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Hier — 23 octobre 2026Ruptures

Blocage persistant au Conseil sur le futur budget européen

Par : pierre

15 et 16 octobre, Bruxelles, réunion du Conseil européen : affrontements sous-jacents mais ambiance feutrée d’entre soi. 17 octobre, Paris et plusieurs centaines d’autres villes en France : convergence des colères (malgré les casseurs) face à des décisions financières et budgétaires conspuées. Deux mondes aux antipodes.

Dans le second cas, des centaines de milliers de manifestants – lycéens et étudiants poursuivant leur mobilisation en cours, mais aussi salariés du privé, enseignants, fonctionnaires, pompiers, de même que des agriculteurs et de nombreux anciens « Gilets jaunes » – ont battu le pavé ou occupé des ronds-points pour crier leur ras le bol face à un avenir bouché et un présent insupportable (pouvoir d’achat, prix des carburants…). Des manifestations où fleurissaient nombre de drapeaux français et de Marseillaises, manière, sans doute, d’exprimer le peu d’appétit pour une soumission face à Bruxelles.

Car les chefs d’Etat et de gouvernement réunis dans la capitale des institutions européennes avaient à leur ordre du jour des thèmes ou des décisions qui influent de près ou de loin sur le sort des peuples. En vrac, selon le compte-rendu officiel : « compétitivité, Ukraine, République de Moldavie, prochain cadre financier pluriannuel, Moyen-Orient, défense et sécurité européennes, migrations, élargissement »… Entre autres.

Le dossier le plus brûlant était l’élaboration du budget communautaire pour la période 2028-2034

Deux sujets ont particulièrement retenu l’attention des observateurs du sommet. Le dossier le plus brûlant et le plus disputé était l’élaboration du budget communautaire pour la période 2028-2034. L’affrontement sur le « Cadre financier pluriannuel » (CFP) est en réalité un grand classique qui revient tous les sept ans.

Recettes et dépenses de l’UE en dépendent, et cela met aux prises traditionnellement d’un côté les pays qui souhaitent préserver notamment la politique agricole commune et les fonds régionaux (censés organiser des transferts de richesses au profit des régions les moins développées) ; et de l’autre les Etats – baptisés « frugaux » ou « radins » par leurs adversaires – qui se fixent comme priorité la baisse de ces dépenses qu’ils jugent appartenir au passé.

Le premier groupe rassemble plus d’une quinzaine de pays, en particulier ceux qui touchent des subventions européennes dont le montant dépasse ce qu’ils versent au pot commun ; le second est mené par l’Allemagne, flanquée des Pays-Bas, de l’Autriche, de la Suède, du Danemark et de la Finlande. Ces derniers sont des « contributeurs nets », c’est-à-dire qu’ils versent au pot commun bien plus qu’ils ne reçoivent de celui-ci.

Les pays des deux camps se rejoignent en revanche sur l’exigence de financer deux grands nouveaux domaines : la « compétitivité » (crédits distribués essentiellement aux grandes entreprises pour faire face à la concurrence mondiale dans les nouvelles technologies) ; et la « défense », c’est-à-dire en réalité l’effort de préparation à la guerre.

Pour prendre en compte les desideratas de financement des uns et des autres, la Commission européenne avait initialement proposé un cadre global de 1 826 milliards d’euros sur les sept années commençant en 2028. Le précédent CFP, qui court sur les années 2021-2027, s’élevait, lui, à 1 074 milliards. Autrement dit, Bruxelles a suggéré un quasi doublement de cette somme.

Cela a provoqué un tollé chez les « frugaux ». Alors que ces derniers insistent pour voir diminuer leur cotisation – calculée au prorata du PIB de chaque Etat membre – la perspective que celle-ci augmente a fait figure de casus belli. Une proposition de compromis, pour un montant de 1 686 milliards a été mise sur la table par l’Irlande, qui préside, pour le présent semestre, le Conseil de l’UE. Compromis qui a été immédiatement rejeté par les deux camps, l’un le trouvant totalement insuffisant, l’autre bien trop élevé.

Le président du Conseil européen a exhorté : hâtons-nous de conclure avant la fin de cette année – autrement dit avant que les électeurs n’aient voté

A ce stade, les positions semblent donc irréconciliables. La France, pour sa part, fait partie des contributeurs nets (elle arrive deuxième dans les versements à Bruxelles derrière l’Allemagne) ; mais elle est également le plus gros bénéficiaire de la politique agricole commune, ce qui conduit le président français à afficher une volonté de compromis.

Dans le projet de budget national que son gouvernement vient de présenter au Parlement, la contribution française (brute) à l’UE s’élève à 30,9 milliards d’euros. Elle était de 28,8 milliards en 2026 et de 23 milliards en 2025. Lors de l’accession d’Emmanuel Macron à l’Elysée, en 2017, elle s’élevait à 16 milliards d’euros – soit un quasi-doublement sous son règne…

Paris est l’une des capitales qui plaident pour mettre en place des « ressources propres », c’est-à-dire des taxes prélevées directement au profit du budget communautaire, nouvelles recettes qui viendraient donc s’ajouter aux cotisations des Etats membres. Cette suggestion avait déjà été évoquée en 2020, lorsque les Vingt-sept avaient souscrit, auprès des marchés financiers, un gigantesque emprunt commun de 750 milliards d’euros – il s’agissait alors de relancer l’économie suite à la crise causée par le Covid.

Aucun consensus n’avait cependant émergé à l’époque sur des nouvelles ressources (sauf une modeste taxe sur les plastics), si bien que les premières échéances de remboursement se rapprochent, sans financement spécifique. Elles vont donc probablement venir alourdir les charges du CFP à venir. Aucun accord ne se dessine non plus présentement sur de nouvelles recettes en faveur de ce dernier.

Bref, à ce jour, les négociations à Vingt-sept semblent bel et bien bloquées. Une impasse qui n’est pas inhabituelle à plus d’un an de l’échéance, mais qui effraye cependant les responsables européens. Car ceux-ci pointent un élément aggravant qui n’était pas présent lors des précédents bras de fer : plusieurs pays importants vont faire face à des échéances électorales dans les douze  mois qui viennent. C’est le cas de l’Espagne, de la France, de l’Italie, de la Pologne, de la Grèce.

Dans plusieurs d’entre eux, des forces politiques classées populistes ou d’extrême droite affichent leur intention de remettre en cause les contributions nationales aux finances communautaires. Et en Allemagne, des élections régionales où l’AfD pourrait bien confirmer ses succès récents pourraient encore affaiblir la position du chancelier, déjà très impopulaire.

D’où l’injonction adressée par le président du Conseil européen, le Portugais Antonio Costa (photo, à droite, bavardant avec Ursula von der Leyen), aux chefs d’Etat et de gouvernement : hâtons-nous de conclure avant la fin de cette année – autrement dit avant que les électeurs n’aient voté ! – sinon, ce sera sans doute trop tard. Pour sa part, le locataire de l’Elysée a martelé : « il n’y aura pas d’espace politique à partir de janvier ».

Pour l’heure, ces incantations sont cependant restées sans effet. Et il est peu probable que le Conseil extraordinaire, prévu pour le 26 novembre, soit en mesure de faire converger les positions des uns et des autres.

Le président ukrainien a réclamé une nouvelle rallonge de 70 milliards supplémentaires pour boucler son budget 2027

Les chefs d’Etat et de gouvernement ont en revanche tenté d’afficher un consensus sur un deuxième point à l’ordre du jour : le soutien à Kiev. Ils ont mis en scène l’accueil enthousiaste qu’ils ont réservé à Volodymyr Zelensky, venu à Bruxelles se réconforter après que le président américain eut ostensiblement lâché l’Ukraine et se fut tourné vers Moscou. Ils ont réaffirmé, selon le communiqué, « le soutien ferme et indéfectible de l’UE à l’Ukraine et à son peuple », et ont convenu d’un vingt-et-unième paquet de sanctions contre Moscou.

Mais après avoir salué ses hôtes – qui par une chaleureuse accolade, qui par une plus sobre poignée de main – le dirigeant ukrainien n’a pas tardé à réclamer à nouveau une rallonge de 70 milliards supplémentaires pour boucler son budget 2027, après qu’il a déjà engrangé une promesse de 90 milliards qui lui seront versés ces deux prochaines années (dont les deux tiers pour son effort de guerre), et qu’il a encaissé plus de 220 milliards de l’UE et de ses Etats membres depuis 2022.

Mais, là encore, les Vingt-sept ne s’accordent pas sur le financement de cette monumentale générosité. Le chancelier allemand, enthousiaste soutien de Kiev, ne veut pas entendre parler d’un nouvel emprunt commun, et relance l’idée de saisir les actifs russes gelés en 2022.

Une piste qui a déjà été plusieurs fois rejetée par la Belgique, et que la France ne soutient pas. Décidément, de quelque côté qu’on se tourne, les consensus européens font désormais figure de mission impossible…

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Blocage persistant au Conseil sur le futur budget européen…

Par : pierre

15 et 16 octobre, Bruxelles, réunion du Conseil européen : affrontements sous-jacents mais ambiance feutrée d’entre soi. 17 octobre, Paris et plusieurs centaines d’autres villes en France : convergence des colères (malgré les casseurs) face à des décisions financières et budgétaires conspuées. Deux mondes aux antipodes.

Dans le second cas, des centaines de milliers de manifestants – lycéens et étudiants poursuivant leur mobilisation en cours, mais aussi salariés du privé, enseignants, fonctionnaires, pompiers, de même que des agriculteurs et de nombreux anciens « Gilets jaunes » – ont battu le pavé ou occupé des ronds-points pour crier leur ras le bol face à un avenir bouché et un présent insupportable (pouvoir d’achat, prix des carburants…). Des manifestations où fleurissaient nombre de drapeaux français et de Marseillaises, manière, sans doute, d’exprimer le peu d’appétit pour une soumission face à Bruxelles.

Car les chefs d’Etat et de gouvernement réunis dans la capitale des institutions européennes avaient à leur ordre du jour des thèmes ou des décisions qui influent de près ou de loin sur le sort des peuples. En vrac, selon le compte-rendu officiel : « compétitivité, Ukraine, République de Moldavie, prochain cadre financier pluriannuel, Moyen-Orient, défense et sécurité européennes, migrations, élargissement »… Entre autres.

Deux sujets ont particulièrement retenu l’attention des observateurs du sommet. Le dossier le plus brûlant et le plus disputé était l’élaboration du budget communautaire pour la période 2028-2034. L’affrontement sur le « Cadre financier pluriannuel » (CFP) est en réalité un grand classique qui revient tous les sept ans.

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À partir d’avant-hierRuptures

L’UE ne cesse de financer massivement l’Ukraine, mais provoque ainsi de nouvelles contradictions…

Par : pierre

En anglais, on dit « open bar ». En français, « buffet à volonté ». Et en ukrainien ? Le concept existe forcément à Kiev, où le président Zelensky (à droite, face à Ursula von der Leyen) réclame de l’UE et de ses Etats membres encore et toujours des financements supplémentaires tant pour ses capacité militaires que pour son budget général. Et les obtient sans discontinuer.

En tout cas, les obtenait. Car à force de tirer sur la corde, le chef de l’Etat ukrainien pourrait finir par semer le trouble chez ses partenaires européens. Le 24 août dernier, il a sidéré ces derniers en leur annonçant un déficit du budget 2026 à combler à hauteur de 23 milliards d’euros.

Fin septembre, le problème semblait avoir été résolu par Kiev, mais le gouvernement ukrainien demandait en revanche tout à trac un pactole de 69 milliards d’euros pour faire face aux besoins estimés pour 2027.

L’Ukraine a fait valoir l’intensification des bombardements russes et leur impact majeur sur l’économie du pays. En outre, les exportations – notamment agricoles – de ce dernier qui transitent par la Mer Noire sont fortement ralenties, ce qui représente autant de recettes en moins. Enfin, le président ukrainien va certainement tirer argument du « lâchage » récent par Donald Trump. Et nul doute que les « partenaires européens » de Kiev vont mettre en scène leur « soutien indéfectible » à Volodymyr Zelensky.

Pourtant, pour plusieurs dirigeants européens, la pilule est cette fois dure à avaler. L’UE vient en effet déjà de promettre 90 milliards, sur deux ans (2026 et 2027), soit 60 milliards destinés à financer l’effort de guerre, et 30 milliards pour boucher les trous du budget civil. Une promesse financée par un emprunt européen commun des pays de l’UE, que les Ukrainiens sont censés rembourser quand ils auront obtenu le paiement de dommages de guerre attendus de Moscou – c’est-à-dire jamais.

Pour sa part, le chancelier allemand a confirmé, lors d’une visite éclair à Kiev le 4 octobre, « un nouveau programme d’aide militaire à l’Ukraine d’environ 1 milliard d’euros ». Selon ses propres chiffres, l’Allemagne a donné plus de 43 milliards d’euros de soutien civil bilatéral et près de 58 milliards d’euros d’aide militaire depuis quatre ans.

Pour mesurer l’ampleur globale de la perfusion, il faut rappeler que l’UE et ses Etats membres ont déjà transféré plus de 220 milliards d’euros depuis février 2022, selon les chiffres fournis par Bruxelles. Soit par exemple l’équivalent du total des dépenses budgétaires de l’Espagne prévues pour 2027. D’où cette exclamation d’un haut fonctionnaire européen (citée par Le Monde) : « on a l’impression d’arroser le désert »…

Un cri du cœur qui traduit une inquiétude particulièrement sensible à l’heure où les Vingt-sept tentent de trouver un accord sur le budget communautaire 2028-2034 de l’UE. A ce stade, ce Cadre financier pluriannuel (CFP) prévoit 100 milliards d’euros supplémentaires pour l’Ukraine…

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L’UE ne cesse de financer massivement l’Ukraine, mais provoque ainsi de nouvelles contradictions

Par : pierre

En anglais, on dit « open bar ». En français, « buffet à volonté ». Et en ukrainien ? Le concept existe forcément à Kiev, où le président Zelensky (à droite, face à Ursula von der Leyen) réclame de l’UE et de ses Etats membres encore et toujours des financements supplémentaires tant pour ses capacité militaires que pour son budget général. Et les obtient sans discontinuer.

En tout cas, les obtenait. Car à force de tirer sur la corde, le chef de l’Etat ukrainien pourrait finir par semer le trouble chez ses partenaires européens. Le 24 août dernier, il a sidéré ces derniers en leur annonçant un déficit du budget 2026 à combler à hauteur de 23 milliards d’euros.

Fin septembre, le problème semblait avoir été résolu par Kiev, mais le gouvernement ukrainien demandait en revanche tout à trac un pactole de 69 milliards d’euros pour faire face aux besoins estimés pour 2027.

L’Ukraine a fait valoir l’intensification des bombardements russes et leur impact majeur sur l’économie du pays. En outre, les exportations – notamment agricoles – de ce dernier qui transitent par la Mer Noire sont fortement ralenties, ce qui représente autant de recettes en moins. Enfin, le président ukrainien va certainement tirer argument du « lâchage » récent par Donald Trump. Et nul doute que les « partenaires européens » de Kiev vont mettre en scène leur « soutien indéfectible » à Volodymyr Zelensky.

Pourtant, pour plusieurs dirigeants européens, la pilule est cette fois dure à avaler. L’UE vient en effet déjà de promettre 90 milliards, sur deux ans (2026 et 2027), soit 60 milliards destinés à financer l’effort de guerre, et 30 milliards pour boucher les trous du budget civil. Une promesse financée par un emprunt européen commun des pays de l’UE, que les Ukrainiens sont censés rembourser quand ils auront obtenu le paiement de dommages de guerre attendus de Moscou – c’est-à-dire jamais.

Pour sa part, le chancelier allemand a confirmé, lors d’une visite éclair à Kiev le 4 octobre, « un nouveau programme d’aide militaire à l’Ukraine d’environ 1 milliard d’euros ». Selon ses propres chiffres, l’Allemagne a donné plus de 43 milliards d’euros de soutien civil bilatéral et près de 58 milliards d’euros d’aide militaire depuis quatre ans.

l’UE et ses Etats membres ont déjà transféré plus de 220 milliards d’euros depuis février 2022

Pour mesurer l’ampleur globale de la perfusion, il faut rappeler que l’UE et ses Etats membres ont déjà transféré plus de 220 milliards d’euros depuis février 2022, selon les chiffres fournis par Bruxelles. Soit par exemple l’équivalent du total des dépenses budgétaires de l’Espagne prévues pour 2027. D’où cette exclamation d’un haut fonctionnaire européen (citée par Le Monde) : « on a l’impression d’arroser le désert »…

Un cri du cœur qui traduit une inquiétude particulièrement sensible à l’heure où les Vingt-sept tentent de trouver un accord sur le budget communautaire 2028-2034 de l’UE. A ce stade, ce Cadre financier pluriannuel (CFP) prévoit 100 milliards d’euros supplémentaires pour l’Ukraine…

Négocier, tous les sept ans, un nouveau CFP constitue déjà un casse-tête en temps normal. Il oppose traditionnellement le camp de ceux qui veulent maintenir ou augmenter les dépenses communes (notamment les fonds agricoles et régionaux), et ceux, baptisés pays « frugaux », dont l’objectif est au contraire de réduire les dépenses. Berlin est, comme d’habitude, le poids lourd des « frugaux » qui incluent notamment les Pays-Bas, les Scandinaves, l’Autriche…

Quoi qu’il en soit, comment expliquer aux peuples qu’il convient de multiplier les économies, tout en continuant à généreusement arroser l’Ukraine ? Par ailleurs, les Vingt-sept appellent Kiev à « accélérer les réformes », notamment celles censées restreindre la corruption – celle-ci demeure un fléau majeur de ce pays.

Pour sa part, la présidente de la Commission européenne a rappelé que l’emprunt commun de 150 milliards souscrit par l’UE en vue du réarmement des Etats membres, et à disposition de ceux-ci pour fabriquer ou acheter leurs équipements et munitions, n’a pas encore été intégralement utilisé.

Dès lors, a fait valoir Ursula von der Leyen, les gouvernements nationaux ont toute liberté pour piocher dans cet emprunt afin d’acheter des armes et les offrir à Kiev. Ils devront évidemment rembourser cette dépense comme ils l’auraient fait s’il s’était agi de se procurer les matériels pour eux-mêmes.

Les demandes ukrainiennes ont à nouveau remis sur le tapis la question des « avoirs russes gelés »

Plusieurs autres expédients sont envisagés dans les couloirs de la Commission pour tenter de répondre aux demandes ukrainiennes. Surtout, ces demandes ont remis une nouvelle fois sur le tapis la question des « avoirs russes gelés ». Ces capitaux appartenant à la Russie avaient été bloqués en février 2022, au titre de sanction, dans des institutions financières européennes.

Là encore, les Vingt-sept sont divisés en deux camps. Plusieurs pays, dont bien sûr la Pologne ou les Baltes, mais aussi l’Allemagne, militent pour faire carrément main basse sur le pactole, et financer ainsi les revendications de Kiev. Face à eux, d’autres capitales pointent les risques d’une telle manœuvre, tout particulièrement Bruxelles.

Et pour cause : l’essentiel des sommes – 180 milliards d’euros – est détenu par une société de droit belge. La Belgique serait donc en première ligne si un arbitrage international donnait raison à Moscou et ordonnait de gigantesque remboursements et pénalités. Paris est également réticent.

Le thème se retrouvera probablement une nouvelle fois sur la table des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE lors du Conseil européen des 15 et 16 octobre. Et pourrait provoquer de nouvelles escarmouches.

Non content de mettre ses alliés et soutiens sous pression financière permanente – qui plus est au moment où des élections difficiles se profilent pour les pouvoirs en place (Espagne, Italie, France, Pologne…) – Volodymyr Zelynsky contribue donc à réactiver de vieilles querelles au sein même de l’Union européenne.

Reste à savoir combien de temps encore une telle situation pourra perdurer.

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Quelles sont les vraies raisons des sanctions prises par les autorités françaises contre Xenia Fedorova ?…

Par : pierre

Ce fut le feuilleton de l’été. Un feuilleton plus inquiétant que distrayant. Le rôle principal en était tenu – bien contre son gré – par la journaliste russe Xenia Fedorova. Celle-ci fut directrice de la chaîne et du site de RT France de 2017 à 2022.

On se souvient qu’en mars 2022, l’Union européenne, suite à l’entrée des troupes russes en Ukraine, décidait d’interdire la diffusion des différentes chaînes RT sur le territoire des Vingt-sept. Une décision hautement politique, mais dont les fondements juridiques étaient pour le moins fragiles.

Xenia Fedorova était cependant restée à Paris. Elle s’est alors rapprochée de médias français appartenant au groupe de presse du milliardaire français Vincent Bolloré. Elle collaborait par exemple à l’hebdomadaire Le Journal du Dimanche (JDD), et tenait également une chronique régulière sur la chaîne CNews (photo). Sans surprise, elle y défendait des arguments plus proches de ceux de Moscou que de ceux de l’OTAN.

Une situation et une tribune que plusieurs grands médias – dont Le Monde, Libération, Mediapart… – ainsi que des élus de divers bords politiques – parmi lesquels des députés macronistes, ainsi que la secrétaire nationale des Ecologistes de même que le potentiel candidat socialiste à l’élection présidentielle Raphaël Glucksmann – jugeaient insupportables.

L’eurodéputée Nathalie Loiseau, connue pour son engagement anti-russe frénétique, avait même fait voter par ses collègues de l’Assemblée européenne une résolution exigeant l’inclusion de Mme Fedorova dans la longue liste des personnes sanctionnées par l’UE. Sans succès dans un premier temps. Les autorités françaises n’avaient pas poussé pour cela. Elles faisaient valoir leur intention de plutôt préparer des mesures nationales en ce sens.

Finalement, le couperet est tombé le 27 juillet, sous la forme d’un arrêté d’expulsion, jumelé avec une assignation à résidence (le droit comporte parfois d’étranges paradoxes…). Un gel de ses avoirs en France était également ordonné, avec interdiction à quiconque de l’aider financièrement. En réalité, l’intéressée avait quitté la France quelques jours auparavant, déclenchant une traque de médias qui ont cru repérer son passage à Nice, à Rome, avant de perdre sa trace…

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Quelles sont les vraies raisons des sanctions prises par les autorités françaises contre Xenia Fedorova ?

Par : pierre

Ce fut le feuilleton de l’été. Un feuilleton plus inquiétant que distrayant. Le rôle principal en était tenu – bien contre son gré – par la journaliste russe Xenia Fedorova. Celle-ci fut directrice de la chaîne et du site de RT France de 2017 à 2022.

On se souvient qu’en mars 2022, l’Union européenne, suite à l’entrée des troupes russes en Ukraine, décidait d’interdire la diffusion des différentes chaînes RT sur le territoire des Vingt-sept. Une décision hautement politique, mais dont les fondements juridiques étaient pour le moins fragiles.

Xenia Fedorova était cependant restée à Paris. Elle s’est alors rapprochée de médias français appartenant au groupe de presse du milliardaire français Vincent Bolloré. Elle collaborait par exemple à l’hebdomadaire Le Journal du Dimanche (JDD), et tenait également une chronique régulière sur la chaîne CNews (photo). Sans surprise, elle y défendait des arguments plus proches de ceux de Moscou que de ceux de l’OTAN.

Une situation et une tribune que plusieurs grands médias – dont Le Monde, Libération, Mediapart… – ainsi que des élus de divers bords politiques – parmi lesquels des députés macronistes, ainsi que la secrétaire nationale des Ecologistes de même que le potentiel candidat socialiste à l’élection présidentielle Raphaël Glucksmann – jugeaient insupportables.

L’eurodéputée Nathalie Loiseau, connue pour son engagement anti-russe frénétique, avait même fait voter par ses collègues de l’Assemblée européenne une résolution exigeant l’inclusion de Mme Fedorova dans la longue liste des personnes sanctionnées par l’UE. Sans succès dans un premier temps. Les autorités françaises n’avaient pas poussé pour cela. Elles faisaient valoir leur intention de plutôt préparer des mesures nationales en ce sens.

Finalement, le couperet est tombé le 27 juillet, sous la forme d’un arrêté d’expulsion, jumelé avec une assignation à résidence (le droit comporte parfois d’étranges paradoxes…). Un gel de ses avoirs en France était également ordonné, avec interdiction à quiconque de l’aider financièrement. En réalité, l’intéressée avait quitté la France quelques jours auparavant, déclenchant une traque de médias qui ont cru repérer son passage à Nice, à Rome, avant de perdre sa trace…

« Une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public »

Sur le principe, un Etat est évidemment légitime pour décider qu’un ressortissant étranger peut résider, ou non, sur le territoire national. Ce qui laisse pantois, en revanche, sont les prétextes mis en avant par les autorités.

Selon l’arrêté, le « comportement » de Xenia Fedorova « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Etat ». En outre, sa présence sur le territoire français « constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ». Le texte pointe également la « stratégie de déstabilisation » du « corps social »… La journaliste a-t-elle été prise sur le fait dans la préparation d’un attentat ? Complotait-elle avec des forces subversives décidées à renverser le pouvoir ?

Evidemment non. Son tort était, pour reprendre les termes du ministre des Affaires étrangères, d’être « venue en France comme agente d’influence pour relayer la propagande russe, avec les méthodes du Kremlin, et perturber ainsi notre débat public et démocratique ».

Et Jean-Noël Barrot n’a pas hésité à mettre en perspective les méfaits attribués à Xenia Fedorova et des attentats attribués à la Russie : « de la Moldavie à l’Allemagne, en passant par la Roumanie et la Pologne, nous avons vu la même mécanique se mettre en œuvre : propagande, manipulation de l’information, financements opaques, jusqu’aux actes de sabotage et aux attaques de drones observées la semaine du 3 août à Leipzig. Le but est toujours le même : peser sur les élections, délégitimer les responsables politiques, dresser les citoyens les uns contre les autres ».

Pour leur part, les eurodéputés macronistes désignaient Mme Fedorova comme une « propagandiste russe notoire », coupable, selon eux, de la diffusion de « narratifs grossièrement manipulatoires sur la guerre en Ukraine et à l’égard de l’UE ».

Quant au Monde, il relatait – et partageait – l’état d’esprit régnant au ministère de l’Intérieur en accusant l’intéressée de « relayer au mot près les mensonges les plus extravagants de Moscou », de pratiquer la « désinformation » et la « distorsion systématique des faits ».

« Narratifs grossièrement manipulatoires », « mensonges extravagants »,

Mais quels sont donc ces « mensonges extravagants », ces « narratifs grossièrement manipulatoires » ? Deux exemples sont notamment évoqués. Le premier accuse la journaliste de prétendre que la Lettonie « glorifie » le nazisme.

S’agit-il d’une impardonnable calomnie ? Il faut rappeler que ce pays balte a institué une « Journée du Légionnaire » en hommage aux soldats de la Légion lettonne qui fut une légion de la Waffen-SS. En 1998, une commémoration officielle est même instituée chaque 16 mars. En 2000, le gouvernement letton abolit cependant le caractère officiel de cette dernière, sur les conseils, un peu gênés, de dirigeants européens, peu de temps avant l’adhésion de ce pays à l’UE.

Le second « mensonge extravagant » réside dans l’affirmation selon laquelle l’Occident prolonge délibérément la guerre en Ukraine. Force est pourtant de constater que cette assertion est factuellement incontestable. Ni les dirigeants occidentaux ni les Ukrainiens ne le nient : si de nombreux pays européens (et initialement les Etats-Unis) n’avaient pas apporté, et ne poursuivaient pas, un soutien massif, militaire et financier, à Kiev, la guerre serait terminée depuis longtemps – certes pas en faveur de l’OTAN.

Il apparaît donc que le terme « désinformation » désigne, dans le langage officiel, toute affirmation non conforme au « narratif occidental ». Or ce « narratif occidental » est élaboré et repris par les grands médias français, notamment, au moment même où Xenia Fedorova est accusée de répandre servilement le narratif russe. En septembre, cette dernière a finalement été ajoutée à la liste des personnes sanctionnées par l’UE. Elle était déjà interdite de territoire allemand, où elle avait dirigé, de 2015 à 2017, l’agence de presse Ruptly.

Comment expliquer l’extrême nervosité des autorités françaises face à la journaliste russe ?

Mais comment expliquer l’extrême nervosité des autorités françaises face à la journaliste russe ? Sans doute la réponse est-elle à trouver du côté des liens qu’elle a tissés avec les médias du groupe Bolloré, et avec le patron de ce dernier.

Le milliardaire breton (politiquement très à droite) n’a rien d’un intime du Kremlin, mais force est de constater que plusieurs médias de son groupe prennent quelque distance avec l’hystérie anti-russe de la presse dite « mainstream ». Et l’audience de ces médias – la chaîne TV CNews, la radio Europe 1, l’hebdomadaire JDD – est loin d’être négligeable.

Au point que le ministère de l’Intérieur a jugé utile, le 10 septembre dernier, de menacer de sanctions pénales CNews au cas où cette dernière donnerait à l’ex-patronne de RT France de nouvelles occasions régulières de s’exprimer – à distance. La chaîne a rejeté cet ultimatum.

Faut-il en déduire que s’ébaucherait, au sein des élites économico-médiatiques françaises, une fraction dissidente dont les intérêts ne se satisferaient pas de la rupture avec la Russie, et du discours caricaturalement unilatéral qui l’accompagne ?

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Lors de son discours de Metz sur l’Europe, le pape a dénoncé le réarmement…

Par : pierre

Après de spectaculaires bains de foule à Paris puis à Lourdes, très généreusement retransmis par les grandes chaînes de télévision françaises, le pape a achevé sa visite épiscopale de quatre jours en France par une dernière étape, le 28 septembre, dans la ville de Metz.

Un lieu qui n’avait pas été choisi au hasard, dès lors que Léon XIV souhaitait prononcer un discours sur l’Europe, annoncé comme important. La cité lorraine est en effet marquée par la personnalité de Robert Schuman (1886-1963), figure essentielle de la mythologie de l’intégration européenne, et souvent désigné à ce titre comme un « père fondateur » de ce qui est aujourd’hui devenu l’Union européenne.

L’intervention du chef de l’Eglise catholique, prononcée dans… le centre des congrès Robert Schuman, peut se prêter à plusieurs lectures. La première a trait à ce qui lie intimement cette religion au projet européen tel qu’il s’est esquissé puis développé après la seconde guerre mondiale.

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Lors de son discours de Metz sur l’Europe, le pape a dénoncé le réarmement

Par : pierre

Après de spectaculaires bains de foule à Paris puis à Lourdes, très généreusement retransmis par les grandes chaînes de télévision françaises, le pape a achevé sa visite épiscopale de quatre jours en France par une dernière étape, le 28 septembre, dans la ville de Metz.

Un lieu qui n’avait pas été choisi au hasard, dès lors que Léon XIV souhaitait prononcer un discours sur l’Europe, annoncé comme important. La cité lorraine est en effet marquée par la personnalité de Robert Schuman (1886-1963), figure essentielle de la mythologie de l’intégration européenne, et souvent désigné à ce titre comme un « père fondateur » de ce qui est aujourd’hui devenu l’Union européenne.

L’intervention du chef de l’Eglise catholique, prononcée dans… le centre des congrès Robert Schuman, peut se prêter à plusieurs lectures. La première a trait à ce qui lie intimement cette religion au projet européen tel qu’il s’est esquissé puis développé après la seconde guerre mondiale.

L’orateur a pris soin de remonter le temps en affirmant : « l’Europe a progressivement pris conscience d’elle-même dans les périodes historiques de la civilisation hellénistique, de l’Empire romain, puis de la diffusion du christianisme, en intégrant, au fil du temps, de nouvelles cultures telles que, entre autres, les cultures germaniques et slaves ; jusqu’à englober des régions de plus en plus vastes ». D’où l’affirmation selon laquelle « l’Europe se comprend donc comme une réalité culturelle et historique avant même d’être une réalité géographique ».

Alcide de Gasperi, autre « père fondateur », fut également convoqué afin de mettre l’accent sur « l’héritage européen commun », c’est-à-dire « cette morale unitaire qui exalte la figure et la responsabilité de la personne humaine, avec son élan de fraternité évangélique, son respect du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ». Bref, a martelé le Saint-Père, « on ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme ».

Un « narratif » qui avait de quoi réjouir les personnalités politiques démocrates-chrétiennes qui avaient répondu à l’invitation d’Emmanuel Macron à assister au discours pontifical. Le maître de l’Elysée, qui espérait une foule de dirigeants européens actuels, a dû se contenter des anciens présidents de la Commission Jean-Claude Juncker et Romano Prodi, flanqués il est vrai du grand-duc du Luxembourg et du prince de Monaco.

Léon XIV n’a pas omis de rappeler que les traités européens encouragent « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les églises », et de développer une conception très flexible de la laïcité, peu conforme à la tradition politique française.

A noter que le premier pape nord-américain de l’Histoire n’a fait aucune allusion à la seconde source d’inspiration (et de financement) de l’intégration européenne amorcée dans les années 1950 : les efforts de Washington pour unir l’Ouest du continent dans le contexte de la guerre froide. Ce qui fut d’abord la CEE fut promu par les Etats-Unis comme le pendant économique de l’Alliance atlantique sur le plan militaire.

Léon XIV a plaidé pour « redécouvrir la place centrale de la personne humaine »

Une deuxième lecture du discours papal pourrait pointer ce qui peut apparaître comme des banalités attendues dans ce contexte. Léon XIV a plaidé pour « redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité ». Son plaidoyer pour la paix, en particulier, était certes bien présent, mais imagine-t-on aujourd’hui un pape vanter les mérites de la guerre ?

De même, il a consacré une place significative aux migrants : « l’Europe contemporaine se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyant les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère ».

Mais il a également vanté l’opportunité d’une «rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre ».

Un message implicite adressé au président ukrainien ?

Il existe cependant une troisième approche possible du discours de Metz, discours qui recélait aussi des propos moins attendus, et à ce titre plus intéressants. Léon XIV ne s’est pas contenté de plaider pour la paix. Il a exhorté à « s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix ».

Il s’est bien sûr abstenu de nommer explicitement la guerre en Ukraine. Mais les diplomates présents ont immédiatement fait le rapprochement. « Etre prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix », n’était-ce pas un message implicite adressé au président ukrainien ?

Jusqu’à présent, les commentateurs avaient noté que, contrairement à son prédécesseur, le pontife s’était entretenu – à trois reprises – avec Volodymyr Zelensky, et avait plutôt penché du côté de Kiev. L’appel implicite à accepter des compromis douloureux pourrait être interprété comme un rééquilibrage.

Cela reste bien sûr une hypothèse. En revanche, la suite immédiate de l’intervention était parfaitement claire : « il faut se garder de l’illusion du réarmement », a clamé l’orateur sous le regard contrarié du président français (photo), soit une condamnation sans ambiguïté du chemin choisi par l’UE. Les dirigeants de cette dernière ont en effet décidé d’accélérer la production et l’achat d’armes, au motif de l’affrontement à venir avec la Russie, affrontement qu’ils proclament désormais inévitable.

Cela suscite manifestement la réprobation du pape : « les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres » a dénoncé Léon XIV.

Difficile d’être plus clair face au choix du réarmement européen accéléré. Et pour qui douterait encore de la réalité de cette critique, le souverain pontife a feint de s’interroger :« aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des ‘efforts créatifs’ pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à ‘endiguer l’hémorragie de la guerre’ et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir ». Pour lui, la réponse est claire : il ne faut pas se résigner à la fatalité de la confrontation.

Pas sûr que le chancelier allemand, le premier ministre polonais, ou quelques autres va-t-en-guerre aient regretté d’avoir séché le discours de Metz.

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Hausse des prix de l’énergie : les responsabilités de l’Union européenne…

Par : pierre

Quasiment partout en Europe, les prix de l’énergie s’envolent. Gaz, puis par voie de conséquence électricité, et bien sûr pétrole brut, donc produits raffinés : toutes ces hausses viennent se répercuter sur le pouvoir d’achat des ménages, avec pour symbole le passage à la pompe de plus en plus infernal pour tous ceux qui ne peuvent se passer de leur véhicule.

Cela a naturellement des conséquences pour les entreprises, qui vont répercuter sur leur prix les augmentations des charges auxquelles elles doivent faire face, souvent de manière dramatique pour les plus petites d’entre elles.

Le phénomène se répand ainsi de proche en proche dans un grand nombre de secteurs de l’économie : transport routier, secteur du bâtiment et des travaux publics et plus généralement l’industrie – d’autant que, dans ce dernier cas, les hydrocarbures rentrent aussi comme matière première dans la production (chimie, plastics, emballages…). L’agriculture, de son côté, subit également en première ligne les conséquences.

Tout cela vaut en particulier pour la France, où les marins pêcheurs ont été les premiers à manifester. Plus généralement, le gouvernement redoute, sans le dire, une nouvelle explosion de colère, telle que celle des Gilets jaunes en 2018, même si les mouvements sociaux sont en réalité imprévisibles. Il promet des « aides ciblées » en faveur de ceux qui sont les plus dépendants de leur véhicule pour leur travail.

L’explosion des prix de l’énergie est due à de multiples causes, dont plusieurs sont liées aux règles et principes de l’Union européenne. Toutes relèvent en tout cas de décisions politiques qu’ont prises des dirigeants occidentaux.

Il faut d’abord rappeler que le nouvel envol des prix de l’énergie survient dans un contexte où ces derniers étaient déjà particulièrement élevés. Et ce notamment depuis 2022, date du début de la guerre en Ukraine.

A noter que ce n’est pas la guerre elle-même qui a fait grimper les prix, mais bien la décision des Vingt-sept de cesser les approvisionnements en provenance de Russie. Au motif qu’il convenait de « ne pas financer l’agression décidée par le Kremlin » (voire, espérait le ministre français de l’économie de l’époque, de « mettre à genoux l’économie russe »), c’est bien Bruxelles, et non Moscou, qui a décidé d’interrompre les livraisons de pétrole, de charbon, puis de gaz (même si un flux résiduel persiste).

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Hausse des prix de l’énergie : les responsabilités de l’Union européenne

Par : pierre

Quasiment partout en Europe, les prix de l’énergie s’envolent. Gaz, puis par voie de conséquence électricité, et bien sûr pétrole brut, donc produits raffinés : toutes ces hausses viennent se répercuter sur le pouvoir d’achat des ménages, avec pour symbole le passage à la pompe de plus en plus infernal pour tous ceux qui ne peuvent se passer de leur véhicule.

Cela a naturellement des conséquences pour les entreprises, qui vont répercuter sur leur prix les augmentations des charges auxquelles elles doivent faire face, souvent de manière dramatique pour les plus petites d’entre elles.

Le phénomène se répand ainsi de proche en proche dans un grand nombre de secteurs de l’économie : transport routier, secteur du bâtiment et des travaux publics et plus généralement l’industrie – d’autant que, dans ce dernier cas, les hydrocarbures rentrent aussi comme matière première dans la production (chimie, plastics, emballages…). L’agriculture, de son côté, subit également en première ligne les conséquences.

Tout cela vaut en particulier pour la France, où les marins pêcheurs ont été les premiers à manifester. Plus généralement, le gouvernement redoute, sans le dire, une nouvelle explosion de colère, telle que celle des Gilets jaunes en 2018, même si les mouvements sociaux sont en réalité imprévisibles. Il promet des « aides ciblées » en faveur de ceux qui sont les plus dépendants de leur véhicule pour leur travail.

L’envol des prix de l’énergie survient dans un contexte où ces derniers étaient déjà particulièrement élevés

L’explosion des prix de l’énergie est due à de multiples causes, dont plusieurs sont liées aux règles et principes de l’Union européenne. Toutes relèvent en tout cas de décisions politiques qu’ont prises des dirigeants occidentaux.

Il faut d’abord rappeler que le nouvel envol des prix de l’énergie survient dans un contexte où ces derniers étaient déjà particulièrement élevés. Et ce notamment depuis 2022, date du début de la guerre en Ukraine.

A noter que ce n’est pas la guerre elle-même qui a fait grimper les prix, mais bien la décision des Vingt-sept de cesser les approvisionnements en provenance de Russie. Au motif qu’il convenait de « ne pas financer l’agression décidée par le Kremlin » (voire, espérait le ministre français de l’économie de l’époque, de « mettre à genoux l’économie russe »), c’est bien Bruxelles, et non Moscou, qui a décidé d’interrompre les livraisons de pétrole, de charbon, puis de gaz (même si un flux résiduel persiste).

La cause la plus immédiate est la guerre déclenchée le 28 février dernier par Washington et Tel-Aviv contre l’Iran

Cependant, la cause la plus immédiate de la crise énergétique actuelle est évidemment la guerre déclenchée le 28 février dernier par le président américain et le premier ministre israélien contre l’Iran. Alors que Washington et Tel-Aviv pensaient vaincre et soumettre promptement ce pays à travers cette « petite excursion » (selon les termes de Donald Trump), c’est le contraire qui s’est produit.

Téhéran a contre-attaqué en visant ses voisins du Golfe, producteurs de pétrole et de gaz, ainsi qu’en bloquant le détroit d’Ormuz par où transitait un cinquième des ventes mondiales d’hydrocarbures, déclenchant un déséquilibre majeur. Les Etats-Unis, impuissants à éliminer ce garrot, ont répliqué en instaurant leur propre blocage contre les navires iraniens.

Un accord entre les deux parties censé libérer la circulation maritime avait été signé en juin, mais a vite volé en éclats. Et ces dernières semaines, les rebelles yéménites du groupe Ansar Allah – les houthistes alliés à l’Iran – ont refait un fracassant retour en scène en s’assurant le contrôle d’un autre détroit stratégique, celui de Bab-el-Mandeb. Pour l’Arabie saoudite, visée, cela représente un coup particulièrement dur puisque ce passage représentait une voie alternative pour ses exportations de brut.

Du reste, les rebelles yéménites ont également visé l’oléoduc qui constituait le premier segment de cette alternative, et qui a dû être fermé par Riyad. Conséquence : le deuxième producteur mondial de pétrole ne peut plus assurer la fonction qui lui était implicitement attribuée : jouer le rôle de fournisseur mondial de dernier recours. Il n’en fallait pas plus pour semer la panique sur le prix du baril.

En aidant le président Zelensky à bombarder les installations pétrolières russes, l’UE aggrave encore l’envolée des prix

Mais ce n’est pas tout : l’UE porte une part de responsabilité. Elle est en effet devenue le principal donateur de moyens financiers, ainsi que d’armements et munitions, en faveur de Kiev. 90 milliards d’euros ont ainsi été promis par Bruxelles au président ukrainien sur les deux prochaines années.

Or l’aide ainsi généreusement fournie inclut notamment le financement des moyens aériens que les militaires ukrainiens utilisent pour frapper la Russie, tout particulièrement ses dépôts pétroliers et ses raffineries. Kiev provoque ainsi des pénuries de carburant chez son voisin, donc des restrictions et de longues files d’attente pour les automobilistes russes.

La réaction du gouvernement de ce pays était prévisible : donner la priorité à l’approvisionnement intérieur au détriment des quantités de carburant précédemment exportées. L’exportation de gazole a ainsi été suspendue. Avec pour conséquence des tensions supplémentaires sur le commerce mondial des hydrocarbures. Bref, en aidant le président Zelensky à bombarder les installations russes – aux frais des contribuables européens – l’UE aggrave encore l’envolée des prix.

Ce facteur est particulièrement critique en France, où près des trois quarts des raffineries ont été fermées depuis quelques décennies. Les pétroliers avaient en effet estimé que les importations de produits raffinés – qui représentent désormais 50% des besoins nationaux en gazole, par exemple – étaient plus rentables que le raffinage sur place du pétrole brut.

Du fait d’un mécanisme européen, le prix  du gaz – en hausse mondiale – « contamine » le prix de l’électricité

La responsabilité de l’Union européenne ne s’arrête pas là. En effet, si l’on comprend bien que des causes géostratégiques tirent les prix du gaz et du pétrole vers le haut, qu’en est-il de l’électricité ? En France par exemple, l’essentiel de cette dernière est d’origine nucléaire, c’est-à-dire fournie par des centrales sur le territoire national. Le reste – les renouvelables, dont l’énergie hydraulique – est également produit localement. Les prix devraient donc être protégés des soubresauts extérieurs.

Il n’en est rien : le système européen de formation des prix du courant impose que celui-ci obéisse à la logique dite du « coût marginal ». Du fait d’un mécanisme complexe, cela signifie que, la plupart du temps, le prix de l’électricité doit s’aligner sur le coût de production d’une centrale au gaz. C’est donc le prix – en hausse mondiale – de cette dernière énergie qui « contamine » le prix de l’électricité…

Par ailleurs, l’UE limite strictement le droit pour un Etat membre de diminuer ses taux de TVA nationaux. De ce fait, un gouvernement qui souhaiterait soulager ses automobilistes en abaissant la TVA sur les carburants au taux minimum (ou en la supprimant) en serait empêché par Bruxelles.

Bref, l’intégration européenne est censée protéger « ses citoyens » (y compris des foucades de l’Oncle Sam). La présente crise de l’énergie constitue à cet égard un flagrant contre-exemple.

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En Suède, les électeurs n’ont pas franchement départagé le « bloc de droite » sortant du « bloc de gauche »…

Par : pierre

Le 13 septembre, les Suédois étaient appelés à renouveler leur parlement (ainsi que leurs conseils locaux). 80% des électeurs se sont rendus aux urnes – soit environ 4 points de moins qu’en 2022 – mais les résultats sont si serrés qu’il faudra sans doute attendre pour savoir qui dirigera le pays.

Un des principaux enjeux du scrutin était de départager le « bloc de droite » qui détenait la majorité sortante, du « bloc de gauche » qui espérait revenir au pouvoir. Ce dernier semble finalement gagner avec une très légère avance de trois députés. Et ce, malgré le score calamiteux du Parti social-démocrate qui en constitue la principale formation. Avec 28,1%, celui-ci perd 2,3 points et obtient ainsi son pire score depuis l’avènement du suffrage universel dans le Royaume… en 1911.

En revanche la Parti de gauche (souvent classé « gauche radicale ») fête ses 8,2%, un progrès de 1,5 point et son meilleur score depuis 2002, tandis que les Verts passent de 5,1% à 6,1%. Enfin, le Parti du centre reste stable à 7,1% (+ 0,4 point).

Dans la camp d’en face, les Modérés (conservateurs) du premier ministre sortant, Ulf Kristersson (photo, au centre), obtiennent 19,9% (+0,8 point). Les chrétiens-démocrates rassemblent 6,2% (+ 0,9 point) tandis que les Libéraux passent de 4,6% à 5,4%. Le bloc de droite a vanté ses résultats économiques : baisse de l’inflation, mais aussi mise en œuvre des réformes qui lui a valu le déblocage par la Commission européenne de la dernière tranche du fonds de relance bruxellois.

Mais la surprise vient des Démocrates de Suède (DS) – un parti classé à l’extrême droite, dont les adversaires rappellent les lointaines origines néo-nazies. Le résultat des DS était l’autre enjeu du scrutin car ceux-ci avaient fait le choix, en 2022, de soutenir le gouvernement, mais sans y participer. Cette configuration était issue d’un accord « de soutien et de coopération » qui avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque.

Car longtemps, la droite classique avait déployé ce qu’elle qualifiait de « cordon sanitaire » pour interdire toute alliance avec les DS. En 2019 cependant, cette stratégie a commencé à évoluer, lorsque les partis de droite ont constaté qu’ils seraient arithmétiquement condamnés à rester dans l’opposition faute d’alliance avec un parti qui, depuis 2010, grimpait de scrutin en scrutin, notamment en prônant des mesures restrictives en matière d’immigration et d’asile.

Pour ce présent scrutin, les DS, qui s’étaient efforcés de lisser leur image jusqu’à présent, ont radicalisé leur discours, tout en annonçant leur volonté, cette fois, d’obtenir des postes ministériels importants. Une exigence que les Modérés, de même que les Chrétiens-démocrates, avaient acceptée. Même les Libéraux, qui avaient longtemps défendu le « cordon sanitaire », avaient, lors des derniers mois de campagne, donné leur feu vert.

En accordant aux DS, conduits par leur leader Jimmie Akesson, 17,6% des voix, soit une chute de 3 points par rapport à 2022, les électeurs en ont décidé autrement, puisque cette baisse plombe l’ensemble de la coalition de droite. Il est possible que certains électeurs aient choisi tactiquement de quitter les DS au profit des Libéraux pour s’assurer que ces deniers franchissent la barre des 4% en deçà de laquelle ils auraient été éliminés du Parlement, avec à la clé le renvoi assuré du bloc de droite dans l’opposition.

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En Suède, les électeurs n’ont pas franchement départagé le « bloc de droite » sortant du « bloc de gauche »

Par : pierre

Le 13 septembre, les Suédois étaient appelés à renouveler leur parlement (ainsi que leurs conseils locaux). 80% des électeurs se sont rendus aux urnes – soit environ 4 points de moins qu’en 2022 – mais les résultats sont si serrés qu’il faudra sans doute attendre pour savoir qui dirigera le pays.

Un des principaux enjeux du scrutin était de départager le « bloc de droite » qui détenait la majorité sortante, du « bloc de gauche » qui espérait revenir au pouvoir. Ce dernier semble finalement gagner avec une très légère avance de trois députés. Et ce, malgré le score calamiteux du Parti social-démocrate qui en constitue la principale formation. Avec 28,1%, celui-ci perd 2,3 points et obtient ainsi son pire score depuis l’avènement du suffrage universel dans le Royaume… en 1911.

En revanche la Parti de gauche (souvent classé « gauche radicale ») fête ses 8,2%, un progrès de 1,5 point et son meilleur score depuis 2002, tandis que les Verts passent de 5,1% à 6,1%. Enfin, le Parti du centre reste stable à 7,1% (+ 0,4 point).

Dans la camp d’en face, les Modérés (conservateurs) du premier ministre sortant, Ulf Kristersson (photo, au centre), obtiennent 19,9% (+0,8 point). Les chrétiens-démocrates rassemblent 6,2% (+ 0,9 point) tandis que les Libéraux passent de 4,6% à 5,4%. Le bloc de droite a vanté ses résultats économiques : baisse de l’inflation, mais aussi mise en œuvre des réformes qui lui a valu le déblocage par la Commission européenne de la dernière tranche du fonds de relance bruxellois.

Mais la surprise vient des Démocrates de Suède (DS) – un parti classé à l’extrême droite, dont les adversaires rappellent les lointaines origines néo-nazies. Le résultat des DS était l’autre enjeu du scrutin car ceux-ci avaient fait le choix, en 2022, de soutenir le gouvernement, mais sans y participer. Cette configuration était issue d’un accord « de soutien et de coopération » qui avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque.

Car longtemps, la droite classique avait déployé ce qu’elle qualifiait de « cordon sanitaire » pour interdire toute alliance avec les DS. En 2019 cependant, cette stratégie a commencé à évoluer, lorsque les partis de droite ont constaté qu’ils seraient arithmétiquement condamnés à rester dans l’opposition faute d’alliance avec un parti qui, depuis 2010, grimpait de scrutin en scrutin, notamment en prônant des mesures restrictives en matière d’immigration et d’asile.

Pour ce présent scrutin, les DS, qui s’étaient efforcés de lisser leur image jusqu’à présent, ont radicalisé leur discours, tout en annonçant leur volonté, cette fois, d’obtenir des postes ministériels importants. Une exigence que les Modérés, de même que les Chrétiens-démocrates, avaient acceptée. Même les Libéraux, qui avaient longtemps défendu le « cordon sanitaire », avaient, lors des derniers mois de campagne, donné leur feu vert.

En accordant aux DS, conduits par leur leader Jimmie Akesson, 17,6% des voix, soit une chute de 3 points par rapport à 2022, les électeurs en ont décidé autrement, puisque cette baisse plombe l’ensemble de la coalition de droite. Il est possible que certains électeurs aient choisi tactiquement de quitter les DS au profit des Libéraux pour s’assurer que ces deniers franchissent la barre des 4% en deçà de laquelle ils auraient été éliminés du Parlement, avec à la clé le renvoi assuré du bloc de droite dans l’opposition.

La campagne de ces derniers mois a témoigné que les priorités avaient évolué

Mais les raisons de fond de ce recul sont probablement ailleurs. Si les DS ne participaient pas directement au gouvernement, ils ont obtenu de nombreux postes clés dans l’administration, et ont très largement influencé la politique menée ces quatre dernières années. En particulier, de très nombreuses mesures ont été adoptées pour durcir les conditions d’accueil et de séjour des migrants, de même que celles conduisant à l’obtention de la citoyenneté.

Les dirigeants des DS ont lié ces objectifs avec le combat contre la criminalité – un phénomène qui a effectivement diminué. Pour leur part, les sociaux-démocrates, bien que dans l’opposition, ont approuvé de nombreuses dispositions en ce sens, ce qui correspondait sans doute aux souhaits d’une partie de leur électorat, notamment dans les quartiers sensibles des grandes villes.

Cependant, la campagne de ces derniers mois a témoigné que les priorités avaient évolué. Les questions sociales sont revenues au premier plan dans un pays qui a subi de très profondes mutations depuis les années 1990. Alors que la Suède a longtemps constitué l’exemple type d’un Etat-providence généreux et égalitaire sous la houlette de la social-démocratie, des réformes ultralibérales ont depuis trois décennies été menées particulièrement brutalement : déréglementation de pans entiers de l’économie, transfert au privé d’une part croissante des services publics, chamboulement de la fiscalité en faveur du capital.

Ces transformations ont eu lieu sous la pression des « marchés » après une première crise économique et financière, et furent accélérées par l’appartenance de la Suède à l’UE (l’adhésion date de 1995). Conséquence : le pays est désormais devenu l’un des pays développés les plus inégalitaires, parfois même décrit comme un « paradis pour les ultra-riches ».

Parallèlement, la précarité voire la pauvreté ont progressé. En outre, deux questions se sont révélées particulièrement sensibles lors de cette campagne : la dégradation spectaculaire du système de santé, de même que celui de l’enseignement. L’un et l’autre ont fait depuis de longues années les choux gras du privé, laissant au secteur public et à ses usagers pénuries, délais d’attente et déclassement.

Olof Palme doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe

Dans ces conditions, les thèmes de l’immigration de masse – qui a effectivement été stoppée – et de la criminalité ont pu passer au second plan, là où l’émergence des questions sociales a recentré les débats sur des domaines chers au Parti de gauche en particulier. Celui-ci a du reste été violemment attaqué par ses adversaires, en particulier sur les questions internationales.

Sa solidarité avec la Palestine a donné lieu à des accusations d’antisémitisme, notamment au prétexte de lettres de soutien adressées à des prisonniers. Le premier ministre, chef du bloc de droite, a interpellé la présidente des sociaux-démocrates, Magdalena Andersson (photo, à gauche), qui aurait besoin du Parti de gauche pour arriver au pouvoir, lui enjoignant une semaine avant le vote de « garantir qu’aucun admirateur du terrorisme, aucun antisémite, ni aucun partisan de Poutine n’entrera au gouvernement ».

Sans grand courage, le Parti de gauche a retiré une trentaine de ses candidats « soupçonnés » de sympathie pour le Hamas. Mais la très étrange énumération proférée par M. Kristersson a au moins le mérite d’évoquer une question qui n’a guère émergé lors de la campagne, puisque les principaux partis (y compris les DS, très atlantistes) s’y retrouvent sur la même ligne : l’adhésion de la Suède à l’OTAN, effective en 2024.

Le Parti de gauche, lui, ne faisait pas partie de ce consensus. Peut-être cette opposition lui a-t-elle valu la sympathie dans les urnes des Suédois peu enthousiastes à la perspective de voir le pays se joindre aux bruits de bottes de l’Alliance atlantique.

Cette formation aspire à entrer au prochain gouvernement si Mme Andersson prend la tête de celui-ci. Mais le Parti du centre, qui appartient aussi au bloc de gauche, a annoncé son refus d’une telle participation. Ce qui ajoute au sentiment que la formation du futur cabinet pourrait donner lieu à des tractations et des recompositions.

Bref, on est loin, très loin, de la Suède d’Olof Palme. Ce dernier symbolisait la social-démocratie scandinave à l’ancienne intégrant les droits du monde du travail, et était aussi avocat passionné de la paix et de la bicentenaire neutralité suédoise. Il fut premier ministre jusqu’en 1986, date à laquelle il fut assassiné – un meurtre jamais vraiment élucidé… Il doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe.

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Élections régionales en Saxe-Anhalt : « le modèle allemand vacille »

Par : pierre

Le 6 septembre, les électeurs du Land allemand de Saxe-Anhalt étaient appelés à élire leur parlement régional et renouveler ainsi l’exécutif qui en est issu (en Allemagne, les régions ont beaucoup plus de pouvoirs qu’en France).

La campagne électorale avait pris l’allure d’une chronique de la victoire annoncée du parti AfD (Alternative pour l’Allemagne). Cette victoire s’est finalement avérée un triomphe pour ce parti fréquemment classé à l’extrême droite : il a rassemblé 43,8% des suffrages, soit un bond de 23 points par rapport aux précédentes élections. Un résultat d’autant plus remarquable que la participation a été massive, atteignant 77,8%, contre seulement 60,5% en 2021. L’événement a fait la Une des médias européens.

Conséquence indirecte du vote : de nombreux journalistes et responsables politiques français – notamment – ont découvert l’existence de ce « petit » Land (2,2 millions d’habitants) dont le territoire était situé dans la République démocratique allemande (RDA) jusqu’à ce que celle-ci soit absorbée par la RFA. Tant il est vrai que pour la sphère politico-médiatique française, l’Allemagne reste inconsciemment circonscrite à l’histoire et la géographie de l’Allemagne de l’Ouest.

Sans grande originalité, la presse française a répété en chœur un même refrain : pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, l’extrême droite allemande arrive en tête dans un scrutin régional.

Commentant la percée de l’AfD, le chef du Parti socialiste français, Olivier Faure, a réagi de manière martiale : « ce n’est plus un avertissement. C’est un ordre de mobilisation générale qu’il faut lancer. L’internationale réactionnaire et d’extrême droite avance à visage découvert ». Pour sa part, le leader du principal parti macroniste, Gabriel Attal, a qualifié le vote de « vrai signal d’alarme », appelant à « réinventer le modèle (pour) reprendre la main dans un monde qui change ».

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot – entre deux déclarations condamnant les potentielles ingérences russes dans les élections françaises – a qualifié le programme de l’AfD de « trahison de l’esprit européen », prenant ainsi le risque d’assurer ainsi involontairement la promotion dudit programme…

Le grand perdant est le parti chrétien-démocrate du chancelier Friedrich Merz

Si le succès de l’AfD le 6 septembre a été éclatant, c’est que ce parti a récupéré des anciens ou récents électeurs d’à peu près toutes les autres forces politiques, et a mobilisé nombre d’abstentionnistes.

Par rapport à 2021, le Parti social-démocrate stagne (9,3%, +0,9 points) et les Verts progressent (8,9%, + 3 points). Le parti dit de « gauche radicale » Die Linke recule (8,6% -2,4 points), de même que les Libéraux du FDP (8,6%, – 3,8 points).

Enfin, le mouvement BSW, souvent classé en France « gauche populiste », et qui n’existait pas en 2021, obtient 5,3%. Ses cinq élus pourraient être utiles à l’AfD à qui il manque trois sièges pour disposer d’une majorité absolue. Mais la question d’une future coalition – ou pas – ne sera probablement pas réglée dans l’immédiat.

Quoi qu’il en soit, le grand perdant est sans conteste le parti chrétien-démocrate du chancelier Friedrich Merz. Avec 17,2% des suffrages, la CDU perd près de 20 points.

Là se trouve du reste la première explication du choix massif des électeurs : manifestement, une grande part de ceux-ci a voulu condamner la politique menée au niveau national.

Pour les classes populaires en particulier, mais aussi pour les couches moyennes, la situation économique du pays est ressentie comme particulièrement inquiétante tant du point de vue de la croissance et de l’emploi (conséquence, entre autres, des sanctions européennes contre la Russie, qui font par exemple grimper les prix de l’énergie) que du pouvoir d’achat rongé par l’inflation.

Le projet de réforme des retraites est particulièrement impopulaire (il inclut la suppression de la retraite anticipée sans décote après 45 années de cotisation). Il touche tout particulièrement les citoyens de l’ancienne RDA car ces derniers ont, moins que les autres, accumulé du patrimoine. Au point que les ministres-présidents issus de trois Länder de l’Est, pourtant du parti de M. Merz, ont récemment exhorté ce dernier à y renoncer.

La proposition de faire baisser la russophobie a attiré l’attention de nombreux citoyens, favorables à une reprise des relations avec la Russie

Le programme régional de l’AfD a par ailleurs trouvé un écho certain vis-à-vis de nombreux électeurs. On y trouve par exemple l’expulsion d’étrangers irréguliers. Or même les chiffres officiels tendent à montrer un accroissement de la violence et de l’insécurité dans les quartiers « sensibles » de Magdebourg (la capitale régionale).

Figurent aussi pêle-mêle la promotion de la famille « normale », l’action pour faire valoir l’histoire régionale, de même qu’une commission d’enquête sur les mesures jugées disproportionnées lors de l’épidémie de Covid.

Mais c’est surtout la proposition de faire baisser la russophobie qui a pu attirer l’attention de nombreux citoyens, favorables à une reprise des relations avec la Russie, notamment dans les domaines éducatif et culturel (qui relèvent de l’autorité régionale).

De même, les promesses de l’AfD de cesser l’aide financière et militaire à l’Ukraine, et de renouer avec Moscou, au nom d’abord de l’intérêt économique allemand, suscite l’approbation en particulier chez les citoyens de l’ex-RDA pour qui le grand voisin de l’Est est rarement envisagé comme un ennemi.

Ces thèmes ont été fréquemment mis en avant par Ulrich Siegmund, la tête de liste à qui même ses adversaires concèdent un vrai charisme. A 35 ans, cet ancien commercial a incontestablement créé l’événement et a fait figure de star tout au long de ses déplacements. Il est vrai que le grand hebdomadaire Der Spiegel avait involontairement contribué à cette popularité en le qualifiant d’« homme le plus dangereux d’Allemagne » (photo). Très nombreux ont dès lors été les électeurs qui ont acheté un exemplaire du journal pour lui faire dédicacer…

Le natif de Saxe-Anhalt a également su faire revivre les repères, symboles et clins d’œil rappelant la RDA. Non que son idéologie se rapproche de celle de l’ancien Etat socialiste. Mais près de quatre décennies après la chute du mur, beaucoup d’électeurs de l’Est continuent à se sentir des citoyens de seconde classe, et l’AfD capitalise sur cette frustration.

Pour Le Monde, « c’est un modèle politique, celui de l’Allemagne d’après-guerre, qui vacille. Et donc l’Europe tout entière qui doit s’inquiéter »

Pour autant, la popularité de ce parti n’est pas circonscrite à l’Est du pays. Et si deux autres scrutins régionaux « à l’Est » prévus pour le 20 septembre – au Mecklembourg-Poméranie ainsi qu’à Berlin – vont probablement confirmer la tendance du 6 septembre, l’AfD est désormais largement en tête des sondages dans l’ensemble du pays, où ces derniers lui attribuent 28% d’intentions de vote si des élections générales avaient lieu aujourd’hui.

Très loin derrière figure la CDU, créditée de 20 à 22% de sympathisants. Ce qui pose la question de l’avenir politique de l’actuel chancelier auquel certains de ses camarades semblent déjà rechercher discrètement un successeur.

Quoi qu’il en soit, le séisme qui a eu lieu en Saxe-Anhalt dépasse les soubresauts au jour le jour de la politique intérieure allemande. L’éditorial du Monde, paru au lendemain du scrutin en témoigne : le journal n’hésite pas à affirmer que « deux hommes peuvent se frotter les mains ». Il cite « le président russe, Vladimir Poutine, d’abord, dans la mesure où la première puissance économique européenne continue de voir prospérer un parti qui souhaite lever les sanctions contre Moscou, cesser de soutenir Kiev et racheter du gaz à la Russie » ; ainsi que « le président des Etats-Unis, Donald Trump dont le camp ne cesse de dénoncer l’ostracisme frappant les droites nationalistes européennes ».

Que l’AfD abrite dans ses rangs des nostalgiques du IIIème Reich ne doit certes pas être ignoré. Mais c’est un tout autre message qu’exprime la masse de ses électeurs. Et c’est ce message-là qui semble effrayer le quotidien français de référence, qui poursuit : « c’est un modèle politique, celui de l’Allemagne d’après-guerre (l’Allemagne de l’Ouest, oublie de préciser Le Monde), fondé sur le rejet des extrêmes et le primat du consensus, qui vacille. Et donc l’Europe tout entière qui doit s’inquiéter ».

Le « primat du consensus » vacille, et cela doit inquiéter l’Europe ? Voilà qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle…

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Élections régionales en Saxe-Anhalt : « le modèle allemand vacille »…

Par : pierre

Le 6 septembre, les électeurs du Land allemand de Saxe-Anhalt étaient appelés à élire leur parlement régional et renouveler ainsi l’exécutif qui en est issu (en Allemagne, les régions ont beaucoup plus de pouvoirs qu’en France).

La campagne électorale avait pris l’allure d’une chronique de la victoire annoncée du parti AfD (Alternative pour l’Allemagne). Cette victoire s’est finalement avérée un triomphe pour ce parti fréquemment classé à l’extrême droite : il a rassemblé 43,8% des suffrages, soit un bond de 23 points par rapport aux précédentes élections. Un résultat d’autant plus remarquable que la participation a été massive, atteignant 77,8%, contre seulement 60,5% en 2021. L’événement a fait la Une des médias européens.

Conséquence indirecte du vote : de nombreux journalistes et responsables politiques français – notamment – ont découvert l’existence de ce « petit » Land (2,2 millions d’habitants) dont le territoire était situé dans la République démocratique allemande (RDA) jusqu’à ce que celle-ci soit absorbée par la RFA. Tant il est vrai que pour la sphère politico-médiatique française, l’Allemagne reste inconsciemment circonscrite à l’histoire et la géographie de l’Allemagne de l’Ouest.

Sans grande originalité, la presse française a répété en chœur un même refrain : pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, l’extrême droite allemande arrive en tête dans un scrutin régional.

Commentant la percée de l’AfD, le chef du Parti socialiste français, Olivier Faure, a réagi de manière martiale : « ce n’est plus un avertissement. C’est un ordre de mobilisation générale qu’il faut lancer. L’internationale réactionnaire et d’extrême droite avance à visage découvert ». Pour sa part, le leader du principal parti macroniste, Gabriel Attal, a qualifié le vote de « vrai signal d’alarme », appelant à « réinventer le modèle (pour) reprendre la main dans un monde qui change ».

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot – entre deux déclarations condamnant les potentielles ingérences russes dans les élections françaises – a qualifié le programme de l’AfD de « trahison de l’esprit européen », prenant ainsi le risque d’assurer ainsi involontairement la promotion dudit programme…

Si le succès de l’AfD le 6 septembre a été éclatant, c’est que ce parti a récupéré des anciens ou récents électeurs d’à peu près toutes les autres forces politiques, et a mobilisé nombre d’abstentionnistes.

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Les Islandais écartent toute perspective d’adhésion à l’Union européenne…

Par : admin

C’est la consternation à Bruxelles. Interrogés par référendum, le 29 août, sur la perspective d’adhésion de l’Islande à l’Union européenne, 52,8% des citoyens de cet Etat insulaire de 400 000 habitants ont nettement refusé cette dernière – le Oui ayant été choisi par 47,2% d’entre eux.

La participation a été particulièrement élevée : 82,5% des électeurs se sont déplacés pour cette question décisive concernant la souveraineté du pays. Dans ces conditions, ce résultat constitue un sévère camouflet tant pour la coalition dite de « centre-gauche » au pouvoir qui avait lancé cette consultation que pour les instances de l’UE.

Un camouflet, mais surtout une défaite à la fois symbolique et politique pour les partisans de l’intégration européenne. Symbolique, car, dans les couloirs de la Commission, on comptait bien sur cet événement pour redorer le blason de l’UE, déjà mis à mal entre autres par le départ du Royaume-Uni, puis par les querelles et la paralysie (sauf pour le soutien militaire et financier à l’Ukraine) qui marquent l’action des institutions communautaires depuis lors. L’espoir de pouvoir présenter le bloc des Vingt-sept comme suscitant l’envie de la part des peuples s’est effondré avec ce vote.

Politique car la victoire du Non, déjà arithmétiquement frappante, est en réalité plus forte encore qu’il n’y paraît. En effet, la question posée ne portait pas sur l’adhésion immédiate, mais sur la relance, ou non, des négociations en ce sens avec Bruxelles. Au point que certains groupes avaient fait campagne sur le thème : « Oui pour voir ». Autrement dit, examinons ce que l’UE peut proposer, sans engagement sur la suite.

Il est donc certain qu’un certain nombre d’électeurs ayant répondu positivement à cette question ne sont pas pour autant – et ne seraient probablement jamais devenus – des partisans de l’adhésion. Les sondages confirment du reste une opposition majoritaire à cette dernière, alors même qu’ils prédisaient cette fois une victoire serrée pour le Oui.

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Les Islandais écartent toute perspective d’adhésion à l’Union européenne

Par : admin

C’est la consternation à Bruxelles. Interrogés par référendum, le 29 août, sur la perspective d’adhésion de l’Islande à l’Union européenne, 52,8% des citoyens de cet Etat insulaire de 400 000 habitants ont nettement refusé cette dernière – le Oui ayant été choisi par 47,2% d’entre eux.

La participation a été particulièrement élevée : 82,5% des électeurs se sont déplacés pour cette question décisive concernant la souveraineté du pays. Dans ces conditions, ce résultat constitue un sévère camouflet tant pour la coalition dite de « centre-gauche » au pouvoir qui avait lancé cette consultation que pour les instances de l’UE.

Un camouflet, mais surtout une défaite à la fois symbolique et politique pour les partisans de l’intégration européenne. Symbolique, car, dans les couloirs de la Commission, on comptait bien sur cet événement pour redorer le blason de l’UE, déjà mis à mal entre autres par le départ du Royaume-Uni, puis par les querelles et la paralysie (sauf pour le soutien militaire et financier à l’Ukraine) qui marquent l’action des institutions communautaires depuis lors. L’espoir de pouvoir présenter le bloc des Vingt-sept comme suscitant l’envie de la part des peuples s’est effondré avec ce vote.

Politique car la victoire du Non, déjà arithmétiquement frappante, est en réalité plus forte encore qu’il n’y paraît. En effet, la question posée ne portait pas sur l’adhésion immédiate, mais sur la relance, ou non, des négociations en ce sens avec Bruxelles. Au point que certains groupes avaient fait campagne sur le thème : « Oui pour voir ». Autrement dit, examinons ce que l’UE peut proposer, sans engagement sur la suite.

Il est donc certain qu’un certain nombre d’électeurs ayant répondu positivement à cette question ne sont pas pour autant – et ne seraient probablement jamais devenus – des partisans de l’adhésion. Les sondages confirment du reste une opposition majoritaire à cette dernière, alors même qu’ils prédisaient cette fois une victoire serrée pour le Oui.

Le gouvernement a fait le pari d’avancer l’échéance au mois d’août 2026, avec la bénédiction discrète de la présidente de la Commission

Mais qu’est-ce donc qui a bien pu inciter le gouvernement – soutenu par une coalition comprenant les sociaux-démocrates, le Parti de la Réforme (centriste, très pro-UE), et le Parti du peuple (classé à gauche) – à se lancer dans cette aventure ? Pour le comprendre, il faut remonter à 2009. Cette année-là, le pays subit un véritable tsunami financier, économique et social, déclenché par la crise américaine dite des « subprimes » qui a ensuite balayé le Vieux continent. Les trois grandes banques islandaises font faillite ; des manifestations virulentes protestent contre un gouvernement en passe de s’effondrer.

L’idée des pro-UE est alors de profiter des circonstances pour présenter l’adhésion comme la seule chance de sauvetage. Des « négociations » avec Bruxelles s’engagent donc en 2010, et semblent d’autant plus facilement pouvoir aboutir que le pays fait partie (comme par exemple la Norvège) de l’Espace économique européen (EEE) et respecte déjà à ce titre de nombreuses réglementations communautaires – rien à voir avec les pays des Balkans, où tout doit être mis aux normes, selon Bruxelles.

Sauf que l’économie islandaise s’avère finalement plus résiliente que prévu, tandis que les Vingt-huit (à l’époque), à l’inverse, peinent à se sortir du marasme où ils pataugent. Sous l’influence du Parti de l’indépendance, opposé à l’entrée dans l’UE, qui arrive en tête des élections de 2013, les pourparlers avec la Commission européenne sont finalement suspendus sine die en 2015.

Cependant, en novembre 2024, la coalition actuelle arrive au pouvoir. Dans le contrat de législature figure l’organisation d’un référendum d’ici fin 2027. Mais, indirectement, le président américain a accéléré ce calendrier. Donald Trump, à peine de retour à la Maison-Blanche, martèle sa volonté d’annexer le Groenland, ce qui n’est déjà pas rassurant pour le petit Etat voisin. Pire : dans son discours de Davos, fin janvier 2026, il confond à quatre reprises les deux pays nordiques…

Dans ces conditions, le Parti de la Réforme tout comme les sociaux-démocrates estiment qu’il y a là un thème de campagne à exploiter : face à l’ogre américain, mieux vaudrait faire partie d’un ensemble fort et organisé. Convaincus que l’occasion est très favorable, ils font donc le pari d’avancer l’échéance au mois d’août 2026, avec la bénédiction discrète de la présidente de la Commission, qui comptait bien vanter, lors de son discours annuel prévu pour le 16 septembre, la capacité de l’UE à séduire de nouveaux pays.

Les opposants à l’UE ont fait campagne en insistant sur la nécessité de sauvegarder l’indépendance du pays

Rien ne s’est donc passé comme prévu. Les opposants à l’UE ont fait campagne en insistant sur la nécessité de sauvegarder l’indépendance du pays, et ont, ce faisant, manifestement touché un point sensible. La majorité des forces patronales de même que les grands syndicats se sont rangés dans ce camp. Ce voisinage paraît paradoxal, mais il s’explique notamment par le poids du secteur de la pêche dans l’économie du pays. Ce dernier représente 7% de son Produit intérieur brut (PIB) et même 40% de ses exportations.

8 000 emplois directs en dépendent, et bien plus si l’on inclut les activités induites et connexes. La perspective de perdre le contrôle des vastes zones de pêche autour de l’île (zones qui deviendraient accessibles aux flottes des Vingt-sept, et qui passeraient sous gestion bruxelloise) est apparue dans ces conditions comme catastrophique.

Une autre conséquence serait la fin de la limitation imposée aux firmes étrangères pour entrer dans le capital des entreprises islandaises – cette participation ne peut aujourd’hui dépasser 25%. Les conditions seraient alors créées pour du « dumping social » qui démantèlerait l’équilibre actuel de la filière piscicole alors que celle-ci assure aujourd’hui des salaires relativement élevés.

Cependant, contrairement aux explications des déçus du résultat, la pêche n’explique pas tout. Le secteur agricole partage le même état d’esprit. Plus globalement, c’est tout le pays qui aurait à y perdre : son niveau de richesse relative en ferait, dès son adhésion, un contributeur net au budget communautaire. Selon certains calculs, Reykjavik devrait verser à Bruxelles 9% du budget de l’Etat – une cotisation chère payée pour se voir en outre imposer des contraintes et des limitations.

Face à cela, les pro-UE ont pointé la hausse récente (à 8%) du taux directeur de la Banque centrale islandaise, avec les conséquences sur le renchérissement du crédit aux particuliers et aux entreprises. Mais l’argument de « l’euro qui protège » n’a pas convaincu. Pas plus que la reprise d’un grand classique, selon lequel « il vaut mieux être à la table communautaire pour participer aux décisions ».

Enfin, les électeurs de la capitale ont, eux, plutôt choisi le Oui, ont tenté de se consoler les perdants. En réalité, les deux camps ne sont séparés que de 6 000 voix à Reykjavik-Nord, et de 4 000 voix à Reykjavik sud – pas de quoi parler d’un raz-de-marée chez les urbains.

le 29 août a vu l’effondrement du rêve de Bruxelles : s’adjoindre un pays redevenu riche et stratégiquement situé en zone arctique

Bref, le 29 août a vu l’effondrement du rêve nourri à Bruxelles : s’adjoindre un pays redevenu riche (mais donc peu désireux de se faire plumer…), et stratégiquement situé en zone arctique, entre les continents européen et américain.

De son côté, la cheffe (sociale-démocrate) du gouvernement a promis de ne pas remettre la question de l’UE sur le tapis d’ici les prochaines élections en 2028. C’est le moins qu’elle pouvait faire.

Mais, d’un point de vue européen, l’épisode met à mal la petite musique que Bruxelles – et les médias qui lui sont favorables – tente de faire entendre depuis quelques années : les Britanniques regretteraient massivement le Brexit, selon les sondages, preuve que, dès lors qu’on y appartient pas ou plus, l’UE est immanquablement attractive.

Le démenti islandais est sans appel.

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Pause estivale

Par : pierre

Comme chaque année, Ruptures suspend sa parution durant les mois d’été (sauf exigence imprévue de l’actualité). Nous vous donnons rendez-vous en septembre et vous souhaitons de bonnes vacances !

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Grands médias et dirigeants européens n’ont toujours pas digéré le Brexit

Par : pierre

C’était il y a dix ans tout juste. Le 23 juin 2016, une majorité de Britanniques – près de 52% – décidait de quitter l’Union européenne. Un véritable tremblement de terre – c’était la première fois qu’un pays faisait un tel choix – et une désaveu cinglant infligé aux dirigeants britanniques en place ainsi qu’à la classe politico-médiatique du Vieux continent. Celle-ci avait mené une campagne acharnée pour éviter ce qu’elle redoutait comme un cataclysme majeur.

Une décennie plus tard, elle n’a toujours pas digéré d’avoir été aussi brutalement désavouée. Et a saisi l’occasion de cet anniversaire pour déverser sa rancœur. En présentant notamment trois arguments : les électeurs anglais regretteraient désormais amèrement le Brexit ; ce dernier aurait provoqué « chaos politique, affaissement démocratique et perte d’influence internationale » selon les termes du quotidien Le Monde (qui donne souvent le ton idéologique parmi la presse dominante française), en plus d’un déclin économique ; enfin, les forces politiques françaises décrites comme pro-Brexit auraient changé leur fusil d’épaule, preuve que la poursuite de l’intégration européenne est la seule voie possible.

La première affirmation dit s’appuyer sur de récents sondages. Un chiffre, en particulier, est régulièrement cité : selon une étude commandée par le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), 52 % des Britanniques seraient prêts à un retour dans l’UE (pas vraiment un raz-de-marée !). Il convient de rappeler que le chiffre cité est peu ou prou le même que l’évaluation des intentions de vote pour… rester dans l’UE quelques jours avant le référendum de 2016. Pourquoi les sondeurs se tromperaient-ils moins aujourd’hui qu’à l’époque ?

Surtout, si l’on veut vraiment prendre au sérieux ces études d’opinion, une autre étude affirme que 46% des sondés estiment que « le Brexit aurait pu bien marcher », mais que « les responsables politiques l’ont mal géré ». Ce qui ne représente pas franchement un basculement massif de l’opinion en faveur de l’intégration européenne.

C’est en tout cas un chiffre qui éclaire ce paradoxe apparent : d’un côté, les sujets de sa gracieuse majesté auraient aujourd’hui renié leur choix de 2016 ; et d’un autre, le parti Reform UK est sorti grand triomphateur des élections locales du 7 mai dernier. Or ce parti a pour figure emblématique Nigel Farage, qui a incarné dès le début le combat pour sortir de l’UE. Si grand triomphateur qu’il apparaît désormais comme un futur Premier ministre possible – une perspective qui semblait encore totalement inimaginable il y a quelques mois, d’autant que le système électoral l’avait jusqu’à présent quasi complètement écarté du Parlement.

Un dernier indice, enfin, laisse à penser que la conversion pro-UE du peuple britannique peut être mise en doute. Alors que l’actuel chef du gouvernement, le Travailliste Keir Starmer, est démissionnaire, celui qui a toutes chances de lui succéder est le maire de Manchester, Andy Burnham, qui vient de se faire élire député. Ce dernier, présenté comme plus ouvertement pro-européen que son camarade de parti sortant, a pourtant bien pris soin, pendant sa campagne, d’éviter les questions portant sur l’Europe. Car l’électorat travailliste populaire du nord du pays est resté favorable à la rupture avec Bruxelles.

Cela dit, il est en effet probable que certains électeurs du Brexit, voyant leurs espoirs déçus, aient changé d’avis – même si c’est en bien plus modestes proportions que ne le décrit la propagande pro-UE. Mais personne ne se pose la question : si le référendum de juin 2016 avait opté pour rester dans l’UE, combien d’électeurs ayant fait ce choix ne l’auraient pas finalement regretté ? Au regard de l’actuelle situation peu glorieuse des Etats membres de l’UE, il est plus que probable que l’état du Royaume ne serait guère plus enviable – ce qui aurait très certainement entraîné une déception symétrique.

Le Royaume-Uni a conquis la liberté, mais ses dirigeants ne s’en sont nullement servi

Ce qui amène à s’intéresser au deuxième point : le départ du Royaume-Uni a-t-il eu les conséquences néfastes que la presse mainstream française se complaît à le décrire, à savoir, comme l’égraine Le Monde, « croissance économique en berne, commerce entravé, isolement et perte d’influence dans le monde, hausse de l’immigration… » – un véritable « chemin de croix », résume le quotidien qui ne s’embarrasse guère de nuances.

On peut d’emblée noter que même ce diagnostic négatif est loin, très loin, de la description de l’apocalypse pronostiquée il y a dix ans par les adversaires du Brexit – à Londres ou dans les capitales des élites mondialisées. Pour ne citer qu’un exemple parmi mille, celui qui était alors gouverneur de la Banque d’Angleterre avait menacé de la survenue des dix plaies d’Egypte si les électeurs faisaient le « mauvais choix ». Pour mémoire, Mark Carney est devenu entre temps premier ministre du Canada, son pays d’origine.

Et si la croissance économique anglaise est en berne – comme le sont de nombreuses économies d’Etats membres de l’UE – quel économiste sérieux pourrait faire le tri entre le Brexit et d’autres causes parfaitement connues, telle que la pandémie passée du Covid-19, ou bien la guerre en Ukraine avec notamment ses conséquences sur les prix de l’énergie ?

Il est cependant exact que, par exemple, la suppression de la libre circulation des marchandises – et donc l’apparition de procédures et de règles douanières contraignantes – ont pu constituer un handicap. Mais c’est le prix de la liberté.

Car là est le point essentiel : le choix de quitter l’UE n’était pas d’abord un choix économique, mais avant tout un choix politique. En sortant des institutions et des règles communautaires, le pays gagnait la liberté de fixer sa propre politique, et se libérait des décisions contraintes.

Conquérir sa souveraineté est un choix fondamental. Mais il n’entraîne nullement que cette liberté nouvelle soit utilisée par les gouvernants dans le sens des intérêts du pays et de son peuple. Et c’est précisément ce qui s’est passé : ni les gouvernements conservateurs qui se sont succédé entre 2016 et 2024, ni le gouvernement travailliste ensuite, n’ont fondamentalement changé les options politiques précédentes.

Le Royaume-Uni a donc conquis la liberté de s’émanciper, mais ses dirigeants ne s’en sont nullement servi (ce qui ne constitue pas une surprise). En revanche, le peuple britannique peut désormais leur demander des comptes sans qu’ils ne puissent désormais se retrancher derrière Bruxelles.

Bien sûr, plusieurs leaders anglais du Brexit, tels Boris Johnson, alors maire de Londres et qui devint ensuite premier ministre, n’ont pas été très regardants sur la crédibilité des promesses qu’ils firent miroiter en cas de sortie de l’UE. Et ce, alors même que cette sortie ne pouvait automatiquement apporter cadeaux et bienfaits comme par enchantement. Mais cette sortie était une condition nécessaire. Au peuple britannique de s’en servir quand il le jugera utile…

Le RN et LFI sont décrits comme ayant abandonné le Frexit, preuve que cette option serait irréaliste et délétère

Enfin, le dernier angle d’attaque choisi par la presse mainstream hexagonale consiste à pointer les deux forces politiques censées avoir soutenu le Brexit et plaidé pour le « Frexit » (sortie de la France). En ligne de mire : La France insoumise (LFI), et le Rassemblement national (RN). Chacun de ces partis est décrit comme ayant abandonné la revendication du Frexit, preuve que cette option serait irréaliste et délétère ; et qu’en conséquence, la prudence politique dictait de mettre cette exigence au rancart.

Le lecteur est donc prié de conclure que sortir de l’UE est une idée absurde, menant à la catastrophe, puisque même les forces politiques dites « extrêmes » n’osent plus proposer. Conclusion un peu acrobatique : l’« attachement à l’Europe » sort renforcé du référendum britannique.

Le problème est que la démonstration est assise sur des bases très approximatives. Le RN n’a jamais vraiment soutenu la sortie de l’UE. Seul Florian Philippot, son vice-président de 2012 à 2017, a explicitement milité dans ce sens. Mais il a claqué la porte à cette date, justement en dénonçant l’ambiguïté qui prévalait. Le renoncement est aujourd’hui total, puisque cette formation plaide désormais pour « changer l’Europe de l’intérieur » – une retournement que le Parti communiste français avait opéré dès 1999… avec le succès que l’on sait.

De même, LFI a toujours entretenu l’ambiguïté, n’osant jamais proposer clairement la voie de la sortie. Elle avait un temps plaidé pour « la sortie des traités européens », une formule laissant à penser qu’on pouvait cependant rester un Etat membre. Et quand son leader, Jean-Luc Mélenchon, martelait « l’Europe, on la change ou on la quitte », il était clair que la première option était privilégiée. Ce qui préparait l’abandon désormais officiel de la seconde.

Quoi qu’il en soit, les dirigeants de l’UE peuvent bien se persuader que, dès lors que ses adversaires sont convertis, celle-ci est plus solide que jamais – voir que Londres se portera un jour candidat pour réintégrer le bercail. La réalité risque cependant de leur réserver des surprises de même ampleur que le séisme de 2016, sans qu’on puisse dire aujourd’hui d’où éclatera le prochain orage…

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Grands médias et dirigeants européens n’ont toujours pas digéré le Brexit…

Par : pierre

C’était il y a dix ans tout juste. Le 23 juin 2016, une majorité de Britanniques – près de 52% – décidait de quitter l’Union européenne. Un véritable tremblement de terre – c’était la première fois qu’un pays faisait un tel choix – et une désaveu cinglant infligé aux dirigeants britanniques en place ainsi qu’à la classe politico-médiatique du Vieux continent. Celle-ci avait mené une campagne acharnée pour éviter ce qu’elle redoutait comme un cataclysme majeur.

Une décennie plus tard, elle n’a toujours pas digéré d’avoir été aussi brutalement désavouée. Et a saisi l’occasion de cet anniversaire pour déverser sa rancœur. En présentant notamment trois arguments : les électeurs anglais regretteraient désormais amèrement le Brexit ; ce dernier aurait provoqué « chaos politique, affaissement démocratique et perte d’influence internationale » selon les termes du quotidien Le Monde (qui donne souvent le ton idéologique parmi la presse dominante française), en plus d’un déclin économique ; enfin, les forces politiques françaises décrites comme pro-Brexit auraient changé leur fusil d’épaule, preuve que la poursuite de l’intégration européenne est la seule voie possible.

La première affirmation dit s’appuyer sur de récents sondages. Un chiffre, en particulier, est régulièrement cité : selon une étude commandée par le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), 52 % des Britanniques seraient prêts à un retour dans l’UE (pas vraiment un raz-de-marée !). Il convient de rappeler que le chiffre cité est peu ou prou le même que l’évaluation des intentions de vote pour… rester dans l’UE quelques jours avant le référendum de 2016. Pourquoi les sondeurs se tromperaient-ils moins aujourd’hui qu’à l’époque ?

Surtout, si l’on veut vraiment prendre au sérieux ces études d’opinion, une autre étude affirme que 46% des sondés estiment que « le Brexit aurait pu bien marcher », mais que « les responsables politiques l’ont mal géré ». Ce qui ne représente pas franchement un basculement massif de l’opinion en faveur de l’intégration européenne.

C’est en tout cas un chiffre qui éclaire ce paradoxe apparent : d’un côté, les sujets de sa gracieuse majesté auraient aujourd’hui renié leur choix de 2016 ; et d’un autre, le parti Reform UK est sorti grand triomphateur des élections locales du 7 mai dernier. Or ce parti a pour figure emblématique Nigel Farage, qui a incarné dès le début le combat pour sortir de l’UE. Si grand triomphateur qu’il apparaît désormais comme un futur Premier ministre possible – une perspective qui semblait encore totalement inimaginable il y a quelques mois, d’autant que le système électoral l’avait jusqu’à présent quasi complètement écarté du Parlement.

Un dernier indice, enfin, laisse à penser que la conversion pro-UE du peuple britannique peut être mise en doute. Alors que l’actuel chef du gouvernement, le Travailliste Keir Starmer, est démissionnaire, celui qui a toutes chances de lui succéder est le maire de Manchester, Andy Burnham, qui vient de se faire élire député. Ce dernier, présenté comme plus ouvertement pro-européen que son camarade de parti sortant, a pourtant bien pris soin, pendant sa campagne, d’éviter les questions portant sur l’Europe. Car l’électorat travailliste populaire du nord du pays est resté favorable à la rupture avec Bruxelles.

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Les cheminots se mobilisent contre les conséquences de la libéralisation européenne du rail…

Par : pierre

Le 10 juin, les cheminots français étaient appelés à faire grève par les quatre grands syndicats de la SNCF. Une unité qui ne s’était plus produite depuis deux ans. Le mouvement a surpris de nombreux observateurs par son ampleur. Et il pourrait bien se prolonger par de prochaines mobilisations.

Les grands médias se sont surtout intéressés aux désagréments subis par les voyageurs. Ils ont souvent été bien plus discrets sur les raisons de la grève. En réalité, les causes du mécontentement grandissant chez les salariés remontent à la libéralisation du rail impulsée par Bruxelles par étapes depuis les années 2000.

En France, la transposition des directives européennes s’est en particulier traduite par la réforme qu’a subie le monde du rail en 2018, au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. La mobilisation avait été massive à l’époque, mais n’avait pu empêcher le projet d’être imposé.

Parmi les revendications affichées le 10 juin figurait notamment une forte revalorisation des salaires. Mais las causes les plus profondes de la grève sont à chercher du côté du mal-être de la plupart des cheminots. Illustration dramatique de cette dégradation : depuis janvier de cette année, treize agents se sont suicidés, dans des conditions qui ne laissent guère de doute sur le lien avec l’exercice de leur métier.

Encore ne s’agit-il que de la pointe émergée de l’iceberg. Les syndicats alertent sur la multiplication de ce qu’on nomme les « risques psycho-sociaux », ce qui n’est pas sans rappeler le climat cauchemardesque qu’avait subi à la fin des années 2000 France Telecom (devenu Orange) : les agents de l’ex-service public de télécommunications avaient été particulièrement malmenés par l’introduction européenne de la concurrence et les exigences de rentabilité qui en découlent.

Les syndicats de la SNCF, dans leur appel à la grève du 10 juin, pointent en particulier les réorganisations internes sans fin, qui sapent les collectifs de travail existants et heurtent le travail des cheminots qui restent attachés au principe de service public.

Selon le texte unitaire des syndicats, « un agent sur trois déclare aujourd’hui souffrir de troubles anxieux ou dépressifs. Les arrêts maladie liés à la santé mentale ont progressé de 40 % en cinq ans. Les accidents du travail ont bondi de 15,9 % entre 2024 et 2025 dans le périmètre du groupe public, de 21,7 % filiales incluses et de 50 % sur trois ans ».

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Les cheminots se mobilisent contre les conséquences de la libéralisation européenne du rail

Par : pierre

Le 10 juin, les cheminots français étaient appelés à faire grève par les quatre grands syndicats de la SNCF. Une unité qui ne s’était plus produite depuis deux ans. Le mouvement a surpris de nombreux observateurs par son ampleur. Et il pourrait bien se prolonger par de prochaines mobilisations.

Les grands médias se sont surtout intéressés aux désagréments subis par les voyageurs. Ils ont souvent été bien plus discrets sur les raisons de la grève. En réalité, les causes du mécontentement grandissant chez les salariés remontent à la libéralisation du rail impulsée par Bruxelles par étapes depuis les années 2000.

En France, la transposition des directives européennes s’est en particulier traduite par la réforme qu’a subie le monde du rail en 2018, au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. La mobilisation avait été massive à l’époque, mais n’avait pu empêcher le projet d’être imposé.

Parmi les revendications affichées le 10 juin figurait notamment une forte revalorisation des salaires. Mais las causes les plus profondes de la grève sont à chercher du côté du mal-être de la plupart des cheminots. Illustration dramatique de cette dégradation : depuis janvier de cette année, treize agents se sont suicidés, dans des conditions qui ne laissent guère de doute sur le lien avec l’exercice de leur métier.

Encore ne s’agit-il que de la pointe émergée de l’iceberg. Les syndicats alertent sur la multiplication de ce qu’on nomme les « risques psycho-sociaux », ce qui n’est pas sans rappeler le climat cauchemardesque qu’avait subi à la fin des années 2000 France Telecom (devenu Orange) : les agents de l’ex-service public de télécommunications avaient été particulièrement malmenés par l’introduction européenne de la concurrence et les exigences de rentabilité qui en découlent.

Les syndicats de la SNCF, dans leur appel à la grève du 10 juin, pointent en particulier les réorganisations internes sans fin, qui sapent les collectifs de travail existants et heurtent le travail des cheminots qui restent attachés au principe de service public.

Selon le texte unitaire des syndicats, « un agent sur trois déclare aujourd’hui souffrir de troubles anxieux ou dépressifs. Les arrêts maladie liés à la santé mentale ont progressé de 40 % en cinq ans. Les accidents du travail ont bondi de 15,9 % entre 2024 et 2025 dans le périmètre du groupe public, de 21,7 % filiales incluses et de 50 % sur trois ans ».

Les syndicats poursuivent : « dans tous les chantiers, les ateliers, les dépôts, les bureaux, les gares, c’est partout la même musique depuis des années : moins d’effectifs, plus de polyvalence, plus de territoires à couvrir par agent. Voilà le quotidien des cheminots, dans tous les collèges, dans tous les métiers : des collectifs cassés, des repères qui sautent, des postes supprimés et menacés, des conditions de vie et de travail qui se dégradent ».

Une telle évolution s’explique par l’idéologie typique de la déréglementation européenne qui affirme selon eux « la supériorité du modèle privé sur le modèle public, de la concurrence sur la coopération, de la flexibilité sur la stabilité ».

Dès lors, alerte le texte, « sur le terrain, cette idéologie produit des effets concrets : on réduit les coûts pour gagner des appels d’offres, on filialise pour s’affranchir de la réglementation historique de la SNCF ». Pour finalement conclure : « depuis très longtemps, nous sommes face à une politique d’entreprise visant à déstabiliser les salariés et créer un climat professionnel anxiogène ».

Le processus décidé au niveau du Conseil de l’UE a été ponctué par quatre « paquets » successifs de déréglementation

Mais comment en est-on arrivé là ? Le processus décidé au niveau du Conseil de l’UE (ainsi que par l’europarlement, ce dernier ayant même souvent pratiqué la surenchère) et piloté concrètement par la Commission a été ponctué par quatre « paquets » successifs de déréglementation programmés bien à l’avance – une méthode bruxelloise typique qui permet notamment d’éviter les réactions trop massives.

Le mouvement a débuté en 2001 par l’ouverture de la concurrence dans le domaine du fret (transport de marchandises) international (effective en 2003), puis du fret national (effective en 2006). A noter que le fret SNCF en France a finalement, en 2024-2025, subi un chantage brutal aux « subventions publiques déguisées », et a été depuis lors quasi démantelé.

Le « deuxième paquet », lancé en 2002 a imposé des normes et règles dites d’« interopérabilité » entre exploitants. L’année suivante, le « troisième paquet » de directives et de règlements visait l’ouverture des transports internationaux de voyageurs.

Enfin, l’étape ultime visée par Bruxelles a été lancée en 2016 par le « quatrième paquet ferroviaire ». Cette fois, l’horizon était clair : achever le processus en installant la concurrence intégrale pour le transport intérieur des voyageurs. Deux cas de figure ont été, en France, traités différemment.

D’un côté figurent les liaisons non subventionnées par la puissance publique, essentiellement les lignes TGV, réputées les plus rentables. Dans ce cas, différentes sociétés peuvent venir directement concurrencer la SNCF sur des segments donnés, disputant ainsi à cette dernière des parts de marché. C’est désormais le cas avec des entreprises privées, ou des entreprises publiques nationales comme l’Espagnole Renfe ou l’Italienne Trenitalia (par exemple sur Paris-Lyon, une des liaisons les plus juteuses).

L’autre domaine concerne les liaisons intra-régionales (TER) ou entre régions (Intercités, aussi dénommés trains d’équilibre du territoire). Il s’agit de trajets par nature déficitaires, et qui ne peuvent donc subsister que grâce à des financements publics. Ceux-ci sont pilotés par une « autorité organisatrice », souvent un organisme lié à un Conseil régional.

Dans ce cas, ladite autorité détermine des lots (ensemble de trajets) qu’elle met en concurrence à travers le passage d’appels d’offres : quels services, quelle fréquences, quels tarifs, moyennant quelles subventions ? Les propositions des soumissionnaires sont théoriquement comparées sur ces critères et débouchent sur le choix d’une entreprise unique à laquelle est accordée, pour un temps donné, une « délégation de service public ».

À ce jour, certaines régions ont déjà attribué des lots ; dans d’autres, le processus est encore en cours. Officiellement, les responsables politiques fidèles à cette logique négocient des engagements visant à améliorer les dessertes, donc la qualité de vie des usagers, et à leur proposer des tarifs plus bas. Mais la réalité devrait être bien loin de l’eldorado promis.

La SNCF a créé des filiales qui ne sont plus soumises aux conquêtes sociales historiques

Bien sûr, la SNCF n’est pas exclue des appels d’offre. Mais le droit européen prévoit que les différents concurrents soient « à égalité ». Or l’exploitant historique possède des avantages qui ne doivent pas, selon Bruxelles, lui profiter. A l’inverse, il paye des cotisations de retraite supérieures aux firmes privées.

Mais il n’y a pas de miracle : pour promettre un meilleur service, et pour moins cher, tout en gagnant le maximum d’argent, les entreprises en lice ont un levier : faire pression sur les salaires des agents, augmenter leur travail et leur productivité, rogner sur les repos, promouvoir la polyvalence, et faciliter les licenciements… Pour rendre possible une telle dégradation des conditions de travail, la SNCF a créé des filiales qui ne sont plus soumises aux conquêtes sociales historiques.

Donc si un lot est attribué à une de ces filiales de la SNCF, les salariés sont basculés vers cette filiale au contexte social dégradé, même si des garde-fous sont maintenus provisoirement. C’était l’un des aspects de la réforme du rail de 2018 : supprimer le statut du cheminot. C’est-à-dire supprimer les acquis sociaux pour les nouveaux embauchés (par crainte d’une mobilisation trop considérable, les personnels embauchés avant la réforme gardent leur statut – mais celui-ci se retrouve donc en situation d’extinction progressive).

Quant à la maison mère SNCF, elle garde certes son actionnaire étatique, mais a évolué en une société de droit privé. Bref, tout cela contribue à disloquer l’unité de l’entreprise, que ce soit en termes de droits sociaux, de salaires, de perspectives de carrière, de garanties, mais aussi d’organisation du travail, et donc de sens du service public.

Et les cheminots ne sont pas les seules victimes. Le transport ferroviaire étant éclaté en exploitants distincts, ceux-ci, d’abord soucieux de leur rentabilité, ne se sentent nullement concernés si des usagers dont un premier train est en retard manquent leur correspondance…

Il est notoire que la libéralisation de l’électricité et du gaz n’avait pas apporté les bienfaits promis, notamment en termes de prix. On constate désormais que dans le monde du rail, les dogmes bruxellois nuisent également tant aux agents qu’aux voyageurs.

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Le projet franco-allemand d’avion de combat commun est abandonné, au grand dam de Paris…

Par : pierre

L’événement n’était nullement inattendu. Il n’en constitue pas moins un véritable coup de tonnerre, d’abord dans les relations entre Berlin et Paris, et plus globalement concernant ce que Bruxelles nomme « l’Europe de la défense ». Le 8 juin, les deux capitales ont officiellement annoncé l’abandon du projet commun d’avion de combat.

Ce dernier était le cœur du dénommé SCAF – Système de combat aérien du futur – censé être opérationnel à l’horizon 2040… et coûter 100 milliards d’euros. Ce très ambitieux projet comprenait également un ensemble de modules d’armes aériennes interconnectées (tels que des drones) et de coordination.

Le chasseur lui-même, la pièce maîtresse de l’ensemble, était conçu pour l’interception et le combat aérien ; il était ainsi couramment désigné comme un aéronef militaire « de sixième génération ».

Le lancement politique du projet remonte à 2017 lors d’un Conseil des ministres franco-allemand co-présidé par Emmanuel Macron et Angela Merkel. Sa conception et sa réalisation fut alors confiée à un binôme technologique et industriel : le Français Dassault Aviation et l’Allemand Airbus Defence and Space (la partie allemande du groupe Airbus) auquel l’Espagne s’est jointe en 2019.

Très vite cependant, querelles et rivalités se sont fait jour au sein de l’alliance. La firme Dassault Aviation, qui avait conçu et construit seule l’actuel avion de combat tricolore Rafale, ne cachait pas sa volonté d’être le pilote du développement, considérant qu’elle seule avait les compétences et l’expérience pour ce faire.

La direction de l’entreprise – un fleuron de l’industrie française – redoutait en outre que lesdites compétences ne soient pillées par son partenaire. Et faisait par ailleurs valoir que l’Allemagne restait toujours et encore liée techniquement et commercialement à l’Oncle Sam. En 2022, Berlin avait par exemple commandé 35 appareils F-35 américains (et n’exclut pas désormais de doubler cette commande).

Airbus de son côté n’entendait pas rester le partenaire junior du projet et dénonçait le soutien constant de l’Etat français à Dassault, accusé d’arrogance nationaliste. Depuis des mois déjà, l’affrontement se cristallisait donc sur le mode de gouvernance du projet.

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Le projet franco-allemand d’avion de combat commun est abandonné, au grand dam de Paris

Par : pierre

L’événement n’était nullement inattendu. Il n’en constitue pas moins un véritable coup de tonnerre, d’abord dans les relations entre Berlin et Paris, et plus globalement concernant ce que Bruxelles nomme « l’Europe de la défense ». Le 8 juin, les deux capitales ont officiellement annoncé l’abandon du projet commun d’avion de combat.

Ce dernier était le cœur du dénommé SCAF – Système de combat aérien du futur – censé être opérationnel à l’horizon 2040… et coûter 100 milliards d’euros. Ce très ambitieux projet comprenait également un ensemble de modules d’armes aériennes interconnectées (tels que des drones) et de coordination.

Le chasseur lui-même, la pièce maîtresse de l’ensemble, était conçu pour l’interception et le combat aérien ; il était ainsi couramment désigné comme un aéronef militaire « de sixième génération ».

Le lancement politique du projet remonte à 2017 lors d’un Conseil des ministres franco-allemand co-présidé par Emmanuel Macron et Angela Merkel. Sa conception et sa réalisation fut alors confiée à un binôme technologique et industriel : le Français Dassault Aviation et l’Allemand Airbus Defence and Space (la partie allemande du groupe Airbus) auquel l’Espagne s’est jointe en 2019.

Très vite cependant, querelles et rivalités se sont fait jour au sein de l’alliance. La firme Dassault Aviation, qui avait conçu et construit seule l’actuel avion de combat tricolore Rafale, ne cachait pas sa volonté d’être le pilote du développement, considérant qu’elle seule avait les compétences et l’expérience pour ce faire.

La direction de l’entreprise – un fleuron de l’industrie française – redoutait en outre que lesdites compétences ne soient pillées par son partenaire. Et faisait par ailleurs valoir que l’Allemagne restait toujours et encore liée techniquement et commercialement à l’Oncle Sam. En 2022, Berlin avait par exemple commandé 35 appareils F-35 américains (et n’exclut pas désormais de doubler cette commande).

Airbus de son côté n’entendait pas rester le partenaire junior du projet et dénonçait le soutien constant de l’Etat français à Dassault, accusé d’arrogance nationaliste. Depuis des mois déjà, l’affrontement se cristallisait donc sur le mode de gouvernance du projet.

Une autre piste envisagée par Berlin serait de s’insérer dans un projet italo-anglo-japonais

Dans les deux capitales, on tente désormais de minimiser la rupture en faisant valoir que les projets périphériques, tels que les systèmes de communication, restent d’actualité et feront l’objet de développements communs par les deux parties.

D’autres projets hors SCAF – aléatoires et bien plus modestes – sont dans les cartons, comme un système de satellites pour détecter des tirs de missiles longue portée ; ou bien la définition d’une « approche » pour le développement et l’acquisition de capacités de bombardements dits de grande profondeur. Ces pistes de consolation pourraient être évoquées lors du prochain conseil des ministres franco-allemand début juillet

Quoi qu’il en soit, l’incertitude demeure sur l’« avion du futur » lui-même qui pourrait ainsi être différent des deux côtés du Rhin, tout en bénéficiant d’un environnement commun de drones et de communication.

Côté français, Dassault affirme être capable de concevoir son futur appareil puis de le fabriquer seul. Côté allemand, on envisage d’intégrer des alliances déjà existantes. Un partenariat avec le Suédois Saab (qui fabrique l’actuel chasseur Gripen) est envisagé. On apprend même que des discussions préliminaires avaient été engagées depuis six mois, mais discrètement pour ne pas être accusé d’avoir anticipé l’échec du tandem franco-allemand.

Une autre piste envisagée par Berlin serait de s’insérer dans un projet italo-anglo-japonais baptisé Global Combat Air Program. Une dernière hypothèse n’est pas écartée, celle d’un consortium purement allemand qui serait conduit par Airbus et associerait des firmes germaniques de pointe parmi lesquelles Diehl Defence, Liebherr, MBDA ou MTU Aero Engines.

Les partisans de l’intégration européenne se seraient volontiers passés de cette démonstration

La plupart des médias ont insisté sur une cause pour expliquer le divorce : la rivalité technologique et industrielle entre Dassault et Airbus. Si celle-ci est bien réelle, elle ne doit pas cacher l’essentiel : les divergences entre les gouvernements des deux côtés du Rhin. Du reste, là où le président français ne cessait de vanter le SCAF, le chancelier allemand paraissait plus réservé. Il semble même que l’annonce de Friedrich Merz ait pris de court son homologue français.

En témoignent le communiqué publié par Berlin puis celui rendu public à Paris le jour où était annoncée la rupture. Le texte de la chancellerie notait ainsi : « le président Macron et le chancelier fédéral sont parvenus à la conclusion commune que les entreprises ne parviennent pas à s’entendre sur la construction d’un avion de combat commun ». Ce à quoi l’Elysée répondait : « les autorités allemandes ont estimé qu’il n’était pas possible de presser davantage les entreprises concernées ».

En réalité, le chancelier allemand n’a pas pris une décision solitaire. L’opposition au projet d’avion de combat commun était répandue au sein de la classe dirigeante allemande, tant au sein des chrétiens-démocrates de M. Merz que de ses partenaires de gouvernement sociaux-démocrates. Boris Pistorius, le ministre de la Défense issu de leurs rangs, était notoirement opposé à cette coopération avec la France. Celui-ci s’est cru obligé de préciser qu’il fallait « faire la part des choses entre la raison et le cœur ». Autrement dit entre une coopération avec des partenaires potentiellement non européens et le romantique couple franco-allemand.

L’explication est à trouver du côté d’un constat simple : ledit couple avait prévalu en 2017 pour des raisons idéologiques (privilégier le franco-allemand, tandem censé entraîner l’Union européenne) , alors même que les besoins de défense des deux pays sont foncièrement différents.

Les militaires français soulignent ainsi leur besoin d’un appareil capable de transporter et de larguer des missiles nucléaires, une contrainte qui ne concerne pas leurs collègues allemands. En outre, la France possède un porte-avion, ce qui impose des aéronefs plus légers capables d’apponter sur ce dernier – une contrainte qui n’existe pas pour l’Allemagne.

En revanche, les dirigeants allemands visent plutôt des appareils à très long rayon d’action. Cette dissymétrie des besoins – reconnue publiquement dès février dernier par Friedrich Merz lui-même – constitue en réalité un nouvel indice de l’absurdité de solutions uniques entre des pays dont les caractéristiques et la doctrine militaire divergent. Encore ne s’agit-il, dans ce cas, que des rapports entre les deux grands voisins fondateurs de l’UE. Si l’on étend le raisonnement à l’ensemble des Vingt-sept, il est clair que l’intégration – ici dans le domaine militaire – relève de l’absurdité.

Il est probable que les partisans de l’intégration européenne se seraient volontiers passés de cette démonstration, a fortiori dès lors qu’elle a pris la forme d’un « crash » spectaculaire. D’autant qu’une déconvenue analogue pourrait bien survenir le moment venu : le projet de char franco-allemand (MGCS, acronyme anglais pour « système principal de combat terrestre ») pourrait bien subir le même sort.

C’est donc l’inquiétude, teintée d’amertume, qui caractérise le communiqué de l’Elysée où l’on peut lire : « la France reste d’avis que la coopération franco-allemande est nécessaire tant pour nos deux pays que pour nos partenaires européens ».

De fait, la « souveraineté européenne » – un oxymore chéri par Emmanuel Macron – ressort plus que jamais en lambeaux de la déflagration et des projets alternatifs (le cas échéant hors UE) auxquels cette dernière va sans doute donner naissance.

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L’idée se banalise selon laquelle une guerre contre la Russie serait inévitable…

Par : pierre

C’est un climat qui se répand de manière insidieuse et subreptice. Pas une révélation soudaine qui aurait surgi un beau matin. Mais un idée qui se développe insensiblement, jour après jour, au point d’apparaître comme une évidence d’apparence tristement incontestable : un affrontement entre la Russie et l’Europe serait désormais inévitable.

Les manœuvres et exercices militaires – en France notamment – gagnent en ampleur et en fréquence ; et l’ennemi est ouvertement désigné, alors que, jusqu’à présent, une certaine hypocrisie régnait. Plusieurs navires de la « flotte fantôme » russe viennent par ailleurs d’être arraisonnés coup sur coup par la marine tricolore.

L’industrie d’armement – en France, mais aussi en Allemagne et dans plusieurs pays européens – est en plein boom. Sur les chaînes hexagonales, les « talk-show » se multiplient, qui pointent tous la « menace hybride » que ferait peser Moscou sur l’Occident.

Plus solennellement, le chef d’Etat-major des armées françaises avertissait récemment que, si le pays n’était pas prêt à accepter de sacrifier ses enfants, rien ne pourrait empêcher Moscou de poursuivre ses objectifs impériaux.

L’ancienne directrice de la chaîne RT-France (Russia Today, financée par la Russie, puis interdite en 2022, sur décision européenne moyennant des bases légales très douteuses) fait l’objet d’une campagne de dénigrement : Xenia Federova, qui travaille désormais pour plusieurs médias du groupe Bolloré, est non seulement accusée d’être un « agent d’influence du Kremlin », mais de représenter ainsi un danger pour la sécurité nationale dont le titre de séjour devrait être annulé au plus tôt – même si aucune infraction ne lui est reprochée.

Surtout, les exemples abondent qui montrent une inquiétante banalisation d’une perspective de confrontation armée. La diffusion, le 2 juin, par la chaîne franco-allemande Arte, d’un documentaire significativement intitulé « Europe, le choix des armes » (photo, toujours accessible), a constitué une caricature typique des thèses idéologiques en vogue.

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L’idée se banalise selon laquelle une guerre contre la Russie serait inévitable

Par : pierre

C’est un climat qui se répand de manière insidieuse et subreptice. Pas une révélation soudaine qui aurait surgi un beau matin. Mais un idée qui se développe insensiblement, jour après jour, au point d’apparaître comme une évidence d’apparence tristement incontestable : un affrontement entre la Russie et l’Europe serait désormais inévitable.

Les manœuvres et exercices militaires – en France notamment – gagnent en ampleur et en fréquence ; et l’ennemi est ouvertement désigné, alors que, jusqu’à présent, une certaine hypocrisie régnait. Plusieurs navires de la « flotte fantôme » russe viennent par ailleurs d’être arraisonnés coup sur coup par la marine tricolore.

L’industrie d’armement – en France, mais aussi en Allemagne et dans plusieurs pays européens – est en plein boom. Sur les chaînes hexagonales, les « talk-show » se multiplient, qui pointent tous la « menace hybride » que ferait peser Moscou sur l’Occident.

Plus solennellement, le chef d’Etat-major des armées françaises avertissait récemment que, si le pays n’était pas prêt à accepter de sacrifier ses enfants, rien ne pourrait empêcher Moscou de poursuivre ses objectifs impériaux.

L’ancienne directrice de la chaîne RT-France (Russia Today, financée par la Russie, puis interdite en 2022, sur décision européenne moyennant des bases légales très douteuses) fait l’objet d’une campagne de dénigrement : Xenia Federova, qui travaille désormais pour plusieurs médias du groupe Bolloré, est non seulement accusée d’être un « agent d’influence du Kremlin », mais de représenter ainsi un danger pour la sécurité nationale dont le titre de séjour devrait être annulé au plus tôt – même si aucune infraction ne lui est reprochée.

Un documentaire récemment diffusé sur la chaîne franco-allemande Arte conclut qu’il faut réarmer d’urgence

Surtout, les exemples abondent qui montrent une inquiétante banalisation d’une perspective de confrontation armée. La diffusion, le 2 juin, par la chaîne franco-allemande Arte, d’un documentaire significativement intitulé « Europe, le choix des armes » (photo, toujours accessible), a constitué une caricature typique des thèses idéologiques en vogue.

Tout y passe : la sécurité du Vieux Continent qui n’aurait jamais été autant en péril face à l’impérialisme russe ; les « attaques hybrides » et le survol d’infrastructures européennes par des drones anonymes ; l’agressivité sans scrupule de Vladimir Poutine, propagateur en chef de « Fake news » contre l’Europe désormais prise pour cible, et son choix systématique de la « politique du pire » ; le risque que représenterait le départ de soldats US aujourd’hui stationnés notamment en Allemagne…

Hélas, affirme le documentaire, les Européens ont longtemps été naïfs en recherchant les « dividendes de la paix », autrement dit en diminuant les dépenses militaires dès lors que la guerre froide semblait terminée et gagnée. Une candeur qui aurait duré au moins jusqu’en 2014, année où les dirigeants européens n’auraient pas jugé utile de réagir plus fermement à l’« annexion » de la Crimée.

Terribles erreurs, selon les auteurs du film, qui s’angoissent en posant cette question lancinante : qui aujourd’hui serait prêt à faire la guerre si Moscou envahissait par exemple les pays baltes ? Et le documentaire de déplorer que « l’opinion publique européenne (soit) travaillée en profondeur par le discours anti-guerre ». Une thèse illustrée par le défilé à l’écran des visages des responsables politiques accusés d’être les propagandistes de ce lâche renoncement à la guerre, notamment Jordan Bardella (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) pour la France, Alice Weidel (AfD) et Sarah Wagenknecht (BSW) pour l’Allemagne…

Conclusion du film : il faut réarmer d’urgence. Ce que confirment – on s’en serait douté – le Commissaire européen à la défense, le Lituanien Andrius Kubilius, qui rappelle le vieil adage romain selon lequel « si tu veux la paix, prépare la guerre » ; de même que le chef de la diplomatie polonaise, également interviewé, qui martèle : « si nous restons fidèle à nos plans de réarmement, tout ira bien ».

Le film se conclut par un appel qui mérite d’être intégralement cité : « Après quatre-vingts ans de paix, d’échange, et de réconciliation, l’Europe saura-t-elle se rappeler que, pour se protéger elle-même et préserver ses valeurs, il faut aussi savoir se défendre ? C’est le défi majeur qui attend le continent ces prochaines années. Il n’a rien de réjouissant. Mais a-t-on vraiment le choix ? ».

En 2026, le budget militaire de l’Allemagne dépassera, pour la première fois, les 100 milliards d’euros

Le spectateur est sommé de comprendre que la menace est indiscutable. Ceux qui contesteraient cette approche, ou même simplement chercheraient à y apporter des nuances, sont des propagandistes pro-russe. La démonstration se veut pédagogique, elle est en réalité totalitaire ; et d’autant plus dangereuse que le contexte a trait à la guerre et à la paix.

Il est probable que les dirigeants européens ressentent depuis quelques années la nécessité de regagner la conviction de nombreux citoyens sceptiques – a fortiori en période de violentes coupes budgétaires dont seules les dépenses militaires sont exclues, et même grimpent en flèche (le film se réjouit par exemple qu’en 2026, le budget militaire de l’Allemagne dépassera, pour la première fois, les 100 milliards d’euros).

Mais tout laisse à penser que ces mêmes dirigeants finissent désormais par croire eux-mêmes à leur propre propagande. On entre alors dans une période historique périlleuse, et qui n’est pas sans précédent. Il est en effet arrivé dans l’Histoire que des puissances soient poussées à l’affrontement sans même l’avoir explicitement voulu, mais plutôt par le jeu d’engrenages et de discours belliqueux.

Est-il encore temps d’imposer, face aux va-t-en guerre, la sagesse, le dialogue et la raison ?

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Les dirigeants européens s’écharpent sur le remboursement du méga-emprunt contracté en 2020…

Par : pierre

C’était il y a six ans – presque une éternité. Le 21 juillet 2020, le Conseil européen – après de nombreux affrontements et querelles entre Etats membres – lançait un « méga-plan de relance » visant officiellement à contrer l’asphyxie économique qui était en train de se répandre en Europe, conséquence de l’épidémie de Covid-19.

Baptisé « Next Generation EU », le plan prévoyait initialement que la Commission européenne injecte 750 milliards notamment sous forme de subventions (390 milliards d’euros) et de prêts (360 milliards) aux Etats membres. Pour percevoir cette manne, ces derniers devaient élaborer des feuilles de route nationales prévoyant des « réformes » qu’ils s’engageaient à mettre en œuvre, et précisant les domaines où les fonds perçus seraient investis.

Initialement, deux secteurs devaient être priorisés : la « transition environnementale » et le renforcement de la « numérisation de l’économie ». En 2023, des objectifs censés améliorer l’indépendance énergétique furent ajoutés. Puis suivirent des exhortations à ce que les capitales augmentent prioritairement leurs dépenses militaires.

Le mécanisme prévoyait de libérer les fonds progressivement, jusqu’à 2026. La plupart des pays ont bénéficié de cette distribution, mais pas forcément à la hauteur maximale promise. L’Italie et l’Espagne ont constitué les deux plus gros bénéficiaires.

Pour distribuer les milliards, la Commission devait préalablement les emprunter sur les marchés financiers, à un taux modique avait plaidé Bruxelles à l’époque, puisque l’opération était réalisée pour le compte de l’UE dont la signature est réputée sans risque. Avantage supplémentaire mis en avant par certains européistes : puisque l’opération créait une dette commune, cela revenait, de fait, à mettre en place un Trésor européen géré de manière centralisée. Un pas important vers une Europe fédérale, s’étaient alors réjouis ses partisans.

Pourtant, un tout petit détail avait alors été peu évoqué. Contracter une dette – qui plus est, de cette ampleur – impose évidemment de la rembourser un jour ou l’autre. « On trouvera bien un moyen » était en substance la réponse adressée à l’époque à ceux qui soulevaient la question.

Les eurocrates imaginaient par exemple inventer de nouveaux mécanismes générant des « ressources propres ». Comprendre : des revenus supplémentaires directement versés à Bruxelles venant s’ajouter aux cotisations des Etats membres qui constituent aujourd’hui l’essentiel des recettes de l’Union européenne.

Les premiers remboursements étaient prévus pour 2028, et s’étaler ensuite sur trente ans. Un horizon qui paraissait bien lointain vu de 2020, et qui semblait laisser ainsi le temps d’imaginer des solutions.

Sauf que six ans plus tard, l’échéance s’approche sans qu’aucune ressource supplémentaire n’ait été trouvée, à l’exception d’une modeste « taxe plastique » sur les emballages non recyclés, dont le produit est minime au regard des remboursements qui s’annoncent.

Dans ces conditions, plusieurs voix européennes posent désormais la question : faut-il rembourser ? Personne, évidemment, ne propose de faire défaut sur la dette. Mais on parle désormais de « refinancement » de cette dernière. Autrement dit d’émettre de nouveaux titres de dette pour rembourser ceux qui arrivent à échéance…

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Les dirigeants européens s’écharpent sur le remboursement du méga-emprunt contracté en 2020

Par : pierre

C’était il y a six ans – presque une éternité. Le 21 juillet 2020, le Conseil européen – après de nombreux affrontements et querelles entre Etats membres – lançait un « méga-plan de relance » visant officiellement à contrer l’asphyxie économique qui était en train de se répandre en Europe, conséquence de l’épidémie de Covid-19.

Baptisé « Next Generation EU », le plan prévoyait initialement que la Commission européenne injecte 750 milliards notamment sous forme de subventions (390 milliards d’euros) et de prêts (360 milliards) aux Etats membres. Pour percevoir cette manne, ces derniers devaient élaborer des feuilles de route nationales prévoyant des « réformes » qu’ils s’engageaient à mettre en œuvre, et précisant les domaines où les fonds perçus seraient investis.

Initialement, deux secteurs devaient être priorisés : la « transition environnementale » et le renforcement de la « numérisation de l’économie ». En 2023, des objectifs censés améliorer l’indépendance énergétique furent ajoutés. Puis suivirent des exhortations à ce que les capitales augmentent prioritairement leurs dépenses militaires.

Le mécanisme prévoyait de libérer les fonds progressivement, jusqu’à 2026. La plupart des pays ont bénéficié de cette distribution, mais pas forcément à la hauteur maximale promise. L’Italie et l’Espagne ont constitué les deux plus gros bénéficiaires.

Pour distribuer les milliards, la Commission devait préalablement les emprunter sur les marchés financiers, à un taux modique avait plaidé Bruxelles à l’époque, puisque l’opération était réalisée pour le compte de l’UE dont la signature est réputée sans risque. Avantage supplémentaire mis en avant par certains européistes : puisque l’opération créait une dette commune, cela revenait, de fait, à mettre en place un Trésor européen géré de manière centralisée. Un pas important vers une Europe fédérale, s’étaient alors réjouis ses partisans.

Pourtant, un tout petit détail avait alors été peu évoqué. Contracter une dette – qui plus est, de cette ampleur – impose évidemment de la rembourser un jour ou l’autre. « On trouvera bien un moyen » était en substance la réponse adressée à l’époque à ceux qui soulevaient la question.

Les eurocrates imaginaient par exemple inventer de nouveaux mécanismes générant des « ressources propres ». Comprendre : des revenus supplémentaires directement versés à Bruxelles venant s’ajouter aux cotisations des Etats membres qui constituent aujourd’hui l’essentiel des recettes de l’Union européenne.

Les premiers remboursements étaient prévus pour 2028, et s’étaler ensuite sur trente ans. Un horizon qui paraissait bien lointain vu de 2020, et qui semblait laisser ainsi le temps d’imaginer des solutions.

Sauf que six ans plus tard, l’échéance s’approche sans qu’aucune ressource supplémentaire n’ait été trouvée, à l’exception d’une modeste « taxe plastique » sur les emballages non recyclés, dont le produit est minime au regard des remboursements qui s’annoncent.

On parle désormais d’émettre de nouveaux titres de dette pour rembourser ceux qui arrivent à échéance

Dans ces conditions, plusieurs voix européennes posent désormais la question : faut-il rembourser ? Personne, évidemment, ne propose de faire défaut sur la dette. Mais on parle désormais de « refinancement » de cette dernière. Autrement dit d’émettre de nouveaux titres de dette pour rembourser ceux qui arrivent à échéance…

« On s’est endetté au moment du Covid. Aujourd’hui, on nous dit qu’il faut vite le rembourser. C’est idiot » n’a pas hésité à proclamer le président français le 25 avril dernier. Ce jour-là, son hôte, le premier ministre grec, a abondé en martelant qu’un refinancement de la dette « nous rendrait plus forts en tant qu’Europe ».

Ce fut ensuite le tour de l’ancien commissaire européen Paolo Gentiloni. Celui qui fut également président du Conseil italien a jugé « fou » que le refinancement de la dette ne soit pas actuellement un sujet majeur de discussion à Bruxelles. De son côté, le directeur adjoint du FMI pour l’Europe a estimé qu’un report de la dette NextGenerationEU était une « bonne option », permettant de faire face aux besoins de l’UE en matière militaire et d’infrastructures.

Il n’en fallait pas plus pour faire sortir le chancelier allemand de ses gonds. Face aux déclarations jugées laxistes des uns et des autres, Friedrich Merz a tenu à marteler : « toute nouvelle dette de l’UE – qu’elle résulte d’emprunts supplémentaires ou de l’émission d’obligations de l’Union européenne – est inconcevable ».

Le ministre néerlandais des Finances lui a emboîté le pas : « s’endetter davantage n’est pas la solution » a-t-il tranché. Ces querelles, qui n’ont rien d’inattendu ni de surprenant, se dessinent dans un contexte conflictuel bien particulier : la préparation du Cadre financier pluriannuel (CFP), autrement dit le budget communautaire qui courra de 2028 à 2034.

C’est bien le budget général – et donc, en dernière analyse, les contribuables des Etats membres – qui sera ponctionné

Tous les sept ans, l’élaboration du prochain CFP est un des moments les plus chahutés de la vie bruxelloise. Traditionnellement, les partisans de l’augmentation des dépenses (et des recettes) communautaires se heurtent aux pays dits « frugaux », dont les gouvernements insistent pour plus de rigueur budgétaire. Parmi ces derniers figurent notamment les Pays-Bas, la Suède, le Danemark, et bien sûr l’Allemagne.

Face à eux, seize pays du sud et de l’est de l’UE se sont tout récemment coalisés pour réclamer un cadre budgétaire plus généreux, passant par de nouveaux emprunts communs. Et pour cause : beaucoup de ces Etats sont des « bénéficiaires nets » du budget communautaire, c’est-à-dire qu’ils reçoivent plus de financements européens qu’ils ne versent au pot commun.

A l’inverse, Berlin, La Haye, Stockholm et Copenhague sont des « contributeurs nets », et estiment qu’ils payent trop. Ils soutiennent le grand chambardement envisagé dans le prochain CFP, qui fusionnerait notamment les fonds régionaux (censés égaliser les niveaux de développement entre régions riches et pauvres de l’UE) et les fonds agricoles. Une évolution qui se ferait au détriment des pays les moins développés.

Les capitales frugales insistent, de leur côté, pour réorienter et concentrer les moyens communs au profit des dépenses militaires, et de « compétitivité ». L’adoption du CFP doit se faire à l’unanimité, ce qui promet de belles empoignades préalables.

Parmi les points litigieux figure donc le choix de rembourser, ou pas, les échéances de l’emprunt décidé en 2020 – alors même que le financement de ce dernier ne devait pas être pris sur le budget général. Si des financements nouveaux ne sont pas trouvés en urgence, et si l’unanimité ne se décide pas pour réemprunter en vue de rembourser, c’est pourtant bien le budget général – et donc, en dernière analyse, les contribuables des Etats membres – qui sera ponctionné pour faire face aux échéances évaluées à 24 milliards d’euros par an dès 2028.

Cet affrontement vient s’ajouter à la longue liste des contentieux entre Paris et Berlin

Le fait qu’Emmanuel Macron (photo, à gauche), favorable au « refinancement de la dette », et Friedrich Merz (à droite), qui refuse catégoriquement cette voie, se retrouvent ainsi dans deux camps opposés n’est pas à proprement parler une surprise. Mais cet affrontement vient s’ajouter à la longue liste des contentieux entre Paris et Berlin.

Cette dernière s’était récemment allongée lorsque M. Merz avait prôné la saisie des avoirs russes pour financer Kiev, ce à quoi l’Elysée était réticent. Dans un autre domaine, les deux pays s’opposent également sur le futur avion de combat commun, au point que ce projet stratégique vient d’être abandonné. On peut aussi citer l’affrontement concernant l’accord de libre échange entre l’UE et le Mercosur, combattu par Paris, mais soutenu (avec succès) par Berlin.

Le temps paraît bien loin où, après le froid entre Emmanuel Macron et l’ancien chancelier allemand Olaf Scholz, l’arrivée du nouveau chancelier devait – selon la propagande officielle – dégripper le moteur franco-allemand, indispensable, dit-on, pour assurer l’avenir radieux de l’UE.

C’était, pourtant, il y a seulement un an. Pour les supporters de l’intégration européenne, il n’a pas fallu plus de temps pour déchanter.

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Répression de la flottille de solidarité avec Gaza : les leçons européennes…

Par : pierre

Le comportement de l’UE vis-à-vis d’Israël est un cas particulièrement typique de l’impossibilité et de l’inanité d’une politique extérieure européenne commune. En effet, les vingt-sept Etats membres ont chacun une histoire, une culture diplomatique et des intérêts différents, voire totalement divergents.

Sans même remonter à la « Nakba » qui, lors de la fondation d’Israël en 1948 a vu les dirigeants et l’armée de cet Etat massacrer ou expulser des centaines de milliers de Palestiniens de leurs terres, cela fait désormais près de sept décennies que l’occupation illégale de terres palestiniennes se poursuit et s’amplifie.

Et cela fait plus de deux ans et demi que les dirigeants israéliens actuels mènent un véritable génocide dans la bande de Gaza, multipliant cruauté sur les habitants, destruction systématique de leurs infrastructures vitales, et dépossession de leur histoire, de leur culture, de leur avenir.

Le sort de la Cisjordanie n’est guère plus enviable, où des milliers de colons ont désormais carte blanche pour détruire habitations et récoltes, humilier ou tuer les Palestiniens. Dans tous les cas, il s’agit désormais d’une stratégie décidée et assumée, pour laquelle l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 apparaît clairement comme un prétexte.

Pendant tout ce temps, l’Union européenne n’a pas trouvé grand-chose à redire. Et ce, alors même qu’elle finançait des installations (écoles, installations solaires ou hydriques) très régulièrement détruites par les forces israéliennes. Le contraste est vertigineux avec le déferlement de sanctions visant la Russie – on en est au vingtième paquet de mesures punitives visant Moscou depuis 2022.

Pourtant, nul n’est besoin d’élaborer des sanctions proprement dites ou des mesures complexes. L’évidence imposerait pour le moins de suspendre l’« accord d’association » liant Israël et l’UE ; cet accord fait de l’Etat hébreu un partenaire privilégié, avec exonération de nombreux droits de douane, voire transformant celui-ci, sur certains points, presque en un vingt-huitième Etat membre.

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Répression de la flottille de solidarité avec Gaza : les leçons européennes

Par : pierre

Le comportement de l’UE vis-à-vis d’Israël est un cas particulièrement typique de l’impossibilité et de l’inanité d’une politique extérieure européenne commune. En effet, les vingt-sept Etats membres ont chacun une histoire, une culture diplomatique et des intérêts différents, voire totalement divergents.

Sans même remonter à la « Nakba » qui, lors de la fondation d’Israël en 1948 a vu les dirigeants et l’armée de cet Etat massacrer ou expulser des centaines de milliers de Palestiniens de leurs terres, cela fait désormais près de sept décennies que l’occupation illégale de terres palestiniennes se poursuit et s’amplifie.

Et cela fait plus de deux ans et demi que les dirigeants israéliens actuels mènent un véritable génocide dans la bande de Gaza, multipliant cruauté sur les habitants, destruction systématique de leurs infrastructures vitales, et dépossession de leur histoire, de leur culture, de leur avenir.

Le sort de la Cisjordanie n’est guère plus enviable, où des milliers de colons ont désormais carte blanche pour détruire habitations et récoltes, humilier ou tuer les Palestiniens. Dans tous les cas, il s’agit désormais d’une stratégie décidée et assumée, pour laquelle l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 apparaît clairement comme un prétexte.

Pendant tout ce temps, l’Union européenne n’a pas trouvé grand-chose à redire. Et ce, alors même qu’elle finançait des installations (écoles, installations solaires ou hydriques) très régulièrement détruites par les forces israéliennes. Le contraste est vertigineux avec le déferlement de sanctions visant la Russie – on en est au vingtième paquet de mesures punitives visant Moscou depuis 2022.

Pourtant, nul n’est besoin d’élaborer des sanctions proprement dites ou des mesures complexes. L’évidence imposerait pour le moins de suspendre l’« accord d’association » liant Israël et l’UE ; cet accord fait de l’Etat hébreu un partenaire privilégié, avec exonération de nombreux droits de douane, voire transformant celui-ci, sur certains points, presque en un vingt-huitième Etat membre.

Cet accord, entré en vigueur en 2000, stipule que les deux partenaires s’engagent à respecter les droits de l’Homme – une condition qui à elle seule devrait, dans le contexte, annuler sa validité. Mais Tel-Aviv dispose du soutien inconditionnel de certains Etats membres, notamment en Europe centrale. Et a traditionnellement l’appui de l’Italie ainsi que de l’Allemagne.

Dans ce dernier cas, prétextant l’Histoire, l’ancienne chancelière Angela Merkel avait même élevé l’alignement sur Tel-Aviv au rang de « raison d’Etat ». Même les pires atrocités commises contre les Palestiniens ne pourront ainsi jamais rassembler contre elles l’unanimité des Etats membres.

Il aura fallu que ce soit des militants issus du Vieux Continent qui soient pris pour cible pour qu’une gêne de l’UE se manifeste

Pourtant, courant mai, les Vingt-sept ont froncé un sourcil, et décidé de prendre une mesure symbolique : l’interdiction faite à quelques colons identifiés comme particulièrement violents d’entrer dans l’UE, et le gel de leurs éventuels avoirs en Europe.

Difficile d’imaginer une décision plus minimaliste. Et ce, alors que des Etats, historiquement plus sensibles à la cause palestinienne – l’Espagne ou l’Irlande, par exemple – militaient au moins pour bloquer les importations de marchandises fabriquées dans les territoires occupés (et reconnus comme tels par l’ONU). Mais des subtilités de la machinerie européenne ont servi de prétexte à l’inaction, sur fond de rivalités entre la Commission, notamment responsable de la politique commerciale commune, et le Service européen d’action extérieure, chargé de la diplomatie.

Surtout, il faut rappeler l’événement qui a fini par déclencher cette mini-réaction concernant seulement quelques « colons violents ». En l’occurrence, il s’agit du traitement brutal et humiliant réservé aux militants pro-palestiniens de plusieurs pays européens qui avaient constitué une nouvelle flottille de solidarité destinée à alléger les souffrances des Gazaouis. La flottille a été arraisonnée mi-mai sur ordre du gouvernement israélien, et ce, dans les eaux internationales, ce qui est outrageusement illégal.

Les militants ont été arrêtés, conduits dans des centres de détention (photo), menottés, agenouillés, dénudés, et certains se sont vu appliquer des chocs électriques. Et il ne s’agissait pas d’une « bavure » militaire, mais bien d’un ordre du ministre chargé de la sécurité, le suprémaciste Itamar Ben Gvir. Celui-ci s’est même mis en scène pour un clip de campagne électorale.

L’affaire a été menée de façon tellement provocatrice qu’elle a, cette fois, suscité, outre un communiqué critique et gêné de Benyamin Netanyahou, des condamnations de certaines capitales habituellement acquises à la cause sioniste. A Berlin et à Rome, notamment. Le ministre italien, Antonio Tajani, a ainsi adressé une lettre à la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, pour suggérer des sanctions spécifiques visant M. Ben Gvir.

Le point devrait être débattu par les ministres des Vingt-sept le 15 juin. Mais il est douteux que cette idée aboutisse. Surtout, il aura fallu que ce soit des militants issus du Vieux Continent qui soient pris pour cible pour qu’une certaine gêne de l’UE se manifeste.

Car, aussi révoltant et condamnable soit le traitement que ceux-ci ont subi, le sort réservé aux milliers de prisonniers palestiniens est cent fois pire – tout particulièrement depuis le 7 octobre (les centres de détention sont quasi ouvertement des centres de torture et de mauvais traitements, et les décès s’y comptent par centaines).

La petite agitation qui a saisi Bruxelles ne s’était pas manifestée auparavant. A croire que la violence contre les Palestiniens eux-mêmes est plus acceptable.

Mais l’effet le plus grave de la politique extérieure européenne commune est sans doute ailleurs : elle dissuade ou freine certains Etats membres – ceux qui seraient partisans d’une attitude plus ferme face à Israël – de mettre celle-ci en œuvre, au prétexte de ne pas nuire à l’unité des Vingt-sept.

Ainsi, il a fallu attendre l’épisode Ben Gvir pour que Paris décide d’interdire à ce ministre d’entrer sur le territoire français. Et, le même jour, les Pays-Bas ont bloqué leur commerce avec les colons israéliens.

Cela reste certes très modeste. Le commerce des armes, par exemple, pourrait être un domaine particulièrement important. Quoi qu’il en soit, les décisions nationales et leur possible convergence seront toujours plus pertinentes et efficaces que la recherche d’un impossible consensus entre les Vingt-sept…

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Jour de paie pour les eurodéputés…

Par : pierre

Cela dure depuis quarante ans. Et pourtant, la plupart des habitants vivant dans l’Union européenne l’ignore superbement : le 9 mai a été institué en 1985 « journée de l’Europe ».

Il s’agit de célébrer la « déclaration Schumann », prononcée le 9 mai 1950 et considérée par les historiographes officiels comme un événement fondateur de l’intégration européenne, sept ans avant le Traité de Rome qui marqua la naissance de la Communauté économique européenne, ancêtre de l’UE.

A l’occasion de ladite fête, quelques collectivités locales s’efforcent d’attirer l’attention du public en organisant des expositions, visites ou « événements » divers (photo). Ce fut le cas cette année encore dans certaines grandes villes, françaises ou allemandes notamment.

Et bien sûr, les institutions qui siègent à Bruxelles ne sont pas en reste. Cette année, les badauds de la capitale belge ont ainsi pu, entre autres, s’extasier sur de la musique ukrainienne – évidemment – au siège de la Commission, admirer de la calligraphie arabe ou fabriquer du Thanaka (une pâte cosmétique exotique) dans les locaux du Service européen d’action extérieure, ou s’initier aux subtilités du cadre financier pluriannuel (le budget communautaire) dans les locaux de l’europarlement.

Pour les fans, on pouvait également faire d’inoubliables selfies aux côtés d’Ursula von der Leyen : la présidente de la Commission était présente – en carton-pâte – pour les amoureux de l’UE… Décidément, les Bruxellois ont eu beaucoup de chance.

Une catégorie de citoyens gardera un souvenir ému de leur journée festive Ils ne sont pas les seuls. Une autre catégorie de citoyens gardera également un souvenir ému de leur journée festive : les eurodéputés.

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Jour de paie pour les eurodéputés

Par : pierre

Cela dure depuis quarante ans. Et pourtant, la plupart des habitants vivant dans l’Union européenne l’ignore superbement : le 9 mai a été institué en 1985 « journée de l’Europe ».

Il s’agit de célébrer la « déclaration Schumann », prononcée le 9 mai 1950 et considérée par les historiographes officiels comme un événement fondateur de l’intégration européenne, sept ans avant le Traité de Rome qui marqua la naissance de la Communauté économique européenne, ancêtre de l’UE.

A l’occasion de ladite fête, quelques collectivités locales s’efforcent d’attirer l’attention du public en organisant des expositions, visites ou « événements » divers (photo). Ce fut le cas cette année encore dans certaines grandes villes, françaises ou allemandes notamment.

Et bien sûr, les institutions qui siègent à Bruxelles ne sont pas en reste. Cette année, les badauds de la capitale belge ont ainsi pu, entre autres, s’extasier sur de la musique ukrainienne – évidemment – au siège de la Commission, admirer de la calligraphie arabe ou fabriquer du Thanaka (une pâte cosmétique exotique) dans les locaux du Service européen d’action extérieure, ou s’initier aux subtilités du cadre financier pluriannuel (le budget communautaire) dans les locaux de l’europarlement.

Pour les fans, on pouvait également faire d’inoubliables selfies aux côtés d’Ursula von der Leyen : la présidente de la Commission était présente – en carton-pâte – pour les amoureux de l’UE… Décidément, les Bruxellois ont eu beaucoup de chance.

Une catégorie de citoyens gardera un souvenir ému de cette journée festive

Ils ne sont pas les seuls. Une autre catégorie de citoyens gardera également un souvenir ému de cette journée festive : les eurodéputés. On sait que ces derniers sont rémunérés de diverses manières. Ils perçoivent d’une part un traitement mensuel fixe (dont le montant dépasse quelque peu le salaire minimum…), ainsi que de généreux remboursements de frais. Mais ils touchent également une prime – 359 euros – à chaque fois qu’ils participent à une session ou une réunion, ou du moins qu’ils en signent le registre de présence.

Le site spécialisé Euractiv a révélé en mars dernier que chacun des élus aurait la possibilité d’empocher ladite prime s’il assistait à l’un des événements proposés au public le 9 mai. Une lettre du 6 mars destinée aux élus, signée par Fabienne Keller, responsable des questions administratives et financières de l’Assemblée de Strasbourg, et dévoilée par le site, précisait que chaque eurodéputé aurait à proximité de chaque événement un registre de présence à disposition qu’il suffira de signer pour bénéficier de l’indemnité normalement réservée aux jours de travail.

Euractiv cite à ce propos un porte-parole de l’europarlement justifiant l’octroi de cette indemnité à l’occasion de la « journée de l’Europe » comme une « pratique courante ». Le porte-parole a précisé : « en tant que représentants élus, rencontrer et dialoguer avec les citoyens fait partie intégrante des fonctions parlementaires des députés et de l’exercice de leur mandat ».

Et certains s’interrogent gravement, ensuite, sur les raisons de la « montée du populisme »…

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Le parti qui avait porté le Brexit triomphe lors du séisme qui vient d’ébranler l’ancestral bipartisme britannique…

Par : pierre

Le terme de « séisme » a souvent été galvaudé. Mais c’est bien un tremblement de terre politique que les électeurs britanniques ont provoqué le 7 mai, date à laquelle ils étaient conviés aux urnes pour renouveler leurs conseils municipaux et leurs maires.

5 000 sièges étaient en jeu dans 136 collectivités locales. Environ un tiers des Anglais était donc concerné par ce vote. De leur côté, les citoyens écossais et gallois étaient invités à désigner leurs députés dans leurs parlements régionaux respectifs.

Même s’il s’agissait d’élections locales, et même si les comparaisons directes sont difficiles puisque les renouvellements (chaque année par tiers) concernent une partie seulement de l’électorat, le verdict est sans appel, et particulièrement cruel pour le Parti travailliste au pouvoir depuis juillet 2024. Le Labour avait fait élire cette année là 411 députés sur les 650 que compte la Chambre des communes, moyennant un score national de 33,7% des suffrages.

Moins de deux ans plus tard, seulement 17% des électeurs ont voté travailliste, reléguant ce parti à une infâmante quatrième place. En Angleterre, le Labour n’obtient que 1 068 conseillers soit une perte de 1 500 élus. Au parlement écossais, il n’a plus que 17 représentants sur 129 sièges. Et la déculottée est encore plus spectaculaire au Pays de Galles, où il ne disposera plus que de 9 députés sur 96, alors même que les Travaillistes dominaient largement ce qui était considéré comme un bastion depuis plus d’un siècle.

Piètre consolation, ce n’est pas son grand adversaire traditionnel, le Parti conservateur, qui profite de ce naufrage. Avec 17% des voix également, les Tories n’obtiennent en Angleterre que 800 conseillers, soit une perte de 563 élus. Lors des élections générales de 2024, leur score était encore de 23,7%.

Avec 18%, le Parti vert fait une petite percée, notamment dans la capitale, et fait élire 587 conseillers. Son jeune leader charismatique, Zack Polanski, qui revendique le concept d’« éco-populisme » a fait campagne en invoquant « la justice sociale et la justice environnementale », et a bénéficié de l’apport d’anciens électeurs travaillistes.

Le Parti libéral-démocrate (classé au centre) se satisfait de ses 16% des voix, un gain de près de 4 points comparés aux élections générales de 2024, ce qui lui permettra d’avoir 840 conseillers, un progrès de 150 élus.

Mais l’autre fait marquant du scrutin du 7 mai est le triomphe du Parti Reform UK. Cette force politique, dirigée par le charismatique champion du Brexit, Nigel Farage (photo), et souvent classée à l’extrême droite, réussit à capter une proportion considérable des déçus travaillistes mais aussi conservateurs.

Fort de ses 26% des voix, Reform UK obtient haut la main la première place – une performance qu’il n’avait jusqu’à maintenant réalisée qu’aux élections européennes, du temps où le Royaume-Uni était encore membre de l’UE. Il disposera désormais de 1 453 élus, alors qu’il n’en avait quasiment aucun.

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Le parti qui avait porté le Brexit triomphe lors du séisme qui vient d’ébranler l’ancestral bipartisme britannique

Par : pierre

Le terme de « séisme » a souvent été galvaudé. Mais c’est bien un tremblement de terre politique que les électeurs britanniques ont provoqué le 7 mai, date à laquelle ils étaient conviés aux urnes pour renouveler leurs conseils municipaux et leurs maires.

5 000 sièges étaient en jeu dans 136 collectivités locales. Environ un tiers des Anglais était donc concerné par ce vote. De leur côté, les citoyens écossais et gallois étaient invités à désigner leurs députés dans leurs parlements régionaux respectifs.

Même s’il s’agissait d’élections locales, et même si les comparaisons directes sont difficiles puisque les renouvellements (chaque année par tiers) concernent une partie seulement de l’électorat, le verdict est sans appel, et particulièrement cruel pour le Parti travailliste au pouvoir depuis juillet 2024. Le Labour avait fait élire cette année là 411 députés sur les 650 que compte la Chambre des communes, moyennant un score national de 33,7% des suffrages.

Moins de deux ans plus tard, seulement 17% des électeurs ont voté travailliste, reléguant ce parti à une infâmante quatrième place. En Angleterre, le Labour n’obtient que 1 068 conseillers soit une perte de 1 500 élus. Au parlement écossais, il n’a plus que 17 représentants sur 129 sièges. Et la déculottée est encore plus spectaculaire au Pays de Galles, où il ne disposera plus que de 9 députés sur 96, alors même que les Travaillistes dominaient largement ce qui était considéré comme un bastion depuis plus d’un siècle.

Piètre consolation, ce n’est pas son grand adversaire traditionnel, le Parti conservateur, qui profite de ce naufrage. Avec 17% des voix également, les Tories n’obtiennent en Angleterre que 800 conseillers, soit une perte de 563 élus. Lors des élections générales de 2024, leur score était encore de 23,7%.

Avec 18%, le Parti vert fait une petite percée, notamment dans la capitale, et fait élire 587 conseillers. Son jeune leader charismatique, Zack Polanski, qui revendique le concept d’« éco-populisme » a fait campagne en invoquant « la justice sociale et la justice environnementale », et a bénéficié de l’apport d’anciens électeurs travaillistes.

Le Parti libéral-démocrate (classé au centre) se satisfait de ses 16% des voix, un gain de près de 4 points comparés aux élections générales de 2024, ce qui lui permettra d’avoir 840 conseillers, un progrès de 150 élus.

Le parti Reform UK, dirigé par Nigel Farage, réussit à capter une proportion considérable des déçus travaillistes mais aussi conservateurs

Mais l’autre fait marquant du scrutin du 7 mai est le triomphe du Parti Reform UK. Cette force politique, dirigée par le charismatique champion du Brexit, Nigel Farage (photo), et souvent classée à l’extrême droite, réussit à capter une proportion considérable des déçus travaillistes mais aussi conservateurs.

Fort de ses 26% des voix, Reform UK obtient haut la main la première place – une performance qu’il n’avait jusqu’à maintenant réalisée qu’aux élections européennes, du temps où le Royaume-Uni était encore membre de l’UE. Il disposera désormais de 1 453 élus, alors qu’il n’en avait quasiment aucun.

Il réalise en particulier cette percée dans les bastions travaillistes traditionnels du centre et du nord de l’Angleterre. Dans ces régions se concentrent les classes populaires et les familles les plus pauvres, qui avaient été largement – mais provisoirement – séduites par les Conservateurs lors des élections générales de 2019 lorsque ces derniers, dirigés par Boris Johnson, avaient fait campagne pour conforter le Brexit qui était alors paralysé par les manœuvres parlementaires des dirigeants travaillistes.

Mais Reform UK réussit également à mordre sur l’électorat conservateur, un phénomène visible en particulier dans le sud, plutôt huppé, du pays. Globalement cependant, c’est bien la déroute travailliste qui alimente le plus le succès des amis de M. Farage. Une déroute dont les causes ne sont pas difficiles à analyser.

Certes, la presse britannique pointe le « manque de charisme » et de détermination du Premier ministre travailliste, Keir Starmer, en fonction depuis 2024. Elle cite aussi les erreurs et les maladresses de ce dernier, par exemple le choix de nommer l’ancien commissaire européen Peter Mandelson, issu de l’aile la plus « blairiste » du parti, comme ambassadeur britannique à Washington. Or M. Mandelson s’est révélé être un proche ami du sulfureux Jeffrey Epstein.

Mais sur le fond, ce sont bien les questions sociales qui ont fait plonger le Labour. Non seulement ce parti a piétiné les promesses qu’il avait faites en 2024, quand il s’était engagé à répondre aux exigences de reconnaissance, de protection et de justice exprimées par l’électorat populaire ; mais le gouvernement s’est attaqué à des acquis sociaux pour certains très anciens, au détriment en particulier des retraités modestes (et des aides au chauffage les concernant) et des handicapés.

Plus généralement, le bilan gouvernemental a désespéré l’électorat populaire en matière de lutte contre la pauvreté et de dégradation des services publics, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation. M. Starmer a, en revanche, mis un point d’honneur à viser la rigueur budgétaire, et soigné sa proximité avec les milieux financiers.

Il est désormais sur la sellette. Il refuse encore de quitter son poste, mais la plupart des analystes pronostiquent son éviction rapide – ce peut être une question de mois, de semaines, voire de jours, tant la pression est forte au sein de son propre parti en vue de son départ. Le 14 mai, près de 90 députés, dont trois membres de son gouvernement, se prononçaient ouvertement en ce sens. Pour l’heure, il ne doit son salut qu’à l’absence de consensus sur le nom d’un successeur au sein du Labour.

Le champion du Brexit devient désormais un prétendant réaliste au poste de premier ministre

Mais la crise politique va probablement au-delà du sort du chef du gouvernement. Le paysage politique a été profondément ébranlé le 7 mai. La crise du modèle institutionnel, fondé sur le bipartisme, se confirme désormais. L’existence et l’alternance de deux grands forces politiques écrasant tout autre parti structurent depuis des siècles le modèle britannique. Sa pérennité semblait assurée par un système électoral particulièrement brutal, le scrutin majoritaire à un tour.

Celui-ci pourrait bien ne plus remplir cette fonction dans un contexte où les votes se distribuent entre le Reform UK et quatre ou cinq partis (plus des formations autonomistes en Ecosse et au Pays de Galles) qui ne recueillent que 16 à 18% des suffrages, ce qui correspond du reste aux évaluations des sondages.

Autre bouleversement : Nigel Farage devient désormais un prétendant réaliste au poste de premier ministre, une hypothèse qui aurait paru totalement incongrue il y a peu. Le champion du Brexit n’avait par exemple réussi à faire élire, en 2024, que cinq députés sur 650. Demain, le mode de scrutin, qui écartait de Westminster ses amis pourrait se retourner en leur faveur.

Il est évidemment trop tôt pour que cette hypothèse devienne un pronostic. Une leçon, en tout cas, peut être tirée du scrutin : l’affirmation selon laquelle les Britanniques regretteraient amèrement et massivement d’avoir choisi, en 2016, de sortir de l’Union européenne, est contredite par les urnes.

Car comment imaginer que les citoyens inverseraient significativement aujourd’hui leur verdict majoritaire lors du référendum de 2016… tout en accordant un triomphe à celui qui fut le plus emblématique défenseur du Brexit ?

Quant à l’actuel premier ministre, adversaire historique dudit Brexit, il a tenté de sauver son poste en prononçant un discours le 11 mai, et en insistant à cette occasion sur sa volonté de renouer des liens plus étroits avec l’UE. Le moins qu’on puisse dire est que, ce faisant, il n’a pas regagné les faveurs populaires…

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L’ombre de Trump a plané sur le sommet de la « Communauté politique européenne »…

Par : pierre

Un sommet de la communauté politique européenne (CPE) s’est tenu le 4 mai dans la capitale arménienne, Erevan. Peu connue, cette institution rassemble une quarantaine d’Etats européens, membres ou non de l’Union européenne. Elle avait été lancée en 2022, juste après le début de la guerre en Ukraine, et excluait délibérément deux pays, la Russie et la Biélorussie, le but étant d’isoler ces derniers.

C’est sur la proposition insistante d’Emmanuel Macron que la CPE avait été créée, sans que la plupart de ses homologues ne manifeste un grand enthousiasme. Mais, à l’époque, tout ce qui pouvait constituer un front contre Moscou recueillait l’assentiment des capitales, de Berlin à Madrid ou à Varsovie, jusqu’à Londres, Oslo ou Ankara, en passant par tous les pays candidats à l’UE notamment des Balkans. L’Ukraine était bien sûr un membre particulièrement choyé.

Outre la mise au ban de la Russie, une raison non avouée par l’Elysée était d’associer les pays candidats à l’UE tout en temporisant sur leur adhésion proprement dite. Car les effets desdites adhésions pourraient être dévastateurs, le moment venu, pour l’avenir de l’Union.

Depuis 2022, les sommets semestriels se sont succédé (République tchèque, Moldavie, Espagne, Royaume-Uni…) sans que leur intérêt ne soit apparu plus clairement à de nombreux participants. Au contraire. Au point que, cette fois-ci, le premier ministre néerlandais était absent, de même que le président turc ainsi que le chancelier allemand.

Ce dernier a jugé qu’il avait mieux à faire – en l’occurrence visiter une synagogue à Berlin – que de se rendre à Erevan. Quitte à prendre le risque de vexer son homologue français qui considère un peu la CPE comme son bébé.

De son côté, Emmanuel Macron a évoqué, au terme de la conférence, les domaines où les pays présents ont, selon lui, « consolidé des alliances et des coalitions » : la lutte contre la drogue, la solidarité en matière d’énergie et la création d’interconnexions, la protection contre les ingérences étrangères et les fausses informations. Un étrange micmac.

De même, le président français a pointé l’un de ses sujets préférés : la « souveraineté européenne » en matière militaire, sous la forme de « solutions de défense et de sécurité communes ». « Nous payons aujourd’hui le prix de notre dépendance excessive à l’égard de la protection offerte par les Etats-Unis en matière de défense et de sécurité » a-t-il martelé.

Mais, faute de contenu, de décisions ou de déclaration commune, les commentateurs se sont concentrés sur trois aspects : les perspectives pour l’Arménie, pays hôte ; la participation du premier ministre canadien à la réunion ; et l’ombre de Donald Trump qui planait sur le sommet.

Le lieu de la conférence n’avait pas été choisi au hasard. Dans à peine quelques semaines, le 7 juin, vont se dérouler des élections générales en Arménie. En choisissant ce pays pour accueillir le sommet, les dirigeants européens ne cachent pas avoir voulu conforter les chances du premier ministre sortant, Nikol Pachinian (photo, au centre, entouré d’Antonio Costa et d’Ursula von der Leyen), de se maintenir au pouvoir. Les Vingt-sept ont d’ailleurs enchaîné, le 5 mai, sur un sommet formel UE-Arménie – le premier du genre.

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L’ombre de Trump a plané sur le sommet de la « Communauté politique européenne »

Par : pierre

Un sommet de la communauté politique européenne (CPE) s’est tenu le 4 mai dans la capitale arménienne, Erevan. Peu connue, cette institution rassemble une quarantaine d’Etats européens, membres ou non de l’Union européenne. Elle avait été lancée en 2022, juste après le début de la guerre en Ukraine, et excluait délibérément deux pays, la Russie et la Biélorussie, le but étant d’isoler ces derniers.

C’est sur la proposition insistante d’Emmanuel Macron que la CPE avait été créée, sans que la plupart de ses homologues ne manifeste un grand enthousiasme. Mais, à l’époque, tout ce qui pouvait constituer un front contre Moscou recueillait l’assentiment des capitales, de Berlin à Madrid ou à Varsovie, jusqu’à Londres, Oslo ou Ankara, en passant par tous les pays candidats à l’UE notamment des Balkans. L’Ukraine était bien sûr un membre particulièrement choyé.

Outre la mise au ban de la Russie, une raison non avouée par l’Elysée était d’associer les pays candidats à l’UE tout en temporisant sur leur adhésion proprement dite. Car les effets desdites adhésions pourraient être dévastateurs, le moment venu, pour l’avenir de l’Union.

Depuis 2022, les sommets semestriels se sont succédé (République tchèque, Moldavie, Espagne, Royaume-Uni…) sans que leur intérêt ne soit apparu plus clairement à de nombreux participants. Au contraire. Au point que, cette fois-ci, le premier ministre néerlandais était absent, de même que le président turc ainsi que le chancelier allemand.

Ce dernier a jugé qu’il avait mieux à faire – en l’occurrence visiter une synagogue à Berlin – que de se rendre à Erevan. Quitte à prendre le risque de vexer son homologue français qui considère un peu la CPE comme son bébé.

De son côté, Emmanuel Macron a évoqué, au terme de la conférence, les domaines où les pays présents ont, selon lui, « consolidé des alliances et des coalitions » : la lutte contre la drogue, la solidarité en matière d’énergie et la création d’interconnexions, la protection contre les ingérences étrangères et les fausses informations. Un étrange micmac.

De même, le président français a pointé l’un de ses sujets préférés : la « souveraineté européenne » en matière militaire, sous la forme de « solutions de défense et de sécurité communes ». « Nous payons aujourd’hui le prix de notre dépendance excessive à l’égard de la protection offerte par les Etats-Unis en matière de défense et de sécurité » a-t-il martelé.

Mais, faute de contenu, de décisions ou de déclaration commune, les commentateurs se sont concentrés sur trois aspects : les perspectives pour l’Arménie, pays hôte ; la participation du premier ministre canadien à la réunion ; et l’ombre de Donald Trump qui planait sur le sommet.

M. Pachinian est arrivé au pouvoir en 2018 à la faveur d’une « révolution colorée » dirigée contre les précédents gouvernants jugés proches de Moscou

Le lieu de la conférence n’avait pas été choisi au hasard. Dans à peine quelques semaines, le 7 juin, vont se dérouler des élections générales en Arménie. En choisissant ce pays pour accueillir le sommet, les dirigeants européens ne cachent pas avoir voulu conforter les chances du premier ministre sortant, Nikol Pachinian (photo, au centre, entouré d’Antonio Costa et d’Ursula von der Leyen), de se maintenir au pouvoir. Les Vingt-sept ont d’ailleurs enchaîné, le 5 mai, sur un sommet formel UE-Arménie – le premier du genre.

M. Pachinian est arrivé au pouvoir en 2018 à la faveur d’une « révolution colorée » dirigée contre les précédents gouvernants jugés proches de Moscou. Il n’a certes pas rompu les liens avec la Russie, tant les relations étaient étroites. En effet, l’Arménie était une République de l’URSS du temps soviétique et demeura longtemps une proche alliée et protégée de Moscou.

Si elle fait toujours officiellement partie de l’Union économique eurasiatique, elle a quitté l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) dont Moscou est le centre. Lors de la dernière guerre qui l’a opposée à l’Azerbaïdjan en 2023, elle a déploré que Moscou n’ait pas militairement agi en sa faveur.

En réalité, M. Pachinian ne cache pas sa volonté d’obtenir pour son pays le statut de candidat à l’UE. Une loi a même été votée en ce sens l’année dernière. Le 5 mai, il a donc accueilli en grande pompe – et avec fanfare militaire – le président du Conseil européen, Antonio Costa, et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, en déclarant : « si l’Union européenne nous accepte [un jour], nous en serons heureux et enthousiastes ».

En retour, Mme von der Leyen l’a félicité : « votre révolution pacifique et de velours de 2018 a démontré l’attachement de votre pays aux valeurs européennes fondamentales ». Et M. Costa a enchéri : « vous avez radicalement changé les conditions [démocratiques] de votre pays (…) je tiens à saluer votre vision d’une Arménie démocratique, résiliente et prospère ».

Une déclaration de six pages a été signée, qui célèbre cette « étape historique » de l’éloignement vis-à-vis de Moscou, et qui comporte des engagements d’investissements européens à hauteur de 2,5 milliards d’euros. Un beau cadeau que M. Pachinian fera valoir à ses électeurs.

Cerise sur le gâteau, l’UE va aider « à lutter contre la désinformation russe » d’ici le scrutin en confiant pour ce faire des moyens financiers et une « équipe d’intervention rapide »… au principal favori. Elle a également donné son blanc-seing aux pouvoirs exceptionnels de surveillance que s’est attribués le gouvernement sortant.

Toujours prompte à s’indigner de l’« ingérence » de la Russie dans les élections ici et là en Europe, l’UE ne voit manifestement aucune contradiction avec son engagement explicite et assumé envers l’un des candidats au scrutin.

Invité, le premier ministre canadien a exprimé son tropisme pro-européen

Autre point relevé par les commentateurs, l’invitation adressée au premier ministre canadien, une première, et une étrangeté au regard de la géographie. Mark Carney, qui fut jadis gouverneur de la Banque d’Angleterre – et un militant anti-Brexit acharné – dirige désormais son pays en étant confronté aux imprévisibles foucades de son voisin du sud.

Il a donc exprimé son tropisme pro-européen en s’en prenant à Donald Trump et à sa conception du monde : « nous ne pensons pas être condamnés à nous soumettre à un monde plus transactionnel, insulaire et brutal », estimant en outre que « des réunions comme celle-ci nous ouvrent une autre voie ». Le chef du gouvernement canadien a plaidé pour reconstruire un nouvel ordre international… à partir de l’Europe.

Plus concrètement, il s’est engagé à collaborer avec l’UE pour un approvisionnement plus sûr en énergie, en semi-conducteurs, en minéraux critiques et en vaccins, mais surtout à maintenir les troupes canadiennes au sein du bataillon multinational de l’OTAN en Lettonie, face à la Russie.

Alors que s’ouvrait le sommet de la CPE, Donald Trump a alimenté les inquiétudes de ses partenaires de l’OTAN en faisant une double annonce

Toutes ces déclarations prennent leur sens dans le contexte où, selon les mots du président français, le spectre de Washington constituait « l’éléphant dans la salle », c’est-à-dire l’énorme problème auquel tout le monde pense, mais sans oser l’aborder explicitement.

De fait, alors que s’ouvrait le sommet de la CPE, Donald Trump n’a pas manqué d’alimenter, une nouvelle fois, les inquiétudes géostratégiques de ses partenaires de l’OTAN. Et ce, en faisant une double annonce. D’une part, le président américain a indiqué qu’il prévoyait de retirer 5 000 militaires parmi les 40 000 stationnés aujourd’hui sur le sol allemand, et de faire peut-être de même pour d’autres pays européens.

Il a d’autre part jeté le doute sur sa volonté d’appliquer la décision prise en 2024 au sein de l’Alliance atlantique, du temps de son prédécesseur Joseph Biden, en l’occurrence d’installer en Allemagne des missiles de longue portée capables de frapper la Russie en profondeur.

Les mauvaises manières faites aux alliés ne s’arrêtent pas là. En 2025, les dirigeants européens avaient cédé à la pression de Washington en augmentant considérablement leurs budgets militaires. Et dans de nombreux cas, cela s’était traduit par d’importantes commandes d’armements aux firmes américaines.

Sauf qu’aujourd’hui, les livraisons sont reportées à des horizons incertains, car la priorité, outre-Atlantique, est de réapprovisionner les arsenaux épuisés par la guerre en Iran.

A Erevan, les dirigeants européens ont eu tout le loisir de se plaindre et de s’angoisser, y compris en envisageant l’hypothèse ultime : la sortie des Etats-Unis de l’OTAN. Pour l’heure, Washington garde la haute main sur l’institution atlantique.

Et les membres de cette dernière ont gambergé sur une vieille idée, marotte d’Emmanuel Macron : le renforcement du pilier européen de l’OTAN. Elle est désormais reprise par ses homologues britannique, allemand, néerlandais ou suédois. Mais a en réalité toute chance de rester théorique.

Une épreuve de vérité aura lieu lors du prochain sommet de l’organisation, prévu pour les 7 et 8 juillet dans la capitale turque. Et ce qui se jouera à Ankara sera autrement plus décisif que les bavardages informels d’Erevan.

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Les tensions affleurent à nouveau au sein du Conseil européen, réuni à Chypre…

Par : pierre

Hasard du calendrier, c’est la République de Chypre qui assume, ce présent semestre, la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. C’est donc dans l’île de la Méditerranée orientale que le Conseil européen a tenu une réunion informelle, les 23 et 24 avril.

A quelques centaines de kilomètres à peine, donc, du Liban, et même de l’Iran. Cependant, malgré cette proximité géographique de la zone attaquée, les 28 février et 2 mars, par les forces américano-israéliennes, l’UE est évidemment sans influence sur les graves événements en cours.

Il ne pouvait – et heureusement – en être autrement : les vingt-sept Etats membres sont loin d’avoir les mêmes relations, la même histoire, et donc les mêmes intérêts vis-à-vis du Moyen-orient.

Mais pour sauver la face, les dirigeants européens avaient invité, lors du déjeuner du second jour du sommet, les présidents égyptien, libanais, syrien, ainsi que les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe ; et ont multiplié à cette occasion les platitudes sans conséquence, quitte à prendre leurs désirs pour des réalités.

« Nous sommes aux côtés de nos partenaires régionaux au Moyen-Orient » a ainsi affirmé le président du Conseil européen, le Portugais Antonio Costa (photo, debout). Qui a poursuivi, grandiloquent : « l’UE ne fait pas partie du conflit, mais nous ferons partie de la solution ». Nul ne sait comment, d’autant que ni Washington, ni Tel-Aviv, pas plus que Téhéran n’accorde d’importance à ce que déclare Bruxelles.

Les dirigeants des Vingt-sept se sont officiellement « félicités des récents cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, ainsi qu’entre Israël et le Liban, et ont exhorté toutes les parties à s’engager de bonne foi pour parvenir à la paix ». M. Costa a également rappelé qu’une coalition de plus de cinquante pays (sous direction franco-britannique) « prépare une mission défensive visant à rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », mais seulement « dès que les conditions de sécurité nécessaires seront réunies ».

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Les tensions affleurent à nouveau au sein du Conseil européen, réuni à Chypre

Par : pierre

Hasard du calendrier, c’est la République de Chypre qui assume, ce présent semestre, la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. C’est donc dans l’île de la Méditerranée orientale que le Conseil européen a tenu une réunion informelle, les 23 et 24 avril.

A quelques centaines de kilomètres à peine, donc, du Liban, et même de l’Iran. Cependant, malgré cette proximité géographique de la zone attaquée, les 28 février et 2 mars, par les forces américano-israéliennes, l’UE est évidemment sans influence sur les graves événements en cours.

Il ne pouvait – et heureusement – en être autrement : les vingt-sept Etats membres sont loin d’avoir les mêmes relations, la même histoire, et donc les mêmes intérêts vis-à-vis du Moyen-orient.

Mais pour sauver la face, les dirigeants européens avaient invité, lors du déjeuner du second jour du sommet, les présidents égyptien, libanais, syrien, ainsi que les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe ; et ont multiplié à cette occasion les platitudes sans conséquence, quitte à prendre leurs désirs pour des réalités.

« Nous sommes aux côtés de nos partenaires régionaux au Moyen-Orient » a ainsi affirmé le président du Conseil européen, le Portugais Antonio Costa (photo, debout). Qui a poursuivi, grandiloquent : « l’UE ne fait pas partie du conflit, mais nous ferons partie de la solution ». Nul ne sait comment, d’autant que ni Washington, ni Tel-Aviv, pas plus que Téhéran n’accorde d’importance à ce que déclare Bruxelles.

Les dirigeants des Vingt-sept se sont officiellement « félicités des récents cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, ainsi qu’entre Israël et le Liban, et ont exhorté toutes les parties à s’engager de bonne foi pour parvenir à la paix ». M. Costa a également rappelé qu’une coalition de plus de cinquante pays (sous direction franco-britannique) « prépare une mission défensive visant à rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », mais seulement « dès que les conditions de sécurité nécessaires seront réunies ».

Selon M. Costa, « nous continuerons aussi longtemps que nécessaire [à aider Kiev] quoi qu’il en coûte »

Le Conseil européen s’est voulu en revanche plus offensif sur l’Ukraine. « Aujourd’hui est un grand jour pour l’Europe et l’Ukraine », n’a pas hésité à marteler la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, aux côtés du président ukrainien, tout sourire. Volodymyr Zelensky avait accepté l’invitation du Conseil européen pour fêter le double déblocage acté par ce sommet : l’adoption définitive du vingtième paquet de sanctions contre Moscou, et du « prêt » de 90 milliards d’euros accordé à Kiev.

De nombreux médias ont rapporté de manière inexacte les causes de ce déblocage, en affirmant que c’était la défaite électorale du premier ministre hongrois, le 12 avril, qui avait finalement ouvert la voie. Il est vrai que Viktor Orban s’opposait à ces mesures.

Mais ce dernier, pour expliquer son refus, avait mis en avant l’arrêt des livraisons de pétrole russe à son pays (de même qu’à la Slovaquie et à la République tchèque), arrêt consécutif au bombardement d’un oléoduc sur le territoire ukrainien. Le président Zelensky avait alors indiqué que les réparations seraient complexes et dangereuses. En réalité, il attendait l’échéance électorale hongroise : dès l’instant où c’est l’adversaire de M. Orban, le pro-UE Peter Magyar qui l’a emporté, Kiev n’a mis que quelques jours à rétablir le fonctionnement du tuyau endommagé.

Cette condition étant remplie, le chef du gouvernement hongrois a levé son veto. Même s’il n’a pas fait le déplacement de Chypre, Viktor Orban est en fonction jusqu’à ce que son adversaire ait été investi.

Le train supplémentaire de sanctions visant la Russie cible en particulier sa dite « flotte fantôme » accusée de transporter illégalement le pétrole. En réalité, personne n’imagine un instant que ces nouvelles restrictions pourraient peser sur l’issue du conflit. Elles traduisent plutôt la frustration européenne de ne pas voir tourner celui-ci à l’avantage de Kiev.

En revanche, l’autre mesure est plus significative, ne serait-ce que par son ampleur : l’UE va emprunter sur les marchés des capitaux 90 milliards d’euros qu’elle allouera à l’Ukraine pour moitié en 2026, pour moitié en 2027. Cette somme faramineuse sera utilisée pour deux tiers en fabrication et achat d’armes par Kiev, et pour un tiers afin de renflouer le budget ukrainien. Si l’on divise ce montant par le nombre d’habitants de l’Union européenne, soit 450 millions, cela correspond à une cotisation de 200 euros par personne – bébés compris.

A titre de comparaison, le budget total pour l’aide au développement, prévu pour le cadre financier communautaire 2021-2027, se monte à 79,5 milliards d’euros en cumulant les versements de l’UE à tous les pays en développement du monde, et cela, sur sept années !

Encore ne s’agit-il là que du capital, à quoi il faut ajouter les intérêts que l’Union européenne prendra à sa charge. Enfin et surtout, personne ne pense raisonnablement que ce « prêt » à Kiev soit un jour remboursé. Officiellement, il devrait l’être quand la Russie aura réglé à son voisin des « dommages de guerre », un horizon parfaitement improbable. D’ailleurs, Bruxelles, si pointilleux d’habitude, n’a prévu ni contraintes ni calendrier.

A noter que les 90 milliards d’euros s’ajoutent aux 190 milliards transférés à Kiev depuis 2022. Et comme l’a proclamé M. Costa, « nous continuerons aussi longtemps que nécessaire et quoi qu’il en coûte ». « Quoi qu’il en coûte » est décidément l’expression la plus appropriée…

Plusieurs dirigeants présents à Chypre ont multiplié les mises en garde quant à l’adhésion de l’Ukraine

La question ukrainienne est explosive dans une autre de ses dimensions : le projet d’adhésion à l’UE. Dans l’esprit du président ukrainien, le changement de pouvoir en Hongrie serait de nature à débloquer cette perspective. En réalité, il se confirme que l’opposition de Budapest était bien pratique pour de nombreux Etats membres qui évitaient ainsi d’émettre publiquement leurs réserves, mais n’en pensaient pas moins.

Cette fois, plusieurs dirigeants présents à Chypre ont multiplié les mises en garde quant à cette accession. En substance : l’Ukraine a beau être un pays chéri, il ne pourra y avoir de « raccourci » aux procédures d’adhésion, pas plus que de « passe-droit ». Même pour des pays qui ne sont pas en guerre, les procédures peuvent en effet durer une ou deux décennies.

Dans le cas de l’Ukraine, tant sa situation géopolitique que son poids démographique et économique (en particulier agricole) transformeraient une adhésion en déflagration fatale pour l’UE. Les propositions, ici ou là, pour inventer des formes d’adhésion partielle sont condamnées d’avance.

La déclaration commune de la présidente de la Commission, du président du Conseil et du chef de l’Etat ukrainien appelant à accélérer le pas vers l’adhésion – voir, selon M. Zelensky, de fixer l’échéance à 2027 – ne sont dès lors que des coups d’épée dans l’eau. Mais le sujet restera toxique entre les Vingt-sept dans la prochaine période.

Une autre querelle a affleuré lors du sommet : l’élaboration du budget communautaire pour la période 2028-2034

Une autre querelle a affleuré lors du sommet : l’élaboration du budget communautaire pour la période 2028-2034, également appelé Cadre financier pluriannuel. Les affrontements autour de ce sujet réapparaissent régulièrement tous les sept ans.

Cette fois, les contradictions risquent d’être plus tendues que jamais. La Commission prépare en effet une réforme qui dynamiterait les grands postes traditionnels, par exemple en regroupant les aides régionales et agricoles.

A travers de premiers échanges lors de ce Conseil européen se sont fait jour les contradictions entre les capitales qui souhaiteraient faire grimper les dépenses, comme Paris, et les pays dits « frugaux » qui, à l’instar de Berlin, refusent de relever les recettes, essentiellement les cotisations des Etats membres.

Le dossier est un casse-tête, puisque les dirigeants européens voudraient tout à la fois maintenir les postes actuels, mais aussi en introduire de nouveaux, tels que la « transition écologique », et surtout les dépenses militaires. Antonio Costa a bien évoqué la mise en place de nouvelles « ressources propres » (c’est-à-dire des impôts européens qui viendraient s’ajoutent aux versements nationaux), mais le sujet a toujours été de la dynamite.

Les chefs d’Etat et de gouvernement ont abordé ladite clause de défense mutuelle

Enfin, les chefs d’Etat et de gouvernement ont abordé un point particulier, ladite clause de défense mutuelle. Celle-ci fait l’objet de l’article 42-7 du traité de Lisbonne et prévoit une solidarité potentiellement militaire au cas où l’un des pays membres serait attaqué.

Certains plaident pour prévoir et détailler une procédure permettant son déclenchement. Mais d’autres affirment au contraire que cette clause doit relever des seuls Etats et exclure donc des mécanismes plus intégrés, où la Commission, par exemple, aurait son mot à dire. Les mêmes affirment que déterminer à l’avance les règles (unanimité ou majorité) introduirait une complexité inextricable.

D’autres, enfin, plaident pour ne pas faire de l’ombre à l’OTAN qui, selon eux et malgré son ébranlement actuel, reste le cadre prioritaire de la défense collective.

Les ambassadeurs des Vingt-sept chargés de ces questions auprès de Bruxelles seront conviés, en mai, à des jeux de guerre simulant une « attaque hybride ». Un mois plus tard, ce seront les ministres de la défense eux-mêmes qui devraient être invités à un exercice similaire.

Décidément, il semble que Bruxelles aime jouer avec les allumettes. En espérant que ces entraînements ne soient pas auto-réalisateurs…

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Après les élections en Bulgarie, Bruxelles craint l’arrivée d’un « pro-russe » à la tête du gouvernement…

Par : pierre

Les électeurs bulgares, convoqués le 19 avril pour des élections législatives anticipées, ont rebattu les cartes. C’était le huitième scrutin depuis avril 2021 – un probable record du monde d’instabilité politique. Au point que les analystes se demandaient à l’issue de chaque vote combien de mois il faudrait attendre pour retourner aux urnes.

Cette fois cependant, cette question ne semble plus d’actualité. Car Roumen Radev (photo) vient de remporter son pari grâce à un score qui a dépassé toutes ses espérances. L’homme effectua deux mandats consécutifs comme président de la République, entre 2016 et janvier 2026. Le 19 janvier 2026, il annonça sa démission anticipée de quelques mois avec l’ambition de constituer une majorité parlementaire et de diriger le pays comme premier ministre.

Moyennant 44,6% des suffrages, la coalition qu’il avait formée autour de lui, comprenant trois partis dits de centre-gauche et un plus conservateur, obtient une majorité absolue de députés (130 sur 240). Ce résultat est d’autant plus remarquable que près d’un citoyen sur deux a pris part au vote, une participation record pour la Bulgarie. En octobre 2024, elle n’avait été que de 38,8%.

Parmi les grands perdants figurent le parti GERB (« Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie », droite pro-UE) de l’ancien homme fort du pays, Boïko Borissov, qui fut premier ministre presque sans interruption de 2009 à 2021. Avec 13,4% des suffrages, ce parti perd 12,2 points, soit près de la moitié de ses électeurs.

Il devance de peu la coalition formée du Parti PP (« Continuons le changement ») et de « Bulgarie démocratique » (DB), coalition libérale et elle aussi pro-UE, qui doit se contenter de 12,6% des voix (- 1 point).

Pour sa part, le Mouvement des droits et des libertés (DPS, représentant autoproclamé de la minorité turque), dont l’oligarque qui le dirige apparaît comme le symbole de la corruption, rassemble 7,1% des suffrages, soit une perte de 4 points.

Enfin, le mouvement « Renaissance », souvent classé à l’extrême droite, tombe à 4,3% (contre 12,9% précédemment) réussissant de justesse à passer la barre des 4% et à avoir ainsi des élus.

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Après les élections en Bulgarie, Bruxelles craint l’arrivée d’un « pro-russe » à la tête du gouvernement

Par : pierre

Les électeurs bulgares, convoqués le 19 avril pour des élections législatives anticipées, ont rebattu les cartes. C’était le huitième scrutin depuis avril 2021 – un probable record du monde d’instabilité politique. Au point que les analystes se demandaient à l’issue de chaque vote combien de mois il faudrait attendre pour retourner aux urnes.

Cette fois cependant, cette question ne semble plus d’actualité. Car Roumen Radev (photo) vient de remporter son pari grâce à un score qui a dépassé toutes ses espérances. L’homme effectua deux mandats consécutifs comme président de la République, entre 2016 et janvier 2026. Le 19 janvier 2026, il annonça sa démission anticipée de quelques mois avec l’ambition de constituer une majorité parlementaire et de diriger le pays comme premier ministre.

Moyennant 44,6% des suffrages, la coalition qu’il avait formée autour de lui, comprenant trois partis dits de centre-gauche et un plus conservateur, obtient une majorité absolue de députés (130 sur 240). Ce résultat est d’autant plus remarquable que près d’un citoyen sur deux a pris part au vote, une participation record pour la Bulgarie. En octobre 2024, elle n’avait été que de 38,8%.

Parmi les grands perdants figurent le parti GERB (« Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie », droite pro-UE) de l’ancien homme fort du pays, Boïko Borissov, qui fut premier ministre presque sans interruption de 2009 à 2021. Avec 13,4% des suffrages, ce parti perd 12,2 points, soit près de la moitié de ses électeurs.

Il devance de peu la coalition formée du Parti PP (« Continuons le changement ») et de « Bulgarie démocratique » (DB), coalition libérale et elle aussi pro-UE, qui doit se contenter de 12,6% des voix (- 1 point).

Pour sa part, le Mouvement des droits et des libertés (DPS, représentant autoproclamé de la minorité turque), dont l’oligarque qui le dirige apparaît comme le symbole de la corruption, rassemble 7,1% des suffrages, soit une perte de 4 points.

Enfin, le mouvement « Renaissance », souvent classé à l’extrême droite, tombe à 4,3% (contre 12,9% précédemment) réussissant de justesse à passer la barre des 4% et à avoir ainsi des élus.

Longue période d’instabilité politique

La longue période d’instabilité politique avait commencé lors des élections d’avril 2021, quelques mois après d’importantes protestations de rues. Ces dernières s’étaient multipliées à partir de l’été 2020 contre la corruption touchant tout à la fois le monde de la justice, la représentation parlementaire et le pouvoir exécutif, accusés de clientélisme, de détournement de fonds, voire de pratiques mafieuses.

A l’époque, ces mouvements avaient notamment mobilisé les couches urbaines et plutôt aisées, tandis que les classes populaires souffraient de la chute du pouvoir d’achat.

Les mobilisations avaient fait naître de nouvelles forces politiques assez disparates qui, dès le début ont souffert de leur éclatement. Après les scrutins d’avril puis de juillet 2021 émergea, lors du vote de novembre 2021, le parti PP, qui, sous la direction de deux jeunes diplômés d’universités américaines arriva en tête et forma un gouvernement minoritaire qui dura jusqu’en août 2022.

Le tout jeune premier ministre promettait un euro-libéralisme tout aussi fidèle à Bruxelles que son prédécesseur, mais s’engageait à éradiquer la corruption et l’autoritarisme de M. Borissov. Il promettait de ne jamais passer d’accord avec ce dernier, symbole de la « pourriture » politique. Son fragile gouvernement chuta finalement sur une motion de censure.

Depuis lors, la succession des scrutins s’explique par le refus de la coalition « anti-corruption » autour du PP, une alliance libérale-écolo pro-business, de s’allier avec le GERB qui symbolise les pratiques honnies. Cette promesse fut trahie en 2023, ce qui coûta durablement au PP des électeurs déçus. Quoi qu’il en soit, les deux forces soutiennent l’une et l’autre l’intégration européenne.

Finalement, un nouveau premier ministre, Rossen Jeliazkov, issu du GERB, a dirigé le pays depuis le 16 janvier 2025, mais sans majorité parlementaire. Le PP était pour sa part retourné dans l’opposition.

Ce dernier s’est cependant gardé de mettre des bâtons dans les roues à M. Jeliaskov au moment où ce dernier faisait le forcing pour faire avaliser le passage à l’euro. Celui-ci a été effectif au 1er janvier 2026, malgré d’importantes manifestations contre l’abandon de la monnaie nationale et les risques d’inflation. Une forte hausse des prix est bel et bien survenue depuis lors, aiguisant un solide mécontentement populaire.

Quand il était président, Roumen Radev s’est prononcé contre la fourniture d’armes à Kiev et contre les sanctions européennes visant la Russie

Pour sa part, le président Radev avait soutenu la revendication d’un référendum sur l’adoption de la monnaie unique, revendication finalement balayée par une majorité de députés. Mais ce soutien a renforcé sa popularité.

Celle-ci s’était confortée au cours de ses deux mandats : s’il avait été élu au second tour en 2016 avec 59,3% des suffrages, il a réussi à rassembler 66,7% sur son nom en 2021. Général de l’armée de l’air et ancien commandant de celle-ci, il avait initialement bénéficié du soutien du Parti socialiste bulgare (issu de l’ancien Parti communiste) et donc d’une réputation d’être à la fois de gauche et « pro-russe », qualificatif qu’il conteste.

Cependant, il n’a pas hésité à se prononcer – en vain lorsqu’il était chef de l’Etat, une fonction sans grand pouvoir – contre la fourniture d’armes européennes à Kiev (la Bulgarie en produit d’ailleurs une quantité non négligeable), contre les sanctions européennes visant la Russie, et contre l’adhésion (au demeurant improbable) de l’Ukraine à l’UE. Il a, selon ses propres termes, appelé à « des relations pragmatiques avec la Russie, fondées sur le respect mutuel et l’égalité de traitement ».

Ce faisant, il a séduit la large partie de la population qui nourrit une notable sympathie vis-à-vis du « grand frère » de l’Est. M. Radev n’a du reste pas manqué de répéter pendant sa campagne que son pays est, comme la Russie, tout à la fois « slave et orthodoxe », un cas unique dans l’UE.

L’histoire a du reste noué des liens anciens entre les deux pays. La Bulgarie était, du temps du Pacte de Varsovie, considérée comme le pays le plus proche de l’URSS. Et, plus anciennement, nombre de Bulgares restent reconnaissants à la Russie d’avoir aidé leur pays à se défaire du joug ottoman à la fin du XIXème siècle.

Mais c’est aussi sur des enjeux plus immédiats que l’ancien aviateur a marqué des points, en particulier en mettant l’accent sur l’importance des approvisionnements en hydrocarbures russes, et ce contre la doctrine de Bruxelles qui vise à stopper les achats de gaz à Moscou d’ici l’année prochaine. Une énergie à prix accessible est une exigence populaire récurrente et ultrasensible depuis des années dans un pays souvent décrit comme « le plus pauvre de l’UE ».

Encore président, Roumen Radev a soutenu les nouvelles manifestations de fin 2025 déclenchées par la présentation d’un budget d’austérité d’une part, par la persistance de la corruption d’autre part. Ces manifestations ont finalement conduit à la chute, en décembre, de la coalition dirigée par le GERB.

M. Radev s’est engagé à « démanteler le modèle oligarchique de corruption ». Mais il a surtout réussi à faire le lien entre ce fléau et les questions sociales : il s’est adressé aux classes les plus pauvres en pointant justement les responsabilités de l’« oligarchie ».

A Bruxelles, la fête du 12 avril qui a suivi le scrutin hongrois a été sérieusement gâchée par la douche froide du 19

L’ancien chef de l’Etat plaide pour que la Bulgarie devienne un « maillon important » en vue de rétablir des relations apaisées avec Moscou. Aussi prudente soit-elle, cette revendication a conforté les dirigeants européens dans la crainte que Sofia ne devienne un nouveau « mouton noir » au sein de l’Union européenne, à peine une semaine après que ces mêmes dirigeants eurent fêté la défaite du premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui tenait jusqu’à présent ce rôle.

Pas plus que M. Orban, le probable futur premier ministre bulgare ne revendique pas une sortie de l’UE. Mais il peut, avec précaution, s’opposer au jusqu’au-boutisme bruxellois, notamment sur le plan géopolitique. C’est donc plutôt une évolution qu’une révolution qui pourrait se dessiner.

Quoi qu’il en soit, à Bruxelles, la fête du 12 avril après le scrutin hongrois a été sérieusement gâchée par la douche froide du 19 causée par le vote bulgare. Signe qui ne trompe pas : la disproportion du traitement qu’ont réservé les grands médias aux deux élections. Pour la Hongrie, les grands moyens avaient été déployés, les reportages en direct s’étaient multipliés, et les gros titres avaient fleuri de toutes parts.

Une semaine plus tard, à Sofia, les micros, caméras et stylos de la presse occidentale se faisaient beaucoup plus discrets…

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Bruxelles fête (un peu trop vite) la défaite électorale du premier ministre hongrois…

Par : pierre

Le 12 avril, 7,5 millions de Hongrois étaient appelés aux urnes pour renouveler leurs députés. 79,6% ont participé au scrutin, soit une hausse de 10 points par rapport à 2022, et un record depuis des décennies.

Les électeurs ont infligé une sévère défaite au premier ministre sortant, Viktor Orban, qui gouvernait sans discontinuer depuis 2010 et espérait un cinquième mandat. Son parti, le FIDESZ (qui a longtemps appartenu à la droite classique de l’europarlement, le PPE, avant de siéger désormais aux côté des amis de Marine Le Pen), obtient 39,1% des suffrages, perdant ainsi 15 points comparé au vote d’il y a quatre ans.

C’est un nouveau venu en politique, Peter Magyar (photo), qui a su rassembler les adversaires et les déçus du dirigeant sortant. Son parti, TISZA (conservateur et pro-UE déclaré), qui n’était pas présent au scrutin de 2022, obtient 52,4% des voix, et hérite ainsi de 136 sièges sur les 199 de l’Assemblée, soit au-delà de la majorité des deux tiers nécessaire pour réformer la constitution.

Le mouvement Notre Patrie (MHM, ouvertement raciste et dissident du parti d’extrême droite Jobbik désormais disparu) sera, avec 5,8% des voix et six sièges, le seul autre parti représenté au Parlement. Toutes les formations étiquetées au centre ou à gauche plafonnent à 1% ou moins, faisant ainsi les frais d’un « vote utile » de la part de tous ceux qui souhaitaient battre M. Orban.

Dès l’annonce de sa victoire, M. Magyar a promis que, désormais, « la Hongrie sera un allié solide au sein de l’UE et de l’OTAN ». Il n’a fallu que quinze minutes avant que la présidente de la Commission européenne ne se réjouisse bruyamment du résultat et félicite le vainqueur. Ursula von der Leyen a été rapidement suivie par des communiqués de joie des chancelleries, à Paris, à Berlin, à Varsovie et dans bien d’autres capitales.

Pour leur part, les médias européens dominants ont triomphé dès le soir du scrutin, multipliant les directs et exultant littéralement à l’annonce d’un succès qui semblait déjà se dessiner depuis des mois. Jamais des élections dans un pays de 9,5 millions d’habitants n’avaient fait l’objet de tant de reportages et de moyens mobilisés.

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Bruxelles fête (un peu trop vite) la défaite électorale du premier ministre hongrois

Par : pierre

Le 12 avril, 7,5 millions de Hongrois étaient appelés aux urnes pour renouveler leurs députés. 79,6% ont participé au scrutin, soit une hausse de 10 points par rapport à 2022, et un record depuis des décennies.

Les électeurs ont infligé une sévère défaite au premier ministre sortant, Viktor Orban, qui gouvernait sans discontinuer depuis 2010 et espérait un cinquième mandat. Son parti, le FIDESZ (qui a longtemps appartenu à la droite classique de l’europarlement, le PPE, avant de siéger désormais aux côté des amis de Marine Le Pen), obtient 39,1% des suffrages, perdant ainsi 15 points comparé au vote d’il y a quatre ans.

C’est un nouveau venu en politique, Peter Magyar (photo), qui a su rassembler les adversaires et les déçus du dirigeant sortant. Son parti, TISZA (conservateur et pro-UE déclaré), qui n’était pas présent au scrutin de 2022, obtient 52,4% des voix, et hérite ainsi de 136 sièges sur les 199 de l’Assemblée, soit au-delà de la majorité des deux tiers nécessaire pour réformer la constitution.

Le mouvement Notre Patrie (MHM, ouvertement raciste et dissident du parti d’extrême droite Jobbik désormais disparu) sera, avec 5,8% des voix et six sièges, le seul autre parti représenté au Parlement. Toutes les formations étiquetées au centre ou à gauche plafonnent à 1% ou moins, faisant ainsi les frais d’un « vote utile » de la part de tous ceux qui souhaitaient battre M. Orban.

Dès l’annonce de sa victoire, M. Magyar a promis que, désormais, « la Hongrie sera un allié solide au sein de l’UE et de l’OTAN ». Il n’a fallu que quinze minutes avant que la présidente de la Commission européenne ne se réjouisse bruyamment du résultat et félicite le vainqueur. Ursula von der Leyen a été rapidement suivie par des communiqués de joie des chancelleries, à Paris, à Berlin, à Varsovie et dans bien d’autres capitales.

Pour leur part, les médias européens dominants ont triomphé dès le soir du scrutin, multipliant les directs et exultant littéralement à l’annonce d’un succès qui semblait déjà se dessiner depuis des mois. Jamais des élections dans un pays de 9,5 millions d’habitants n’avaient fait l’objet de tant de reportages et de moyens mobilisés.

Le mécontentement social est la principale cause de la défaite du pouvoir sortant, et non un subit enthousiasme européen

C’est que, vu de Bruxelles, ce qui se jouait en Hongrie était de la plus haute importance. Car, depuis des années, Viktor Orban tenait le rôle du vilain petit canard au sein de l’Union européenne. Cela s’est particulièrement manifesté dans l’attitude de Budapest vis-à-vis de l’Ukraine. Le gouvernement hongrois s’opposait au renforcement continu du soutien européen en faveur de Kiev.

Par exemple, M. Orban bloquait le « prêt » (en fait le don) d’une enveloppe de 90 milliards d’euros de fonds communautaires de soutien militaire et économique à l’Ukraine. De même, il s’opposait à l’adoption – qui requiert l’unanimité – d’un vingtième « paquet » de sanctions envers la Russie. Et il bloquait même le remboursement par les fonds bruxellois de sommes versées par certaines capitales en faveur de l’armement ukrainien.

Mais ce n’est là qu’un des aspects de l’irritation des dirigeants de l’UE. Ceux-ci accusent, depuis des années, le pouvoir en place de mettre en cause « l’état de droit », de battre en brèche l’indépendance de la justice de même que celle de la presse, et de faire pression sur « la société civile » en contrôlant le financement des ONG.

Derrière ces reproches, les véritables griefs remontent en réalité aux premières mesures prises par M. Orban à partir de 2010, alors que le pays venait de se voir imposer de l’extérieur des plans d’austérité après la crise financière de 2008. M. Orban avait alors décidé de récupérer dans le domaine public des fonds de pension privés, de nationaliser certaines banques, de prendre des actifs de multinationales, voire de créer certains monopoles publics.

Ces mesures avaient eu des effets positifs. Mais elles ont également évolué en tendances moins reluisantes : apparition d’oligarques proches du pouvoir, népotisme, copinage…

Ces phénomènes se sont amplifiés ces dernières années, et figurent au premier rang des raisons qui ont provoqué la défaite du 12 avril. D’autant que les performances économiques n’étaient plus guère au rendez-vous, avec une croissance en berne et une inflation touchant durement une large partie de la population, également préoccupée par des services publics dégradés.

Cette dégradation s’explique aussi en partie par le gel des fonds européens sur lesquels Budapest comptait (19 milliards de fonds régionaux et de fonds post-Covid). Gel que Bruxelles a imposé au motif que la Hongrie violerait les valeurs de l’UE et serait gangrenée par la corruption. Un gel qui pourrait bien être levé, espère Peter Magyar, pour récompenser son engagement pro-UE.

Ce mécontentement social est la principale cause de la défaite du pouvoir sortant, et non un subit enthousiasme pour l’intégration européenne. Un enthousiasme seulement partagé au sein des couches urbaines aisées (en particulier dans la jeunesse). Mais l’électorat fidèle au FIDESZ a lâché ce dernier pour de tout autres raisons, notamment le sentiment d’injustice et le ras-le-bol face à une petite minorité qui semblait s’enrichir sans garde-fou.

En outre, l’installation à marche forcée d’usines d’automobiles électriques et de batteries (avec en particulier des capitaux chinois) semble avoir peu intégré les contraintes environnementales, au détriment de zones rurales en principe très favorables au FIDESZ.

Avant de prendre ses distances avec le FIDESZ, Peter Magyar avait été pendant quatorze ans dans l’orbite de ce parti

Dès le dimanche soir, avant même que tous les bulletins ne soient dépouillés, Viktor Orban a reconnu sa défaite et a félicité le vainqueur. Il a ainsi fait mentir tous ceux qui l’accusaient à l’avance de préparer des stratagèmes pour se maintenir au pouvoir par la force ou la ruse.

Mais il a laissé entendre qu’il n’abandonnait pas le combat politique. Il est vrai que, passé l’enthousiasme manifesté par les dirigeants européens au soir du scrutin, l’avenir s’annonce pour eux plutôt complexe. Si le futur premier ministre a promis qu’il mettrait fin aux dérives « illibérales » de son prédécesseur, plusieurs de ses orientations politiques ne dessinent pas un changement de cap dans tous les domaines.

Car avant de prendre ses distances avec le FIDESZ, Peter Magyar avait été pendant quatorze ans un haut fonctionnaire dans l’orbite de ce parti. Il s’en est distancié en 2024 au nom de la lutte anti-corruption, mais a gardé des positions très conservatrices sur des questions de société (mariage homosexuel..) et clamé son opposition à l’immigration. Une opposition finalement très proche d’un des combats emblématiques de Viktor Orban, ce qui a contribué à sa victoire mais ne va pas dans le sens de Bruxelles.

De même, son attitude envers l’Ukraine est loin de l’engagement des dirigeants européens en faveur de Kiev. Il est certes probable qu’il lève les vetos hongrois au financement de 90 milliards bloqué par son prédécesseur, ainsi qu’au paquet de sanctions anti-russe en attente – encore qu’il ait laissé un certain flou sur ce point.

Mais il refuse que le pays contribue à ce transfert de fonds, et a réaffirmé que Budapest ne livrerait aucune arme à Kiev. Pendant la campagne, il s’était gardé de contredire les promesses de Viktor Orban. Ce dernier assurait que la Hongrie travaillerait pour la paix plutôt que d’alimenter la guerre en subventionnant l’une des parties.

C’était du reste l’argument politique majeur de M. Orban : votez pour moi pour éviter que Bruxelles et mon adversaire ne plongent la Hongrie dans la guerre. Le pays est majoritairement pacifiste, et ne nourrit pas beaucoup de sympathie historique pour l’Ukraine. Un état de fait dont M. Magyar sait devoir tenir compte pour la suite.

Le virage géopolitique à Budapest pourrait donc être plus mesuré que ne l’espère Bruxelles. D’autant que le chef du gouvernement sortant était de son côté bien moins radical que l’image qui lui était souvent attribuée. Il a certes fréquemment pris ses distances verbales au sein du Conseil européen, mais il finissait bien souvent par se ranger à la ligne majoritaire, le cas échéant en obtenant de petites concessions.

Par exemple, il ne s’était finalement pas opposé aux dix-neuf paquets de sanctions successifs contre Moscou. De même, il avait fini par laisser passer la décision de principe d’une future adhésion (au demeurant improbable) de l’Ukraine à l’UE. Son successeur a, pour sa part, promis un référendum sur cette perspective – dont le résultat négatif serait couru d’avance.

D’autres chefs de gouvernement se sont également souvent montrés réticents quant à l’orientation du Conseil européen

La suite des événements sera d’autant plus complexe que d’autres chefs de gouvernement se sont également souvent montrés réticents quant à l’orientation majoritaire au sein du Conseil européen. Ainsi, même s’ils sont généralement plus timides que ne l’était le Hongrois, les premiers ministres slovaque et tchèque sont parfois dissidents. Le premier avait même accepté en 2025, péché suprême, de se rendre à Moscou pour la fête de la victoire du 9 mai.

Accusé d’être proche de la Russie – et de la Chine – M. Orban avait, quant à lui, aussi essuyé les foudres de l’UE lorsqu’il a reçu le soutien explicite de Washington. La visite à Budapest, quelques jours avant le scrutin, du vice-président américain avait été condamnée comme une ingérence électorale par les dirigeants européens.

Ce qui n’était pas faux. Mais les mêmes semblent avoir la mémoire courte : peu de temps avant les élections en Moldavie de septembre 2025, le président français, le chancelier allemand et le premier ministre polonais avaient, en personne, fait le voyage de Chisinau (la capitale moldave) pour peser en faveur du camp de la présidente pro-UE Maia Sandu.

Mais c’était alors « pour la bonne cause ». Quoi qu’il en soit, les plus lucides des dirigeants européens en sont conscients : au-delà du soulagement d’un soir, les tensions avec Budapest ne vont pas disparaître miraculeusement.

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Moyen-Orient : le cessez-le-feu prévoit des négociations basées sur les conditions iraniennes…

Par : pierre

Un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran a été annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril. Négocié sous le patronage du Pakistan, il prévoit deux semaines d’arrêt des hostilités pour entamer des négociations basées sur le plan iranien en dix points.

Parmi ces points figurent le déblocage du détroit d’Ormuz (carte ci-dessus), mais également le contrôle futur de celui-ci par l’Iran. La levée des sanctions contre Téhéran est aussi à l’ordre du jour, de même que la reconnaissance explicite son droit d’enrichir l’uranium.

Autant de principes jugés inacceptables par Donald Trump il y a quelques jours à peine. Ce dernier a beau proclamer une « victoire complète et totale », cela ressemble plutôt à un sauve-qui-peut américain, finalement décidé par peur de l’enlisement qui s’annonçait – et qui promettait une débâcle électorale pour le parti présidentiel en novembre prochain.

Même les médias les moins suspects d’indulgence vis-à-vis des autorités de Téhéran l’ont ouvertement constaté : l’accord rendu public jeudi matin a été conclu « aux conditions iraniennes ». Il faut bien sûr prendre ce fragile cessez-le-feu de quinze jours avec très grande prudence car les véritables négociations en vue d’un accord de paix durable doivent désormais s’ouvrir. Mais l’événement est d’ores et déjà considérable.

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Moyen-Orient : le cessez-le-feu prévoit des négociations basées sur les conditions iraniennes

Par : pierre

Un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran a été annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril. Négocié sous le patronage du Pakistan, il prévoit deux semaines d’arrêt des hostilités pour entamer des négociations basées sur le plan iranien en dix points.

Parmi ces points figurent le déblocage du détroit d’Ormuz (carte ci-dessus), mais également le contrôle futur de celui-ci par l’Iran. La levée des sanctions contre Téhéran est aussi à l’ordre du jour, de même que la reconnaissance explicite son droit d’enrichir l’uranium.

Autant de principes jugés inacceptables par Donald Trump il y a quelques jours à peine. Ce dernier a beau proclamer une « victoire complète et totale », cela ressemble plutôt à un sauve-qui-peut américain, finalement décidé par peur de l’enlisement qui s’annonçait – et qui promettait une débâcle électorale pour le parti présidentiel en novembre prochain.

Même les médias les moins suspects d’indulgence vis-à-vis des autorités de Téhéran l’ont ouvertement constaté : l’accord rendu public jeudi matin a été conclu « aux conditions iraniennes ».

Il faut bien sûr prendre ce fragile cessez-le-feu de quinze jours avec très grande prudence car les véritables négociations en vue d’un accord de paix durable doivent désormais s’ouvrir. Mais l’événement est d’ores et déjà considérable. Pour en prendre la mesure, il faut revenir une semaine en arrière.

Aucun des objectifs de guerre proclamés par Washington n’a été atteint

Le président Trump avait choisi la date du 1er avril pour une allocution solennelle. Soit un mois après le déclenchement de la guerre, de concert avec Benyamin Netanyahou, et manifestement inspirée par celui-ci, selon un récit détaillé qu’en a fait le New York Times.

Cette date du 1er avril symbolise ironiquement les propos contradictoires, fantaisistes, absurdes voire incohérents qu’il a tenus particulièrement ce soir-là.

Le problème avec Donald Trump, c’est que c’est un peu le 1er avril tous les jours. Et que cela n’a vraiment rien de drôle, ne serait-ce qu’au regard du nombre des victimes tuées ou blessées – des milliers – sous les bombes américaines et israéliennes. Sans parler les dommages matériels considérables, notamment sur les infrastructures civiles.

Mais déjà, aussi confuse et vulgaire que soit la logorrhée trumpienne, un fait pouvait difficilement être masqué : les événements tournaient au désavantage de Washington, dans un scénario hautement prévisible, mais qui n’avait nullement été anticipé par la Maison Blanche. C’est dans ce contexte que la défense iranienne avait réussi, contre toute attente, à abattre deux avions de guerre américains – au moins.

Le message présidentiel pouvait être ainsi résumé : nous avons presque terminé l’opération, il nous faut désormais à peine quelques semaines pour « ramener l’Iran à l’âge de pierre ». Malgré cette volonté ainsi affichée de commettre un gigantesque crime de guerre, le pays agressé n’a pas plié. Et c’était déjà, dans ce conflit asymétrique, une victoire iranienne considérable.

Non seulement Téhéran ne s’est pas rendu, mais ses forces armées sont montées en puissance et en précision dans les tirs de missiles et l’envoi de drones contre Israël, ainsi que contre les bases américaines et les pays de la région les abritant. Ce faisant, non seulement l’Iran a pris de court les stratèges américains et israéliens, mais il a imposé à ces derniers une utilisation intensive des moyens d’interception dont les munitions, sophistiquées et hors de prix, pouvaient s’épuiser à court terme.

Aucun des objectifs de guerre proclamés par Washington (et hautement variables d’un jour à l’autre) n’a été atteint. Le « changement de régime », un temps mis en avant par Donald Trump, n’est même plus évoqué, car l’agression extérieure a provoqué, du moins chez certains opposants, un rassemblement « autour du drapeau national ».

L’élimination des capacités iraniennes en termes de missiles paraît plus lointaine que jamais, même si le potentiel du pays a été fortement affaibli. L’« arc de la résistance » a prouvé sa résilience : le Hezbollah libanais, les milices irakiennes, et les Houthis yéménites sont toujours actifs et l’ont montré récemment. Enfin, la destruction du potentiel nucléaire du pays, proclamé accompli en juin dernier contre toute évidence, apparaît hors de portée.

La base électorale de Donald Trump a été prise à contre-pied, comme le confirme le silence gêné du vice-président James David Vance

Le bilan des effets de ce premier mois de guerre ne s’arrête pas là. Les pays arabes du Golfe alliés de Washington, gros pourvoyeurs mondiaux d’hydrocarbures, ont été contraints de réduire drastiquement, voir de stopper, leur production. Surtout, l’efficacité de la protection de l’Oncle Sam a été brutalement remise en cause, ce qui porte un rude coup à la fiabilité et à la crédibilité de la puissance américaine.

Enfin, le détroit d’Ormuz est à ce jour totalement sous contrôle de Téhéran, qui empêche les tankers, méthaniers et porte-containers en provenance ou à destination des pays « ennemis » de circuler (alors que ceux des pays neutres sont désormais soumis à un péage, seuls les bâtiments des pays amis – dont la Chine – passant sans problème).

Les répercussions économiques mondiales sont déjà spectaculaires : non seulement les prix de l’énergie n’ont cessé de grimper, mais le gaz et le pétrole constituent également des matières premières pour la production de biens très divers – ce qui contribue à affecter, directement ou indirectement, les économies du monde entier.

Celle des Etats-Unis n’est nullement épargnée : même si ces derniers sont de gros producteurs d’hydrocarbures, ils sont cependant tributaires des cours mondiaux, avec les conséquences sur le prix des carburants pour les consommateurs américains. Exactement ce que Donald Trump avait promis d’empêcher, de même qu’il s’était engagé à « finir les guerres, pas à les commencer ».

Sa base électorale (les partisans du slogan « MAGA ») a été prise à contre-pied, comme le confirme le silence gêné du vice-président James David Vance, manifestement en désaccord avec la fuite en avant trumpienne.

Les pays du Golfe constatent que le parapluie américain est pour le moins troué

Bien sûr, le maître de la Maison Blanche a plus d’un tour dans son sac, ce qui impose la prudence sur la manière dont les événements peuvent évoluer. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que les relations de Washington avec ses « alliés » sont d’ores et déjà grandement affectées.

Il en va ainsi avec les pays du Golfe, qui constatent que le parapluie américain est pour le moins troué. Et le président Trump ne se prive pas, en outre, de les mépriser publiquement, comme en témoignent les termes peu respectueux qu’il a employés à l’égard du prince héritier saoudien.

Les alliés asiatiques des Américains sont en première ligne de la chute de la production de pétrole et de gaz du Moyen-Orient. En outre, le Japon et la Corée du sud s’interrogent sur ce qu’ils voient comme un risque : le transfert de systèmes d’interception et de moyens militaires vers le Golfe persique, au détriment de la zone Asie-Pacifique, et notamment du soutien à Taïwan.

Washington a laissé entendre que les Etats-Unis pourraient bien se retirer de l’OTAN le moment venu

Mais ce sont les rapports avec la plupart des alliés européens qui pourraient bien être les plus endommagés par les événements récents. Le président américain comptait sur eux pour contribuer militairement à « débloquer » le détroit d’Ormuz. Aucun n’a répondu présent. Plusieurs capitales ont fait valoir que, n’ayant été ni associées, ni informées de l’attaque américaine, elles n’étaient pas disposées à entrer dans un conflit contre leur gré.

Donald Trump en a conçu une sourde colère, et a laissé entendre, de même que son Secrétaire d’Etat, que les Etats-Unis pourraient bien se retirer de l’OTAN le moment venu. Une telle perspective – qui eût paru totalement impensable il y a peu de temps encore – a pris une nouvelle consistance.

Et ceux qui espéraient une position commune de l’Union européenne ont vu leurs espoirs (absurdes) déçus. Parmi les Vingt-sept se confirme une vaste diversité de positions.

Il y a les dirigeants partageant idéologiquement les fondements du trumpisme (Hongrie, notamment) ; ceux qui s’en sentent proches, mais qui ne peuvent faire l’impasse sur l’hostilité de leur peuple à la guerre (le gouvernement italien par exemple, qui a interdit aux Américains l’utilisation d’une base aérienne en Sicile) ; ceux qui étaient des atlantistes forcenés, mais qui se sentent trahis par la défection américaine en Ukraine (pays baltes, Pologne – cette dernière vient de refuser de transférer des systèmes anti-aériens vers le Golfe, afin de ne pas dégarnir Kiev) ; ceux qui affichent leur hostilité à l’opération contre l’Iran (Espagne).

Le « couple » franco-allemand est également divisé. Le chancelier Merz ne cache guère son indulgence vis-à-vis de Washington, et avait ainsi écarté d’un revers de main, dès les premiers jours, le problème de l’illégalité patente de l’agression américano-israélienne. Le président français, pour sa part, tout en accablant Téhéran d’accusations quant à sa responsabilité, a conditionné une action visant la réouverture du détroit d’Ormuz à l’arrêt préalable des hostilités.

Cette multiplicité des positionnements, et même parfois ces contradictions, ne relèvent pas d’un malheureux accident. Elle découle de la diversité des intérêts, des histoires et donc des cultures politiques des différents Etats membres.

Ainsi en Allemagne, héritière de l’Allemagne de l’Ouest, la classe dirigeante reste marquée par un ADN atlantiste. A l’inverse, les dirigeants français, même s’ils détestent cette exception, ne peuvent faire l’impasse sur la distance avec l’OTAN prise par le Général de Gaulle en 1966, au nom de l’indépendance nationale, et qui continue de marquer les esprits.

Par ailleurs Berlin a bâti son modèle économique notamment sur l’utilisation du gaz bon marché – et a donc une plus grande dépendance aux hydrocarbures. Paris dispose pour sa part d’un large parc nucléaire qui donne une plus grande marge de manœuvre – mais a laissé filer son industrie contrairement à son voisin d’outre-Rhin. On pourrait multiplier les exemples.

Le seul terrain sur lequel les Etats membres seraient légitimement fondés à s’unir serait de prendre le parti du pays agressé. Au nom du droit international et de la souveraineté des peuples.

On n’en prend évidemment pas le chemin.

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Au Danemark, les sociaux-démocrates subissent une lourde défaite…

Par : pierre

C’est ce qui s’appelle un pari raté. Le 26 février, la cheffe du gouvernement danois annonçait la tenue d’élections générales anticipées pour le 24 mars. Mette Frederiksen (photo), qui dirige le parti social-démocrate depuis 2015, et qui est au pouvoir depuis 2019, espérait alors profiter du frémissement des sondages en sa faveur.

Sans doute bénéficiait-elle à ce moment là de la volonté américaine brutalement affirmée de s’emparer du Groenland, et de la fermeté qu’elle a affichée face à l’arrogance de Donald Trump.

Mais, quelques semaines plus tard, les électeurs danois en ont finalement décidé autrement. Dans un scrutin auquel 83,7% des 4,3 millions d’électeurs inscrits ont participé (un niveau très proche des précédentes élections de 2022), les sociaux-démocrates arrivent certes en tête, du fait de la multiplicité des listes qui vont être représentées au Parlement (douze ont franchi la barre des 2%). Mais ils n’obtiennent que 21,9%, leur pire résultat aux législatives depuis… 1903.

Lors du précédent scrutin, en novembre 2022, leur score était de 27,5%. Mme Frederiksen aurait pu à ce moment former une coalition avec des formations situées à sa gauche : le Parti populaire socialiste et la Liste de l’unité. Ces partis la soutenaient (sans participation gouvernementale) depuis 2019.

Mais la sociale-démocrate avait fait finalement un autre choix : une alliance avec Les Modérés, un parti étiqueté centre-droit, et avec les Libéraux, clairement classés à droite. Ce dernier parti, avec 10,1% des suffrages, perd 3,2 points, et appelle désormais à une union des droites, donc sans les sociaux-démocrates.

Quant aux Modérés, ils recueillent 7,7%, soit une légère baisse de 1,6 point. Leur chef, qui était ministre des Affaires étrangères dans le cabinet sortant, a appelé ses deux partenaires à renouveler la coalition sortante. Les négociations vont sans doute être complexes et durer quelques semaines.

La reconstitution d’un « bloc de gauche » ne semble pas dans les intentions de Mette Frederiksen. Pourtant, le Parti populaire socialiste obtient 12%, soit un gain de 3,3 points par rapport à 2022, et se retrouve en deuxième parti du pays. Il apparaît donc comme l’un des deux gagnants de ce scrutin. La Liste de l’unité rassemble pour sa part 6,3% des électeurs (+ 1,2 point).

Incontestablement, les sociaux-démocrates pâtissent de leur alliance à droite lors de la dernière législature, qui ne correspondait sans doute pas aux souhaits de beaucoup de leurs électeurs ; ainsi que de la politique que cette dernière a déterminée. Par exemple, à peine quelques jours après la formation de la coalition de 2022, le gouvernement annonçait la suppression d’un jour férié… afin de financer la hausse du budget de la défense.

… La suite de l’article est réservée aux abonnés…

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Au Danemark, les sociaux-démocrates subissent une lourde défaite

Par : pierre

C’est ce qui s’appelle un pari raté. Le 26 février, la cheffe du gouvernement danois annonçait la tenue d’élections générales anticipées pour le 24 mars. Mette Frederiksen (photo), qui dirige le parti social-démocrate depuis 2015, et qui est au pouvoir depuis 2019, espérait alors profiter du frémissement des sondages en sa faveur.

Sans doute bénéficiait-elle à ce moment là de la volonté américaine brutalement affirmée de s’emparer du Groenland, et de la fermeté qu’elle a affichée face à l’arrogance de Donald Trump.

Mais, quelques semaines plus tard, les électeurs danois en ont finalement décidé autrement. Dans un scrutin auquel 83,7% des 4,3 millions d’électeurs inscrits ont participé (un niveau très proche des précédentes élections de 2022), les sociaux-démocrates arrivent certes en tête, du fait de la multiplicité des listes qui vont être représentées au Parlement (douze ont franchi la barre des 2%). Mais ils n’obtiennent que 21,9%, leur pire résultat aux législatives depuis… 1903.

Lors du précédent scrutin, en novembre 2022, leur score était de 27,5%. Mme Frederiksen aurait pu à ce moment former une coalition avec des formations situées à sa gauche : le Parti populaire socialiste et la Liste de l’unité. Ces partis la soutenaient (sans participation gouvernementale) depuis 2019.

Mais la sociale-démocrate avait fait finalement un autre choix : une alliance avec Les Modérés, un parti étiqueté centre-droit, et avec les Libéraux, clairement classés à droite. Ce dernier parti, avec 10,1% des suffrages, perd 3,2 points, et appelle désormais à une union des droites, donc sans les sociaux-démocrates.

Quant aux Modérés, ils recueillent 7,7%, soit une légère baisse de 1,6 point. Leur chef, qui était ministre des Affaires étrangères dans le cabinet sortant, a appelé ses deux partenaires à renouveler la coalition sortante. Les négociations vont sans doute être complexes et durer quelques semaines.

La reconstitution d’un « bloc de gauche » ne semble pas dans les intentions de Mette Frederiksen. Pourtant, le Parti populaire socialiste obtient 12%, soit un gain de 3,3 points par rapport à 2022, et se retrouve en deuxième parti du pays. Il apparaît donc comme l’un des deux gagnants de ce scrutin. La Liste de l’unité rassemble pour sa part 6,3% des électeurs (+ 1,2 point).

Incontestablement, les sociaux-démocrates pâtissent de leur alliance à droite lors de la dernière législature, qui ne correspondait sans doute pas aux souhaits de beaucoup de leurs électeurs ; ainsi que de la politique que cette dernière a déterminée. Par exemple, à peine quelques jours après la formation de la coalition de 2022, le gouvernement annonçait la suppression d’un jour férié… afin de financer la hausse du budget de la défense.

Leur volte-face pro-UE avait contribué à la déculottée des sociaux-démocrates aux élections européennes de 2024 et municipales de 2025

Cela explique que la brève campagne de 2026 n’ait pu faire l’impasse sur des préoccupations populaires : le logement, le coût de la vie, la protection sociale, les inégalités… Car même si le pays, avec ses six millions d’habitants, a la réputation d’être prospère, nombreux sont ceux qui peinent à finir le mois. Au point qu’en janvier, le gouvernement avait jugé utile d’octroyer à deux millions de Danois un « chèque nourriture » d’un montant équivalant à 300 à 700 euros.

Et lors de la campagne, Mette Frederiksen a promis le rétablissement d’un impôt sur la fortune, la revalorisation des retraites, ainsi que des efforts budgétaires pour réduire le nombre d’écoliers par classe, semblant ainsi amorcer un coup de barre à gauche. Manifestement un peu tard au goût de ses électeurs.

Il est vrai que la dirigeante – peu aimée des citoyens, mais faisant valoir ses qualités de dirigeante déterminée, selon les analystes politiques danois – se caractérise surtout par un fort opportunisme. Elle s’est longtemps affichée comme « eurosceptique » et s’était même revendiquée « anti-européenne » dans un pays où l’Union européenne ne suscite guère l’enthousiasme. (Pour mémoire, les citoyens avaient voté, en 1992, contre le traité de Maëstricht – premier coup de tonnerre d’une longue série en Europe ; finalement, un second vote avait été organisé, après que quatre dérogations – dont la non adoption de l’euro – avaient été octroyées au Danemark).

Puis la cheffe du gouvernement s’était associée, dans les années 2020, au groupe des pays dits « frugaux » (l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas…) très réticents à faire grimper le budget commun de l’UE et donc leur propre contribution. Nouveau virage en 2025, alors que le Danemark prend pour six mois la présidence du Conseil de l’UE : « j’aime le Danemark (…) mais je suis aussi une Européenne fervente » avait clamé Mme Frederiksen, contredisant ses positions antérieures, et jugeant que l’appartenance au club des pays « frugaux » n’était plus d’actualité.

Cette nouvelle volte-face a probablement contribué à provoquer la déculottée subie par les sociaux-démocrates lors des élections européennes de 2024 (15,5%), ainsi qu’aux élections municipales de 2025. Lors de ces dernières, c’est le Parti populaire socialiste qui a détrôné les sociaux-démocrates dans plusieurs grandes villes dont leur fief historique de Copenhague, la capitale.

Le Danemark est l’un des pays qui envoient le plus d’armes et d’argent pour soutenir Kiev

La première ministre s’était par ailleurs illustrée par un tournant en matière de politique migratoire. En 2019, elle s’était engagée à prendre des mesures restrictives dans ce domaine, ce qui avait incontestablement permis son succès électoral d’alors, après que les sociaux-démocrates eurent passé quatre ans dans l’opposition.

Selon les analystes, elle avait ainsi siphonné l’électorat du Parti populaire danois, souvent classé à l’extrême droite, mais partisan de l’« Etat providence ». En juin 2019, ce dernier avait ainsi dû se contenter de 8,7%, soit une dégringolade de 12,4 points, puis de 2,6% en 2022 (mais dans le contexte d’une concurrence interne dans cette mouvance). Il remonte à 9,1% en 2026, faisant figure de deuxième gagnant de cette élection. Il a sans doute aussi tiré profit de ses positions opposées au soutien à l’Ukraine.

Parallèlement, sur la scène européenne, Mme Frederiksen s’est illustrée par son rapprochement avec son homologue italienne, Giorgia Meloni. Les deux femmes viennent d’horizons politiques opposés (Mme Meloni est issue du « post-fascisme »), mais elles militent ensemble pour poursuivre des politiques « dures » contre les flux migratoires. Récemment encore, elles ont pris la tête d’un groupe d’Etats membres qui tentent désormais d’influencer dans ce sens le Conseil européen.

La sociale-démocrate danoise peut arguer du fait que ce sont les couches populaires – l’électorat traditionnel de son parti – qui sont mises en concurrence par l’immigration et donc les plus touchées par les conséquences de l’afflux de réfugiés ou de demandeurs d’asile. Elle a par ailleurs récemment promis de renforcer les expulsions d’étrangers condamnés à de la prison.

En revanche, sur la scène internationale plus globalement, la dirigeante s’est inscrite dans la fidélité atlantique traditionnelle des élites politiques danoises. Membre fondateur de l’OTAN, Copenhague est par exemple le pays qui a connu, si on rapporte les chiffres à sa population, les plus grandes pertes de soldats ayant combattu en Afghanistan aux côtés des Américains. Surtout, entre 2021 et 2025, les dépenses militaires sont passées de 1,3 % du produit intérieur brut à plus de 3 %.

Et aujourd’hui encore le Danemark est l’un des pays qui envoient le plus d’armes et d’argent pour soutenir Kiev.

Au regard des résultats du 24 mars, il n’est pas certain que les électeurs aient exprimé le souhait que de telles orientations se poursuivent. Ce qui n’empêchera sans doute pas Mette Frederiksen de décrocher un troisième mandat après des négociations en coulisses, bien loin des préoccupations exprimées dans les urnes.

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Le Conseil européen tétanisé par la multiplicité des défis et les tensions entre Etats membres…

Par : pierre

L’histoire se répète. Depuis des mois, les dirigeants européens annonçaient un important sommet consacré à la « compétitivité » et à l’amélioration du « marché intérieur ». Une préoccupation presque obsessionnelle depuis la publication, en 2024, des rapports rédigés respectivement par Enrico Letta et Mario Draghi. Ce dernier, ancien président de la Banque centrale européenne, alertait même sur le risque de « lente agonie de l’Europe » sur le plan économique.

Et puis, comme souvent, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept se sont fait rattraper par l’actualité. Réunis en Conseil européen le 19 mars (photo), ils n’ont pu éviter d’évoquer d’emblée les sujets qui fâchent.

Car les points de vue ne sont pas unanimes dans ce cénacle sur la guerre brutalement lancée le 28 février contre l’Iran, conjointement par Donald Trump et Benyamin Netanyahou. En particulier, le chef du gouvernement espagnol avait tenu dès les premiers jours à faire entendre une voix discordante en condamnant explicitement l’agression.

Dans leurs conclusions, les Vingt-sept se sont bien gardés de partager l’appréciation de Pedro Sanchez. Ils ont renvoyé agresseurs et agressé dos à dos en appelant « toutes les parties à une désescalade et à une retenue maximale ». Et ont même poursuivi : « le Conseil européen condamne fermement les frappes militaires que l’Iran mène contre des pays de la région ».

Les Vingt-sept ont cependant refusé de s’embarquer, comme le leur demandait le président américain, dans des opérations militaires visant à débloquer le détroit d’Ormuz. Non consultés sur le déclenchement de la guerre américano-israélienne, les dirigeants de l’UE redoutent d’être assimilés à des acteurs belligérants avec toutes les risques que cela comporterait.

Mais comme la plupart craignent de fâcher le maître de la Maison Blanche au risque que ce dernier laisse complètement tomber les Occidentaux dans leur soutien à l’Ukraine, certains d’entre eux ont indiqué qu’ils pourraient accepter d’être associés à des opérations maritimes dans le Golfe persique dès que les armes se seront tues. Une offre de service qui deviendrait donc sans réel objet, a déploré le président américain, qui a promis qu’il « s’en souviendrait », et estimé que, décidément, l’OTAN n’était pas promise à un grand avenir…

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Le Conseil européen tétanisé par la multiplicité des défis et les tensions entre Etats membres

Par : pierre

L’histoire se répète. Depuis des mois, les dirigeants européens annonçaient un important sommet consacré à la « compétitivité » et à l’amélioration du « marché intérieur ». Une préoccupation presque obsessionnelle depuis la publication, en 2024, des rapports rédigés respectivement par Enrico Letta et Mario Draghi. Ce dernier, ancien président de la Banque centrale européenne, alertait même sur le risque de « lente agonie de l’Europe » sur le plan économique.

Et puis, comme souvent, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept se sont fait rattraper par l’actualité. Réunis en Conseil européen le 19 mars (photo), ils n’ont pu éviter d’évoquer d’emblée les sujets qui fâchent.

Car les points de vue ne sont pas unanimes dans ce cénacle sur la guerre brutalement lancée le 28 février contre l’Iran, conjointement par Donald Trump et Benyamin Netanyahou. En particulier, le chef du gouvernement espagnol avait tenu dès les premiers jours à faire entendre une voix discordante en condamnant explicitement l’agression.

Dans leurs conclusions, les Vingt-sept se sont bien gardés de partager l’appréciation de Pedro Sanchez. Ils ont renvoyé agresseurs et agressé dos à dos en appelant « toutes les parties à une désescalade et à une retenue maximale ». Et ont même poursuivi : « le Conseil européen condamne fermement les frappes militaires que l’Iran mène contre des pays de la région ».

Les Vingt-sept ont cependant refusé de s’embarquer, comme le leur demandait le président américain, dans des opérations militaires visant à débloquer le détroit d’Ormuz. Non consultés sur le déclenchement de la guerre américano-israélienne, les dirigeants de l’UE redoutent d’être assimilés à des acteurs belligérants avec toutes les risques que cela comporterait.

Mais comme la plupart craignent de fâcher le maître de la Maison Blanche au risque que ce dernier laisse complètement tomber les Occidentaux dans leur soutien à l’Ukraine, certains d’entre eux ont indiqué qu’ils pourraient accepter d’être associés à des opérations maritimes dans le Golfe persique dès que les armes se seront tues. Une offre de service qui deviendrait donc sans réel objet, a déploré le président américain, qui a promis qu’il « s’en souviendrait », et estimé que, décidément, l’OTAN n’était pas promise à un grand avenir…

Sécurité énergétique, prix de l’énergie, chaînes d’approvisionnement, migrations…

Les vingt-sept dirigeants se sont en outre inquiétés de « l’évolution récente de la situation du point de vue de la sécurité énergétique et des prix de l’énergie, des chaînes d’approvisionnement et des migrations ». Mais sans se mettre d’accord sur les remèdes, en particulier face à l’envolée des cours du pétrole et du gaz.

Rome, notamment, plaidait pour suspendre le système européen d’échange de quotas carbone, mesure climatique qui se traduit dans les faits par des taxes imposées aux producteurs d’électricité. Madrid, entre autres, s’y est opposé avec succès. Dans ces conditions, la balle a été renvoyée à la Commission. Celle-ci sera chargée de trouver, pour le court terme, des « mesures temporaires, adaptées et ciblées ».

Par exemple, les pays seraient autorisés à aménager leurs taxes sur les carburants. A moyen terme, Bruxelles est chargé de proposer une réforme du marché du carbone. Les mécanismes liant les prix de l’électricité aux prix du gaz pourraient ainsi être revus. Mais, là aussi, le consensus sera difficile à trouver, car nombre de capitales restent inconditionnelles des lois du marché.

La politique migratoire de l’UE s’est également invitée dans les discussions. Car les dommages humains et matériels causés à l’Iran (qui abrite plusieurs millions de réfugiés afghans) pourraient déclencher des flux de migrants vers des pays de l’UE. La première ministre danoise, Mette Frederiksen, et son homologue italienne, Giorgia Meloni, qui défendent des mesures restrictives, avaient lancé avant le sommet un appel conjoint à la fermeté.

Message bien reçu par le Conseil, dont les conclusions soulignent que « l’UE est prête à mobiliser pleinement ses outils diplomatiques, juridiques, opérationnels et financiers pour prévenir les mouvements migratoires incontrôlés vers l’UE et préserver la sécurité en Europe ». Il s’agit d’éviter que ne se répète l’afflux de 2015.

« Poursuite de l’approfondissement et de l’intégration du marché unique »

Les chefs d’Etat et de gouvernement ont tout de même évoqué le point central de leur ordre du jour initial tourné vers la « compétitivité » de l’UE. Pour ce faire, « le Conseil européen a décidé de lancer un plan intitulé ‘Une Europe, un marché’, à mettre en œuvre si possible en 2026 et d’ici la fin de 2027 au plus tard ». Au menu : des déréglementations accrues.

Sont ainsi cités « la poursuite de l’approfondissement et de l’intégration du marché unique, dans l’ensemble de ses quatre libertés [marchandises, services, main d’œuvre, capitaux], et sa simplification pour les particuliers et les entreprises », afin que ces dernières « soient libres d’exercer leurs activités de manière fluide ».

Parmi les innovations en projet figure un statut européen spécifique (un « vingt-huitième régime de droit des sociétés ») pour les entreprises qui souhaiteraient opérer dans plusieurs Etats membres sans se conformer aux droits commerciaux nationaux. Au passage pourraient être rabotés quelques droits sociaux. Un des objectifs est du reste ainsi énoncé : « simplification et réduction des charges administratives ».

La Commission est sollicitée pour proposer pour le prochain Conseil européen une feuille de route (qui était déjà annoncée pour celui de mars). Celle-ci devrait entre autres « privilégier les règlements (qui s’appliquent directement dans les droits nationaux) par rapport aux directives (qui nécessitent d’être transposées par des lois nationales) ».

Si ces principes recueillent un large assentiment des dirigeants européens, de nouveaux bras de fer se profilent entre les différentes institutions communautaires (Conseil, Commission, europarlement) pour attribuer un rôle dirigeant dans ces réformes.

La Hongrie s’oppose à un engagement européen supplémentaire en faveur de Kiev

Cependant, le point le plus polémique de cette réunion du Conseil européen ne figure pas dans les conclusions. Il concerne le refus qu’oppose la Hongrie à un engagement européen supplémentaire en faveur de Kiev. Le premier ministre Viktor Orban continue de bloquer d’une part le vingtième paquet de sanctions contre la Russie, d’autre part l’aide militaire et budgétaire de 90 milliards d’euros promise au gouvernement ukrainien.

La Commission voulait adopter les nouvelles sanctions en février, mais le veto de Budapest l’en a empêchée. Surtout, le président Zelensky désespère de recevoir l’aide financière d’urgence sans laquelle son pays pourrait se retrouver à court de liquidités d’ici quelques mois tout au plus.

Viktor Orban est soutenu par son homologue slovaque, et plus discrètement par son homologue tchèque. En décembre, ces trois pays avaient laissé passer sans s’y opposer le principe de l’enveloppe des 90 milliards « prêtés » (en fait, donnés) à Kiev, à condition de ne pas être impliqués dans son financement. « Vous vous y étiez engagé » tempêtent désormais la plupart des membres du Conseil face à M. Orban.

Mais ce dernier fait valoir que la situation a évolué. L’oléoduc qui alimente la Hongrie et la Slovaquie en pétrole russe a été endommagé dans sa portion qui traverse l’Ukraine. Et cette dernière se refuse à faire les réparations, accuse Budapest, qui réclame que l’or noir coule à nouveau vers l’Europe centrale avant de lever son veto.

Alors que le dirigeant hongrois freinait fréquemment l’activisme de Bruxelles dans de nombreux domaines, mais qu’il levait généralement son blocage in extremis, cette fois, il persiste et tient bon. Une fermeté qui s’explique probablement par la proximité des élections prévues pour le 12 avril. Plusieurs sondages indiquent qu’il pourrait perdre la majorité qu’il détient depuis 2010.

Mais Viktor Orban sait que de nombreux électeurs rejettent le soutien à Kiev, et plus généralement l’implication du pays dans une guerre larvée contre Moscou. Sa fermeté pourrait, espère-t-il, être payante dans les derniers jours de campagne.

A l’inverse, de nombreux dirigeants européens ne rêvent que d’une chose : faire battre le mouton noir Orban, et affaiblir ainsi le camp des gouvernements européens dissidents.

Tout indique donc que l’Ukraine devra patienter jusqu’au 12 avril pour recevoir son enveloppe. Et si les électeurs hongrois reconduisent leur chef de gouvernement, Bruxelles devra alors trouver dans l’urgence une voie de contournement. Au risque de nouvelles querelles au sommet.

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Des élections municipales dans un contexte international dramatique…

Par : pierre

Hasard du calendrier : les élections municipales des 15 et 22 mars se sont tenues au moment même où la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël continue de répandre la mort et la destruction sur l’Iran (et le Liban), et est en passe d’enflammer le Moyen-Orient.

Naturellement, les tragiques événements internationaux ne sont pas un facteur déterminant dans le choix par les électeurs français de leurs conseils municipaux et leurs maires. Mais ce contexte peut-il jouer un rôle, même minime et indirect ? Pour tenter de répondre à cette question, il faut citer les principaux enseignements du scrutin.

Et d’abord rappeler que dans les communes de quelques milliers d’habitants ou moins – soit la grande majorité d’entre elles – les listes, liées essentiellement aux enjeux locaux, sont dépourvues d’étiquette politique. C’est donc essentiellement à partir des résultats dans les villes grandes ou moyennes que des analyses peuvent être tirées.

La première caractéristique est l’abstention. Avec, au niveau national, près de 44% des citoyens qui n’ont pas pris part au premier tour (et plus de 42% au second tour), celle-ci bat un record historique pour ce type de scrutin (à l’exception du vote de 2020, atypique du fait du confinement lié au Covid).

Ensuite, à l’issue du premier tour – là où les électeurs expriment leurs préférences – les analystes politiques ont pointé les bons résultats de deux partis, généralement classés respectivement « droite radicale » et « gauche radicale ».

Le Rassemblement national (RN) conduit par Marine Le Pen et Jordan Bardella consolide ses positions là où il détenait la mairie, et étend son influence, même s’il ne s’agit pas d’une vague déferlante. Lors du second tour, il gagne plusieurs villes moyennes, notamment dans le sud du pays, mais en manque d’autres.

Pour sa part, le 15 mars, La France insoumise (LFI) a créé la surprise dans les médias et chez ses adversaires. Ces derniers s’attendaient à un recul du parti fondé par Jean-Luc Mélenchon. C’est le contraire qui s’est produit : souvent une progression de son pourcentage, et le gain de quelques villes très symboliques, dont deux de plus de 100 000 habitants.

Enfin et surtout, les électeurs ont, à peu d’exceptions près, infligé un revers majeur au camp présidentiel. La mouvance qui avait émergé en 2017 dans la foulée de la première élection d’Emmanuel Macron, et qui avait rassemblé des citoyens et des politiciens « issus de la droite et de la gauche », confirme son délitement, amorcé depuis quelques années, en particulier depuis les élections législatives anticipées de 2024.

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Des élections municipales dans un contexte international dramatique

Par : pierre

Hasard du calendrier : les élections municipales des 15 et 22 mars se sont tenues au moment même où la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël continue de répandre la mort et la destruction sur l’Iran (et le Liban), et est en passe d’enflammer le Moyen-Orient.

Naturellement, les tragiques événements internationaux ne sont pas un facteur déterminant dans le choix par les électeurs français de leurs conseils municipaux et leurs maires. Mais ce contexte peut-il jouer un rôle, même minime et indirect ? Pour tenter de répondre à cette question, il faut citer les principaux enseignements du scrutin.

Et d’abord rappeler que dans les communes de quelques milliers d’habitants ou moins – soit la grande majorité d’entre elles – les listes, liées essentiellement aux enjeux locaux, sont dépourvues d’étiquette politique. C’est donc essentiellement à partir des résultats dans les villes grandes ou moyennes que des analyses peuvent être tirées.

La première caractéristique est l’abstention. Avec, au niveau national, près de 44% des citoyens qui n’ont pas pris part au premier tour (et plus de 42% au second tour), celle-ci bat un record historique pour ce type de scrutin (à l’exception du vote de 2020, atypique du fait du confinement lié au Covid).

Ensuite, à l’issue du premier tour – là où les électeurs expriment leurs préférences – les analystes politiques ont pointé les bons résultats de deux partis, généralement classés respectivement « droite radicale » et « gauche radicale ».

Le Rassemblement national (RN) conduit par Marine Le Pen et Jordan Bardella consolide ses positions là où il détenait la mairie, et étend son influence, même s’il ne s’agit pas d’une vague déferlante. Lors du second tour, il gagne plusieurs villes moyennes, notamment dans le sud du pays, mais en manque d’autres.

Pour sa part, le 15 mars, La France insoumise (LFI) a créé la surprise dans les médias et chez ses adversaires. Ces derniers s’attendaient à un recul du parti fondé par Jean-Luc Mélenchon. C’est le contraire qui s’est produit : souvent une progression de son pourcentage, et le gain de quelques villes très symboliques, dont deux de plus de 100 000 habitants.

Enfin et surtout, les électeurs ont, à peu d’exceptions près, infligé un revers majeur au camp présidentiel. La mouvance qui avait émergé en 2017 dans la foulée de la première élection d’Emmanuel Macron, et qui avait rassemblé des citoyens et des politiciens « issus de la droite et de la gauche », confirme son délitement, amorcé depuis quelques années, en particulier depuis les élections législatives anticipées de 2024.

« Nous sommes tous des enfants de Gaza »

Au terme du scrutin, la Macronie a donc toutes les raisons de faire grise mine. Un des exemples les plus spectaculaire n’est autre que la défaite de l’ancien premier ministre François Bayrou dans sa propre ville de Pau.

Du côté du RN, et de LFI, on a plutôt fait la fête, même si, il faut le répéter, les situations et déterminants locaux varient d’une ville à l’autre. Ces deux partis se situent aux deux bords opposés du spectre politique. Ils ont cependant un point commun : être ou avoir été diabolisés par la caste politico-médiatique.

Ce fut longtemps le cas du RN, autour duquel il convenait, disait-on, de former un « cordon sanitaire » visant à l’empêcher de conquérir des positions de pouvoir. Les adhérents et les dirigeants étaient stigmatisés comme étant d’« extrême droite », voire « fascistes ».

Plus prosaïquement, le consensus des grands médias les accusait en particulier d’être « contre l’Europe ». Un reproche en réalité très exagéré, et même totalement dépassé ces dernières années, tant les amis de Mme Le Pen ont rallié l’idéologie consensuelle défendant simplement « une autre Europe ». Mais de nombreux électeurs eurosceptiques restent sur leurs anciennes illusions.

La mise à l’index de LFI est plus récente. Mais elle n’en est désormais que plus virulente. Ce fut en particulier le cas lors des derniers mois. Le mouvement s’est vu reprocher une indulgence, voire une responsabilité dans l’assassinat d’un activiste d’extrême droite. Surtout, M. Mélenchon a été l’objet de campagnes incessantes l’accusant d’antisémitisme.

On peut critiquer le chef de LFI dans beaucoup de domaines – il fut par exemple un partisan acharné du traité de Maëstricht en 1992, puis un adversaire affiché du projet de constitution européenne, avant de, désormais, mettre beaucoup d’eau dans son vin en matière de critique de l’UE – mais l’accusation d’antisémitisme est sans fondement au vu de ses engagements politiques depuis des décennies.

En réalité, le concert politico-médiatique considère que quiconque défend la cause palestinienne et dénonce l’idéologie sioniste est suspect d’antisémitisme. Or LFI a commis le péché capital notamment de présenter aux élections européennes une avocate franco-palestinienne très engagée contre l’action génocidaire d’Israël à Gaza.

Enfin, ce parti a longtemps été accusé d’« indulgence » vis-à-vis de la Russie – un reproche assez immérité, mais, là encore, pour les électeurs, c’est l’image, et non la réalité qui compte. Faut-il dès lors en conclure que les citoyens qui ont voté pour les listes LFI ont fait leur choix à partir de motivations internationales ? Certainement pas comme première motivation. Mais, à tout le moins, ces positions « dissidentes » ne les en ont pas dissuadés. Et y ont peut-être parfois contribué.

Ainsi, c’est une liste LFI qui a emporté dès le premier tour la ville de Saint-Denis, battant le maire socialiste sortant. Un succès spectaculaire dans l’une des plus grandes communes de l’agglomération parisienne (150 000 habitants), où les citoyens d’origine immigrée constituent une part importante de la population. C’est dans ce contexte que la soirée électorale y a connu des scènes d’enthousiasme où l’un des premiers slogans fut spontanément… « nous sommes tous des enfants de Gaza » (photo, à l’intérieur de l’Hôtel de ville de Saint-Denis). Bien sûr, la configuration n’est pas représentative de la France entière. Mais l’événement n’est pas anodin quant au rôle des questions internationales.

Ce qui est certain, c’est qu’une vaste campagne médiatique s’est enclenchée, au terme du second tour, visant à imposer l’idée qu’une alliance avec LFI ferait perdre la gauche.

Le président rêvait sans doute de bénéficier de l’effet « chef des armées »

Un dernier élément est important à prendre en compte. Depuis les élections provoquées en 2024 par Emmanuel Macron, et qui lui furent funestes en le privant de majorité à l’Assemblée nationale, l’action présidentielle en matière intérieure est quasiment paralysée. Dans ces conditions, le président tente de redorer son blason dans un domaine où il décide de tout, sans avoir à en passer par les députés : la  politique étrangère. Et rêvait sans doute de bénéficier de l’effet « chef des armées » (et de la diplomatie).

Il n’a ainsi pas ménagé ses efforts, paradant par exemple sur le porte-avion Charles de Gaulle, ou proposant d’étendre le champ de la dissuasion nucléaire aux voisins européens. Et lorsque Donald Trump et Benyamin Netanyahou déclenchent une agression brutale et illégale contre l’Iran, la première réaction du maître de l’Elysée est de condamner… Téhéran.

Là encore, ce ne fut évidemment pas la première motivation de ceux qui ont choisi leur équipe municipale. Mais si un tel engagement présidentiel avait recueilli l’assentiment voire l’enthousiasme populaires, il est probable que le camp macroniste n’aurait pas subi une telle déculottée électorale.

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La présidente de la Commission plaide pour une « projection de puissance »…

Par : pierre

Le 9 mars, tous les diplomates de l’Union européenne en poste aux quatre coins de la planète ont été conviés pour une réunion annuelle. L’UE tente ainsi d’imiter les « conférences des ambassadeurs » que certains Etats – la France, par exemple – organisent régulièrement pour leur compte.

L’événement avait bien sûr été planifié avant le déclenchement de la guerre contre l’Iran lancée conjointement par les Etats-Unis et Israël le 28 février. Il était donc intéressant de savoir comment la présidente de la Commission européenne, qui a prononcé le discours d’ouverture, allait intégrer dans sa rhétorique cette agression caractérisée.

Sans surprise, Ursula von der Leyen (photo, ici au centre, en visite en Israël en octobre 2023) a débuté son discours en accablant la victime, Téhéran, et sans énoncer la moindre condamnation, ni même la plus petite réserve, contre Washington et Tel-Aviv. Donald Trump est épargné notamment parce que Bruxelles ne veut surtout pas l’éloigner encore un peu plus de la croisade que l’UE entend poursuivre contre la Russie ; quant à l’Etat hébreux, il bénéficie d’une indulgence de principe, quelles que soient les atrocités qu’il commet et assume.

Dès les premiers instants de son intervention, Mme von der Leyen martèle donc : « disons les choses clairement : aucune larme ne devrait être versée pour le régime iranien qui a infligé la mort et imposé la répression à son propre peuple (…) ce régime a provoqué la dévastation et la déstabilisation de toute la région au moyen de ses auxiliaires armés de missiles et de drones ». Bref, pour l’oratrice, si l’Iran n’existait pas, le Moyen-Orient serait sans doute un paradis de paix et de sérénité.

Certains pourraient s’étonner du silence de la cheffe de la Commission sur la violation aussi brutale du droit international de la part de MM. Trump et Netanyahou. L’UE n’est en effet jamais en reste pour se présenter comme un parangon de vertu, et pour distribuer mauvais points et sanctions à ceux qu’elle juge l’enfreindre.

En réalité, ce 9 mars, au-delà de l’actualité immédiate, Ursula von der Leyen a amorcé un changement de ton que d’aucuns ont interprété comme un virage. Si elle n’a pas mis clairement en cause le sacro-saint « ordre international fondé sur des règles », elle a explicitement assumé un changement de priorités. Faire prévaloir « les intérêts de l’Europe » devient désormais le premier objectif proclamé.

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