Y'a un truc dont on parle pas assez dans le milieu tech je trouve, et pourtant tout le monde le constate : Une grande partie des communautés autour du logiciel libre, de Linux, du dev...etc sont devenues des endroits franchement hostiles. Des clubs fermés, peuplés quasi exclusivement de mecs, qui passent leur temps à expliquer aux autres qu'ils sont de gros nuls, qu'ils posent des questions de noobs, ou encore qu'ils ne tapent pas sur leur clavier comme il faut et j'en passe... Oui je parle bien entre autres du fameux barbu Linux qui vous toise parce que vous utilisez Ubuntu et pas Arch que vous avez compilé à la main.
Et le pire, c'est que tout ça est documenté et chiffré, et même reconnu par les pontes du milieu eux-mêmes ! Vous allez voir...
Prenez Linus Torvalds par exemple. C'est le créateur de Linux et pendant des années, il a insulté publiquement des développeurs sur la mailing list du kernel, leur balançant que leur code était une honte et compagnie. En septembre 2018, il a toutefois fini par mettre les choses à plat dans un mail d'excuses où il écrit noir sur blanc que ses attaques étaient "non professionnelles et injustifiées", et qu'il voulait s'excuser auprès des gens que son comportement avait blessés et je cite, "possiblement complètement chassés du développement du kernel". Il a même pris une pause pour aller se faire aider à comprendre ses émotions. Si même le mec au sommet de la pyramide reconnaît qu'il a fait fuir des contributeurs à coups de mépris, vous imaginez un peu l'ambiance qui grouille en dessous...
D'ailleurs, trois ans plus tôt, en 2015, une développeuse majeure du kernel avait déjà claqué la porte. Sarah Sharp, celle qui maintenait le pilote USB 3.0, était pourtant loin d'être une débutante. Dans son billet Closing a door , elle explique notamment qu'elle n'arrive plus à contribuer à une communauté où elle était respectée pour ses compétences mais jamais respectée en tant que personne.
Violence verbale, blagues sexistes et homophobes, voilà tout ce qu'elle subissait. Et en 2015, malheureusement, elle criait vraiment dans le désert. Personne ne l'a écouté et il aura fallu attendre 2018 et les excuses de M. Torvalds pour capter qu'il y avait un sérieux problème.
Je vous ai dit aussi que j'avais des chiffres, alors les voilà... En 2017, une étude publiée dans PeerJ a analysé plus de 3 millions de pull requests sur GitHub et le résultat bien que fascinant m'a déprimé. Le code proposé par des femmes est accepté à un taux plus élevé que celui des hommes, environ 79% contre 75%. SAUF quand leur genre est identifiable. Cela veut dire que quand on sait que c'est une femme, on accepte moins son code, alors même qu'en moyenne il est meilleur. Affreux non ?
La même année, l'enquête Open Source Survey de GitHub plantait également le décor en annonçant qu'il y avait environ 95% d'hommes, 3% de femmes et 1% non binaire parmi les contributeurs (le 1% restant c'est l'arrondi, btw). Et tristement, les femmes rapportaient bien plus souvent du langage qui les mettait mal à l'aise, et des remarques stéréotypées ("Pas mal pour une femme !", "T'es blonde ou quoi ?", ce genre de saloperies sexistes).
Voilà où en est la belle méritocratie du logiciel libre !
Et du côté de l'entraide soi-disant légendaire, c'est pas plus glorieux. Stack Overflow, le site où des millions de devs vont chercher de l'aide tous les jours, a carrément publié en 2018 un mea culpa officiel . Leur responsable "culture" y écrit que trop de gens vivent Stack Overflow comme un endroit hostile ou élitiste, en particulier les codeurs débutants, les femmes et les personnes de couleur.
Le vrai problème, selon lui, ce n'est pas la communauté, c'est qu'on a appris aux utilisateurs à dire aux autres ce qu'ils font de travers sans jamais leur apprendre à le faire correctement. C'est ce bon vieux RTFM de connard balancé à la gueule des débutants qui après n'osent plus poser de question.
Et tout ça, ça coûte cher, figurez-vous. Oui, oui, la Tech Leavers Study du Kapor Center , en 2017, a chiffré à 16 milliards de dollars par an le coût du turnover provoqué par une culture de travail injuste dans la tech. Les femmes, les minorités, les gens qui ne rentrent pas dans le moule, bah ils se barrent. Une autre enquête, Elephant in the Valley , montrait même que 60% des femmes de la Silicon Valley qui avaient +10 ans d'expérience avaient subi des avances sexuelles non désirées.
Bon, maintenant je vais quand même vous parler de moi, parce que tout ça, je le constate aussi depuis vingt ans.
Pour ma part, si je me suis retiré des réseaux sociaux, et je parle même des réseaux plus barbus, les Mastodon et compagnie censés être plus sains, c'est à cause de ça. Cette hostilité permanente, ce besoin maladif de certains de vous expliquer pourquoi vous avez tort, pourquoi votre choix technique est nul, pourquoi vous n'êtes pas un "vrai". Et si j'ai fermé mes commentaires il y a des années, c'est exactement pour la même raison. Pas parce que je ne voulais plus discuter avec vous, mais parce que je ne voulais plus servir de défouloir à une poignée de types qui confondent intelligence et agressivité.
Sachez que sur cette planète, 100% des problèmes que j'ai eus (et que j'ai encore) dans ma vie perso comme dans ma vie pro, ont été causés par des hommes. Pas 90%. 100% ! Et à chaque fois que quelqu'un m'a défendu, m'a tendu la main, m'a aidé quand j'étais au sol, c'était dans 80% des cas des femmes. Alors je le dis tout simplement, merci à elles, vraiment, du fond du cœur.
Donc voilà, messieurs les toxiques de la tech, sachez-le, je vous évite du mieux que je peux, parce que vous n'êtes pas les personnes ouvertes et sympathiques que vous pensez être. J'ai toujours refusé de rentrer dans vos cases et je pense que pour votre bien et celui du Monde en général, ce serait chouette à un moment d'arrêter de vous comporter en boy's club de connards, et surtout arrêter de croire que la tech vous appartient et que tous ceux qui ne pensent pas comme vous méritent de se faire détruire en place publique.
Et aux femmes, aux noobs, aux curieux, et à tous ceux qui ne sont pas ces clones qui se marrent à chaque blague sexiste, sachez que la tech, elle est à tout le monde.
Elle l'a toujours été d'ailleurs.
Franchement, je vous le dis, moi je trouve ça triste parce que ce milieu, moi je l'aime, j'y suis depuis le tout début, probablement bien avant eux et le voir se transformer en cour de récré pour mecs aigris incapables de gérer leurs émotions, et voir surtout que ça empire d'année en année, bah ça me fout le cafard.
Ah et si mon article vous a donné la rage et que vous voulez me casser la gueule, c'est probablement parce que vous vous êtes bien bien reconnu en 4K UHD Dolby Atmos avec les sous-titres et que vous venez de comprendre que vous n'êtes pas ce gars altruiste que vous pensez être... Déso / pas déso 😘 hein.
![]()
Le réparateur australien Hugh Jeffreys, connu pour ses vidéos de démontage et ses collaborations avec le site de réparation iFixit, a mis la main sur l'un de ces appareils que les prisons américaines louent à leurs détenus pour accéder à une poignée de services autorisés, et il a voulu savoir ce qu'on avait bien pu cacher à l'intérieur d'un objet aussi verrouillé.
Le résultat ne paie pas de mine, avec son boîtier en plastique opaque scellé hermétiquement, sa mousse de calage glissée à l'intérieur et sa finition que Jeffreys compare lui-même à un bricolage de travaux manuels de lycée, le tout pensé pour tenir le choc dans un environnement carcéral.
Screenshot
Premier souci, l'engin refusait carrément de démarrer, et les quatre pastilles métalliques qui affleurent sur la tranche, pourtant calées sur les broches d'un port USB, ne déclenchaient qu'un clignotement d'une seconde au branchement d'un chargeur avant que tout ne s'éteigne. Aucune vis accessible, aucune ouverture possible. La scie à métaux a donc été le seul moyen d'entrer.
Une fois la coque ouverte tant bien que mal, le diagnostic est sans appel, puisqu'on découvre une Iview Optimus-C-8001. Une tablette d'entrée de gamme qui fonctionne avec un vieux processeur Intel Atom Z8350 cadencé à 1,44 GHz et épaulé par 2 maigres Go de mémoire vive, soit une configuration déjà poussive le jour de sa sortie et complètement à la ramasse aujourd'hui.
Screenshot
Le plus parlant, en fait, se loge du côté du logiciel, parce que la machine tourne sous Windows 10 Home, une édition grand public installée en 2018 qui n'a, semble-t-il, jamais reçu la moindre mise à jour depuis, et qui s'est verrouillée en mode kiosque, ce réglage qui cloisonne l'appareil sur un unique navigateur bridé aux seuls services que la prison veut bien mettre à destination de ses pensionnaires.
Sauf que le verrouillage s'arrête net à la surface. L'installation de Windows ne comporte aucun chiffrement du disque, c'est-à-dire aucun de ces mécanismes qui rendent les fichiers illisibles tant qu'on ne tape pas le bon mot de passe, si bien qu'une fois le boîtier ouvert et l'appareil rallumé normalement, Jeffreys accède sans la moindre barrière supplémentaire à l'intégralité d'un système qu'on imaginait blindé.
Détail presque amusant, la tablette a visiblement fini à la poubelle à cause d'une carte de charge tierce défaillante, puisque rebranchée sur son port USB d'origine elle se rechargeait et fonctionnait sans problème. Du matériel jeté pour une broutille, donc.
Il faut savoir que ces tablettes ne sont pas distribuées par pure bonté, car elles sont louées aux personnes incarcérées, qui doivent souvent payer pour le moindre service rendu, ce qui transforme l'accès au numérique en source de revenus pour les prestataires qui équipent les établissements pénitentiaires américains. Et c'est précisément ça qui rend l'affaire sensible.
Parce que la vraie question n'est pas la prouesse technique, plutôt limitée vu le niveau de protection rencontré. C'est ce que l'objet raconte, à savoir du matériel bas de gamme scellé à la va-vite et facturé à une population captive au sens propre, au nom d'une sécurité dont on cherche encore les traces. On a connu nettement plus sérieux.
Source : Hackaday
![]()
Vous vous souvenez du streamer Twitch qui s'était fait piquer sa caisse en plein live, à cause d'un boîtier bizarre posé contre sa porte d'entrée ?
Tout le monde a crié au fake évidemment, sauf que dans une certaine mesure, c'était vrai ! Et le voleur, c'était Mark Rober en personne, l'ex-ingénieur de la NASA devenu YouTubeur, qui a inventé toute cette mise en scène pour démontrer une bonne fois pour toutes comment on vole une voiture récente sans même toucher à la serrure.
La méthode s'appelle la relay attack, l'attaque par relais, et le principe est tellement simple que c'en est gênant. En effet, les voitures passent leur vie à chuchoter, quatre fois par seconde environ, des petits "hé psst, t'es là, ma clé ?". Et quand la clé est assez proche pour entendre ce murmure, elle hurle en retour le mot de passe secret qui déverrouille les portes et permet de démarrer le véhicule. Sauf que ce chuchotement, une équipe de voleurs peut le capter depuis votre voiture, l'amplifier, et le balancer jusqu'à votre clé restée sur le meuble de l'entrée ou dans la poche de votre veste. La clé croit alors que la voiture est juste là, elle répond, et hop, la caisse s'ouvre. Ça prend 30 secondes chrono, ça ne déclenche aucune alarme, et surtout y'a aucune effraction, ce qui arrange bien ces inutiles d'assureurs.
Alors pour bien comprendre comment tout ceci fonctionne, Rober a voulu s'équiper comme un vrai voleur. Direction le dark web, où un certain Dimitri (un russe... Bah quoi les clichés ?) lui a vendu un boîtier de vol clé en main pour 12 000 dollars en Bitcoin. L'appareil arrive, il le passe au CT Scan pour voir ce qu'il y a dedans sans le faire péter, et le verdict tombe : il s'est fait escroquer comme un débutant.
En fait, tous les composants hors de prix de ce machin pouvaient être remplacés par la même chose que ce qu'on trouve dans un babyphone vidéo de 2004.
Le babyphone de 2004 dont les entrailles remplacent un boitier dark web a 12 000 dollars.
La caméra du babyphone capte un signal, l'antenne le transmet à l'écran déporté et il suffit de couper deux fils au bon endroit pour transformer ça en relais radio . Son clone maison lui est donc revenu à quelques centaines de dollars de matos au lieu des douze mille que Dimitri a empochés. Et surtout il fonctionnait mieux que l'original. Breeeef...
Avant ce genre d'attaque, voler une bagnole demandait quand même un peu de doigté. Le slim jim, une tige métallique qu'on glissait dans la portière, a été tué dans les années 90 par les constructeurs qui ont blindé les mécanismes de serrure. Le démarrage en pontant les fils façon Mac Gyver est devenu inutile le jour où un calculateur ECU a pris le contrôle du moteur. Et plus récemment, vous avez peut-être entendu parler des Kia Boys , ces ados qui ont fait le tour de TikTok en démarrant des Kia et Hyundai d'avant 2022 avec un simple câble USB enfoncé dans le contact.
C'était couillon, mais ces modèles n'avaient pas d'antidémarrage électronique... une économie de bout de chandelle des constructeurs qui leur a quand même coûté 8,3 millions de véhicules à patcher en urgence. Comme quoi, la sécurité par l'obscurité, ça finit toujours par se payer un jour ou l'autre...
Et est-ce que vous saviez ce que deviennent ces voitures une fois envolées ??
Eh bien, même si l'essentiel des vols est l'œuvre d'abrutis d'ados qui font joyride pour Instagram , le reste est récupéré par une filière criminelle très organisée, démonté en pièces détachées dans un atelier en moins d'une heure ou encore expédié en conteneur à l'autre bout du monde.
Maintenant, pour bloquer les attaques relais et toutes ses déclinaisons, il suffit d'empêcher votre clé d'entendre ce "chuchotement" de la voiture. La première règle, qui est aussi la plus bête, est donc de ne JAMAIS poser vos clés près de la porte d'entrée... Éloignez-les au maximum, à l'autre bout de votre logement si vous le pouvez
Et la deuxième règle, c'est d'empêcher la clé de capter quoi que ce soit... Une boîte à biscuits en métal fait par exemple parfaitement l'affaire. Ou alors un bout de papier alu pour l'emballer...
Une simple boite a biscuits en métal suffit a rendre la clé sourde.
C'est ce qu'on appelle une cage de Faraday dans laquelle le signal radio préfère filer dans le métal conducteur plutôt que de traverser. Les pochettes anti-RFID vendues une dizaine d'euros font pareil et sont quand même plus classe, mais testez-les avant de leur faire réellement confiance.
Ah et sinon, sur certains modèles comme ma Ioniq 5 , vous pouvez aussi désactiver l'ouverture automatique "à distance via la clé et "sans les mains" et exiger une pression sur le bouton de la clé. C'est plus safe même si c'est moins fun ^^.
Un grand merci à Lilian pour le partage.
![]()
Handala, un groupe de hackers liés à l'Iran, vient d'annoncer qu'il aurait pu couper l'eau de 2 millions de Californiens. Le groupe a en effet piraté California Water Service et balancé 5 Go de données pour le prouver.... Mais bon, peu importe ce qu'ils disent, la vérité c'est que non, il n'aurait pas pu.
Et c'est tout l'intérêt de cette histoire que je m'en vais vous conter....
Tout d'abord, quand on regarde ce qu'ils ont vraiment chopé, je vous avoue, on est trèèèèès loin du robinet. Leur point d'entrée, visiblement, c'est un serveur RTKBase, un outil open-source de correction GPS pour les équipes de terrain. Le truc traînait sur Internet, accessible en HTTP sur le port 10000, avec les identifiants admin et les mots de passe en clair. Comme à peu près tous les sites de l'administration française quoi... loool #troll # dataleakasaservice .
Et il tournait comme ça depuis plus de 780 heures d'affilée, soit plus d'un mois en libre accès. A partir de celui-ci, les attaquants ont alors pu sauter vers les systèmes de facturation, parce que rien ne séparait correctement le réseau GPS des données sensibles. Et ça leur a permis de récupérer les infos clients d'au moins 7 districts (Bakersfield, Chico, Salinas, Stockton, Visalia, San Mateo...) : noms, adresses, téléphones, numéros de compte, historiques de paiement.
Cela veut dire que ce qu'ils ont chopé en réalité, ce sont des fichiers clients, mais pas du tout un accès à une valve ou une pompe, ni même au moindre petit robinet qui goutte... snif...
Donc oui, grosse fuite de données perso, mais pas une seule ligne du système de traitement ou de distribution de l'eau n'a été touchée ! Pas de SCADA, pas d'automate, rien de ce qui pilote physiquement ce qui sort de votre robinet. Les analystes qui ont épluché les données sont très clairs là-dessus : Rien là dedans ne prouve que Handala peut couper l'eau d'une ville américaine. Le groupe n'a d'ailleurs aucun historique connu de sabotage de système de traitement d'eau. Le "j'aurais pu faire pire", c'est de l'intimidation et rien de plus...
Pour comprendre la différence, faut voir à quoi ressemble une vraie attaque sur une infra. Quand on pense sécurité et systèmes industriels, le premier truc qui vient à l'esprit, c'est en général le SCADA en place dans les usines, qu'on peut parfois croiser au détour d'un Shodan ou autre.
Une vraie attaque, c'est ça qu'elle vise. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais en décembre 2015, environ 230 000 Ukrainiens ont été plongés dans le noir à cause d'un malware qui ciblait directement les systèmes de contrôle électrique. Ou Stuxnet , qui a physiquement détruit un millier de centrifugeuses iraniennes. Ou Oldsmar en 2021, où quelqu'un a brièvement fait grimper le taux de soude dans l'eau potable d'une petite ville de Floride. Ça, c'est toucher l'OT, la partie qui commande les machines pour de vrai.
Désolé Handala.... lol
Maintenant, faut pas non plus les ranger au rayon des script kiddies parce qu' Handala, c'est en réalité la façade "hacktiviste" de Void Manticore, un groupe rattaché au renseignement iranien, avec notamment tout un arsenal de wipers maison pour effacer des disques.
Par exemple en mars dernier, ils ont lancé une attaque destructrice chez Stryker, un géant de l'équipement médical. Leur mode opératoire, c'est de voler les données d'abord, puis de revenir ensuite pour tout casser. D'ailleurs ils sont loin d'être les seuls puisque dès 2023, un autre groupe iranien, CyberAv3ngers, avait piraté 75 automates Unitronics dans des stations d'eau et d'autres infras aux États-Unis, au point que la CISA a dû tirer la sonnette d'alarme. En clair, des hackers iraniens qui s'en prennent aux stations d'eau américaines , c'est devenu la routine....
Bref, Handala n'a pas coupé l'eau mais le jour où un groupe avec un vrai accès SCADA débarquera, faudra pas venir dire qu'on n'était pas prévenus.
![]()
Un affilié du gang Nova, spécialisé dans les rançongiciels (ces logiciels qui chiffrent vos fichiers pour vous réclamer une rançon), a commis la bourde qui restera probablement dans les annales du milieu. Il a verrouillé les serveurs d'Eriell, une grosse société de forage pétrolier dont le siège se trouve en Ouzbékistan et qui garde un bureau à Moscou.
Le souci, c'est la géographie. L'Ouzbékistan fait partie de la CEI, la Communauté des États indépendants, en gros l'ensemble des anciennes républiques soviétiques. Et dans ce métier, on ne s'attaque pas à la CEI. Jamais.
"La première règle du club des rançongiciels, c'est qu'on n'attaque pas les organisations de la CEI, et elle est manifestement toujours valable en 2026", résume Allan Liska, analyste chez Recorded Future, une société spécialisée dans le renseignement sur les cybermenaces.
Eriell n'est pas une PME de quartier. C'est un acteur du forage qui travaille pour le secteur pétrolier et gazier de la région, et son nom avait bien été ajouté fin mai à la liste des victimes publiée sur le site du gang, avant le rétropédalage.
Cette règle n'a rien d'une question de politesse entre voyous. Les groupes qui opèrent depuis la Russie et les ex-républiques soviétiques sont tranquilles tant qu'ils dirigent leurs attaques vers l'Occident, mais le jour où ils s'en prennent à une cible locale, ils risquent de réveiller des autorités qui, jusque-là, fermaient les yeux. Pas d'extradition vers les États-Unis, pas d'ennuis, à condition de rester dans les clous.
En temps normal, le tri se fait tout seul. Une partie de ces logiciels vérifie la langue du clavier avant de s'installer, et s'ils détectent du cyrillique, ils s'effacent d'eux-mêmes plutôt que de risquer une cible russophone. L'astuce est tellement connue que des chercheurs en sécurité conseillent, à moitié sérieusement, d'installer un clavier russe sur sa machine pour passer sous le radar de ces logiciels. Là, le garde-fou a visiblement sauté.
Plus drôle encore, c'est Eriell qui a contacté Nova pour signaler l'erreur. Le gang, connu jusqu'à récemment sous le nom de RALord, fonctionne comme une franchise: les développeurs louent leur logiciel à des "affiliés" qui mènent les attaques sur le terrain et partagent ensuite le butin. Le reste du temps, Nova frappe sans état d'âme des cibles un peu partout dans le monde.
Et la suite vaut le détour. Nova a publié des excuses officielles, promis d'aider Eriell à tout remettre en état gratuitement, assuré qu'aucun fichier n'avait été chiffré et juré qu'aucune des données volées ne fuiterait. Quant à l'affilié maladroit, il a tout simplement été banni de l'opération.
Des cybercriminels qui dégainent des excuses publiques et un service après-vente, on ne voit pas ça tous les jours.
Source : The Register
![]()
Sur The Register, un témoignage improbable d'un lecteur qui raconte la fois où il a effacé toutes les données et tout le code de son entreprise. Voilà qui date pas mal, puisque c,'était en 1981, il avait 21 ans, et il développait tout seul un script de nettoyage pour un mainframe IBM. Le genre de mission qu'on ne devrait pas trop confier à un dev junior sans relecture. C'est précisément ce qui a été fait, et la suite est exactement ce que vous pouvez imaginer.
Le système gérait des machines virtuelles pour les utilisateurs, chacune avec son disque attaché et une lettre attribuée de A à Z. À la fin de la journée, le script de Miller, notre héros, faisait trois choses simples : il rattachait tous les disques, les sauvegardait sur un disque temporaire, puis effaçait les originaux. Le problème, c'est que le disque temporaire recevait une lettre dynamique, pas prédictible à l'avance. Donc Miller avait écrit du code pour récupérer cette lettre au moment où elle était attribuée.
Sauf que voilà. Un jour, l'entreprise ajoute un nouveau compte utilisateur. Et là, les 26 lettres de l'alphabet sont toutes occupées. Le système ne peut plus attribuer de lettre au disque temporaire.
La fonction censée renvoyer la lettre ne renvoie pas une erreur, mais une astérisque. Sauf que dans la plupart des langages de scripting shell, l'astérisque est un caractère joker qui veut dire "tout ce que tu trouves". Quand la commande de suppression s'exécute avec un astérisque à la place d'une lettre précise, elle ne supprime pas un disque. Elle supprime tout. Chaque fichier, toutes les données, tout le code de l'entreprise.
Une journée complète a été nécessaire pour restaurer ce qui pouvait l'être. Une vingtaine de collègues sont restés à se tourner les pouces pendant la restauration. Miller, lui, a appris ce jour-là pourquoi le contrôle de code par un pair existe. Plus de quarante ans plus tard, il dit que la leçon ne l'a jamais quitté.
L'histoire date de 1981, mais elle reste actuelle à un détail près. Aujourd'hui, on a les revues de code, les sauvegardes incrémentales, les snapshots, les outils de récupération, et on confie quand même des scripts shell critiques à des assistants IA qui n'ont pas toujours conscience de ces pièges . L'astérisque parasite n'a pas disparu, elle a juste changé de support. Méfiance donc !
Source : The Register
![]()
Google a balancé l'info via son équipe cyberdéfense, le GTIG (Google Threat Intelligence Group). Des cybercriminels ont utilisé une IA générative pour dénicher et écrire un code d'attaque exploitant une faille inconnue (ce qu'on appelle un zero-day, une vulnérabilité que l'éditeur du logiciel n'a pas encore corrigée).
Et ils s'apprêtaient à lancer une vague d'attaques massives. C'est, d'après Google, la première fois qu'on observe ça dans la vraie vie, pas en labo.
La faille concernait un outil d'administration de serveur open-source très utilisé, dont Google ne donne pas le nom (le temps que tout le monde installe le correctif).
Le bug permettait de contourner la double authentification, le fameux code à 6 chiffres ou la notification sur le téléphone qui sécurise vos comptes. En pratique, il fallait quand même un identifiant et un mot de passe valides au départ, donc ce n'est pas une attaque magique en un clic. Mais une fois ce sas franchi, la 2FA tombait toute seule.
Ce qui a mis la puce à l'oreille des chercheurs, c'est l'allure du script Python utilisé pour exploiter la faille. Trop bien écrit, trop documenté, trop scolaire en fait.
Il était bourré de commentaires pédagogiques (le genre qu'on retrouve dans un tuto pour débutant), il affichait un menu d'aide impeccable, et surtout un score de dangerosité CVSS complètement inventé. Cette dernière trouvaille, c'est l'indice qui ne trompe pas, seul un modèle de langage peut halluciner un chiffre officiel avec autant d'aplomb.
John Hultquist, le chef analyste du GTIG, explique que les IA génératives sont vraiment douées pour repérer ce genre de faille logique de haut niveau, là où les outils d'audit classiques (les "fuzzers" qui bombardent un logiciel de données aléatoires pour le faire planter) passent à côté.
Google précise au passage que ce n'est pas Gemini, son propre modèle d'IA, qui a été utilisé. Lequel alors ? Mystère, l'équipe de Mountain View ne le dit pas. On imagine que les criminels n'ont pas demandé poliment l'autorisation à un éditeur d'IA. Affaire à suivre.
Le rapport donne d'autres pépites. Le groupe nord-coréen APT45 utiliserait l'IA pour tester des milliers d'exploits en masse. Des opérateurs chinois liés à l'État expérimenteraient l'IA pour chasser les vulnérabilités.
Des backdoors (des portes dérobées cachées) sur Android interrogent directement Gemini pour piloter les téléphones infectés. Et côté désinformation, des opérations russes intègrent du faux audio généré par IA dans de vraies images d'actualités. Bref, ça bouge de partout.
Bonne nouvelle quand même, la campagne d'attaque massive a été désamorcée. Google a coordonné un correctif discret avec l'éditeur avant que les criminels puissent appuyer sur le bouton. Cette fois.
Bref, l'IA fabrique maintenant des armes prêtes à l'emploi pour les criminels, et personne ne sait quel modèle a fait le boulot. Rien de rassurant donc.
Source : The Hacker News
![]()
Y'a des génies du crime, et puis y'a Peter Stokes, alias Bouquet, 19 ans, presque toutes ses dents, double nationalité américano-estonienne, et surtout membre de Scattered Spider, le collectif qui a déjà plumé MGM et Caesars.
Le mec a tellement bien réussi son coup qu'il est parti se payer des vacances à Tokyo, sauf que pour fêter ça, en bon teubé, il a posté sur Snapchat des selfies de sa grosse tête avec un tout nouveau bijou : un collier en diamants HACK THE PLANET. Comme dans le film de 1995 mais en plus bling bling !
Hé bien grâce à ça, le FBI a fini par le coffrer lors de son escale d'Helsinki.
Bouquet (oui, j'ai pas précisé mais c'est son pseudo) opérait donc dans le groupe Scattered Spider, ce collectif d'ados anglophones qui ne s'embête pas avec des failles zero-day parce que de toute façon, ils ne sauraient pas les utiliser.
À la place, ils ont leur propre méthode super technique vous allez voir... ils appellent le support IT de la cible et embobinent un pauvre mec pour qu'il reset le 2FA d'un admin.
Et voilà comment notre cher Bouquet a pu sortir 100 Go de données d'un revendeur de produits de luxe (la plainte désigne sobrement la "Company F", mais ça pue Harrods d'après la presse anglaise) en seulement quelques heures, réclamé 8 millions de rançon, et causé plus de 2 millions de dégâts.
Du coup, plainte fédérale à Chicago, 6 chefs (wire fraud, conspiracy, computer intrusion comme ils disent là-bas avec l'accent cowboy), + extradition vers les USA en cours. C'est le bouquet final pour lui ! (Oui, jeu de mots, roh roh roh).
Tyler Buchanan, 24 ans, autre membre du club, a de son côté déjà plaidé coupable d'avoir empoché 8 millions en crypto via du SMS phishing. Faut dire qu'en 2024, le groupe envoyait fièrement des messages genre "Fuck off, FBI" aux agents fédéraux qui enquêtaient sur eux.
Très rebelles nos kikoulool ! Enfin, comme vous le savez, qui fait le malin tombe dans le ravin, et qui fait le mariole avec un collier finit avec des bracelets ^^. (J'ai pas trouvé mieux, déso... lol)
Bref, Bouquet vient à lui seul d'écrire le chapitre 1 du manuel "Comment ne PAS être un cybercriminel à succès" et dont la règle n°1 est : "Si t'es recherché par le FBI, ne montre pas ton butin sur Snapchat"
![]()
Énorme retournement de situation. ShinyHunters, le groupe qui avait piraté Rockstar via Anodot mi-avril et exigé une rançon, a fini par balancer ses données sur internet quand l'éditeur a refusé de payer. Le but était de faire mal financièrement à Take-Two, sauf que les chiffres révélés étaient si impressionnants que l'effet a été l'exact opposé. En effet, l'action Take-Two est passée d'environ 202 dollars à presque 208 dollars en une matinée, soit une capitalisation boursière qui a pris à peu près un milliard de dollars dans la foulée. C'est fou !
Ce que les hackers ont mis en ligne, c'est notamment que GTA Online génère plus d'un million de dollars par jour , soit autour de 500 millions par an. Et tout cela, 13 ans après le lancement sur 5 plateformes différentes, simplement grâce aux Shark Cards (les cartes prépayées du jeu). Pour un éditeur qui s'apprête à sortir son GTA 6 en novembre prochain, faut dire que ce genre de stats montre qu'ils ont les reins hyper solides, ce qui rassure les investisseurs.
Bref, au lieu de sanctionner Take-Two pour la fuite de données et la faille Anodot, Wall Street y a simplement vu la confirmation de ce que tout le monde soupçonnait : la machine à cash de Rockstar tourne à plein régime, et un éventuel GTA 6 au même niveau de monétisation, même partielle, ferait exploser les compteurs !!
Rockstar a également publié une déclaration courte et carrée pour dire que la violation n'aurait pas d'impact sur le studio ou le dev de GTA 6. Rien de plus...
C'est donc un retournement de situation assez fou côté où des hackers, en cherchant à frapper l'éditeur au portefeuille, lui ont en fait permis de gonfler sa capitalisation d'un milliard. Difficile de faire pire en termes de coup raté ^^. À moins que les gens de ShinyHunters aient fait un peu de délit d'initié en amont avant de leaker les données... allez savoir ??
Reste à voir si la SEC ou les autorités européennes voudront enquêter sur cette fuite, sachant qu'au passage des données salariés et de joueurs ont aussi été exposées. Quoi qu'il en soit, côté marché, c'est plié et le cours de l'action est resté bien haut !
![]()
Un chercheur du nom de Michel a mis la main sur une caméra de surveillance issue d'un drone Shahed-136 abattu en Ukraine, et il en a fait un démontage très complet.
Le Shahed-136, ce drone iranien que la Russie a adopté massivement et qu'elle modifie au fil des mois avec des charges utiles supplémentaires, embarque ici une caméra thermique pour les missions de nuit, montée sur un gimbal motorisé, le tout dans un boîtier qui tient dans la main.
Ce qui frappe quand on regarde l'intérieur, c'est l'origine des pièces. Vous avez deux cartes basées sur un FPGA Artix-7, plus un SoC Hi3519 qui s'occupe du flux vidéo. Le Hi3519, c'est un composant chinois qu'on trouve sans peine sur AliExpress et qui équipe une bonne partie des caméras IP grand public.
Ajoutez à ça une carte d'alimentation commerciale, une carte relais classique, un télémètre, et vous avez un assemblage qui ressemble plus à un projet maker qu'à du matériel militaire.
Côté gimbal, le constat est encore plus parlant : la majorité des composants sont occidentaux. Les marquages laser ont été soigneusement grattés ou poncés pour effacer la traçabilité, mais les pièces restent identifiables au format.
C'est cohérent avec ce qu'on voit depuis le début du conflit, avec ces drones russes bourrés de puces Texas Instruments, Analog Devices, STMicroelectronics ou Infineon censées ne jamais finir dans une arme.
Ce qui est fou dans cette histoire, c'est le contraste avec les missiles russes plus haut de gamme, où les ingénieurs partent de circuits sur mesure et de composants militarisés. Ici c'est plus simple. Du dev board reconverti et du off-the-shelf, sans doute parce que produire un Shahed à 50 000 dollars la pièce ça oblige à raboter partout, et que personne ne va concevoir une carte custom pour un drone qui se crashe par définition.
Source : Hackaday
![]()
Felix "FX" Lindner est mort le 1er mars 2026 à l'âge de seulement 49 ans. Et si ce nom ne vous dit rien, c'est normal, car FX n'a jamais cherché les projecteurs. Par contre, ceux qui bossent dans la cybersécurité, eux, savent parfaitement qui il était.
Fondateur de Recurity Labs à Berlin, leader du groupe Phenoelit, co-auteur de "The Shellcoder's Handbook", et lauréat du Pwnie Award Lifetime Achievement 2017, Félix avait plusieurs casquettes. Et c'est également celui qui a forcé Huawei à créer une équipe de sécurité dédiée, tout ça grâce à une seule présentation de 45 minutes.
Felix "FX" Lindner, fondateur de Recurity Labs (CCS 2013)
Son pseudo sur Twitter/X c'était @41414141 car en hexadécimal, 0x41 c'est le caractère ASCII 65, la lettre "A". Car 4 "A" d'affilée, c'est le padding classique qu'on balance dans un buffer overflow pour écraser la mémoire. Hé oui même son pseudo était un exploit ! Petit détail au passage : ne le confondez pas avec "fefe", Felix von Leitner, l'autre Felix célèbre de la scène sécu germanophone. La confusion est fréquente, même dans les hommages post-mortem que j'ai pu voir.
Pour comprendre FX, faut remonter à 1977, à Berlin-Est, le côté soviétique du Mur. Gamin, il met les mains sur son premier ordinateur à 6 ans, lors d'une visite à l'Université de Sofia en Bulgarie puis à 10 ans, il programme en BASIC sur un Robotron Z9001 (un CPU U880 à 2.5 MHz, 16 Ko de RAM), qui était à l'époque la machine phare de la RDA (en fait c'était un des rares ordinateurs personnels fabriqués en Allemagne de l'Est). Pas exactement un Commodore 64 donc, mais bon... on fait avec ce qu'on a quand on grandit derrière le Rideau de fer.
Le Robotron Z9001, ordinateur est-allemand sur lequel FX a fait ses premières armes (Wikimedia Commons)
Et puis le Mur tombe.
En novembre 1989, FX a 12 ans et dans les décombres institutionnels de l'Allemagne de l'Est, il découvre un truc improbable : un club informatique rattaché à l'Organisation des Pionniers Ernst Thälmann, le mouvement de jeunesse du régime est-allemand (dissous quelques mois plus tard). C'est là qu'il croise ses premiers hackers, des gamins comme lui, curieux, qui bidouillent sur du matériel en voie de disparition.
Faut dire que Berlin dans les années 90, c'est un sacré terrain de jeu. Le Chaos Computer Club est déjà une institution, les loyers sont bas, l'énergie est dingue. Du coup, FX baigne là dedans tel un enfant de la Réunification, en quelque sorte.
Et c'est au tournant des années 2000, qu'il fonde Phenoelit, un groupe de recherche en sécurité basé à Berlin. Leur spécialité ? Les trucs que personne ne pense à auditer, parce que tout le monde part du principe que c'est sécurisé. Routeurs Cisco, imprimantes HP, systèmes SAP, BlackBerry RIM... tout y passe. Phenoelit, c'est de la recherche bas niveau et du reverse engineering pur et dur.
FX publie alors des outils qui deviennent des classiques. cd00r.c d'abord, une backdoor furtive qui n'ouvre AUCUN port en écoute. Le concept est trop fort puisque la machine écoute discrètement tout le trafic réseau qui passe et ne déclenche un /bin/sh que si elle voit passer un paquet "magique" porteur d'une signature codée en dur. Pas de port ouvert, pas de service à scanner, mais juste un guetteur silencieux qui réagit au bon mot de passe. Le concept inspirera plus tard le port knocking grand public.
Ensuite IRPAS (Internetwork Routing Protocol Attack Suite), un kit complet pour tester les protocoles de routage réseau. CDP, IRDP, HSRP... ces langages que les routeurs utilisent pour se causer entre eux et que personne n'avait sérieusement attaqués avant lui. Tellement utile que la suite finit intégrée dans Debian et Kali Linux. Et puis Ultima Ratio, un exploit remote code execution (RCE) pour Cisco IOS, présenté à la DEFCON.
FX avait un vrai don pour trouver les failles là où personne ne regardait.
Mais l'outil le plus connu du grand public, c'est la Default Password List. Une base de données des mots de passe par défaut de la quasi-totalité des équipements réseau du marché. Routeurs, switchs, imprimantes, caméras... pratiquement tous les pentesteurs de la planète l'ont utilisée au moins une fois. Elle a même fini dans SecLists, la bible du domaine.
Mais FX ne se contentait pas d'attaquer.
En 2010, il développe Blitzableiter (littéralement "paratonnerre" en allemand), un outil anti-exploitation Flash. En gros, ça analyse et reconstruit les fichiers .swf pour neutraliser les malwares, sans se baser sur des signatures CVE. Lors de sa démo à Black Hat USA et DEFCON 18, il balance alors 20 malwares Flash en live et 20 sur 20 bloqués. A une époque où Flash était LE vecteur d'attaque sur le web, c'était du lourd.
Quelque part avant 2007, FX lance Recurity Labs à Berlin. Audit de code C/C++, ingénierie inverse ARM et x86, architecture sécurisée... Il est rejoint par 12 consultants, chacun avec au moins dix ans d'expérience. Pas de marketing flashy, pas de bullshit corporate mais du boulot bien technique, et c'est tout.
FX décroche même un titre de Technicien Informatique Agréé et une certification CISSP, mais bon... c'est pas vraiment pour les diplômes qu'on le connaissait. C'était plutôt pour sa capacité à démonter n'importe quel système et expliquer clairement ce qui merdait dedans.
À partir de 2001, il enchaîne alors les conférences. DEFCON 9, puis 10, 11, 12, 14, 16, 17, 18... Black Hat USA, Abu Dhabi, HITB en Malaisie, PacSec, CanSecWest, Hashdays. Bref, chaque année un nouveau sujet, un nouveau système disséqué. En 2008, c'est le BlackBerry et en 2011, c'est Stuxnet et les systèmes industriels. Il n'est jamais à court de cibles.
Nous sommes maintenant le 11 octobre 2012, à Hack in the Box, Kuala Lumpur. Il y fait une chaleur étouffante, et les hackers du monde entier sont entassés dans l'InterContinental pour une conf qui attire le genre de types qui ne peuvent pas présenter leurs travaux ailleurs (car certains risquent l'extradition).
FX monte alors sur scène avec son sujet : "Hacking Huawei VRP".
VRP, c'est Versatile Routing Platform, le firmware des routeurs Huawei AR et NE. En gros, l'équivalent de Cisco IOS 12.x côté chinois et FX l'a bien sûr totalement disséqué.
Ce qu'il montre alors est accablant. Les routeurs Huawei utilisent des mots de passe statiques par défaut et un seul équipement compromis donne accès à TOUT le réseau. Y'a de quoi s'arracher les cheveux. Ce qu'il dit lors de sa conf résume tout : "Je ne sais pas s'il y a des backdoors, mais ça n'a aucune importance vu le nombre de vulnérabilités."
Et la réaction de Huawei ?
Hé bien pour une fois, plutôt correcte. John Suffolk, leur chef cybersécurité mondial, envoie une équipe d'ingénieurs rencontrer FX directement. Le géant chinois renforce alors son Product Security Incident Response Team (PSIRT, qui existait depuis 2005 mais restait peu visible) et publie des procédures de contact lisibles pour les chercheurs externes. FX racontera plus tard qu'ils ont tenu parole. C'est sa présentation qui a recalibré les pratiques de sécurité d'un des plus gros équipementiers télécoms de la planète.
Puis le 29 décembre 2013, 23h15, Saal 1 du 30e Chaos Communication Congress à Hambourg, FX est dans son élément et cette fois son sujet c'est "CounterStrike: Lawful Interception".
Le 30e Chaos Communication Congress, Hambourg, décembre 2013 (Wikimedia Commons)
L'interception légale, c'est cette fonctionnalité imposée aux fournisseurs d'accès Internet pour permettre la surveillance judiciaire. En clair... une backdoor officielle implantée dans les routeurs. Alors lors de sa conf, FX démontre que ce mécanisme viole le principe fondamental d'un routeur, à savoir transférer les paquets sans fouiller dans leur contenu, et crée ainsi une surface d'attaque massive.
Sa conclusion c'est que contourner la surveillance légale, c'est aussi facile que de tromper un antivirus. Pour lui, les backdoors "légales" ne protègent personne et fragilisent tout le monde. On est 6 mois après les révélations Snowden, et ce que FX démontre techniquement donne encore plus de poids au débat.
Snowden avait sorti les documents. FX en explique la mécanique.
Dans une interview au magazine Ethik und Militär en 2014, FX livrait surtout des opinions tranchées. Il est favorable aux capacités offensives étatiques comme complément aux défenses, mais également hyper critique du manque de responsabilité des éditeurs de logiciels, et pessimiste sur la place de l'Allemagne dans le secteur informatique. C'est pas le genre à tourner autour du pot.
Ceux qui l'ont côtoyé se souviennent également des soirées tardives, après les talks. À l'Alexis Park de Las Vegas, dans les bars de Kuala Lumpur, ou dans les clubs de Berlin, FX était de ceux qui restaient jusqu'au bout.
En 2007, il co-écrit "The Shellcoder's Handbook: Discovering and Exploiting Security Holes" avec Chris Anley, John Heasman et Gerardo Richarte. Un bouquin devenu référence pour quiconque s'intéresse à l'exploitation de vulnérabilités. Dans le milieu, c'est un classique.
Et en 2017, ses pairs lui décernent le Pwnie Award for Lifetime Achievement à la Black Hat de Las Vegas. Les Pwnie Awards, c'est un peu les Oscars du hacking, attribués par un jury de pointures (Travis Goodspeed, Charlie Miller, Katie Moussouris...). Recevoir le Lifetime Achievement, c'est la reconnaissance ultime de la communauté... Du beau monde, pour un prix super mérité.
Puis le 2 mars 2026, Nico Lindner et l'équipe de Recurity Labs publient un court message sur recurity-labs.com : "With heavy hearts, we announce that Felix 'FX' Lindner, a cherished friend, and the founder and owner of Recurity Labs, passed away on 2026-03-01."
FX nous a quittés.
Les hommages affluent alors immédiatement. Daniel Cuthbert, figure historique de l'infosec, écrit sur X : "Everyone today is a hacker in a sense but there are very few OG hackers on which shoulders we stand. Oh dude, Felix 'FX' Lindner you were so much a hackers hacker and you will be missed. RIP my friend and thank you."
Andrea Barisani, Federico Kirschbaum, des dizaines d'autres... Tous disent la même chose. FX était un vrai, quoi. Pas un influenceur sécu sur LinkedIn, pas un conférencier professionnel qui récite des slides. Mais un vrai type qui comprenait les systèmes en profondeur et qui partageait ce qu'il savait.
Felix "FX" Lindner laisse derrière lui des outils que les pentesteurs connaissent et utilisent encore, un livre que les étudiants en sécu continuent de lire, et une boîte qui continue de tourner...
![]()
Pour qui n'a jamais fouillé là-dedans, Denuvo est le système anti-piratage le plus utilisé sur les jeux PC depuis 2014. Édité par une boîte autrichienne, il s'ajoute aux jeux pour les empêcher de tourner sans autorisation, et il a longtemps été considéré comme imperforable.
Mauvaise nouvelle pour ses clients : le 27 avril, le fil Reddit qui suivait l'état des jeux Denuvo encore non cassés est tombé à zéro. Tous les jeux solo protégés par Denuvo ont désormais une version pirate qui marche, dont les blockbusters récents comme Resident Evil: Requiem.
Deux équipes ont fait le boulot avec deux approches différentes. Un collectif appelé MKDev, associé à un développeur sous le pseudo DenuvOwO, a publié fin 2025 un programme qui s'installe au plus bas niveau de Windows et fait croire à Denuvo qu'il dialogue normalement avec un système autorisé.
Pas besoin de modifier le jeu lui-même, le programme se positionne entre Denuvo et le système. En parallèle, un cracker connu sous le nom de voices38 a fait un travail plus radical en retirant carrément Denuvo de plusieurs jeux récents, dont le dernier Resident Evil. Ces versions ont été relayées par FitGirl, figure historique de la scène pirate.
Denuvo et 2K Games, l'éditeur de NBA 2K et de Marvel's Midnight Suns, n'ont pas attendu pour répliquer. Plusieurs jeux récents ont reçu une mise à jour qui ajoute une vérification en ligne tous les 14 jours.
Concrètement, votre jeu reçoit une sorte de ticket numérique qui expire au bout de deux semaines. Quand le ticket arrive à expiration, le jeu refuse de se lancer tant que votre PC n'a pas reconnecté les serveurs Denuvo pour en obtenir un nouveau. C'est le retour des vérifications en ligne forcées sur des jeux solo, modèle qu'on croyait remisé au placard depuis le naufrage de SimCity en 2013, où le jeu refusait de se lancer sans connexion permanente alors qu'il se jouait pourtant en solo.
Pour éviter une vérification en ligne, il faut soit fabriquer de faux tickets signés (impossible sans la clé secrète des serveurs Denuvo), soit retirer entièrement le système de vérification du jeu, ce qui demande beaucoup plus de travail que la technique précédente. Les crackers vont devoir se remettre à l'ouvrage.
Sauf que voilà, la mesure punit en premier ceux qui ont payé leur jeu. Si vous êtes en déplacement professionnel sans Wi-Fi, en train, sur un bateau, dans un coin où la 4G ne passe pas, ou simplement si les serveurs Denuvo tombent un soir, vous ne pouvez plus lancer NBA 2K26 que vous avez acheté 70 euros. Les pirates qui passeront par une version débarrassée de Denuvo n'auront, eux, jamais ce souci. La logique habituelle des protections anti-piratage agressives donc.
Vous l'avez compris, Denuvo a perdu sa bataille technique et se rabat sur des contraintes en ligne qui dégradent l'expérience des clients réels. C'est pénible.
Source : Tom's Hardware
![]()
Si vous avez bossé sous Unix dans les années 80, vous avez peut-être déjà croisé ce poster. Un sorcier barbu en robe noire, un chaudron qui déborde, des étagères couvertes de conteneurs étiquetés tar, awk, troff... C'est l'œuvre de Gary Overacre, publiée par UniTech Software dans les années 80 (apparemment 1986), et ce n'est qu'aujourd'hui qu'un dev nommé drio s'est dit que ce serait cool de cartographier chaque référence cachée sur unixmagic.net .
De ce que j'ai pu lire, le poster aurait été distribué en marge des conférences USENIX comme goodie et il n'y a visiblement jamais eu de réimpression. En 2021, le blogueur Jan-Piet Mens indiquait, après avoir contacté l'épouse de Gary Overacre et selon ses dires, il resterait environ 65 originaux du UNIX Magic chez les Overacre.
Overacre a aussi signé deux autres posters dans la foulée, encore plus rares (les titres listés varient selon les sources de revente : "Unix Feuds" ou "Computer Feuds", et "The View").
Computer Feuds (ou Unix Feuds selon les sources) - Gary Overacre.
Après si vous voulez l'un de ces visuels chez vous, deux options s'offrent à vous : Chasser un exemplaire sur eBay (et payer le prix d'un collector), ou imprimer la version 32 Mo dispo sur archive.org.
The View - Gary Overacre.
Maintenant, ce qui rend le poster culte, c'est pas juste sa rareté. C'est surtout la densité des blagues techniques planquées dedans. Selon les interprétations communautaires recensées sur unixmagic.net, le sorcier représente l'admin Unix maître du système, le chat noir perché à proximité serait cat, la fourche qu'il tient en main serait fork(), les tuyaux qui serpentent partout seraient les pipes (|), le crâne en bas du chaudron pointerait vers /dev/null là où les données vont mourir, et la botte qui traîne par terre serait un jeu visuel autour de boot (ou peut-être un sock/socket selon une autre annotation).
UNIX Magic - Gary Overacre, 1986. Source : archive.org / unixmagic.net
Sur les étagères, vous avez également des conteneurs avec les noms des outils Unix classiques : tar, awk, diff, uucp, troff, make. Et juste à côté, un détail que beaucoup ratent : un conteneur étiqueté C intact, et un autre étiqueté B... fissuré. Interprétation probable au fait que le langage C a remplacé son prédécesseur B (créé par Ken Thompson en 1969-1970 avant d'être supplanté par le C de Dennis Ritchie ). Il y a plein de petites subtilités comme ça.
Y'a aussi des initiales planquées un peu partout : dmr (Dennis M. Ritchie), kt (Ken Thompson), bwk (Brian Kernighan), soit trois grandes figures de la culture Unix dans un seul dessin. La robe du sorcier est également constellée de symboles shell, les caractères de redirection, le pourcentage du prompt csh, le dollar du prompt sh, l'astérisque du glob, le point d'exclamation de l'history expansion, les crochets... bref des symboles courants des shells Unix qu'on tape sans y penser en ligne de commande.
Même le titre du poster est présenté en grosses lettres bloc, comme la sortie de la commande banner. Et un peu plus loin, vous avez wall (l'utilitaire qui envoie un message à tous les utilisateurs connectés) représenté littéralement par un mur.
Voilà, le poster Unix Magic, c'est ce niveau de blagues visuelles partout.
Le projet de drio consiste donc à poser des marqueurs interactifs sur chaque détail du poster. À la date d'aujourd'hui, le site unixmagic.net affichait 41 références identifiées et documentées. C'est dans l'esprit, comparable à l'archéologie du Glider , ce symbole hacker dont je vous ai déjà parlé.
Et vous avez peut-être vu mais sur le poster, y'a aussi un sac d'origan posé dans un coin. C'est du folklore BSD non vérifié, mais d'après les spécialistes, ça ferait écho à une histoire de communauté où un acteur du milieu aurait été interpellé à la frontière canado-américaine avec un sac suspect dans ses bagages. Les douaniers étaient persuadés que c'était de la drogue alors que c'était de l'origan !
Et c'est ça, la vraie valeur du projet drio car sans ce travail de documentation, dans 20 ans, la référence au sac d'origan ou d'autres risquent de devenir impossibles à comprendre car les références se perdent avec les générations.
Après si en bon barbu survivant des années 80, vous reconnaissez un détail que personne n'a encore décodé, c'est le moment d'apporter votre pierre à l'édifice.
Et si vous voulez en faire un trophée mural, comme j'vous disais, archive.org a la version 32 Mo.
![]()
Il y a quelques jours, lors de la demo party Revision 2026 , dans une salle plongée dans le noir à Sarrebruck, un public de sceners regarde défiler les crédits d'une demo victorieuse. Au milieu des pseudos des graphistes, un nom : Sector9.
Le même mec qui, quarante ans plus tôt, faisait partie des trois gamins norvégiens qui ont fondé Razor 1911.
Le logo historique de Razor 1911, signé JeD / ACiD (via Wikimedia Commons )
La demo s'appelle simplement "Razor 1911", elle dure dix minutes, et sans surprise, elle finit donc par gagner la compo PC et le prix du public. Et ce qu'elle raconte, plan par plan, c'est l'histoire d'un groupe que le Department of Justice américain a qualifié officiellement de "plus ancien groupe de cracking encore actif sur Internet".
Razor 1911 existe depuis que vous écoutez de la musique 8 bit sur cassette audio. Le groupe a traversé l'époque du Commodore 64, de l'Amiga, l'ère du PC, le passage au CD-ROM, au DVD, puis aux ISO torrents, sans oublier la répression fédérale et l'arrivée des protections Denuvo. Et au moment où j'écris ces lignes, leurs cracktros font partie du patrimoine culturel de tous ceux qui un jour ont téléchargé un jeu sur eMule.
Et voilà que, 40 ans plus tard, cette bande de joyeux lurons gagne un prix demoscene où elle se raconte elle-même...
Mais pour comprendre vraiment ce que ça veut dire, il faut que je vous emmène à Oslo lors de cette nuit d'octobre 1985.
Imaginez une chambre d'ado dans la banlieue d'Oslo. C'est l'automne norvégien, il fait nuit à 17h, et la seule lumière dans la pièce vient d'un écran CRT qui tire sur le vert. Un Commodore 64 chauffe doucement sur un bureau encombré et dans le lecteur de disquettes, une 5"1/4 tourne avec ce bruit caractéristique de crécelle électrique.
Les ordinateurs domestiques des années 80 qui ont vu naître la scene, Amiga 500 et Atari 520 ST (photo Sam Gamdschie, CC BY 3.0)
Doctor No, Insane TTM et Sector9, trois gamins, viennent de fonder un groupe de cracking. Leur premier nom, très éphémère, c'est Trøndelag Cracking Service, ou TCS. Sauf qu'un groupe anglais utilise déjà les mêmes initiales et ça crée la confusion. Un autre groupe norvégien de la scene, Hellmates, leur suggère alors un nouveau nom : Razor. On est encore à l'automne 1985 et ça s'appelle d'abord Razor 2992, puis en novembre, nouveau changement de nom pour adopter définitivement Razor 1911.
La raison de ce 1911 est géométrique. En hexadécimal, 1911 décimal équivaut à 0x777. Trois fois 7, un par fondateur, soit un joli clin d'œil numérologique qu'ils vont se traîner durant quarante ans. C'est aussi, selon certaines sources d'époque, une pique à tous les groupes de cracking qui abusaient du 666 pour leur côté satanique un peu too much. Razor 1911 choisit délibérément le chiffre opposé. Un détail qui en dit long sur l'esprit de la scene naissante à l'époque.
Leur premier crack, c'est Kik Start, un jeu de motocross sorti par Mastertronic en 1985 sur Commodore 64. Un classique des obstacles parcours sur deux roues que tout le monde avait chez soi. Et c'est précisément là dessus, ce petit jeu vendu pas cher en Angleterre, que nos trois gamins norvégiens vont poser leur première signature sur la scene européenne.
Kik Start (Mastertronic, 1985), le tout premier jeu cracké par Razor 1911 sur Commodore 64 (capture via Lemon64 )
La scene C64 européenne tourne à plein régime à ce moment-là. Les BBS échangent des disquettes par courrier postal, les cracktros fleurissent avec leur ASCII art et leur musique chiptune, les groupes s'affrontent pour la "first release" des jeux populaires. Razor 1911 grimpe alors très vite dans la hiérarchie, mais reste un groupe parmi d'autres. Les vraies légendes de l'époque, c'est FairLight en Suède, The Humble Guys aux US, et TRISTAR & Red Sector Inc côté Allemagne.
Ce qui distingue Razor 1911 à ce moment-là ? Pas grand-chose, en fait.
Enfin, si... une sacrée envie de durer ! Car quand la plupart des groupes de l'époque se dissolvent après deux ans, parce qu'un membre part à l'armée ou qu'un autre se fait piquer son Commodore par ses parents, eux continuent. Et continuent. Et continuent...
Et ils ne le savent pas encore, mais dans trois ans, ils vont devoir tout recommencer sur une nouvelle plateforme.
Nous sommes maintenant en 1988. Un ado quelque part en Europe lance un jeu piraté sur son Amiga 500 flambant neuf. Avant que le jeu démarre, une intro 3D tourne en 50 fps pendant trois minutes. Des sphères qui tournent, un scrolltext qui envoie des greetings aux autres groupes de la scene, et une musique de tracker composée de huit canaux qu'il va siffler dans sa tête pendant des semaines. Et le logo à la fin ? Razor 1911 !
L'Amiga 500, la machine reine de la scene européenne à la fin des années 80 (photo Bill Bertram, CC BY-SA 2.5)
Entre 1987 et 1988, le C64 commence à fatiguer et Razor 1911 migre alors sur Amiga, la plateforme qui gagne toute la scene européenne. Ils font des demos, ils crackent des jeux, ils sortent des cracktros avec des effets graphiques qu'aucune autre plateforme ne permet. C'est l'âge d'or Amiga. On lance le jeu, on kiffe l'intro, et ensuite on joue.
Razor 1911 ne se contente d'ailleurs pas de cracker des jeux sur Amiga. Le groupe sort aussi des demos pures, des productions artistiques qui font la compét' avec les meilleurs sur la scene démo. En 1991, ils lâchent coup sur coup Yo! avec ses graphismes vectoriels fluides et ses transitions travaillées, puis Voyage, considérée comme leur chef d'œuvre Amiga avec un texture mapping 3D qui fait halluciner tout le monde à l'époque sur un simple Amiga 500. Leur musique trackée 4 canaux est même citée comme parmi les meilleures jamais produites sur la machine.
Voyage par Razor 1911 (1991), un chef d'œuvre avec texture mapping 3D sur Amiga 500 (capture via pouet.net )
Puis au début des années 90, nouveau virage. Le PC IBM prend la main, bon gré mal gré, et Razor 1911 suit le mouvement. Là, c'est une autre scene. Les rivaux changent, et The Humble Guys (THG) débarque en 1989 avec une idée qui transforme tout. Candyman et Fabulous Furlough, les fondateurs de THG, inventent le fichier NFO pour documenter leurs releases, et surtout ils établissent des relations avec les distributeurs pour obtenir les jeux avant leur sortie commerciale. Imaginez un jeu qui apparaît sur les BBS warez AVANT même d'arriver chez Babbage's. THG vient de redéfinir les règles du game.
Razor 1911 doit alors s'adapter, et vite. Ils perfectionnent leur méthode de cracking, recrutent des codeurs, signent leurs cracks avec des intros de plus en plus léchées. À ce stade, une cracktro Razor 1911 c'est un petit morceau d'art. Graphismes pixelisés travaillés pendant des nuits entières, musique, textes ASCII qui défilent, et timings précis pour impressionner un maximum de sceners avant que le jeu démarre. Comme ça, les gars gardent la cracktro pour la montrer aux potes et sans qu'ils ne le sachent, commencent à transmettre une nouvelle culture.
Sauf que les années 90 avancent, et un nouveau support va bientôt tout faire basculer.
En 1995, quelque part en Amérique du Nord, un mec dont personne ne connaît le vrai nom se fait appeler The Punisher. Il passe ses nuits devant une tour beige de PC, ventilateur qui souffle fort, écran 14 pouces, et un clavier mécanique qu'on entendait depuis le salon. Devant lui, un graveur de CD, nouveauté de l'époque, qui met trois heures à "brûler" une rondelle de 600 Mo. Et c'est lui qui va sauver Razor 1911.
Parce qu'en 1995, tout bascule. Les disquettes disparaissent. Les jeux sortent sur CD-ROM, et 600 Mo, ça passe mal sur un modem 14.4k. Razor 1911 pourrait alors disparaître à ce moment-là, comme pas mal de groupes de l'époque qui n'arrivent pas à faire la transition.
Mais heureusement pour eux, The Punisher prend les choses en main et pilote le passage au CD-ripping, puis aux ISO quand ce format devient la norme. Les ISO, pour les plus jeunes, c'est une image binaire complète d'un CD ou d'un DVD, fidèle au bit près. Techniquement plus lourd que les cracks disquette, mais aussi plus propre. Razor 1911 se retrouve alors en tête du peloton et leurs releases circulent sur les topsites (les serveurs FTP ultra-privés de la scene, accessibles sur invitation uniquement), puis se diffusent sur les BBS, et ensuite sur les réseaux peer-to-peer naissants.
À la fin des années 90, le groupe devient l'une des références majeures de la scene, officiellement considéré comme l'un des plus prolifiques au monde. Ils sortent des ISO de jeux AAA quelques heures après la sortie commerciale, parfois même avant. Le palmarès est impressionnant : Quake, Warcraft II, Warcraft III, Red Alert, Terminal Velocity... Tous les hits du moment, tous disponibles sur les topsites Razor avant que les boîtes n'arrivent dans les rayons des Babbage's ou des CompUSA. Le Department of Justice citera explicitement ces titres dans son acte d'accusation, pour donner la mesure du phénomène.
La scene de l'époque pointe un autre leader que The Punisher : un certain The Renegade Chemist, souvent mentionné dans les fichiers NFO des releases. Quand l'opération Buccaneer va tomber, le FBI désignera Shane Pitman ("Pitbull") comme leader officiel, mais dans la scene, beaucoup disent que le vrai pilote au moment du raid, c'était The Renegade Chemist. Deux versions différentes de la même histoire, selon qu'on lise un rapport fédéral ou un NFO d'époque.
Et c'est là que ça devient dangereux.
Parce que quand vous êtes trop visibles, très rapides et très bons, il y a un moment où le FBI le remarque. Et en 2001, les fédéraux américains préparent quelque chose d'inédit dans l'histoire de la poursuite des groupes warez.
À Washington, dans un bureau de l'US Customs Service, un procureur imprime une liste. Dessus, des pseudos. Et surtout des adresses.
Conover, Caroline du Nord, ce matin-là. Shane Pitman, 31 ans, est au boulot quand son téléphone sonne. Au bout du fil, un agent du FBI et ce qu'il lui dit est glaçant : ils sont devant chez lui avec un mandat, alors il a intérêt à rentrer immédiatement ouvrir la porte, sinon ils rentrent eux-mêmes à coups de bélier.
Pitman quitte son bureau, monte dans sa voiture, et roule jusqu'à chez lui. Arrivé sur place, il trouve sept à huit véhicules du FBI et des douanes garés devant sa maison. À peine sorti de sa voiture, plusieurs agents en équipement d'assaut, gilets pare-balles et écussons "FBI" dans le dos, l'entourent, le plaquent sur le capot et le fouillent. Des années plus tard, dans une interview qu'il donnera sur un forum public, il racontera ce moment en expliquant que, je cite : "On aurait dit que j'étais Saddam Hussein ou quelque chose comme ça". Pour un mec qui distribuait des copies crackées de Warcraft, le dispositif était effectivement un peu surdimensionné.
Au même moment, à Richmond en Californie, Sean Michael Breen, 38 ans, se fait embarquer dans les mêmes conditions. Et à la même heure, dans cinq autres pays, Canada, Royaume-Uni, Australie, Finlande, Norvège, Suède, soixante autres personnes se font alpaguer simultanément.
C'est l'opération Buccaneer. 62 suspects visés, 70 mandats de perquisition, 150 ordinateurs saisis en une matinée et des pistes suivies dans 20 autres pays. C'est la plus grosse offensive coordonnée jamais menée contre la scene warez de l'histoire.
Reconstitution de l'opération Buccaneer - Image IA
Et les groupes visés ne sont pas que Razor 1911. Il y a aussi DrinkOrDie (DoD), RiSC, RequestToSend (RTS), ShadowRealm (SRM), WeLoveWarez (WLW), POPZ. Soit toute la tête de gondole de la scene cracker Internet de l'époque. Le FBI a passé 14 mois en investigation undercover, infiltré les serveurs, recoupé les pseudos, remonté les identités. Une opération patiente, méticuleuse, invisible. Certains membres sont alpagués à leur domicile, d'autres à leur travail, d'autres à la fac pendant qu'ils sont en cours.
Parmi les prises les plus symboliques, il y a aussi Christopher Tresco, 24 ans, connu sous le pseudo "BigRar". Pas un membre de Razor 1911 celui-là, mais de DrinkOrDie. Et accessoirement administrateur système du département d'Économie du MIT. Un boulot idéal pour héberger des topsites warez sur les serveurs d'une des plus prestigieuses universités américaines, ce qu'il faisait tranquillement jusqu'à ce matin du 11 décembre. Il prendra 33 mois de prison fédérale.
Le 6 juin 2003, Shane Pitman est condamné à 18 mois de prison fédérale pour conspiration de violation du copyright par le juge James Cacheris à Alexandria, Virginie. Le 10 février 2004, dans une cour d'Oakland, Sean Michael Breen prend 50 mois devant la juge Saundra Armstrong. C'est la peine la plus lourde de toute l'opération Buccaneer. Le chiffre qui sort lors du procès est vertigineux : Breen aurait distribué pour près d'un demi-million de dollars de jeux crackés sur une décennie. En plus de la prison, il doit donc verser 690 236,91 dollars de restitution au seul Cisco Systems. Au total, 22 personnes seront condamnées pour felony copyright infringement dans le cadre de Buccaneer.
Sur le papier, le groupe est décapité. Les leaders sont en taule ou en attente de jugement. Les membres restants se planquent, changent de pseudo, se disséminent. La communauté pense alors sincèrement que Razor 1911 est mort, tout comme DrinkOrDie qui ne se relèvera jamais.
Sauf que non.
Le 22 juin 2006, 5 ans et demi après Buccaneer, sur les topsites privés de la scene, une release apparaît silencieusement. Un vieux logo familier dans le fichier NFO, sans annonce triomphante. Juste un fichier qui commence à circuler. Les sceners qui le voient passer s'arrêtent une seconde. Puis sourient.
Razor 1911 est de retour.
Le groupe reprend le rythme, s'adapte aux nouvelles protections, signe ses cracks avec des cracktros modernisées. Au milieu des années 2010, ils sont de nouveau parmi les plus prolifiques du monde à cracker les nouveautés. Comme si Buccaneer n'avait jamais existé.
Puis arrive Denuvo, LA protection anti-copie hardware-assisted qui fait trembler toute la scene pendant des années. Razor 1911 y laisse des plumes, comme tout le monde. Les méthodes évoluent. Certains membres s'orientent alors vers la demoscene pure, tandis que d'autres continuent à cracker. Au bout du compte, les hyperviseurs finissent par contourner Denuvo en quelques heures . Le groupe mute, mais reste vivant.
Certaines sources affirment même que Razor 1911 se serait dissous vers 2012, ce qui est factuellement contredit par leurs releases récentes, notamment une cracktro pour Red Dead Redemption 2 sortie en mai 2024 et la demo de Revision 2026 dont on va parler juste après.
Entre temps, une autre histoire complètement dingue va éclater en 2023. Un joueur de GTA nommé Vadim M. remarque un truc bizarre en fouillant les fichiers des jeux Rockstar vendus sur Steam. Plusieurs titres, notamment Manhunt, Max Payne 2 et Midnight Club II, contiennent dans leurs exécutables des morceaux de code qui correspondent exactement aux cracks Razor 1911 de 2003. Rockstar Games, filiale de Take-Two, aurait tout simplement récupéré les versions crackées par Razor 1911 pour contourner ses propres DRM obsolètes et les revendre sur Steam.
Analyse du binaire de Midnight Club de Rockstar ( source )
Le comble, c'est que Rockstar a trifouillé le crack en question, ce qui a introduit des bugs sur Windows Vista et au-delà. Le message que ça donne c'est que même les studios qui chassent les reverse engineers en justice sont obligés, à un moment, d'utiliser leur travail pour faire tourner leurs propres jeux.
Et voilà... Tout ceci nous amène jusqu'à il y a quelques jours, quand lors de la Revision 2026 (la plus grosse demoparty mondiale, qui se tient tous les ans à Sarrebruck), Razor 1911 sort une demo PC de dix minutes titrée simplement "Razor 1911". Un voyage audiovisuel à travers les différentes époques du groupe. Windows 95, SoftICE, pixel art C64, effets Amiga et j'en passe... Le tout scripté avec des musiques signées brghtwhtlghtnng, zabutom et Ziphoid. Le concept est porté par Flopine, Anat, dubmood et goto80 et le code est signé rez, replay et blkpanther. C'est incroyable !
Et surtout dans les credits graphiques, un nom, celui de Sector9. Le même Sector9 qui, en octobre 1985, regardait une disquette tourner dans un C64 depuis sa chambre à Oslo. 40 ans plus tard, il est toujours à la table, toujours à faire du pixel art pour son groupe.
Je pense que vous comprenez maintenant pourquoi Razor 1911 n'est pas juste un groupe warez mais une vraie institution culturelle !
La longévité de ce groupe dépasse largement l'existence de la plupart des entreprises tech. Plus long que le leadership de Microsoft, plus long que l'histoire commerciale d'Apple sur le marché grand public, plus long que n'importe quelle plateforme de jeux vidéo encore active aujourd'hui. Razor 1911 a survécu au C64, à l'Amiga, à Windows 3.1, 95, XP, 7, 10, 11. Ils ont survécu aux BBS, à IRC, à eDonkey, à BitTorrent. Ils ont même survécu au FBI.
Et s'ils ont traversé les époques, c'est parce que la scene n'est pas un business. C'est une pratique culturelle qui se transmet de génération en génération, avec ses règles, son vocabulaire, ses rivalités, ses codes d'honneur bizarroïdes.
Des générations entières de développeurs et de chercheurs en sécurité sont passés par la scene avant de devenir des professionnels reconnus dans l'industrie. Je pense par exemple à Jonathan James ou Ehud Tenenbaum à l'époque. Razor 1911 illustre cette trajectoire fascinante où l'art, le crime et la passion se mélangent dans des proportions variables selon les décennies. Et le reverse engineering qui sert aujourd'hui à la recherche en sécurité, est exactement le même savoir-faire qu'avait celui qui crackait un jeu Amiga en 1990.
Bref, 40 ans après, la bande est toujours là, et rien que pour ça, chapeau bien bas !
Sources : Wikipedia | Wikipedia Operation Buccaneer | Waxy.org | DOJ Pitman | DOJ Breen | Interview Pitbull Defacto2 | MIT Technology Review | BleepingComputer Rockstar | Defacto2 | Les NFO de Razor1911
![]()
Lovable, l'étoile montante du vibe coding (vous savez, ces plateformes où vous décrivez une app en langage naturel et une IA vous génère le code), traverse un sale moment.
Un chercheur en sécurité, répondant au doux pseudo de @weezerOSINT, a découvert une faille BOLA (Broken Object Level Authorization) qui permettait à n'importe qui de lire les identifiants, les historiques de chat et le code source de tous les projets créés avant novembre 2025 sur la plateforme.
Bienveillant, le chercheur a envoyé son rapport via HackerOne début mars. Le rapport a été fermé, au motif que les partenaires HackerOne estimaient que l'accès aux chats de projets publics était en fait "le comportement attendu".
Sauf qu'il ne s'agissait pas de projets publics mais de données privées, c'est ballot. Six mois de données se sont retrouvées exposées pendant que le ticket dormait.
Quand l'info est remontée publiquement, la société Lovable a d'abord sorti un premier communiqué. Voilà la version officielle : "c'est du comportement intentionnel" et "notre documentation manquait de clarté". Oui alors bof comme explication...
La gronde est donc montée, en particulier du côté des boîtes comme Uber, Zendesk ou Deutsche Telekom qui utilisent Lovable et se sont retrouvées à devoir expliquer à leurs équipes sécurité ce que faisait leur code source sur une plateforme, à cause de contrôles d'accès défaillants.
Il y a donc eu un second communiqué, avec un rétropédalage complet. Lovable reconnaît désormais que le premier post "n'adressait pas correctement notre erreur" et pointe désormais HackerOne comme responsable du fait que la faille n'ait pas été corrigée plus tôt...
On est donc là sur une stratégie de com qui consiste à balancer sous le bus son propre prestataire de bug bounty, alors que HackerOne n'est que le canal de réception des rapports.
Le vrai sujet dans tout ça, c'est qu'une plateforme qui propose de générer du code à la volée pour des clients enterprise aurait dû avoir des contrôles d'autorisation de base depuis le premier jour. Le vibe coding est une très belle promesse commerciale, mais les boîtes qui hébergent les projets générés doivent gérer la sécurité comme les vrais hébergeurs cloud.
Ce genre d'incident rappelle que la vitesse de génération ne remplace pas les fondamentaux... Bref, on est là sur une triple faute : vulnérabilité de base, gestion du rapport cassée, com de crise désastreuse.
Source : The Register
![]()
Le groupe de hackers ShinyHunters affirme avoir piraté Rockstar Games. Ils menacent de publier tous les documents confidentiels volés sur le dark web si le studio ne leur verse pas de rançon. Le message des hackers est clair : "Pay or leak."
Les pirates ne sont pas entrés chez Rockstar par la grande porte. Ils sont passés par Anodot, un outil que le studio utilise pour analyser ses factures cloud. Une brèche chez Anodot début avril leur a donné des identifiants qui ouvraient aussi les bases Snowflake de Rockstar, là où dormaient une bonne partie des documents internes.
C'est la même méthode qu'en 2024, quand un autre pirate avait vidé les comptes Snowflake de Ticketmaster, AT&T et Santander en récupérant leurs mots de passe ailleurs. Snowflake n'est pas piraté, ce sont ses clients qui se font prendre leurs clés.
Côté butin, rien de très excitant a priori pour un fan de GTA. D'après les premiers éléments, les pirates ont surtout récupéré des contrats, des documents financiers, des plans marketing et d'autres fichiers sans intérêt. Pas de code source, pas de cinématiques, pas de données de joueurs, en tous cas sur le papier.
Rockstar confirme d'ailleurs la brèche dans un communiqué très calibré : le studio parle d'une "quantité limitée d'informations non stratégiques" volées chez un prestataire, et assure que l'incident n'a "aucun impact sur notre organisation ni sur nos joueurs."
Rassurant ? À moitié. ShinyHunters n'est pas un collectif de bricoleurs, le groupe est actif depuis 2020 et a déjà siphonné Microsoft, Ticketmaster, Cisco, AT&T ou Wattpad. Quand ils annoncent avoir des fichiers, ils les ont, et ils savent les revendre sur les forums fermés.
Personne ne sait encore si les plans marketing volés contiennent des détails sur GTA VI, dont la date de sortie continue de faire transpirer Take-Two, l'éditeur du studio.
Le plus embêtant pour Rockstar, c'est surtout que ça recommence. En 2022, un adolescent britannique avait infiltré le Slack du studio pour diffuser des vidéos d'un GTA VI en pré-production, affaire soldée par une condamnation au Royaume-Uni.
Quatre ans plus tard, le studio se refait attraper, cette fois via un prestataire. Visiblement, le maillon faible n'est plus toujours en interne : un petit outil de suivi de coûts cloud peut suffire à faire sauter le verrou, comme un compte admin oublié.
Bref, les fans vont scruter la moindre ligne leakée, Rockstar va serrer la vis côté prestataires, et ShinyHunters continuera de taper partout où traînent des accès Snowflake mal sécurisés.
Source : Kotaku
![]()
Le FBI, la CISA, la NSA, l'EPA, le département de l'Énergie et le Cyber Command américain ont publié un avis conjoint qui ne laisse pas beaucoup de place au doute. Des hackers affiliés à l'Iran ciblent activement les automates programmables connectés à internet sur le sol américain.
Plus précisément, ce sont les contrôleurs Rockwell Automation / Allen-Bradley qui sont visés, et si vous ne comprenez pas de quoi on parle, ce sont en fait les petits ordinateurs industriels qui pilotent des vannes, des pompes ou des turbines dans les usines.
Le groupe en question, déjà connu sous le nom de CyberAv3ngers et lié au Corps des Gardiens de la révolution islamique, scanne le web à la recherche de PLC exposés sur plusieurs ports (44818, 2222, 102, 502).
Une fois en place, les attaquants peuvent manipuler les interfaces homme-machine et les écrans SCADA, modifier des fichiers de projet et, dans certains cas, tenter de déployer des malwares de type "wiper" pour effacer les données des systèmes compromis.
Les secteurs touchés sont ceux qu'on redoute le plus dans ce genre de scénario : stations de traitement d'eau, installations énergétiques (centrales, raffineries), et même des collectivités locales. Plusieurs victimes ont subi des arrêts de production forcés, avec un basculement en mode manuel et des pertes financières que le FBI n'a pas voulu chiffrer publiquement.
Ce n'est pas la première fois que ce groupe fait parler de lui. Fin 2023, CyberAv3ngers avait déjà piraté des automates Unitronics dans une station d'eau en Pennsylvanie, tout simplement en exploitant des mots de passe par défaut.
Dès 2024, ils sont passés à la vitesse supérieure avec du malware sur mesure contre des systèmes d'eau et de carburant. La campagne actuelle, qui est active depuis mars 2026, marque un nouveau cran dans l'escalade.
Même s'il baisse un peu en intensité depuis quelques heures, le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran a débuté le 28 février 2026 avec des frappes aériennes. Depuis, les opérations cyber iraniennes se sont accélérées, aussi bien contre des cibles américaines qu'israéliennes.
"Les acteurs iraniens bougent plus vite, plus largement, et ciblent désormais à la fois les infrastructures IT et OT", a résumé Sergey Shykevich, chercheur chez Check Point.
Côté recommandations, les agences américaines demandent aux opérateurs de déconnecter immédiatement tous les équipements industriels d'internet, d'appliquer les correctifs Rockwell, d'activer l'authentification multifacteur et de surveiller le trafic entrant sur les ports concernés. Le b.a.-ba donc, mais visiblement pas encore appliqué partout.
En tous cas, six agences fédérales qui publient un avis commun, ça donne une idée de la gravité du truc. Le fait que des hackers puissent encore trouver des automates industriels directement accessibles depuis internet en 2026, c'est quand même assez idiot. Surtout quand ils contrôlent des stations d'eau ou des centrales énergétiques.
Source : CNN
![]()