Voici une bonne nouvelle du côté de Chrome puisque ce dernier a commencé à enfermer la clé qui signe votre session dans la puce de sécurité de votre machine, c'est-à-dire le TPM sous Windows, ou la Secure Enclave sous macOS. Le serveur envoie un défi, le navigateur le signe, et la clé privée ne sort jamais du silicium. Ainsi, un cookie de session recopié ailleurs ne suffit donc plus à entrer dans votre compte.
Ça s'appelle DBSC, pour device-bound session credentials et comme le résume Scott Helme, qui vient de déployer le protocole chez Report URI : "*L'attaquant peut voler le cookie, mais il ne peut pas répondre à un défi DBSC en le signant avec la clé privée, qui reste en sécurité sur votre appareil *".
Depuis que la double authentification et les passkeys se généralisent, voler un mot de passe ne rapporte plus grand-chose et c'est pour cela que les attaquants sont passés au cookie de session, un bout de texte qui prouve au site que vous êtes déjà bien connecté.
Ils le récupèrent avec un infostealer, ou avec une page de phishing qui relaie votre vraie connexion, comme le faisait la plateforme Tycoon 2FA démantelée par Europol . Ensuite ils collent le cookie dans leur navigateur et héritent de votre session. Et votre bonne vieille 2FA n'y change rien, puisqu'elle est déjà passée.
Donc ce DBSC c'est une bénédiction, surtout que côté utilisateur, il n'y a rien à activer.
Google a basculé ses propres comptes dessus fin mai, sur Chrome pour Windows, et il n'existe ni réglage administrateur ni réglage utilisateur pour le couper. Pour le reste du web, il faut évidemment que le site ait implémenté le protocole de son côté, et Chrome ne l'ouvre encore qu'à une partie des utilisateurs (dispo à partir de la version 147 sous Windows et 150 sous macOS).
Pour vérifier si c'est en place chez vous, ouvrez les outils de développement (F12) sur un site où vous êtes connecté, votre compte Google par exemple, onglet Application, et cherchez "device bound sessions". Si la ligne apparaît, c'est que c'est actif. Sinon, c'est que le site, votre version de Chrome ou votre machine ne suivent pas encore, et Chrome retombe alors sur la session classique sans rien casser.
Sur Firefox, en revanche, il ne faudra pas l'attendre car Mozilla a acté début août une position officielle négative sur le sujet. Les deux reproches que fait Mozilla c'est que DBSC laisse une fenêtre ouverte pendant laquelle un cookie volé reste utilisable, et que son flux de réauthentification est un protocole ad hoc qui ne colle pas à la gestion normale des cookies.
Mozilla craint aussi qu'on finisse par exiger des sites une attestation matérielle, ce qui limiterait le choix du matos... Google répond que rien de tel n'est prévu, et que faire signer chaque requête s'est révélé infaisable à grande échelle. Mais bon, cette position négative n'interdit pas une implémentation future... On verra bien. Apple, elle, n'a jamais tranché, mais a prévenu que DBSC risquait de compliquer la restauration d'un appareil depuis une sauvegarde.
Bref, aujourd'hui, ça se joue donc sur Chrome, et seulement là où le site a implémenté DBSC, mais je pense que ça s'étendra de plus en plus à l'avenir.
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Contrairement à ce que dit Yann Barthès, on n'est pas tous égaux face à la canicule. Et l'autre truc face auquel on n'est pas tous égaux non plus, c'est le déverrouillage biométrique de son ordi. On les connaît les Linuxiens qui regardent avec jalousie leur collègue sous Windows qui déverrouille sa machine d'un simple coup d'œil à la webcam. Eux, ils sont obligés de taper leur mot de passe de 56 caractères et ça leur fout la rage, alors ils vont sur Reddit pour dire du mal de tous ceux qui n'ont pas de restes de frites collés dans la barbe.
Mais je vais apaiser cette haine en vous parlant aujourd'hui de BioPass , un projet open source signé thaitran24 et phucvinh57, deux devs réunis sous la bannière TickLabVN.
Ce qu'ils veulent faire, c'est amener enfin sous Linux l'équivalent de Windows Hello. BioPass vous connecte à votre session, à un sudo ou à tout service qui passe par PAM avec votre visage ET votre empreinte digitale.
Jusqu'ici la référence sur Linux c'était Howdy , qui fait du visage uniquement, en ligne de commande, et que les développeurs eux-mêmes décrivent comme un peu à l'abandon (sur openSUSE le paquet n'est carrément plus maintenu). C'était chiant à configurer en plus, alors que BioPass lui, propose une vraie interface graphique pour gérer tout ça.
Le module qui parle à PAM est écrit en C++17 et fait tourner trois modèles en local via ONNX Runtime : YOLO pour détecter le visage, EdgeFace pour le reconnaître, et MobileNetV3 pour l'anti-spoofing. Les devs ont d'ailleurs viré les grosses dépendances type PyTorch et OpenCV au profit d'ONNX, histoire de garder un truc léger.
Au moment où votre OS réclame une authentification, BioPass le voit et démarre un processus isolé nommé biopass-helper qui s'occupe de la capture de votre minois et de l'inférence derrière pour vous reconnaître.
Et puis surtout, le point qui compte vraiment quand on parle biométrie c'est que tout reste en local. Y'a vraiment aucune empreinte de votre doigt ou cartographie de nos tronches de cakes qui partent faire du tourisme chez AWS ou Azure.
BioPass gère bien la détection de fausse présence avec une caméra infrarouge (supportée depuis la version 1.1), et la dernière mouture exige même que toutes les méthodes anti-spoofing activées valident, mais sans caméra IR, en se reposant sur le seul modèle d'IA, un visage peut potentiellement se laisser amadouer par une photo bien placée.
Ça reste le talon d'Achille classique de la biométrie, et on a déjà vu pire ailleurs, genre Windows Hello dont le visage devenait copiable sur une clé USB , ou ce laptop Dell qu'on déverrouillait avec un oignon , donc prenez-le plutôt comme un outil de confort plutôt que pour quelque chose qui renforce la sécu de votre Linux.
Pour tester, il y a des paquets .deb et .rpm sur les releases GitHub, et un paquet AUR biopass-bin pour les gens sous Arch. Ah et il vous faudra un capteur d'empreintes pour la partie doigt. Une webcam classique suffit pour la reconnaissance faciale, mais sans caméra infrarouge l'anti-spoofing reste encore une fois, fragile donc gardez ça en tête.
Le projet est sous licence MIT, et la prochaine grosse étape annoncée c'est carrément l'authentification vocale.
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Vous avez un service qui tourne sur le port 8080, mais aucune authentification native dessus et vous voulez ajouter OAuth2 sans avoir à toucher au code ? Vous êtes vraiment exigeant dans la vie !
Mais comme vos désirs sont des ordres, je vous présente oauth2-proxy dont c'est EXACTEMENT le boulot !
Le principe avec cet outil c'est qu'il se glisse entre l'utilisateur et votre application. Ainsi, si la personne n'est pas connectée, elle est alors redirigée vers son provider OAuth2 ou OIDC. Et une fois le token validé, popopop, la requête repart vers son point d'origine avec les infos utilisateur dans les headers HTTP. Et voilà comme votre app reçoit le nom, l'email, et les groupes associés à l'utilisateur ! Plus besoin de gérer l'auth dans votre code c'est que du bonheur !
Et la liste des providers supportés par oauth2-proxy est longue : Google (c'est celui par défaut), GitHub, GitLab, Microsoft Entra ID, Keycloak, Gitea / Forgejo, NextCloud, DigitalOcean, LinkedIn, Bitbucket, Cisco Duo... et un bon vieux client OIDC générique pour tout ce qui expose un accès standardisé. Comme ça si votre SSO interne parle OIDC, vous êtes déjà couvert !
Côté déploiement, c'est un simple binaire en Go et c'est également disponible en image Docker sur quay.io/oauth2-proxy/oauth2-proxy, pour AMD64, ARM64, ARMv6/v7, et quelques architectures plus exotiques du genre ppc64le, s390x pour les bandeurs de mainframes ^^.
Ensuite, l'outil peut fonctionner de 2 façons : Soit en proxy autonome devant votre service, ou en middleware intégré dans un reverse proxy existant comme nginx via le mécanisme auth_request. Dans ce second mode, oauth2-proxy ne fait en réalité que vérifier la session et répondre du code 202 ou 401. C'est nginx qui gère le routage et le proxy lui se contente d'authentifier les gens.
Et voilà, si vous cherchez à minimiser la surface d'attaque, c'est la config à privilégier. Tout est là : github.com/oauth2-proxy/oauth2-proxy , avec la doc complète. Et si vous cherchez quelque chose de plus intégré, avec tunnel et gestion des tunnels VPN en prime, il y a aussi Pangolin dont je vous ai parlé. Et pour du plus simple en contexte Docker, TinyAuth fera également très bien le taf.
Merci à Mathieu Passenaud pour le lien !
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Depuis quelques jours, plusieurs médias français ressortent cette merveilleuse histoire de la carte bancaire à empreinte digitale comme s'il s'agissait d'une révolution imminente ! Par exemple l'Indépendant titre carrément "le code à quatre chiffres c'est bientôt fini". Toudoum !!
Sauf que la techno, conçue par Thales et IDEMIA , est commercialisée en Europe depuis 2021 quand même. Et plus drôle encore, c'est que BNP Paribas a fermé la commercialisation de sa première version le 8 décembre 2025, soit bien avant que la presse en fasse un sujet d'actualité "frais".
La carte F.CODE d'IDEMIA, l'un des deux principaux fabricants de cartes biométriques en Europe avec Thales (crédit : IDEMIA).
Donc bon, on va remettre les pendules à l'heure ensemble, parce que le sujet mérite mieux qu'un communiqué de presse recopié à la chaîne par dix rédactions. Je vous propose donc de remettre un peu tout ça à plat parce que je lis quand même pas mal de conneries.
Tout d'abord, il faut savoir que le principe technique derrière ces CB est solide, faut le reconnaître. Vous posez le pouce sur un petit capteur de quelques millimètres intégré à la carte, le module Secure Element (l'équivalent du coffre-fort embarqué) compare l'empreinte au gabarit stocké dans la puce, et si ça matche, le paiement passe en moins d'une seconde !
Le mot-clé c'est d'ailleurs "match-on-card". Cela veut dire que la comparaison se fait localement, et donc que l'empreinte ne sort jamais de la carte, ni vers le commerçant, ni vers la banque, ni vers un serveur quelque part. C'est donc exactement le même délire que Touch ID ou Face ID chez Apple, et c'est ce qui distingue ce système d'une base biométrique centralisée façon ANT, dont on a vu cette année à quel point ça pouvait mal finir (looool).
Côté sécurité, y'a beaucoup de vrais points positifs. Le code PIN à quatre chiffres, c'est dix mille combinaisons. Avec un peu de skimming sur un terminal compromis et une caméra cachée au-dessus du clavier, vous pouvez tout récupérer encore plus facilement. Sans parler des PIN type 1234, 0000 ou date de naissance qui représentent une part énorme des codes en circulation selon les analyses de DataGenetics (1234 représente à lui seul environ 10,7% des PIN observés sur 3,4 millions de codes analysés).
La biométrie vient donc tuer ce vecteur d'attaque d'un coup. Ainsi, si quelqu'un vole votre carte, il ne peut rien en faire, en théorie, sans votre doigt. Faudra avoir un bon sécateur ^^. Et niveau conformité, ça rentre pile-poil dans le cadre PSD2 et l'authentification forte du client puisque la biométrie remplace le facteur "savoir" (le PIN) par un facteur "inhérence" (votre corps), ce qui valide les deux facteurs requis avec la possession de la carte. Une fois encore c'est comme avec l'iPhone et FaceID / TouchID quand on se connecte quelque part.
Sauf que voilà, c'est là que les médias arrêtent de creuser. Et y'a beaucoup de choses à creuser, croyez-moi ! Perso je trouve ça assez "gênant" (comme disent les zados... "Annnnh la génance !!") qu'on nous présente un sujet sécurité aussi important comme si on nous vendait des yaourts.
Parce que d'abord, le code PIN ne disparaît pas, sauf si vous avez la chance d'avoir une banque qui vous laisse le désactiver explicitement (et bonne chance pour trouver l'option dans les CGV). Hé oui, quasi toutes les implémentations que j'ai pu voir passer, gardent un bon gros fallback PIN pour les cas où le capteur foire (doigt mouillé, sale (sacré lulu), blessure, capteur défaillant) ou pour les retraits au DAB.
Or, vous le savez parce que vous avez Bac+18 en bon sens, la sécurité globale d'un système est celle de son maillon le plus faible. Donc si le code PIN reste en backup, vous n'avez pas supprimé le maillon faible mais vous l'avez juste rendu optionnel. Et donc un voleur qui sait ça, sera capable de forcer le fallback en simulant un échec biométrique et utiliser le code PIN pour peu qu'il le connaisse. Comme avant quoi...
Donc cette promesse "fin du code à 4 chiffres" est donc un bon gros raccourci marketing, et pas du tout une réalité technique.
Ensuite, autre souci, c'est que la biométrie n'est pas révocable. Donc si demain un labo ou un expert sécu arrive à extraire un gabarit d'empreinte d'un Secure Element compromis (ça s'est déjà vu sur des puces certifiées EAL5+ par attaques side-channel), vous ne pourrez pas changer votre doigt parce que j'sais pas si vous avez remarqué mais il est bien solidement attaché au sac de viande que vous appelez "Mon summer body" ^^.
Le risque est heureusement limité dans ce cas-ci parce que le gabarit reste sur la carte, mais structurellement, la donnée biométrique EST un mot de passe que vous ne pouvez jamais changer. C'est une contrepartie importante que personne ne mentionne dans les articles grand public.
Sur les attaques physiques par exemple, le Chaos Computer Club qu'on connaît tous, a démontré dès 2013 le bypass de Touch ID avec un moulage en latex fabriqué à partir d'une empreinte laissée sur un verre. Les capteurs intégrés dans une carte bancaire sont plus petits, moins denses en pixels, et n'ont pas la même puissance de calcul pour faire tourner des modèles anti-spoof avancés que ce qui est embarqué dans un iPhone.
Ils sont donc plausiblement PLUS contournables, donc j'imagine qu'un moulage en silicone ou en résine pourra facilement en venir à bout. À ma connaissance, y'a aucun chiffre public sérieux qui n'a été publié par les fabricants sur le taux de succès de ces attaques sur leurs cartes. Comme c'est pratique ;)
Le sujet de la mise sous pression par des affreux bandits, mérite aussi une mention. Parce qu'avec un code PIN, si on vous menace devant un DAB, vous pouvez théoriquement saisir un faux code (certaines cartes ont même une notion de " code sous contrainte " qui bloque la carte directement). Alors qu'avec un doigt, on vous chope la main et force et voilà...
La jurisprudence américaine est d'ailleurs intéressante là-dessus puisqu'un juge peut vous obliger à poser le doigt sur un TouchID, mais pas à donner votre code PIN par respect du 5e amendement. En France le débat est un peu différent mais analogue. C'est un petit détail légal mais personne ne l'aborde non plus pour tout ce qui est sécurité biométrique en général.
L'enrôlement à domicile via smartphone, vendu comme "sécurisé" mais dont le protocole détaillé reste opaque (crédit : IDEMIA).
Autre angle mort, l'enrôlement. En effet, aucun des articles que j'ai lus ne décrit exactement comment l'empreinte arrive dans la puce la première fois. Est-ce que ça se fait en agence, avec un lecteur dédié ? Via une app smartphone qui pousse le gabarit par NFC ?
On en sait rien, mais si c'est la seconde option, le pipeline app + carte est une surface d'attaque qui mérite un audit indépendant, et la promesse de "l'empreinte ne quitte jamais la carte" devient à géométrie variable. Côté Thales et IDEMIA, le marketing parle d'enrôlement à domicile sécurisé, mais les détails du protocole sont peu documentés, tout du moins ce que j'ai pu trouver en libre accès.
Et pour finir sur le côté pratique, la biométrie est une option payante. Bah ouais, 24 balles par an chez BNP et Crédit Agricole, sur des cartes Visa Premier ou Mastercard Gold qui coûtent déjà entre 130 et 180€ annuels, pourquoi se faire chier ? Société Générale a annoncé vouloir descendre en gamme là-dessus, mais pour l'instant, la sécurité forte est réservée à ceux qui peuvent payer. Sécurité à deux vitesses, donc, comme d'hab et moi je trouve que c'est un peu paradoxal pour un truc présenté comme la nouvelle norme.
Bref, mon verdict sur tout ça c'est que le design technique est bon, le match-on-card protège VRAIMENT des fuites massives, et ça c'est un excellent progrès face au PIN à 4 chiffres pour tout ce qui est usage courant. Mais le narratif "fin du code secret" reste faux puisque le PIN perdure en fallback, et surtout, la biométrie pose des problèmes structurels bien connus (non-révocable, vulnérable aux moulages, coercition, enrôlement opaque).
Donc voilà, si demain votre banque vous propose le passage au biométrique, demandez-lui comment se passe l'enrôlement, si le fallback PIN est désactivable, et combien ça coûte. Et peut-être que là, ça pourra être intéressant.
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