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À partir d’avant-hierHashtable

L’Occident a eu trop de succès pour son propre bien

Par : h16

L’Occident a probablement trop bien réussi.

Cela peut paraître étonnant mais le problème de l’Occident moderne est le suivant : la civilisation occidentale a permis l’émergence de techniques et de technologies qui ont rapidement décuplé, centuplé la productivité, amenant une telle richesse pour tous que deux problèmes sont apparus.

Le premier, c’est la persistance puis la croissance inquiétante d’un groupe qui s’apparente de plus en plus aux chasseurs-cueilleurs. Le second, c’est la coagulation de ce groupe dans ce qu’on peut caractériser comme une excroissance de l’État bien au-delà du régalien, à la faveur des facilités qu’ont offertes, ces derniers siècles, les technologies modernes.

Pour rappel, la différence fondamentale entre les classes actives productives et la classe jacassante (composée essentiellement des politiciens, des médias et dans une certaine mesure, des « sachants » qu’on peut retrouver dans certaines positions d’autorité, les experts, les universitaires, etc.) est la même que celle entre l’agriculteur et le chasseur-cueilleur. Un agriculteur crée de la richesse et un chasseur-cueilleur la trouve… De même que les producteurs produisent de la richesse pendant que la classe jacassante se contente de la recevoir.

Il faut comprendre qu’historiquement, la mentalité de chasseurs-cueilleurs ne permet pas l’émergence de civilisations plus vastes qu’un groupe, car celui-ci doit rester mobile : la taille du plus grand groupe viable dépendra essentiellement de la capacité de son territoire à générer des ressources caloriques suffisante pour soutenir ce groupe.

Jusqu’à récemment dans l’Histoire humaine, ces groupes de chasseurs-cueilleurs sont souvent devenus chasseurs-pilleurs, et c’est ce qui a poussé les sédentaires à s’organiser de façon de plus en plus complexe afin de les repousser et éviter au mieux la perte des récoltes et au pire, la perte de leur famille, de leurs biens et la destruction de leur propre groupe. Historiquement, les nomades pillards forçaient les sédentaires à innover en fortifications et en alliances.

Mais aujourd’hui, ces pillards sont internalisés via l’État, qui absorbe les surplus de production sans générer de contre-pression évolutive. Eh oui : de nos jours, ceux qui se contentent de prendre au lieu de produire ne tuent personne et les richesses produites permettent de couvrir leurs demandes ; les classes productives ne sont donc plus prêtes à entrer en lutte ou utiliser la violence pour se débarrasser des parasites tout simplement parce que ce n’est pas rationnel : payer une rançon – appelons ça « impôts » par exemple – est suffisant.

Et c’est bien les gains énormes de productivité qui ont rendu viable la parasitocratie : l’Occident est la première civilisation à avoir transformé son surplus en poison. Nous ne mourons pas de manque, mais d’une indigestion de gratuité apparente.

Par exemple, comme un précédent billet le notait, en 1921, la population de l’Empire français représentait près de 69 millions d’individus sur les cinq continents et l’État employait alors un peu plus de 700.000 personnes pour des services publics devant pourtant gérer un territoire massif sur lequel le soleil ne se couchait jamais. Or, de nos jours, alors que la France s’est largement recentrée sur son hexagone, la fonction publique compte plus de 5,6 millions d’individus au service de l’État avec les toutes dernières technologies et on arrive encore, malgré cette véritable débauche de moyens, à nourrir tout le monde. La technologie a fait de l’État un prédateur stationnaire qui n’a plus besoin de chasser puisqu’il lui suffit de filtrer le flux, et qui utilise les progrès technologiques pour masquer son inefficacité pourtant croissante.

Certes, il apparaît maintenant clairement que la richesse par tête de pipe est en plein effondrement, mais l’image est parlante : pour arriver, malgré un État obèse, à conserver un tel niveau de vie aux Français, il fallait que les gains de productivité aient été absolument massifs. Quant au niveau de dette atteint finalement assez récemment, il donne surtout une idée de l’ampleur délirante de la « cueillette »…

De façon intéressante, cette différence de perspective – entre agriculteur et chasseur-cueilleur – se manifeste aussi dans l’attitude d’une personne vis-à-vis de la démocratie.

Pour quelqu’un qui considère la richesse comme un acquis – c’est-à-dire pour qui la sécurité et le confort sont naturels – la seule question qui se pose est de savoir comment la partager. Et comme personne ne souhaite s’engager dans un conflit potentiellement coûteux et à l’issue incertaine, alors s’impose assez vite le principe du vote et de la démocratie en général. C’est ainsi que dans ce monde, le droit de vote devient absolument indispensable à tous, sans quoi nul ne recevra une part égale de la « manne tombée du ciel ».

En revanche, si la richesse n’est pas un acquis certain, elle peut s’évanouir… Et dans ce cas, il faut agir « comme un agriculteur », c’est-à-dire surveiller la météo, les récoltes, les maladies, les marchés et les stocks de semences, afin de minimiser les risques d’échec. Dans ce cadre, une mauvaise décision peut coûter très cher, avec une vraie possibilité de famine et de mort au bout. Dans ce monde « agricole », il est crucial de choisir avec soin ceux qui prennent les décisions, car leurs choix peuvent nous mener à la ruine ou à la richesse.

Autrement dit, pour la classe productive, la richesse ne tombe pas du ciel. Elle la crée, et connaît donc tous les obstacles à sa diffusion. Elle comprend instinctivement la nécessité de réserver le droit de vote à ceux qui pensent et agissent sur le long terme, à ceux qui sont instruits, patients et sages. À l’inverse, la classe jacassante ne gère pas des ressources mais des perceptions et elle est donc rapidement horrifié par la perspective de planifier. Pour elle, le blé ne pousse pas, il s’alloue et chacun devrait donc avoir voix au chapitre quant à sa répartition.

En somme, l’agriculteur soumet la nature à la discipline du temps quand le cueilleur soumet l’agriculteur à la discipline de ses besoins.

De ce point de vue, on comprend qu’une démocratie de plus en plus inclusive, large et étendue mène surtout à l’égalité… dans la misère : le suffrage universel se transforme en une loterie suicidaire où l’impulsif pèse autant que le prévoyant, où celui qui hypothèque l’avenir vote aussi fort que celui qui le construit… Et rapidement, le vote n’est plus un choix de direction mais une enchère sur le stock de semences. Dans ce cadre, la démocratie n’est plus un mécanisme d’arbitrage entre producteurs, mais un mécanisme de distribution entre « consommateurs politiques ».

Le succès phénoménal rencontré par l’Occident a permis à un nombre croissant – probablement majoritaire à l’heure actuelle – de personnes de vivre dans un état déconnecté du réel où l’on peut calmement imaginer que la sécurité et le confort sont acquis et qu’on peut donc dévorer ce qui existe sans se soucier de comprendre d’où cela vient ni ce qui pourrait le faire manquer tout en raillant quiconque parle de l’importance des incitations ou de bien faire supporter les conséquences des choix calamiteux à ceux qui les ont faits.

En fait, la classe jacassante a réussi un tour de force biologique puisqu’elle bénéficie de la complexité de la civilisation sans en subir les retours de bâton. Pour simplifier (à peine), si l’agriculteur se trompe de semence, il meurt mais si « l’expert » se trompe de théorie, il est simplement invité sur un autre plateau pour expliquer pourquoi la réalité a eu tort.

Bien sûr, il va de soi que la caste jacassante, instruite et diplômée, est parfaitement capable – tout du moins sur le papier – de comprendre les mécanismes de motivation et les conséquences désastreuses qu’entraîne le vote de personnes incapables de maîtriser leurs impulsions. Elle n’ignore pas les conséquences à long terme, mais sait simplement qu’elles n’entreront pas dans le prochain cycle électoral et comprend qu’il lui est beaucoup plus facile de flatter ces instincts, détruire le passé et hypothéquer le présent, plutôt que les combattre et préparer l’avenir, ce qui demande de changer fondamentalement d’état d’esprit, de passer du mode chasseur-cueilleur au mode agriculteur.

L’Occident meurt de sa compétence à différer la mort : ses technologies ont repoussé si loin les conséquences de l’insouciance que plusieurs générations ont pu vivre et mourir dans l’illusion de l’impunité. Le chasseur-cueilleur ancestral savait qu’un hiver trop rude signifiait la mort mais son descendant bureaucratique actuel peut voter cinquante hivers de déficits avant que le froid ne morde.

Reste à savoir si l’Occident souhaite continuer à vivre comme un chasseur-cueilleur dans un monde agricole ou s’il est encore capable de redevenir agriculteur dans un monde qui ne pardonne plus l’oubli.

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L’Occident meurt par la tête

Par : h16

Un précédent article notait que, d’années en années, les « élites » auto-proclamées (à peu près 1%) n’étaient plus correctement sélectionnées : ces élites, de plus en plus déconnectées de la réalité, imposent progressivement des réformes égalitaristes et une féminisation de la société qui a pour conséquence directe d’imposer un conformisme étroit.

Ceci provoque deux problèmes.

D’une part, les non-conformistes occupent à peu près 20% de la société et d’autre part, il est communément admis que seul 5% de la population est effectivement apte à tenir correctement un poste d’encadrement. Il en découle que l’encadrement non-conformiste représente 1% de la société. Or, c’est ce dernier qui pilote les plus grandes révolutions culturelles, techniques et sociales.

Ceci provoque progressivement une paralysie innovante, et surtout, finit par inciter les meilleurs à ne plus participer, voire à fuir cette organisation sociale, ce qui entraîne des problèmes de maintenance des systèmes (économiques, sociaux, techniques, d’infrastructure) à mesure que ces meilleurs sont remplacés par des moins bons puis carrément des médiocres.

L’un et l’autre phénomènes sont suffisant, chacun d’eux, pour qu’une société s’encroûte ou commence à péricliter doucement. Mais la combinaison des deux est mortelle pour toute civilisation, à relativement court terme. Et c’est, du reste, ce qu’on observe : l’Occident semble franchement peiner à exporter ses valeurs qui non seulement n’intéressent plus le reste du monde, mais qui commencent même, dans certains cas, à déclencher de l’hostilité.

L’observation même rapide du panorama permet de comprendre qu’en Occident ceux qui se prétendent l’élite n’ont au mieux qu’un rôle mineur dans l’amélioration de nos conditions de vie et, plus souvent, jouent les mouches du coche voire sabotent la situation par leurs actions oiseuses.

Ceci n’est pas une exagération : très concrètement, nous sommes au point actuellement où ces décideurs sont devenus à peu près inutiles voire nuisibles.

Ainsi, il est manifeste que les gouvernements occidentaux ne servent à peu près à rien de bon, et les exemples de leur nullité abondent.

En Belgique, l’absence de gouvernement pendant des années a été globalement profitable à l’économie du pays. On pourrait arguer de même pour l’Espagne ou dans d’autres cas qui se sont reproduits ces dernières décennies. En fait, généralement, un pays se gère mieux « en affaires courantes », c’est-à-dire sans les brochettes de clowns à leur tête qu’avec, qui ajoutent théâtre politicien idiot aux décisions politiques débiles. Est-il nécessaire de revenir sur l’effarant cas « Joe Biden », vieillard sénile qui a montré sans ambiguïté qu’une administration se passe fort bien de tête pensante ?

Ainsi, il a été montré que les experts, ce 1% qui pavane sur les plateaux télés, ne servent à peu près à rien, la récente pandémie en étant l’exemple le plus criant (et d’autres exemples ne manquant pas à l’appel, depuis les « experts géostratégiques » jusqu’aux « experts climatiques »). De la même façon, les experts financiers en gestion de fonds n’apportent que très rarement la moindre plus-value : se contenter de suivre les indices boursiers permet d’obtenir de meilleurs rendements qu’eux comme l’ont prouvé de nombreuses études.

Ainsi, une récente étude de Marianne Bertrand et Antoinette Schoar a aussi montré que les PDG n’expliquent qu’autour de 4% de la variation des performances de leur entreprise. Leur apport est, dans l’écrasante majorité des cas, minimaliste voire nul. Dans beaucoup d’autres, il est carrément négatif et ce ne sont pas les sociétés comme Boeing, Atos, Jaguar ou tant d’autres (qui défraient régulièrement la chronique) qui pourront apporter un démenti.

Il apparaît en réalité (et à quelques exceptions notables mais peu nombreuses) que la civilisation occidentale, sa capacité d’innovation, ses ressources intellectuelles pour maintenir et améliorer les infrastructures en place, son savoir-faire et son faire-savoir ne tiennent pas à cause de l’élite, mais plutôt en dépit d’elle, et surtout grâce aux invisibles petites mains qui se trouvent directement en dessous et jusqu’aux bases des pyramides hiérarchiques.

Autrement dit, il apparaît clairement que ce ne sont pas les personnes les plus exposées médiatiquement qui maintiennent l’Occident en vie (ou en survie pour certains aspects), ce ne sont pas les personnes les plus visibles, ce ne sont pas ceux dotés des diplômes les plus ronflants (Science Po, ENA viennent à l’esprit, mais pas seulement).

Non, ceux qui importent sont les opérationnels, ceux qui font effectivement, qui agissent concrètement, ce sont ceux qui effectuent les tâches au jour le jour et qui accumulent l’expérience au contact de la réalité, celle-là même qui échappe de façon visible à l’élite auto-proclamée.

Or actuellement, ces opérationnels ne sont pas valorisés et pire, le niveau moyen des élites et leur mode de sélection/reproduction fait qu’ils sont même progressivement dégoûtés de travailler. Petit-à-petit s’installe une sorte de grève silencieuse, à la Ayn Rand, dans laquelle les opérationnels compétents s’en vont pendant que les soi-disant élites se retrouvent à des postes prestigieux à gérer des administrations et des boîtes qui finissent par péricliter faute de réelles compétences.

De façon intéressante, les individus opérationnels qui parviennent à survivre dans cet environnement actuel, pourtant toxique et ultra-défavorable car alourdi de contraintes (bureaucratiques ou « manageriales ») idiotes, sont logiquement la crême de la crême : dans un environnement seulement neutre, ils feraient des prouesses et dans un environnement favorable, des miracles. À ce titre, les petites et moyennes entreprises françaises, les entrepreneurs/auto-entrepreneurs qui parviennent à s’en sortir actuellement au milieu du maquis de lois, de contraintes, de punitions fiscales, sociales, s’ils parviennent à dégager un bénéfice voire à se développer en dépit de cet environnement nocif sont indubitablement de véritables héros modernes.

Ce sont eux qui, débarrassés des contraintes débiles, sont par exemple capables de réparer la cathédrale Notre-Dame à Paris en un temps record. Ce sont eux qui, après que la France aura fait faillite, seront capables de la relever et de lui redonner l’élan qui lui manque actuellement, engluée dans sa bureaucratie et ses dirigeants à la courte vue.

L’avenir leur appartient et de façon évidente : une part pour le moment minoritaire mais heureusement croissante de la société s’est rendue compte de la déconnection des « élites ». Les messages de ces dernières passent de moins en moins bien voire sont rejetés, moqués et combattus, et ces « élites » se retrouvent à fuir le débat, le contact avec l’opposition réelle et grandissante leur étant trop violent.

La société occidentale va devoir affronter, dans les prochaines années, un bouleversement radical qui sera soit l’effondrement final, une faillite retentissante et l’enfoncement terminal dans la médiocrité dune élite sclérosée et de sa bureaucratie métastasée, soit leur renversement complet qui permettra un renouveau complet.

Cependant, si l’on peut raisonnablement espérer que certains pays sauront choisir le renversement bénéfique et le renouveau (les États-Unis semblent prendre ce chemin actuellement), les choses semblent bien sombres pour la France.

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L’Occident joue les Karens du droit international

Par : h16

Alors que les opérations menées par Israël à Gaza semblent augmenter d’intensité, la Cour Internationale de Justice (CIJ) vient de demander à l’état hébreu d’« arrêter immédiatement son offensive militaire ».

Ces jugements de la Cour Internationale de Justice, organe des Nations Unies créé en 1946, semble ainsi s’ajouter aux demandes de Karim Khan, le premier procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI), un organe indépendant créé suite au Statut de Rome en 1998, qui souhaite que soient lancés des mandats d’arrêt internationaux contre les dirigeants du Hamas et ceux d’Israël, estimant qu’ils se sont rendus coupables de crimes de guerre et contre l’Humanité.

Cet empilement de décisions judiciaires pousse à noter la croissance presque difficile à suivre de ces affaires et de la multiplication de l’utilisation de différents cadres nationaux et internationaux pour poursuivre des individus ou des pays en fonction des humeurs du moment.

Ainsi, le cas d’Israël n’est pas isolé, loin s’en faut et il n’y a guère besoin de remonter loin dans le temps pour voir une nouvelle bordée d’agitations judiciaires internationales, cette fois-ci à l’encontre de la Russie : d’abord en 2014 (suite à l’invasion russe de la Crimée) puis en 2022 (suite au conflit ukrainien), la “communauté internationale” – i.e. un sous-ensemble correspondant aux pays occidentaux, en gros – avait décidé d’empiler des sanctions contre la Russie de Vladimir Poutine. De même, la Hongrie de Orban fait aussi les frais au sein de l’Union européenne de ses prises de positions favorables aux Russes.

Ces sanctions n’ayant eu pour la Russie qu’un effet modeste voire carrément contre-productif, il a été décidé de disposer des avoirs russes gelés depuis le début du conflit en Ukraine afin d’armer Kiev.

Souplesse du droit international qui permet donc à certains pays de piocher dans les avoirs d’un autre ; s’il n’y avait pas eu quelque vote auparavant, cela pourrait s’apparenter à un vol. Que c’en soit ou non, une telle décision sera lourde de conséquences : les pays qui investissent en Europe recalculeront leur risque à l’aune de cette décision et choisiront probablement d’abandonner ces pays à leur sort, voire en profiteront pour vendre ces bons avant que leur valeur rejoigne la fiabilité contractuelle de ces pays.

Au final et quand bien même la décision fut prise puis votée dans un cadre tout ce qu’il y a de légal, on peut se demander si ce vernis de justice n’aura pas servi qu’à aveugler les dirigeants qui ont pris là une funeste décision.

En pratique, on voit surtout se multiplier les occurrences d’une “justice occidentale”, à laquelle les uns et les autres font appel de façon sélective, en croyant résoudre les problèmes du monde alors qu’elle apparaît de plus en plus percluse de contradictions et de doubles standards embarrassants que seuls les dirigeants font mine de ne pas voir.

On avait déjà noté la façon très particulière des États-Unis de lire et appliquer le droit international, leur seconde incursion en Irak offrant une magnifique démonstration de leur audace juridique (et, du reste, les cas d’interprétation hardie de ce droit se sont multipliés depuis les années 90).

Depuis, les dirigeants occidentaux multiplient les institutions et les organes concrétisant une sorte de droit international, multiplient les références à ce dernier dans la marche du monde, mais multiplient aussi les applications ambigües voire les violations à ce même droit. L’exemple de Julian Assange, actuellement détenu en prison sans le moindre procès pour avoir mis à jour des éléments qui se sont tous révélés exacts, laisse ainsi songeur et la discrétion des organes internationaux (CPI, CEJ, CIJ et d’autres, pourtant dédiés à lutter contre les injustices mondiales) devant ce cas ne semble guère froisser les médias. La mollesse de ces mêmes institutions dans le cas des Ouighours, des Tibétains, des Yéménites, des Arméniens et de tant d’autres laisse aussi perplexe.

Ces différents exemples amènent à constater que l’Occident n’arrête pas de brandir le levier judiciaire pour faire mine de régler certains de ses différents problèmes comme une sorte de Karen surexcitée qui en appelle de façon sélective aux plus hautes autorités afin de faire avancer son agenda, en accompagnant sa distribution incessante de moraline d’une volonté farouche de coller des normes, des règles et du juridique absolument partout ce qui lui permettra au passage de punir tout impétrant qui oserait s’ériger contre elle.

Cela ne vient pas de nulle part.

Les élites occidentales développent – surtout actuellement – un véritable culte à la norme : tout doit être réglé par celle-ci. Les échanges et arrangements économiques, sociologiques et géopolitiques naturels, humains, sont devenus secondaires, contingents de ce droit à géométrie variable. Il faut de la norme, de la règle, de la loi, avec un côté systématique qui ne peut pourtant même pas se parer d’un côté logique puisqu’il verse régulièrement dans l’arbitraire (ce qui rend l’ensemble de l’édifice ridicule aux yeux de ceux qui n’y souscrivent tout simplement pas). À ceci s’ajoute que ces institutions du droit international ne sont pas toutes ratifiées de la même façon (les États-Unis et Israël n’ont pas ratifié la CPI par exemple) ce qui en rend leurs admonestations d’autant plus inaptes.

Eh oui, le droit n’est, en lui-même, qu’une convention qui n’a aucune valeur lorsqu’elle est détachée des contingences du réel : les sanctions contre la Russie, gesticulations de papier sans lien avec la réalité de terrain et la géopolitique factuelle, ont été un magnifique exemple de cette virtualité du “droit international”, qui contraint effectivement les Européens mais pas les États-Unis (qui détestent les engagements internationaux contraignants au point de s’en protéger dans leur propre loi), ni les Russes, ni les Chinois ni les Indiens…

Or, actuellement, il y a en politique une confrontation majeure entre la pensée institutionnelle qui voit le monde à travers des institutions et du droit – qui est souvent du droit positif (par opposition au droit naturel) et donc politique – et le réalisme politique, la diplomatie et la stratégie géopolitique qui cherchent à appréhender le monde tel qu’il est.

Manifestement, les élites occidentales s’enferrent chaque jour un peu plus dans la première vision, pendant qu’une part croissante des dirigeants non occidentaux s’attachent à la seconde vision, plus réaliste. Et s’il est évident qu’il y a aussi des réalistes en Occident – certains d’entre eux doivent même utiliser l’idéalisme et l’idéologisme exacerbé des autres pour avancer leurs propres objectifs pragmatiques – ce ne sont pas eux qui prennent les décisions.

Petit-à-petit, cela se traduit par une perte totale de crédibilité du droit international, et la responsabilité en incombe lourdement à l’Occident.

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L’Occident a choisi l’émotion sur la raison et va le payer très cher

Par : h16

Et comme un seul homme bien organisé, bien dressé et bien propre sur lui, l’Occident s’est levé contre l’indigne invasion de l’Ukraine par la Russie et, dans un beau mouvement d’ensemble, a fait pleuvoir sur la Russie une quantité rarement vue de sanctions de plus en plus sévères.

Comme l’ouverture directe d’un front armé contre la Russie n’était pas réellement envisageable (cela aurait vraisemblablement ruiné plusieurs saisons touristiques dans tout l’hémisphère Nord), l’Union européenne et les Américains ont donc choisi la voie des bannissements et des interdictions : restrictions voire interdiction d’utilisation du système de messagerie interbancaire SWIFT, arrêt des exportations vers le pays agresseur, gel des devises dans les banques centrales, les premières salves ont été particulièrement raides.

Les secondes salves ont été menées notamment par les « Géants de la Tech » et ont permis de courageusement interdire toute « désinformation » provenant de la Russie ou de ses abominables affidés : la seule bonne propagande est la propagande sanctionnée officiellement et il serait inconvenant de laisser les internautes, mammifères mous et généralement idiots, se faire leur propre opinion dans le déluge de données douteuses en provenance de tous les côtés. On appréciera au passage le relâchement des mystérieuses mais néanmoins très contraignantes « règles de la communauté » chez Facebook et Instagram qui autorisent maintenant les appels à la violence contre les Russes (dont on sait que tous approuvent forcément ce que fait leur gouvernement, c’est absolument évident).

Les salves suivantes se sont produites exactement comme on pouvait s’y attendre, avec une véritable bousculade de la part des entreprises occidentales de tous types pour montrer à la fois leur totale conformité avec l’air du moment et leur absolu besoin de signalement vertuel : tout est bon pour faire comprendre au public européen et américain que les exactions de Poutine seront châtiées par un refus catégorique de commercer avec les Russes, groupe subitement pris comme homogène dans une collectivisation instantanée pas du tout malsaine.

Avec cette crise, l’Occident a clairement abandonné toute prétention à l’universalité de ses valeurs tant le « Deux Poids Deux Mesures » apparaît évident pour tous ceux qui regardent plus loin que les deux dernière semaines d’Histoire ; or, comme la Nature a horreur du vide, cet abandon a vite été remplacé par une autre doctrine étrange et dont le degré de dégoulinance n’apparaît que progressivement : la nouvelle société occidentale semble décidée à s’organiser autour d’un wokisme décomplexé dans lequel il s’agit avant tout de gérer les foules au travers des émotions, des ressentis, des sentiments en abandonnant toute velléité de planification intelligente, raisonnée et à terme plus long qu’un ou deux mois.

Il suffit de voir les mines embarrassées de certains éditorialistes, piposophes de salon et autres experts de plateau télé qui expliquaient avec véhémence il y a quelques poignées de jours l’absolue nécessité de sanctions toutes plus dures les unes que les autres, et qui commencent maintenant à se rendre compte que ces sanctions vont se retourner très violemment contre tout le monde, eux compris.

Persuadés que la balance commerciale, favorable aux Européens en ce que les Russes importaient plus que nous n’importions de Russie, permettrait de faire entendre raison au Chef du Kremlin, nos aimables nigauds n’ont compris qu’un peu tard que lorsque nous leurs exportons des biens manufacturés complexes à grosse marge et haute valeur ajoutée, les Russes nous exportent, eux, des matières premières à faible marge, ce qui se traduit, lorsque les tensions s’accroissent et que les robinets et les frontières se ferment, par une explosion des marges sur ces matières premières, et un effondrement des importations vers la Russie, ou, dit autrement, à un enrichissement des Russes et un appauvrissement drastique des Occidentaux.

Pire : à repousser Poutine toujours plus loin, à couper la Russie de plus en plus violemment hors de la sphère d’influence occidentale, ces émotifs excités n’ont fait que parachever une tendance qu’ils avaient déjà entamée avec hardiesse les années précédentes, à savoir la création d’un bloc de puissances indépendant de l’Ouest.

Avec une gourmandise qui s’approche de plus en plus d’un suicide inconscient, l’Occident vient de tenter à l’échelle planétaire l’application d’une « Cancel culture » à ceux qui lui fournissent les vivres. La fine diplomatie des Macron, Von Der Leyen, Biden et autres cadors occidentaux va parvenir à auto-canceller l’Occident. Remarquablement bien joué.

D’autre part, de façon logique et quoi qu’on puisse penser de Poutine et des Russes, la situation actuelle va déclencher un certain nombre d’autres soucis dont on voit mal se sortir la fine équipe actuellement aux manettes (pour rappel, c’est la même équipe de clowns qui nous a géré la pandémie : si vous misez sur le pire, c’est un pari gagné).

Ainsi, les Russes vont devoir fonctionner sans l’Ouest, ce qu’ils avaient déjà commencé à faire pour partie. Ce ne sera pas facile, mais les réserves (de matière première et financières notamment) actuelles rendent cependant l’opération possible. A contrario, l’absence totale de réserves et d’organisation de l’Europe et des États-Unis pour se passer de la Russie va rendre la situation franchement pénible pour les Occidentaux.

Ainsi, nos frétillants politiciens vont prétendre pendant quelques temps que les sanctions fonctionnent très bien. Pendant ce temps, les agriculteurs qui produisent notre nourriture vont se retrouver à devoir faire face à des coûts de production explosifs dont personne ne se soucie parce que ce sont des paysans, qu’ils n’ont pas de petite coche bleue sur Twitter et qu’ils ont autre chose à faire qu’expliquer leurs soucis sur Facebook ou TikTok.

Ainsi, les prix des engrais puis des céréales (toutes), des fruits, des légumes, des viandes vont grimper joliment. Au bout d’un moment (cet été, à la rentrée ?), les cols blancs qui grignotent des galettes de soja en buvant des spritz sur des rooftops après des meetings en conf-call vont commencer à remarquer que les prix ont sacrément gonflé, sans parler de ces rayons vides qui refusent de se remplir. À ce moment, certains politiciens commenceront à s’inquiéter mais il sera bien trop tard… Ceux qui n’ont pas de petite coche bleue sur Twitter auront, eux, fait des stocks depuis un moment.

Enfin, signalons que Poutine pourrait avoir l’idée de vendre son pétrole à un prix discount (mettons 50% ou 60% du prix de marché) en imposant un paiement en or, ce qui pourrait fort bien convenir à une bonne partie de la planète, non inféodée à l’OTAN ou aux intérêts de l’Union européenne ou des Américains. On laissera au lecteur l’exercice de dresser les conséquences de ce retour à l’étalon-or implicite pour la Russie (qui dispose de réserves d’or importantes) et pour la Chine (elle aussi prête à une telle éventualité). L’effondrement du dollar, façon Weimar, n’est pas à écarter.

En choisissant les sentiments, l’émotion et l’affichage vertuel sur la raison et la réflexion de long terme, l’Occident a fait une grosse erreur, un peu dans le style « Get Woke, Go Broke » (tentez le wokisme et devenez ruiné).

À force d’essayer d’être woke, l’Occident va être broke.

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