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À partir d’avant-hierNext INpact

MMX prêt à décoller en compagnie d’Idefix vers Phobos, un des deux satellites de Mars

Obélix et Astérix sont pas de la partie ?
MMX prêt à décoller en compagnie d’Idefix vers Phobos, un des deux satellites de Mars

La mission spatiale japonaise Martian Moons eXploration doit décoller ce soir du Japon en direction de deux satellites de Mars : Phobos et Déimos. Elle doit déposer sur le premier le rover Idefix développé notamment par le CNES.

L’agence spatiale japonaise Jaxa s’apprête à lancer, ce soir et depuis l’île de Tanegashima (Japon) sa mission MMX (Martian Moons Exploration) à bord d’une fusée H3. Celle-ci a pour but de connaitre un peu mieux la planète rouge en allant observer ses deux satellites que sont Phobos et Déimos. Et même de rapporter des échantillons provenant du premier !

Une origine mystérieuse de ces satellites

Si elle réussit, ça sera la première mission scientifique à rapporter des échantillons venant de Mars. Rappelons que les États-Unis ont décidé, en début d’année, d’abandonner les échantillons recueillis sur Mars par le rover Perseverance : la mission Mars Sample Return a été tout bonnement annulée.

Concernant MMX, l’avenir du projet reste au beau fixe. La JAXA propose de suivre le lancement ce soir sur sa chaine YouTube. Comme nous l’expliquions déjà il y a 9 ans, l’idée principale est donc de faire un aller-retour vers Mars avec une escale sur Phobos.

Comme le souligne le Journal du CNRS, l’idée d’aller explorer Phobos s’explique aussi parce que l’origine des deux satellites de Mars reste mystérieuse : « Il y a deux théories, résume Patrick Michel, astrophysicien et directeur de recherche CNRS à l’Observatoire de la Côte d’Azur. Phobos et Déimos ressemblent à des astéroïdes, et auraient ainsi pu être capturés par la force d’attraction gravitationnelle de Mars. Mais leur trajectoire paraît bien étrange. Il pourrait donc s’agir du résultat d’un impact géant, mais ce n’est pas ce que nous montrent les observations sur sa composition pour l’instant. »

L’agence spatiale japonaise prévoit d’abord un voyage d’une année pour arriver aux alentours de Mars. Sa sonde amène avec elle neuf instruments, dont le spectromètre à neutrons et rayons gamma baptisé MEGANE développé par la NASA et MIRS, un spectromètre imageur infrarouge développé par le Laboratoire d’Etudes Spatiales et d’Instrumentation en Astrophysique (LESIA) en partenariat avec le CNES. MIRS doit « permettre de caractériser la composition minéralogique de la surface des lunes de Mars et l’analyse de l’atmosphère martienne. Il va permettre de participer à la sélection des sites d’atterrissage de MMX », explique le CNES.

Observer, récupérer 10 g et revenir

Car l’idée est ensuite de récupérer des informations sur Phobos pour connaître sa topologie et chercher des dizaines de sites d’atterrissage potentiels pour déterminer le meilleur endroit pour s’y poser.

Ensuite, la mission doit envoyer son rover pour observer la surface du satellite de Mars. Ce rover s’appelle Idefix. Il a été développé par le CNES en collaboration avec le Centre allemand pour l’aéronautique et l’astronautique (Deutsches Zentrum für Luft- und Raumfahrt, DLR). Si vous voulez vous amuser à en imprimer une copie, le CNES a même partagé les plans.

Si tout va bien, Idefix pourra ensuite donner des indications à la sonde principale de la mission pour qu’elle puisse à son tour atterrir sur Phobos. Elle y collectera 10 g d’échantillons pour qu’ils soient analysés plus tard sur Terre. Après quelques observations supplémentaires sur Phobos, MMX passera par le deuxième satellite de Mars, Deimos, pour l’observer aussi, puis repartira des environs de Mars en 2030. La JAXA espère récupérer tout ce beau monde en 2031.

Recherche française : la Cour des comptes remet les « key labs » sur le tapis

On a retrouvé les clés ?
Recherche française : la Cour des comptes remet les « key labs » sur le tapis

Après la baisse des budgets de la recherche en France, la Cour des comptes plaide pour une baisse du nombre d’unités mixtes de recherche (UMR), ces laboratoires dans lesquels organismes de recherche et universités mettent des moyens en commun au service d’un même projet scientifique. Au risque de raviver la colère dans le milieu contre ce que l’ancien PDG du CNRS avait appelé les « key labs ».

La Cour des comptes acte que les gouvernements successifs français n’ont pas augmenté le budget de la recherche en France (public et privé) de manière à ce qu’il atteigne l’objectif longtemps planifié de 3 % de PIB. Dans un rapport sur les unités mixtes de recherche (UMR), la juridiction administrative en profite pour remettre sur l’établi le projet des « key labs » que le gouvernement et le PDG du CNRS de l’époque, Antoine Petit, avaient abandonné début 2025 après le mouvement de défiance qu’il avait suscité au sein de l’organisme.

La juridiction administrative, dirigée depuis février par l’ancienne ministre de l’Action et des Comptes publics Amélie de Montchalin, a publié récemment un rapport [PDF] sur les unités mixtes de recherche (UMR), une organisation « sans équivalent au monde » mise en place en France dans les années 1960 pour créer des laboratoires communs entre universités et organismes de recherche comme le CNRS (l’organisme qui y est de fait le plus impliqué), l’Inria, l’Inserm ou encore le CNES, par exemple.

L’exécutif a abandonné l’ambition d’un budget de la recherche important

La Cour des comptes y constate que la France « ne consacre que 2,18 % [chiffre 2023] de son PIB à la recherche, alors que six États de l’Union européenne, dont l’Allemagne, atteignent l’objectif de 3 % fixé dans le cadre de la stratégie de Lisbonne ».


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Situation critique pour la recherche, le budget de l’ANR « insoutenable » d’ici 2028

Une ambition affichée qui fait pshitt
Situation critique pour la recherche, le budget de l’ANR « insoutenable » d’ici 2028

L’Agence nationale de la recherche, pilier de la politique de financement scientifique de la France sous la présidence d’Emmanuel Macron, « se situe à un point critique », selon la Cour des comptes. Son budget décroche depuis la loi de programmation de la recherche votée en 2020. L’institution prévoit qu’il devienne « insoutenable » entre 2028 et 2029 sans mesure corrective.

Le rôle de l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui a maintenant 20 ans, a été boosté par la loi de programmation de la recherche (LPR) en 2020. Mais la Cour des comptes constate que son budget ne suit pas les prévisions. La juridiction administrative constate que « son budget sera insoutenable d’ici la fin de l’année 2028 » si rien n’est fait. Le projet de loi 2027 présenté par le gouvernement ne va pas dans ce sens puisqu’il prévoit même une petite baisse du budget de l’ANR.

La loi de 2020 avait notamment été soutenue par le PDG du CNRS de l’époque, Antoine Petit, qui voulait une loi « ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne ». De son côté, le Comité national de la recherche scientifique (CoNRS), lui, préconisait le financement récurrent des laboratoires. En consacrant le financement par projets via l’ANR, cette loi a poussé la recherche française vers une sélection des « meilleurs » projets digne du spencérisme (autre nom du « darwinisme social »). Mais l’ambition demandée par l’ancien PDG et affichée dans la loi n’est finalement pas au rendez-vous.

« Une trajectoire budgétaire devenue insoutenable »

C’est dans un rapport publié sur son site le 8 octobre dernier que la Cour des comptes tire le signal d’alarme. Titré « L’ANR, une trajectoire budgétaire devenue insoutenable, une réponse indispensable de l’État », ce document met le gouvernement devant un constat implacable. Alors que le budget de l’ANR devait être l’outil financier central d’une augmentation du financement de la recherche de la loi votée en 2020, sa trajectoire « décroche » par rapport à celle prévue par cette loi. Et ce depuis deux ans : « la croissance des engagements de l’ANR portée depuis 2021 par la LPR a connu un arrêt à partir de 2024 », constate la Cour.


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OpenAI inonde la recherche avec 722 « prépublications » de mathématiques générées par IA

Démerdez-vous avec ça
OpenAI inonde la recherche avec 722 « prépublications » de mathématiques générées par IA

Tout à son idée de montrer la puissance de ses outils, OpenAI a mis en ligne 722 prépublications de mathématiques générées par IA. L’entreprise met en ligne des « résultats » se trouvant pourtant à « différents stades de vérification », en s’appuyant sur l’avis d’un groupe de chercheurs pour « mettre en place les meilleures pratiques » concernant leur partage. L’un de ses membres, le mathématicien François Charles, explique à Next que ce groupe veut être « un canal de communication » entre les entreprises et la communauté.

OpenAI a publié la nuit dernière 772 documents PDF de mathématiques dans un dépôt GitHub. Alors que l’entreprise affichait récemment une volonté de dialogue avec les mathématiciens, elle intensifie la mise en ligne d’articles qu’elle appelle « prépublications » (preprints, en anglais). Elle affirme s’appuyer sur le travail d’un groupe de chercheurs indépendants qui a publié des recommandations concernant l’ « utilisation responsable des résultats mathématiques générés par l’IA ».

Alors que des milliers de mathématiciens déploraient récemment que l’IA menace la pratique scientifique et qu’OpenAI a été accusée de mauvaises pratiques scientifiques pour résoudre un problème de maths, l’entreprise présente sur son dépôt GitHub ces fichiers comme des « des manuscrits mathématiques et des éléments justificatifs de démonstration générés par un modèle interne d’OpenAI ». Mais ceux-ci n’ont que l’apparence d’articles de mathématiques travaillés par des chercheurs : aucune signature de chercheurs n’apparait sous leur titre, ils ne sont signés que par le nom de l’entreprise dirigée par Sam Altman.

« Des résultats se trouvant à différents stades de vérification »

Dans son fichier Readme, OpenAI explique que le dépôt « regroupe des résultats se trouvant à différents stades de vérification. Tous ne sont pas accompagnés de formalisations Lean [langage d’assistant de preuve, ndlr]. Nous continuerons à mettre à jour ce référentiel avec des formalisations Lean au fur et à mesure que nous les obtiendrons ».

Ainsi, si l’entreprise regroupe tous ces PDF dans un dossier intitulé « preprints », ils ne sont pas du tout prêts à la publication comme sont censés l’être les articles désignés comme tels et mis en ligne sur les serveurs comme arXiv. Même si ces serveurs autorisent les chercheurs à modifier avec un système de gestion de versions, le terme de « prépublications » implique que les chercheurs assument que ces articles pourraient être présentés dans une revue scientifique.


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Non, Anthropic n’a pas découvert un système biologique comparable à CRISPR

Une hypothèse crédible n'est pas une découverte
Non, Anthropic n’a pas découvert un système biologique comparable à CRISPR

Il y a un peu plus d’une semaine, Anthropic annonçait que Claude avait découvert un nouveau système enzymatique, « dont la structure rappelle celle du système CRISPR ». Mais « tout le travail reste à faire », nous explique Alexis Verger, biologiste au CNRS.

En parallèle des maths, les entreprises d’IA générative utilisent maintenant la recherche en biologie pour assurer la promotion de leurs outils alors qu’elles préparent leurs entrées en bourse, quitte à crier à une découverte qui n’en est encore qu’à l’étape d’hypothèse.

Ainsi, Anthropic a annoncé le 23 septembre 2026 que son IA Claude a « découvert un nouveau système enzymatique » que l’entreprise compare à CRISPR. La découverte de cette méthode d’édition du génome en 2012 avait permis à Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna d’obtenir le prix Nobel de chimie en 2020.

Mais Anthropic est encore loin d’avoir prouvé la découverte d’un système comparable à CRISPR en n’ayant pas vérifié son hypothèse. « Tout le travail [en laboratoire de paillasse] reste à faire », nous explique Alexis Verger, biologiste au CNRS.

Anthropic a mis en ligne, au moment de l’annonce, un billet de blog et un « rapport technique » [PDF] rédigé par une équipe de chercheurs récemment embauchés par l’entreprise. Ce document n’a pas été publié dans une revue scientifique ni mis en ligne sur un serveur de prépublication habituellement utilisé par des chercheurs de la discipline.

Une campagne d’agents IA pour mettre en place une hypothèse crédible


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arXiv limite les soumissions à 2 par mois pour faire face à la submersion due à la genAI

Buffer overflow
arXiv limite les soumissions à 2 par mois pour faire face à la submersion due à la genAI

Submergée par les propositions d’articles générés par IA, la plus ancienne et populaire des plateformes de prépublication scientifique resserre encore ses restrictions de soumissions.

La soumission incessante d’articles générés par IA commence à épuiser les équipes de plateformes de prépublications scientifiques. On l’a vu très récemment avec le cas du chercheur Nicholas Polson qui a mis en ligne plus de 200 prépublications depuis le début de l’année, essentiellement sur la plateforme SSRN de la multinationale Elsevier.

Mais la plus ancienne et populaire de ces plateformes n’est pas épargnée, au contraire. En octobre 2025, elle prenait la décision de ne plus accepter aucune prépublication d’articles de synthèse ou d’argumentaires sur l’IA. Dans ce champ disciplinaire, seuls les articles sur une nouveauté scientifique sont acceptés depuis.

En mai dernier, elle avait annoncé la mise en œuvre d’une sanction spécifique concernant l’utilisation de l’IA : une suspension d’un an pour celles et ceux qui soumettent des articles générés par IA qui n’ont manifestement pas été vérifiés. Après cette suspension, arXiv n’accepte de nouveau des articles signés par l’auteur confondu que s’ils ont été acceptés par des revues ou des conférences (ce qui enlève beaucoup d’intérêt à soumettre sur la plateforme).

Les soumissions d’articles à arXiv continuent de grimper

Mais ces mesures ne semblent pas avoir suffi. Rien que pour le domaine de l’IA, les soumissions continuent à monter en flèche :

Et arXiv précise que pour les autres domaines, les soumissions ont doublé depuis janvier 2024.

Pour la plateforme, limiter les soumissions par utilisateur s’impose de plus en plus. « Avant l’avènement de l’IA, il existait une limite pratique clairement identifiable quant au rythme auquel des soumissions indépendantes pouvaient être produites, et les modérateurs bénévoles d’arXiv limitaient le nombre de soumissions des auteurs qui dépassaient largement ce seuil », explique-t-elle dans un billet de blog.

Mais maintenant, « les outils d’IA devenant de plus en plus sophistiqués et accessibles aux auteurs, la « limite pratique » du nombre d’articles pouvant être soumis fait désormais l’objet d’un débat », ajoute-t-elle.

La limite des bénévoles est atteinte

Surtout que la plateforme s’appuie sur des bénévoles. « Une proportion relativement faible d’auteurs soumet un grand nombre d’articles de mauvaise qualité et accapare une part disproportionnée du temps des modérateurs », souligne le président du Conseil consultatif éditorial d’arXiv, Thomas Dietterich. « Cette situation est injuste pour les auteurs qui continuent à soumettre des articles de qualité : leurs articles peuvent en effet subir des retards de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines », constate-t-il.

Deux soumissions par mois, une limite raisonnable

L’équipe a choisi de mettre en œuvre une limite de deux soumissions par mois (calendaire) par auteur ainsi qu’une limite de trois soumissions en attente de vérification. Cette limite s’applique de toute façon, même si les articles soumis avant ont été rejetés. Elle rappelle aussi que « les articles soumis à arXiv doivent présenter des travaux de recherche originaux, novateurs et significatifs, constitués en un tout cohérent et s’inscrivant dans les catégories d’arXiv ».

En décidant cette limite drastique du nombre de soumissions par auteur, arXiv semble avoir trouvé le bon moyen de limiter la submersion. En effet, il n’est pas simple de créer un compte sur la plateforme et un auteur qui aurait envie de soumettre plus d’articles ne peut pas éviter la restriction via un nouveau compte. Ainsi, libre à chacun de choisir les deux articles maximum qu’il veut mettre en ligne sur arXiv pendant un mois, ce qui est déjà une limite très importante comparée au taux moyen de publication des chercheurs dans des revues scientifiques.

L’Allemagne se lance concrètement pour sauver les données climatiques menacées par Trump

Retten wir die Daten
L’Allemagne se lance concrètement pour sauver les données climatiques menacées par Trump

L’Allemagne se lance dans la résilience des données scientifiques sur le climat en finançant plusieurs projets et en mettant à disposition son data center créé en 2022 pour abriter les données allemandes sur le sujet. Reste que les financements ne sont pour l’instant pas pérennes et devront être renouvelés après 2027.

Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, les données sur le climat stockées par les États-Unis sont menacées. Les chercheuses et chercheurs allemands mettent maintenant en place des infrastructures pour les protéger.

Dès janvier 2025, des chercheurs et militants états-uniens ont essayé de prémunir les informations et données des agences de leur suppression. Mais l’attaque de l’administration Trump contre les données scientifiques est massive. 375 jeux de données ont déjà été touchés, selon le relevé du projet dataindex.us. Politico vient de son côté de révéler que des associations conservatrices traquent les chercheurs américains sur le climat en faisant nombre de demandes d’accès à des documents administratifs.

En Europe, une certaine volonté de les aider est affichée. L’année dernière, le directeur général délégué à la science du CNRS, Alain Schuhl affirmait que les bases de données sont « l’urgence absolue ». Mais, depuis, la plus importante structure scientifique française a encore vu son budget baisser avec le constat d’ « un net désengagement de l’État ». Et aucun projet de financement français ne semble émerger alors que la direction du CNRS s’est lancée dans une réorganisation du monde de la recherche.

Concrétisation en Allemagne

C’est d’outre-Rhin que des initiatives plus concrètes semblent arriver. Ainsi, comme l’explique le magazine de l’École de l’environnement de Yale, plusieurs racks qui vont être ajoutés dans le German Climate Computing Center (DKRZ) pour accueillir les données jusque-là stockées par les laboratoires américains. Les capacités de stockage du DKRZ, actuellement de 254 pétaoctets, se voient augmenter de 5 pétaoctets qui doivent être alloués à la sauvegarde des données venant des projets américains.

La Fondation allemande pour la recherche (DFG) a obtenu de son gouvernement des financements visant à sécuriser les référentiels de données menacés et à promouvoir la résilience des données. En tout, l’Allemagne prévoit de financer 10 projets autour de cette « résiliences des données ».

Le projet SEND Earth Data va, par exemple, identifier les jeux de données et les services à risque et mettre en place des systèmes de redondance « là où cela s’avère nécessaire et en élaborant des stratégies durables pour leur conservation et leur accessibilité à long terme ». L’idée n’est pas seulement de faire des backups mais d’instaurer des standards pour l’acquisition des données, s’assurer de leur qualité, de leur enrichissement par des métadonnées et de leur conservation à long terme.

Certains chercheurs allemands ont déjà identifié des besoins. Ainsi, un autre projet, nommé CMIP7-ark, a prévu de mettre en place sur le DKRZ ce qu’ils appellent une « zone de réplication d’urgence » pour « dupliquer les flux de données américains hautement prioritaires dès leur publication » concernant le CMIP7, un projet international de comparaison des modèles climatiques.

« Bien que les données soient diffusées par l’intermédiaire de l’Earth System Grid Federation (ESGF), les faiblesses structurelles et les coupes budgétaires prévues au sein des agences scientifiques américaines (NASA, NOAA, NCAR, DOE) menacent la stabilité opérationnelle de leurs nœuds de données locaux », expliquent-ils. « Toute interruption de l’accès créerait un « vide de données » critique, entravant gravement les capacités de recherche allemandes en matière de détection de signaux climatiques à haute résolution et de modélisation comparative du système terrestre ».

Des projets de résilience des données au-delà du climat

Les projets de « résilience des données » ne s’arrêtent pas au climat. Ainsi, le biologiste Lorenz Christian Reimer a convaincu la DFG de financer l’intégration des données de transcriptions de gènes du projet RegulonDB, créé en 1998 et financé jusqu’à récemment par le NIH américain, dans l’outil DSMZ Digital Diversity géré par son équipe.

La DFG finance aussi un projet qui veut « répondre au besoin urgent de créer une plateforme européenne dédiée au dépôt des données biomoléculaires de résonance magnétique nucléaire (RMN), actuellement stockées, annotées et gérées par le BMRB aux États-Unis ».

Mais un financement non pérenne

L’Allemagne semble donc avoir mis les mains dans le cambouis de la « résilience » des données de la science, jusque-là très souvent stockées par les diverses agences états-uniennes. Si on peut saluer l’effort, notons quand même que la DFG souligne dans ses « guidelines » [PDF] que « cette initiative de financement est limitée aux années 2026 et 2027 » et que les « projets peuvent bénéficier d’un financement jusqu’au 31 décembre 2027 au plus tard ; cette date marque également la fin de la durée du projet ».

Ce financement « par projet », qui s’est généralisé depuis des années dans la recherche européenne et qui limite sa portée à quelques années, est en contradiction avec la résilience des données qui demande que l’engagement de financement s’étale sur le long terme. Les chercheurs qui les portent vont devoir espérer que d’autres institutions, allemandes ou européennes, acceptent de reprendre le flambeau.

Plus de 200 prépublications en 2026 : un chercheur utilisant l’IA désespère ses collègues

Slop or perish?
Plus de 200 prépublications en 2026 : un chercheur utilisant l’IA désespère ses collègues

Depuis le début de l’année, un statisticien de l’université de Chicago, Nicholas Polson, a mis en ligne plus de 200 prépublications. Assumant d’utiliser l’IA générative pour augmenter sa productivité, il soulève l’indignation de ses consœurs et confrères.

La course à la publication coûte que coûte dans le milieu de la recherche s’intensifie encore avec l’utilisation généralisée de l’IA générative. Pour nombre de chercheuses et chercheurs, le travail consiste à mettre en ligne quelques articles issus de leurs travaux de recherche par an au maximum. Mais on peut voir sur le profil Google Scholar de Nicholas Polson, statisticien bayésien de l’école de commerce Booth de l’université de Chicago, que celui-ci en a signé plus de 200 depuis le début de l’année, comme le soulignait sur X déjà mi-aout Auyon Siddiq, chercheur à l’université de Californie (UCLA), .

La plupart des articles listés sur son profil ont été mis en ligne sur la plateforme de prépublications scientifiques SSRN. Cette plateforme a été lancée en 1994, quelques années après la pionnière du genre, arXiv, et a été rachetée en 2016 par Elsevier.

258 working papers en 8 mois

« D’après mes calculs, basés sur sa page SSRN, Nicholas Polson a déjà rédigé 258 working papers rien qu’en 2026. Il a déjà rédigé (ou du moins publié sur SSRN) six articles aujourd’hui, le 26 août 2026. Au cours du mois d’août 2026, il a rédigé et publié sur SSRN un total de 104 documents – et ce n’est pas fini, puisque le mois n’est pas encore tout à fait terminé », expliquait l’économiste de l’université de Central Arkansas, Jeremy Horpedahl, dans un billet de blog.

« Il s’agit probablement, à des degrés divers, de slops générés par IA, mais contrairement à beaucoup de ce genre de contenu, celui-ci recèle sans doute une réelle valeur. Ce que je n’ai pas encore pu vérifier, c’est si une partie de ce contenu a fait l’objet d’une vérification, d’une analyse ou d’une sélection rigoureuse de la part de l’auteur », ajoutait Michael Makowsky, économiste à l’université de Clemson.

Interrogé par le Washington Post, Nicholas Polson assume utiliser l’IA générative pour plus de productivité : « il est évident que l’IA rend un chercheur productif encore plus productif ». Il ajoute qu’ « une grande partie du travail fastidieux est grandement simplifiée ». Et il a, selon nos confrères, laissé entendre que ces plaintes étaient motivées par « la jalousie et l’envie de s’approprier ma méthode. Mais qui sait ? ».

Suppression des articles sur SSRN

Depuis que plusieurs de ses confrères ont pointé du doigt ce nombre prolifique, plus aucun article récent de Nicholas Polson n’est accessible sur SSRN. Par exemple, la page de l’article titré « Over-parameterization in Statistical Genomics » et listé sur son profil Google Scholar affiche maintenant : « Cet article est en cours d’évaluation ou a été retiré de SSRN à la demande de l’auteur, de SSRN ou du titulaire des droits ». Son profil sur la plateforme ne liste plus que des articles mis en ligne avant octobre 2018.

Plusieurs chercheurs ont souligné que les articles de Nicholas Polson ne faisaient pas mention d’utilisation de l’IA. Mais la plateforme souligne que « s’il est vrai que bon nombre de ces articles ne comportaient pas de mention relative à l’IA, ce n’est pas notre principale préoccupation. […] Le problème le plus important résidait dans l’activité inhabituelle en matière de soumission d’articles ». Elle indique que le statisticien s’était aventuré dans des champs dont il n’est pas spécialiste, bien que la plupart des articles y restaient.

« Ce n’est pas seulement une question de volume, mais aussi de diversité des thèmes abordés et de la manière dont ils se distinguent de ses œuvres précédentes », insiste Auyon Siddiq interrogé par nos confrères.

Le prix de la mémoire complique vraiment l’achat de matériel informatique dans les labos

L'IA genérative ralentit la recherche française
Le prix de la mémoire complique vraiment l’achat de matériel informatique dans les labos

La course à l’IA générative a créé une pénurie de mémoire RAM et de stockage SSD et leurs prix se sont envolés. Conséquence : en respectant le code des marchés publics, l’enseignement supérieur et la recherche français peinent à acheter de nouveaux matériels informatiques.

La croissance du nombre de data centers a entraîné une forte augmentation de la demande en mémoire et en stockage et mécaniquement une hausse des prix. Celle-ci a des effets importants sur la recherche française : Matinfo, le groupement d’achat de matériel informatique pour l’enseignement et la recherche (ESR), explique au personnel : « on en arrive à des situations de blocage ».

Ce groupement permet aux établissements français d’enseignement supérieur et de la recherche (universités mais aussi CNRS et autres institutions de recherche) de faire leurs achats de « matériel informatique, postes de travail, pilotage d’expérience ou serveurs » via un accord-cadre. Avec 250 établissements membres, en temps normal, celui-ci leur permet de bénéficier de tarifs « très avantageux » tout en respectant le code des marchés publics.

L’augmentation des prix de la mémoire crée un goulot d’étranglement

Le comité de suivi Matinfo a envoyé à ses membres un document rédigé le 18 septembre dernier, qu’a pu consulter Next, destiné à « toute personne faisant partie d’un établissement de l’enseignement supérieur et de la recherche français » qui explique les difficultés.


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☕️ arXiv annonce 17 millions de dollars de financement venant de fondations et de XTX Markets



En mars dernier, la plateforme de prépublication d’articles scientifiques arXiv avait annoncé devenir une « organisation indépendante à but non lucratif », avec son CEO et son propre budget. Elle vient d’officialiser un financement total de 17,2 millions de dollars par le secteur privé.

Le serveur pionnier de la prépublication scientifique créé en 1991 a voulu prendre son indépendance de l’université Cornell dont elle dépendait depuis 2001. Cette dernière avait pris sous son aile le projet quand son créateur, Paul Ginsparg, l’avait rejointe en quittant le laboratoire américain de Los Alamos au sein duquel il avait créé arXiv. Mais le projet, devenu structurant dans la recherche mondiale, commençait à peser lourd sur les finances de l’université, et avait besoin d’une infrastructure administrative et financière plus solide.

Le financement de 17,2 millions de dollars qu’arXiv vient d’annoncer, présenté comme « philantropique », est assuré par trois structures : la Fondation Simons, le Fonds de dotation de la famille Siegel et l’entreprise XTX Markets. Ce financement doit s’étaler sur 3 à 5 ans.

La Fondation Simons finançait déjà le projet et avait aussi aidé Cornell à collecter des fonds pour le lancement du projet en « organisation indépendante à but non lucratif », comme l’expliquait la revue Science. Elle est représentée dans le conseil d’administration d’arXiv par le journaliste scientifique Ivan Oransky (co-créateur de Retraction Watch). La deuxième structure est un fonds créé par l’informaticien David Siegel et co-créateur du hedge fund Two Sigma. XTX Markets, une entreprise de trading britannique créée par le mathématicien russe Alex Gerko, a de son côté récemment annoncé un bénéfice record de 1,7 milliard de livres sterling (environ 2 milliards d’euros).

La plateforme de prépublications scientifiques explique que ce financement doit permettre de soutenir :

  • « Le fonctionnement général et l’amélioration continue des services d’arXiv destinés à la communauté scientifique »,
  • « La poursuite du développement technique de la plateforme, notamment les travaux liés à la gestion des contenus générés par l’IA et aux autres défis émergents dans le domaine de la communication scientifique »,
  • « Le renforcement d’arXiv en tant qu’organisme indépendant à but non lucratif, notamment par des investissements dans la gouvernance et le fonctionnement organisationnel ».

☕️ Jacqueline Bloch : médaille d’or du CNRS pour ses travaux sur les polaritons



Jacqueline Bloch, directrice de recherche au Centre de nanosciences et de nanotechnologies, succède donc à Stéphane Mallat. En 2017, elle avait déjà obtenu la médaille d’argent du CNRS. « Elle est récompensée pour ses travaux pionniers consacrés aux polaritons, des particules hybrides résultant du couplage entre lumière et matière », explique le CNRS.

Ses travaux apportent la réponse à une question : « Qu’arrive-t-il lorsque la lumière et la matière interagissent fortement ? Cette interaction donne naissance, dans certaines structures semi-conductrices, à des polaritons, « quasi-particules hybrides » qui combinent à la fois des propriétés de la lumière et de la matière ».

« Ses travaux ouvrent par ailleurs des perspectives pour le développement de nouveaux types de lasers ou encore le traitement de l’information tout optique », ajoute le centre national pour la recherche scientifique. Le Journal du CNRS dresse le portrait de celle qu’il présente comme la « magicienne de la lumière ».

Elle y parle de ses recherches, qui « suscitent l’espoir de pouvoir par exemple traiter et transmettre l’information uniquement avec de la lumière (avec, à la clé, la possibilité de réduire fortement l’empreinte énergétique des technologies numériques, Ndlr). Nos recherches débouchent justement parfois sur des preuves de concept. Mais ce que j’aime surtout, conclut-elle dans l’un de ses lumineux sourires, c’est la recherche fondamentale ! Il y a encore tant à découvrir… ».

L’IA menace la pratique scientifique, déplorent des milliers de mathématiciens

OpenAI, le boloss des maths
L’IA menace la pratique scientifique, déplorent des milliers de mathématiciens

25 médailles Fields dénoncent les problèmes de parasitisme et de déprédation scientifique que pose la série de « résolutions » de problèmes mathématiques par OpenAI. Plus de la moitié des membres de la nouvelle association pour les mathématiques humaines refusent d’utiliser l’IA. D’autres veulent explorer ce que pourrait en être une « utilisation responsable » en mathématiques.

La série d’annonces faites par OpenAI ces derniers mois au sujet des problèmes mathématiques que ses modèles internes auraient résolus, sur fond d’accusations de « mauvaises pratiques scientifiques » au sujet de la résolution des solutions des équations de Navier-Stokes (l’un des sept défis mathématiques des problèmes du prix du millénaire), suscite la bronca d’un nombre croissant de mathématiciens.

Le bureau de la Société Mathématique de France (SMF) vient ainsi de publier une prise de position sur les dernières annonces d’OpenAI afin d’« attirer l’attention sur les questions éthiques qu’elle pose : pillage bibliographique, coût énergétique et écologique, rumeurs de chantage…, et sur la description des mathématiques comme d’un tableau pour chasseurs de primes ».

Elle constate ce qu’elle qualifie d’« absence totale de stratégie collective pour l’avenir », et estime que « nous avons encore fort à faire, collectivement, pour contrer la menace que les LLM (Large Language Models) font peser sur notre discipline ; notamment celle de l’entrée dans une logique de course effrénée et de déprédation, qui met en danger la culture mathématique collective et à terme le savoir humain ».

La résolution de problèmes n’est qu’un moyen, pas l’objectif premier

Cette prise de position fait écho à une déclaration cosignée par 25 lauréats de la médaille Fields (une des deux plus prestigieuses récompenses en mathématiques avec le prix Abel, équivalents d’un prix Nobel), dont les Français Artur Avila, Hugo Duminil-Copin, Pierre-Louis Lions, Cédric Villani et Wendelin Werner.

Intitulée « Un grave défaut d’alignement de l’IA en mathématiques » (« A Severe Misalignment of AI in Mathematics » en VO) et rendue publique ce 11 septembre, elle estime elle aussi que « la volonté des entreprises d’IA de résoudre des problèmes mathématiques comme critère de référence dans leurs benchmarks nuit à la science des mathématiques et à la communauté mathématique » :

« Les objectifs des entreprises d’IA et ceux de la communauté mathématique sont profondément divergents. Nous considérons que ces divergences s’inscrivent dans le cadre de problèmes d’alignement plus larges qui touchent d’autres professions scientifiques et créatives, ainsi que la société dans son ensemble. »

Ils reconnaissent que les capacités mathématiques des grands modèles de langage (LLM) « sont désormais capables de résoudre des problèmes majeurs encore en suspens dans de nombreux domaines des mathématiques », mais déplorent néanmoins, non pas une forme de concurrence déloyale, mais un véritable dévoiement de la méthode scientifique, et de son « objectif premier » :

« La résolution de problèmes n’est qu’un outil et un moyen d’atteindre l’objectif premier : la compréhension conceptuelle et la réflexion. Oublier cela dans le monde de l’IA risque de retourner cet outil contre cet objectif premier. En effet, la production en masse, à un rythme toujours plus rapide, d’énoncés de type « vrai/faux » pourrait détruire un terrain fertile au lieu d’insuffler la vie à de nouvelles idées. »

Ils déplorent que ces résolutions technosolutionnistes de problèmes scientifiques soient souvent annoncées à la hâte, « sans laisser le temps de rédiger un article en bonne et due forme, d’isoler les nouvelles méthodes et idées », ni de citer les travaux antérieurs pertinents d’autres chercheurs.

Outre les « graves questions d’attribution et de plagiat » que cela pose, ils soulignent également que, faute de permettre aux mathématiciens chargés de prompter ces IA de pouvoir les intégrer « dans le canon mathématique », ces idées générées par IA n’intégreront jamais « la chaîne de transmission humaine essentielle entre mathématiciens ».

« Nous assistons à une menace généralisée envers le travail intellectuel »


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OpenAI accusée de mauvaises pratiques scientifiques pour résoudre un problème de maths

Quick and dirty maths
OpenAI accusée de mauvaises pratiques scientifiques pour résoudre un problème de maths

OpenAI prétend avoir résolu un problème mathématique avec une de ses IA sans qu’on en soit sûr. Mais cette annonce arrive en parallèle de celle de deux mathématiciens, Tristan Buckmaster et Levent Alpöge, qui auraient pavé la voie à l’entreprise de Sam Altman à leurs corps défendants, soit par la rumeur sur leur façon d’attaquer le problème, soit sur l’utilisation de leurs données par l’entreprise.

Comme Next en parlait déjà cet été, l’IA générative bouscule la recherche en mathématiques, mais pas forcément dans le bon sens. Dans son effort d’utiliser les maths comme « benchmark » de ses modèles alors que l’entreprise prépare toujours son entrée en bourse, OpenAI défraye la chronique à propos de ces méthodes.

Ce mardi 8 septembre, Tristan Buckmaster, mathématicien de l’université de New York, a annoncé avec Levent Alpöge (qui travaille pour Anthropic, mais pas sur ce sujet) avoir trouvé une voie pour résoudre un important problème non résolu des mathématiques théoriques, appelé « Navier-Stokes ». Ils ont mis en ligne leurs travaux sur le serveur de l’université de New York via trois PDF (1,2 et 3), ainsi qu’un dépôt GitHub avec les fichiers de preuve en Lean non relus par les pairs.

Des équations introduites au XIXᵉ siècle dont on ignore si elles ont toujours des solutions uniques

Ce problème est celui de l’existence et de la régularité de solutions des équations de Navier-Stokes, équations utilisées très régulièrement en mécanique des fluides. Il fait partie de la liste des « problèmes du prix du Millénaire » établie par le Clay Mathematics Institute of Cambridge. Ce dernier a recensé les sept problèmes « les plus complexes auxquels les mathématiciens étaient confrontés au tournant du deuxième millénaire ». Les mathématiciens se demandent si ces équations, introduites au XIXᵉ siècle, ont des solutions uniques et régulières quelles que soient les variables utilisées.

Or, OpenAI a annoncé quelques heures après le partage d’un article décrivant une solution au problème Navier-Stokes, là aussi via un PDF sur son propre serveur et un dépôt GitHub avec les fichiers de preuve en Lean et non relus par les pairs non plus.

Attendons le consensus de la communauté

Pas de précipitations sur les conclusions à tirer de ces articles. Next n’a pas les compétences en mathématiques pour les analyser. La communauté de chercheuses et chercheurs sur le sujet pourra juger et nous indiquer ce qu’il en est. Et elle prendra certainement son temps : selon les règles [PDF] du prix du Millénaire, une solution proposée doit d’abord avoir été publiée dans une revue mathématique à comité de lecture de renommée mondiale et doit également avoir été largement acceptée par la communauté mathématique deux ans après cette publication.

De plus, la rédaction de l’article d’OpenAI ne semble pas faciliter les choses : Thomas Rey, mathématicien à l’Université Côte d’Azur et spécialiste du domaine, a partagé avec Next sa difficulté à comprendre l’article mis en ligne par OpenAI : « Je ne suis pas capable de lire les détails du papier. […] C’est ultra mal écrit ». Il évoque un autre mathématicien, le chercheur Kazakhe Mukhtarbai Otelbaev, qui avait déjà clamé en 2013 avoir résolu ce problème en rendant public un article de « 120 pages illisibles ». Un effort international de plusieurs mois pour comprendre l’article avait permis finalement de trouver une erreur.

Des suspicions sur la manière dont OpenAI en est arrivée là

Si le temps donnera son verdict, un autre problème apparait. En effet, l’annonce de Tristan Buckmaster est accompagnée d’un texte [PDF] dans lequel il dénonce la manière dont OpenAI s’est emparé de la solution élaborée avec Levent Alpöge.


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Maths, informatique et astronomie : le PDG du CNRS veut chambouler toute l’organisation

Le repli, meilleure défense ?
Maths, informatique et astronomie : le PDG du CNRS veut chambouler toute l’organisation

Le nouveau PDG du CNRS, Thierry Dauxois, a affiché clairement sa volonté de réduire le nombre d’instituts dépendant du CNRS. En l’état actuel, le projet fusionnerait physique et ingénierie, maths et informatique et renverrait l’astronomie et l’astrophysique avec la physique nucléaire et la physique des particules. La volonté affichée est de protéger l’organisme avant l’échéance électorale de 2027 alors que le RN est aux portes du pouvoir et que la Cour des comptes propose de sabrer les organismes de recherche au profit des universités.

À peine nommé à la tête du CNRS, Thierry Dauxois veut aller vite pour réorganiser l’organisme. Il avait dès son audition au Sénat affiché sa volonté de réduire le nombre d’instituts, ces organes au sein du CNRS qui structurent l’organisation des moyens de recherche en fonction des disciplines. Mais il s’était gardé, avant son entrée en fonction, d’annoncer les disciplines qui seraient touchées.

Son projet vise la réorganisation des instituts en charge de l’ingénierie, des mathématiques, de l’informatique, de l’astronomie et de l’astrophysique. Il doit en plus prendre en compte la volonté tardive du gouvernement de fusionner l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) avec le CNRS.

Une réorganisation des disciplines scientifiques amorcée par la direction du CNRS

Cet été, la direction du CNRS a mis en place les premières pierres de son programme de réorganisation. Pendant le courant des mois de juin et juillet, Thierry Dauxois a présenté à différents conseils de l’organisme (dont le conseil scientifique) sa « proposition d’évolution du périmètre des instituts » qui, de fait, réduit le nombre d’instituts au sein de l’organisme de 10 à 7.

Pour rappel, voici la liste des 10 instituts actuels du CNRS :

Cette restructuration doit encore être détaillée et discutée au sein de l’organisme, mais le PDG veut avancer vite : dans un courrier adressé fin aout aux directeurs d’unités du CNRS que nous avons pu consulter, comme nos consœurs et confrères de l’AEF, il veut une validation de son projet avant la fin de l’année.

Ces instituts du CNRS sont structurants dans l’organisation de la recherche au sein des disciplines au CNRS mais ils ont souvent une importance au-delà de l’organisme. Leur réorganisation a donc des conséquences concrètes importantes pour le milieu de la recherche français.


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L’Europe avance sur son autonomie spatiale, Donald Trump joue les trouble-fête

Espace politique
Téléphonie satellite : Orange et les grands opérateurs lorgnent les fréquences européennes

Le Sommet international sur l’espace va se dérouler cette semaine. Si la fusée allemande Spectrum a bien réussi son lancement ce week-end en Norvège, des tensions entre la France et l’Allemagne montrent qu’il n’est pas sûr que l’Europe veuille s’assurer une réelle autonomie spatiale. Donald Trump, lui, a interdit aux entreprises états-uniennes de participer au sommet, alors même que la régulation de l’espace doit y être évoquée.

Ce week-end, Isar Aerospace a réussi le lancement de sa fusée Spectrum depuis la base d’Andøya (Norvège), ainsi que le placement en orbite de cinq satellites. Mais le succès de Spectrum n’est pas forcément le symbole du futur de l’Europe spatiale qui doit être discuté lors du Sommet international sur l’espace organisé les 9 et 10 septembre prochains à Paris.

« Nous sommes entrés dans l’histoire », s’est enorgueillie l’entreprise allemande sur le réseau social d’Elon Musk. « Dès notre deuxième vol, nous sommes devenus la première entreprise spatiale commerciale européenne à mettre des satellites en orbite. La mission « Onward and Upward » a décollé avec succès et a déployé ses charges utiles en orbite. Un nouveau chapitre s’ouvre pour l’aérospatiale européenne ». C’est incontestablement un succès pour cette entreprise du « new space » allemand qui réussit donc l’exploit d’envoyer des satellites depuis le continent européen et ouvre une possibilité complémentaire à Ariane 6 face au géant états-unien SpaceX.

Pressions de Trump, défection allemande

Politiquement, c’est un peu plus compliqué que ça. Emmanuel Macron avait annoncé en juin dernier ce sommet international de l’Espace en exhortant l’Europe à mener une « reconquête à marche forcée » dans le domaine du spatial. Et il espérait pouvoir compter sur le soutien du chancelier allemand Friedrich Merz pour relancer le leadership du duo européen en y annonçant, main dans la main, la signature d’une déclaration commune des pays européens incluant des critères de préférence européenne pour le prochain budget spatial européen.

Mais le dirigeant allemand a fait savoir très tardivement qu’il ne coprésidera pas ce sommet. « À ce stade, le chancelier ne peut pas participer » en raison des « contraintes politiques », a affirmé l’Élysée à l’AFP ce week-end. Les ministres allemands de la Défense, Boris Pistorius, et de l’Espace, Dorothee Bär, devraient être cependant présents, mais l’absence du chancelier met un doute sur l’entente franco-allemande sur le sujet.

Cette défection fait suite à la pression que Donald Trump a exercée sur le bon déroulement du sommet. En effet, une semaine avant la tenue de l’événement, Politico a appris que la Maison Blanche a indiqué par téléphone à des entreprises de son pays comme SpaceX, Stoke Space, K2 Space et Astra, que leur participation à ce sommet pourrait être perçue comme un soutien tacite aux positions politiques de l’Union européenne. L’administration de Donald Trump reprocherait à la France de ne pas s’être concertée avec les États-Unis pour organiser ce sommet, ainsi que de « pratiques anticoncurrentielles ».

Ces pressions ont poussé SpaceX, Blue Origin, Stoke Space et Starcloud à annuler leurs venues même si le ministre Philippe Baptiste a réagi sur X en affirmant que « la porte est grande ouverte » aux scientifiques, entreprises et administrations états-uniennes. Ce week-end, parmi une flopée d’images générées par IA, Donald Trump a réaffirmé de façon brutale sa volonté d’imposer l’hégémonie de son pays dans l’espace :

Mais ces jeux d’influence pourraient aussi expliquer la défection du dirigeant allemand. Selon les Echos, l’Allemagne voudrait garder la porte grande ouverte au recours à SpaceX et à d’autres entreprises états-uniennes.

Régulation de la pollution lumineuse ?

Si le sommet est notamment un enjeu économico-politique pour l’Europe, il doit aussi être le lieu de discussion concernant la régulation de l’espace. Notamment, comme l’expliquent les chercheurs Fabien Malbet et Julien Milli, il pourrait être l’occasion de créer un cadre international contraignant pour limiter le nombre de satellites et leur impact, singulièrement concernant la pollution lumineuse. Mais la désertion des acteurs états-uniens risque de mettre du plomb dans l’aile à ces discussions.

Enfin, le sommet officiel doit faire face à l’organisation d’un contre-sommet organisé par la CGT ces mardi 8 et mercredi 9 septembre [PDF] où la dirigeante de l’organisation, Sophie Binet, interviendra ainsi que des scientifiques et divers représentants de partis de gauche français. Il y sera aussi question de la « profitabilité au détriment de la souveraineté » ou de la« compétitivité par la baisse des budgets de la recherche ».

☕️ France2030 : 18 millions d’euros pour relancer la recherche sur la fission nucléaire



L’État français a décidé de rebooster sa recherche dans le nucléaire de fission en lançant un nouveau programme de recherche sur le thème financé par le plan d’investissement public France 2030. Dans son communiqué de presse annonçant la création de ce programme, le CNRS l’ancre dans une « volonté d’accompagner la transition énergétique ».

Le programme est doté de 18 millions d’euros sur six ans et est piloté par le CNRS en collaboration avec le CEA.

Réacteur nucléaire
Réacteur centrale nucléaire. Nicolas HIPPERT, Unsplash

L’idée du programme semble de réactiver une recherche sur le nucléaire en perte de vitesse, avec la volonté de :

  • Produire de nouvelles connaissances fondamentales ;
  • Renforcer les infrastructures expérimentales indispensables à ces recherches ;
  • Former une nouvelle génération de scientifiques spécialisés dans l’énergie nucléaire.

La moitié des 18 millions d’euros partira directement dans le financement de personnels de recherche, notamment de contrats doctoraux et postdoctoraux (les postes de chercheurs titulaires étant très peu financés sur des programmes de recherche de ce genre en France).

L’autre moitié du financement servira aux équipements et infrastructures scientifiques « comme des accélérateurs de particules, des réacteurs expérimentaux ou des laboratoires de radiochimie ».

Concernant les objectifs de recherche, le programme se donne l’ambition de produire des données fondamentales sur les processus nucléaires mais aussi d’analyser le comportement du corium, « un mélange de matériaux formé lorsqu’un cœur de réacteur fond durant un accident ». Les chercheurs devront aussi aller à la découverte du devenir des noyaux radioactifs (pour comprendre comment gérer leur fin d’utilisation).

Enfin, le programme prévoit le développement de « nouveaux matériaux capables de résister durablement aux fortes irradiations auxquelles sont soumis les réacteurs nucléaires ».

Lancé avec succès, le télescope spatial Roman va étudier exoplanètes et énergie sombre

Roman, fais nous rêver !
Lancé avec succès, le télescope spatial Roman va étudier exoplanètes et énergie sombre

Le Nancy-Grace-Roman de la NASA a été lancé avec succès ce dimanche 30 aout. Il doit poursuivre la mission de Hubble aux côtés du télescope James Webb pour scruter l’espace afin de mieux comprendre l’énergie sombre et recenser et étudier des exoplanètes.

Un nouveau télescope spatial vient d’entrer dans l’espace : le Nancy-Grace-Roman. Lancé par la fusée Falcon Heavy de SpaceX du Kennedy Space Center, le télescope s’est correctement séparé de la fusée, comme on peut le voir sur le live que diffusait dimanche la NASA :

Il a été renommé Nancy Grace Roman en hommage à l’astrophysicienne qui a joué un rôle majeur dans la création de Hubble. L’année dernière encore, le départ de Makenzie Lystrup de la direction du Goddard Space Flight Center (parmi des milliers d’autres) soulevait des questions sur le lancement du télescope dont l’assemblage était géré par son centre.

Mais, après plusieurs années de retard, le projet qui s’appelait initialement WFIRST (pour Wide Field Infrared Survey Telescope) et devait décoller en 2020, va pouvoir enfin se positionner au deuxième point de Lagrange Soleil-Terre (L2, situé à 1,5 million de kilomètres) et rejoindre l’autre télescope spatial de la NASA, James Webb, et celui de l’ESA, Euclid dans une centaine de jours.

Un champ d’observation au moins 100 fois plus grand que celui d’Hubble

Le Nancy Grace Roman et Euclid ont le même objectif d’étudier l’énergie noire, mais ont des outils différents pour le réaliser. Euclid embarquait un imageur en lumière visible et un spectrocope-imageur infrarouge.

Le Nancy Grace Roman emmène de la même façon un spectroscope-imageur infrarouge. Couplé avec son miroir de 2,4 m de diamètre (équivalent à celui de Hubble), cet instrument permettra, « avec une résolution comparable, un champ d’observation au moins 100 fois plus grand que celui d’Hubble », explique le CNES. « En une seule prise de vue, il peut regarder des millions de galaxies, là où Hubble n’en voyait que quelques milliers », ajoute le centre de recherche français.

« Pour vous donner une idée, ce que Roman peut accomplir en un mois prendrait un siècle au télescope Hubble. En une seule journée d’observation de notre univers, Roman transmettra 1,4 To de données », a expliqué Nicola Fox, administratrice adjointe de la Direction des missions scientifiques de la NASA pendant une conférence de presse menée juste avant le lancement.

Un coronographe pour détecter des planètes inaccessibles

Mais Nancy Grace Roman embarque aussi un coronographe, un système « composé de masques, de prismes, de détecteurs et même de miroirs auto-flexibles, conçu pour bloquer l’éblouissement provoqué par les étoiles lointaines et obtenir une image directe des planètes en orbite autour d’elles », comme l’explique la NASA. Le laboratoire d’astrophysique de Marseille (en coopération avec le CNES) a d’ailleurs fourni certains miroirs utilisés par ce coronographe. Cet outil permet de détecter des planètes jusque-là inaccessibles aux télescopes.

De l’exploration de galaxies actives et de trous noirs à la découverte d’exoplanètes, en passant par l’observation de leur formation ou l’étude de l’énergie sombre, 118 programmes scientifiques ont été sélectionnés.

« Roman sera une véritable machine à découvertes qui nous permettra de nous rapprocher plus que jamais des réponses aux questions les plus profondes que se pose l’humanité sur notre histoire cosmique », affirme Nicky Fox, administratrice adjointe de la Direction des missions scientifiques au siège de la NASA à Washington. « Grâce à son large champ de vision et à sa grande vitesse de balayage, Roman nous fera entrer dans une nouvelle ère de découvertes et rendra visible l’invisible, jetant ainsi les bases de la quête de l’humanité pour trouver la vie au-delà de notre système solaire ».

☕️ Ariane 6 réussit son premier lancement géostationnaire



Ariane 6 a lancé avec succès le satellite MTG-I2, ce jeudi 27 août au soir depuis le port spatial européen de Guyane.

Partie à 17h11 heure locale, la fusée européenne entamait son premier lancement géostationnaire pour déployer le 2ème satellite imageur Meteosat Troisième Génération. Celui-ci doit notamment fournir des images « pour la détection précoce d’orages à développement rapide, les prévisions météorologiques et la surveillance climatique », explique le communiqué d’Arianespace. Son prédécesseur, MTG-I1, avait été lancé en 2022 par Ariane 5.

2026 ESA-CNES-ARIANESPACE-ArianeGroup\Optique Video de CSG–S. Martin, licence ESA Standard

Ariane 6, en configuration à 2 boosters (Ariane 62, donc), a correctement placé MTG-I2 en orbite de transfert géostationnaire (GTO) à 2 778 km d’altitude au-dessus de l’équateur après 36 minutes de vol. Après séparation, le satellite a pu poursuivre sans incident sa trajectoire vers son orbite géostationnaire (GEO) opérationnelle à 36 000 km.

« Avec sa première mission vers l’orbite géostationnaire, Ariane 6 poursuit la démonstration de sa polyvalence et de sa précision », affirme Christophe Bruneau, président exécutif d’ArianeGroup. « Ce nouveau succès illustre sa capacité à répondre aux exigences des programmes spatiaux européens les plus stratégiques. Après l’introduction de la version à 4 boosters, puis des boosters améliorés P160C cette année, c’est une nouvelle étape dans la montée en cadence d’Ariane 6, la plus rapide de l’histoire pour un lanceur lourd ».

SpaceX prévoit de créer une base de lancement gigantesque en Louisiane pour Starship

Toujours plus
SpaceX prévoit de créer une base de lancement gigantesque en Louisiane pour Starship

L’entreprise d’Elon Musk a promis d’investir 100 milliards de dollars dans une nouvelle base pour Starship située en Louisiane. Le gouverneur républicain de l’État s’en félicite mais l’entreprise doit encore obtenir certains permis pour lancer son projet qui inquiète des associations environnementales locales.

« Aujourd’hui est un moment décisif pour la Louisiane », s’est réjoui mardi 25 août, Jeff Landry, le gouverneur républicain du deuxième État le plus pauvre du pays. Il a annoncé dans un communiqué de presse que SpaceX s’était engagé à investir 100 milliards de dollars pour construire « sa plus grande base de lancement, située dans la paroisse de Vermilion, une base spatiale conçue pour accueillir des milliers de lancements par an et ouvrir la voie à des vols spatiaux d’une ampleur sans précédent ». Le projet n’a, pour l’instant, pas encore obtenu toutes les autorisations.

L’annonce a été faite en présence de la présidente et COO de SpaceX, Gwynne Shotwell. Celle-ci a affirmé que le projet doit devenir « un port spatial autonome, doté de ses propres installations de production de propergol, de production d’électricité, de capacités de transport maritime en eaux profondes, d’installations de traitement des véhicules et, probablement, d’un aéroport ».

Une base de 50,6 mille hectares proche du golfe du Mexique

Elon Musk a, quant à lui, promis qu’il accueillerait « à terme plus d’une douzaine de tours de lancement, ce qui permettra d’effectuer plus de 30 vols Starship par jour et en fera le plus grand site de lancement de la planète ! ». Reste à savoir si cette affirmation se concrétisera, ou si elle viendra s’ajouter au stock de promesses non tenues par le milliardaire.

En tout cas, la création d’une base plus importante est nécessaire à SpaceX pour tenir la cadence de lancement qu’elle veut atteindre. En effet, sa base située au Texas et celle en construction en Floride n’ont pas les capacités de terrain pour accueillir le nombre de rampes de lancement nécessaires.

Le site visé par SpaceX en Louisiane se situe proche du golfe du Mexique, à La Pacanière, et doit s’étendre sur 50,6 mille hectares. L’entreprise espère pouvoir commencer la construction l’année prochaine et y lancer ses premières fusées dès 2029, selon le Financial Times. Son emplacement a un autre avantage, fait remarquer ArsTechnica : orienté vers le sud, il donne à SpaceX un potentiel accès vers les orbites polaires.

C’est un ancien site d’ExxonMobil. Dans son communiqué, Jeff Landry s’est félicité que celui-ci reprenne « sa vocation commerciale ». ArsTechnica souligne qu’il a récemment été débloqué dans le cadre d’un accord à l’amiable « mettant fin à des dizaines de poursuites judiciaires qui reprochaient à ExxonMobil d’être responsable de la pollution et de la perte de terres côtières ».

Une modification des règles pour éviter les exigences de treize lois sur l’environnement

Et le sujet de la pollution du nouveau projet suscite aussi des inquiétudes. La Louisiana Wildlife Federation, la National Wildlife Federation et la Pontchartrain Conservancy tirent le signal d’alarme : les barrières légales pourraient être abaissées pour laisser passer le projet. Jeff Landry a déjà assuré à Fox 8 que le projet obtiendrait certaines autorisations dans les mois qui viennent. Et la Federal Aviation Administration (l’agence fédérale chargée des réglementations sur les vols et lancements sur le sol états-unien) a publié une proposition de modification de ses règles, explique le Louisiana Illuminator.

Selon le commentaire des trois associations, ce texte « autoriserait l’agence à déroger à certaines exigences prévues par treize lois fédérales relatives à l’environnement et aux ressources naturelles lorsqu’elle statue sur les licences, les autorisations et les agréments de site concernant les lancements et les retours atmosphériques spatiaux à des fins commerciales ».

Elles y assurent ne pas s’opposer au secteur spatial commercial, mais elles ajoutent : « Notre préoccupation est précise et ciblée : le projet de règlement supprimerait, au stade de l’octroi des autorisations, les exigences en matière d’évaluation environnementale qui garantissent que les lancements et le développement des ports spatiaux tiennent compte de leurs effets sur la faune, les habitats, les ressources en eau et les ressources côtières ».

De son côté, Jeff Landry a répondu à CBS News ne pas être « préoccupé par l’impact environnemental » du projet et s’intéresser plutôt au « manque de perspectives économiques sur le littoral » de son État. Dans son communiqué, il indique que SpaceX promet d’y créer 3 000 emplois directs dans les dix prochaines années.

Des chercheurs listent les centaines de jeux de données menacés par l’administration Trump

Sans collecte, pas de problème de fuite
Des chercheurs listent les centaines de jeux de données menacés par l’administration Trump

375 jeux de données ont été touchés par les décisions de l’administration Trump depuis son retour. La collecte de certains a été arrêtée, d’autres ont été altérés ou même tout simplement supprimés. Des chercheurs essayent de recenser les jeux de données concernés.

Un an et demi après le retour de Donald Trump au pouvoir aux États-Unis, l’altération, la suppression de données ou l’arrêt de leur collecte par son administration n’est plus seulement une menace, mais bien une réalité.

Dès sa nouvelle prise de fonction, les chercheuses et chercheurs du pays lançaient l’alarme à propos des données sur le climat mais aussi à propos de sites web d’information dédiés à la contraception et à l’avortement. Il est, de fait, difficile de suivre toutes les décisions de l’administration de Donald Trump. Ainsi, Next vous annonçait en juin dernier qu’elle avait décidé de démanteler le réseau de recueil de données climatiques dans l’océan le plus avancé au monde. Mais 10 jours après, elle revenait en arrière.

Des données invisibles… jusqu’à ce que nous en ayons besoin

Des chercheuses, chercheurs et ingénieurs ont lancé le projet dataindex.us qui répertorie toutes ces modifications depuis le début de l’année 2025. Menés par Denice Ross, ancienne responsable des data scientifiques à la Maison-Blanche sous Joe Biden, ils essayent de donner le plus d’informations possible sur ce qui est arrivé aux données.

« Comme ces données sont pour la plupart invisibles, leur disparition passe également inaperçue — jusqu’à ce que nous en ayons besoin et qu’elles ne soient plus là », expliquent l’ingénieur Chris Dick et Denice Ross, qui est aussi responsable de l’ONG Federation of American Scientists.

À la question « Quelle quantité de données l’administration actuelle a-t-elle supprimée ? », ils expliquent avoir du mal à répondre : « cela dépend de ce que l’on considère comme des « données » ET de ce que l’on considère comme une suppression ».

Et, en effet, cette petite équipe d’une dizaine de personnes a, jusqu’à maintenant, recensé 375 jeux de données touchés par les décisions de l’administration de Donald Trump. Sur ces 375 jeux de données, 38 ont été purement et simplement arrêtés. Mais, pour le reste, les agences, sur lesquelles Donald Trump a mis énormément de pression depuis le début de son mandat, ont « seulement » supprimé certains éléments des bases de données.

On pourrait penser que ce n’est pas très grave puisque les bases sont toujours actives, mais cela veut dire que certaines des données, souvent précieuses pour l’analyse d’un phénomène, ne sont plus collectées. Très souvent, le dataindex indique : « les éléments relatifs à l’identité de genre ont été supprimés ».

Tous les champs sont touchés, mais l’éducation et la santé particulièrement

Lorsqu’on navigue dans cette base de données, on peut se rendre compte que tous les champs sont touchés, de l’énergie à la justice en passant par l’agriculture ou même les vétérans. Mais l’éducation et la santé restent les sujets sur lesquels l’administration Trump a arrêté le plus de projets : respectivement 10 et 4 jeux de données ne sont plus maintenus par l’administration fédérale états-unienne.

Ainsi, par exemple, les États-Unis ont décidé de ne plus participer à l’enquête du Programme international de recherche en lecture scolaire qui évalue l’apprentissage de la lecture dans laquelle ils figuraient depuis ses débuts en 2001.

Du côté de la santé, c’est le système de suivi et d’évaluation des risques liés à la grossesse que l’administration Trump a abandonné. « La collecte de données se poursuit dans la mesure où les États la financent, mais la pondération normalisée et la publication au niveau national ont cessé », précise le dataindex.

« Notre pays se trouve actuellement dans une situation très vulnérable », déplore Denice Ross au Guardian. « Nous sommes confrontés à un avenir où nous ne disposerons pas des informations nécessaires pour prendre les décisions qui permettront de sauver des vies et de servir les intérêts des communautés américaines ».

La FCC a approuvé le premier satellite d’une constellation pour éclairer sur Terre la nuit

Pollution lumineuse as a Service
La FCC a approuvé le premier satellite d’une constellation pour éclairer sur Terre la nuit

L’agence de régulation américaine a autorisé la startup Reflect Orbital à lancer son premier satellite. L’entreprise projette de lancer des milliers de satellites capables d’éclairer des parcelles de Terre pour rendre possibles la nuit des activités qui sont normalement diurnes. Des associations et l’European Southern Observatory alertent sur la pollution lumineuse que ce projet engendrera.

Cet été, la Federal Communications Commission, l’agence américaine qui régule les telecommunications, a autorisé Reflect Orbital à « construire, lancer et exploiter » un satellite miroir en orbite terrestre basse.

Reflect Orbital est une startup créée par deux Américains, Ben Nowack (CEO) et Tristan Semmelhack, en 2021 pour mettre en place ce projet. Elle n’a donc pour l’instant pas grand-chose à mettre à son actif mais elle a le soutien financier de plusieurs entreprises de capital risque connues dans la Silicon Valley comme Sequoia, lui permettant des levées de 6,5 puis 20 millions de dollars en 2024 et 2025.

Le projet d’éclairer des parcelles de Terre pendant la nuit

Quel est le projet de Reflect Orbital ? Ce satellite doit être le premier d’une constellation qui prévoir d’en réunir 50 000 à horizon 2035 pour éclairer, la nuit, des parcelles de terre en réfléchissant la lumière du soleil. Ce genre de projets n’est pas inédit. Ainsi, dans les années 90, les Russes ont lancé le projet Znamia, prévu notamment pour éclairer des villes de l’Arctique russe l’hiver, saison pendant laquelle le Soleil ne les éclaire jamais.


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[Édito] Classement de Shanghai des universités : poudre aux yeux et pseudo-science

Quel est le comble pour une université ?
[Édito] Classement de Shanghai des universités : poudre aux yeux et pseudo-science

Depuis 20 ans, le 15 aout signifie, dans le milieu universitaire, l’élévation (et la dégringolade aussi parfois) de certaines universités dans le fameux classement de Shanghai. Tous les ans, nous voyons fleurir les communiqués satisfaits du rang des universités françaises. Pourtant, ce classement, commandé par le Parti communiste chinois pour établir sa propre politique scientifique, ne signifie pas grand-chose sur la qualité de l’enseignement supérieur et la recherche en France. La Chine, elle-même, n’en tient plus vraiment compte.

Cet article a été publié en août 2024. Il est toujours d’actualité alors que le classement de Shanghai fait, comme tous les ans, l’objet de communiqués des universités françaises qui y sont classées.


Article publié originellement le 26 août 2024 :

Le 15 aout 2024, comme depuis plus de 20 ans, les résultats du classement de Shanghai 2024 étaient publiés, provoquant une ribambelle de communiqués des universités françaises, satisfaites de leur rang, comme l’Université de Paris-Saclay qui y apparait en douzième position. Les responsables politiques étaient aussi de la partie avec, en tête, Emmanuel Macron et Sylvie Retailleau, ministre démissionnaire de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (ESR).

Alors que l’université est actuellement victime d’une cyberattaque, le président de la République a même twitté « Paris-Saclay est magique ! », ajoutant après un résumé du classement des universités françaises, « c’est la confirmation du succès des nouveaux modèles d’universités françaises et de l’impact des financements de la loi de programmation de la recherche et de France 2030 qui contribuent à transformer les établissements, à enrichir leur offre de formation et à définir leur signature scientifique. C’est la France ! Nous pouvons être fiers ».

Mais ce classement était-il pertinent pour mesurer l’évolution de la qualité de l’enseignement supérieur français ou sa recherche ? On remarquera au passage qu’un flou est entretenu sur ce point : est-ce un indicateur d’un bon enseignement supérieur, d’une bonne qualité de la recherche effectuée dans ces universités, ou des deux ?


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Espace : la longue marche vers le réutilisable

Et le biodégradable, c'est pour quand ?
Espace : la longue marche vers le réutilisable

Cet été, Américains, Européens, Chinois et Russes continuent leur longue marche vers le spatial réutilisable, chacun à son rythme.

Alors que SpaceX a fait des avancées importantes vers le tout réutilisable mais rencontre des difficultés, la Chine a réussi pour la première fois, cet été, l’atterrissage d’une fusée au lanceur réutilisable. Du côté européen, le démonstrateur de lanceur réutilisable Themis avance doucement avec la réussite de sa répétition générale avant lancement. Enfin, les Russes annoncent avoir finalisé les plans de leur lanceur au premier étage réutilisable tout en repoussant son premier lancement à 2031.

Rappelons d’abord que les Américains (notamment SpaceX mais aussi Blue Origin) restent largement en avance sur le reste du monde concernant les fusées réutilisables et notamment leur premier étage.

Un bouclier de StarShip trop long à vérifier ?

Cet été, SpaceX a beaucoup avancé sur son projet Starship avec le treizième essai de son lanceur spatial superlourd, le 24 juillet dernier. Celui-ci a réussi à envoyer correctement les 20 satellites Starlink de troisième génération mais, lors de son retour, le booster n’a pu rallumer que 10 de ses 13 moteurs et il est arrivé trop vite dans l’eau du Golfe du Mexique. SpaceX a reconnu le problème en utilisant l’euphémisme d’un « amerrissage brutal dans le golfe ».

Suite à cet essai, certains mettent en doute la conception du bouclier thermique du deuxième étage de Starship qui n’a pourtant eu aucun problème d’amerrissage. Celle-ci ne serait pas, en soi, problématique pour la rentrée atmosphérique du lanceur. Mais « le système de protection thermique actuel de Starship est une impasse pour toutes les missions qui exigent une réutilisabilité totale et rapide », estime Dan Rasky, un ancien ingénieur de la NASA interrogé par ArsTechnica.

Ce système serait confronté au même problème que celui qu’avait rencontré la NASA lors de sa navette spatiale il y a 50 ans : l’inspection après chaque vol des tuiles utilisées prend un temps important qui rend la réutilisation plus lente qu’espéré.

Une première en Chine

En parallèle de cet essai, les autres nations avancent à leur rythme. La Chine a récupéré pour la première fois un lanceur réutilisable le 10 juillet dernier, expliquait l’AFP. La fusée Longue Marche-10B a placé un satellite en orbite après avoir décollé de l’île de Hainan. « Cette mission marque la première récupération contrôlée réussie du premier étage d’un lanceur par la Chine, ainsi que la première mondiale d’une récupération en mer par filet », a affirmé l’Agence spatiale nationale chinoise (CNSA).

Contrairement à SpaceX, CNSA n’utilise pas, en effet, de pieds d’atterrissage mais des crochets fixés sur le lanceur qui s’accroche à un filet de récupération, ce qui permet de ne pas ajouter trop de poids. Le spatial chinois a pour autant du mal à démontrer une fiabilité importante. Ainsi, le 11 aout dernier, la fusée Longue Marche 7A a explosé peu après son décollage.

Themis sur la voie

Côté européen, c’est Themis qui donne de ses nouvelles. Ce 23 juillet 2026, le démonstrateur a effectué une répétition de la chronologie de vol au centre spatial d’Esrange, en Suède, annonce SSC Space. « L’objectif de cet essai était de simuler les opérations de lancement dans des conditions cryogéniques, notamment la préparation avant vol du démonstrateur et de sa rampe de lancement, ainsi que la passivation du système qui sera effectuée après la récupération post-vol », explique la société suédoise de services spatiaux partenaire d’ArianeGroup sur ce projet.

Tout semble s’être bien passé dans cette nouvelle étape, et les deux entreprises indiquent que « chaque étape franchie marque un nouveau progrès vers la mise en place de technologies de lancement réutilisables en Europe ». Mais cette marche vers le réutilisable européen semble longue. En juillet 2025, le CNES prévoyait les premiers vols verticaux à basse altitude, depuis la base de Kiruna en Suède pour cette même année.

Les Russes encore plus en retard

Enfin, côté russe, le pouvoir annonce que son agence a achevé le design du lanceur Amour-SPG doté d’un premier étage réutilisable. « Nous prévoyons le premier lancement de l’Amour-SPG en 2031. La conception du projet est entièrement achevée ; les travaux se concentrent désormais exclusivement sur le matériel », a déclaré Leonid Mikhailenko (directeur général par intérim du Centre spatial « Progress ») dans une vidéo publiée mardi sur la chaîne Max de Vyacheslav Fedorishchev, gouverneur de la région de Samara, explique l’agence de presse étatique Interfax.

Selon cette agence, Dmitry Bakanov, le directeur de l’agence spatiale russe Roscosmos, avait annoncé en avril qu’un prototype du premier étage réutilisable de la fusée devrait être présenté d’ici 18 à 24 mois. Avec cette date de 2031, la Russie prévoit donc aussi un retard de son projet dont le premier décollage était prévu, en 2023, pour une date comprise entre 2028 et 2030.

Evo 2 : le ChatGPT de l’ADN a « un potentiel énorme » pour François Rousset (CNRS)

Escherichia Connor ?
Evo 2 : le ChatGPT de l’ADN a « un potentiel énorme » pour François Rousset (CNRS)

Des chercheurs de Stanford ont créé un modèle de langage génomique puis l’ont utilisé pour générer le génome de 16 bactériophages viables, des virus de bactéries, proches du bactériophage naturel ΦX174 qui attaque la bactérie Escherichia coli. Une révolution pour son domaine, nous explique François Rousset, chercheur CNRS au Centre International de Recherche en Infectiologie.

À Stanford, une équipe de bioengineering travaille depuis quelque temps sur des modèles de langage très particuliers capables de générer des génomes. La semaine dernière, ils ont annoncé avoir pu générer des génomes de bactériophages (des virus de bactéries, sans danger pour l’humain) viables qui n’existent pas dans la nature.

Samuel H. King et ses collègues ont publié jeudi 6 aout un article dans la revue Science qui explique leur méthode. En novembre 2024, ils annonçaient avoir créé un premier modèle de langage génomique baptisé Evo et en mars dernier la deuxième version de ce modèle, Evo 2.

Celui-ci est « un genre de ChatGPT de l’ADN », nous indique François Rousset, chercheur CNRS au Centre International de Recherche en Infectiologie, « De la même façon qu’un modèle de langage comme ChatGPT peut générer du texte en ayant appris des énormes corpus de textes, ce modèle peut faire quelque chose de similaire sur des séquences d’ADN en apprenant quelles sont les contraintes sur les séquences de bases nucléotidiques A,T,G et C. Le modèle va apprendre la base suivante un peu comme ChatGPT va apprendre à prédire le mot suivant ».

Une période « assez révolutionnaire »


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Éclipse solaire du 12 août : tout ce qu’il faut savoir, surtout pour les yeux

Plein les mirettes, sans les lésions
Éclipse solaire du 12 août : tout ce qu’il faut savoir, surtout pour les yeux

Dans deux jours aura lieu une éclipse totale du Soleil. Si elle ne sera pas totalement visible en France, son taux d’occultation sera élevé, surtout dans le sud-ouest, avec un maximum vers 20h30. Et avec ce genre d’évènement, mieux vaut rappeler quelques consignes pour ne pas finir en urgence chez l’ophtalmologue.

Le mercredi 12 août 2026 aura lieu une éclipse solaire totale, provoquée – vous le savez depuis longtemps – par l’interposition de la Lune entre la Terre et le Soleil.

La bande de totalité – la zone dans laquelle l’éclipse sera totale – traversera l’océan Arctique, le Groenland, l’Islande et l’Atlantique Nord et finira par atteindre les zones qui nous intéressent : le nord du Portugal, le nord de l’Espagne et les îles Baléares, où la totalité durera jusqu’à environ 1 min 48 s selon la localisation exacte sur la trajectoire.

Et la France ? Elle se situe en dehors de cette bande et n’observera donc qu’une éclipse partielle, mais avec un taux d’occultation très élevé, d’un minimum de 80 %. Voici quelques exemples :

  • Biarritz : 99,5 %
  • Pau : 99 %
  • Toulouse : 97,8 %
  • Bordeaux : 97,5 %
  • Brest : 96 %
  • Paris : 92 %
  • Saint-Pierre-et-Miquelon : environ 45 %

Sans surprise, le sud-ouest est la région où l’occultation sera la plus importante, étant la zone la plus proche du nord de l’Espagne. Mais il n’y aura pas de mystère : pour un vrai contact avec la couronne solaire, il faudra passer la frontière. Les Asturies, la Cantabrie, la Galice ou les Baléares sont les zones d’occultation totale les plus accessibles depuis le territoire français.

Le phénomène se produira en fin de journée pour la France métropolitaine. Il débutera à 19h30 pour atteindre son maximum vers 20h26. Le soleil étant bas sur l’horizon et l’éclipse non totale, une ambiance « coucher de soleil » se mettra doucement en place. Au vu de l’heure, mieux vaut bénéficier d’un horizon ouest bien dégagé. À Saint-Pierre-et-Miquelon, l’évènement se produira entre le début et le milieu d’après-midi.

Notez que même avec des scores très élevés, l’ombre n’est vraiment maximale qu’à 100 %. Il suffit que le taux d’occultation soit de « seulement » 99 % pour que l’ombre ne soit plus qu’une pénombre. De nombreux sites permettent de suivre l’éclipse. C’est notamment le cas de l’observatoire de Paris avec Éclipseop.

Attention les yeux !

En France métropolitaine, puisque la totalité n’est atteinte nulle part, il ne faut jamais observer l’éclipse à l’œil nu. Le risque de lésion grave et irréversible est réel et ce type d’évènement est systématiquement suivi d’une hausse de fréquentation chez les ophtalmologues. La rétinopathie solaire (brûlure de la rétine par le soleil) s’installe sans douleur et les symptômes n’apparaissent que plusieurs heures après : baisse de l’acuité visuelle, déformation des lignes et apparition d’une tâche sombre centrale.

Seule solution : des lunettes de protection adaptées, qui bloquent 99,9 % de la lumière visible ainsi que la totalité des ultraviolets et infrarouges. Selon la Société astronomique de France (SAF), il faut être particulièrement vigilant lors de l’achat de ces lunettes. Elles doivent être conformes à la norme ISO 12312 - 2 de 2015, donc pleinement adaptées à l’observation directe du soleil sans grossissement. Ces lunettes doivent aussi porter au verso des instructions en français, ainsi que la date de fabrication, le lot, l’origine, le fabricant et le distributeur en France.

Un point de vigilance tout particulier : les micro-rayures et micro-perforations. Il faut bien vérifier leur absence avant chaque utilisation, sous peine de se blesser les yeux. Vous avez peut-être vu passer sur certains réseaux (Instagram en particulier) des vidéos d’ophtalmologues mettant en garde sur ce point. La recommandation est de ne pas ouvrir le sachet plastique ou la boite contenant les lunettes avant le moment d’observation, pour ne prendre aucun risque. Pour les mêmes raisons, toujours selon la SAF, « les lunettes utilisées lors de l’éclipse de 1999 ne doivent plus être employées aujourd’hui ».

Les règles de sécurité ne valent pas que pour le grand public. Toute personne souhaitant observer de plus près la couronne solaire avec un appareil quelconque doit faire attention : ne jamais utiliser de jumelles ou autre équipement grossissant sans filtre adapté. Les filtres oculaires placés derrière une optique grossissante peuvent en effet se fissurer sous la concentration de chaleur. Pour la photographie avec un appareil à objectif interchangeable, un filtre de densité optique d’au moins 5 est nécessaire devant l’objectif.

Si l’on en croit le lunetier Krys, un quart des Français se disent prêts à observer l’éclipse à l’œil nu, moyenne qui grimpe à 34 % chez les 18 - 34 ans.

À quand les prochaines ?

Les éclipses totales en Europe sont rares. La dernière remonte au 11 aout 1999 et celle du 12 aout est la première à concerner l’Europe depuis.

Et ensuite ? Au risque de casser la statistique de rareté, la prochaine éclipse totale touchant l’Europe aura lieu le 2 aout 2027. La bande de totalité passera cette fois par le sud de l’Espagne, le Maroc et l’Égypte. L’occultation à Paris sera nettement plus modeste, environ 51 %. On notera que l’Espagne aura été généreusement servie deux années de suite.

Quant à la prochaine éclipse totale en France, il faudra attendre… le 3 septembre 2081. L’immense majorité ne sera donc plus là pour la voir, mais beaucoup se régaleront puisque la bande de totalité passera par Paris. Et en dehors de l’Europe ? La prochaine éclipse totale se produira le 22 juillet 2028 et concernera surtout l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Elle sera partielle en Nouvelle-Calédonie. Une autre aura lieu le 25 novembre 2030 et concernera surtout l’Afrique, l’océan Indien, l’Indonésie et l’Australie. Certains territoires ultramarins pourront en profiter partiellement, surtout la Réunion et Mayotte.

Des opérations promotionnelles chez des enseignes d’optique

Plusieurs entreprises françaises profitent de l’évènement pour proposer des lunettes de protection gratuites. Les conditions peuvent varier d’une enseigne à l’autre.

Chez Écouter Voir par exemple, 400 000 paires sont distribuées sur l’ensemble du territoire français. Elles sont à retirer gratuitement et sans obligation d’achat dans les boutiques de la chaîne, sous réserve bien sûr d’un stock disponible. L’offre est limitée à une paire par personne. L’opération étant lancée depuis mi-juin, il n’est pas certain que beaucoup de ces lunettes soient encore disponibles.

Chez Alain Afflelou, 452 magasins (sur les 1225 du réseau) participent à une opération similaire. En revanche, les conditions peuvent varier d’une boutique à l’autre. Certaines les donnent, d’autres les vendent pour un petit prix.

Chez Optic 2000, l’offre est conditionnée à l’achat d’un équipement optique complet pour enfant dans les boutiques physiques, ou à partir de 50 euros d’achat en ligne. Hors promotion, l’enseigne vend les lunettes de protection au prix de 3,90 euros l’unité ou 19 euros le lot de cinq.

Précisons que, de manière générale, ces lunettes ont un prix dépassant rarement quelques euros. Tant que la norme ISO 12312 - 2 est respectée, il n’est pas nécessaire de dépenser davantage. Enfin, comme signalé par Que Choisir, toutes les lunettes ne se valent pas : le contrôle des informations et la provenance sont primordiales.

OpenAI promeut son prochain modèle Astra avec la résolution de 10 problèmes de maths

IA pas de problème
OpenAI promeut son prochain modèle Astra avec la résolution de 10 problèmes de maths

OpenAI met en avant la résolution de 10 problèmes de mathématiques par son nouveau modèle, nom de code Astra, qui n’est pas encore disponible. L’usage de plus en plus commun de l’IA générative dans la recherche en mathématiques pose parfois des questions sur l’attribution de la paternité d’une découverte.

L’entreprise de Sam Altman a dévoilé récemment le nom utilisé en interne de son nouveau modèle : Astra. Selon OpenAI, celui-ci a livré la solution à 10 problèmes mathématiques.

C’est dans un billet de blog que l’entreprise présente ces résultats. Il est accompagné d’un PDF détaillant chaque résolution, mis en ligne sur les propres serveurs de l’entreprise, et non sur l’un des sites de preprint où les chercheurs partagent d’ordinaire leurs publications.

« Ces résultats ont été obtenus grâce à une version interne d’Astra, notre prochain modèle phare », affirme OpenAI, qui ne mentionne pas les noms des mathématiciens qui auraient supervisé ces recherches.

L’entreprise d’IA générative ajoute : « Le nombre total de jetons nécessaires pour trouver des solutions à ces problèmes coûterait environ 2 000 dollars selon les tarifs de Sol API ». Cette somme parait basse mais semble prendre en compte seulement les tokens utilisés pour reproduire la démonstration sans inclure les essais-erreurs que l’entreprise a dû faire avant d’obtenir les prompts adéquats.

Depuis quelques mois, l’IA générative bouscule la recherche en mathématiques et, comme nous l’évoquions, toutes les maths ne sont pas touchées de la même façon. Mais une partie de la communauté a publié une position sur l’intelligence artificielle, dite Leiden Declaration on Artificial Intelligence and Mathematics, qui liste cinq « menaces potentielles » pour la discipline. Pour rappel, les voici :

  • la noyade sous « des arguments plausibles mais peu fiables (voire incorrects) »,
  • l’absence de citations correctes ou la violation de copyright,
  • la mise en avant des résultats de recherche seulement lorsque l’IA a été utilisée,
  • la diffusion de résultats sans publication de réels articles de recherche,
  • la perte de l’autonomie vis-à-vis des entreprises qui développent les IA génératives.

Le mathématicien David Madore expliquait aussi dans un billet de blog publié en juin dernier : « OpenAI et les autres boîtes d’IA ont décidé d’utiliser les maths comme « benchmark » censément objectif pour montrer leur supériorité les unes sur les autres (notamment dans le contexte de l’introduction en bourse d’OpenAI). Évidemment, ce qui les intéresse n’est pas de faire des maths ni d’aider la science ou les mathématiciens, mais de vendre leurs produits ».

« Des questions auxquelles une entreprise technologique ne peut répondre à elle seule »

Dans son billet annonçant ses dix résolutions, OpenAI essaye de ne pas trop brusquer cette communauté. « L’émergence de systèmes capables de contribuer à la recherche mathématique soulève des questions auxquelles une entreprise technologique ne peut répondre à elle seule », affirme-t-elle, évoquant aussi la déclaration de Leiden.

Mais elle soulève en miroir une question d’éthique aux mathématiciennes et mathématiciens : « Nous estimons que l’attribution doit refléter fidèlement la manière dont un résultat a été obtenu : attribuer à un être humain la paternité d’une démonstration entièrement générée par un système d’IA reviendrait à donner une image fausse tant de la contribution de ce système que de la nature du véritable travail intellectuel humain ».

Des chercheurs proposent une résolution d’un problème à moins de 4 h d’intervalle

D’autres questions se posent sur la paternité d’une découverte à l’heure où l’IA générative permet à des chercheurs de mettre en ligne rapidement une démonstration. En effet, le magazine Scientific American raconte que deux articles résolvant un problème de cryptographie quantique ont été mis en ligne à moins de quatre heures d’intervalle sur la plateforme arXiv.

« Nous proposons une construction inconditionnelle d’un schéma de chiffrement à clé privée à usage unique, non-clonable et sécurisé d’un point de vue de la théorie de l’information, pour des messages d’un bit, avec un chiffrement et un déchiffrement efficaces et un avantage inclonabilité-indiscernabilité exponentiellement faible », expliquent ainsi les chercheurs Prabhanjan Ananth et Amit Sahai dans le résumé de leur article mis en ligne le 23 juillet à 17h35 UTC. Le doctorant Seyoon Ragavan a, de son côté, mis en ligne son article le même jour à 20h53 UTC.

Les deux articles proposent deux résolutions différentes d’un même problème, en utilisant le même modèle (GPT-5.6 Sol Ultra), soulevé lors d’une conférence au Simons Institute for the Theory of Computing de Berkeley plus tôt dans le mois. Ils n’ont pas encore été relus par les pairs et concernent un sujet très particulier de la recherche en cryptologie quantique.

« Aujourd’hui, la mentalité générale est la suivante : dès que quelqu’un évoque un problème non résolu, la première chose à faire est de vérifier si GPT peut le résoudre », explique Prabhanjan Ananth interrogé par Scientific American. « De nombreux problèmes que nous ne savions pas résoudre vont trouver une solution dans un avenir très proche. », assure-t-il.

Si de nombreux mathématiciennes et mathématiciens ont signé la déclaration de Leiden, en résolvant certains problèmes mathématiques, les entreprises d’IA générative en attirent aussi certains. Jacob Tsimerman, chercheur de l’université de Toronto et récent lauréat de la médaille Fields, vient ainsi d’être embauché par OpenAI, explique le Wall Street Journal qui ne précise pas le salaire du nouvel employé de Sam Altman.

Golfe d’Oman : l’UE retarde ses photos satellites à la demande des USA, puis annule tout

« Si tu reviens j'annule tout »
Golfe d’Oman : l’UE retarde ses photos satellites à la demande des USA, puis annule tout

Suite à une demande des États-Unis, l’Europe était d’accord pour différer de 24 heures la diffusion des images satellites de Sentinel 1 et 2 dans une région du golfe d’Oman, au nom de la « sécurité pour les intérêts de l’Union ». Deux semaines plus tard, l’Europe indique que cette décision est « nulle et non avenue », sans expliquer pourquoi.

C’est une drôle d’histoire qui est en train de se jouer dans les arcanes de l’Union européenne. Le 14 juillet, le Conseil de l’UE a publié la décision (PESC) 2026/1716 (signée la veille, le 13 juillet) « relative aux instructions concernant la sécurité des systèmes et services déployés, exploités et utilisés dans le cadre du programme spatial de l’Union ».

Le document explique que, le 26 mai 2026, « par une démarche diplomatique, les autorités compétentes des États-Unis d’Amérique ont demandé […] de différer la diffusion des produits Sentinel-1 et Sentinel-2 de Copernicus concernant une zone géographique spécifique faisant partie du golfe d’Oman […] de vingt-quatre heures ».


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Amazon Leo veut lancer plus de 5 000 satellites pour concurrencer la téléphonie de Starlink

Embouteillages en orbite basse
Amazon Leo veut lancer plus de 5 000 satellites pour concurrencer la téléphonie de Starlink

Starlink va trouver un sérieux concurrent sur sa route : Amazon. Le mastodonte américain du commerce en ligne bâtit actuellement une constellation de satellites pour de l’accès à internet fixe, et à la faveur d’une communication avec les régulateurs du pays, il confirme qu’il veut également mettre sur pied une offre de téléphonie.

Amazon a déposé auprès de la FCC, la Commission fédérale des communications américaine, une demande pour lancer et exploiter une constellation composée de 5 105 satellites en basse orbite. Ce réseau servira au futur service Direct-to-Device (D2D) d’Amazon Leo. Ce système offrira les appels vocaux, la messagerie, des données et les appels d’urgence dans les régions hors de portée des antennes relais.

Des appels vocaux et de la data par satellite

Amazon Leo, anciennement Kuiper, ne se limitera donc pas à l’accès internet fixe par satellite, comme le groupe l’avait dévoilé mi-avril à l’occasion de l’annonce de l’acquisition de Globalstar pour 11,57 milliards de dollars. La vingtaine de satellites de Globalstar sert principalement à l’iPhone (et l’Apple Watch Ultra 3) pour les appels d’urgence, la messagerie et l’assistance routière. Amazon entend d’ailleurs poursuivre ce partenariat en travaillant avec Apple sur « de futurs services satellites ».

Le réseau Globalstar rejoindra la constellation déjà en place par Leo, qui compte « plus de 390 satellites » en orbite terrestre basse. Une toute petite goutte d’eau dans l’océan de Starlink, qui compte 10 800 satellites actifs autour de notre planète.

Amazon a débuté une phase de test en novembre dernier pour l’accès fixe à internet par satellites, le lancement étant programmé d’ici la fin de cette année. Trois antennes sont d’ores et déjà disponibles : Nano (jusqu’à 100 Mbps en téléchargement), Pro (jusqu’à 400 Mbps) et Ultra (jusqu’à 1 Gbps en téléchargement et 400 Mbps en téléversement). L’Arcep avait donné son autorisation à Amazon Leo dès l’été dernier.

Le système D2D d’Amazon fonctionnera en parallèle des satellites de première et deuxième génération lancés jusqu’à présent, ainsi qu’avec les modèles de Globalstar. En plus de l’usage personnel, Amazon vante les capacités de son service D2D pour les communications durant les interventions en cas de catastrophe, la gestion de flotte à l’échelle internationale, les opérations à distance sur les chantiers et dans les chaînes d’approvisionnement, la connexion à des capteurs IoT (internet des objets) isolés.

Amazon livre des satellites en orbite

Dans le détail, cette flotte de satellites sera répartie sur cinq plans orbitaux (de 510 à 580 km d’altitude). Ces drôles d’engins volants communiqueront avec les smartphones sur des fréquences radio dédiées, les bandes L et S, adaptées aux liaisons satellitaires mobiles.

Les signaux seront traités directement par les satellites D2D avant de les retransmettre, poursuit Amazon. Ces derniers sont également équipés de liaisons optiques intersatellitaires, des connexions laser entre les appareils en orbite pour un acheminement « plus intelligent » du trafic à travers la constellation. Bref, du classique pour ce genre de constellation.

Amazon promet également de ne pas brouiller les fréquences des autres opérateurs, en maintenant l’énergie du signal à l’intérieur des canaux de fréquence attribués, « avec très peu de débordement vers les bandes voisines ». L’entreprise s’engage également à se coordonner « de bonne foi » avec les autres tenanciers de satellites.

Le système ajuste aussi en permanence la manière dont les données sont encodées en fonction de la qualité du signal : débits plus élevés quand les conditions sont favorables, maintien d’une connexion fiable dès qu’elles le sont moins.

À l’instar de Starlink qui a signé des accords avec plusieurs opérateurs traditionnels de téléphonie (T-Mobile aux États-Unis, Salt en Suisse…), Amazon annonce également des partenariats avec Vodafone, DirecTV, les FAI sud-africain Herotel et australien NBN. Si le groupe obtient le feu vert de la FCC, le déploiement des satellites D2D pourra débuter en 2028.

L’IA rend l’édition scientifique « plus lente, de moins bonne qualité et plus chère »

Pas si productif, finalement ?
L’IA rend l’édition scientifique « plus lente, de moins bonne qualité et plus chère »

Alors que de plus en plus d’articles scientifiques sont créés en utilisant l’IA générative, le rédacteur en chef de Science, Holden Thorp, considère qu’elle fait plus de mal que de bien à l’édition scientifique.

Pour Holden Thorp, le responsable éditorial de toutes les revues de l’éditeur scientifique Science, l’arrivée de l’IA générative pousse l’édition scientifique dans une forme de « taylorisme ». « Ce défi exige encore plus d’efforts humains, ce qui rend l’ensemble du processus plus lent et plus coûteux », explique-t-il dans un édito de la revue phare.

L’année dernière, des chercheurs prévenaient que l’IA pourrait faire, au final, « plus de mal que de bien » à la recherche sans pour autant nier certaines avancées qu’elle pouvait amener. Fin 2025, submergée par les propositions d’articles générées par IA, la plateforme de prépublications arXiv décidait de modérer plus strictement. Elle a ensuite mis en place une mesure de suspension d’un an des chercheurs qui soumettent des articles erronés générés par IA.

Hallucinations, cherry picking et manipulation de données

Mais les revues et les conférences scientifiques sont aussi touchées par le phénomène. Holden Thorp ne nie pas la capacité des grands modèles de langage (LLM) à permettre des avancées scientifiques comme la prédiction des structures protéiques ou l’accélération de la découverte de nouveaux matériaux.

Mais il s’appuie sur un article scientifique récent qui explique que les LLM « éprouvent encore des difficultés dans les domaines qui exigent un jugement clinique nuancé, un raisonnement expérimental ou une réflexion et une synthèse approfondies en biologie » et sur l’existence des hallucinations (dont même les chercheurs d’OpenAI avouent avoir du mal à se débarrasser) pour expliquer que leur utilisation dans la rédaction d’articles scientifiques peut être problématique.

« De plus, certains de ces agents sont plus enclins que les humains à se livrer à ce qui s’apparente à des fautes professionnelles en matière de recherche, telles que la sélection arbitraire de données [cherry picking] et la manipulation des analyses statistiques jusqu’à l’obtention du résultat souhaité », ajoute-t-il, citant un autre article mis en ligne sur arXiv [PDF].

Et, alors que l’ajout d’erreurs par l’IA générative dans les articles demande une attention accrue, elle accélère aussi le rythme de soumission d’articles aux revues scientifiques et crée des goulots d’étranglement. Certains éditeurs, comme Elsevier, laissent facilement passer des erreurs parfois impardonnables. « La prolifération d’AI slop [informations erronées liées à l’IA] dans la littérature scientifique et, plus généralement, sur Internet, nuit à la crédibilité de la science », déplore le responsable éditorial de Science.

Le taylorisme arrive dans l’édition scientifique

Holden Thorp compare ce moment de l’arrivée de l’IA générative dans l’édition scientifique à l’arrivée du taylorisme dans l’économie américaine. Frederick Winslow Taylor « a encouragé les entreprises à recourir à la surveillance pour pousser les salariés à travailler plus dur et plus longtemps, une approche qui a épuisé et découragé les travailleurs et a conduit au transfert des connaissances et de tout pouvoir décisionnel des travailleurs vers la direction », explique-t-il.

Remarquons quand même que, si Holden Thorp déplore l’utilisation massive de l’IA générative dans les articles scientifiques, son article est lui-même parsemé de liens accompagnés de paramètres UTM laissant la trace de l’utilisation de ChatGPT (par exemple : https://arxiv.org/abs/2605.07723?utm_source=chatgpt.com).

Scanner les corps, le nouveau projet de Midjourney aux promesses sans fondement

Data mine, baby, data mine
Scanner les corps, le nouveau projet de Midjourney aux promesses sans fondement

Mi-juin, l’entreprise d’IA générative Midjourney a vanté en grande pompe un nouveau projet de scanner du corps humain avec des promesses sans fondement d’éviter 30 % des décès et 50 % des dépenses de santé. Le projet pourrait surtout permettre à l’entreprise de récupérer beaucoup de données sur le corps humain.

Midjourney va-t-elle se transformer en simple constructeur de machines médicales ? Ou veut-elle montrer qu’elle est capable de récupérer énormément de données sur le corps humain ? La deuxième option est sans doute plus proche de la réalité.

Une communication grandiloquente

Mi-juin, l’entreprise d’IA générative d’images annonçait rien de moins qu’une « nouvelle ère » pour elle dans un communiqué de presse dans lequel elle présentait les travaux d’une de ses équipes de R&D. Avec toute l’emphase que savent mettre les communicants de la Silicon Valley, elle suggérait qu’avec le scanner à ultrasons pour le corps humain qu’ils avaient construit, « le monde [pourrait] éviter 30 % de l’ensemble des décès et 50 % de l’ensemble des dépenses de santé », sans préciser d’où ces chiffres pouvaient bien sortir.

Accompagnant le communiqué, une vidéo et des images générées par IA montraient avantageusement le moment du passage dans le scanner comme une simple séance de spa, puisque le scanner a besoin de l’eau pour améliorer la portée des ultrasons.

Un ingénieur de l’entreprise, Marcin Plaza, a plus récemment publié une vidéo dans laquelle on se rend compte que le projet est pour l’instant composé de 40 sondes à ultrasons d’échographie achetées dans le commerce. Elles sont «très coûteuses (…), démontées et montées à la va-vite sur une sorte de jacuzzi amélioré équipé d’un ascenseur », comme il l’explique lui-même. Si elle est séduisante pour tout ingénieur qui aime le bricolage sur des projets de R&D, la vidéo montre que le scanner de Midjourney est loin de l’industrialisation et de l’intégration dans un spa.

Une « preuve de concept » d’un concept déjà prouvé par des chercheurs

De fait, Midjourney a surtout montré dans ses vidéos une « preuve de concept » de scanner capable de montrer les détails tissulaires d’un corps humain. Mais, de fait, l’entreprise n’est pas à l’origine du projet. En effet, celui-ci s’appuie sur une technique de tomographie par ultrasons élaborée par des chercheurs dont certains travaillent pour le California Institute of Technology (connu aussi sous le nom de CalTech). Ils l’ont décrite dans un article récemment paru dans la revue scientifique Nature Biomedical Engineering.

Et comme l’a remarqué The Register, Midjourney n’aurait pas pu monter son projet sans un partenariat avec Butterfly Network, une entreprise spécialisée dans les technologies d’échographie. Mais Midjourney a « oublié » de mentionner son partenaire dans son communiqué, obligeant Butterfly à publier un commentaire de cette annonce.


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L’IA générative bouscule la recherche en mathématiques

42 est toujours la réponse, de toute façon
L’IA générative bouscule la recherche en mathématiques

En mai dernier, OpenAI a annoncé qu’un de ses modèles internes a résolu un des problèmes d’Erdős. De l’extérieur, ça semble impressionnant. L’est-ce vraiment et quelles sont les éventuelles conséquences pour le milieu de la recherche en mathématiques ? Next a voulu en savoir plus en interrogeant la mathématicienne Viviane Pons et son confrère David Madore.

Les entreprises d’IA générative veulent absolument nous convaincre depuis quelque temps déjà que leurs modèles ont le niveau d’un chercheur. Ainsi, en novembre dernier, OpenAI le clamait à propos de GPT-5 censé avoir, par exemple, trouvé des solutions à 10 problèmes posés par le mathématicien Paul Erdős, résultats largement gonflés par l’entreprise.

L’entreprise est revenue à la charge et, le 20 mai, elle annonçait cette fois qu’un de ses modèles internes avait résolu l’un des problèmes d’Erdős (celui des distances unitaires, numéroté 90). Puis d’autres résolutions ont été annoncées. Avec les premières annonces d’OpenAI, on était en droit de se poser la question de la réalité de ces résolutions, de la capacité des IA génératives à proposer des solutions à des problèmes mathématiques que les chercheurs de la discipline n’avaient pas encore résolus.

En parallèle de la publication de la preuve d’OpenAI, le même jour, neuf mathématiciens et mathématiciennes mettaient en ligne sur la plateforme de prépublication arXiv leurs remarques sur le sujet, validant la preuve au passage. « Il ne faut pas négliger un aspect de cette démonstration : si la démonstration initiale produite par l’IA était tout à fait valide, elle a été considérablement améliorée par les chercheurs humains d’OpenAI et les nombreux autres mathématiciens ayant participé à cet article », y explique Thomas Bloom, mathématicien de l’université de Manchester.

« Il est facile de tirer des conclusions hâtives, mais ce que cette avancée nous apprend sur les humains, l’IA et les mathématiques est assez subtil », estime de son côté Melanie Matchett Wood, professeur de mathématiques à Harvard. « Je pense que si le niveau et le type d’expertise humaine représentés dans cette note avaient été mobilisés il y a un mois pour trouver un contre-exemple à cette conjecture, et si ces personnes y avaient consacré autant de temps qu’elles en ont passé à lire et à réfléchir à la solution proposée par ChatGPT, les mathématiciens auraient trouvé un contre-exemple », ajoute-t-elle.

Une résolution indiscutable

« C’est indiscutable que des problèmes d’Erdős ont été résolus par des IA génératives », nous confirme de son côté David Madore, maître de conférences en mathématiques à Télécom ParisTech. « Au début, les premières annonces étaient très exagérées, les IA avaient trouvé une résolution qui existait déjà dans la littérature. C’était déjà quelque-chose qui n’est pas négligeable. Mais ces derniers temps, le rôle qu’a joué l’IA générative a augmenté dans la résolution de ces problèmes ».

Sans vouloir trop minimiser l’annonce d’OpenAI, David Madore explique que « les problèmes d’Erdős sont généralement des problèmes assez élémentaires, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont faciles, mais que les outils qui sont nécessaires pour les énoncer et les définitions qui sont nécessaires pour poser le problème ne sont pas très sophistiqués ».

Le mathématicien fait remarquer que le modèle utilisé par OpenAI pour la résolution du problème est un modèle interne dont on ne connaît pas les caractéristiques et que l’entreprise n’a pas rendu public le temps de calculs qui lui a fallu. « Mais ils ont résolu l’un des problèmes d’Erdős les plus importants de façon essentiellement autonome par une IA générative », admet-il, confirmant un certain niveau des mathématiques présentées tout en ajoutant que « ce n’est pas le Saint Graal des mathématiques ».

« Il y a eu quelques résultats impressionnants, comme avec les problèmes d’Erdős. Mais il y a aussi eu plein d’autres problèmes qu’on lui a donnés sur lesquels ça ne fonctionne pas », ajoute Viviane Pons, maîtresse de conférences à l’université Paris-Saclay (la chercheuse n’utilise pas l’IA générative pour des raisons éthiques et écologiques).

La communauté des maths partagée sur le sujet

Cette découverte est-elle la face émergée de l’iceberg concernant un changement de méthode récent dans la discipline ? À l’heure actuelle, les IA génératives jouent-elles un rôle important dans la recherche en mathématique ? « Moi, je dirais non », estime David Madore, « elle joue un rôle qui est en train de croître, il y a des collègues qui s’en servent, mais il y a aussi des collègues qui trouvent qu’elles sont complètement inutiles et pour l’instant la raison pour laquelle leurs avis divergent n’est pas claire : est-ce que ça dépend du domaine, de la manière dont on interroge l’IA générative ou de l’IA qu’on interroge ? ». Le sujet de l’utilisation dans les mathématiques fait actuellement débat au sein de cette communauté.


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Rocket Lab s’offre Iridium et sa constellation pour accélérer dans les services spatiaux

À quand la fusion ArianeGroup Eutelsat ?
Rocket Lab s’offre Iridium et sa constellation pour accélérer dans les services spatiaux

Le fabricant de fusées Rocket Lab vient d’annoncer l’acquisition d’Iridium et de sa constellation de satellites pour environ 8 milliards de dollars. Rocket Lab entre ainsi de plain pied dans le monde des services de connectivité par satellite et se dote d’une activité rentable, qui la positionne comme une alternative aux acteurs déjà intégrés que sont SpaceX (avec Starlink et Echostar) et Amazon (via Globalstar).

Accéder à l’espace, c’est bien. Y déployer des services commerciaux, c’est plus rentable : telle est en substance la promesse formulée par Rocket Lab, qui a annoncé, lundi 29 juin, l’acquisition d’Iridium et de sa constellation de satellites en orbite basse. L’opération, soumise à l’approbation des autorités compétentes, dont la FCC aux États-Unis, sera réalisée moitié en cash, moitié en actions Rocket Lab, sur la base d’une valeur d’entreprise fixée à approximativement 8 milliards de dollars. La conclusion de la transaction est attendue mi-2027.

Rocket Lab s’offre une activité rentable

Un pied en Nouvelle-Zélande et l’autre aux États-Unis, Rocket Lab dispose pour mémoire d’un lanceur léger réutilisable déjà opérationnel, Electron. La société développe également depuis 2021 un lanceur de moyenne puissance, Neutron, qui devrait pouvoir emmener jusqu’à 13 tonnes de chargement en orbite basse et jusqu’à 1,5 tonne sur des vols longue distance vers Mars ou Vénus. Elle développe aussi Haste, un lanceur de test hypersonique.

En 2025, l’entreprise a affiché 602 millions de dollars de chiffre d’affaires, notamment grâce à onze missions Electron réussies. Le vol inaugural de Neutron est quant à lui programmé pour le dernier trimestre 2026. Soutenue par plusieurs grands contrats auprès d’agences états-uniennes, notamment dans la défense, Rocket Lab affiche un carnet de commandes de plus de 2 milliards de dollars.

L’entreprise reste toutefois structurellement déficitaire, par ses très importantes dépenses d’investissement requises pour le programme Neutron, entaché fin janvier par l’échec du test du réservoir destiné au premier étage de la fusée. Acquérir une activité déjà installée, à la rentabilité éprouvée, offre dans ce contexte des gages de confiance au marché.

Iridium a de son côté un profil radicalement différent : l’entreprise enregistre 872 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2025. Sa croissance se révèle modérée (+ 5 % sur un an), mais son bilan est largement positif, avec une marge opérationnelle de 27 % et un résultat net de 114 millions de dollars sur l’année. L’entreprise exploite 66 satellites en opération, avec des services (IoT, voix et data, Direct-to-Device) distribués en direction de 2,55 millions de clients, notamment institutionnels. Elle dispose de revenus récurrents garantis, là où Rocket Lab dépend des campagnes de lancement décidées par ses clients et de la réussite de ses nouveaux programmes.

Un modèle intégré dans la foulée de Starlink

Rocket Lab ne cache pas son ambition de construire un modèle intégré d’accès à l’espace et de services associés, à l’image de ce que proposent Starlink et Amazon.

Outre sa propre constellation Starlink, l’entreprise d’Elon Musk a récemment acquis les fréquences d’Echostar avec le soutien de l’administration Trump, ce qui lui permet maintenant d’envisager de se lancer comme opérateur mobile aux États-Unis, tandis que le groupe de Jeff Bezos se prépare de son côté à mettre la main sur GlobalStar pour 11,57 milliards de dollars.

Rocket Lab se positionne dans le sillage de SpaceX et Amazon – capture d’écran extraite de sa présentation aux investisseurs

Avec Iridium, Rocket Lab s’offre à la fois une constellation en activité, mais aussi une bande de fréquences attribuée, grâce à laquelle l’entreprise estime être en mesure d’accélérer le déploiement de nouveaux services.

« En associant le riche héritage d’Iridium, son infrastructure fiable et son spectre très recherché aux vastes capacités de lancement et de fabrication éprouvées de Rocket Lab, nous sommes en mesure d’ouvrir des marchés entièrement nouveaux. Nous irons bien au-delà de la simple préservation de cet héritage ; nous allons le développer pour créer des applications spatiales de nouvelle génération et offrir des solutions très demandées à nos clients actuels et futurs », déclare Peter Beck, fondateur et CEO de Rocket Lab.

L’acquéreur indique avoir sécurisé les financements nécessaires à la réalisation de cet investissement, notamment via une ligne de crédit de 3,6 milliards de dollars souscrite chez Deutsche Bank et Wells Fargo.

« Il s’agit de notre entrée dans le marché des revenus récurrents des applications spatiales, mais ce n’est pas la ligne d’arrivée. Plutôt que de simplement poursuivre le développement du réseau Iridium, nous allons l’étendre pour conquérir des marchés inexploités et innover dans le domaine des services spatiaux », promet encore l’entreprise.

[MàJ] Springer Nature a republié les articles rétractés de Max Planck

The Jerry Springer Nature Show
[MàJ] Springer Nature a republié les articles rétractés de Max Planck

Des chercheurs québécois ont remarqué que deux articles du chercheur allemand Max Planck datant des années 1940 ont été rétractés par l’éditeur scientifique. La rétractation non datée, elle, accusant le physicien de violation de copyright, serait en fait due à une détection automatique zélée.

[Mise à jour le 9 juillet à 9h30] : Un mois et demi après la mise en ligne sur arXiv par les historiens des sciences québécois, Yves Gingras et Mahdi Khelfaoui, d’un article expliquant leur surprise de constater la rétractation de deux articles de Max Planck par Springer Nature, l’éditeur les a republiés. En retournant sur les pages des articles, Next a constaté que les deux articles du prix Nobel allemand était de nouveau disponibles (ici et là). L’éditeur a ajouté ce 6 juillet une note succincte affirmant : « Cet article a été réintégré. Il avait été rétracté en 2011 à la suite d’une erreur humaine ».


[Article original publié le 29 juin à 11h56] :

L’un des fondateurs de la mécanique quantique, Max Planck, aurait-il publié plusieurs fois le même article pour augmenter le nombre de ses publications et ses citations ? Non, mais les mécanismes automatiques mis en place par Springer Nature pour détecter ce genre de mauvaises conduites dans la recherche moderne ont conduit l’éditeur à rétracter deux de ses articles publiés dans les années 1940.

C’est en naviguant sur le site de rétractation d’articles scientifiques Retraction Watch que deux historiens des sciences québécois, Yves Gingras et Mahdi Khelfaoui, ont repéré le problème.

Étonnantes rétractations d’articles d’un prix Nobel

En effet, dans un article mis en ligne sur la plateforme de prépublication arxiv, ils expliquent leur surprise, en tant qu’historiens de la physique, d’avoir constaté sur Retraction Watch que Max Planck faisait partie de la liste des lauréats du prix Nobel ayant des articles rétractés. Dans la base de données de Retraction Watch figurent bien deux articles du physicien allemand, tous les deux publiés dans la revue scientifique Die Naturwissenschaften, créée en 1913 pour devenir l’équivalent allemand de la revue Nature.

Sur le site de la revue, les deux articles (ici et là) sont marqués aussi comme rétractés. L’éditeur a remplacé les PDF des articles chacun par deux pages quasiment vides avec seulement la mention « cet article a été retiré en raison d’une infraction aux règles », tandis que l’éditeur précise seulement sur les pages web que ces rétractations seraient dues à « une violation du copyright ». Étrange justification pour des articles publiés par la revue de l’éditeur en 1940 et 1942 alors que Max Planck « était l’un des physiciens vivants les plus renommés », relèvent les deux historiens.

« Nous avons donc trouvé difficile à croire que ces articles aient réellement pu être rétractés de la revue de son vivant (Planck est décédé en 1947), ni même qu’il y ait eu de bonnes raisons de les retirer par la suite. Nous avons plutôt soupçonné qu’il s’agissait d’une décision récente et anachronique de la part de l’éditeur de la revue, fondée sur un malentendu ou une méconnaissance des pratiques de publication d’autrefois », ajoutent-ils.

Des notions d’éthique scientifique qui n’avaient pas lieu d’être à l’époque

Dans leur article, les historiens expliquent que des notions d’éthique scientifique contemporaines ont sans doute été appliquées de façon anachronique, abusive et automatique à ces articles.

En effet, à l’époque de Max Planck, les chercheurs et chercheuses n’étaient pas soumis à la pression à la publication, le « publish or perish » n’existait pas encore. « Une telle obsession pour la productivité en matière de publications n’existait toutefois pas à l’époque de Planck », expliquent les historiens.

Ainsi, on se fichait qu’un article fût publié plusieurs fois dans des revues différentes (pratique actuellement appelée « publications dupliquées » menant à l’accusation d’« auto-plagiat ») car le but n’était pas de gonfler les chiffres sur les CV de ses auteurs mais plutôt de diffuser les connaissances plus largement.

Ainsi, l’article de 1942 de Max Planck qui a été publié dans plusieurs autres revues scientifiques ne peut être considéré comme un manquement à l’éthique scientifique, puisque ces notions d’éthique sont apparues dans les années 1990 pour répondre à des problèmes qui ont émergé à peu près au même moment.

Pour les historiens, le cas de l’article de 1940 est « encore plus mystérieux » car ils n’ont retrouvé aucune autre republication dans la littérature scientifique. « Une explication plausible de la décision » serait l’existence d’un autre article avec le même titre, signé par le physicien Aloys Müller. Max Planck a, en effet, réutilisé le titre de son confrère pour continuer la discussion qu’il avait engendrée à propos de l’interprétation de Copenhague de la mécanique quantique, situation qui ne posait pas problème à l’époque où l’indexation numérique et les systèmes de détection automatique de copyright n’existaient pas.

« Notre enquête nous a amenés à conclure que la « rétractation » des deux articles de Max Planck ne trouvait pas son origine dans les pratiques épistémiques de la communauté scientifique de son époque, mais constituait une conséquence des normes actuelles des plateformes scientifiques numériques, dominées par de grands groupes éditoriaux de plus en plus sensibles aux questions de droits d’auteur liées à la commercialisation et au profit », concluent-ils.

Planck striké comme un youtubeur ?

Yves Gingras et Mahdi Khelfaoui suspectent que ce sont ces mauvaises raisons qui ont conduit à la rétractation automatique de ces deux articles par les systèmes mis en place par l’éditeur pour gérer les conflits de copyright, ont-ils expliqué à la revue Science.

« Ce qui semblait au départ être un cas singulier de rétractation concernant un célèbre prix Nobel de physique s’avère finalement être un exemple de décisions arbitraires et anachroniques prises par les propriétaires actuels d’une revue scientifique d’importance historique, Naturwissenschaften, rebaptisée The Science of Nature depuis 2013 (Khelfaoui et Gingras 2025), qui décident désormais quels articles historiques peuvent encore être consultés », s’insurgent les historiens qui demandent le retour des textes sur le site de la revue.

Ils signalent qu’heureusement Internet Archive a archivé une copie des deux articles (ici et là) et permet toujours de les consulter alors que l’interprétation de Copenhague est toujours débattue.

Interrogée par Science, Springer Nature n’a pas voulu commenter et affirme : « les informations détaillées concernant des rétractations spécifiques sont généralement confidentielles et ne peuvent être communiquées qu’aux auteurs concernés »… Auteur décédé il y a près de 80 ans.

Supprimé par Trump, le portail états-unien de la recherche sur le climat ressuscité

Comment dit-on cheh en anglais ?
Supprimé par Trump, le portail états-unien de la recherche sur le climat ressuscité

Utilisé par le monde de la recherche comme par le public, le site climate.gov a été supprimé l’an dernier au beau milieu des attaques du gouvernement de Trump contre les sciences climatiques. Des bénévoles viennent de lui donner une nouvelle vie à l’adresse climate.us.

Printemps 2025 : de retour au pouvoir depuis quelques mois, Donald Trump met en place une politique d’attaque en règle de la recherche, en particulier celle liée aux enjeux climatiques. Les effets se font ressentir aux États-Unis, mais aussi à l’international : la communauté scientifique recourt à de nombreux outils et bases de données américaines pour mener ses travaux. En France, la paléoclimatologue du CEA Valérie Masson-Delmotte demande aux sénateurs que la France protège les données scientifiques en passe d’être supprimées.

Un outil en particulier illustre la politique appliquée par le gouvernement Trump : climate.gov. Hébergé par l’administration des États-Unis, le site servait de point d’accès à quantité de ressources liées aux enjeux climatiques, que ce soit des jeux de données, des analyses ou de simples articles de vulgarisation destinés au grand public. À la suite du décret « Restoring Gold Standard Science » (Rétablir une science au meilleur standard), pris en juin 2025, le site a été rendu inaccessible.

Un an plus tard, une large part de l’équipe qui avait fabriqué climate.gov dévoile climate.us. Indépendante de l’administration des états-unis, la plateforme rend l’accès à la vaste collection de données hors ligne pendant un an.

D’anciennes équipes de la National Oceanic and Atmospheric Administration

À la manœuvre : une partie des équipes de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), qui avait drastiquement coupé dans ses effectifs dès mars 2025. Ces anciens agents fédéraux ont créé une organisation à but non lucratif et collecté 2 500 « petites donations auprès de personnes qui veulent que l’information relative aux sciences climatiques reste accessible ».

Pour un total de 250 000 dollars environ, ces donations ont constitué le tiers des financements totaux collectés. Grâce à ces moyens, ils ont annoncé ce 24 juin, soit pile un an après la suppression de climate.gov, le lancement de la version complète du site climate.us.

Ce dernier compte devenir un « foyer pour l’information climatique de confiance, soutenu par le public ». L’ONG indique que plus de 80 scientifiques « se sont portés volontaires pour exercer des révisions par les pairs sur leurs sujets ». Au total, la plateforme revendique donner l’accès à 15 ans d’articles, de publications de blogs, de rapports et d’autres indicateurs essentiels liés au climat.

Les attaques du gouvernement Trump contre les régulations environnementales n’ont pas cessé depuis l’an dernier. La semaine dernière, le ministère de la Justice a notamment adressé à la cour du Mississippi une lettre l’intimant de classer l’affaire relative au supercalculateur Colossus de xAI. Ce dernier est accusé d’avoir violé le Clean Air Act en installant des générateurs au gaz non autorisés, et de polluer l’air du voisinage, principalement habité par une population noire qui présente déjà l’espérance de vie la plus faible de Memphis et ses environs.

☕️ Changement à la tête du CNRS : Thierry Dauxois est le nouveau PDG



Thierry Dauxois est officiellement le PDG (président-directeur général) du CNRS à compter de ce mercredi 10 juin 2026. Il est nommé par le président de la République, sur proposition de Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace.

Le ministre connait bien le CNRS où il a passé 16 ans, jusqu’en 2016. Quant au nouveau PDG (dont un résumé de la carrière est disponible dans le communiqué du CNRS), cela fait plus de 30 ans qu’il est au Centre de recherche. Thierry Dauxois prend donc la relève d’Antoine Petit, qui était l’ancien PDG depuis 2018 et qui assurait l’intérim au cours des dernières semaines.

Thierry Dauxois
Thierry Dauxois. Crédits CNRS

Il y a quelques jours, il était passé devant les commissions des affaires culturelles de l’Assemblée nationale et du Sénat, qui ont toutes les deux émis un avis favorable à l’unanimité (si on laisse de côté les votes blancs ou nuls).

Il arrive dans une situation tendue avec une baisse importante du budget du Centre. Des chercheurs ont publié une tribune affirmant qu’on « assiste à un net désengagement de l’État. Cette situation touche aussi les universités et l’ensemble des organismes de recherche ».

Le sujet s’était évidemment invité lors son audition pour valider (ou non) sa candidature :

« Le budget du CNRS est déjà beaucoup trop contraint, on ne peut pas promettre des économies supplémentaires. En revanche, on doit mieux mobiliser les ressources existantes et en chercher davantage. Les financements européens sont une source possible. Le CNRS en capte déjà une part importante, mais on peut faire beaucoup mieux en insistant sur la dimension collective du projet. »

Interrogé sur un possible gel des recrutements avec les coupes budgétaires, il affirme que c’est « inimaginable » et développe son propos :

« Chaque année le CNRS recrute 360 ingénieurs et techniciens, et 270 chercheurs. Compte tenu d’un salaire qui, vous l’avez dit, n’est pas très élevé – 70 000 euros par an –, c’est une masse salariale de 40 millions – à comparer aux 500 millions perdus. Geler le recrutement conduirait très vite à fermer des laboratoires de recherche, parce que les doctorants ne commenceraient plus de thèses, les étudiants en master seraient également empêchés ».

Il terminait enfin par un mot sur les questions de souveraineté, affirmant que le CNRS s’y intéresse beaucoup : « Mais la souveraineté scientifique ne se décrète pas, et ne se fait pas sans concertation. La France doit appuyer la recherche fondamentale libre et exigeante menée au CNRS pour développer des idées de souveraineté et sur la défense nationale ».

« Le CNRS est un organisme exceptionnel, dont la mission n’a jamais été aussi nécessaire. Je m’attacherai à lui donner les moyens d’agir, au service d’une recherche fondamentale ambitieuse qui demeure la première condition de notre souveraineté scientifique comme de notre rayonnement international », indique-t-il dans le communiqué de presse.

Trump démantèle le réseau de recueil de données climatiques dans l’océan le plus avancé

Casser le thermomètre, littéralement
Trump démantèle le réseau de recueil de données climatiques dans l’océan le plus avancé

Donald Trump continue sa politique consistant à couper les budgets de la recherche états-unienne. Visant particulièrement les recherches sur le changement climatique, son administration vient de décider le démantèlement d’un réseau de bouées particulièrement crucial pour la récolte de données sur le sujet.

La recherche, et notamment celle sur le climat, continue d’être attaquée par l’administration Trump. En effet, après les coupes dans les budgets et dans les effectifs mises en place depuis l’année dernière, la National Science Foundation (NSF) a annoncé le 21 mai dernier le démantèlement d’une grande partie du réseau d’instruments scientifiques du projet Ocean Observatories Initiative (OOI) qu’elle a financé depuis 10 ans.

« Ce plan prévoit le retrait de toutes les infrastructures sous-marines de la mer d’Irminger, ainsi que des réseaux de la station Papa, d’Endurance et de Pioneer, sous réserve des contraintes liées au calendrier des navires et d’autres contraintes opérationnelles. Tout le matériel récupéré sera conservé par l’organisme responsable de l’exploitation dans l’attente de nouvelles instructions », explique la NSF, la principale agence de financement de la recherche aux États-Unis. Cette annonce a été faite moins d’un mois après que Donald Trump a viré tous les membres du conseil d’administration de l’agence (qui étaient des chercheurs ou ingénieurs).

Selon le New York Times, ce n’est pas moins de 900 instruments d’observation qui vont être enlevés. Et la NSF prévoit d’envoyer des bateaux pour les récupérer dès ce mois de juin.

Le fonds ajoute garder pour l’instant le « réseau câblé régional » du projet qui se situe au large de Portland ainsi que le data center de l’OOI pour les opérations en cours. Ironiquement, dans son communiqué, la NSF continue à souligner l’importance du projet : « Nous encourageons la communauté à exploiter les données de l’OOI, accumulées depuis plus de dix ans, en les intégrant dans leurs propositions, publications, présentations et échanges avec leurs collègues. Cet engagement continu met en évidence l’impact scientifique et les applications très variées rendues possibles par l’OOI et ses données, soulignant ainsi son importance en tant que ressource pour la communauté océanographique ».

Le système d’observation océanique le plus avancé au monde

Ce réseau d’instruments scientifiques qui a coûté 365 millions de dollars est un outil très utile pour comprendre le changement climatique. L’OOI est le « système d’observation océanique en fonctionnement continu le plus avancé au monde », estime Jim Edson, qui en était responsable en 2022, au New York Times. Comme l’explique l’Institut océanographique de Woods Hole, dans l’océan Austral par exemple, « les premiers déploiements de balises OOI en 2015 ont permis d’obtenir les premières séries chronologiques jamais enregistrées sur les mouvements de chaleur et de masses d’eau dans la région — des données qui revêtent un intérêt particulier pour la population chilienne, alors que le pays est confronté à une sécheresse persistante due à l’évolution des régimes de vent et de pression atmosphérique au-dessus de l’océan ».

La partie du projet située en mer d’Irminger a permis, elle, de mieux comprendre le fonctionnement de l’Atlantic Meridional Overturning Circulation (AMOC), le système de circulation océanique profonde situé dans l’Atlantique à l’origine des courants. « Ce vaste système de courants marins, dont fait partie le Gulf Stream, joue un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial, notamment en transportant de la chaleur des tropiques vers l’Atlantique Nord », explique le CNRS.

Quel pays sera capable de développer un réseau similaire ?

« Cela témoigne une fois de plus du manque de compréhension de la valeur et du mérite scientifiques dont fait preuve l’administration actuelle », se lamente au New York Times Craig McLean, le chercheur qui était le responsable scientifique de la National Oceanic & Atmospheric Administration lors du premier mandat de Donald Trump. « En démantelant un tel système, nous reléguons une nouvelle fois les États-Unis au second plan dans le domaine du leadership scientifique mondial », ajoute-t-il.

Le problème est que le projet n’est pas seulement abandonné mais qu’il est aussi démantelé. Ainsi, pour qu’un autre pays reprenne le relais, il lui faudrait redéployer un réseau d’outils très onéreux.

En mai 2025, en France, des chercheuses et chercheurs tiraient la sonnette d’alarme devant les sénateurs pour que notre pays propose une alternative pour héberger les données menacées par Trump. Le directeur général délégué à la science du CNRS, Alain Schuhl, affirmait que les bases de données étaient « l’urgence absolue ». Mais le sénateur Pierre Ouzoulias (PCF) attirait aussi l’attention sur « les bouées de surface dans l’hémisphère nord [qui mesurent paramètres météorologiques et océanographiques], c’est 50 % ».

«Si on perd ces bouées, on est incapables de prévoir des phénomènes extrêmes. Je ne parle même pas du Pacifique, où là, on est totalement dépendants des données météorologiques américaines et nous serions incapables de prévoir des cyclones à Mayotte, à la Réunion ou en Polynésie. Il y a un souci majeur », expliquait-il.

Mais depuis, la France a continué à baisser, elle aussi, les budgets de recherche. Ainsi, l’océanographe et directrice de recherche au CNRS Katell Guizien se plaignait de ne plus pouvoir payer les contrats de travail de chercheurs de son équipe à cause des restrictions budgétaires au sein de l’organisme de recherche. Et le gouvernement a annoncé récemment des coupes budgétaires plus importantes touchant les universités, la recherche et France 2030.

Coronavirus : un antigène développé avec une IA, le vaccin est testé chez l’humain

De l'IA dans la seringue
Coronavirus : un antigène développé avec une IA, le vaccin est testé chez l’humain

Une équipe de l’université de Cambridge, au Royaume-Uni, a conçu et testé chez l’humain un vaccin expérimental pour contrer une sous-famille de coronavirus, dont le SARS-CoV-2, responsable du Covid-19. Sa particularité : l’antigène principal a été conçu par une plateforme d’IA développée par les chercheurs. La prudence reste de mise face à l’optimisme affiché par certains.

Une intelligence artificielle a servi à développer un type de vaccin « fondamentalement nouveau » contre une sous-famille de coronavirus : le SARS-CoV-1 (responsable de l’épidémie de SRAS en 2002 - 2003), le SARS-CoV-2 (mieux connu sous le nom de Covid-19) et d’autres sarbecovirus présents chez les animaux et susceptibles de franchir la barrière des espèces.

Un antigène conçu par IA

De l’aveu même des chercheurs, les premiers essais humains réalisés auprès de 39 personnes ont retourné des résultats mitigés. Les participants possédaient déjà un niveau élevé d’anticorps en raison de précédentes vaccinations contre le Covid.

Ces niveaux ont peu augmenté ; les auteurs de l’étude, publiée dans le Journal of Infection, reconnaissent que le vaccin pEVAC-PS n’a pas démontré une capacité forte à renforcer l’immunité. Cela n’empêche pas certains de surfer sur cette vague, comme nous allons le voir. Une seconde étude clinique impliquant 200 participants permettra de se faire une meilleure idée des capacités du vaccin.

L’intérêt est ailleurs. Les chercheurs de l’université de Cambridge ont en effet révélé qu’il s’agissait du premier vaccin dont un élément clé a été entièrement conçu par une IA puis testé sur des humains. Le système a analysé les séquences génétiques de nombreux coronavirus pour concevoir un antigène synthétique ciblant leurs caractéristiques communes. L’antigène est l’élément clé du vaccin, c’est la molécule que le système immunitaire apprend à reconnaître pour ensuite neutraliser le virus. Le vaccin est le produit final administré au patient, avec l’antigène.

On ne parle pas d’un grand modèle de langage comparable à GPT. C’est une IA spécialisée qui conçoit un antigène capable d’entraîner le système immunitaire contre les caractéristiques communes à toute cette famille de virus (plutôt que contre une seule souche) en étudiant le patrimoine génétique de coronavirus connus. L’outil utilisé s’appelle DIOSynVax (digitally immune-optimized synthetic vaccine). Il est développé par une spin-out de Cambridge du même nom et utilise le machine learning, la startup n’en dit pas beaucoup plus sur son site.

Les vaccins sont généralement conçus à partir de souches déjà identifiées d’un virus. En analysant des séquences génétiques d’une batterie de coronavirus, l’IA a créé une sorte de « super-antigène » en mesure d’offrir une protection même face à de futures mutations ou à l’émergence d’un coronavirus d’origine animale.

La prudence reste de mise

« Il s’agit de mettre au point des vaccins qui nous protègent non seulement contre les virus d’aujourd’hui, mais aussi contre ceux qui pourraient être à l’origine de la prochaine épidémie ou de la prochaine maladie », explique le professeur Jonathan Heeney interrogé par la BBC. « C’est un changement fondamental dans notre manière de nous préparer aux pandémies ».

L’équipe va mettre son IA à contribution pour développer des vaccins contre la grippe, la grippe aviaire H5N1 et contre les fièvres hémorragiques virales comme Ebola, qui frappe en ce moment la République démocratique du Congo. L’épidémie actuelle a été provoquée par une souche du virus contre laquelle aucun vaccin n’existe. « Ce qui est vraiment intéressant, c’est que cette technologie semble beaucoup plus efficace pour concevoir des vaccins capables d’anticiper de futures pandémies, notamment lorsque les virus mutent rapidement », décrypte Saul Faust, qui a réalisé les essais à l’université de Southampton.

« Les premiers essais cliniques étant encourageants, cette technologie pourrait permettre d’accélérer le développement et la mise à disposition de vaccins au bénéfice des populations du monde entier », s’enthousiasme le ministre britannique des Sciences, Lord Vallance.

Une déclaration aussi optimiste que politique évidemment, alors que les chercheurs se font plus prudents dans leur publication scientifique : le vaccin n’a pas encore démontré sa capacité à offrir une protection large contre l’ensemble des sarbecovirus. Une étude de phase II devra désormais confirmer si l’approche tient ses promesses.

☕️ [Màj] La NASA demande aux astronautes de l’ISS de reprendre une activité normale



L’équipage d’astronautes de la mission Crew-12 (dont la Française Sophie Adenot) qui occupe actuellement la station spatiale internationale a reçu l’ordre par la NASA de se mettre à l’abri dans sa capsule habitable Crew Dragon et d’enfiler ses combinaisons, pour réagir le plus rapidement possible si une évacuation d’urgence était nécessaire.

ISS 80 mm forward nadir mosaic created with imagery from Expedition 66.

La NASA a expliqué à l’agence de presse Reuters que l’équipage russe est de son côté en train d’essayer de réparer une fuite d’air qui s’aggrave sur sa partie du laboratoire orbital.

L’agence américaine et Roscosmos, son homologue russe, discutent depuis plusieurs mois de la cause de petites fuites d’air à bord et de la façon de les résoudre. Elles étaient jusque-là mineures mais elles se seraient aggravées depuis lundi selon une source de l’agence de presse.

Peu de temps après, la responsable presse de la NASA, Bethany Stevens a ajouté sur X que Roscosmos avait suspendu « les travaux de réparation structurelle à l’intérieur du tunnel de transfert du module de service Zvezda […] le temps d’analyser de nouvelles mesures et données ». « Compte tenu de cette situation, la NASA a demandé aux membres d’équipage à bord du vaisseau spatial Dragon de mettre fin aux procédures de sécurité et de reprendre les opérations prévues à bord de la Station spatiale internationale », a-t-elle ajouté.

Booster les sondages avec l’IA générative, une (fausse) bonne idée ?

IFlop
Booster les sondages avec l’IA générative, une (fausse) bonne idée ?

Avec l’arrivée de l’IA générative, un fantasme de sondeur arrive : et si on pouvait augmenter un échantillon de sondage avec l’IA générative pour le rendre plus représentatif ? Et même, allons-y, et si on pouvait sonder la population sans faire aucune enquête ? Les chercheurs en statistiques Arthur Charpentier et Guillaume Chauvet nous répondent.

Si peu d’entreprises de sondages ont passé le pas publiquement, elles lorgnent toutes sur l’IA générative pour booster leur production d’études. En effet, quoi de mieux pour faire baisser les coûts et augmenter la productivité de ce genre d’entreprise si l’IA générative leur permettait d’interroger beaucoup moins de personnes via téléphone ou questionnaires autoadministrés sur Internet ?

En 2024, l’IFOP a publié un premier sondage de cette espèce en s’associant avec l’entreprise FAIRGEN [PDF] dont un extrait de la notice a circulé de nouveau sur les réseaux sociaux récemment. Celui-ci s’intéressait à l’intention de vote des enseignants aux élections européennes. Il affichait s’appuyer sur « un échantillon de 8 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus » incluant « l’équivalent statistique » de 580 enseignants de collège et de lycée. De fait, ce ne sont pas 580 enseignants qui ont été interrogés mais 116, dont les interviews ont été « extrapolées par la technologie DataBoostAI » développée par FAIRGEN.

« Basée sur l’IA générative, elle repose sur un principe de mise en relation holistique des données recueillies lors du terrain de façon à améliorer la précision statistique des résultats par génération d’échantillons synthétiques », ajoutait la notice sans plus de précision. Si l’entreprise de sondage avertissait sur le côté non prédictif des résultats de son travail le jour du vote, elle ne faisait aucune remarque dans ses avertissements concernant l’utilisation de l’IA générative. Si la méthodologie de ce sondage a eu de nouveaux échos récemment sur les réseaux sociaux, nous n’avons pas trouvé d’autre sondage en France de cette entreprise utilisant ce genre de technique.

Interrogé par Next, l’Ifop n’a pour l’instant pas donné suite à notre email. Elle se vante toujours sur son site d’être les « pionniers de la donnée synthétique » et d’être, « depuis 2023, le design partner de Fairgen ». « Ensemble, nous contribuons à fiabiliser cette technologie en nous appuyant sur des échantillons réels, dans le respect de la rigueur scientifique qui caractérise le Groupe Ifop », ajoute-t-elle.

Son concurrent en France, Ipsos/Bva, semble prendre un peu plus de recul avant de publier des sondages utilisant ce genre de données synthétiques. « Dans le domaine des sondages d’opinion publique, sur des enjeux électoraux, politiques ou au débat d’actualité, ce ne sont pas des choses que nous avons mises en place jusqu’à présent », nous assure Mathieu Gallard, directeur d’études chez Ipsos. Il ne rejette cependant pas totalement la possibilité d’utiliser ce genre de techniques : « Ça ne nous empêche pas pour autant de réfléchir, de faire des tests et de voir comment ça fonctionne soit sur d’autres types d’applications plus marketing soit dans d’autres pays ». À ce stade, il ne peut pas dire si cela sera le cas pour la campagne électorale qui s’ouvre dans le cadre de l’élection présidentielle de 2027.

L’intérêt ? Ce serait moins cher et plus rapide


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Baisse du budget : les universités, la recherche et France 2030 sacrifiées

L'avenir en berne
Baisse du budget : les universités, la recherche et France 2030 sacrifiées

En parallèle du sommet « Choose France », le gouvernement français revoit le budget du pays quelques mois après le déclenchement de la guerre en Iran par Donald Trump. La recherche, l’enseignement supérieur et les investissements d’avenir sont les secteurs les plus touchés.

Alors qu’en fin d’année 2025 (comme l’année d’avant) le gouvernement a eu de la peine à faire voter son budget 2026, Sébastien Lecornu prévoit de le raboter, par décrets. Et les coupes sont importantes : 954 millions d’euros de crédits de paiement sont prévus, dont une partie importante prélevée dans le budget alloué à la recherche et à l’enseignement supérieur, mais aussi les « investissements d’avenir ».

De fait, le ministre des Comptes publics, David Amiel, avait annoncé le 21 avril dernier 6 milliards d’euros d’économies pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient déclenchée par Donald Trump.

Des annonces attendues par les parlementaires

Mais un mois après, les parlementaires n’avaient pas reçu d’information sur la façon dont ces économies allaient être réalisées. Pour mettre la pression sur le gouvernement, les sénateurs Claude Raynal (PS) et Jean-François Husson (LR) lui ont envoyé une lettre, selon Le Monde, dans laquelle ils lui ont demandé de leur faire parvenir « les mesures de redressement envisagées, avec leur répartition par ministère et par action de politique publique, ainsi que le mode opératoire envisagé : gels de crédits, décret d’avance ou d’annulation de crédits, loi de finances rectificative, etc. » avant le 1ᵉʳ juin, c’est-à-dire aujourd’hui.

Une partie devrait venir de l’abandon du projet du gouvernement d’augmenter les exonérations de cotisations patronales via un décret. L’enveloppe de compensation de ces exonérations, qui s’élève déjà à 74 milliards d’euros, ne sera finalement pas augmentée des 2 milliards supplémentaires prévus suite à la hausse du SMIC (+ 2,4 %).

Mais le gouvernement prévoit aussi de couper dans le budget de ses ministères. Il l’a finalement fait savoir aux parlementaires en transmettant ce jeudi 28 mai aux commissions des Finances deux projets de décrets qu’a pu obtenir Public Sénat.

En tout, il prévoit de revenir sur 954 millions d’euros de crédits de paiement. Au premier plan se trouve le budget de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’Espace.

139 millions d’euros de coupes budgétaires pour l’enseignement supérieur et la recherche

Ainsi, les projets de décrets signés par David Amiel prévoient pour l’un [PDF] 70,235 millions d’euros et pour l’autre 68,854 millions d’euros pour l’autre [PDF] de crédits de paiement annulés concernant la recherche et l’enseignement supérieur, soit plus de 139 millions d’euros de coupes budgétaires.

Cela inclut 35,47 millions d’euros en moins pour les universités alors qu’une très grande partie d’entre elles sont déjà en déficit, leurs dotations ne leur permettant pas de compenser la hausse des charges. Fin décembre, l’Université de Lille annonçait un déficit de 45 millions d’euros dans son budget 2026.

Pour les autres institutions de recherche pluridisciplinaire, la baisse du budget prévu atteint 63,5 millions d’euros. En avril dernier, le PDG du CNRS, Antoine Petit avait déjà annoncé que son institution était sommée par le gouvernement de procéder à un tour de vis supplémentaire de 20 millions d’euros.

La recherche spatiale, domaine cher au ministre Philippe Baptiste qui a été président du CNES, n’est pas épargnée. Ainsi, les deux décrets prévoient que son budget soit amputé de 32,4 millions d’euros.

France 2030 est aussi touché

Enfin, les investissements du plan France 2030 – prévus en 2021 par Emmanuel Macron pour rattraper le retard de la France dans la recherche dans certains secteurs industriels – perdraient 100,38 millions d’euros de crédits. Ce plan sert, par exemple, au financement des recherches sur le quantique annoncées par le président de la République récemment ou celles sur les jumeaux numériques de territoire.

La « vraie priorité à l’enseignement supérieur et à la recherche » affichée par Philippe Baptiste lors du vote du budget initial semble loin. Présentés à l’Assemblée nationale et au Sénat la semaine dernière, les décrets doivent encore être publiés au Journal Officiel. Mais Sébastien Lecornu a déjà prévenu que, la guerre au Moyen-Orient se prolongeant, « les 6 milliards d’euros devront être remis à jour » avec une nouvelle estimation qui devrait arriver fin juin. « J’ai parié sur 10 milliards d’euros », a confié à nos confrères du Monde le président de la Commission des Finances à l’Assemblée nationale, Éric Coquerel (LFI).

Une méta-analyse sur les effets positifs de ChatGPT dans l’éducation rétractée 1 an après

Recherche précipitée
Une méta-analyse sur les effets positifs de ChatGPT dans l’éducation rétractée 1 an après

Une méta-analyse sur les effets de ChatGPT sur les élèves qui soutenait « un impact positif considérable » a été rétractée. Des chercheurs ont rapidement pointé des problèmes méthodologiques importants mais la revue n’a réagi qu’un an après.

En mai 2025, la revue Humanities and social sciences communications publiait une méta-analyse effectuée par les chercheurs chinois Jin Wang et Wenxiang Fan sur les effets de l’utilisation du chatbot d’OpenAI sur l’apprentissage à l’école qui affirmait que celui-ci avait « un impact positif considérable sur l’amélioration des résultats scolaires ». Près d’un an après avoir cautionné le sérieux de l’étude en l’ayant publiée, la revue, éditée par le géant Springer Nature, a décidé de la rétracter.

« L’éditeur [membre de l’équipe qui gère la revue] a décidé de rétracter cet article en raison de réserves concernant des incohérences dans la méta-analyse. Ces problèmes remettent en cause la confiance que l’éditeur peut accorder à la validité de l’analyse et aux conclusions qui en découlent », explique la note de rétractation publiée le 22 avril dernier. « Les auteurs n’ont pas répondu aux courriers concernant cette rétractation », ajoute la revue.

Un article cité déjà 500 fois

Entre-temps, selon Google Scholar, la méta-analyse a été citée plus de 500 fois dans des travaux scientifiques (relus par les pairs ou pas). Si ces travaux reposent de façon importante sur cette méta-analyse, les auteurs devront aussi se poser des questions sur la solidité de leurs travaux. Par exemple, elle était encore citée dans un article publié en février dernier dans la revue Scientific Reports, éditée aussi par Springer Nature.

Pourtant des critiques sont vite apparues. Ainsi, on pouvait trouver un commentaire sur la plateforme Pubpeer (qui permet de relever d’éventuels problèmes dans des articles déjà parus dans des revues scientifiques) dès juillet dernier.

Des chercheurs norvégiens ont sonné l’alarme


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