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Quarante ans de laxisme : la France au pied du mur

Il faut le dire sans détour : la France ne traverse pas une simple crise. Elle récolte les fruits d’une longue décomposition, patiemment organisée pendant quarante ans par un État qui a confondu générosité avec abdication, compassion avec renoncement, et modernité avec destruction des repères.

Nous avons bâti une société où l’autorité est devenue suspecte, où la discipline est présentée comme une oppression, où le mérite est soupçonné d’arrogance et où la responsabilité a été remplacée par l’excuse permanente. Le résultat est sous nos yeux : une République qui ne protège plus, une école qui ne transmet plus, une justice qui ne sanctionne plus assez vite, et un État qui dépense sans cesse pour masquer l’échec de ses propres politiques.

L’étatisme, cette religion du déclin

L’étatisme n’est pas de la solidarité. C’est une machine à produire de la dépendance.

Chaque problème social a reçu la même réponse : plus d’argent public, plus de programmes, plus de comités, plus de discours. Et chaque échec a reçu la même explication : il faut encore plus d’État. Nous avons ainsi créé une bureaucratie immense, coûteuse, envahissante, qui réglemente tout, contrôle tout, taxe tout — et ne résout presque rien.

L’État français s’est transformé en appareil de redistribution de l’impuissance. Il prélève, il endette, il promet, il échoue, puis il demande davantage de moyens pour recommencer. Ce n’est pas du progrès social : c’est du clientélisme d’État, financé par le travail, l’épargne et l’avenir des Français.

Le pseudo-progressisme, ennemi du réel

Le pseudo-progressisme a fait pire que l’étatisme : il a dissous le sens commun.

Sous prétexte de modernité, on a délégitimé l’autorité, brouillé les normes, relativisé la faute et criminalisé la fermeté. On a enseigné aux enfants qu’aucune règle ne devait les contraindre, aux adultes qu’aucune responsabilité ne devait leur être demandée, et aux institutions qu’aucune sanction ne devait être assumée.

Ce n’est pas du progressisme. C’est une régression déguisée en émancipation. Une société qui ne sait plus dire non devient incapable de protéger le oui : oui au travail, oui à l’école, oui à la sécurité, oui à la dignité de ceux qui respectent les règles.

Les banlieues : l’échec d’une politique de compensation

Parlons enfin clairement de la politique dite « de la ville ». Des décennies de plans, de subventions, d’associations financées et de grands discours n’ont pas produit l’intégration promise. Elles ont trop souvent produit des territoires où l’État est absent là où il devrait protéger, et omniprésent là où il devrait laisser agir la société.

Le problème n’est pas géographique. Il est politique. On a substitué l’assistanat à l’exigence, la compensation à l’égalité réelle, le clientélisme à la République. On a laissé s’installer l’économie parallèle, la peur des enseignants, des commerçants, des forces de l’ordre et des habitants honnêtes.

La vraie politique, ce n’est pas verser davantage d’argent dans des territoires abandonnés à la loi des plus forts. C’est rétablir l’autorité de l’État, faire respecter la loi partout, récompenser le travail, sécuriser les écoles et rendre leur dignité à ceux qui veulent s’en sortir.

Une extrême gauche restée au XIXe siècle

L’extrême gauche se croit révolutionnaire. Elle est surtout archaïque.

Elle continue de penser la France avec les grilles de lecture du XIXe siècle : la lutte des classes, la haine de l’entreprise, le soupçon envers la propriété, la nostalgie du conflit permanent. Pendant que le monde change, elle ressort les mêmes slogans, les mêmes utopies et les mêmes ennemis.

Elle ne propose pas un avenir. Elle propose une revanche. Elle ne libère pas les individus : elle les range dans des catégories, les oppose les uns aux autres et transforme chaque question sociale en guerre civile froide. C’est une idéologie du ressentiment, incapable de construire, mais très douée pour démolir.

Rétablir l’ordre, le respect et la discipline

Il n’y a pas de liberté sans ordre. Pas de prospérité sans discipline. Pas de République sans autorité.

Rétablir l’ordre, ce n’est pas rêver d’un État policier. C’est exiger que la loi soit la même pour tous, appliquée partout, sans angélisme ni tolérance sélective. C’est protéger ceux qui travaillent, ceux qui étudient, ceux qui respectent autrui.

Rétablir le respect, c’est réhabiliter l’école, la famille, le travail, le mérite et la parole donnée. C’est cesser de traiter les délinquants comme des victimes et les citoyens respectueux comme des coupables potentiels.

Rétablir la discipline, c’est redonner à l’école son autorité, à la justice sa rapidité, à l’administration son sens du service et à l’État sa limite. Car un État qui veut tout faire finit par ne rien faire correctement.

Le choix devant nous

La France n’est pas condamnée. Mais elle ne se redressera pas avec des mots doux, des commissions supplémentaires ou des promesses électorales.

Il faut choisir : la responsabilité ou la dépendance ; le mérite ou le nivellement ; l’autorité républicaine ou la loi du plus fort ; le travail ou l’assistanat généralisé ; la liberté ou le contrôle étatique.

Quarante ans de laxisme ont suffi. Il est temps de reconstruire une France exigeante, libre et fière — une France qui ne demande pas moins de règles, mais de meilleures règles, appliquées avec fermeté et justice.

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La monnaie n’appartient pas à l’État

Les monnaies numériques sont présentées comme une révolution. Elles risquent plutôt d’achever la dépossession commencée avec le monopole étatique. La réponse n’est ni une CBDC ( Central Bank Digital Currency) « améliorée », ni un État qui choisirait pour chacun la bonne monnaie : c’est de supprimer le monopole et de laisser la concurrence organiser l’émission.

La monnaie n’est pas une création de l’État : elle est née des échanges et du besoin de conserver de la valeur dans le temps. L’or s’est imposé non par décret, mais parce qu’il est rare, durable, divisible, reconnu partout et impossible à produire à volonté par un gouvernement.

Le papier-monnaie, lui, repose sur une promesse : celle d’une classe politique qui peut toujours décider demain d’émettre davantage. Lorsque la monnaie peut être créée sans limite, l’épargnant devient le financier silencieux de l’État, son pouvoir d’achat peut être dilué année après année par l’inflation. L’étalon-or imposait au contraire une règle extérieure, un poids d’or, qu’aucun gouvernement ne pouvait contourner par la planche à billets.

Le numérique : une commodité

Les cryptomonnaies ont révélé la méfiance envers les monnaies étatiques. Mais elles restent des constructions numériques, dépendantes de l’électricité, des réseaux et des clés cryptographiques. Le problème n’est pas que la monnaie circule sous forme électronique – elle le fait déjà massivement – mais qu’une monnaie dont l’existence dépend d’un réseau autorisé puisse être interrompue, là où une pièce d’or ne le peut pas. Le FMI reconnaît lui-même, dans une note de 2024, que la résistance aux attaques et le fonctionnement hors ligne des monnaies numériques de banque centrale demeurent des défis majeurs.

Quant aux CBDC, elles ajoutent un danger propre : une monnaie émise directement par la banque centrale est techniquement programmable : péremption des avoirs, restrictions d’usage, traçabilité, blocage de certains paiements. La BCE assure que l’euro numérique ne le sera pas. L’engagement est sans doute sincère, mais il n’engage que ceux qui le prennent : la capacité, elle, sera inscrite dans l’architecture, et aucune génération ne peut lier la suivante.

Dénationaliser la monnaie : la leçon oubliée de Hayek

C’est ici que la pensée de Friedrich Hayek devient décisive. Dans Choice in Currency puis Denationalisation of Money, il a proposé d’abolir le monopole de l’État sur l’émission et d’autoriser la concurrence entre monnaies. Le raisonnement est simple : si les citoyens peuvent accepter, refuser ou abandonner une monnaie, les émetteurs doivent gagner leur confiance. Celle qui se déprécie sera délaissée, la stable attirera épargnants et commerçants. La concurrence devient un mécanisme de découverte, supérieur à l’arbitraire d’un comité de banque centrale.

Il faut ici être exact, car Hayek allait plus loin que ne le voudrait l’ami de l’or : il ne demandait aucun nouveau monopole, pas même adossé au métal. La croyance selon laquelle seul l’or peut fournir une monnaie stable est, écrivait-il, « pour compréhensible qu’elle soit, sans fondement », et il jugeait la concurrence plus efficace que « toute obligation de rembourser la monnaie en ces marchandises (ou en or) ». Son « ducat » visait non une parité métallique mais un pouvoir d’achat constant, mesuré sur un panier de matières premières. Ce qu’il réclamait, ce n’était pas l’or : c’était la liberté de choisir.

Banque libre : la concurrence au service de la convertibilité

Reste que cette liberté, pour être autre chose qu’un mot, exige des émetteurs tenus par un engagement vérifiable. C’est la logique de la banque libre, pratiquée en Écosse, au Canada et en Suède avant d’être étouffée par les monopoles d’émission : les banques privées émettent billets et dépôts, mais doivent les rendre convertibles à vue en une quantité fixe d’un bien qu’elles ne fabriquent pas. Celle qui émet trop s’expose aussitôt à une demande de conversion ; les chambres de compensation privées assurent le règlement et le contrôle mutuel ; aucune autorité ne fixe la quantité de monnaie.

L’or n’est donc pas imposé : il est le candidat le plus crédible à cet ancrage, et il appartient aux usagers de le confirmer. L’ancrage interdit à l’émetteur de manipuler la valeur de sa monnaie, la concurrence lui interdit de devenir à son tour un monopole irresponsable. C’est l’association des deux, non l’or seul, qui protège l’épargnant.

L’âge d’or du libéralisme monétaire

Entre 1870 et 1914, l’étalon-or a permis une intégration monétaire et commerciale remarquable : les grandes devises étaient convertibles à des parités fixes, ce qui disciplinait les États. Il a connu des crises – 1873, 1890, 1907 -, mais brèves, et sur l’ensemble de la période les prix sont revenus à peu près à leur point de départ.

On objectera la déflation : entre 1873 et 1896, les prix ont baissé pendant près d’un quart de siècle. Mais la production et les salaires réels ont progressé dans le même temps, et des prix qui baissent parce que l’on produit mieux enrichissent l’acheteur. Si le système a fini par céder, c’est que les États ont voulu financer la guerre par l’émission monétaire.

Ni CBDC, ni monopole : le choix monétaire

La question n’est donc pas « faut-il une monnaie numérique d’État ou conserver l’euro ? », mais : pourquoi un citoyen devrait-il être obligé d’utiliser la monnaie de son gouvernement ? La liberté monétaire suppose le droit de détenir de l’or, de contracter en or, et de refuser la monnaie qui se déprécie. Les monnaies numériques ont toute leur place dans cet univers, comme instruments privés et concurrentiels ; elles ne doivent simplement pas remplacer le numéraire physique par décret.

Dénationaliser, puis laisser choisir

L’étalon-or n’est pas une nostalgie : c’est la forme la plus éprouvée d’une monnaie qu’on ne peut pas fabriquer par décret. Et la direction que laisse Hayek est claire : dénationaliser la monnaie, laisser les émetteurs se concurrencer, rendre à chacun le droit de choisir ce qui lui servira de monnaie. Entre une CBDC programmable et un gramme d’or convertible, le choix libéral est sans ambiguïté.

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Dette, TVA et illusion fiscale : pourquoi le budget 2027 ne résoudra rien

Le gouvernement français prépare un projet de loi de finances pour 2027 qui, selon plusieurs scénarios évoqués dans le débat public, pourrait s’appuyer sur une hausse de la TVA pour « stabiliser » la dette. Or, qu’il s’agisse de la dette elle-même ou d’une TVA accrue, le contribuable reste le payeur en dernier ressort : la spoliation n’est pas abolie, elle est seulement différée ou rendue plus indirecte.

Au premier trimestre 2026, la dette publique française atteint 3 536 milliards d’euros, soit 117,5% du PIB. Les intérêts de la dette sont devenus le premier poste de dépenses de l’État : environ 65 milliards d’euros en 2026, soit 4,5 milliards de plus que prévu. Le déficit public devrait se situer autour de 5,1% du PIB en 2026, et le gouvernement vise environ 4,9% en 2027, abandonnant de fait l’objectif de revenir sous les 3% en 2029.

Contexte chiffré : une dette hors de contrôle

Sans mesures nouvelles, des simulations indépendantes projettent un déficit de ‑5,4% du PIB en 2027 et une dette de 120% du PIB, pouvant monter à 129% en 2030 et 159% en 2035. Autrement dit : la trajectoire actuelle est celle d’un endettement structurel, financé par des impôts futurs.

La TVA : un impôt « invisible » par excellence

La TVA est l’archétype de l’illusion fiscale : un impôt indirect, noyé dans les prix, payé par tous les consommateurs et in fine par les entreprises, mais rarement perçu comme un prélèvement étatique. Chaque hausse de taux ou chaque élargissement de l’assiette augmente mécaniquement les recettes de l’État, mais sans que le citoyen ne relie clairement ce surcoût à une décision politique.

Dans un scénario où le gouvernement miserait sur la TVA pour « abaisser » la dette, il jouerait précisément sur cette opacité : le contribuable paie plus, mais croit payer « le marché » plutôt que « l’État ». C’est la définition même d’une spoliation indirecte : le transfert de richesse vers la sphère publique est dissimulé dans le prix des biens et services.

Dette publique : une spoliation différée

La dette publique, elle, est une spoliation différée. L’État dépense aujourd’hui, mais reporte le coût sur les contribuables de demain via les intérêts et le remboursement du principal. En 2026, les Français paient déjà 65 milliards d’euros rien qu’en intérêts ; chaque euro de déficit supplémentaire alourdit cette charge.

Quand le gouvernement dit vouloir « stabiliser la dette » en augmentant la TVA, il ne fait que changer de modalité de prélèvement : au lieu de financer exclusivement par émission de nouvelle dette (spoliation future), il finance en partie par un impôt indirect immédiat (spoliation présente). Dans les deux cas, le contribuable alimente la dépense publique ; dans les deux cas, la pression fiscale globale augmente.

Le budget 2027 : des économies de façade

Officiellement, le gouvernement Lecornu affirme qu’« aucune hausse d’impôts » n’est prévue pour 2027. Mais cette promesse de façade coexiste avec :

1.Un objectif de 30 milliards d’euros d’économies, dont 6–7 milliards imposés aux collectivités locales.

2.Une sous-indexation possible des retraites élevées, un relèvement des franchises médicales, et des coupes dans certains fonds (ex. FCTVA, partiellement lié à la TVA).

3.Une dépense publique qui continue d’augmenter de 0,8% au-dessus de l’inflation au global, avec des hausses pour la défense, la justice, l’intérieur, l’éducation.

Tant que :

Les dépenses de protection sociale, de santé, de retraites et de fonctionnement de l’État continuent de croître plus vite que la richesse créée,

Et que les taux d’intérêt restent élevés (autour de 4,2% sur certaines échéances), alors chaque euro supplémentaire de recettes sera rapidement absorbé par de nouvelles dépenses ou par le service de la dette.

De notre point de vue, la solution n’est pas de mieux financer l’État, mais de réduire son périmètre : privatiser ou déléguer des services, supprimer des niches de dépenses publiques, et surtout rendre visible le coût réel de l’État pour que les citoyens puissent exercer un contrôle démocratique réel.

Pour briser l’illusion fiscale, il faudrait :

  • Rendre transparent le coût total des prélèvements (directs + indirects + parafiscaux) par contribuable.
  • Lier explicitement chaque grande dépense publique à son mode de financement.
  • Imposer une règle budgétaire stricte interdisant le déficit structurel et limitant la croissance de la dépense à celle du PIB réel.

Conclusion : même spoliation, différents masques

Que la spoliation passe par la dette (impôts futurs) ou par la TVA (impôts indirects présents), le résultat est le même : le contribuable continue d’alimenter une dépense publique qui ne se remet pas en cause. Le budget 2027, tel qu’esquissé, ne résout pas le problème de la dette ; il en déplace simplement la charge dans le temps et dans les canaux de prélèvement.

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La généralisation de la facturation électronique : une atteinte à la liberté contractuelle

La réforme française de la facturation électronique, entrée en vigueur le 1er septembre 2026 pour la réception et progressivement pour l’émission selon la taille des entreprises, suscite des critiques quant à son impact sur la liberté contractuelle et les principes libéraux régissant les échanges économiques.

Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA en France doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée par l’État. L’obligation d’émission s’applique depuis cette même date aux grandes entreprises et aux entreprises de taille intermédiaire (ETI), tandis que les PME, TPE et micro-entreprises devront s’y conformer à partir du 1er septembre 2027.

Contexte de la réforme

Le dispositif impose le recours systématique à une Plateforme Agréée (PA) pour l’émission, la transmission et la réception des factures électroniques dans des formats structurés (Factur-X, UBL 2.1, UN/CEFACT CII). La DGFiP a publié une liste de 101 premières plateformes agréées, incluant des éditeurs de logiciels de gestion, des opérateurs de dématérialisation spécialisés et des fintechs.

L’intrusion obligatoire d’un tiers dans une relation bilatérale

La liberté contractuelle, principe fondamental du droit des contrats, repose traditionnellement sur la capacité de deux parties (physiques ou morales) à contracter librement de façon bilatérale, sans ingérence extérieure. La réforme de la facturation électronique bouleverse cet équilibre en imposant l’interposition systématique d’un intermédiaire tiers.

Désormais, toute facture B2B émise en France doit transiter par une plateforme agréée, transformant une relation commerciale privée en un échange tripartite sous le contrôle indirect de l’État et d’opérateurs tiers. Cette obligation s’applique sans distinction de taille d’entreprise : la micro-entreprise en franchise de TVA est soumise aux mêmes contraintes que le grand groupe.

Les critiques soulignent que cette intermédiation obligatoire constitue une ingérence disproportionnée dans l’autonomie des parties, qui ne peuvent plus choisir librement le canal de transmission de leurs documents commerciaux. L’article 289 bis du Code général des impôts, dans sa version en vigueur, formule cette obligation sans ambiguïté : l’émission, la transmission et la réception des factures électroniques « s’effectuent en recourant à une plateforme agréée ».

L’imposition de contrats d’adhésion non négociables

Pour pouvoir continuer à facturer et exercer leur activité, les entreprises sont contraintes d’adhérer aux conditions générales fixées par les plateformes agréées. Cette situation soulève des questions sur la liberté de négociation et le consentement des parties.

Les plateformes agréées exercent sous réserve d’une immatriculation officielle auprès de l’administration, nécessitant un dossier technique complet incluant notamment une politique de protection des données conforme au RGPD, une certification ISO/IEC 27001, et un engagement à l’hébergement dans l’Union européenne. Ces exigences, bien que justifiées par des impératifs de sécurité et de conformité, se traduisent par des conditions d’adhésion standardisées que les entreprises ne peuvent pas négocier.

Des professionnels s’interrogent également sur les garanties offertes en matière de protection des données, de cybersécurité et de confidentialité, dès lors que des informations comptables et commerciales sensibles seront confiées à des intermédiaires privés. Cette dépendance technique et contractuelle envers des opérateurs tiers, dont les conditions tarifaires et contractuelles échappent à la négociation individuelle, est perçue par certains comme une forme d’usurpation de consentement.

L’interdiction des supports et modes de validation traditionnels

L’obligation d’emprunter des formats numériques structurés rend de facto illégale la facturation sur support papier ou la signature manuscrite directe pour les transactions B2B concernées. Les cocontractants perdent ainsi la liberté de choisir le support et le canal de transmission de leurs documents commerciaux, même lorsque les deux parties seraient d’accord pour privilégier des méthodes traditionnelles.

Cette uniformisation imposée s’inscrit dans une logique de modernisation administrative et de lutte contre la fraude fiscale, mais elle prive les entreprises de la possibilité d’adapter leurs pratiques facturières à leurs besoins spécifiques ou à leurs contraintes techniques. La réforme ne prévoit pas d’exceptions pour les situations où les parties souhaiteraient recourir à des supports alternatifs, même de manière marginale ou exceptionnelle.

La subordination de la capacité commerciale à l’approbation administrative et technique

La validité et la circulation des factures dépendent désormais du respect de circuits imposés et de la transmission de données à l’administration fiscale. Si une entreprise se voit refuser l’accès aux plateformes agréées ou subit un blocage technique, sa capacité même à contracter et à se faire payer est neutralisée.

Cette dépendance crée une vulnérabilité opérationnelle significative : un dysfonctionnement de la plateforme, un rejet technique ou une suspension administrative peut paralyser l’activité commerciale d’une entreprise, indépendamment de la volonté de ses cocontractants. Cette situation transforme la capacité à facturer en un droit conditionné par le respect de procédures administratives et techniques échappant partiellement au contrôle des parties.

La réforme a d’ailleurs été critiquée à gauche comme à droite, certains y voyant une charge supplémentaire pour les plus petites structures, malgré sa présentation officielle comme une simplification administrative. Des questions écrites ont été déposées par des députés, soulignant les interrogations des professionnels sur les garanties offertes en matière de protection des données et de confidentialité.

Une réforme qui divise

La facturation électronique obligatoire marque une étape dans la transformation digitale des entreprises françaises et facilite la modernisation administrative, mais elle soulève des interrogations techniques, juridiques et organisationnelles auxquelles il est opportun de se préparer. Plus de dix millions d’assujettis à la TVA basculent dans ce nouveau régime à partir de septembre 2026, avec des obligations différenciées selon la taille de l’entreprise et la nature des opérations.

Les critiques formulées à l’encontre de cette réforme touchent à des principes fondamentaux du droit commercial et de la liberté d’entreprendre. Elles interrogent l’équilibre entre les impératifs de lutte contre la fraude fiscale, de modernisation administrative et de protection des libertés économiques individuelles. Le débat reste ouvert sur la proportionnalité de ces mesures et sur leurs conséquences à long terme pour l’autonomie des entreprises dans leurs relations commerciales. En tant qu’expert en finance d’entreprise on ne peut rester que dubitatif sur l’intrusion de l’Etat dans la vie économique.

 

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La saga Warsh-Powell, ou l’aveu involontaire que les banques centrales n’ont jamais été indépendantes

Le 28 août, à Jackson Hole, Kevin Warsh montera sur l’estrade pour prononcer son tout premier grand discours en tant que président de la Réserve fédérale américaine. L’enjeu est énorme : à trois semaines de la réunion du 16 septembre, les marchés ne savent toujours pas si la Fed va relever ses taux, les maintenir, ou finir par les baisser. L’inflation américaine tourne autour de 3,4 %, loin au-dessus de la cible officielle de 2 %, et ce depuis maintenant cinq ans. Ce moment de suspense est présenté par la presse économique comme un thriller feutré. Il devrait plutôt être lu comme la démonstration, presque malgré elle, de ce que les libertariens répètent depuis des décennies : la « banque centrale indépendante » est une fiction commode, et le vrai problème n’est ni Powell ni Warsh, mais l’existence même d’un monopole public sur la monnaie.

Une indépendance de façade

Rappelons le fil des événements. Pendant des mois, Donald Trump a publiquement fait pression sur Jerome Powell pour qu’il baisse ses taux, allant jusqu’à évoquer sa révocation et à tenter d’écarter une gouverneure de la Fed, Lisa Cook. Le ministère de la Justice a même ouvert une enquête visant Powell, avant de l’abandonner quelques mois plus tard. Powell a fini par sortir de sa réserve pour défendre publiquement l’institution, avertissant que si un gouvernement pouvait révoquer des responsables monétaires pour de simples désaccords de politique, les gouvernements suivants feraient de même, et que la confiance du public s’en trouverait minée. Il a néanmoins quitté la présidence en mai, remplacé par Kevin Warsh, confirmé par le Sénat lors du vote le plus serré de l’histoire moderne pour un patron de la Fed.

Ce scénario n’a rien d’anecdotique. Il illustre un fait structurel : la personne qui fixe le prix du crédit pour l’économie tout entière est nommée par le pouvoir exécutif, peut être menacée, faire l’objet d’une enquête, être remplacée, selon que ses décisions plaisent ou non à la Maison-Blanche du moment. Peu importe que ce soit Trump aujourd’hui ou un autre président demain : tant que la monnaie reste un monopole d’État, sa gestion restera l’otage du cycle électoral et des rapports de force politiques. Parler d’« indépendance » d’une institution dont le chef peut être poussé vers la sortie par voie judiciaire, puis remplacé par un candidat validé à une voix près, relève de l’antiphrase.

Même les faucons finissent par avouer le problème

Ce qui rend l’épisode Warsh particulièrement révélateur, c’est que le nouveau président, réputé plus « faucon » que Powell, aurait lui-même critiqué, lors de son audition de confirmation, une politique monétaire qui soutenait indirectement l’emprunt public. C’est un aveu rare, venant d’un homme désormais aux commandes : la création monétaire et des taux maintenus artificiellement bas ne sont pas un simple outil technique de stabilisation, mais un mécanisme qui facilite le financement des déficits publics. C’est précisément la critique que portent les économistes de tradition autrichienne depuis Mises et Hayek : une banque centrale adossée au pouvoir politique a structurellement intérêt à faciliter l’endettement de l’État, quitte à sacrifier la stabilité des prix.

Le problème, c’est que ce diagnostic reste sans remède réel. Depuis sa prise de fonctions en mai, Warsh a multiplié les signaux contradictoires, abandonné le « forward guidance » (orientation future de la politique monétaire) hérité de Powell, et laissé le FOMC (comité de pilotage de la Fed) se diviser publiquement : plusieurs dissensions lors de la réunion de juillet, un choc pétrolier lié aux tensions avec l’Iran, des droits de douane qui repartent à la hausse. Le président de la Fed a lui-même reconnu, à plusieurs reprises, mener une véritable « guerre de famille » en interne. Autrement dit, même quand la rhétorique change de camp, la mécanique reste identique : une poignée de responsables non élus tente de deviner, réunion après réunion, le bon niveau d’un taux d’intérêt pour une économie de 340 millions de personnes. C’est exactement le problème de calcul économique que Hayek décrivait : aucun comité, aussi compétent soit-il, ne dispose de l’information dispersée nécessaire pour fixer un prix aussi central que celui du crédit mieux qu’un marché libre ne le ferait.

Une facture payée par les plus modestes

Ce flou institutionnel n’est pas gratuit. Du côté européen, la Banque centrale européenne a elle aussi dû composer, cet été, avec un choc inflationniste lié à la guerre au Moyen-Orient, et sa propre enquête sur les anticipations des consommateurs le confirme : ce sont systématiquement les ménages aux revenus les plus faibles qui perçoivent et anticipent l’inflation la plus élevée. Ce n’est pas un hasard statistique. Quand une banque centrale crée de la monnaie ou maintient des taux en dessous de leur niveau naturel, les premiers bénéficiaires sont ceux qui reçoivent cette monnaie en premier — États, banques, détenteurs d’actifs —, tandis que les salariés et les épargnants modestes encaissent la hausse des prix bien après, une fois qu’elle s’est diffusée dans l’économie réelle. C’est ce que les économistes appellent l’effet Cantillon, et cinq années consécutives d’inflation au-dessus de la cible, des deux côtés de l’Atlantique, en sont une illustration concrète : l’inflation fonctionne comme un impôt invisible, prélevé sans vote du Parlement.

Changer d’homme ne suffit pas

Le vrai enseignement de l’été 2026 n’est donc pas que Warsh serait meilleur ou pire que Powell. C’est que le débat lui-même — faut-il un banquier central plus « accommodant » ou plus « rigoureux » ? — passe à côté de la question. Tant que la monnaie reste un monopole étatique confié à un comité nommé par le pouvoir politique, elle continuera d’osciller entre la tentation de financer les déficits publics et celle de rassurer les marchés, au gré des pressions du moment. La réponse libertarienne n’est pas d’attendre le prochain président de la Fed providentiel, mais de retirer à l’État ce pouvoir de décider seul du prix de la monnaie : règles monétaires strictes et prévisibles plutôt que discrétion d’un comité, concurrence entre monnaies, ou retour à un ancrage extérieur au bon vouloir des gouvernements. Le problème n’est pas Warsh. Le problème, c’est qu’il faille un Warsh.

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Sortir du tout-État : une réponse libertarienne à la crise française

Les difficultés économiques et politiques de la France ne sont pas un mystère pour qui accepte de regarder leur cause commune en face : l’omniprésence de l’État dans presque tous les aspects de la vie économique et sociale. Dette publique, fiscalité écrasante, réglementation tentaculaire, bureaucratie hypertrophiée — le diagnostic libertarien part d’un constat simple : ce n’est pas le manque d’État qui nous a menés là où nous sommes, c’est son excès.

Le poids de l’État comme cause, pas comme solution

La France consacre près de 57 % de son PIB à la dépense publique, le taux le plus élevé au monde, sans que cela se traduise par une prospérité ou des services publics manifestement supérieurs à ceux de pays bien moins dépensiers. La dette accumulée n’est pas le fruit d’un manque de recettes — la pression fiscale française est parmi les plus lourdes de l’OCDE — mais d’une dépense publique structurellement incapable de s’autolimiter, indépendamment des majorités politiques qui se succèdent. Chaque crise sert de prétexte à une nouvelle extension du périmètre de l’État : aides, subventions, réglementations, agences nouvelles, qui ne sont presque jamais démantelées une fois la crise passée.

Cette expansion continue produit elle-même une partie des problèmes qu’elle prétend résoudre. La désindustrialisation s’explique en grande partie par un coût du travail alourdi par les charges, une fiscalité de production punitive et un maquis réglementaire qui décourage l’investissement productif. Le mal-logement tient moins à un manque d’intervention publique qu’à des décennies de normes, de zonages et de fiscalité qui ont étouffé l’offre. Le sentiment d’impuissance face aux services publics dégradés vient d’un système où l’argent afflue sans que la qualité du service suive, signe classique d’un monopole administratif sans concurrence ni redevabilité.

Le double discours sur la « distraction »

Une partie du débat public, justement, occupe le terrain en évitant soigneusement cette question : celle du périmètre légitime de l’État. Les commentateurs s’écharpent sur des querelles de personnes, sur des polémiques médiatiques, sur des événements sportifs érigés en grands moments d’unité nationale — tout, sauf le débat fondamental sur la part de nos revenus et de nos libertés que nous acceptons de céder à une administration centrale. Ce silence n’est pas innocent : il profite à une classe politique et administrative dont l’intérêt objectif est de préserver son périmètre d’action, ses effectifs et son budget, quelle que soit l’étiquette partisane au pouvoir.

Le cynisme ambiant — l’idée que « rien ne peut changer », que « c’est comme ça partout » — sert paradoxalement le statu quo étatiste : il décourage d’examiner les expériences, ailleurs, de baisse de la dépense publique, de simplification fiscale ou de déréglementation qui ont produit des résultats tangibles. Présenter le tout-État comme la seule option raisonnable, et toute alternative comme une utopie dangereuse, est précisément la fonction que remplissent nombre d’analyses présentées comme « techniques » ou « neutres ».

Ce que proposerait une réponse libertarienne

Face à ce constat, la réponse libertarienne ne consiste pas à ajuster les curseurs de la dépense publique, mais à interroger le périmètre même de l’État. Cela suppose une baisse significative et durable de la fiscalité, en particulier sur le travail et la production, pour restaurer la compétitivité et l’investissement. Cela suppose aussi une déréglementation ciblée des secteurs où les normes freinent l’offre sans bénéfice clair pour le consommateur, du logement à l’énergie. Cela implique enfin une décentralisation réelle des décisions, vers les individus, les entreprises et les collectivités locales, plutôt que vers une administration centrale dont l’éloignement du terrain nourrit l’inefficacité. La responsabilité individuelle, plutôt que la dépendance à des dispositifs publics, y est vue comme la condition d’une société à la fois plus libre et plus résiliente.

Ce que révèle la théorie de l’illusion fiscale

Les objections les plus courantes à cette critique de l’État — défaillances de marché, biens publics, fonction de stabilisation, protection sociale — méritent d’être reprises à la lumière d’un concept ancien mais trop peu enseigné : l’illusion fiscale, théorisée depuis Ricardo et Bastiat jusqu’aux travaux contemporains d’économistes comme Pascal Salin.

Sur les « défaillances de marché » et les « biens publics » : justifier l’intervention de l’État par l’existence de biens que le marché produirait mal revient à supposer qu’une administration centrale saurait mieux que les individus eux-mêmes ce qu’ils désirent réellement. Or la seule façon de connaître authentiquement les préférences de chacun est d’observer ses choix volontaires sur un marché libre. En remplaçant l’échange par un monopole réglementaire ou par l’impôt, l’État supprime précisément le mécanisme qui révèle ces préférences, et finit par produire lui-même les externalités qu’il prétendait corriger.

Sur la fonction de stabilisation et la protection sociale présentées comme des remparts contre les crises : une partie de leurs bénéfices apparents repose sur des coûts différés et largement dissimulés aux citoyens. L’endettement public revient à reporter dans le temps un impôt qui devra bien être payé un jour, par des contribuables qui n’ont souvent même pas voix au chapitre aujourd’hui, à commencer par les générations qui ne sont pas encore nées. Les engagements de retraite par répartition obéissent à la même logique : n’étant pas comptabilisés comme une dette véritable, ils permettent de présenter des comptes publics en apparence équilibrés (ou plutôt moins déséquilibrés !) alors que des engagements considérables pèsent sur l’avenir.

Quant à l’idée que la dépense publique relancerait mécaniquement l’activité en cas de choc, elle néglige le fait qu’une dépense financée par l’emprunt ou par la création monétaire ne crée pas de richesse nouvelle ; elle prélève sur l’épargne qui aurait pu financer l’investissement et l’emploi productifs, ce qui tend à réduire les perspectives d’embauche plutôt qu’à les soutenir.

Enfin, la théorie des choix publics, notamment chez Tullock, Buchanan et Becker, explique pourquoi ces dispositifs perdurent malgré leurs coûts cachés : les bénéfices d’une mesure redistributive ou réglementaire se concentrent sur des groupes organisés et motivés à faire pression pour la maintenir, tandis que ses coûts, dilués sur l’ensemble des contribuables, ne suscitent guère de mobilisation en retour. Ce déséquilibre structurel, plus que la qualité ou l’incompétence des gouvernants, explique la croissance en apparence inexorable de la dépense publique observée indépendamment des alternances politiques.

Image créée avec une IA générative.

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