à une injustice, le contribuable finit devenir un guichet automatique.

Quant à la fiscalité sur le capital, il faut avoir une approche dépassionnée de toute idéologie. Une entreprise peut avoir une valeur de marché élevée – qui reflète les potentiels profits futurs – sans détenir la trésorerie nécessaire au paiement d’un impôt patrimonial personnel de son actionnaire. Selon les modalités retenues, celui-ci pourrait devoir percevoir des dividendes, emprunter ou vendre une partie de ses titres. C’est pourquoi il faut user de prudence quand on discute la question de la fiscalité des grandes fortunes en particulier les effets sur l’investissement et la prise de risque.

Il faut aussi distinguer les niveaux d’imposition. Sur 100 euros de bénéfice soumis à l’impôt sur les sociétés au taux normal de 25 %, une distribution intégrale soumise ensuite au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % laisse 51,45 euros à l’actionnaire, soit 48,55 euros de prélèvements cumulés dans cet exemple simplifié. Il ne s’agit pas d’un taux universel sur tous les revenus du capital, mais d’un calcul qui mérite de figurer dans une discussion sérieuse plutôt que de disparaître derrière le mot « privilège ».

Débattre de la progressivité des impôts, de la taxation du capital ou de l’efficacité des niches fiscales est parfaitement légitime. Encore faut-il appliquer les mêmes exigences de cohérence à toutes les politiques. Les réductions d’impôt ne deviennent pas automatiquement vertueuses lorsqu’elles portent un nom ministériel, ni automatiquement scandaleuses lorsqu’elles concernent un entrepreneur. Oxfam demande des comptes à l’État sur les recettes qu’il ne perçoit pas. Demandons-lui des comptes sur les dépenses qu’il engage !

 


Références:

Smith, The Wealth of Nations, livre V, chap. II (1776)

J. S. Mill, Principles of Political Economy, livre V, chap. II (1848)

Déclaration de 1789, articles 13 à 15

Administration fiscale, dispositif Duflot

DGFiP, Statistiques n°41, novembre 2025

Insee, compte des administrations publiques en 2025

Service public, PFU de 31,4 % en 2026

Le Monde, action d’Oxfam annoncée le 13 octobre 2026

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Moins de milliardaires, plus de prospérite?

Piketty se trompe : quand il y avait moins de milliardaires, il y avait surtout plus de pauvres.

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Emeutes urbaines : les casseurs à la casse

Avant le 17 octobre, mais après des semaines de mobilisation déjà violente des lycées, on comptait déjà 8 000 gardes à vue et des dizaines de millions de dégâts. Les manifestations du samedi 17 octobre ont amplifié le mouvement de manière considérable : 2 400 personnes auraient été interpellées et 1000 policiers et gendarmes blessés. Partis et associations diverses avaient appelé à revendiquer contre la vie chère et se sont mêlés aux lycéens et à d’anciens gilets jaunes nostalgiques. Des rassemblements non autorisés et un nombre significatif de petits groupes d’ultra gauche ont semé le chaos. Ces meneurs ont entrainé tous les profiteurs et les excités à jeter sur les policiers des projectiles de toutes sortes, pierres et pavés, mobilier urbain, vélos électriques, barrières… Ils ont brulé les voitures et détruit les magasins pour les piller avec la foule… Ils ont mis le feu à des bâtiments publics et empêché les secours incendie de s’en approcher… Une furie inimaginable !

A force de fomenter la révolution et les luttes dites « intersectionnelles », LFI en a favorisé l’avènement. Le 17 octobre, Jean-Luc Mélenchon aurait, depuis le cortège, renvoyé, sur X, la responsabilité des débordements aux pouvoirs publics : « l’affrontement semble être le but de cette stratégie de maintien de l’ordre. Lamentable », et en accusant le préfet de police d’avoir « organisé le désordre » ! Un peu plus tard, maître du double langage, il lançait un appel au calme : « ceux qui partagent notre combat n’ont rien à faire dans le pillage, le saccage ». Mais nous savons tous que la violence est l’expression de sa révolution, même et peut-être surtout quand il la déguise ou la renie. Il propage le chaos en espérant en tirer profit.

Un Etat à l’abandon

Face au chaos, Sébastien Lecornu clamait en vain ce samedi : « Nous ne nous laisserons pas intimider »,  « Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos, qui ne cherchent qu’à abattre nos institutions». Pour sa part, Emmanuel Macron affirmait samedi soir sur son compte X : « Aucune place pour la violence dans notre République. » Et pourtant il avait reproché aux policiers leur manque d’empathie et leur avait reproché l’emploi d’armes de défense ! Les émeutiers n’ont cessé de crier leur haine des flics et de la France ! Ils ont cassé partout, partout guidés par l’ultragauche radicale a fustigé Laurent Nuniez non sans raison. Dimanche 18 octobre au 20h. le Président de la République répétait que l’Etat serait intraitable avec les émeutiers. Il l’avait déjà dit après les émeutes du 31 mai au soir suivant le match de la finale de la ligue des Champions. Mais les casseurs sont encore là !

Quoi qu’en dise le gouvernement, la violence, inadmissible, est aussi le fruit d’un désarroi des ménages face à l’augmentation des prix. L’inflation a atteint 3,1 % sur un an en septembre 2026 et le pouvoir d’achat des ménages reculerait de – 0,4 % en 2026 selon la Banque de France. Le PIB moyen par habitant des Français s’est ancré désormais en dessous de la moyenne européenne. Mais surtout, les Français ont l’impression que le gouvernement, à vau-l’eau, n’a plus de gouvernail.

Le Président de la République, dont les rodomontades ont cessé de faire de l’effet, inaugure désormais les chrysanthèmes. Il a tout fait à l’envers en déresponsabilisant les Français (suppression des cotisations chômage, de la taxe d’habitation…), en renonçant à réduire les dépenses publiques, en favorisant la hausse des prix de l’énergie par des subventions mal contrôlées aux énergies renouvelables et en fermant Fessenheim… Il a amplifié notre Etat social au détriment d’un Etat régalien aujourd’hui fort dépourvu. Il a partout cédé à la facilité, à la démagogie. Il a laissé l’école s’enfoncer dans sa médiocrité. Il a augmenté un peu les moyens de la justice sans lui donner la direction de fermeté qu’exige la situation. Il a encore embauché des agents publics (+ 170 000) plutôt que d’exiger une réorganisation de la fonction publique pour la rendre plus efficiente au temps de l’IA. Il a continué de multiplier les normes, les réglementations et les taxes qui pourrissent la vie des Français…

Rétablir l’Etat de droit

A court terme, il est urgent de rétablir l’Etat de droit, c’est-à-dire une situation dans laquelle nul ne puisse attenter aux biens et droits des autres sans en être redevable et, le cas échéant, dument sanctionné. Selon l’article R211-13 du Code de la sécurité intérieure, « L’emploi de la force par les représentants de la force publique n’est possible que si les circonstances le rendent absolument nécessaire au maintien de l’ordre public dans les conditions définies par l’article L. 211-9. La force déployée doit être proportionnée au trouble à faire cesser et son emploi doit prendre fin lorsque celui-ci a cessé ». Mais face à des manifestations de l’ampleur et la violence de celles du 17 octobre, l’usage des armes à feu ne devrait-il pas être envisagé après simple sommation. Peut-on laisser des bandes armées -car elles le sont- détruire des bâtiments privés et publics, piller, brûler, assaillir les forces de l’ordre… en s’inquiétant de ne pas les blesser ?

Ensuite, quand les forces de sécurité ainsi phagocytées dans leur travail parviennent néanmoins à arrêter ces fous furieux, il faut pouvoir les punir très sévèrement et sans délai, y compris en mettant à leur charge financière les dégâts causés. Il faut les mettre à l’écart de la société pendant un bon moment.

A ces différents égards, il faut revoir les textes applicables, prévoir des peines minimales et construire de vraies prisons.

Redonner de l’espérance

Mais il faut surtout faire évoluer les mentalités. Il faut consacrer tous nos efforts à l’éducation, mère de notre avenir, autant qu’à la sécurité et à la justice sans lesquelles il n’y a pas de liberté réelle. Ce qui exigera des efforts très significatifs de baisse des dépenses sociales, et c’est  possible. En libérant les forces économiques de trop de normes et d’impôts, la croissance repartirait. En redonnant à chacun la maîtrise de sa vie, et donc la responsabilité de soi-même, chacun en retrouverait le goût et l’envie, loin du chaos que nous promet LFI comme seul horizon.

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Comment osez-vous, M. Macron, promettre d’être « intraitable » ?

Le chef de l’État a affirmé qu’il sera « intraitable » face aux casseurs. « Notre responsabilité est double : entendre la colère, et faire respecter fermement l’ordre républicain. » « Ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser. » Les coupables sont nommés : des « factieux issus de groupuscule d’ultra gauche, rejoints par de nombreux délinquants ». Les préfets « iront jusqu’à interdire certains rassemblements », en lien avec les maires. Et sur le maintien de l’ordre, « toute la transparence sera faite ».

« Comment osez-vous ? » lança naguère l’activiste écologiste Greta Thunberg à la tribune des Nations unies. Elle reprochait au monde entier de parler au lieu d’agir, à propos du climat. Les innombrables commerçants dont les boutiques ont été saccagées le week-end dernier pourraient défiler en scandant eux aussi la formule, après les dernières déclarations en date d’Emmanuel Macron dont les promesses d’intransigeance, réitérées à chaque flambée de violences, finissent par résonner comme un disque rayé. Oui, comment peut-on oser faire des promesses qui en neuf ans d’exercice du pouvoir n’ont jamais été tenues ? Et ce, au lendemain d’une journée où l’on a pu constater la quasi impuissance de quelque 10 000 policiers et gendarmes, dont 5000 à Paris, contre des casseurs ultra violents. Promettre en bonus « toute la transparence » sur un dispositif dont on est responsable, c’est reconnaître qu’il a failli.

Quant à la sévérité judiciaire, on sait déjà ce qu’elle vaut. Après les émeutes de l’été 2023, le ministère de la Justice a recensé 4 481 gardes à vue dont 1 319 pour des mineurs, 1 863 condamnations et des peines de prison ferme de 9,3 mois en moyenne. Le taux de réponse pénale, 92%, a donc été très important. Il n’a pas empêché ce qui vient de se passer. Promettre la plus grande sévérité envers les délinquants ne signifie pas que l’Etat est capable d’agir.

Promettre d’être « intraitable » devant les caméras de la télévision ne coûte que le temps d’une séance de maquillage. Rien à voir avec l’élaboration et l’application déterminée d’un plan pour renforcer la justice, la police et la capacité d’accueil des prisons.

Désigner les factieux d’ultragauche n’est pas faux : le ministre de l’Intérieur leur impute lui aussi l’essentiel des violences organisées. Mais cela n’explique pas que 1 500 commerces aient été pillés sous la « protection » de 10 000 hommes. La responsabilité des casseurs est pénale, les tribunaux s’en chargeront. Celle de l’État est politique, et c’est la seule dont un président ait à répondre.

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Dégradation des comptes publics : la faute à 1000 hauts fonctionnaires !

Faut-il encore rappeler que la dette publique s’élève à 3 595,5 milliards d’euros, soit 119,0 % du PIB ? Le taux devrait même approcher les 122% en 2027.

La responsabilité des hommes et des femmes politiques qui nous gouvernent depuis une cinquantaine d’années est immense. Et le président de la République actuel n’est pas en reste en ayant accru le stock de dette de 1280 Md€ depuis qu’il réside à l’Élysée.

Pourtant, un ancien haut fonctionnaire – il fut directeur général des services du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône –, Roger Campariol, incrimine ses collègues plutôt que les politiques.

Dans une tribune publiée par Acteurs publics, il affirme que les cadres dirigeants de l’État, ceux qui occupent les « emplois laissés à la discrétion du gouvernement », soit environ 1000 cadres supérieurs, sont les véritables responsables du désastre : les « secrétaires généraux des ministères, les directeurs généraux, les directeurs d’administration centrale (DAC), les chefs de service, les sous-directeurs, les experts de haut niveau » ont une délégation de signature automatique leur conférant le droit de signer au nom du ministre les actes d’engagement des dépenses.

Roger Campariol voit quatre raisons principales « pour lesquelles les cadres supérieurs de l’État négligent de tenir les comptes de la Nation » :

  • l’ignorance des finances publiques ;
  • le désintérêt et l’absence de vision globale : « Ils considèrent que leur métier est de produire des textes normatifs, de fabriquer au nom de l’État-providence des dispositifs de redistribution […] » ;
  • l’idéologie : « Certains hauts fonctionnaires sont acquis à l’idée que le déficit public n’est pas grave » ; « D’autres pensent sincèrement que la dette publique détenue par la Banque de France peut être annulée » ;
  • leur régime indemnitaire, qui est indépendant de la performance financière de l’État et aussi de leurs résultats professionnels.

 

Pour Roger Campariol, la haute fonction publique doit prendre conscience de ses errements et faire son aggiornamento. Il souhaite aussi que l’Institut national du service public (INSP), qui a remplacé l’Ena, renvoie « son programme de formation initiale en s’attachant d’abord à former d’excellents juristes (sur le modèle de la haute fonction publique allemande) et des gestionnaires avisés sachant compter, évaluer, manager. »

Campariol a raison. Mais n’amnistions pas trop vite les politiques… qui sont trop souvent issus de la haute fonction publique.

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À défaut de technologie, la France exporte ses idées socialistes

Gabriel Zucman bat la campagne en Californie pour faire adopter le 3 novembre une taxe de 5% sur les milliardaires, soutenue par la gauche et les syndicats mais dont même le gouverneur démocrate ne veut pas. Car ce projet de taxe, qui a déjà fait fuir de grandes fortunes, ne repose pas sur une science économique neutre, mais sur un château de cartes méthodologique. Elle s’appuie sur des évaluations approximatives (comme les classements Forbes plutôt que des données fiscales réelles). Elle manipule l’évaluation des taux d’imposition effectifs des plus hauts revenus et occulte l’impact réel des mécanismes de redistribution pour construire de toutes pièces le mythe d’une dégressivité fiscale des ultra-riches.

Les défenseurs d’un impôt sur la fortune présentent souvent ces taxes comme un outil direct d’éradication de la pauvreté. Or le produit des impôts ne va pas directement dans la poche des plus modestes : il alimente d’abord le budget général, la bureaucratie, les dépenses publiques et la structure de l’État. Faire payer davantage les ultra-riches n’a jamais pour effet mécanique d’augmenter le pouvoir d’achat de la classe moyenne ou des plus pauvres, d’autant que la prise en compte des aides, des transferts et des crédits d’impôt existants est souvent déformée pour justifier un besoin permanent de nouvelles recettes fiscales. L’argumentaire fondé sur la « lutte contre la pauvreté » sert de couverture morale à un projet politique social-étatiste dont la véritable finalité est l’accroissement du périmètre, du pouvoir et des ressources du gouvernement. Plus de taxes, ce n’est pas moins de pauvreté, mais plus de gouvernement, plus de bureaucratie et un État toujours plus envahissant au détriment de l’investissement et de la liberté économique.

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Encadrement des loyers : le bilan sévère de la Cour des comptes

Dans son rapport d’octobre 2026 consacré à l’encadrement des loyers, la Cour des comptes dresse un bilan sévère d’une politique qui prétend rendre le logement plus accessible en réglementant les prix, sans résoudre le déséquilibre entre l’offre et la demande. L’expérimentation, qui date de la loi ELAN de 2018 et doit s’achever le 23 novembre, concerne neuf territoires et 1,2 million de locataires, sur les 7,7 millions que compte le parc locatif privé. Effets incertains et difficiles à mesurer, lacunes méthodologiques… rien ne permet aujourd’hui de justifier une généralisation sans conditions.

Les défenseurs de cette politique invoquent la baisse des loyers. La Cour cite une méta-analyse de 196 études nationales qui relève, à moyen et long termes, « une baisse de l’offre locative et du volume de construction, une dégradation de la qualité des logements due au sous-investissement et une réduction de la mobilité résidentielle ». En France, les études n’ont traité des effets qu’à court terme et la Cour juge les évaluations fragiles. À Paris par exemple, l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) évalue la baisse des loyers à 5 % entre 2019 et 2025, mais près d’une annonce sur deux (48,6 %) dépasse les plafonds.

Surtout, le plafonnement des prix ne fait pas apparaître de logements supplémentaires. Le rapport rappelle qu’entre 1984 et 2024, le nombre de ménages locataires du parc privé n’a progressé que de 18 %, contre 73 % pour le parc social. Il souligne aussi que le loyer n’est qu’une partie du coût du logement. Depuis 2014, les loyers ont augmenté de 10 %, contre 42 % pour la taxe foncière nette moyenne, et 48 % pour l’indice des prix à la consommation de l’énergie.

La Cour relève enfin les difficultés de mise en œuvre : calcul des loyers de référence, complexité juridique, contentieux sur des arrêtés préfectoraux, inégalités territoriales… Elle demande de fiabiliser la collecte de données et envisage deux options : prolonger l’expérimentation en la réformant en profondeur, ou y mettre fin au profit d’un meilleur respect des règles existantes d’évolution des loyers.

Au vu de ce bilan, la seconde option s’impose. La pénurie se combat par l’offre : faciliter la construction, simplifier l’urbanisme, remettre des logements vacants sur le marché, rendre la fiscalité immobilière cohérente, autant de leviers que la Cour mentionne elle-même. Généraliser l’encadrement, comme le réclame la gauche, reviendrait à pérenniser un dispositif qui n’aide pas les plus modestes.

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Défendre les entrepreneurs, c’est défendre la prospérité de tous

Il existe en France une étrange habitude : lorsque l’on propose de mieux traiter ceux qui entreprennent, investissent ou réussissent, le soupçon tombe presque immédiatement. Défendre les entrepreneurs serait défendre « les riches ». Alléger leur fiscalité serait leur consentir un privilège. Simplifier les normes serait céder à un intérêt particulier. Encourager la réussite serait, presque mécaniquement, se détourner de la justice sociale.

Cette caricature nous coûte cher. Elle repose surtout sur une erreur de raisonnement : croire que l’entreprise et la société auraient des intérêts opposés. Comme si ce que l’une gagnait était nécessairement perdu par l’autre.

L’économie réelle fonctionne exactement à l’inverse. Une entreprise qui prospère ne crée pas seulement de la richesse pour son propriétaire ou ses actionnaires. Elle recrute. Elle verse des salaires. Elle commande auprès de fournisseurs. Elle investit. Elle forme. Elle exporte parfois. Elle paie des cotisations et des impôts. Elle permet à d’autres entreprises de se développer autour d’elle. En somme, sa réussite diffuse bien au-delà de ceux qui la détiennent.

Défendre les entrepreneurs n’est pas défendre une caste

C’est défendre l’un des mécanismes essentiels par lesquels une société finance durablement son niveau de vie et son modèle collectif. Cette évidence mérite d’être rappelée à un moment où la France cherche désespérément des marges de manœuvre. Nous voulons davantage de pouvoir d’achat, des services publics plus efficaces, une défense nationale à la hauteur du retour des rapports de force, une justice qui fonctionne, une meilleure sécurité, des infrastructures de qualité et une protection sociale solide. Tout cela doit être financé. Avant de distribuer la richesse, encore faut-il la produire.

À force de regarder l’entreprise essentiellement comme une assiette fiscale, nous finissons par oublier qu’elle est d’abord une source de création de valeur. La réussite d’un entrepreneur n’est pas un problème à corriger Il existe également en France une relation compliquée à la réussite. Nous admirons volontiers l’entrepreneur tant qu’il démarre dans un garage. Beaucoup moins lorsqu’il commence à gagner beaucoup d’argent.

Pourtant, que voulons-nous exactement ? Des entreprises fragiles ou des entreprises puissantes ? Des PME qui restent éternellement petites ou des PME qui deviennent des ETI ? Des entrepreneurs qui vendent leur société dès qu’elle atteint une certaine taille ou des actionnaires français capables d’investir sur vingt ou trente ans ? Des startups prometteuses ou des leaders mondiaux ?

On ne peut pas simultanément regretter que la France ne compte pas suffisamment de champions internationaux et considérer avec suspicion ceux qui réussissent à en bâtir. Bien entendu, la réussite n’exonère personne de ses responsabilités. Elle ne dispense ni de respecter la loi, ni de contribuer au financement collectif, ni d’assumer ses obligations sociales. Mais elle ne devrait pas non plus constituer une circonstance aggravante.

Il faut accepter une idée simple : lorsqu’un entrepreneur crée énormément de valeur, il est parfaitement normal qu’il puisse lui-même s’enrichir. L’enjeu d’une bonne politique économique n’est pas d’empêcher cet enrichissement. Il est de créer les conditions pour qu’en cherchant à développer son entreprise, cet entrepreneur produise simultanément beaucoup de valeur pour le reste de la société. C’est précisément ce que permet une économie de marché qui fonctionne correctement.

Il y a, enfin, une contradiction dans une partie de notre débat. Nous voulons à juste titre que les salaires progressent. Mais nous débattons rarement de la condition économique indispensable à cette progression : la productivité et la santé des entreprises. Un employeur ne peut augmenter les rémunérations que si l’entreprise produit suffisamment de valeur pour les financer. Les injonctions politiques n’y changent rien.

Lorsque les marges disparaissent, que l’investissement ralentit et que la croissance devient anémique, les augmentations de salaires deviennent plus difficiles. Lorsque les entreprises gagnent en productivité, conquièrent de nouveaux marchés et améliorent leurs résultats, davantage de valeur peut être partagée. Opposer salariés et entrepreneurs est donc souvent intellectuellement confortable, mais économiquement stérile.

Le véritable enjeu devrait être de construire une économie dans laquelle les entreprises ont intérêt à investir et à recruter, et dans laquelle le travail permet réellement de progresser.

Nous devons sortir d’une économie de la défiance

Depuis que j’ai lancé 300 pour la France, je rencontre des entrepreneurs de toutes tailles et de tous les territoires. Beaucoup ne demandent pas à l’État de les protéger de la concurrence ou de leur garantir le succès. Ils demandent quelque chose de beaucoup plus simple : qu’on les laisse davantage entreprendre.

Nous devons donc changer de logique. La question que devrait systématiquement se poser le débat public n’est pas : « Jusqu’où pouvons-nous taxer ou réglementer l’entreprise sans la tuer ? » Elle devrait être : « Comment créer en France les conditions permettant à davantage d’entreprises de naître, de grandir, d’investir et de rester ? » Ce changement de perspective n’a rien d’idéologique. Il est profondément pragmatique.

Défendre l’entreprise, c’est choisir l’abondance plutôt que la répartition de la pénurie. Notre objectif ne devrait pas être d’organiser toujours plus minutieusement le partage d’une richesse qui progresse trop peu. Il devrait être d’élargir cette richesse.

La prospérité n’est pas un gros mot. Elle est la condition matérielle de presque toutes les ambitions sociales et nationales que nous affirmons par ailleurs. Elle permet à un salarié de mieux vivre de son travail. Elle permet à un jeune de trouver un emploi. Elle permet à une entreprise d’investir. Elle permet à l’État de financer une armée, une police, une justice, une école et un système de santé efficaces.

C’est pour cela que défendre les entrepreneurs est, à mes yeux, une cause profondément constructive et collective. Je ne défends pas un statut social. Je défends une dynamique.

Je ne demande pas que les entrepreneurs soient placés au-dessus des autres Français. Je demande que nous cessions de traiter comme suspects ceux dont nous avons besoin pour créer davantage de richesse, d’emplois et d’opportunités.

La France ne deviendra pas plus juste en appauvrissant ceux qui réussissent.

Elle deviendra plus forte en permettant à beaucoup plus de Français de réussir.

Elle ne retrouvera durablement les moyens de ses ambitions qu’en comprenant enfin cette évidence : la prospérité des entreprises n’est pas l’ennemie de l’intérêt général. Elle en est l’une des conditions.

 


Matthieu Boeche est fondateur et président de 300 pour la France

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Lettre ouverte à Monsieur Retailleau : ne faut-il pas envisager votre retrait pour que vos idées gagnent ?

Monsieur le Ministre, Cher Bruno Retailleau,

Les libéraux et les conservateurs, souvent lecteurs de notre journal Contrepoints,  admirent le courage avec lequel vous vous êtes engagé dans une campagne présidentielle très ouverte au cœur d’une situation française périlleuse. Nous avons apprécié votre approche favorable au travail pour qu’il paye plus, à la baisse des prélèvements et de la réglementation pour favoriser notre économie et préserver nos libertés, au contrôle d’une immigration mieux intégrée et mieux adaptée à nos besoins, à une école plus rigoureuse qui instruise plutôt que de s’immiscer dans les choix éducatifs des familles… Nous savons que vous êtes une personne de grande qualité à tous égards.

Et pourtant ! Nous avons regretté que vous n’inscriviez pas dans votre programme des mesures plus radicales dans une vision plus forte. Vous proposez de nombreuses réformes paramétriques qui peuvent pour la plupart aider à la reconstruction de la France. Mais les Français n’y perçoivent pas que vous ayez encore « renverser la table » selon votre expression. Vos propositions passées au filtre d’énarques bienveillants sont encore trop technocratiques et souvent trop timides. Vous êtes peut-être trop « sénateur » dans votre expression si je puis me permettre. Les sondages ne s’y trompent pas : après avoir été jusqu’à tutoyer les 10-11% au printemps, ils se replient désormais vers les 6-8 % voire 4% dans le dernier sondage IFOP dès qu’y apparaît David Lisnard à 6%. La dynamique n’est pas bonne et c’est pourtant elle qui compte. Et nous ne voudrions pas que vous suiviez l’exemple déplorable de Mme Pécresse en 2022.

Bien sûr tout dépendra aussi de vos concurrents et de vos adversaires. Les anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron peineront à justifier leurs promesses. Il est peu probable que Gabriel Attal, qui vous talonne, puisse créer la surprise par la vacuité démagogique de son programme. Edouard Philippe n’a rien fait de spectaculaire durant ses trois années à la tête du gouvernement sinon établir une limite à 80 km/h sur les routes de campagne, fermer Fessenheim, endetter la France jusqu’au cou avec un « quoi qu’il en coûte » incontrôlé, céder à l’extrême gauche à Notre dame des Landes, rester longtemps impuissant face aux Gilets jaunes… Mais il conserve un vrai crédit, même s’il s’étiole un peu. Il est le recours de ceux, nombreux, qui n’ont pas encore pris conscience de la gravité de notre situation mais que la sauvagerie de LFI et certaines positions du RN pourraient engager bientôt à chercher d’autres horizons. Il formule des propositions sur lesquelles la droite et le centre pourraient se retrouver sans enthousiasme, sans lui donner la capacité de l’emporter dans un second tour qui sera caricatural dans tous les cas. Imaginer que vous ayez un prochain jour à vous rallier à lui, qui a trahi votre parti, n’est sans doute guère réjouissant et serait probablement sans lendemain pour notre pays.

Il reste David Lisnard, l’outsider. Certes, il s’est mis à l’écart du parti LR, quand il a compris que vous aviez organisé le choix du candidat interne à la présidentielle de telle manière que vous seul puissiez être désigné. Entre nous, il n’avait pas tort. Mais il est sans doute plus proche de vous que bien d’autres et il peut réussir parce qu’il apparaît hors du sérail que les électeurs, lassés par trop de promesses non tenues, rejettent désormais.

Il va falloir renverser les montagnes

A dire vrai, il semble réussir déjà à percer le plafond de verre auquel se heurte inévitablement tout outsider. Alors que les sondeurs français, très casaniers, ne le jaugent encore guère, les évaluations internationales le prennent en compte et sa côte y monte. Les marchés prédictifs anglo-saxons, où les investisseurs parient sur l’issue d’événements politiques ou économiques, évaluent les chances des candidats et ils ne se trompent pas plus sinon moins que les sondages institutionnels. L’évolution des candidats depuis le 30 août 2026 est surprenante :

Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais elle peut l’annoncer. Les sondages et les marchés ne sont que des sondages et des marchés. Mais on a généralement tort de ne pas en tenir compte. David Lisnard s’y trouve en position ascendante parce qu’il ne veut pas renverser la table mais renverser des montagnes (BFM, 12 septembre). Son programme, celui de son parti Nouvelle Énergie, résolument libéral et décentralisateur veut réduire fortement le rôle de l’État dans l’économie et la société, tout en renforçant ses missions régaliennes — sécurité, justice, défense, diplomatie et instruction. Il propose de rendre chacun maître de son destin et trace une nouvelle ambition française autant qu’un renouveau civique. En fait beaucoup des mesures qu’il énonce vont vraiment dans le même sens que les vôtres, mais il va au-delà sans hésiter. Il affiche un courage au niveau des attentes des Français. Et il le fait beaucoup sur les réseaux sociaux, avec un très grand succès.

Il y a évidemment une question de génération, une manière de faire, proche de celle de Miléi à un moment où l’état de la France n’est peut-être plus très loin de celui où était l’Argentine qui l’a élu ou l’Angleterre qui a mis au pouvoir MissThatcher, fille de commerçant comme David Lisnard. En Angleterre d’ailleurs, Kemi Badenoch, la nouvelle patronne des Tories leur redonne espoir en adoptant une ligne très thatchérienne.  Il y a une cohérence libérale et conservatrice, méthodologique et idéologique, dans les propositions de David Lisnard qui délivre une logique et facilite l’adhésion à une vision d’ensemble. Il y a aussi une radicalité qui permet aux Français, dont le niveau de vie est désormais en dessous de la moyenne européenne, d’espérer enfin retrouver la prospérité. Au surplus, ce programme, cette ardeur, cette ouverture sont capables de rallier de nombreux électeurs – de la gauche tempérée à Gabriel Attal et à certains RN inquiets, à un projet qui évite les excès et demeure attentif à tous.

Vous avez toujours gardé des liens cordiaux, David Lisnard et vous, malgré des désaccords tactiques. Vos programmes sont largement compatibles et peuvent s’enrichir mutuellement. Si vous vous maintenez tous les deux ou si vous attendez trop pour vous rapprocher, vous risquez de perdre tous les deux. La présidentielle est après-demain, mais il ne faut pas attendre demain pour faire les choix gagnants car il faut du temps pour expliquer, convaincre, rallier, élargir cet électorat qui attend un nouveau candidat. David Lisnard ne réussira pas seul, mais avec vous son pari gagnera encore en crédibilité.

J’espère que vous ne m’en voudrez pas de cette franchise que vous rejetterez peut-être d’un revers de main. J’espère que non, car je crois que mon message est celui que de très nombreux Français aimeraient vous adresser. Le think tank que je préside, l’IREF, n’a pas vocation à faire de la politique partisane, mais à faire partager des convictions, faire advenir des projets. Je n’écris pas cette lettre comme une prise de position politique mais dans le souci de faire gagner les idées susceptibles de redonner à la France la force, le courage, l’espérance et une vision dont elle a besoin. .

Je vous prie de croire, Monsieur le ministre, Cher Bruno Retailleau, à tout mon respect et à toute ma sympathie,

Jean-Philippe Delsol

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L’État dépense pour tout et n’importe quoi, sauf pour nous protéger de la barbarie

Un hôtel de ville de 1883 réduit en cendres, 1 500 commerces pillés ou dégradés, plus de 900 policiers et pompiers blessés et plus de 2 000 personnes interpellées. La France ne découvre pas une crise sociale : elle découvre un État qui n’assure plus sa principale mission : protéger ses citoyens.

Samedi, 550 000 personnes ont défilé selon le ministère de l’Intérieur, 800 000 selon les organisateurs. Beaucoup dans le calme, mais ce n’est pas cela que le pays retiendra, ce sont les images, ultra violentes   Le vénérable hôtel de ville de Limoges (construit en 1883) incendié volontairement, toiture et beffroi effondrés, « en grande partie perdu » selon le préfet. Un office de tourisme brûlé à Lyon. Un commissariat attaqué à Marseille. La rue Sainte-Catherine pillée à Bordeaux. Des grilles défoncées, des portes forcées, des pillages, des saccages… Bilan provisoire : 1 800 interpellations, plus de 500 policiers, gendarmes et pompiers blessés, 1 500 commerçants touchés et plusieurs centaines de millions d’euros de dégâts.

Plus de 10 000 policiers et gendarmes étaient mobilisés, dont 5 000 à Paris. Ils n’ont pas suffi. On parlera de casseurs, d’ultragauche, on promettra des réponses judiciaires « extrêmement fermes ». Trop tard. Des réponses, on nous en a déjà souvent promis mais sans que soit posée la vraie question : comment l’État le plus coûteux d’Europe en est-il venu à ne plus pouvoir garantir à un commerçant que sa vitrine tiendra jusqu’au soir ? L’IREF-Contrepoints a déjà maintes fois soulevé ce problème fondamental : le pays est en réel danger quand l’État n’a même plus les moyens d’assurer le régalien.

L’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789  place la sûreté parmi les droits naturels et imprescriptibles, et l’article 12 institue la force publique « pour  l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. » Adam Smith ne disait pas autre chose : le premier devoir du souverain est de protéger la société de la violence, le second de protéger chaque membre de l’injustice des autres. Le reste vient après.

Or chez nous, c’est ce reste qui accapare tout, et nous le disons depuis des années. Bercy publie lui-même la répartition de 1 000 euros de dépense publique : 561 euros pour la protection sociale, 66 pour le simple fonctionnement des administrations, 31 pour la défense, 25 pour la sécurité et 5 pour la justice. Soit 61 euros de régalien : c’est  moins que ce que coûte… l’administration. La dépense publique a atteint 1 714 milliards d’euros en 2025, soit 57,3 % du PIB, et les trois missions régaliennes de l’État – défense, sécurités, justice – en ont absorbé 100 milliards, soit 5,9 %.

Voilà l’échec de l’État providence, et il ne se mesure pas seulement en dette. L’Etat promet à qui veut de couvrir tous les risques de l’existence, mais se montre impuissant face au seul contre lequel nul ne peut s’assurer lui-même. Il a mangé ses propres fonctions. Le commerçant de la rue Sainte-Catherine paye des impôts et des taxes qui devraient lui garantir que sa devanture ne sera pas fracassée. Mais l’Etat est incapable de lui apporter cette sécurité minimale.

Les Français demandent depuis longtemps plus de régalien et moins d’assistanat. Une puissance à la fois omnipotente et inefficace court au naufrage. On accepte de payer cher un État qui protège. On n’accepte pas éternellement de payer très cher un État qui non seulement ne protège pas, mais  laisse la maison brûler.

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Allons-nous vers une (très) grave crise financière ?

Le rendement de l’emprunt d’État français à dix ans a atteint 4,9 %. La hausse des rendements obligataires traduit toujours la même chose : une confiance qui s’érode, et des investisseurs qui exigent davantage pour prêter. Ce surcoût rend le service de la dette plus lourd et rend plus difficile l’émission de nouveaux titres destinés à financer des dépenses excessives. La France n’est pas seule sur cette pente, mais elle en est aujourd’hui le cas le plus préoccupant.

Nous avons déjà connu cela. En 2012, la zone euro a traversé une crise des dettes souveraines dont la Grèce était le foyer. L’Allemagne a mené le sauvetage et la Banque centrale européenne a prêté main-forte. L’intervention a contenu la crise. Mais elle a ouvert la porte à l’aléa moral, en affaiblissant chez les gouvernements l’incitation à tenir leurs comptes. Comme on le dit dans les romans policiers : seul le premier meurtre est difficile, ensuite cela devient une habitude.

Nous voici dans une situation comparable, à ceci près que les dettes publiques ont considérablement grossi depuis. L’économie et la dette françaises sont plusieurs fois supérieures à celles de la Grèce d’alors, qui pesait quelque 2 % de la zone euro, et aucun pays européen n’est en mesure de venir en aide à la France. On mesure l’écart en rapprochant deux montants : la dette publique française dépasse 3 460 milliards d’euros, quand l’ensemble des moyens du Mécanisme européen de stabilité, capital libéré et capital appelable confondus, s’élève à 700 milliards.

Reste la Banque centrale européenne. Elle s’est dotée en 2022 d’un instrument de protection de la transmission, qui n’a jamais servi et qui l’autorise à acheter de la dette d’un État sur le marché secondaire pour contrer une hausse injustifiée des coûts d’emprunt. Pour la France, dont les taux rendent tout endettement supplémentaire très onéreux, un tel soutien serait un soulagement. Mais l’instrument vise les hausses que les fondamentaux économiques ne justifient pas.

On trouvera néanmoins, je le crains, le moyen de couvrir les besoins de financement français, fût-ce aux dépens de règles fondamentales de la zone euro et de l’Union. Le système monétaire en sortirait affaibli, et nous nous serons contentés, une fois de plus, de repousser le problème. Car aucune ingénierie monétaire ne remplacera la maîtrise des dépenses publiques, et chaque année de report alourdit la charge de la dette.

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Mme Guetté, la France a bien un problème de dépenses, pas de recettes !

Si la réalité ne correspond pas à vos présupposés idéologiques, il suffit de la tordre dans tous les sens jusqu’à faire entrer des ronds dans des carrés. C’est ce que fait Clémence Guetté, députée La France insoumise. « Ce n’est pas l’augmentation des dépenses qui a créé le déficit : elles sont au même niveau qu’il y a 10 ans. C’est l’effondrement des recettes sous la Macronie, c’est-à-dire les cadeaux aux super-riches et aux multinationales, qui ont ruiné ce pays » a-t-elle écrit sur X. On peut lire que si les recettes étaient restées au niveau de 2017, le déficit serait de 2,9 % du PIB au lieu de 5,1 %.

Une interprétation séduisante, à plusieurs détails près .

  • Le déficit ne date pas d’Emmanuel Macron : le dernier budget à l’équilibre a été voté en 1974.
  • Les chiffres de l’Insee contredisent l’idée d’un État privé de ressources. Les recettes publiques sont passées de 41,4 % du PIB en 1974 à 52,2 % en 2025, soit une hausse de 26 % en 51 ans. L’augmentation des dépenses a été encore plus rapide : de 41,3 % du PIB en 1974 à 57,3 % en 2025, soit une hausse de 38 %.
  • La dette a augmenté de 402 millions d’euros par jour depuis l’investiture d’Emmanuel Macron – c’est autant d’argent qu’il faudra tôt ou tard rembourser : contribuables, salariés, retraités.
  • La France est loin d’être un paradis fiscal pour les plus aisés. C’est l’un des rares pays en Europe à ne pas avoir abrogé totalement l’impôt sur la fortune, celui-ci ayant été transformé en impôt sur la fortune immobilière (IFI). Notre système fiscal est d’un tel niveau d’absurdité que les personnes redevables de l’IFI n’ont pas forcément les moyens de payer l’impôt sur le revenu (IR).
  • Les entreprises françaises restent les plus taxées de l’UE en prenant en compte des cotisations patronales, de l’impôt sur les sociétés et des impôts de production.
  • Sous les deux mandats d’Emmanuel Macron, les dépenses publiques sont restées à des niveaux de l’ordre de 56 à 58% du PIB. Il a d’ailleurs été recruté plus de 170 000 fonctionnaires.

Il reste vrai que M. Macron a financé des réductions d’impôts (notamment d’IS et de taxe d’habitation), par l’emprunt : la dernière des bêtises à ne pas faire. Mais les baisses d’impôt sur les sociétés ont profité aux salariés autant qu’aux actionnaires et la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales a profité à tous. Bref, Clémence Guetté fait croire indument que le déficit s’explique par des cadeaux aux riches. Le problème de la France reste bien celui de son excès de dépenses publiques : elle en est championne du monde.

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Les buralistes ne savent plus sur quel pied danser

Il ne fait pas bon être buraliste par les temps qui courent ! Les ventes de tabac baissent en France sous l’effet conjugué de la hausse des prix (+320% depuis 2000), des restrictions de consommation et de l’intérêt porté par les Français à leur santé.

Mais qui dit baisse des ventes ne dit pas forcément baisse de la consommation tant les marchés parallèles sont en train de supplanter le marché légal. Ils alimenteraient jusqu’à 40% de la consommation selon certaines sources. Ils fragilisent évidemment le réseau des bureaux de tabac : environ 10.000 ont disparu ces vingt dernières années (soit 30%). Ceux qui restent sont amenés à se diversifier, non seulement avec les jeux de hasard et la presse, mais aussi avec le dépôt de colis, le guichet bancaire (compte Nickel), la vente des nouveaux produits comme la cigarette électronique, le tabac à chauffer et les sachets de nicotine, l’encaissement des impôts, amendes et autres factures publiques comme celles des cantines scolaires.

Il y a quelques jours, la Confédération des buralistes a écrit au Premier ministre pour s’étonner que la ministre de la Santé se soit adressée à la Commission européenne (avec ses homologues de sept autres pays) pour lui demander d’interdire, à l’occasion de la révision de la directive sur les produits du tabac, tout nouveau produit à base de nicotine comme les sachets de nicotine mais aussi tout arôme, de fixer un plafond de nicotine généralisé et d’introduire le paquet neutre pour tout produit. Le but semble être que les fumeurs n’aient plus que deux choix : fumer ou ne pas fumer.

Les contribuables que nous sommes s’étonnent de l’incohérence gouvernementale. Car si le ministère de la Santé fait tout pour que les buralistes mettent la clé sous la porte, celui de l’Économie et des Finances distribue des subventions pour les sauver. Bercy a mis en place tout un panel de soutiens : aides à la transformation (jusqu’à 33.000 €), à la sécurité (jusqu’à 10.000 €), à la rémunération (jusqu’à 5000 €), à la fin d’activité (jusqu’à 80.000 €).

Pourquoi dépenser autant d’argent pour soutenir les buralistes et leur diversification d’un côté, et de l’autre leur interdire de se diversifier grâce aux produits à risques réduits ? Produits qui pourraient d’ailleurs rapporter à l’État s’ils étaient taxés, en proportion de leur nocivité, plutôt que prohibés. L’État est accro aux taxes sur le tabac autant qu’il prétend en détourner les fumeurs

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ESG : quand la finance devient un instrument de planification

La finance est-elle devenue le nouvel instrument de la planification économique ? C’est la thèse que nous développons dans un article publié à l’automne 2026 dans The Independent Review. En orientant les capitaux au nom de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), la finance ESG substitue les préférences de quelques décideurs aux choix décentralisés des consommateurs et des entrepreneurs. Une prétention qui se heurte à une difficulté fondamentale : nul ne détient le savoir nécessaire pour piloter l’économie.

La finance ESG entend faire de l’investissement un instrument de transformation de la société. Au-delà de la rentabilité financière, les investisseurs sont invités à privilégier les entreprises jugées vertueuses et à pénaliser celles qui le seraient moins. L’intention peut sembler louable, mais qui définit la vertu, et au nom de quelle légitimité ? Les critères ESG ne mesurent pas une réalité aussi clairement définie que la solvabilité d’une entreprise : ils reposent sur des jugements de valeur dont la subjectivité se reflète dans les divergences entre agences de notation, faute de consensus sur ce que signifie « faire le bien ». Faut-il privilégier la réduction des émissions, l’emploi ou l’accès à une énergie abordable ? Ces objectifs peuvent entrer en conflit, et confier à des régulateurs ou à de grands investisseurs le soin de les hiérarchiser revient à leur attribuer un pouvoir considérable sur l’allocation des ressources.

Le problème de la connaissance

C’est ici qu’intervient le problème de la connaissance, formulé par Friedrich Hayek. Dans une économie de marché, les prix coordonnent des millions de décisions individuelles à partir d’informations dispersées, tacites et impossibles à centraliser. Les profits et les pertes indiquent si les ressources répondent aux besoins que les consommateurs jugent les plus urgents. En orientant les capitaux selon des priorités ESG prédéfinies, les investisseurs altèrent ce mécanisme : le coût du capital reflète alors les préférences des prescripteurs plutôt que celles des consommateurs.

Or les ressources que l’on prétend allouer au nom des critères ESG sont rares et ont des usages concurrents. Subventionner les véhicules électriques et inciter les investisseurs à leur allouer des capitaux, c’est diriger vers cette production du cuivre, du nickel ou de l’aluminium, qui ont bien d’autres usages possibles, susceptibles de répondre à des besoins plus urgents. Ces véhicules ne sont pas indésirables, mais leur intérêt devrait être évalué au regard de leur coût d’opportunité. La même prudence s’impose face aux politiques climatiques : si la combustion d’hydrocarbures engendre des coûts environnementaux, elle produit aussi l’acier, le ciment, le plastique et les engrais indispensables à huit milliards d’habitants. Prétendre arbitrer parfaitement entre ces effets suppose une omniscience que nul organe centralisateur ne peut posséder.

Orienter les capitaux selon des critères ESG prive certaines entreprises de financements viables tout en favorisant des projets insuffisamment rentables. Le refus de plusieurs banques de financer de nouveaux projets pétroliers et gaziers illustre cette logique. À l’inverse, les subventions publiques et l’engouement pour la transition énergétique ont encouragé des investissements dans des entreprises dont les perspectives se sont révélées fragiles  (cf. les entreprises  Nikola, Northvolt, Ørsted). En prétendant orienter le capital vers le bien commun, la finance ESG risque ainsi de dilapider les ressources nécessaires à sa réalisation.

L’Europe, laboratoire de la planification financière « verte »

Depuis la présentation du Pacte vert en décembre 2019, l’Union européenne a multiplié les instruments destinés à réorienter l’économie : taxonomie verte, directives CSRD et CSDDD, règlement SFDR. Ce cadre ne se contente pas d’informer les investisseurs, il contribue à déterminer les activités à financer et celles à décourager. Le Pacte vert fixe le cadre réglementaire et politique, les critères ESG fournissent les indicateurs d’évaluation.

Fait révélateur : ce dispositif a commencé à reculer. La directive dite « Omnibus I », publiée au Journal officiel le 26 février 2026, réduit sensiblement le champ de la CSRD et de la CSDDD, reporte à 2029 la mise en conformité au devoir de vigilance et fait sortir du périmètre des entreprises qui y étaient déjà entrées. Lorsqu’un cadre doit être allégé deux ans après son déploiement, c’est que son coût avait été mal évalué.

Présenté comme un moteur de croissance, le Pacte vert révèle un paradoxe : à vouloir orienter l’économie par la réglementation, l’Union affaiblit les fondements de sa compétitivité. La réorientation forcée des investissements vers les renouvelables s’est accompagnée d’une hausse massive des coûts énergétiques, pénalisant toute l’industrie. L’Allemagne l’illustre : longtemps moteur industriel du continent, elle subit le recul de sa production manufacturière, des faillites croissantes et des délocalisations. Dans le même temps, l’automobile européenne est fragilisée par l’abandon programmé des moteurs thermiques, au mépris du choix des consommateurs. La limite est toujours la même : aucun décideur ne dispose des connaissances nécessaires pour arbitrer entre des ressources rares, des technologies concurrentes et des préférences multiples. En négligeant les signaux du marché, la politique environnementale européenne risque des effets contraires aux objectifs poursuivis, économiques comme environnementaux.

Il ne s’agit pas d’exonérer les entreprises de leurs responsabilités, mais de distinguer la liberté de choix des investisseurs de la volonté d’imposer une hiérarchie unique des priorités. Le marché n’est pas infaillible ; sa force est de confronter des préférences diverses et de révéler les arbitrages. La finance doit contribuer à ce processus, non s’y substituer. Car lorsqu’une poignée d’acteurs décide des objectifs à poursuivre, elle ne garantit pas une économie plus responsable, mais une économie moins attentive aux besoins réels des individus.

 


Mathieu Gomes est professeur agrégé des universités à l’iaelyon – Université de Lyon 3 Jean-Moulin, et Chartered Financial Analyst.

Paul H. Tice est l’auteur de The Race to Zero: How ESG Investing Will Crater the Global Financial System (Encounter Books, 2024), qui est le livre de référence de la critique américaine de l’ESG. Il est Senior Fellow et membre du conseil d’orientation du National Center for Energy Analytics depuis mars 2024, et adjunct professor de finance à la NYU Stern School of Business, où il enseigne depuis 2017 les marchés de l’énergie et le financement de projets.

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Retraites : Jacques Rueff avait prédit la faillite dès le premier jour

Au moment même où les ordonnances d’octobre 1945 installent la Sécurité sociale et la retraite par répartition, Jacques Rueff publie L’Ordre social. Il y pose une distinction dont nous mesurons aujourd’hui la portée : d’un côté les vrais droits, adossés à une épargne réelle et à du capital productif ; de l’autre les « faux droits », qui ne reposent que sur une promesse faite sur l’avenir.

La répartition, explique-t-il, ne crée aucune richesse. Elle octroie aux retraités d’aujourd’hui une créance sur le travail des générations de demain. Et il en tire la conséquence, avec une clarté que quatre-vingts ans n’ont pas émoussée : si la démographie fléchit ou si la croissance ralentit, un tel système ne tient qu’en augmentant massivement les prélèvements, en s’endettant ou en créant de la monnaie, c’est-à-dire en nourrissant l’inflation. Les trois, en réalité.

Il récidive en 1960, dans le rapport sur les obstacles à l’expansion économique qu’il copréside avec Louis Armand : faire reposer toute la solidarité nationale sur des cotisations assises sur le travail finira, prévient-il, par peser sur la productivité et par creuser un déficit structurel. L’anti-Keynes prêchait dans le désert.

Car il parlait pendant une période de boom économique. La France comptait alors 4,3 cotisants pour un retraité et le PIB augmentait de 5 % par an : les caisses débordaient. Pourquoi écouter un Cassandre annonçant une tempête pour dans cinquante ans ? S’y ajoutait le climat politique de l’après-guerre, où prôner la capitalisation passait pour une posture antisociale, et l’épargne retraite pour un outil au service du capitalisme financier. Sur ce point au moins, presque rien n’a changé.

Le ratio, lui, a changé : environ 1,7 cotisant par retraité aujourd’hui, et moins de 1,4 pour le seul régime général. Le reste est arrivé comme annoncé, déficits permanents comblés par des transferts de l’État, dette reportée sur les jeunes générations, et un salarié du privé qui paie de plus en plus. La crise des retraites n’est pas un accident : c’est l’exécution mécanique d’un avertissement formulé il y a quatre-vingts ans, que personne n’a voulu entendre.

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Carburants : le prix à la pompe est pour plus de la moitié un impôt, mais Bercy jure qu’il n’y gagne rien…

Il n’y a pas de cagnotte, explique le ministre des Comptes publics : depuis le début de l’année, les recettes de l’État sur les carburants ont reculé de 357 millions d’euros. Commençons par reconnaître ce qui est exact. Au 30 septembre, 798 millions de TVA en plus et 1,181 milliard d’accises en moins font bien une moins-value de 383 millions. L’arithmétique n’est pas en cause. Le raisonnement, si.

Car l’accise est un montant fixe par litre, 59,40 centimes pour le gazole et 68,29 centimes pour le SP95. Elle ne varie jamais avec le prix, uniquement avec les volumes. Or les volumes livrés en France, mesurés par le Comité professionnel du pétrole, diminuent de 5 % sur les huit premiers mois de l’année : le gazole recule de 7,6 %, l’essence progresse de 0,4 %. Si c’était la flambée des prix qui faisait fondre la consommation, l’essence baisserait elle aussi. À 2,16 euros le litre, proche de son record, elle ne baisse pas.

Considérons la mécanique : 1,181 milliard d’accises en moins, à soixante centimes le litre, cela correspond à environ deux milliards de litres, soit précisément les 5 % mesurés par la profession. La perte d’accises est donc une affaire de volumes, et les volumes une affaire de gazole, dont la part dans le parc recule depuis dix ans. Et ce déclin, l’État l’a organisé lui-même. Il a encouragé le diesel pendant des décennies, par une taxation plus faible que celle de l’essence puis par un bonus-malus assis sur le seul dioxyde de carbone, avant de le désigner comme le responsable de la pollution de l’air et de rapprocher sa fiscalité de celle du sans-plomb.

Le tour de passe-passe est là. La hausse des prix a bien rapporté 798 millions de TVA supplémentaires, et c’est exactement ce qu’on appelle une cagnotte. Ce qui l’absorbe est le déclin de la consommation d’un carburant, qui se serait produit de toute façon. Compenser l’un par l’autre et présenter le solde comme la preuve que l’État ne gagne rien revient à additionner deux phénomènes qui n’ont pas la même cause. La hausse des prix du pétrole n’empêche pas l’État de se gaver : c’est toujours vrai.

Il s’agit moins de savoir si la recette a progressé cette année que de s’interroger sur la raison pour laquelle elle pèse autant sur le pouvoir d’achat. La réponse du gouvernement à la flambée des prix n’est guère satisfaisante : déstocker des réserves stratégiques au 1er novembre, c’est agir sur l’offre plutôt que sur la seule variable qu’il maîtrise entièrement.

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Budget 2028-2034 : six frugaux contre dix-sept amis de la dépense

Fuite en avant dans les dépenses sans compter, ou réduction et ajustement des priorités ? Tel était le cœur du bras de fer ouvert par le sommet des chefs d’État et de gouvernement, jeudi et vendredi à Bruxelles. Cette première série de négociations, il y en aura beaucoup d’autres avant un accord sur le budget européen 2028-2034, a opposé les « six frugaux » aux « dix-sept amis de la cohésion », ainsi que sont surnommés dans la capitale de l’UE ces deux camps. Le premier, qui compte l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande et l’Autriche, est favorable à une utilisation raisonnable de l’argent public : pas question de financer sans limites des éléphants blancs dans des plans d’investissements discutables sur le plan industriel ou technologique.

Le second, où l’on retrouve la France, regroupe les pays voulant une hausse des dépenses dites communautaires, centrées sur la politique agricole commune et les « fonds de cohésion » au profit des régions les moins riches.

Un débat qui devrait être l’occasion de poser simplement la question de la pertinence des grands plans d’investissements publics. Suffit-il que des États « mettent sur la table » cent milliards, en décidant quelles entreprises et quelles technologies sont appelées à un bel avenir et lesquelles sont sans intérêt, pour que la prospérité suive ? Les « performances » de l’État français depuis le Minitel ou le Bi-Bop devraient inciter à la prudence et à la modestie. À l’inverse, le développement spectaculaire des industries du numérique aux États-Unis ne doit pas grand-chose à des comités gouvernementaux…

Le sommet portait principalement sur la compétitivité, les prix de l’énergie, l’immigration, l’aide à l’Ukraine et le cadre financier pluriannuel 2028-2034, pour lequel la Commission a proposé 2 000 milliards d’euros. Les frugaux demandent des centaines de milliards d’euros de baisse sur cette épure, tandis que la France et ses alliés réclament une hausse.

Par ailleurs, la France et l’Allemagne ont trouvé un accord provisoire visant à préserver l’avenir de l’industrie automobile européenne, avec une ambition réduite sur les mesures environnementales mais un « made in Europe » renforcé. Enfin, l’Union envisage de se doter d’un outil permettant de fermer complètement le marché européen aux exportateurs chinois si Pékin adopte des mesures commerciales agressives à l’encontre des Européens.

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Les fraudes et erreurs de déclaration à l’IS et la TVA « coûteraient » de 11,5 à 16,3 milliards d’euros

Selon la DGFiP, dans un rapport publié il y a quelques jours, le manque à gagner en matière d’impôt sur les sociétés est estimé entre 5,5 et 6,3 milliards d’euros par an. Dans le détail, 2,3 milliards d’euros redressés en 2019, pour un manque à gagner estimé à 5,6 milliards. Ce chiffre est à mettre en regard d’une estimation de même nature faite quant à elle sur la TVA en septembre 2024. Selon la DGFiP, elle concernerait 1,2 à 1,7 milliard d’euros redressés par an, pour un manque à gagner brut compris entre 6 et 10 milliards.

Mis ensemble, ces deux rapports conduisent donc à un manque à gagner estimé de 11,5 à 16,3 milliards d’euros, dont environ un quart est redressé chaque année.

Pour des raisons méthodologiques (entreprises qui ne déclarent pas d’IS ou de TVA et irrégularités non détectées) Bercy présente ces montants comme des chiffres plancher. Au regard des sommes détectées chaque année par le contrôle fiscal  tous impôts confondus (17,1 Mds d’euros en 2025, ainsi que des sommes réellement encaissées (11,4 Mds cette même année), ces ordres de grandeurs rendent difficilement crédibles les estimations exagérées d’Attac ou de l’Union syndicale Solidaires évaluant la fraude fiscale entre 80 et 100 Md€ par an, reprises dans le programme de LFI.

Il semblerait même que cette fraude à l’IS et la TVA soit plus faible que la fraude sociale, qui pourrait atteindre 25 Mds d’euros par an selon les estimations de l’IREF. Au vu de ces sommes, ce n’est en tout cas pas l’amélioration du rendement de la lutte contre la fraude fiscale qui redressera les comptes publics. Encore une fois l’effort doit se faire sur la dépense et le périmètre de l’Etat.

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Ukraine : Trump souffle le chaud et le froid, l’Europe serre les rangs, les drones russes frappent en mer Noire

Chaud et froid pour l’Ukraine la semaine dernière, entre les volte-face de Donald Trump et les Européens qui serrent les rangs. Furieux des raids ukrainiens sur les raffineries de pétrole russe, auxquels il attribue, contre toute évidence, la responsabilité de la hausse des prix du diesel aux États-Unis, le président américain semble avoir ordonné un ralentissement des connexions Starlink des drones ukrainiens sur le front, selon de bonnes sources à Washington citées par l’AFP. La Maison-Blanche a démenti, renvoyant à Elon Musk, propriétaire du réseau, qui avait, la veille, affirmé que ce ralentissement avait été ordonné par le Pentagone. Toujours est-il que, tout aussi mystérieusement, ce bridage a été suspendu jeudi soir, mais pas entièrement, a affirmé Kiev vendredi matin.

Parallèlement, reçu à Bruxelles lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept, Volodymyr Zelensky peut se réjouir des signes de soutien des dirigeants européens, qui contrastent fortement avec les déclarations de Donald Trump appelant à la démission du chef de l’État ukrainien, ou lui attribuant entièrement la responsabilité du prolongement de la guerre, sans visiblement envisager qu’elle incombe à l’invasion de l’Ukraine décidée par le Kremlin, ou au refus de ce dernier de toute pause dans les combats. Autre signe fort de soutien, le gouvernement britannique a annoncé vendredi matin la livraison de missiles Storm Shadow à Kiev pour lui permettre de faire face aux bombardements russes cet hiver.

Par ailleurs, les attaques de drones, vraisemblablement russes, se sont multipliées contre des navires marchands au large de la Roumanie et de la Bulgarie : sept bâtiments touchés entre le 5 et le 15 octobre, dont quatre ont coulé, et une trentaine de marins portés disparus. Le premier d’entre eux transportait du maïs chargé en Ukraine à destination de l’Italie. Le président roumain a annoncé la tenue d’une session du Conseil de l’Atlantique Nord consacrée à la mer Noire, et le sujet sera inscrit à l’ordre du jour de la réunion des ambassadeurs alliés la semaine prochaine. Sofia, de son côté, a obtenu de son parlement l’achat de cinq systèmes de défense antiaérienne allemands supplémentaires.

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Dette française : emprunter moins cher aujourd’hui, au risque de payer davantage demain

Le 15 octobre, l’Agence France Trésor a levé 12 milliards d’euros d’obligations assimilables du Trésor (OAT), sur des échéances comprises entre 2031 et 2033, à des rendements de 4,01 % à 4,41 %. Deux semaines auparavant, une émission d’un montant équivalent, mais sur des maturités allant de 2036 à 2048, avait nécessité des rendements de 4,93 % à 5,40 %.

La différence est considérable. Mais elle traduit d’abord une réalité élémentaire des marchés : prêter à cinq ans n’expose pas aux mêmes risques que prêter à vingt ans. Les investisseurs exigent généralement une rémunération supplémentaire pour immobiliser leur capital plus longtemps.

Emprunter plus court permet donc à l’État d’afficher un coût de financement inférieur. Mais cette économie immédiate comporte une contrepartie : le risque de refinancement. Dans cinq ans, lorsque ces obligations arriveront à échéance, il faudra rembourser les créanciers ou réemprunter aux conditions du moment. Si les taux ont encore augmenté, l’avantage actuel pourrait rapidement disparaître et même représenter un danger pour les finances publiques. Un rapide calcul en première approximation : si l’encours des 12 Mds€ à 4.1% sur 5 ans doit être refinancé à 6% à l’échéance, cela représente un surcoût annuel d’intérêt de 228 M€.

Gardons-nous toutefois d’une interprétation excessive : l’Agence France Trésor alterne traditionnellement émissions courtes, moyennes et longues. Cette adjudication ne démontre pas, à elle seule, une fuite des investisseurs. Elle intervient néanmoins dans un contexte où la signature française suscite davantage d’interrogations.

Car le véritable problème n’est pas la maturité de la dette, mais sa trajectoire. Les marchés peuvent financer durablement un État endetté, à condition de croire en sa capacité future de remboursement. Or, lorsque les déficits deviennent structurels et que les réformes sont constamment différées, cette confiance finit par se payer : c’est la prime de risque.

La France ne manque pas encore de prêteurs. Elle risque surtout de manquer de crédibilité budgétaire. Et aucune ingénierie financière, aussi habile soit-elle, ne remplacera une politique de maîtrise des dépenses publiques. On peut déplacer les échéances d’une dette. On ne peut pas repousser indéfiniment le moment de vérité.

 

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Droits voisins : quand la presse veut faire payer Google

Depuis sept ans, les éditeurs et les plateformes numériques s’affrontent au sujet des droits voisins, avec l’Autorité de la concurrence en arbitre du conflit. L’arrivée de l’intelligence artificielle relance les hostilités et change surtout la nature du problème. La défense de la propriété intellectuelle ne peut toutefois servir de prétexte à la rente.

Les droits voisins (du droit d’auteur) protègent ceux qui ne créent pas l’œuvre, mais contribuent à la produire ou à la diffuser. Depuis 2019, les éditeurs et agences de presse en bénéficient. Les plateformes qui reprennent leurs articles en ligne doivent obtenir leur autorisation (sauf pour les liens et très courts extraits) et, le cas échéant, les rémunérer.

L’été 2026 a rouvert les hostilités. Le 8 juillet, l’Autorité de la concurrence a rendu une décision dans laquelle elle a enjoint Meta de négocier de bonne foi avec les éditeurs. Le 29 juillet, la Société des Droits Voisins de la Presse (DVP), qui gère collectivement les droits des éditeurs et agences de presse, a de nouveau saisi l’institution pour vérifier si le lancement de d’AI Overviews et d’AI Mode respectait les engagements pris par Google. L’Alliance de la Presse d’Information Générale (APIG), qui regroupe les quotidiens et hebdomadaires, a fait de même le 11 août. Ensemble, elles représentent près de 600 publications et réclament le respect des engagements pris par Google en 2022, contraignants jusqu’en 2027.

Un bras de fer qui n’en finit plus

Le feuilleton a commencé avec la loi du 24 juillet 2019, transposant la directive européenne du 17 avril 2019 sur le droit d’auteur et les droits voisins. Le texte entendait rééquilibrer les négociations entre éditeurs, agences de presse et plateformes numériques. Google avait alors choisi de ne plus afficher les aperçus d’articles dans son moteur de recherche ; seulement les titres et les liens. En 2021, l’entreprise a été condamnée à 500 millions d’euros d’amende pour ne pas avoir suffisamment respecté ses obligations de négociation. Malgré de nouveaux engagements pris en 2022, Google a écopé de 250 millions d’euros supplémentaires, notamment pour avoir entraîné son IA Bard, devenue Gemini, sur des contenus de presse sans prévenir les éditeurs.

Le contentieux n’a pas empêché les accords commerciaux. En 2025, Google et plusieurs éditeurs français ont conclu un accord portant sur près de 300 titres de presse nationale, régionale et locale. La DVP a obtenu, la même année, 21,4 millions d’euros de Google, mais aussi Meta et Microsoft. Ce chiffre est contesté par Google car il ignore les accords confidentiels signés en dehors de la DVP. En matière de droits voisins, Google verserait un montant équivalent aux aides directes de l’État à la presse – environ 230 millions d’euros.

Les leçons des expériences étrangères

Instrumentaliser la législation pour obliger les grandes plateformes à financer les éditeurs ne garantit nullement une victoire économique de la presse. En Espagne, une loi sur les droits d’auteur avait conduit Google à fermer Google News en 2014. En 24 heures, le trafic de 50 sites de presse espagnols a chuté de 10 à 15 % selon l’entreprise Chartbeat – une baisse de 10 % confirmée par une étude de 2021. Google News n’est revenu dans le pays qu’en 2022, après la transposition de la directive européenne de 2019 qui a supprimé la rémunération obligatoire.

En Allemagne, la première loi sur les droits voisins de 2013 a tourné au fiasco : les éditeurs ont fini par accorder à Google une licence gratuite pour ne pas disparaître de ses résultats, et ils n’ont perçu que quelques milliers d’euros par an pour des millions de frais de procédure. Au Canada, la loi C-18 de 2023 sur les « nouvelles en ligne » a poussé Meta à retirer purement et simplement les publications journalistiques de Facebook et Instagram. Google et Ottawa ont conclu une entente de 100 millions de dollars par an, mais Meta récuse l’idée qu’elle profiterait « injustement des contenus d’actualité ».

Cela a été confirmé par la suite : fin 2024, Google a retiré les contenus de 13 409 sites de presse de ses résultats pour 1 % des utilisateurs dans huit pays européens. L’utilisation du moteur de recherche n’a baissé que de 0,8 %. Ce n’est donc pas le contenu des médias qui fait l’essentiel du trafic de Google.

Quand l’IA change la donne

L’intelligence artificielle modifie pourtant l’équation. Un moteur de recherche qui renvoie vers un article constitue une vitrine ; une IA qui en résume le contenu peut devenir un substitut. Selon Mind Media, les sites d’information français ont perdu 19 % de leur trafic en août un mois après le lancement d’AI Overviews. Dans les autres pays européens, l’Arcom a évalué la perte entre 33 % et 38 %. La France était le dernier pays à ne pas avoir encore déployé ce service, déjà présent dans plus de 200 pays.

La propriété intellectuelle ne doit pas devenir une rente

Le problème est réel. Toute la question est de savoir comment y répondre. Pour un libéral, la réponse tient en deux mots : propriété et contrat. Les éditeurs doivent pouvoir dire non à l’entraînement des modèles, non aux résumés IA, oui à l’indexation (l’enregistrement du contenu d’une page Web dans l’index des moteurs de recherche). Google a commencé à aller dans ce sens en permettant aux sites de s’exclure de ses résultats IA. Ce droit de refus garanti, la négociation redevient libre. Le marché le montre : Le Monde a signé avec OpenAI dès 2024, l’AFP avec Mistral en 2025, sans amende ni injonction.

Le mauvais outil, c’est l’Autorité de la concurrence qui fixe les règles du jeu. La presse, largement subventionnée et dépendante des aides publiques, a trop souvent préféré la loi et la réglementation à l’innovation. Cette logique a un effet pervers : Google peut payer des centaines de millions d’euros, pas une start-up européenne de l’IA. Les titres de presse qui s’en sortent ont misé sur les abonnements numériques, les contenus exclusifs, la diversification des revenus et la force de leur marque. À l’heure de l’IA, défendre la propriété intellectuelle des éditeurs est légitime. En faire le prétexte d’une nouvelle rente, financée par les plateformes et arbitrée par l’administration, serait une erreur.

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La Caisse des dépôts lorgne le pactole de la retraite par capitalisation

Grâce à l’IREF et à Contrepoints, entre autres, la retraite par capitalisation s’impose petit à petit dans le débat public comme alternative à la faillite inéluctable du système actuel par répartition.

De nombreux candidats à l’élection présidentielle de 2027 la propose désormais, alors qu’il y a un quinquennat à peine on nous riait au nez quand nous prétendions que la capitalisation était l’avenir de nos retraites.

Si elle venait à être mise en place dans les années prochaines, la capitalisation générerait évidemment des sommes colossales à placer. Dans son étude, l’IREF a calculé que l’on disposerait, sur une période de 50 ans, de plus de 8760 milliards d’euros (en euros constants 2023) de ressources pour honorer les retraites par répartition. A côté, il faudrait constituer une épargne encore plus importante pour servir les retraites par capitalisation.

De telles sommes font nécessairement rêver. Olivier Sichel, directeur général de la Caisse des dépôts, est de ceux qui lorgnent ostensiblement cette manne. Dans une interview au Figaro, il prétend que le groupe public « pourrait mettre son ingénierie et sa gestion de long terme au service des choix que feront les responsables politiques ». En un mot, il voudrait que la Caisse des dépôts devienne le gestionnaire de ces fonds pour éviter qu’ils ne servent à « l’achat d’actions des géants de la tech américaine ou d’ETF indiciels ». Avec la Caisse des dépôts, les épargnants seraient assurés que la capitalisation soit « utile au pays » en contribuant « au financement des entreprises et des actifs français ».

Quand on sait que le gouvernement cherche à se servir dans les comptes bancaires oubliés déposés à la Caisse des dépôts, on s’inquiète de ce qu’il pourrait advenir des retraites capitalisées. Surtout que l’État est coutumier du fait : régulièrement, il cherche à s’emparer – et souvent y réussit – des liquidités et provisions de l’Agirc-Arrco, de l’Unedic, des opérateurs de compétences (Opco) ou encore du CNFPT. Pourquoi en serait-il autrement des fonds de pension ?

La retraite par capitalisation est un sujet trop sérieux pour être confié à l’État et à son « bras armé » qu’est la Caisse des dépôts. C’est à chacun de choisir le fonds de pension gestionnaire de sa retraite, et celui-ci doit être protégé constitutionnellement pour que l’État ne vienne pas lui faire les poches.

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Piketty se trompe : quand il y avait moins de milliardaires, il y avait surtout plus de pauvres

Invité de BFMTV-RMC le 15 octobre, Thomas Piketty a proposé de soumettre à référendum un « impôt de solidarité nationale » sur les patrimoines supérieurs à cent millions d’euros, en expliquant que « quand il y avait moins de milliardaires, on avait plus de prospérité ». La formule a ceci de commode qu’elle est facilement vérifiable. En voici trois exemples : en France, en Suède et dans le monde. Les trois constats sont les mêmes.

La France d’abord. De 1982 à 2017 y a sévi  un impôt sur la fortune dont l’objet déclaré était de réduire les grands patrimoines. Il y est parvenu à sa façon : les redevables s’expatriaient, et l’ISF ne rapportait plus qu’un peu plus de cinq milliards dans sa dernière année pleine. Un nouvel impôt sur la richesse aura à coup sûr les mêmes résultats. Néanmoins, le nombre de milliardaires, lui, est passé de trois sur la première liste Forbes de 1987 – Schlumberger, Liliane Bettencourt et Serge Dassault – à cinquante-deux aujourd’hui. Si M. Piketty avait raison, le niveau de vie médian aurait dû reculer à proportion. Il a fait l’inverse. Selon l’Insee, le niveau de vie médian des Français a doublé en euros constants entre 1970 et 2018, de 10 390 à 20 500 euros par an. Il a continué de progresser depuis : sur la série actualisée, il atteint 25 760 euros en 2023, son plus haut niveau jamais mesuré. Selon la Banque mondiale, le PIB/habitant est passé de 16 175 dollars en 1987 à 48 985 dollars en 2025. Trois fois plus. Si M. Piketty avait raison, le niveau de vie en France aurait dû reculer à proportion. Il a fait l’inverse.

La Suède ensuite, qui a fait l’expérience inverse. Elle a supprimé les droits de succession en 2004, puis l’impôt sur la fortune en 2007. Elle a l’une des plus fortes densités de milliardaires par habitant d’Europe et son PIB par habitant (63 133 dollars) dépasse celui de la France. Si M. Piketty avait raison, elle devrait s’être appauvrie depuis vingt ans. Personne, là-bas, ne suggère d’y revenir.

Le monde enfin.. Le classement Forbes 2026 recense 3 428 milliardaires, contre 140 sur la première liste de 1987 : vingt-quatre fois plus en trente-neuf ans. Si M. Piketty avait raison, la pauvreté aurait dû croître significativement. Or, d’après la Banque mondiale, environ 2,3 milliards de personnes vivaient dans l’extrême pauvreté en 1990, plus de 40 % de l’humanité ; ils sont 831 millions en 2025, soit une personne sur dix. Un milliard et demi en sont sortis et le PIB/hab dans le monde a été multiplié par trois.

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Le récit des occasions manquées par notre pays pour désamorcer la bombe des retraites

Oui, les comptes des retraites seraient équilibrés en 2026, sans subventions ni dette, si l’on avait réagi à temps. Le basculement a lieu quand le baby-boom prend fin en 1975, alors que l’espérance de vie augmente en parallèle. La bombe démographique prédite par Rueff est amorcée. Or, Mitterrand propose la retraite à 60 ans lors de la campagne présidentielle de 1981 et l’âge légal passe de 65 à 60 ans en 1982. Première occasion manquée.

Sous le gouvernement de cohabitation de Chirac en 1986, avec Édouard Balladur au ministère de l’Économie, la droite tente bien d’introduire des mécanismes de capitalisation ; mais le projet est axé sur l’épargne générale plutôt que sur une réforme directe et globale des retraites. Nouvelle occasion manquée. Voilà Rocard, conscient du risque lié au vieillissement de la population. Il commande en 1991 un « Livre blanc sur les retraites » ; le rapport pose noir sur blanc le bon diagnostic et évoque prudemment la nécessité de diversifier les modes de financement. Mais il n’ose pas institutionnaliser la capitalisation, un gros mot pour les socialistes. Après l’élection de Chirac en 1995, Juppé propose un plan ambitieux pour les retraites : alignement du secteur public sur le privé, réforme des régimes spéciaux, allongement de la durée de cotisation générale. Résultat : le pays est paralysé par des grèves de 3 semaines et le gouvernement recule.

Va-t-on être sauvés par la loi Thomas adoptée par le Parlement en février 1997, sous le gouvernement d’Alain Juppé ? Elle crée enfin un cadre juridique clair pour les fonds de pension d’entreprise en France, par capitalisation facultative et capitalisation collective. Les législatives de 1997 amènent la gauche au pouvoir. Fidèle à ses promesses de campagne, le gouvernement Jospin ne publie jamais les décrets d’application. La loi restera cinq ans en vigueur sans exister, avant son abrogation en 2002.

C’est ce même gouvernement Jospin qui, conscient de la bombe démographique, crée en 1999 le Fonds de réserve pour les retraites, tentative de constituer une épargne collective par capitalisation publique pour amortir le choc du papy-boom des années 2020. Mais c’est trop tard, et ses ressources finiront par être détournées en 2010 pour rembourser la dette sociale de court terme. Voici comment, de clientélisme en renoncement, de dogmatisme en paresse, nous avons raté tous les trains qui menaient à l’équilibre.

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Immigration : Edouard Philippe peut mieux faire

Édouard Philippe veut diviser par deux l’immigration légale et propose un moratoire sur le regroupement familial. « Ce à quoi il faut mettre un terme », dit-il, « c’est l’immigration qui résulte de choix qui ne sont pas des choix de la France et qui sont des choix individuels ».

D’après son hypothèse – qu’il pose comme un axiome – les Français doivent pouvoir contrôler qui entre et qui sort. Or si ce principe est admis, le libre-échange est évidemment condamné : il faudra remettre des douanes et attendre que Sa Majesté le Peuple nous dicte sa politique commerciale avant d’oser faire une commande de vêtements made in USA. De manière générale, si la « souveraineté politique » est supérieure aux droits de la propriété privée, on ne voit pas quelle liberté peut exister, autrement que par concession, par autorisation.

L’immigration serait-elle à réduire quantitativement, que l’attaque faite à la famille serait condamnable. Le mariage n’est pas une institution, mais ce n’est pas non plus une transaction. Le couple, le foyer, c’est la plus grande force moralisatrice qui soit. Quelle forme de dignité, de respect, quels bons sentiments peut-on espérer d’un individu atomisé, séparé de la personne qu’il aime et avec qui il est uni par des liens avoués et légaux ?

D’autres solutions existent. Le ministère de l’Intérieur a délivré 377 462 premiers titres de séjour en 2025 : 116 835 étudiants, soit 31 %, et 90 959 au motif familial, dont 32 117 seulement au titre de « membre de famille », la sous-catégorie la plus proche du regroupement familial, soit 8,5 % de l’ensemble. En motif déclaré d’arrivée, la famille pèse plus lourd, mais un moratoire agit sur les titres délivrés. Pour revenir « largement en dessous de 200 000 », c’est donc le canal étudiant qu’il faudrait toucher. La réduction du nombre d’étudiants étrangers produit moins d’injustices réelles, comparativement, que la séparation des familles. On ne cause pas la même peine à celui qui rêvait d’étudier en France en lui annonçant que les places sont pleines. Fixer des conditions aux prestations sociales, comme les assurances privées elles-mêmes le font, relève aussi du contractuel, du donnant donnant. Personne n’est humilié parce qu’il ne peut prendre un rendez-vous médical remboursé immédiatement après avoir signé son contrat de mutuelle. C’est l’État-providence, non la famille, qui est en cause.

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Électricité à prix négatifs et factures record : le paradoxe que nos commentateurs refusent de voir

Sur les marchés, le kilowattheure se vend parfois à prix négatif ; sur les factures, il ne cesse de grimper. Présenter ce paradoxe comme « normal » revient à ignorer ses vraies causes : l’organisation du marché européen de l’électricité et la place accordée aux énergies intermittentes.

Un paradoxe exaspère légitimement les Français : un kilowattheure qui s’échange parfois à prix négatif sur le marché de gros pendant que leurs factures s’envolent. Interrogé à ce sujet, un journaliste économique a rendu un verdict sans appel : la situation est parfaitement normale. En période de faible consommation et de forte production, les coûts fixes continuent de courir, à commencer par le tarif d’utilisation des réseaux. Et puis, a-t-il ajouté, « on n’arrête pas une centrale nucléaire comme ça ».

L’explication a le mérite de la simplicité et le défaut d’exonérer d’emblée trois responsables : la conception du marché européen de l’électricité, les mécanismes de soutien aux renouvelables et la priorité d’injection dont bénéficient l’éolien et le solaire.

Le nucléaire, variable d’ajustement des intermittentes

Commençons par la centrale qu’on « n’arrête pas comme ça ». On ne l’arrête pas, en effet, mais on module sa puissance jusqu’à son minimum technique si nécessaire, ce qui revient au même. Et c’est là que le bât blesse : cette modulation, devenue fréquente et erratique, est dénoncée depuis des années par nombre d’ingénieurs du secteur, qui y voient une usure prématurée et coûteuse de notre parc électronucléaire.

Surtout, comparer l’électricité au blé stockable en silos méconnaît le principe de tout système électrique. À chaque instant, la puissance fournie doit être rigoureusement égale à la puissance appelée, sous peine d’une dégradation pouvant se terminer en blackout. Cet équilibre, dont l’image est le maintien de la fréquence à 50 hertz, s’obtient par la fourniture ou le retrait permanents de kilowattheures : un service que l’éolien et le solaire, productions dites fatales, sont incapables de rendre, comme d’ailleurs celui de régler la tension.

Dès lors qu’en période de fort ensoleillement ou de grand vent on paie pour maintenir ces deux productions à pleine puissance, il faut retirer une puissance équivalente aux autres moyens et maintenir malgré tout la fréquence et la tension à leurs valeurs réglementaires — une gageure que les Espagnols n’ont pas tenue le 28 avril 2025. Payer pour le maintien de l’éolien et du solaire, c’est exactement cela : vendre leurs kilowattheures à prix négatif.

Qui paie les prix négatifs ?

Sur ce point, l’éditorialiste ne dit mot. L’essentiel de la perte n’est pas supporté par l’exploitant mais par les tarifs d’achat et les compléments de rémunération garantis par l’État, qui couvrent l’écart entre prix de marché et prix contractuel. Cet écart, ce sont les consommateurs et les contribuables qui le règlent. Le prix négatif sur le marché de gros et la facture salée ne sont donc pas contradictoires : la seconde est une conséquence du premier. L’État ne sait d’ailleurs pas ce que sa planification coûtera.

La rente nucléaire partagée avec nos voisins

Silence également sur l’autre versant du problème, nos exportations, qui ont atteint 92,3 térawattheures en 2025, un record. Le producteur français vend au prix français et non à un prix du pays importateur, qui, comme en Allemagne l’été dernier, peut atteindre des sommets historiques. La recette générée par l’écart entre les deux prix n’est pas empochée par le producteur – EDF en l’occurrence –, mais par RTE et par son homologue du pays concerné, pour être ensuite partagée entre eux à parts égales. EDF cède ainsi au pays importateur la moitié de ce qu’aurait dû lui rapporter le volume des MWh exportés, une rente dite de congestion réputée devoir être affectée à l’entretien des infrastructures de réseau d’interconnexion par son bénéficiaire. En 2025, une telle rente s’est montée à 962,54 millions d’euros pour le seul Italien Terna auquel il conviendrait de demander ce qu’il en a fait précisément.

La règle européenne impose certes que cette rente soit affectée au renforcement des réseaux, mais aussi à réduire les tarifs ; sûrement pas à financer des moyens de production tels que le nucléaire. Bruxelles propose même d’en affecter 25 % à des projets européens communs, ce que la France refuse. Le pays qui produit l’électricité la moins carbonée d’Europe en partage donc la rente sans pouvoir l’investir dans l’outil qui la produit.

L’interconnexion du golfe de Gascogne, dont le coût est passé de 1 750 millions d’euros en 2017 à 2 850 millions, résume le mécanisme : la délibération de la CRE partage l’investissement à parts égales, mais l’exploitation et la maintenance sont supportées à 60 % par la France. Nous payons davantage pour faire fonctionner la ligne que pour la construire, et nous partageons ce qu’elle rapporte.

Trente ans de choix politiques

Le gouvernement a pris l’engagement que le prix de l’électricité n’augmenterait pas cet hiver. Mais le tarif réglementé a changé de structure le 1er octobre : il distingue désormais les saisons, et le kilowattheure d’hiver peut y coûter jusqu’à quatre fois le prix d’été. Le paradoxe que l’on nous dit normal n’est plus seulement toléré, il est désormais inscrit dans le tarif.

On attribuera aux guerres d’Ukraine et du Moyen-Orient, comme aux droits de douane qui renchérissent les matériaux, le rattrapage tarifaire qui suivra. Mais dissimuler que la plus grande part de la note tient à des choix politiques vieux de trente ans relève de l’intenable. Si l’un des parcs électronucléaires les plus performants du monde n’avait cessé d’être optimisé depuis les années 1970, la France serait à l’abri de la cherté comme de la pénurie. Qui mettra fin à la casse de notre système électrique ? Au pire moment de son histoire énergétique, ce pays est tenu par ceux qui refusent de nommer le mal.

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Blocus des lycées ou la révolte des enfants-rois

Il fut un temps où l’on se révoltait contre une autorité qui exigeait trop. Nous voici à l’époque où certains se révoltent contre une institution qui n’exige presque plus rien. Jamais l’école n’aura autant célébré la bienveillance, l’écoute et l’épanouissement de l’élève, ni autant cherché à effacer l’échec. Et pourtant, des lycées sont bloqués, des établissements dégradés, des personnels pris à partie. Comment expliquer que cette école si soucieuse de ne pas contrarier ses élèves semble avoir rendu certains d’entre eux incapables de supporter la moindre contrariété ?

Le plus remarquable est l’empressement avec lequel certains adultes trouvent des circonstances atténuantes à ces violences. On parle de colère, de souffrance, de besoin d’expression. Des élèves empêchent leurs camarades d’étudier et l’institution se demande comment accompagner leur mouvement. À force de vouloir entendre la jeunesse, elle semble avoir oublié qu’elle pouvait aussi lui répondre « non ».

Des diplômes pour tous, des exigences pour personne ?

Depuis plusieurs décennies, l’école française poursuit une ambition claire : conduire toujours davantage de jeunes au baccalauréat. L’objectif des 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac, formulé en 1985, s’est transformé en impératif statistique.

En 2025, 80,1 % d’une génération a obtenu le baccalauréat ; dans la voie générale, 96,2 % des candidats ont été reçus. Pourtant, les évaluations internationales révèlent des lacunes persistantes dans les compétences fondamentales. La note ne mesure plus seulement un travail ; elle sert aussi à garantir un parcours et à éviter l’échec visible. Lorsque l’indicateur devient l’objectif, il perd une partie de sa signification. Et lorsque la réussite devient une obligation institutionnelle, l’élève peut finir par croire que tout lui est dû.

L’enfant-roi entre en classe

Cette évolution rencontre une transformation plus générale de l’éducation. L’enfant est devenu un être dont il faudrait préserver l’estime de soi et accueillir toutes les émotions. L’apprentissage des limites a cédé la place à la satisfaction des désirs.

Éduquer suppose pourtant de contrarier. Apprendre, c’est découvrir que la vérité ne dépend pas de nos préférences, que le monde ne se plie pas à nos désirs et que les autres ne sont pas tenus de nous donner raison. Une mauvaise note, une contradiction ou une sanction justifiée ne constituent pas, par nature, des violences.

Une certaine pédagogie de la bienveillance a pourtant installé la suspicion autour de l’autorité : l’exigence est devenue une pression, la sanction une stigmatisation, la sélection une exclusion. Le professeur doit écouter, motiver, valoriser, rassurer ; il doit surtout éviter de décourager. L’élève revendique, conteste, exige. Quant à ses obligations, elles semblent avoir disparu du contrat éducatif.

Comme le rappelait Hannah Arendt dans « La crise de l’éducation » (1958), l’autorité éducative repose sur la responsabilité des adultes envers le monde qu’ils transmettent. Y renoncer n’émancipe pas l’enfant : il le prive des repères nécessaires à son autonomie. Cette démission éducative a pourtant été érigée en modèle : l’adulte accompagne, l’enfant décide ; le premier négocie, le second revendique. Et nous nous étonnons qu’un adolescent auquel on n’a jamais appris à supporter la frustration ne sache pas y faire face.

La révolte n’est pas encore une pensée

Sur LCI, le 7 octobre, l’essayiste Mathieu Slama se disait « admiratif » de la mobilisation lycéenne, affirmant que le respect de l’autorité n’était pas une valeur à transmettre et invoquant les Lumières pour célébrer le fait de « tout remettre en question ».

Singulière conception de l’émancipation ! Depuis quand l’esprit critique consiste-t-il à penser tout et n’importe quoi, à contester pour contester ou à ériger ses opinions en vérités ? Kant définissait la majorité intellectuelle par la capacité de se servir de son propre entendement. Encore faut-il en faire usage. On peut désobéir par conformisme et obéir après réflexion. Les Lumières nous ont appris à soumettre l’autorité à l’examen de la raison, non à remplacer la raison par le réflexe de contestation.

Que les jeunes contestent l’ordre établi est légitime. Encore faut-il établir les faits, préciser les revendications et accepter de mettre ses propres certitudes à l’épreuve. Une colère peut être sincère et infondée. Bloquer un lycée contre la volonté de ceux qui souhaitent étudier, ce n’est pas exercer sa liberté : c’est supprimer celle des autres.

Quand enseigner devient une épreuve

Dans La Journée de la jupe (2009), Jean-Paul Lilienfeld dépeignait l’épuisement d’une enseignante incarnée par Isabelle Adjani, confrontée à l’insolence, aux intimidations des élèves et à l’abandon de sa hiérarchie. Cette fiction révélait une réalité du métier : avant même de transmettre un savoir, il faut souvent conquérir le droit de faire cours.

On déplore la pénurie de professeurs, en invoquant les salaires et le manque de reconnaissance. Combien de vocations sont aussi découragées par la perspective de devoir réclamer le silence, supporter les provocations et défendre la légitimité même de leur enseignement ?

Une école digne de ce nom n’a pas pour mission de satisfaire les désirs de ses élèves, mais de les instruire. Elle leur doit des connaissances, des règles intelligibles et des exigences justes. Les jeunes qui travaillent et veulent apprendre paient ainsi le prix de l’indiscipline des uns et du renoncement des autres.

Nous avons voulu protéger les enfants de l’échec, de la frustration et parfois même de l’autorité. Nous leur avons laissé croire que tout était possible, que tout leur était dû et que tout pouvait se négocier. Et voici que certains réclament encore davantage, parfois par la violence. La question n’est plus seulement de savoir ce que nous devons leur accorder. Elle est de savoir à quel moment nous avons cessé de leur apprendre qu’ils ne pouvaient pas tout exiger.

 


Anne Frémaux est agrégée de philosophie et docteure en philosophie politique

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