Jonas Eschenburg se tape un petit délire cet été, en portant Command & Conquer sur Atari ST, et il vient de s'occuper des cinématiques du jeu, le tout sur une machine équipée d'un Motorola 68000 cadencé à 8 MHz. Le même garçon avait déjà fait tourner Doom dessus.
Le décalage vaut le détour. Command & Conquer sort en 1995 sur PC, en VGA 256 couleurs, soit dix ans après l'Atari ST, qui affiche lui 16 couleurs en 320 par 200 points.
Envoyer les pixels bruts à l'écran est hors de question sur ce genre de matériel. La machine n'a ni le débit de lecture ni la puissance de calcul pour ça.
Eschenburg a donc écrit son propre codec, baptisé STV, adapté du format VQA que Westwood utilisait à l'époque pour ses vidéos. Le principe repose sur un codebook, autrement dit un dictionnaire de petits carrés de pixels : au lieu de transmettre chaque image entière, le fichier envoie surtout des numéros qui pointent vers des motifs déjà connus du lecteur.
L'astuce est en réalité ailleurs. Les blocs sont découpés pour tomber pile sur l'organisation mémoire de l'Atari, qui range ses couleurs en plans séparés plutôt qu'en pixels contigus, ce qui permet au processeur de recopier les motifs sans passer son temps à réorganiser les bits.
La palette et le dictionnaire se mettent à jour en continu pendant la lecture, et pas une fois pour toutes au début du fichier. Ça évite le gros pâté de blocs baveux qu'on attendrait d'une compression aussi agressive.
Le tout fonctionne sur un 8 MHz d'origine. Sans accélérateur. A priori, aucun jeu Atari ST n'avait affiché de vidéo plein écran avant celui-là.
Le jeu, lui, reste beaucoup plus poussif pour le moment : quelques images par seconde en 16 couleurs, correct seulement à partir d'un Falcon, et il réclame 4 Mo de mémoire. Autour du codec, Eschenburg a publié une dizaine d'utilitaires, dont un encodeur pour fabriquer les fichiers STV et un lecteur natif pour les regarder sur la machine.
Tout est sous licence GPL sur GitHub, le portage se récupère sur itch.io, et il faut fournir ses propres fichiers du jeu d'origine puisque le projet n'a rien à voir avec EA.
Détail amusant, le son ne sort que sur STe et Falcon. Sur un ST de base, les cinématiques défilent en silence complet. La question étant maintenant de savoir si tout ça ne m'a pas donné envie de rejouer à Command and Conquer, pour ressortir mon premier pseudo de game : Moissonneuse killer (vraiment).
Source : Hackaday
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Jean-Baptiste Kempf, le fondateur de VideoLAN, la communauté derrière le lecteur VLC, vient de lever le voile sur dav2d, un décodeur logiciel taillé pour AV2, le prochain grand codec vidéo libre.
Sa devise tient en une phrase qu'il assume complètement : un codec n'existe vraiment que le jour où tout le monde est capable de le décoder.
Pour bien comprendre, un codec, c'est la recette qui compresse une vidéo pour qu'elle pèse moins lourd à stocker et à transmettre, puis qui la reconstitue à la lecture.
AV2 est le successeur d'AV1, ce codec libre et sans redevances poussé par l'Alliance for Open Media face aux formats payants comme le HEVC, et il promet environ 25 % de compression en plus qu'AV1, parfois davantage selon les premières évaluations.
dav2d prolonge donc le travail entamé avec dav1d, le décodeur AV1 maison de VideoLAN qui est devenu, au fil des ans, le décodeur AV1 logiciel le plus déployé de la planète, présent aussi bien dans VLC et FFmpeg que dans Firefox, Chrome, Safari ou Android.
Le projet est ouvert, sous licence BSD comme son grand frère, et se développe publiquement sur le GitLab de VideoLAN depuis quelques semaines déjà.
Côté technique, dav2d gère déjà le 8 et le 10 bits, couvre l'intégralité des fonctions du décodeur de référence AVM v15, et embarque des optimisations écrites à la main en assembleur pour les processeurs Intel et AMD comme pour les puces ARM, avec du RISC-V en chantier et un outil de vérification intégré dès le premier jour.
Le vrai défi est là : décoder de l'AV2 est environ cinq fois plus lourd que décoder de l'AV1, ce qui rend un décodeur rapide et soigneusement optimisé absolument vital si on veut lire ces vidéos sans faire chauffer la machine.
La spécification d'AV2 vient tout juste d'être publiée par l'Alliance for Open Media, qui avait déjà mis la main à la poche pour financer une partie de dav1d à ses débuts.
Bref, le codec vidéo de demain a déjà son décodeur libre en route. Et quand VideoLAN s'y colle, on sait que ça finira tôt ou tard dans la moitié de nos appareils.
Source : Jean-Baptiste Kempf
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