Handala, un groupe de hackers liés à l'Iran, vient d'annoncer qu'il aurait pu couper l'eau de 2 millions de Californiens. Le groupe a en effet piraté California Water Service et balancé 5 Go de données pour le prouver.... Mais bon, peu importe ce qu'ils disent, la vérité c'est que non, il n'aurait pas pu.
Et c'est tout l'intérêt de cette histoire que je m'en vais vous conter....
Tout d'abord, quand on regarde ce qu'ils ont vraiment chopé, je vous avoue, on est trèèèèès loin du robinet. Leur point d'entrée, visiblement, c'est un serveur RTKBase, un outil open-source de correction GPS pour les équipes de terrain. Le truc traînait sur Internet, accessible en HTTP sur le port 10000, avec les identifiants admin et les mots de passe en clair. Comme à peu près tous les sites de l'administration française quoi... loool #troll # dataleakasaservice .
Et il tournait comme ça depuis plus de 780 heures d'affilée, soit plus d'un mois en libre accès. A partir de celui-ci, les attaquants ont alors pu sauter vers les systèmes de facturation, parce que rien ne séparait correctement le réseau GPS des données sensibles. Et ça leur a permis de récupérer les infos clients d'au moins 7 districts (Bakersfield, Chico, Salinas, Stockton, Visalia, San Mateo...) : noms, adresses, téléphones, numéros de compte, historiques de paiement.
Cela veut dire que ce qu'ils ont chopé en réalité, ce sont des fichiers clients, mais pas du tout un accès à une valve ou une pompe, ni même au moindre petit robinet qui goutte... snif...
Donc oui, grosse fuite de données perso, mais pas une seule ligne du système de traitement ou de distribution de l'eau n'a été touchée ! Pas de SCADA, pas d'automate, rien de ce qui pilote physiquement ce qui sort de votre robinet. Les analystes qui ont épluché les données sont très clairs là-dessus : Rien là dedans ne prouve que Handala peut couper l'eau d'une ville américaine. Le groupe n'a d'ailleurs aucun historique connu de sabotage de système de traitement d'eau. Le "j'aurais pu faire pire", c'est de l'intimidation et rien de plus...
Pour comprendre la différence, faut voir à quoi ressemble une vraie attaque sur une infra. Quand on pense sécurité et systèmes industriels, le premier truc qui vient à l'esprit, c'est en général le SCADA en place dans les usines, qu'on peut parfois croiser au détour d'un Shodan ou autre.
Une vraie attaque, c'est ça qu'elle vise. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais en décembre 2015, environ 230 000 Ukrainiens ont été plongés dans le noir à cause d'un malware qui ciblait directement les systèmes de contrôle électrique. Ou Stuxnet , qui a physiquement détruit un millier de centrifugeuses iraniennes. Ou Oldsmar en 2021, où quelqu'un a brièvement fait grimper le taux de soude dans l'eau potable d'une petite ville de Floride. Ça, c'est toucher l'OT, la partie qui commande les machines pour de vrai.
Désolé Handala.... lol
Maintenant, faut pas non plus les ranger au rayon des script kiddies parce qu' Handala, c'est en réalité la façade "hacktiviste" de Void Manticore, un groupe rattaché au renseignement iranien, avec notamment tout un arsenal de wipers maison pour effacer des disques.
Par exemple en mars dernier, ils ont lancé une attaque destructrice chez Stryker, un géant de l'équipement médical. Leur mode opératoire, c'est de voler les données d'abord, puis de revenir ensuite pour tout casser. D'ailleurs ils sont loin d'être les seuls puisque dès 2023, un autre groupe iranien, CyberAv3ngers, avait piraté 75 automates Unitronics dans des stations d'eau et d'autres infras aux États-Unis, au point que la CISA a dû tirer la sonnette d'alarme. En clair, des hackers iraniens qui s'en prennent aux stations d'eau américaines , c'est devenu la routine....
Bref, Handala n'a pas coupé l'eau mais le jour où un groupe avec un vrai accès SCADA débarquera, faudra pas venir dire qu'on n'était pas prévenus.
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Cult of the Dead Cow , un des plus vieux collectifs hacktivistes encore en activité, ne se contente pas que de balancer des manifestes politiques depuis 1984. Ils codent. Et leur dernier bébé en date s'appelle Veilid , et c'est un framework P2P qui veut faire à vos apps ce que Tor a fait à votre navigateur.
Histoire de vous expliquer, vous prenez Veilid, vous l'intégrez dans votre app mobile ou web, et d'un coup tout votre trafic passe par un réseau pair-à-pair (P2P) chiffré de bout en bout. Cela veut dire qu'il n'y a pas de serveur central qui stocke vos messages.
Concernant votre IP, celle-ci n'apparaît alors plus au niveau applicatif (le routage privé l'obfusque entre pairs), et chaque nœud est identifié par une clé publique Ed25519 256-bit. Donc autant dire un truc carrément impossible à brute-force.
Le projet a été annoncé à DEF CON 31 en août 2023 par Christien "DilDog" Rioux et Katelyn "Medus4" Bowden, 2 membres historiques de cDc, et près de trois ans plus tard, ça continue d'évoluer toujours à un rythme régulier.
L'idée technique vous la connaissez si vous avez déjà touché à du décentralisé : Une table de hachage distribuée (DHT, en fait un annuaire éclaté entre tous les nœuds du réseau) gère le routage, chaque nœud relaie du trafic chiffré qu'il ne peut pas lire, et les pairs s'échangent des données sans jamais révéler leur IP.
Perso, c'est l'approche qui me semble vachement plus saine pour faire du social sans Mark Zuckerberg dans la boucle. C'est dans le même esprit que Tor et qu' IPFS , sauf que Veilid est pensé dès le départ pour les développeurs d'applications. Donc c'est pas fait pour anonymiser de la navigation web ou stocker des fichiers. C'est un Tor des applications si vous préférez...
Le framework est codé en Rust avec des bindings Flutter et Dart pour le mobile ainsi qu'une cible WebAssembly pour le navigateur. Vous pouvez donc carrément déployer une app Veilid sur Linux, macOS, Windows, Android, iOS, et même directement dans Chrome ou Firefox via WASM.
Le code, lui, est découpé en plusieurs composants : veilid-core pour le moteur, veilid-tools pour les utilitaires, veilid-flutter pour le mobile, veilid-wasm pour le navigateur et veilid-server qu'on installe sur un VPS Debian ou Fedora pour faire tourner un nœud public. Voilà, et le tout est sous licence Mozilla Public License 2.0, donc copyleft mais compatible si vous y ajoutez du code propriétaire par dessus.
L'app phare qui tourne déjà sur ce framework, c'est VeilidChat , une messagerie type Signal mais sans aucun serveur, sans numéro de téléphone et sans annuaire centralisé. Vous échangez votre clé publique avec un pote, et hop, c'est parti.
Si ça vous dit d'y jeter un oeil, sachez que le code de Veilid n'est pas sur GitHub mais sur GitLab . Après c'est encore assez nouveau, ce qui veut dire que ça bouge beaucoup de release en release. Donc si vous voulez coder votre prochaine app par dessus ce framework, va falloir vous accrocher car ça cassera souvent.
Mais si vous codez du décentralisé et que vous en avez franchement marre de bricoler libp2p à coup de colle forte Python, Veilid mérite un sérieux coup d'œil. Et même si vous codez pas, gardez l'œil sur VeilidChat car le jour où une appli grand public sortira là-dessus, ça va vraiment envoyer du lourd.
Beaucoup plus que Signal ou Telegram, je pense !
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