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À partir d’avant-hierContrepoints

Électricité à prix négatifs et factures record : le paradoxe que nos commentateurs refusent de voir

Sur les marchés, le kilowattheure se vend parfois à prix négatif ; sur les factures, il ne cesse de grimper. Présenter ce paradoxe comme « normal » revient à ignorer ses vraies causes : l’organisation du marché européen de l’électricité et la place accordée aux énergies intermittentes.

Un paradoxe exaspère légitimement les Français : un kilowattheure qui s’échange parfois à prix négatif sur le marché de gros pendant que leurs factures s’envolent. Interrogé à ce sujet, un journaliste économique a rendu un verdict sans appel : la situation est parfaitement normale. En période de faible consommation et de forte production, les coûts fixes continuent de courir, à commencer par le tarif d’utilisation des réseaux. Et puis, a-t-il ajouté, « on n’arrête pas une centrale nucléaire comme ça ».

L’explication a le mérite de la simplicité et le défaut d’exonérer d’emblée trois responsables : la conception du marché européen de l’électricité, les mécanismes de soutien aux renouvelables et la priorité d’injection dont bénéficient l’éolien et le solaire.

Le nucléaire, variable d’ajustement des intermittentes

Commençons par la centrale qu’on « n’arrête pas comme ça ». On ne l’arrête pas, en effet, mais on module sa puissance jusqu’à son minimum technique si nécessaire, ce qui revient au même. Et c’est là que le bât blesse : cette modulation, devenue fréquente et erratique, est dénoncée depuis des années par nombre d’ingénieurs du secteur, qui y voient une usure prématurée et coûteuse de notre parc électronucléaire.

Surtout, comparer l’électricité au blé stockable en silos méconnaît le principe de tout système électrique. À chaque instant, la puissance fournie doit être rigoureusement égale à la puissance appelée, sous peine d’une dégradation pouvant se terminer en blackout. Cet équilibre, dont l’image est le maintien de la fréquence à 50 hertz, s’obtient par la fourniture ou le retrait permanents de kilowattheures : un service que l’éolien et le solaire, productions dites fatales, sont incapables de rendre, comme d’ailleurs celui de régler la tension.

Dès lors qu’en période de fort ensoleillement ou de grand vent on paie pour maintenir ces deux productions à pleine puissance, il faut retirer une puissance équivalente aux autres moyens et maintenir malgré tout la fréquence et la tension à leurs valeurs réglementaires — une gageure que les Espagnols n’ont pas tenue le 28 avril 2025. Payer pour le maintien de l’éolien et du solaire, c’est exactement cela : vendre leurs kilowattheures à prix négatif.

Qui paie les prix négatifs ?

Sur ce point, l’éditorialiste ne dit mot. L’essentiel de la perte n’est pas supporté par l’exploitant mais par les tarifs d’achat et les compléments de rémunération garantis par l’État, qui couvrent l’écart entre prix de marché et prix contractuel. Cet écart, ce sont les consommateurs et les contribuables qui le règlent. Le prix négatif sur le marché de gros et la facture salée ne sont donc pas contradictoires : la seconde est une conséquence du premier. L’État ne sait d’ailleurs pas ce que sa planification coûtera.

La rente nucléaire partagée avec nos voisins

Silence également sur l’autre versant du problème, nos exportations, qui ont atteint 92,3 térawattheures en 2025, un record. Le producteur français vend au prix français et non à un prix du pays importateur, qui, comme en Allemagne l’été dernier, peut atteindre des sommets historiques. La recette générée par l’écart entre les deux prix n’est pas empochée par le producteur – EDF en l’occurrence –, mais par RTE et par son homologue du pays concerné, pour être ensuite partagée entre eux à parts égales. EDF cède ainsi au pays importateur la moitié de ce qu’aurait dû lui rapporter le volume des MWh exportés, une rente dite de congestion réputée devoir être affectée à l’entretien des infrastructures de réseau d’interconnexion par son bénéficiaire. En 2025, une telle rente s’est montée à 962,54 millions d’euros pour le seul Italien Terna auquel il conviendrait de demander ce qu’il en a fait précisément.

La règle européenne impose certes que cette rente soit affectée au renforcement des réseaux, mais aussi à réduire les tarifs ; sûrement pas à financer des moyens de production tels que le nucléaire. Bruxelles propose même d’en affecter 25 % à des projets européens communs, ce que la France refuse. Le pays qui produit l’électricité la moins carbonée d’Europe en partage donc la rente sans pouvoir l’investir dans l’outil qui la produit.

L’interconnexion du golfe de Gascogne, dont le coût est passé de 1 750 millions d’euros en 2017 à 2 850 millions, résume le mécanisme : la délibération de la CRE partage l’investissement à parts égales, mais l’exploitation et la maintenance sont supportées à 60 % par la France. Nous payons davantage pour faire fonctionner la ligne que pour la construire, et nous partageons ce qu’elle rapporte.

Trente ans de choix politiques

Le gouvernement a pris l’engagement que le prix de l’électricité n’augmenterait pas cet hiver. Mais le tarif réglementé a changé de structure le 1er octobre : il distingue désormais les saisons, et le kilowattheure d’hiver peut y coûter jusqu’à quatre fois le prix d’été. Le paradoxe que l’on nous dit normal n’est plus seulement toléré, il est désormais inscrit dans le tarif.

On attribuera aux guerres d’Ukraine et du Moyen-Orient, comme aux droits de douane qui renchérissent les matériaux, le rattrapage tarifaire qui suivra. Mais dissimuler que la plus grande part de la note tient à des choix politiques vieux de trente ans relève de l’intenable. Si l’un des parcs électronucléaires les plus performants du monde n’avait cessé d’être optimisé depuis les années 1970, la France serait à l’abri de la cherté comme de la pénurie. Qui mettra fin à la casse de notre système électrique ? Au pire moment de son histoire énergétique, ce pays est tenu par ceux qui refusent de nommer le mal.

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Des papeteries aux supercalculateurs : quand l’IA réindustrialise la France

Le papier et l’intelligence artificielle ont fini par se rencontrer, et ce n’est pas une métaphore. À Condat, en Dordogne, l’ancienne papeterie du Lardin-Saint-Lazare, dont la production a définitivement cessé en février 2026 après plus d’un siècle d’existence, doit être reconvertie en centre de calcul haute performance, ces infrastructures dédiées au calcul intensif dont l’intelligence artificielle est devenue la principale consommatrice.

Le site a été repris le 27 février 2026 par Condat Solutions, filiale de la Société de participation de la Braye (SPB), pour seulement 1 million d’euros, sur décision du tribunal de commerce de Bordeaux. Mais cette reprise ne signifie pas la fin de toute activité industrielle. Le projet prévoit environ 400 millions d’euros d’investissement pour transformer une partie des 51 hectares et des 126 000 m² de bâtiments en « AI Factory ». La première tranche, 25 mégawatts, doit être opérationnelle à la fin de 2027, l’ensemble à l’horizon 2029. Condat Solutions annonce à terme 250 emplois directs et plus de 200 emplois indirects.

Dans les années 1990, les papeteries de Condat employaient jusqu’à 1 200 personnes. Elles en comptaient encore environ 400 avant le plan social de 2023, et un peu moins de 200 au moment de la reprise : 175 salariés ont été licenciés, 21 seulement ont été conservés pour entretenir les installations. La reconversion numérique est bien plus intensive en capital qu’en main-d’œuvre, mais elle recréera tout de même des emplois sur un site que la papeterie, elle, avait condamné.

L’intelligence artificielle a besoin d’usines

Pour entraîner les modèles d’IA les plus puissants, il faut des milliers de processeurs, des réseaux capables de les faire communiquer à très haut débit, des capacités de stockage considérables et, surtout, une alimentation électrique qui suive.

La France dispose déjà d’un important parc public de machines de calcul intensif. Le supercalculateur Jean Zay, exploité par l’IDRIS, le centre de calcul du CNRS à Orsay, affiche une puissance théorique de 125,9 pétaflops, soit 125,9 millions de milliards d’opérations par seconde. Il rassemble plus de 3 700 GPU, dont 1 456 Nvidia H100, ces processeurs graphiques qui découpent une tâche lourde en milliers de calculs simultanés et sert aussi bien à la recherche scientifique qu’à l’intelligence artificielle.

À Montpellier, le CINES héberge Adastra, qui atteint environ 74 pétaflops. Le CEA exploite Joliot-Curie à Bruyères-le-Châtel, où doit également être installé Alice Recoque, deuxième supercalculateur exascale européen après le JUPITER allemand. Le marché signé s’élève à 354,8 millions d’euros, financés pour moitié par l’Union européenne via EuroHPC et pour moitié par le consortium Jules Verne, qui réunit la France, les Pays-Bas et la Grèce ; le coût total de possession annoncé dépasse 544 millions. Le coût des infrastructures de l’IA ne se chiffre donc pas en millions d’euros, mais en centaines de millions et, côté privé, en milliards.

De la friche industrielle à l’AI Factory

La reconversion de Condat permet de réutiliser un site existant plutôt que de partir de zéro : le foncier, les bâtiments et surtout le poste électrique haute tension déjà raccordé au réseau sont là, héritage du passé industriel du site.

L’idée n’est d’ailleurs pas unique, et le second projet français du même type ramène au même propriétaire. À Bessé-sur-Braye, dans la Sarthe, les 9 hectares de l’ancienne papeterie Arjowiggins doivent accueillir une infrastructure de calcul développée par Eclairion : 600 millions d’euros d’investissement, une AI Factory de 75 mégawatts livrée à l’horizon 2032 et environ 80 emplois annoncés. Or ce terrain appartient depuis 2020 à la même famille Huot, via SPB dont le nom renvoie précisément à la Braye. Le groupe se trouve donc propriétaire des deux friches reconverties, ce qui lui vaut d’être soupçonné par la CGT de préférer la valorisation foncière à l’industrie. Les 25 mégawatts promis fin 2027 à Condat seront le premier test de sa crédibilité.

Installer ces infrastructures dans d’anciennes zones industrielles plutôt qu’en milieu urbain présente des avantages décisifs : de vastes surfaces disponibles, un raccordement électrique existant et la place nécessaire aux systèmes de refroidissement que la densité urbaine interdit. Le foncier industriel devient ainsi un actif de l’économie de l’IA. La France y ajoute un atout rare : une électricité nucléaire abondante et peu coûteuse, qui autorise des synergies locales la chaleur dissipée par les centres de données peut être récupérée pour chauffer des serres ou sécher du bois, comme le prévoit justement le projet de Condat.

Reste la question de fond, celle de la souveraineté et de la réindustrialisation. Le pays la poursuit depuis des années sans y parvenir ; voilà que l’IA lui en offre l’occasion, et cette fois l’impulsion vient d’investisseurs privés, non d’un plan d’État. Encore faut-il la saisir.

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Washington rend sa liberté à l’industrie automobile. Si l’UE s’en inspirait ?

Une décision importante pour l’industrie automobile vient d’être prise à Washington. Elle mérite d’être observée attentivement depuis l’Union européenne parce qu’elle révèle deux conceptions de plus en plus différentes de la politique industrielle.

Le 28 septembre, l’administration Trump a fortement assoupli les normes fédérales de consommation des voitures. Pour 2031, l’exigence moyenne passe de 50,4 miles par gallon sous Biden à 34,9, soit 31 % de moins. En unités européennes, la consommation moyenne admise passe d’environ 4,7 à 6,7 𝓁/100 km. La différence est considérable. Mais l’essentiel est ailleurs : Washington veut rendre aux constructeurs une liberté technologique que la réglementation précédente avait fortement réduite.

Rendre le choix aux industriels

Les normes CAFE (Corporate Average Fuel Economy) sont anciennes, mais l’administration Biden en avait fortement accéléré la progression au nom de la lutte contre les émissions de CO₂ et de l’électrification.

Officiellement, elles n’obligeaient pas à produire des voitures électriques. Mais plus la moyenne exigée devenait sévère, plus les constructeurs devaient en intégrer dans leurs gammes pour la respecter. C’est ce mandat indirect en faveur de l’électrique que l’administration Trump démonte pièce par pièce depuis 2025.

La nouvelle règle laisse davantage de latitude aux constructeurs pour choisir leurs technologies et aux consommateurs pour choisir leurs véhicules. Elle s’attaque aussi au commerce des crédits CAFE, que les constructeurs en déficit achetaient aux excédentaires, au premier rang desquels Tesla : les échanges entre constructeurs sont supprimés pour les crédits acquis à partir de l’année-modèle 2028, ceux engrangés jusqu’en 2027 restant négociables cinq ans. Voilà qui répond à ceux qui accusaient Donald Trump de favoriser Elon Musk : sa politique démantèle une rente réglementaire dont Tesla a largement profité.

Le coût de la réglementation

Selon le Department of Transportation, la nouvelle règle réduit de 60,6 milliards de dollars les coûts technologiques de l’industrie sur les années-modèles 2027 à 2031, dont 15,3 milliards pour la seule année 2031 — soit environ 1 290 dollars par véhicule. General Motors à elle seule économiserait 20,4 milliards. Les adversaires de la réforme soulignent que ces véhicules coûteront plus cher en carburant. L’administration l’admet. Mais c’est là que se situe la différence philosophique : qui doit arbitrer entre prix d’achat, consommation et technologie ? La réponse de Washington est claire : davantage le constructeur et le consommateur, moins le régulateur.

 

Un Américain reste libre d’acheter une voiture électrique, et un constructeur d’y investir. Mais le pouvoir politique renonce à forcer l’ensemble du marché à suivre une trajectoire fixée par l’administration.

Et pendant ce temps, l’Union européenne oblige toujours plus…

L’UE suit le chemin inverse. Autour de l’industrie automobile s’est constituée une véritable monstruosité bureaucratique : normes de CO₂, règles sur les carburants et les biocarburants, obligations d’énergies renouvelables, infrastructures de recharge, ETS2, batteries, taxonomie, rapports détaillés…

Il serait trop facile d’en rejeter toute la responsabilité sur les institutions européennes. Une marée de lobbyistes des constructeurs — comme de presque toutes les branches industrielles — joue le jeu des amendements au Parlement européen. Chacun cherche un seuil plus favorable, une exception ou un délai, puis rentre fièrement au siège annoncer au CEO la victoire obtenue.

À force d’améliorer son sort à l’intérieur du système, on oublie de regarder le système lui-même. Ainsi naissent ces législations remplies de seuils, de coefficients, d’exceptions et de chiffres abscons. Admirez la précision : réduire de 14,5 % l’intensité en gaz à effet de serre des carburants d’ici 2030 ! Chaque intérêt particulier a remporté sa petite victoire, tandis que l’industrie, collectivement, perdait la bataille de la compétitivité.

L’interdiction des voitures thermiques en 2035 en est l’exemple le plus connu. Même ramenée à 90 % de réduction, comme le propose désormais la Commission, elle reste une machine qui broie l’industrie automobile européenne et réjouit les Chinois, qui envahissent notre marché.

Il aurait fallu dire non plus tôt

La comparaison est d’autant plus frappante que les industriels américains ont publiquement demandé cet assouplissement.

En Europe, les constructeurs ont trop longtemps accompagné les ambitions politiques, annoncé des électrifications accélérées et plié l’échine devant une bureaucratie qui prétendait organiser leur avenir. Plutôt que de contester le principe, ils ont négocié les détails.

Aujourd’hui, les difficultés ne peuvent plus être cachées : restructurations, suppressions d’emplois, fournisseurs fragilisés, investissements remis en question, concurrence chinoise toujours plus forte. Ce n’est que maintenant que les appels à la flexibilité deviennent audibles. Il aurait fallu parler beaucoup plus tôt.

La décision américaine pose une question essentielle à l’UE : jusqu’où le pouvoir politique doit-il décider à la place de l’industrie ? Face aux États-Unis qui desserrent la contrainte et à la Chine qui défend méthodiquement sa puissance industrielle, l’UE ne peut continuer à transformer ses entreprises en exécutantes de trajectoires technologiques décidées politiquement.

Pour retrouver sa compétitivité, l’industrie européenne a besoin d’une énergie abondante, fiable et abordable.

Elle a surtout besoin qu’on lui rende sa liberté.

 


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L’IA n’est pas Frankenstein

Les dangers de l’IA sont médiatisés. A la fois à juste titre et à l’excès sans doute. Les Européens voudraient en profiter pour la réglementer, et Trump pour dominer le monde. Aucune technique n’est tout à fait innocente. Mais derrière elles, comme derrière l’IA, il y a toujours des personnes morales et elles doivent être responsables.

Les patrons des grandes firmes américaines leaders en intelligence artificielle se sont inquiétés des pouvoirs de nuisance de leurs créatures. Déjà Elon Musk avait tweeté en 2014 que l’IA pourrait être « potentiellement plus dangereuse que les armes nucléaires ». Ce mois de septembre, Dario Amodei, patron d’Anthropic et Sam Altman, d’OpenAI, ont donné l’alerte sur ses potentialités abyssales et ont  proposé d’en gérer la progression avec modération. Sont-ils vraiment sages ou souhaitent-ils ralentir leurs besoins de financement dans la course éperdue entre eux, ou faire croire que le modèle open source de leurs concurrents chinois est plus dangereux que leur IA fermée ?

L’obsolescence de l’Homme ?

L’IA pourrait-elle échapper à ses auteurs comme le monstre créé par Frankenstein, imaginé par Mary Shelley, ou comme le Golem, cet humanoïde fait d’argile dont la légende raconte qu’il fut créé à Prague au XVIe siècle pour protéger la communauté juive avant qu’il devienne si incontrôlable qu’il fallut le détruire. Mais si les hommes fabriquent des monstres, sans doute peuvent-ils aussi apprendre à les tenir en laisse.

Chacun instrumentalise l’IA et les peurs qu’elle suscite. Les empires américains et chinois veulent l’utiliser pour dominer le monde en même temps que, déjà, le responsable des services de renseignement chinois s’alarme que l’IA menace le régime communiste.

Par ailleurs le monde entier s’interroge sur une prochaine extinction de l’emploi du fait de l’IA, sur la disparition de la lecture et de l’écriture abandonnées aux chabots – même pour publier des romans, sur la facilité que crée l’IA qui délivre des solutions au risque de nous ôter la capacité d’apprendre à les trouver… C’est l’éducation toute entière et bientôt la civilisation qui seraient en péril. Ces peurs ne sont pas totalement infondées.

Dans le cadre expérimental d’un défi de cybersécurité lancé par Open AI à ses agents IA, ceux-ci ont travaillé secrètement entre eux et contourné les restrictions qui leur étaient imposées pour mener en juillet 2026 un assaut contre la firme Hugging Face en s’introduisant dans son système à l’aide d’identifiants volés ! L’IA est utilisée par la Russie pour désinformer et abêtir l’Europe.  L’IA peut mentir, tricher, dissimuler, pirater, tuer peut-être demain… Elle pourrait vouloir nous détruire sans état d’âme… car si nous ne sommes pas sûrs d’avoir une âme, nous sommes certains qu’elle n’en a pas !

L’enjeu de la responsabilité

Pour protéger la société civile, le règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024, l’AI Act, établit des règles harmonisées dont l’objectif est « de promouvoir l’adoption d’une intelligence artificielle (IA) axée sur l’humain et digne de confiance, tout en garantissant un niveau élevé de protection de la santé, de la sécurité et des droits fondamentaux… ». Il prohibe beaucoup et déploie – c’est sa manie vicieuse ! – de très nombreuses obligations à la charge des opérateurs de l’IA tout au long de sa chaîne de valeur : conception sûre, documentation, tests/conformité, enregistrement, traçabilité, surveillance, signalement, correction/rappel, coopération avec les autorités, sanctions…

Le risque est que cette nouvelle avalanche de normes et de contraintes entrave la course à l’IA en Europe au profit de l’Asie et de l’Amérique sans arrêter la machine. Outre que l’IA représente aujourd’hui une source de croissance prodigieuse qu’il serait dommageable de ralentir, en stoppant son progrès on l’empêcherait peut-être de découvrir les meilleurs moyens de la sécuriser.

Pour autant, « L’IA doit rester maîtrisable, prévisible et placée sous la responsabilité de ceux qui l’utilise » observe, à juste titre, Aidan Gomez, créateur de Cohere, la pépite canadienne de l’IA (Le Point du 17 septembre 2026).

L’IA n’échappe pas au droit commun qui prévoit, en France comme ailleurs, qu’une personne lésée a un droit à réparation sur la base de la responsabilité contractuelle ou extracontractuelle telle que la responsabilité fondée sur la garantie des vices cachés ou sur la faute.  La directive (UE) 2024/2853 du 23 octobre 2024 a précisé que les fournisseurs de systèmes d’IA au sens de l’AI Act doivent être considérés comme responsables de leur produit. Elle garantit qu’il existe toujours une personne responsable dans l’UE à laquelle la victime peut demander réparation lorsqu’un fabricant est établi en dehors de l’UE. Elle devrait être transposée dans la législation nationale au plus tard le 9 décembre 2026.

Mais ne faudrait-il pas préciser que la chaîne de conception, production et maintenance, voire commercialisation de l’IA, selon des attributions à préciser, est également responsable de tout dommage que causerait à un tiers une action autonome d’une IA, même sans faute ? Ce principe général de responsabilité, que nous avions déjà évoqué, serait une meilleure protection que toutes ces normes et contraintes qui s’accumulent à un rythme effréné et qui sont d’abord un frein à l’IA en Europe sans toujours en réduire les risques.  Chacun des acteurs de la chaîne IA pourrait être tenu de s’assurer pour couvrir ces risques de façon à éviter au mieux que les personnes physiques ou morales responsables opposent un jour leur faillite aux plaignants qui mettraient en cause leur responsabilité.

Il vaut toujours mieux rendre chacun responsable plutôt que d’interdire. C’est non seulement plus respectueux des uns et des autres mais aussi plus efficace en faisant que l’intérêt de chacun soit de contribuer à la mise en place des meilleurs systèmes de protection de tous.

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Marché européen de l’électricité : qui mettra fin à la casse de notre système électrique ?

Le marché européen de l’électricité n’a jamais été le marché libre et non faussé que ses promoteurs décrivent. Il prive chaque année la France d’une part substantielle de la rente que lui vaut son parc nucléaire, et il sert aujourd’hui d’argument à ceux qui contestent devant Bruxelles le financement public des futurs EPR2.

Deux formes possibles de marché, et deux seulement

Première forme. Une plateforme de conduite unique gère l’équilibre production-consommation sur tout le territoire de l’Union. Les producteurs des MWh les plus abondants et réellement les moins chers y sont présents à tout moment, à des puissances seulement limitées par la consommation appelée à l’instant t. Celui qui subit la limitation fournit le MWh marginal, dont le prix rémunère l’ensemble de la production, conformément au merit order.

Seconde forme. Chaque pays gère, dans le même esprit, un système national limité à son territoire. L’ensemble des systèmes nationaux reste interconnecté, mais chacun est commercialement étanche : ses voisins y figurent en producteurs ou en consommateurs indifférenciés des producteurs et des consommateurs nationaux.

Dans les deux cas, le merit order demeure souverain et les rentes encaissées par des producteurs uniformément rémunérés au prix du MWh le plus élevé sont d’autant plus fortes que ces producteurs sont performants. Ce qui doit être fait de ces rentes ne regarde que le pouvoir politique concerné.

Ce que la France gagnerait au modèle décentralisé

L’avantage de la seconde forme tient à une évidence : pour être le plus performant de tous, notre système ne pouvant pas pour autant fournir à ses voisins plus qu’il ne produit, il serait constamment tenu de servir prioritairement l’économie nationale — et jamais d’absorber, souvent à prix d’or, une puissance dont elle n’a pas besoin.

Les exportations se feraient au coût marginal français, les importations aux coûts marginaux des pays sollicités. D’où l’inclination à sélectionner ces derniers par ordre croissant de coûts, d’où une vraie concurrence sur un marché européen décentralisé, d’où la tendance à investir dans notre autonomie énergétique.

On peine, du reste, à rattacher l’appareil technico-commercial européen actuel à l’une ou l’autre de ces deux formes : contours flous, principes de fonctionnement difficiles à lire, grammaire spécialisée. L’entretien d’une telle confusion facilite les arrangements décrits ci-dessous.

La moitié de la rente nucléaire part chez nos voisins

La rente nucléaire sur laquelle l’État français devrait pouvoir compter a été grossièrement évaluée à 4 à 5 milliards d’euros par an. La moitié au moins de cette rente part chez nos voisins allemands, italiens et espagnols, ainsi que le rapporte La Tribune du 24 avril dernier ; soit la moitié de dividendes patrimoniaux dus à des consommateurs qui, des décennies durant, ont remboursé sur leurs factures la totalité du coût de construction du parc nucléaire.

La justification du régulateur ? La CRE « s’intéresse plutôt à la question du partage des coûts d’investissement dans de nouvelles interconnexions, connus à l’avance, plutôt qu’à ces recettes incertaines et volatiles ». Ainsi de l’interconnexion du golfe de Gascogne, estimée à 3,1 milliards d’euros et financée à 45 % par la France. On paie d’avance des ouvrages dont on renonce à percevoir pleinement les recettes.

La « cannibalisation » : un argument facilement battu en brèche

La Commission a ouvert le 31 mars 2026 une procédure formelle sur les aides d’État au programme EPR2, avec consultation des tiers du 7 mai au 7 juin. L’association Énergies renouvelables pour tous, appuyée par l’économiste Alain Grandjean, y voit un effet de « cannibalisation ».

Sur le principe, la logique de cette consultation est contestable. Car, dans un marché réellement libre, on ne discrimine pas la personne du propriétaire d’une entreprise ni le volume des capitaux qu’elle y mobilise. Ce propriétaire peut être l’État, et qualifier ses investissements de subventions revient à préjuger de ce qui est en débat. La même Commission a d’ailleurs validé des contrats au bénéfice des renouvelables.

Sur les chiffres, le débat peut sembler légitime. Mais, alors que la Commission situe le prix du MWh garanti par « contrat pour différence » à EDF entre 85 et 115 euros, Antoine de Ravignan, le président de l’Association de promotion des énergies renouvelables, dénonce un MWh sorti des EPR2 à 226 euros, une fois intégré le prêt bonifié consenti à l’opérateur historique, quand, selon lui, le prix du MWh éolien ne dépasserait pas les 60 euros.

L’authentique expertise ci-après de Jean Pierre Riou souligne l’extravagance des chiffres avancés ci-dessus. Dépassant le consensus déjà ancien des 85 euros pour prix moyen du MWh renouvelable garanti par les contrats d’EnR, elle arrive aujourd’hui à un prix moyen de 151 euros auxquels il est nécessaire d’ajouter le coût des externalités décrites dans le rapport de l’UNCE, amenant déjà à au moins doubler ce prix, et d’ajouter le coût de la modulation de puissance qu’impose l’intermittence des EnR au nucléaire. Bref, en 2026, le coût moyen réel du MWh EnR  le plus vraisemblable est certainement plus proche des 350 euros que des 60 euros.

Quatre questions à messieurs Grandjean et de Ravignan

Où était la considérable puissance éolienne espagnole le 28 avril 2025, au moment du blackout ibérique ?

Où est la nôtre le plus clair du temps ces deux derniers mois ?! Elle atteint pourtant 26,4 GW au 31 mars 2026 — l’équivalent de la puissance installée d’une vingtaine de tranches nucléaires.

Quelle puissance faudrait-il installer pour dispenser le pays, toute l’année, du nucléaire et du fossile ?

Et pourquoi, dans une Allemagne couverte d’éoliennes, le KWh reste-t-il parmi les plus chers d’Europe ?

Le coût des renouvelables et des batteries ne s’effondrera pas

« Lorsque les réacteurs EPR2 entreront en service, les coûts des renouvelables et des batteries auront encore chuté », assure monsieur de Ravignan. Le consensus technique dit l’inverse : le prix des batteries ne baissera plus qu’à la marge tant que leur densité énergétique restera suspendue au lithium, le plus léger des métaux, et tant que l’électrolyte n’aura pas connu de rupture franche. Quant à la baisse du coût des renouvelables, cf ci-avant.

Seules les élections de l’an prochain peuvent répondre à la question posée en titre, et leur réponse ne deviendra tangible que douze à dix-huit mois plus tard. Toute réforme profonde du système électrique français supposant de l’émanciper du système électrique européen, le consommateur français n’est pas encore sorti de l’auberge.

 


(1) Sur le merit order : Contrepoints.

(2) La Tribune, 24 avril 2026 – https://www.latribune.fr/article/entreprises-finance/energie-environnement/1866847549738214/marche-de-lelectricite-pourquoi-la-france-ne-touche-pas-tout-le-benefice-de-ses-exports

(3) Décision d’ouverture du 31 mars 2026 ; lettre d’observations publiée au JOUE le 7 mai 2026.

(4) Le Mont Champot, février 2026 ; travaux de la CEE-ONU (UNECE).

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L’IA va-t-elle réduire les emplois ou la productivité ?

L’intelligence artificielle serait une destructrice massive d’emplois. Cette opinion est largement partagée et relayée. Mais le pire est-il toujours certain ?

Luc Ferry, ancien ministre, philosophe et chroniqueur au Figaro, affirme, dans l’édition du 12 mars 2026 du quotidien, que l’intelligence artificielle (IA) va générer une crise économique sans précédent. A vrai dire, il ne fait que relayer les nombreux rapports qui prédisent le pire.

La grande récession des cols blancs

Dernièrement, c’est l’institut américain Citrini Research qui a défrayé la chronique en affirmant qu’il fallait s’attendre à des licenciements par millions. Sa note, « The 2028 Global Intelligence Crisis », a réussi à faire douter la bourse. Les entreprises citées comme les plus exposées ont chuté, à l’instar d’IBM qui a perdu 13% à Wall Street le 23 février 2026. Il faut dire que le scénario développé par Citrini Research n’est rien de moins qu’apocalyptique : dès 2028, les licenciements seraient tellement nombreux que la demande de biens et services chuterait drastiquement et provoquerait un effondrement de l’économie.

Moins pessimistes, les chercheurs d’Anthropic – société à l’origine du chatbot Claude –prédisent tout de même « une grande récession pour les cols blancs ». Si, pour l’instant, il n’y a pas eu d’explosion du chômage dans les professions les plus exposées – qu’exercent les plus diplômés, les plus qualifiés et les mieux rémunérés, comme les informaticiens, les analystes financiers ou les spécialistes du marketing – c’est parce que les possibilités qu’offre l’IA ne sont pas encore pleinement exploitées. Selon les chercheurs d’Anthropic, l’IA pourrait intervenir dans près de 96% des tâches des professionnels de l’informatique. Aujourd’hui, elle ne serait utilisée que dans un tiers environ. Sa marge de progression est donc énorme. Cependant, il est probable que la transformation du marché du travail arrive de manière progressive plutôt que sous la forme d’un raz-de-marée.

En revanche, il est possible d’en voir d’ores et déjà les effets sur les recrutements. Depuis la large diffusion de l’IA générative, le taux d’entrée des jeunes de 22-25 ans dans les emplois les plus susceptibles d’avoir recours à l’IA aurait reculé de 14% aux Etats-Unis, d’après Anthropic. Ce constat rejoint l’analyse de Smith et Kabir qui prétendent que l’IA ne menace pas les travailleurs les plus âgés mais les postes d’entrée de carrière.

Ces oiseaux de mauvais augure sont régulièrement contredits par ceux qui affirment, tel Robert D. Atkinson, que les économies réalisées grâce à l’IA seront réinjectées dans la consommation, réinvesties et pourront créer de nouveaux emplois – comme l’innovation l’a toujours permis.

Vers une intensification du travail

Une troisième école fait actuellement parler d’elle. Elle prétend que, loin de nous faire gagner du temps, l’IA nous en ferait perdre. Dans leur article paru dans la Harvard Business Review, Ranganathan et Ye expliquent que les outils d’IA ne réduisent pas le travail, mais l’intensifient systématiquement. Les deux chercheuses ont mené pendant 9 mois une étude dans une entreprise technologique américaine d’environ 200 employés et ont constaté que grâce à l’IA qui était à leur disposition – mais qu’ils pouvaient choisir de ne pas utiliser – les employés travaillaient plus vite, prenaient en charge un éventail de tâches plus large et étendaient leurs heures de travail, souvent sans qu’on le leur demande. L’IA ayant simplifié le démarrage des tâches – en réduisant la difficulté de se retrouver face à une page blanche ou un point de départ inconnu –, ils l’ont de plus en plus utilisée pour des choses qu’ils auraient précédemment confiées à d’autres.

Cet extension du domaine de chacun a, parallèlement, entraîné un surcroît de travail chez leurs collègues. Par exemple, quand les chefs de produit et les designers se sont mis à coder avec l’IA, ils ont fait appel aux informaticiens pour revoir ce qu’ils avaient réalisé, les corriger et les coacher.

Enfin, l’utilisation de l’IA, qui ressemble davantage à une conversation qu’à l’exécution d’une tâche formelle, facilite les débordements involontaires sur le temps personnel. Les employés ont ainsi pris l’habitude de solliciter l’IA pendant leurs pauses déjeuner, ou chez eux quand une idée leur venait à l’esprit. Petit à petit, ces actions ont engendré une journée de travail avec moins de pauses naturelles et une implication plus continue.

Comme l’écrivent Ranganathan et Ye, « l’IA a instauré un nouveau rythme où les employés menaient plusieurs tâches simultanément » parce qu’ils avaient le sentiment d’avoir un « partenaire » capable de les aider à gérer leur charge de travail. « La réalité était celle d’une attention constamment détournée, de vérifications fréquentes des résultats de l’IA et d’un nombre croissant de tâches en cours. » Finalement, ils allaient plus vite, mais en faisaient plus à la fois et devenaient de plus en plus dépendants de l’IA. Beaucoup se sont sentis plus occupés et plus stressés qu’avant. Tout cela n’est pas sans danger car, s’il y a réellement surmenage, le jugement peut être altéré et le risque d’erreurs, accru. Le gain de productivité initial peut notamment vite laisser place à une baisse de la qualité du travail et à une augmentation du turnover. Les chercheuses appellent donc les entreprises à encadrer l’utilisation de l’IA pour qu’elle soit réellement au service de la productivité.

Le paradoxe de Solow

Une étude publiée en février 2026 par le National Bureau of Economic Research (NBER) révèle que pour 90% des 6000 dirigeants d’entreprise interrogés (aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Australie), l’IA n’a eu aucune influence sur l’emploi ou la productivité au cours des trois dernières années.

Sur son blog, le chef économiste de la société de gestion Apollo Global Management, Torsten Slok, écrit : « L’IA est partout, sauf dans les données macroéconomiques actuelles. Elle n’apparaît pas dans les données sur l’emploi, la productivité ou l’inflation ». Un constat que l’on peut rapprocher de ce que disait l’économiste Robert Solow en 1987 : « Vous pouvez voir l’ère informatique partout, sauf dans les statistiques de la productivité ».

Il est vrai qu’il faut parfois beaucoup de temps pour qu’une innovation affecte la productivité. Par ailleurs, les systèmes sont de plus en plus complexes – 40% des employés de bureau utilisaient, en 2023, plus de 11 applications informatiques – et font perdre beaucoup de temps. On soulignera aussi que les applications ont parfois tendance à déconcentrer les travailleurs. Combien de fois dans une journée sont-ils perturbés par un mail auquel il faut répondre tout de suite, ou par un message en provenance de leurs réseaux sociaux privés ? De plus, l’informatique, ça bugge ! Un de nos lecteurs, médecin, racontait il y a quelques jours en commentaire d’un de nos articles que le système informatique du groupement des hôpitaux autour de la Rochelle n´est plus soutenu par l´éditeur depuis plus de cinq ans. Il faut ainsi « environ dix minutes pour accéder au premier dossier patient quand on arrive en consultation, quand ça ne plante pas pour une demi-journée ». Et il n’y a plus de dossiers papier sur lesquels se rabattre !

Il semble aussi que si l’informatique n’a que peu d’incidences sur la productivité, c’est d’une part parce que les organisations de travail ne s’y sont pas vraiment adaptées, et d’autre part parce qu’elle est mal utilisée. Il est d’ailleurs symptomatique que, selon une étude citée par Le Figaro, « seulement 22% des étudiants ont le niveau numérique attendu pour le seuil professionnel ». Comme le dit un manager interrogé par le quotidien : « Même les logiciels de base, c’est très compliqué. Le pack Microsoft est souvent mal compris, PowerPoint très peu utilisé… Je pensais que chaque génération serait meilleure que la précédente en ce qui concerne le numérique, simplement par habitude d’usage. […] Mais j’ai vite déchanté. »

Bien utiliser les outils, ça s’apprend !

Sans doute en est-il de même avec l’IA. Dans un article, les professeurs Gaurav Gupta et Neha Chaudhuri relatent une expérience menée par le Boston Consulting Group révélant que « les performances de 750 consultants utilisant l’IA ont été inférieures de 23% à celles de leurs collègues qui n’utilisaient pas l’IA ». Pourquoi ? Parce qu’ils se sont servis de l’outil au mauvais moment. L’étude que ces chercheurs ont menée de leur côté montre que « l’IA générative apporte une valeur ajoutée pendant la phase d’exécution d’un projet. Cependant, durant la phase critique de lancement, elle n’offre qu’une valeur négligeable, voire parfois négative. »

Pour les deux chercheurs, il est évident que « l’IA excelle dans les schémas préétablis, mais [qu’] elle est mauvaise pour naviguer dans le flou, ou ce que les sciences de gestion nomment l’ambiguïté. Lancer un projet nécessite une “pensée divergente”. Vous devez explorer des idées folles et contradictoires pour trouver une proposition de valeur unique. » Leur conclusion est que l’IA « est conçue pour terminer le travail, pas pour le commencer ».

L’IA est riche de promesses, bonnes ou mauvaises. Toutes ne seront pas tenues. Quoi qu’il en soit, il semble indispensable d’apprendre à utiliser l’outil à bon escient si l’on ne veut pas qu’il nous dévore ou qu’il nous induise en erreur.

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