15 et 16 octobre, Bruxelles, réunion du Conseil européen : affrontements sous-jacents mais ambiance feutrée d’entre soi. 17 octobre, Paris et plusieurs centaines d’autres villes en France : convergence des colères (malgré les casseurs) face à des décisions financières et budgétaires conspuées. Deux mondes aux antipodes.
Dans le second cas, des centaines de milliers de manifestants – lycéens et étudiants poursuivant leur mobilisation en cours, mais aussi salariés du privé, enseignants, fonctionnaires, pompiers, de même que des agriculteurs et de nombreux anciens « Gilets jaunes » – ont battu le pavé ou occupé des ronds-points pour crier leur ras le bol face à un avenir bouché et un présent insupportable (pouvoir d’achat, prix des carburants…). Des manifestations où fleurissaient nombre de drapeaux français et de Marseillaises, manière, sans doute, d’exprimer le peu d’appétit pour une soumission face à Bruxelles.
Car les chefs d’Etat et de gouvernement réunis dans la capitale des institutions européennes avaient à leur ordre du jour des thèmes ou des décisions qui influent de près ou de loin sur le sort des peuples. En vrac, selon le compte-rendu officiel : « compétitivité, Ukraine, République de Moldavie, prochain cadre financier pluriannuel, Moyen-Orient, défense et sécurité européennes, migrations, élargissement »… Entre autres.
Deux sujets ont particulièrement retenu l’attention des observateurs du sommet. Le dossier le plus brûlant et le plus disputé était l’élaboration du budget communautaire pour la période 2028-2034. L’affrontement sur le « Cadre financier pluriannuel » (CFP) est en réalité un grand classique qui revient tous les sept ans.
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En anglais, on dit « open bar ». En français, « buffet à volonté ». Et en ukrainien ? Le concept existe forcément à Kiev, où le président Zelensky (à droite, face à Ursula von der Leyen) réclame de l’UE et de ses Etats membres encore et toujours des financements supplémentaires tant pour ses capacité militaires que pour son budget général. Et les obtient sans discontinuer.
En tout cas, les obtenait. Car à force de tirer sur la corde, le chef de l’Etat ukrainien pourrait finir par semer le trouble chez ses partenaires européens. Le 24 août dernier, il a sidéré ces derniers en leur annonçant un déficit du budget 2026 à combler à hauteur de 23 milliards d’euros.
Fin septembre, le problème semblait avoir été résolu par Kiev, mais le gouvernement ukrainien demandait en revanche tout à trac un pactole de 69 milliards d’euros pour faire face aux besoins estimés pour 2027.
L’Ukraine a fait valoir l’intensification des bombardements russes et leur impact majeur sur l’économie du pays. En outre, les exportations – notamment agricoles – de ce dernier qui transitent par la Mer Noire sont fortement ralenties, ce qui représente autant de recettes en moins. Enfin, le président ukrainien va certainement tirer argument du « lâchage » récent par Donald Trump. Et nul doute que les « partenaires européens » de Kiev vont mettre en scène leur « soutien indéfectible » à Volodymyr Zelensky.
Pourtant, pour plusieurs dirigeants européens, la pilule est cette fois dure à avaler. L’UE vient en effet déjà de promettre 90 milliards, sur deux ans (2026 et 2027), soit 60 milliards destinés à financer l’effort de guerre, et 30 milliards pour boucher les trous du budget civil. Une promesse financée par un emprunt européen commun des pays de l’UE, que les Ukrainiens sont censés rembourser quand ils auront obtenu le paiement de dommages de guerre attendus de Moscou – c’est-à-dire jamais.
Pour sa part, le chancelier allemand a confirmé, lors d’une visite éclair à Kiev le 4 octobre, « un nouveau programme d’aide militaire à l’Ukraine d’environ 1 milliard d’euros ». Selon ses propres chiffres, l’Allemagne a donné plus de 43 milliards d’euros de soutien civil bilatéral et près de 58 milliards d’euros d’aide militaire depuis quatre ans.
Pour mesurer l’ampleur globale de la perfusion, il faut rappeler que l’UE et ses Etats membres ont déjà transféré plus de 220 milliards d’euros depuis février 2022, selon les chiffres fournis par Bruxelles. Soit par exemple l’équivalent du total des dépenses budgétaires de l’Espagne prévues pour 2027. D’où cette exclamation d’un haut fonctionnaire européen (citée par Le Monde) : « on a l’impression d’arroser le désert »…
Un cri du cœur qui traduit une inquiétude particulièrement sensible à l’heure où les Vingt-sept tentent de trouver un accord sur le budget communautaire 2028-2034 de l’UE. A ce stade, ce Cadre financier pluriannuel (CFP) prévoit 100 milliards d’euros supplémentaires pour l’Ukraine…
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Ce fut le feuilleton de l’été. Un feuilleton plus inquiétant que distrayant. Le rôle principal en était tenu – bien contre son gré – par la journaliste russe Xenia Fedorova. Celle-ci fut directrice de la chaîne et du site de RT France de 2017 à 2022.
On se souvient qu’en mars 2022, l’Union européenne, suite à l’entrée des troupes russes en Ukraine, décidait d’interdire la diffusion des différentes chaînes RT sur le territoire des Vingt-sept. Une décision hautement politique, mais dont les fondements juridiques étaient pour le moins fragiles.
Xenia Fedorova était cependant restée à Paris. Elle s’est alors rapprochée de médias français appartenant au groupe de presse du milliardaire français Vincent Bolloré. Elle collaborait par exemple à l’hebdomadaire Le Journal du Dimanche (JDD), et tenait également une chronique régulière sur la chaîne CNews (photo). Sans surprise, elle y défendait des arguments plus proches de ceux de Moscou que de ceux de l’OTAN.
Une situation et une tribune que plusieurs grands médias – dont Le Monde, Libération, Mediapart… – ainsi que des élus de divers bords politiques – parmi lesquels des députés macronistes, ainsi que la secrétaire nationale des Ecologistes de même que le potentiel candidat socialiste à l’élection présidentielle Raphaël Glucksmann – jugeaient insupportables.
L’eurodéputée Nathalie Loiseau, connue pour son engagement anti-russe frénétique, avait même fait voter par ses collègues de l’Assemblée européenne une résolution exigeant l’inclusion de Mme Fedorova dans la longue liste des personnes sanctionnées par l’UE. Sans succès dans un premier temps. Les autorités françaises n’avaient pas poussé pour cela. Elles faisaient valoir leur intention de plutôt préparer des mesures nationales en ce sens.
Finalement, le couperet est tombé le 27 juillet, sous la forme d’un arrêté d’expulsion, jumelé avec une assignation à résidence (le droit comporte parfois d’étranges paradoxes…). Un gel de ses avoirs en France était également ordonné, avec interdiction à quiconque de l’aider financièrement. En réalité, l’intéressée avait quitté la France quelques jours auparavant, déclenchant une traque de médias qui ont cru repérer son passage à Nice, à Rome, avant de perdre sa trace…
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Après de spectaculaires bains de foule à Paris puis à Lourdes, très généreusement retransmis par les grandes chaînes de télévision françaises, le pape a achevé sa visite épiscopale de quatre jours en France par une dernière étape, le 28 septembre, dans la ville de Metz.
Un lieu qui n’avait pas été choisi au hasard, dès lors que Léon XIV souhaitait prononcer un discours sur l’Europe, annoncé comme important. La cité lorraine est en effet marquée par la personnalité de Robert Schuman (1886-1963), figure essentielle de la mythologie de l’intégration européenne, et souvent désigné à ce titre comme un « père fondateur » de ce qui est aujourd’hui devenu l’Union européenne.
L’intervention du chef de l’Eglise catholique, prononcée dans… le centre des congrès Robert Schuman, peut se prêter à plusieurs lectures. La première a trait à ce qui lie intimement cette religion au projet européen tel qu’il s’est esquissé puis développé après la seconde guerre mondiale.
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Quasiment partout en Europe, les prix de l’énergie s’envolent. Gaz, puis par voie de conséquence électricité, et bien sûr pétrole brut, donc produits raffinés : toutes ces hausses viennent se répercuter sur le pouvoir d’achat des ménages, avec pour symbole le passage à la pompe de plus en plus infernal pour tous ceux qui ne peuvent se passer de leur véhicule.
Cela a naturellement des conséquences pour les entreprises, qui vont répercuter sur leur prix les augmentations des charges auxquelles elles doivent faire face, souvent de manière dramatique pour les plus petites d’entre elles.
Le phénomène se répand ainsi de proche en proche dans un grand nombre de secteurs de l’économie : transport routier, secteur du bâtiment et des travaux publics et plus généralement l’industrie – d’autant que, dans ce dernier cas, les hydrocarbures rentrent aussi comme matière première dans la production (chimie, plastics, emballages…). L’agriculture, de son côté, subit également en première ligne les conséquences.
Tout cela vaut en particulier pour la France, où les marins pêcheurs ont été les premiers à manifester. Plus généralement, le gouvernement redoute, sans le dire, une nouvelle explosion de colère, telle que celle des Gilets jaunes en 2018, même si les mouvements sociaux sont en réalité imprévisibles. Il promet des « aides ciblées » en faveur de ceux qui sont les plus dépendants de leur véhicule pour leur travail.
L’explosion des prix de l’énergie est due à de multiples causes, dont plusieurs sont liées aux règles et principes de l’Union européenne. Toutes relèvent en tout cas de décisions politiques qu’ont prises des dirigeants occidentaux.
Il faut d’abord rappeler que le nouvel envol des prix de l’énergie survient dans un contexte où ces derniers étaient déjà particulièrement élevés. Et ce notamment depuis 2022, date du début de la guerre en Ukraine.
A noter que ce n’est pas la guerre elle-même qui a fait grimper les prix, mais bien la décision des Vingt-sept de cesser les approvisionnements en provenance de Russie. Au motif qu’il convenait de « ne pas financer l’agression décidée par le Kremlin » (voire, espérait le ministre français de l’économie de l’époque, de « mettre à genoux l’économie russe »), c’est bien Bruxelles, et non Moscou, qui a décidé d’interrompre les livraisons de pétrole, de charbon, puis de gaz (même si un flux résiduel persiste).
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Le 13 septembre, les Suédois étaient appelés à renouveler leur parlement (ainsi que leurs conseils locaux). 80% des électeurs se sont rendus aux urnes – soit environ 4 points de moins qu’en 2022 – mais les résultats sont si serrés qu’il faudra sans doute attendre pour savoir qui dirigera le pays.
Un des principaux enjeux du scrutin était de départager le « bloc de droite » qui détenait la majorité sortante, du « bloc de gauche » qui espérait revenir au pouvoir. Ce dernier semble finalement gagner avec une très légère avance de trois députés. Et ce, malgré le score calamiteux du Parti social-démocrate qui en constitue la principale formation. Avec 28,1%, celui-ci perd 2,3 points et obtient ainsi son pire score depuis l’avènement du suffrage universel dans le Royaume… en 1911.
En revanche la Parti de gauche (souvent classé « gauche radicale ») fête ses 8,2%, un progrès de 1,5 point et son meilleur score depuis 2002, tandis que les Verts passent de 5,1% à 6,1%. Enfin, le Parti du centre reste stable à 7,1% (+ 0,4 point).
Dans la camp d’en face, les Modérés (conservateurs) du premier ministre sortant, Ulf Kristersson (photo, au centre), obtiennent 19,9% (+0,8 point). Les chrétiens-démocrates rassemblent 6,2% (+ 0,9 point) tandis que les Libéraux passent de 4,6% à 5,4%. Le bloc de droite a vanté ses résultats économiques : baisse de l’inflation, mais aussi mise en œuvre des réformes qui lui a valu le déblocage par la Commission européenne de la dernière tranche du fonds de relance bruxellois.
Mais la surprise vient des Démocrates de Suède (DS) – un parti classé à l’extrême droite, dont les adversaires rappellent les lointaines origines néo-nazies. Le résultat des DS était l’autre enjeu du scrutin car ceux-ci avaient fait le choix, en 2022, de soutenir le gouvernement, mais sans y participer. Cette configuration était issue d’un accord « de soutien et de coopération » qui avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque.
Car longtemps, la droite classique avait déployé ce qu’elle qualifiait de « cordon sanitaire » pour interdire toute alliance avec les DS. En 2019 cependant, cette stratégie a commencé à évoluer, lorsque les partis de droite ont constaté qu’ils seraient arithmétiquement condamnés à rester dans l’opposition faute d’alliance avec un parti qui, depuis 2010, grimpait de scrutin en scrutin, notamment en prônant des mesures restrictives en matière d’immigration et d’asile.
Pour ce présent scrutin, les DS, qui s’étaient efforcés de lisser leur image jusqu’à présent, ont radicalisé leur discours, tout en annonçant leur volonté, cette fois, d’obtenir des postes ministériels importants. Une exigence que les Modérés, de même que les Chrétiens-démocrates, avaient acceptée. Même les Libéraux, qui avaient longtemps défendu le « cordon sanitaire », avaient, lors des derniers mois de campagne, donné leur feu vert.
En accordant aux DS, conduits par leur leader Jimmie Akesson, 17,6% des voix, soit une chute de 3 points par rapport à 2022, les électeurs en ont décidé autrement, puisque cette baisse plombe l’ensemble de la coalition de droite. Il est possible que certains électeurs aient choisi tactiquement de quitter les DS au profit des Libéraux pour s’assurer que ces deniers franchissent la barre des 4% en deçà de laquelle ils auraient été éliminés du Parlement, avec à la clé le renvoi assuré du bloc de droite dans l’opposition.
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Le 6 septembre, les électeurs du Land allemand de Saxe-Anhalt étaient appelés à élire leur parlement régional et renouveler ainsi l’exécutif qui en est issu (en Allemagne, les régions ont beaucoup plus de pouvoirs qu’en France).
La campagne électorale avait pris l’allure d’une chronique de la victoire annoncée du parti AfD (Alternative pour l’Allemagne). Cette victoire s’est finalement avérée un triomphe pour ce parti fréquemment classé à l’extrême droite : il a rassemblé 43,8% des suffrages, soit un bond de 23 points par rapport aux précédentes élections. Un résultat d’autant plus remarquable que la participation a été massive, atteignant 77,8%, contre seulement 60,5% en 2021. L’événement a fait la Une des médias européens.
Conséquence indirecte du vote : de nombreux journalistes et responsables politiques français – notamment – ont découvert l’existence de ce « petit » Land (2,2 millions d’habitants) dont le territoire était situé dans la République démocratique allemande (RDA) jusqu’à ce que celle-ci soit absorbée par la RFA. Tant il est vrai que pour la sphère politico-médiatique française, l’Allemagne reste inconsciemment circonscrite à l’histoire et la géographie de l’Allemagne de l’Ouest.
Sans grande originalité, la presse française a répété en chœur un même refrain : pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, l’extrême droite allemande arrive en tête dans un scrutin régional.
Commentant la percée de l’AfD, le chef du Parti socialiste français, Olivier Faure, a réagi de manière martiale : « ce n’est plus un avertissement. C’est un ordre de mobilisation générale qu’il faut lancer. L’internationale réactionnaire et d’extrême droite avance à visage découvert ». Pour sa part, le leader du principal parti macroniste, Gabriel Attal, a qualifié le vote de « vrai signal d’alarme », appelant à « réinventer le modèle (pour) reprendre la main dans un monde qui change ».
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot – entre deux déclarations condamnant les potentielles ingérences russes dans les élections françaises – a qualifié le programme de l’AfD de « trahison de l’esprit européen », prenant ainsi le risque d’assurer ainsi involontairement la promotion dudit programme…
Si le succès de l’AfD le 6 septembre a été éclatant, c’est que ce parti a récupéré des anciens ou récents électeurs d’à peu près toutes les autres forces politiques, et a mobilisé nombre d’abstentionnistes.
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Cet article Élections régionales en Saxe-Anhalt : « le modèle allemand vacille »… est apparu en premier sur Ruptures.
C’est la consternation à Bruxelles. Interrogés par référendum, le 29 août, sur la perspective d’adhésion de l’Islande à l’Union européenne, 52,8% des citoyens de cet Etat insulaire de 400 000 habitants ont nettement refusé cette dernière – le Oui ayant été choisi par 47,2% d’entre eux.
La participation a été particulièrement élevée : 82,5% des électeurs se sont déplacés pour cette question décisive concernant la souveraineté du pays. Dans ces conditions, ce résultat constitue un sévère camouflet tant pour la coalition dite de « centre-gauche » au pouvoir qui avait lancé cette consultation que pour les instances de l’UE.
Un camouflet, mais surtout une défaite à la fois symbolique et politique pour les partisans de l’intégration européenne. Symbolique, car, dans les couloirs de la Commission, on comptait bien sur cet événement pour redorer le blason de l’UE, déjà mis à mal entre autres par le départ du Royaume-Uni, puis par les querelles et la paralysie (sauf pour le soutien militaire et financier à l’Ukraine) qui marquent l’action des institutions communautaires depuis lors. L’espoir de pouvoir présenter le bloc des Vingt-sept comme suscitant l’envie de la part des peuples s’est effondré avec ce vote.
Politique car la victoire du Non, déjà arithmétiquement frappante, est en réalité plus forte encore qu’il n’y paraît. En effet, la question posée ne portait pas sur l’adhésion immédiate, mais sur la relance, ou non, des négociations en ce sens avec Bruxelles. Au point que certains groupes avaient fait campagne sur le thème : « Oui pour voir ». Autrement dit, examinons ce que l’UE peut proposer, sans engagement sur la suite.
Il est donc certain qu’un certain nombre d’électeurs ayant répondu positivement à cette question ne sont pas pour autant – et ne seraient probablement jamais devenus – des partisans de l’adhésion. Les sondages confirment du reste une opposition majoritaire à cette dernière, alors même qu’ils prédisaient cette fois une victoire serrée pour le Oui.
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Comme chaque année, Ruptures suspend sa parution durant les mois d’été (sauf exigence imprévue de l’actualité). Nous vous donnons rendez-vous en septembre et vous souhaitons de bonnes vacances !
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C’était il y a dix ans tout juste. Le 23 juin 2016, une majorité de Britanniques – près de 52% – décidait de quitter l’Union européenne. Un véritable tremblement de terre – c’était la première fois qu’un pays faisait un tel choix – et une désaveu cinglant infligé aux dirigeants britanniques en place ainsi qu’à la classe politico-médiatique du Vieux continent. Celle-ci avait mené une campagne acharnée pour éviter ce qu’elle redoutait comme un cataclysme majeur.
Une décennie plus tard, elle n’a toujours pas digéré d’avoir été aussi brutalement désavouée. Et a saisi l’occasion de cet anniversaire pour déverser sa rancœur. En présentant notamment trois arguments : les électeurs anglais regretteraient désormais amèrement le Brexit ; ce dernier aurait provoqué « chaos politique, affaissement démocratique et perte d’influence internationale » selon les termes du quotidien Le Monde (qui donne souvent le ton idéologique parmi la presse dominante française), en plus d’un déclin économique ; enfin, les forces politiques françaises décrites comme pro-Brexit auraient changé leur fusil d’épaule, preuve que la poursuite de l’intégration européenne est la seule voie possible.
La première affirmation dit s’appuyer sur de récents sondages. Un chiffre, en particulier, est régulièrement cité : selon une étude commandée par le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), 52 % des Britanniques seraient prêts à un retour dans l’UE (pas vraiment un raz-de-marée !). Il convient de rappeler que le chiffre cité est peu ou prou le même que l’évaluation des intentions de vote pour… rester dans l’UE quelques jours avant le référendum de 2016. Pourquoi les sondeurs se tromperaient-ils moins aujourd’hui qu’à l’époque ?
Surtout, si l’on veut vraiment prendre au sérieux ces études d’opinion, une autre étude affirme que 46% des sondés estiment que « le Brexit aurait pu bien marcher », mais que « les responsables politiques l’ont mal géré ». Ce qui ne représente pas franchement un basculement massif de l’opinion en faveur de l’intégration européenne.
C’est en tout cas un chiffre qui éclaire ce paradoxe apparent : d’un côté, les sujets de sa gracieuse majesté auraient aujourd’hui renié leur choix de 2016 ; et d’un autre, le parti Reform UK est sorti grand triomphateur des élections locales du 7 mai dernier. Or ce parti a pour figure emblématique Nigel Farage, qui a incarné dès le début le combat pour sortir de l’UE. Si grand triomphateur qu’il apparaît désormais comme un futur Premier ministre possible – une perspective qui semblait encore totalement inimaginable il y a quelques mois, d’autant que le système électoral l’avait jusqu’à présent quasi complètement écarté du Parlement.
Un dernier indice, enfin, laisse à penser que la conversion pro-UE du peuple britannique peut être mise en doute. Alors que l’actuel chef du gouvernement, le Travailliste Keir Starmer, est démissionnaire, celui qui a toutes chances de lui succéder est le maire de Manchester, Andy Burnham, qui vient de se faire élire député. Ce dernier, présenté comme plus ouvertement pro-européen que son camarade de parti sortant, a pourtant bien pris soin, pendant sa campagne, d’éviter les questions portant sur l’Europe. Car l’électorat travailliste populaire du nord du pays est resté favorable à la rupture avec Bruxelles.
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Le 10 juin, les cheminots français étaient appelés à faire grève par les quatre grands syndicats de la SNCF. Une unité qui ne s’était plus produite depuis deux ans. Le mouvement a surpris de nombreux observateurs par son ampleur. Et il pourrait bien se prolonger par de prochaines mobilisations.
Les grands médias se sont surtout intéressés aux désagréments subis par les voyageurs. Ils ont souvent été bien plus discrets sur les raisons de la grève. En réalité, les causes du mécontentement grandissant chez les salariés remontent à la libéralisation du rail impulsée par Bruxelles par étapes depuis les années 2000.
En France, la transposition des directives européennes s’est en particulier traduite par la réforme qu’a subie le monde du rail en 2018, au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. La mobilisation avait été massive à l’époque, mais n’avait pu empêcher le projet d’être imposé.
Parmi les revendications affichées le 10 juin figurait notamment une forte revalorisation des salaires. Mais las causes les plus profondes de la grève sont à chercher du côté du mal-être de la plupart des cheminots. Illustration dramatique de cette dégradation : depuis janvier de cette année, treize agents se sont suicidés, dans des conditions qui ne laissent guère de doute sur le lien avec l’exercice de leur métier.
Encore ne s’agit-il que de la pointe émergée de l’iceberg. Les syndicats alertent sur la multiplication de ce qu’on nomme les « risques psycho-sociaux », ce qui n’est pas sans rappeler le climat cauchemardesque qu’avait subi à la fin des années 2000 France Telecom (devenu Orange) : les agents de l’ex-service public de télécommunications avaient été particulièrement malmenés par l’introduction européenne de la concurrence et les exigences de rentabilité qui en découlent.
Les syndicats de la SNCF, dans leur appel à la grève du 10 juin, pointent en particulier les réorganisations internes sans fin, qui sapent les collectifs de travail existants et heurtent le travail des cheminots qui restent attachés au principe de service public.
Selon le texte unitaire des syndicats, « un agent sur trois déclare aujourd’hui souffrir de troubles anxieux ou dépressifs. Les arrêts maladie liés à la santé mentale ont progressé de 40 % en cinq ans. Les accidents du travail ont bondi de 15,9 % entre 2024 et 2025 dans le périmètre du groupe public, de 21,7 % filiales incluses et de 50 % sur trois ans ».
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L’événement n’était nullement inattendu. Il n’en constitue pas moins un véritable coup de tonnerre, d’abord dans les relations entre Berlin et Paris, et plus globalement concernant ce que Bruxelles nomme « l’Europe de la défense ». Le 8 juin, les deux capitales ont officiellement annoncé l’abandon du projet commun d’avion de combat.
Ce dernier était le cœur du dénommé SCAF – Système de combat aérien du futur – censé être opérationnel à l’horizon 2040… et coûter 100 milliards d’euros. Ce très ambitieux projet comprenait également un ensemble de modules d’armes aériennes interconnectées (tels que des drones) et de coordination.
Le chasseur lui-même, la pièce maîtresse de l’ensemble, était conçu pour l’interception et le combat aérien ; il était ainsi couramment désigné comme un aéronef militaire « de sixième génération ».
Le lancement politique du projet remonte à 2017 lors d’un Conseil des ministres franco-allemand co-présidé par Emmanuel Macron et Angela Merkel. Sa conception et sa réalisation fut alors confiée à un binôme technologique et industriel : le Français Dassault Aviation et l’Allemand Airbus Defence and Space (la partie allemande du groupe Airbus) auquel l’Espagne s’est jointe en 2019.
Très vite cependant, querelles et rivalités se sont fait jour au sein de l’alliance. La firme Dassault Aviation, qui avait conçu et construit seule l’actuel avion de combat tricolore Rafale, ne cachait pas sa volonté d’être le pilote du développement, considérant qu’elle seule avait les compétences et l’expérience pour ce faire.
La direction de l’entreprise – un fleuron de l’industrie française – redoutait en outre que lesdites compétences ne soient pillées par son partenaire. Et faisait par ailleurs valoir que l’Allemagne restait toujours et encore liée techniquement et commercialement à l’Oncle Sam. En 2022, Berlin avait par exemple commandé 35 appareils F-35 américains (et n’exclut pas désormais de doubler cette commande).
Airbus de son côté n’entendait pas rester le partenaire junior du projet et dénonçait le soutien constant de l’Etat français à Dassault, accusé d’arrogance nationaliste. Depuis des mois déjà, l’affrontement se cristallisait donc sur le mode de gouvernance du projet.
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Cet article Le projet franco-allemand d’avion de combat commun est abandonné, au grand dam de Paris… est apparu en premier sur Ruptures.
C’est un climat qui se répand de manière insidieuse et subreptice. Pas une révélation soudaine qui aurait surgi un beau matin. Mais un idée qui se développe insensiblement, jour après jour, au point d’apparaître comme une évidence d’apparence tristement incontestable : un affrontement entre la Russie et l’Europe serait désormais inévitable.
Les manœuvres et exercices militaires – en France notamment – gagnent en ampleur et en fréquence ; et l’ennemi est ouvertement désigné, alors que, jusqu’à présent, une certaine hypocrisie régnait. Plusieurs navires de la « flotte fantôme » russe viennent par ailleurs d’être arraisonnés coup sur coup par la marine tricolore.
L’industrie d’armement – en France, mais aussi en Allemagne et dans plusieurs pays européens – est en plein boom. Sur les chaînes hexagonales, les « talk-show » se multiplient, qui pointent tous la « menace hybride » que ferait peser Moscou sur l’Occident.
Plus solennellement, le chef d’Etat-major des armées françaises avertissait récemment que, si le pays n’était pas prêt à accepter de sacrifier ses enfants, rien ne pourrait empêcher Moscou de poursuivre ses objectifs impériaux.
L’ancienne directrice de la chaîne RT-France (Russia Today, financée par la Russie, puis interdite en 2022, sur décision européenne moyennant des bases légales très douteuses) fait l’objet d’une campagne de dénigrement : Xenia Federova, qui travaille désormais pour plusieurs médias du groupe Bolloré, est non seulement accusée d’être un « agent d’influence du Kremlin », mais de représenter ainsi un danger pour la sécurité nationale dont le titre de séjour devrait être annulé au plus tôt – même si aucune infraction ne lui est reprochée.
Surtout, les exemples abondent qui montrent une inquiétante banalisation d’une perspective de confrontation armée. La diffusion, le 2 juin, par la chaîne franco-allemande Arte, d’un documentaire significativement intitulé « Europe, le choix des armes » (photo, toujours accessible), a constitué une caricature typique des thèses idéologiques en vogue.
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Cet article L’idée se banalise selon laquelle une guerre contre la Russie serait inévitable… est apparu en premier sur Ruptures.
C’était il y a six ans – presque une éternité. Le 21 juillet 2020, le Conseil européen – après de nombreux affrontements et querelles entre Etats membres – lançait un « méga-plan de relance » visant officiellement à contrer l’asphyxie économique qui était en train de se répandre en Europe, conséquence de l’épidémie de Covid-19.
Baptisé « Next Generation EU », le plan prévoyait initialement que la Commission européenne injecte 750 milliards notamment sous forme de subventions (390 milliards d’euros) et de prêts (360 milliards) aux Etats membres. Pour percevoir cette manne, ces derniers devaient élaborer des feuilles de route nationales prévoyant des « réformes » qu’ils s’engageaient à mettre en œuvre, et précisant les domaines où les fonds perçus seraient investis.
Initialement, deux secteurs devaient être priorisés : la « transition environnementale » et le renforcement de la « numérisation de l’économie ». En 2023, des objectifs censés améliorer l’indépendance énergétique furent ajoutés. Puis suivirent des exhortations à ce que les capitales augmentent prioritairement leurs dépenses militaires.
Le mécanisme prévoyait de libérer les fonds progressivement, jusqu’à 2026. La plupart des pays ont bénéficié de cette distribution, mais pas forcément à la hauteur maximale promise. L’Italie et l’Espagne ont constitué les deux plus gros bénéficiaires.
Pour distribuer les milliards, la Commission devait préalablement les emprunter sur les marchés financiers, à un taux modique avait plaidé Bruxelles à l’époque, puisque l’opération était réalisée pour le compte de l’UE dont la signature est réputée sans risque. Avantage supplémentaire mis en avant par certains européistes : puisque l’opération créait une dette commune, cela revenait, de fait, à mettre en place un Trésor européen géré de manière centralisée. Un pas important vers une Europe fédérale, s’étaient alors réjouis ses partisans.
Pourtant, un tout petit détail avait alors été peu évoqué. Contracter une dette – qui plus est, de cette ampleur – impose évidemment de la rembourser un jour ou l’autre. « On trouvera bien un moyen » était en substance la réponse adressée à l’époque à ceux qui soulevaient la question.
Les eurocrates imaginaient par exemple inventer de nouveaux mécanismes générant des « ressources propres ». Comprendre : des revenus supplémentaires directement versés à Bruxelles venant s’ajouter aux cotisations des Etats membres qui constituent aujourd’hui l’essentiel des recettes de l’Union européenne.
Les premiers remboursements étaient prévus pour 2028, et s’étaler ensuite sur trente ans. Un horizon qui paraissait bien lointain vu de 2020, et qui semblait laisser ainsi le temps d’imaginer des solutions.
Sauf que six ans plus tard, l’échéance s’approche sans qu’aucune ressource supplémentaire n’ait été trouvée, à l’exception d’une modeste « taxe plastique » sur les emballages non recyclés, dont le produit est minime au regard des remboursements qui s’annoncent.
Dans ces conditions, plusieurs voix européennes posent désormais la question : faut-il rembourser ? Personne, évidemment, ne propose de faire défaut sur la dette. Mais on parle désormais de « refinancement » de cette dernière. Autrement dit d’émettre de nouveaux titres de dette pour rembourser ceux qui arrivent à échéance…
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Le comportement de l’UE vis-à-vis d’Israël est un cas particulièrement typique de l’impossibilité et de l’inanité d’une politique extérieure européenne commune. En effet, les vingt-sept Etats membres ont chacun une histoire, une culture diplomatique et des intérêts différents, voire totalement divergents.
Sans même remonter à la « Nakba » qui, lors de la fondation d’Israël en 1948 a vu les dirigeants et l’armée de cet Etat massacrer ou expulser des centaines de milliers de Palestiniens de leurs terres, cela fait désormais près de sept décennies que l’occupation illégale de terres palestiniennes se poursuit et s’amplifie.
Et cela fait plus de deux ans et demi que les dirigeants israéliens actuels mènent un véritable génocide dans la bande de Gaza, multipliant cruauté sur les habitants, destruction systématique de leurs infrastructures vitales, et dépossession de leur histoire, de leur culture, de leur avenir.
Le sort de la Cisjordanie n’est guère plus enviable, où des milliers de colons ont désormais carte blanche pour détruire habitations et récoltes, humilier ou tuer les Palestiniens. Dans tous les cas, il s’agit désormais d’une stratégie décidée et assumée, pour laquelle l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 apparaît clairement comme un prétexte.
Pendant tout ce temps, l’Union européenne n’a pas trouvé grand-chose à redire. Et ce, alors même qu’elle finançait des installations (écoles, installations solaires ou hydriques) très régulièrement détruites par les forces israéliennes. Le contraste est vertigineux avec le déferlement de sanctions visant la Russie – on en est au vingtième paquet de mesures punitives visant Moscou depuis 2022.
Pourtant, nul n’est besoin d’élaborer des sanctions proprement dites ou des mesures complexes. L’évidence imposerait pour le moins de suspendre l’« accord d’association » liant Israël et l’UE ; cet accord fait de l’Etat hébreu un partenaire privilégié, avec exonération de nombreux droits de douane, voire transformant celui-ci, sur certains points, presque en un vingt-huitième Etat membre.
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Cela dure depuis quarante ans. Et pourtant, la plupart des habitants vivant dans l’Union européenne l’ignore superbement : le 9 mai a été institué en 1985 « journée de l’Europe ».
Il s’agit de célébrer la « déclaration Schumann », prononcée le 9 mai 1950 et considérée par les historiographes officiels comme un événement fondateur de l’intégration européenne, sept ans avant le Traité de Rome qui marqua la naissance de la Communauté économique européenne, ancêtre de l’UE.
A l’occasion de ladite fête, quelques collectivités locales s’efforcent d’attirer l’attention du public en organisant des expositions, visites ou « événements » divers (photo). Ce fut le cas cette année encore dans certaines grandes villes, françaises ou allemandes notamment.
Et bien sûr, les institutions qui siègent à Bruxelles ne sont pas en reste. Cette année, les badauds de la capitale belge ont ainsi pu, entre autres, s’extasier sur de la musique ukrainienne – évidemment – au siège de la Commission, admirer de la calligraphie arabe ou fabriquer du Thanaka (une pâte cosmétique exotique) dans les locaux du Service européen d’action extérieure, ou s’initier aux subtilités du cadre financier pluriannuel (le budget communautaire) dans les locaux de l’europarlement.
Pour les fans, on pouvait également faire d’inoubliables selfies aux côtés d’Ursula von der Leyen : la présidente de la Commission était présente – en carton-pâte – pour les amoureux de l’UE… Décidément, les Bruxellois ont eu beaucoup de chance.
Une catégorie de citoyens gardera un souvenir ému de leur journée festive Ils ne sont pas les seuls. Une autre catégorie de citoyens gardera également un souvenir ému de leur journée festive : les eurodéputés.
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Le terme de « séisme » a souvent été galvaudé. Mais c’est bien un tremblement de terre politique que les électeurs britanniques ont provoqué le 7 mai, date à laquelle ils étaient conviés aux urnes pour renouveler leurs conseils municipaux et leurs maires.
5 000 sièges étaient en jeu dans 136 collectivités locales. Environ un tiers des Anglais était donc concerné par ce vote. De leur côté, les citoyens écossais et gallois étaient invités à désigner leurs députés dans leurs parlements régionaux respectifs.
Même s’il s’agissait d’élections locales, et même si les comparaisons directes sont difficiles puisque les renouvellements (chaque année par tiers) concernent une partie seulement de l’électorat, le verdict est sans appel, et particulièrement cruel pour le Parti travailliste au pouvoir depuis juillet 2024. Le Labour avait fait élire cette année là 411 députés sur les 650 que compte la Chambre des communes, moyennant un score national de 33,7% des suffrages.
Moins de deux ans plus tard, seulement 17% des électeurs ont voté travailliste, reléguant ce parti à une infâmante quatrième place. En Angleterre, le Labour n’obtient que 1 068 conseillers soit une perte de 1 500 élus. Au parlement écossais, il n’a plus que 17 représentants sur 129 sièges. Et la déculottée est encore plus spectaculaire au Pays de Galles, où il ne disposera plus que de 9 députés sur 96, alors même que les Travaillistes dominaient largement ce qui était considéré comme un bastion depuis plus d’un siècle.
Piètre consolation, ce n’est pas son grand adversaire traditionnel, le Parti conservateur, qui profite de ce naufrage. Avec 17% des voix également, les Tories n’obtiennent en Angleterre que 800 conseillers, soit une perte de 563 élus. Lors des élections générales de 2024, leur score était encore de 23,7%.
Avec 18%, le Parti vert fait une petite percée, notamment dans la capitale, et fait élire 587 conseillers. Son jeune leader charismatique, Zack Polanski, qui revendique le concept d’« éco-populisme » a fait campagne en invoquant « la justice sociale et la justice environnementale », et a bénéficié de l’apport d’anciens électeurs travaillistes.
Le Parti libéral-démocrate (classé au centre) se satisfait de ses 16% des voix, un gain de près de 4 points comparés aux élections générales de 2024, ce qui lui permettra d’avoir 840 conseillers, un progrès de 150 élus.
Mais l’autre fait marquant du scrutin du 7 mai est le triomphe du Parti Reform UK. Cette force politique, dirigée par le charismatique champion du Brexit, Nigel Farage (photo), et souvent classée à l’extrême droite, réussit à capter une proportion considérable des déçus travaillistes mais aussi conservateurs.
Fort de ses 26% des voix, Reform UK obtient haut la main la première place – une performance qu’il n’avait jusqu’à maintenant réalisée qu’aux élections européennes, du temps où le Royaume-Uni était encore membre de l’UE. Il disposera désormais de 1 453 élus, alors qu’il n’en avait quasiment aucun.
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Un sommet de la communauté politique européenne (CPE) s’est tenu le 4 mai dans la capitale arménienne, Erevan. Peu connue, cette institution rassemble une quarantaine d’Etats européens, membres ou non de l’Union européenne. Elle avait été lancée en 2022, juste après le début de la guerre en Ukraine, et excluait délibérément deux pays, la Russie et la Biélorussie, le but étant d’isoler ces derniers.
C’est sur la proposition insistante d’Emmanuel Macron que la CPE avait été créée, sans que la plupart de ses homologues ne manifeste un grand enthousiasme. Mais, à l’époque, tout ce qui pouvait constituer un front contre Moscou recueillait l’assentiment des capitales, de Berlin à Madrid ou à Varsovie, jusqu’à Londres, Oslo ou Ankara, en passant par tous les pays candidats à l’UE notamment des Balkans. L’Ukraine était bien sûr un membre particulièrement choyé.
Outre la mise au ban de la Russie, une raison non avouée par l’Elysée était d’associer les pays candidats à l’UE tout en temporisant sur leur adhésion proprement dite. Car les effets desdites adhésions pourraient être dévastateurs, le moment venu, pour l’avenir de l’Union.
Depuis 2022, les sommets semestriels se sont succédé (République tchèque, Moldavie, Espagne, Royaume-Uni…) sans que leur intérêt ne soit apparu plus clairement à de nombreux participants. Au contraire. Au point que, cette fois-ci, le premier ministre néerlandais était absent, de même que le président turc ainsi que le chancelier allemand.
Ce dernier a jugé qu’il avait mieux à faire – en l’occurrence visiter une synagogue à Berlin – que de se rendre à Erevan. Quitte à prendre le risque de vexer son homologue français qui considère un peu la CPE comme son bébé.
De son côté, Emmanuel Macron a évoqué, au terme de la conférence, les domaines où les pays présents ont, selon lui, « consolidé des alliances et des coalitions » : la lutte contre la drogue, la solidarité en matière d’énergie et la création d’interconnexions, la protection contre les ingérences étrangères et les fausses informations. Un étrange micmac.
De même, le président français a pointé l’un de ses sujets préférés : la « souveraineté européenne » en matière militaire, sous la forme de « solutions de défense et de sécurité communes ». « Nous payons aujourd’hui le prix de notre dépendance excessive à l’égard de la protection offerte par les Etats-Unis en matière de défense et de sécurité » a-t-il martelé.
Mais, faute de contenu, de décisions ou de déclaration commune, les commentateurs se sont concentrés sur trois aspects : les perspectives pour l’Arménie, pays hôte ; la participation du premier ministre canadien à la réunion ; et l’ombre de Donald Trump qui planait sur le sommet.
Le lieu de la conférence n’avait pas été choisi au hasard. Dans à peine quelques semaines, le 7 juin, vont se dérouler des élections générales en Arménie. En choisissant ce pays pour accueillir le sommet, les dirigeants européens ne cachent pas avoir voulu conforter les chances du premier ministre sortant, Nikol Pachinian (photo, au centre, entouré d’Antonio Costa et d’Ursula von der Leyen), de se maintenir au pouvoir. Les Vingt-sept ont d’ailleurs enchaîné, le 5 mai, sur un sommet formel UE-Arménie – le premier du genre.
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Hasard du calendrier, c’est la République de Chypre qui assume, ce présent semestre, la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. C’est donc dans l’île de la Méditerranée orientale que le Conseil européen a tenu une réunion informelle, les 23 et 24 avril.
A quelques centaines de kilomètres à peine, donc, du Liban, et même de l’Iran. Cependant, malgré cette proximité géographique de la zone attaquée, les 28 février et 2 mars, par les forces américano-israéliennes, l’UE est évidemment sans influence sur les graves événements en cours.
Il ne pouvait – et heureusement – en être autrement : les vingt-sept Etats membres sont loin d’avoir les mêmes relations, la même histoire, et donc les mêmes intérêts vis-à-vis du Moyen-orient.
Mais pour sauver la face, les dirigeants européens avaient invité, lors du déjeuner du second jour du sommet, les présidents égyptien, libanais, syrien, ainsi que les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe ; et ont multiplié à cette occasion les platitudes sans conséquence, quitte à prendre leurs désirs pour des réalités.
« Nous sommes aux côtés de nos partenaires régionaux au Moyen-Orient » a ainsi affirmé le président du Conseil européen, le Portugais Antonio Costa (photo, debout). Qui a poursuivi, grandiloquent : « l’UE ne fait pas partie du conflit, mais nous ferons partie de la solution ». Nul ne sait comment, d’autant que ni Washington, ni Tel-Aviv, pas plus que Téhéran n’accorde d’importance à ce que déclare Bruxelles.
Les dirigeants des Vingt-sept se sont officiellement « félicités des récents cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, ainsi qu’entre Israël et le Liban, et ont exhorté toutes les parties à s’engager de bonne foi pour parvenir à la paix ». M. Costa a également rappelé qu’une coalition de plus de cinquante pays (sous direction franco-britannique) « prépare une mission défensive visant à rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », mais seulement « dès que les conditions de sécurité nécessaires seront réunies ».
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Cet article Les tensions affleurent à nouveau au sein du Conseil européen, réuni à Chypre… est apparu en premier sur Ruptures.
Les électeurs bulgares, convoqués le 19 avril pour des élections législatives anticipées, ont rebattu les cartes. C’était le huitième scrutin depuis avril 2021 – un probable record du monde d’instabilité politique. Au point que les analystes se demandaient à l’issue de chaque vote combien de mois il faudrait attendre pour retourner aux urnes.
Cette fois cependant, cette question ne semble plus d’actualité. Car Roumen Radev (photo) vient de remporter son pari grâce à un score qui a dépassé toutes ses espérances. L’homme effectua deux mandats consécutifs comme président de la République, entre 2016 et janvier 2026. Le 19 janvier 2026, il annonça sa démission anticipée de quelques mois avec l’ambition de constituer une majorité parlementaire et de diriger le pays comme premier ministre.
Moyennant 44,6% des suffrages, la coalition qu’il avait formée autour de lui, comprenant trois partis dits de centre-gauche et un plus conservateur, obtient une majorité absolue de députés (130 sur 240). Ce résultat est d’autant plus remarquable que près d’un citoyen sur deux a pris part au vote, une participation record pour la Bulgarie. En octobre 2024, elle n’avait été que de 38,8%.
Parmi les grands perdants figurent le parti GERB (« Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie », droite pro-UE) de l’ancien homme fort du pays, Boïko Borissov, qui fut premier ministre presque sans interruption de 2009 à 2021. Avec 13,4% des suffrages, ce parti perd 12,2 points, soit près de la moitié de ses électeurs.
Il devance de peu la coalition formée du Parti PP (« Continuons le changement ») et de « Bulgarie démocratique » (DB), coalition libérale et elle aussi pro-UE, qui doit se contenter de 12,6% des voix (- 1 point).
Pour sa part, le Mouvement des droits et des libertés (DPS, représentant autoproclamé de la minorité turque), dont l’oligarque qui le dirige apparaît comme le symbole de la corruption, rassemble 7,1% des suffrages, soit une perte de 4 points.
Enfin, le mouvement « Renaissance », souvent classé à l’extrême droite, tombe à 4,3% (contre 12,9% précédemment) réussissant de justesse à passer la barre des 4% et à avoir ainsi des élus.
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Cet article Après les élections en Bulgarie, Bruxelles craint l’arrivée d’un « pro-russe » à la tête du gouvernement… est apparu en premier sur Ruptures.
Le 12 avril, 7,5 millions de Hongrois étaient appelés aux urnes pour renouveler leurs députés. 79,6% ont participé au scrutin, soit une hausse de 10 points par rapport à 2022, et un record depuis des décennies.
Les électeurs ont infligé une sévère défaite au premier ministre sortant, Viktor Orban, qui gouvernait sans discontinuer depuis 2010 et espérait un cinquième mandat. Son parti, le FIDESZ (qui a longtemps appartenu à la droite classique de l’europarlement, le PPE, avant de siéger désormais aux côté des amis de Marine Le Pen), obtient 39,1% des suffrages, perdant ainsi 15 points comparé au vote d’il y a quatre ans.
C’est un nouveau venu en politique, Peter Magyar (photo), qui a su rassembler les adversaires et les déçus du dirigeant sortant. Son parti, TISZA (conservateur et pro-UE déclaré), qui n’était pas présent au scrutin de 2022, obtient 52,4% des voix, et hérite ainsi de 136 sièges sur les 199 de l’Assemblée, soit au-delà de la majorité des deux tiers nécessaire pour réformer la constitution.
Le mouvement Notre Patrie (MHM, ouvertement raciste et dissident du parti d’extrême droite Jobbik désormais disparu) sera, avec 5,8% des voix et six sièges, le seul autre parti représenté au Parlement. Toutes les formations étiquetées au centre ou à gauche plafonnent à 1% ou moins, faisant ainsi les frais d’un « vote utile » de la part de tous ceux qui souhaitaient battre M. Orban.
Dès l’annonce de sa victoire, M. Magyar a promis que, désormais, « la Hongrie sera un allié solide au sein de l’UE et de l’OTAN ». Il n’a fallu que quinze minutes avant que la présidente de la Commission européenne ne se réjouisse bruyamment du résultat et félicite le vainqueur. Ursula von der Leyen a été rapidement suivie par des communiqués de joie des chancelleries, à Paris, à Berlin, à Varsovie et dans bien d’autres capitales.
Pour leur part, les médias européens dominants ont triomphé dès le soir du scrutin, multipliant les directs et exultant littéralement à l’annonce d’un succès qui semblait déjà se dessiner depuis des mois. Jamais des élections dans un pays de 9,5 millions d’habitants n’avaient fait l’objet de tant de reportages et de moyens mobilisés.
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Cet article Bruxelles fête (un peu trop vite) la défaite électorale du premier ministre hongrois… est apparu en premier sur Ruptures.
Un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran a été annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril. Négocié sous le patronage du Pakistan, il prévoit deux semaines d’arrêt des hostilités pour entamer des négociations basées sur le plan iranien en dix points.
Parmi ces points figurent le déblocage du détroit d’Ormuz (carte ci-dessus), mais également le contrôle futur de celui-ci par l’Iran. La levée des sanctions contre Téhéran est aussi à l’ordre du jour, de même que la reconnaissance explicite son droit d’enrichir l’uranium.
Autant de principes jugés inacceptables par Donald Trump il y a quelques jours à peine. Ce dernier a beau proclamer une « victoire complète et totale », cela ressemble plutôt à un sauve-qui-peut américain, finalement décidé par peur de l’enlisement qui s’annonçait – et qui promettait une débâcle électorale pour le parti présidentiel en novembre prochain.
Même les médias les moins suspects d’indulgence vis-à-vis des autorités de Téhéran l’ont ouvertement constaté : l’accord rendu public jeudi matin a été conclu « aux conditions iraniennes ». Il faut bien sûr prendre ce fragile cessez-le-feu de quinze jours avec très grande prudence car les véritables négociations en vue d’un accord de paix durable doivent désormais s’ouvrir. Mais l’événement est d’ores et déjà considérable.
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Cet article Moyen-Orient : le cessez-le-feu prévoit des négociations basées sur les conditions iraniennes… est apparu en premier sur Ruptures.
C’est ce qui s’appelle un pari raté. Le 26 février, la cheffe du gouvernement danois annonçait la tenue d’élections générales anticipées pour le 24 mars. Mette Frederiksen (photo), qui dirige le parti social-démocrate depuis 2015, et qui est au pouvoir depuis 2019, espérait alors profiter du frémissement des sondages en sa faveur.
Sans doute bénéficiait-elle à ce moment là de la volonté américaine brutalement affirmée de s’emparer du Groenland, et de la fermeté qu’elle a affichée face à l’arrogance de Donald Trump.
Mais, quelques semaines plus tard, les électeurs danois en ont finalement décidé autrement. Dans un scrutin auquel 83,7% des 4,3 millions d’électeurs inscrits ont participé (un niveau très proche des précédentes élections de 2022), les sociaux-démocrates arrivent certes en tête, du fait de la multiplicité des listes qui vont être représentées au Parlement (douze ont franchi la barre des 2%). Mais ils n’obtiennent que 21,9%, leur pire résultat aux législatives depuis… 1903.
Lors du précédent scrutin, en novembre 2022, leur score était de 27,5%. Mme Frederiksen aurait pu à ce moment former une coalition avec des formations situées à sa gauche : le Parti populaire socialiste et la Liste de l’unité. Ces partis la soutenaient (sans participation gouvernementale) depuis 2019.
Mais la sociale-démocrate avait fait finalement un autre choix : une alliance avec Les Modérés, un parti étiqueté centre-droit, et avec les Libéraux, clairement classés à droite. Ce dernier parti, avec 10,1% des suffrages, perd 3,2 points, et appelle désormais à une union des droites, donc sans les sociaux-démocrates.
Quant aux Modérés, ils recueillent 7,7%, soit une légère baisse de 1,6 point. Leur chef, qui était ministre des Affaires étrangères dans le cabinet sortant, a appelé ses deux partenaires à renouveler la coalition sortante. Les négociations vont sans doute être complexes et durer quelques semaines.
La reconstitution d’un « bloc de gauche » ne semble pas dans les intentions de Mette Frederiksen. Pourtant, le Parti populaire socialiste obtient 12%, soit un gain de 3,3 points par rapport à 2022, et se retrouve en deuxième parti du pays. Il apparaît donc comme l’un des deux gagnants de ce scrutin. La Liste de l’unité rassemble pour sa part 6,3% des électeurs (+ 1,2 point).
Incontestablement, les sociaux-démocrates pâtissent de leur alliance à droite lors de la dernière législature, qui ne correspondait sans doute pas aux souhaits de beaucoup de leurs électeurs ; ainsi que de la politique que cette dernière a déterminée. Par exemple, à peine quelques jours après la formation de la coalition de 2022, le gouvernement annonçait la suppression d’un jour férié… afin de financer la hausse du budget de la défense.
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Cet article Au Danemark, les sociaux-démocrates subissent une lourde défaite… est apparu en premier sur Ruptures.
L’histoire se répète. Depuis des mois, les dirigeants européens annonçaient un important sommet consacré à la « compétitivité » et à l’amélioration du « marché intérieur ». Une préoccupation presque obsessionnelle depuis la publication, en 2024, des rapports rédigés respectivement par Enrico Letta et Mario Draghi. Ce dernier, ancien président de la Banque centrale européenne, alertait même sur le risque de « lente agonie de l’Europe » sur le plan économique.
Et puis, comme souvent, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept se sont fait rattraper par l’actualité. Réunis en Conseil européen le 19 mars (photo), ils n’ont pu éviter d’évoquer d’emblée les sujets qui fâchent.
Car les points de vue ne sont pas unanimes dans ce cénacle sur la guerre brutalement lancée le 28 février contre l’Iran, conjointement par Donald Trump et Benyamin Netanyahou. En particulier, le chef du gouvernement espagnol avait tenu dès les premiers jours à faire entendre une voix discordante en condamnant explicitement l’agression.
Dans leurs conclusions, les Vingt-sept se sont bien gardés de partager l’appréciation de Pedro Sanchez. Ils ont renvoyé agresseurs et agressé dos à dos en appelant « toutes les parties à une désescalade et à une retenue maximale ». Et ont même poursuivi : « le Conseil européen condamne fermement les frappes militaires que l’Iran mène contre des pays de la région ».
Les Vingt-sept ont cependant refusé de s’embarquer, comme le leur demandait le président américain, dans des opérations militaires visant à débloquer le détroit d’Ormuz. Non consultés sur le déclenchement de la guerre américano-israélienne, les dirigeants de l’UE redoutent d’être assimilés à des acteurs belligérants avec toutes les risques que cela comporterait.
Mais comme la plupart craignent de fâcher le maître de la Maison Blanche au risque que ce dernier laisse complètement tomber les Occidentaux dans leur soutien à l’Ukraine, certains d’entre eux ont indiqué qu’ils pourraient accepter d’être associés à des opérations maritimes dans le Golfe persique dès que les armes se seront tues. Une offre de service qui deviendrait donc sans réel objet, a déploré le président américain, qui a promis qu’il « s’en souviendrait », et estimé que, décidément, l’OTAN n’était pas promise à un grand avenir…
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Cet article Le Conseil européen tétanisé par la multiplicité des défis et les tensions entre Etats membres… est apparu en premier sur Ruptures.
Hasard du calendrier : les élections municipales des 15 et 22 mars se sont tenues au moment même où la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël continue de répandre la mort et la destruction sur l’Iran (et le Liban), et est en passe d’enflammer le Moyen-Orient.
Naturellement, les tragiques événements internationaux ne sont pas un facteur déterminant dans le choix par les électeurs français de leurs conseils municipaux et leurs maires. Mais ce contexte peut-il jouer un rôle, même minime et indirect ? Pour tenter de répondre à cette question, il faut citer les principaux enseignements du scrutin.
Et d’abord rappeler que dans les communes de quelques milliers d’habitants ou moins – soit la grande majorité d’entre elles – les listes, liées essentiellement aux enjeux locaux, sont dépourvues d’étiquette politique. C’est donc essentiellement à partir des résultats dans les villes grandes ou moyennes que des analyses peuvent être tirées.
La première caractéristique est l’abstention. Avec, au niveau national, près de 44% des citoyens qui n’ont pas pris part au premier tour (et plus de 42% au second tour), celle-ci bat un record historique pour ce type de scrutin (à l’exception du vote de 2020, atypique du fait du confinement lié au Covid).
Ensuite, à l’issue du premier tour – là où les électeurs expriment leurs préférences – les analystes politiques ont pointé les bons résultats de deux partis, généralement classés respectivement « droite radicale » et « gauche radicale ».
Le Rassemblement national (RN) conduit par Marine Le Pen et Jordan Bardella consolide ses positions là où il détenait la mairie, et étend son influence, même s’il ne s’agit pas d’une vague déferlante. Lors du second tour, il gagne plusieurs villes moyennes, notamment dans le sud du pays, mais en manque d’autres.
Pour sa part, le 15 mars, La France insoumise (LFI) a créé la surprise dans les médias et chez ses adversaires. Ces derniers s’attendaient à un recul du parti fondé par Jean-Luc Mélenchon. C’est le contraire qui s’est produit : souvent une progression de son pourcentage, et le gain de quelques villes très symboliques, dont deux de plus de 100 000 habitants.
Enfin et surtout, les électeurs ont, à peu d’exceptions près, infligé un revers majeur au camp présidentiel. La mouvance qui avait émergé en 2017 dans la foulée de la première élection d’Emmanuel Macron, et qui avait rassemblé des citoyens et des politiciens « issus de la droite et de la gauche », confirme son délitement, amorcé depuis quelques années, en particulier depuis les élections législatives anticipées de 2024.
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Cet article Des élections municipales dans un contexte international dramatique… est apparu en premier sur Ruptures.
Le 9 mars, tous les diplomates de l’Union européenne en poste aux quatre coins de la planète ont été conviés pour une réunion annuelle. L’UE tente ainsi d’imiter les « conférences des ambassadeurs » que certains Etats – la France, par exemple – organisent régulièrement pour leur compte.
L’événement avait bien sûr été planifié avant le déclenchement de la guerre contre l’Iran lancée conjointement par les Etats-Unis et Israël le 28 février. Il était donc intéressant de savoir comment la présidente de la Commission européenne, qui a prononcé le discours d’ouverture, allait intégrer dans sa rhétorique cette agression caractérisée.
Sans surprise, Ursula von der Leyen (photo, ici au centre, en visite en Israël en octobre 2023) a débuté son discours en accablant la victime, Téhéran, et sans énoncer la moindre condamnation, ni même la plus petite réserve, contre Washington et Tel-Aviv. Donald Trump est épargné notamment parce que Bruxelles ne veut surtout pas l’éloigner encore un peu plus de la croisade que l’UE entend poursuivre contre la Russie ; quant à l’Etat hébreux, il bénéficie d’une indulgence de principe, quelles que soient les atrocités qu’il commet et assume.
Dès les premiers instants de son intervention, Mme von der Leyen martèle donc : « disons les choses clairement : aucune larme ne devrait être versée pour le régime iranien qui a infligé la mort et imposé la répression à son propre peuple (…) ce régime a provoqué la dévastation et la déstabilisation de toute la région au moyen de ses auxiliaires armés de missiles et de drones ». Bref, pour l’oratrice, si l’Iran n’existait pas, le Moyen-Orient serait sans doute un paradis de paix et de sérénité.
Certains pourraient s’étonner du silence de la cheffe de la Commission sur la violation aussi brutale du droit international de la part de MM. Trump et Netanyahou. L’UE n’est en effet jamais en reste pour se présenter comme un parangon de vertu, et pour distribuer mauvais points et sanctions à ceux qu’elle juge l’enfreindre.
En réalité, ce 9 mars, au-delà de l’actualité immédiate, Ursula von der Leyen a amorcé un changement de ton que d’aucuns ont interprété comme un virage. Si elle n’a pas mis clairement en cause le sacro-saint « ordre international fondé sur des règles », elle a explicitement assumé un changement de priorités. Faire prévaloir « les intérêts de l’Europe » devient désormais le premier objectif proclamé.
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Cet article La présidente de la Commission plaide pour une « projection de puissance »… est apparu en premier sur Ruptures.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que le premier ministre hongrois irrite la majorité de ses collègues au sein du Conseil européen. Depuis son retour au pouvoir en 2010, Viktor Orban (photo) a vu se multiplier les griefs qui lui sont adressés : violations de l’« Etat de droit », népotisme, mise en cause de la liberté de la presse, affaiblissement de l’indépendance de la justice… La Hongrie est présentement sous le coup de plusieurs procédures de sanctions européennes, entraînant notamment la suspension de certaines subventions.
Surtout, la colère de Bruxelles a monté de plusieurs crans depuis le début de la guerre en Ukraine. Car Budapest ne s’inscrit pas dans la ligne dominante de l’Union européenne : la diplomatie hongroise n’attribue pas à Moscou l’entière responsabilité du conflit, et dénonce l’attitude belliqueuse de l’UE. Elle plaide pour une désescalade vis-à-vis de la Russie et refuse le principe d’un soutien économique, militaire et logistique à Kiev.
Jusqu’à présent cependant, le chef du gouvernement hongrois a toujours choisi le compromis avec Bruxelles, évitant soigneusement toute attitude de blocage. Il a ainsi fini par approuver les dix-neuf paquets de sanctions successifs depuis 2022, paquets qui nécessitaient l’unanimité des Vingt-sept pour entrer en vigueur.
De même, en décembre 2023, il s’était tactiquement éloigné quelques minutes de la salle du Conseil, ce qui avait permis d’adopter le principe du lancement des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Au point que dans les couloirs de la Commission, on se rassurait en affirmant que, finalement, M. Orban « aboie, mais ne mord pas ».
Cette fois cependant, ce dernier a franchi une nouvelle étape : à l’heure où ces lignes sont écrites, il n’a pas levé son opposition à l’adoption du vingtième paquet de sanctions contre Moscou ; en outre, il bloque l’attribution du « prêt » européen (qui se transformera de fait en don) de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, alors que ce pays risque d’être à court de liquidités budgétaires dans quelques semaines.
Un compromis finira probablement par être trouvé sur ces deux dossiers, mais sans doute pas avant le Conseil européen du 19 mars, voire les élections hongroises du 12 avril. Dès lors, la plupart des dirigeants européens sont furieux. « Je suis stupéfait par la position hongroise », a tempêté le ministre allemand Johann Wadephul. Son collègue polonais, Radek Sikorski, a accusé la Hongrie d’avoir « enfreint le principe de solidarité européenne auquel nous sommes liés par le traité de Lisbonne… c’est assez choquant ».
Le président du Conseil européen, António Costa, a de son côté, adressé une lettre à M. Orban, affirmant que « tout manquement à cet engagement (de prêt) constitue une violation du principe de coopération loyale ». Pour sa part, la cheffe de la politique extérieure de l’UE, Kaja Kallas, a dû admettre : « nous ne sommes pas parvenus à un accord sur le vingtième paquet de sanctions ; c’est un revers et un message que nous ne voulions pas envoyer aujourd’hui, mais le travail se poursuit ».
Car Bruxelles comptait bien annoncer les nouvelles sanctions pour le 24 février, date anniversaire de l’entrée des troupes russes en Ukraine. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, flanquée du président du Conseil, qui avaient prévu de se rendre à Kiev ce jour anniversaire, sont donc arrivés les mains vides dans la capitale ukrainienne. Ils ont dû se contenter de réaffirmer solennellement le soutien inconditionnel au pouvoir de Kiev. Il est vrai que le soutien financier européen cumulé depuis février 2022 s’approche des 200 milliards d’euros (soit près de 450 euros par habitant de l’UE, bébés compris…).
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Qui s’intéresse aux faits et gestes du parlement européen – mis à part les eurodéputés eux-mêmes ? Quasiment personne, et cela vaut sans doute mieux pour cette assemblée qui siège à Strasbourg (et à Bruxelles), car l’une de ses dernières initiatives confine à l’odieux ou au grotesque. On ne sait s’il faut en pleurer ou en rire…
Réagissant à l’attaque violente et massive de l’Iran par la coalition israelo-américaine, les eurodéputés de la commission des affaires étrangères se sont mis en quête de personnalités susceptibles de gouverner le pays bombardé dès lors que les autorités de ce dernier auront été éliminées – ce qui est un but plus ou moins avoué (mais probablement inatteignable) de l’invasion étrangère.
Les europarlementaires voulaient établir une liste de huit personnes censées représenter « la diversité de l’opposition iranienne ». A tout seigneur, tout honneur, Reza Pahlavi, le fils du chah renversé par la révolution de 1979, figure en tête de liste. Exilé aux Etats-Unis, l’héritier monarchique n’a pas remis les pieds en Iran depuis près d’un demi-siècle. Son nom a cependant été scandé dans les manifestations de la diaspora iranienne en Europe en janvier et février de cette année, et plus marginalement dans le pays lui-même.
Surtout, il ne manque pas de soutiens au sein de l’Assemblée de Strasbourg. Ainsi, le Finlandais Sebastian Tynkkynen du groupe ECR (droite) a loué sa « visibilité et (sa) reconnaissance internationales ». La lauréate du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi figure également parmi les personnalités sollicitées.
Par ailleurs, au sein de la bulle européenne, les Moudjahidines du peuple (et le front CNRI qu’ils dirigent) comptent également des partisans. Ce mouvement, à l’origine révolutionnaire, s’était largement discrédité pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988) en se rangeant du côté de ce dernier pays.
Depuis, il s’est acquis des soutiens au sein des néo-conservateurs américains. Pour sa part, l’eurodéputée allemande Hannah Neumann, du groupe des Verts, a plaidé pour une « une représentation équilibrée de la société civile et de l’opposition dans la diaspora ». Cependant, malgré le soutien de nombreux membres des Libéraux européens, cette proposition ne semblait pas devoir être retenue.
En fait, le détail de la liste importe peu. C’est plutôt la démarche qui attire l’attention : les eurodéputés renouent ainsi avec des mœurs et une époque coloniales, époque où l’on discutait tranquillement de quel roitelet ou marionnette telle ou telle colonie lointaine avait besoin.
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On n’y insistera jamais assez : les résultats des sondages doivent toujours être pris avec une extrême prudence. Non qu’ils soient délibérément truqués (même si cela peut arriver). Mais l’art consiste plutôt à poser les questions susceptibles de provoquer les réponses les plus conformes aux attentes des commanditaires.
En d’autres termes, on en apprend souvent plus sur ceux qui rédigent les questions que sur ceux qui y répondent. Par exemple, un sondeur pourrait formuler ainsi une interrogation : « êtes-vous optimiste quant à l’avenir de l’Union européenne ? ». Si vous considérez que l’UE est intrinsèquement dangereuse pour les peuples, mais que vous jugez que cette dernière est en train de péricliter, la logique vous amènera à répondre : « oui, je suis optimiste ». Sauf qu’en choisissant cette case, vous serez comptabilisé parmi les euro-enthousiastes… L’exemple est caricatural, mais des confusions comparables peuvent se rencontrer fréquemment.
Ces précautions étant posées, il n’est pas interdit d’examiner des enquêtes d’opinion récentes, surtout si leurs conclusions, fait rare, semblent aller dans le sens inverse de ce qu’espéraient les institutions qui les ont commandées – en tout cas à l’inverse de l’idéologie dominante. Trois d’entre elles viennent d’être rendues publiques, et elles convergent vers un piètre résultat notamment à l’égard de l’intégration euro-atlantique.
La première est dénommée « baromètre annuel » du prestigieux Institut de Sciences politiques de Paris (et de son laboratoire, le Cevipof). Cette dix-septième édition, réalisée dans la seconde quinzaine de janvier 2026, portait le titre générique : « En qui / en quoi les Français ont-ils confiance aujourd’hui ? ». A noter que des questionnaires analogues avaient été soumis à plusieurs pays voisins, ce qui permet de mettre en lumière les différences importantes d’un pays à l’autre.
En France (où près de 3 200 personnes ont été interrogées), les auteurs de l’étude constatent que seulement 22% des sondés disent avoir confiance en la politique. Soit un taux qui confirme la chute libre de ces dernières années, et qui s’avère être le plus faible de tous les pays européens étudiés. Plus de trois sondés sur quatre estiment que « la démocratie fonctionne mal ». Et près de quatre sur cinq souhaiteraient des référendums plus fréquents.
Ce constat n’a surpris personne, il fait régulièrement l’objet de débats télévisés et de commentaires journalistiques. Mais un autre aspect est beaucoup plus rarement évoqué : l’Union européenne provoque une très large méfiance, en France tout particulièrement.
Ainsi, 33% des sondés affirment avoir « plutôt pas confiance » vis-à-vis de l’UE, et même 36% « pas confiance du tout », ce qui représente en tout 69% (et même 72% spécifiquement pour l’europarlement, ce qui va froisser quelques eurodéputés convaincus qu’ils sont le centre moral du monde). Ce niveau est certes un peu moins haut en Allemagne (52%) et en Italie (60%) mais la défiance y reste majoritaire. A l’inverse, seuls 29% des Français auraient confiance en l’UE.
Surtout, il n’y a que 9% des personnes interrogées en France pour juger qu’il conviendrait de donner plus de pouvoir à l’UE (une baisse de 2 points par rapport à 2025)… Face à cette dernière, 62% considèrent au contraire qu’il faudrait renforcer le gouvernement national (+ 4 points en un an). Les résultats sont de 58% et 59% respectivement en Allemagne et en Italie.
Ce qui compte ici n’est pas un chiffre précis en soi, mais l’ordre de grandeur et la tendance. Et le moins qu’on puisse dire est que les réponses n’ont rien pour réjouir Bruxelles. Ni le président français. Surtout si l’on garde à l’esprit l’omniprésence de la propagande en faveur de l’intégration européenne dans les grands médias.
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C’est un monument hérité de la guerre froide. La Conférence de Munich sur la sécurité réunit pour quarante-huit heures le gotha politique, stratégique et militaire occidental et un peu au-delà. Chaque année depuis 1963, de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement, ministres, diplomates, officiers de haut rang, géopolitologues et journalistes convergent vers la capitale bavaroise.
L’institution (de droit privé) est un peu à la géopolitique ce que Davos est à l’économie mondialisée. Mais en moins médiatique, du moins à l’origine. Car la Conférence de Munich a connu deux moments charnières restés dans toutes les mémoires.
Le premier remonte à 2007. Cette année là, le président russe est invité à s’exprimer devant les élites occidentales rassemblées. Et il pétrifie littéralement l’assistance : il dénonce l’expansion vers l’Est de l’OTAN, et explique sans fard que son pays ne peut être indifférent aux menaces que cela fait peser selon lui sur la Russie – et sur le monde. Bref, il cible directement l’ambition hégémonique de ses « partenaires occidentaux ».
Personne à Munich ne s’attendait alors à un tel discours. Pour beaucoup d’analystes, la véritable rupture entre Moscou et les chancelleries occidentales remontent à cet événement.
Le second séisme n’est vieux que d’un an. Et il n’est provoqué ni par la Russie, ni par la Chine, mais provient du cœur même de l’empire, sous la forme d’un discours choc du vice-président américain.
En février 2025 donc, James David Vance s’en prend violemment à l’Union européenne. Pour lui, celle-ci est menacée non par Moscou ou par Pékin, mais par ses dirigeants eux-mêmes, accusés de piétiner les valeurs occidentales, comme la liberté absolue de parole, et de bafouer la voix de leurs peuples dès lors que ceux-ci votent pour des « populistes ». Et il pointe le risque de « déclin civilisationnel ».
Un an après ce qui a été vécu comme un véritable tremblement de terre, l’édition 2026 de la Conférence, qui se déroulait du 13 au 15 février, allait donc donner la mesure du fossé qui s’est ouvert entre les deux rives de l’Atlantique. D’autant qu’en 2025, les répliques n’ont pas manqué, sous forme de coups de boutoir assénés par Donald Trump.
Il y eut ainsi la réception du président ukrainien à la Maison Blanche, qui tourna à une véritable humiliation de ce dernier, au grand dam des dirigeants européens. Puis, l’annonce de droits de douane gigantesques envisagés à l’encontre de l’UE – entre autres – qui aboutit finalement à un diktat « négocié », conclu en juillet, sur les produits exportés du Vieux continent. Le président américain rencontra ensuite son homologue russe en Alaska, pour des conversations que les Européens considérèrent comme une trahison de l’Ukraine – et d’eux-mêmes. Enfin, l’annonce que Washington entendait s’approprier le Groenland (aujourd’hui sous souveraineté danoise) acheva d’affoler Bruxelles et les dirigeants de l’UE.
Face à cette attitude américaine jugée comme hostile voire provocatrice, ces derniers se sentent trahis par le père, ou le grand frère, plus précisément l’Oncle Sam, dont la prépondérance avait toujours été admise voire réclamée par ses vassaux, mais moyennant tout de même un ton plus amical et un semblant de respect.
Selon les capitales, les réactions varient selon un vaste nuancier : de ceux dont la soumission à Washington est irréversiblement inscrite dans leurs gênes jusqu’aux partisans d’une certaine prise de distance.
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La troisième édition du « sommet de la Mer du Nord » s’est déroulée le 26 janvier à Hambourg. Ce format avait été lancé en 2022 par quatre pays – Danemark, Allemagne, Pays-Bas, Belgique – et a ensuite été rejoint par la France, le Luxembourg, l’Irlande ainsi que par la Norvège et le Royaume-Uni, non membres de l’Union européenne.
A l’ordre du jour de la réunion figurait un projet pharaonique de parcs éoliens devant monter progressivement en puissance avec en perspective une capacité de 300 gigawatts d’électricité à l’horizon 2050. Pour ses concepteurs, l’objectif est ainsi d’aboutir au premier bassin énergétique « vert » du monde.
Une telle ambition explique que le chancelier Friedrich Merz (à gauche du groupe sur la photo) ait tenu à être présent en personne, comme ses homologues belge (deuxième à gauche), néerlandais, danois, luxembourgeois et norvégien (troisième à gauche). Les autres pays étaient représentés au niveau ministériel. Un représentant de l’OTAN figurait également sur la photo de famille, une présence officiellement justifiée par le caractère sensible des infrastructures d’interconnexion.
La réunion a validé un plan et un cadre d’investissement visant à accélérer l’éolien offshore dans la Mer du Nord. Entre 2031 et 2040 devraient ainsi être installée chaque année une capacité supplémentaire de 15 gigawatts. Aujourd’hui, les pays européens confondus ne disposent que de 37 gigawatts en fonction, ce qui donne la mesure des ambitions proclamées par le sommet.
Parmi les dispositions prévues figure un dispositif censé rassurer les investisseurs quant à la rentabilité des fonds qu’ils prévoient de consacrer au projet. Celui-ci garantit des revenus plancher aux entreprises concernées même si les prix sur les marchés de l’électricité devaient baisser.
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Le second tour de l’élection présidentielle au Portugal s’est déroulé le 8 février, dans un pays secoué par des fortes tempêtes et inondations. Le socialiste Antonio Jose Seguro (photo, à gauche) a été élu avec 66,6 % des suffrages. Il succédera donc à Marcelo Rebelo de Sousa, issu de la droite, souvent présenté comme consensuel, qui ne pouvait se représenter au terme de son second mandat.
Mais c’est son adversaire, André Ventura (photo, à droite), dirigeant et fondateur du parti Chega classé à l’extrême droite, qui apparaît en réalité comme le véritable gagnant avec 33,3 % des voix. Il consolide en effet la percée de son mouvement, amorcée lors des années 2020. Lors du premier tour, le 18 janvier, M. Ventura a rassemblé 23,5% des électeurs.
Des semaines avant le premier tour, les sondages semblaient indiquer que cinq candidats pouvaient espérer se qualifier pour le second tour, signe d’une fragmentation nouvelle du paysage politique portugais, jusqu’à présent dominé par deux grandes forces : le Parti socialiste (PS) et le Parti social-démocrate (PSD, classé au centre droit en dépit de son appellation).
Soutenu tardivement par le PS, dont il fut secrétaire général, M. Seguro a obtenu 31,1% des suffrages au premier tour. Il passe pour se situer à la droite de son propre parti : il était à la manœuvre en 2011, au moment des politiques d’austérité mises en œuvre par le PS puis par la droite à la suite de la crise de la dette – une période où la gouvernance économique du pays avait directement été prise en main par l’Union européenne et le FMI.
M. Ventura, un ancien chroniqueur sportif très connu, a pour sa part obtenu des résultats spectaculaires – particulièrement au sein de la jeunesse – notamment grâce à son omniprésence sur les réseaux sociaux. Avec 23,5% des suffrages le 18 janvier, il a amélioré son score de 11,6 points par rapport au scrutin présidentiel de 2021, lors duquel il avait déjà créé la surprise.
Parmi les candidats éliminés à l’issue du premier tour, Joao Cotrim Figueiredo, candidat de l’Initiative libérale (ultralibéral, droite), a obtenu 16% des voix.
Pour sa part, Henrique Gouveia e Melo, un ancien général, se présentait en candidat indépendant. Fort de son aura acquise grâce au rôle qu’il avait joué face aux gigantesques incendies de l’année 2017 et à son efficacité dans l’organisation du combat contre l’épidémie de Covid en 2020, le candidat qui s’affichait « au-dessus de la droite et de la gauche », et qui revendiquait « le Portugal comme son unique parti » avait semblé, un temps, en situation de l’emporter. Mais son inexpérience politique a finalement douché son espoir – il a obtenu 12,3% des voix.
Enfin, Luis Marques Mendes, présenté par le PSD, n’est arrivé qu’en cinquième position, avec 11,3% des électeurs qui se sont prononcés en sa faveur. C’est l’une des trois caractéristiques majeures du scrutin : le candidat soutenu par le premier ministre – Luis Montenegro qui dirige actuellement un gouvernement minoritaire alliant le PSD et un parti encore plus marqué à droite, le CDS – essuie un revers brutal en étant sèchement éliminé.
Techniquement, la cohabitation entre le nouveau président et le chef de l’exécutif (qui dispose de l’essentiel des leviers) ne posera sans doute pas de problème, puisque le chef de l’Etat ne détient pas de prérogatives majeures, même s’il nomme formellement le premier ministre et peut dissoudre l’Assemblée. Mais politiquement, c’est un revers pour la droite au pouvoir depuis avril 2024, dont l’impopularité n’a cessé de croître.
Deuxième leçon du scrutin : même si la participation électorale lors du premier tour a grimpé de 12,8 points par rapport à 2021, elle reste particulièrement faible, à 52,2% des électeurs inscrits, alors même que les résultats s’annonçaient serrés.
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Cet article Portugal : l’élection d’un président issu du PS ne devrait pas changer les orientations du pays… est apparu en premier sur Ruptures.
Il y a deux mois, Le Monde publiait sur une page entière une interview de Nicolas Guillou. Ce dernier, citoyen français, est l’un des juges de la Cour pénale internationale (CPI) ; il est, à ce titre, l’objet de sanctions décidées par Washington.
Quoi qu’on pense de la CPI, on ne peut être que scandalisé par les conséquences kafkaïennes que subit le juge Guillou jusque dans sa vie quotidienne. Non seulement il ne peut se rendre aux Etats-Unis, mais il est de fait interdit de déplacement – fût-ce à titre privé – dans une bonne partie de la planète. Surtout, ses comptes bancaires sont gelés, il ne peut régler ses factures personnelles et ne peut détenir de carte bancaire, ce qui fait de lui un véritable paria.
Parce que son activité déplaît à la Maison Blanche, il subit ainsi un véritable cauchemar, ce que dénonçait, à juste titre, le quotidien du soir (19/11/2025). Mais cette indignation semble à géométrie variable. Le journal n’a en effet jamais mentionné des cas de personnes subissant les mêmes tortures administratives du fait de sanctions décidées par l’Union européenne.
On sait que cette dernière a édicté une vingtaine de « paquets de sanctions » successifs touchant des entités de la Fédération de Russie et des citoyens de ce pays. On sait moins que des ressortissants occidentaux sont également visés.
Ce fut le cas le 15 décembre dernier, lorsque le Conseil de l’UE a élargi la liste des sanctionnés (qui comptait déjà plusieurs dizaines de noms) notamment au Français Xavier Moreau (vivant à Moscou, et qui a également la citoyenneté russe) et au Suisse Jacques Baud (photo), résidant à Bruxelles. Ce dernier, en particulier, est désormais interdit de circuler au sein de l’UE, et ses comptes sont gelés, avec les mêmes effets désastreux que pour le juge Guillou. Et si quelqu’un veut l’aider, il peut être puni…
En Allemagne, beaucoup d’articles et d’entretiens ont été publiés sur ce scandale, qui avait déjà touché l’année dernière le journaliste Hussein Dogru, d’origine turque mais qui a exclusivement la nationalité allemande.
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Cet article Sanctions personnelles contre des citoyens occidentaux : l’UE réinvente Kafka… est apparu en premier sur Ruptures.
Exceptionnellement, les dirigeants européens peuvent cette fois bénir Donald Trump. Un Conseil européen de crise, réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, avait été convoqué le 22 janvier au soir. Il s’annonçait très houleux face aux menaces, provocations et annonces choc du président américain, en particulier sa volonté d’acquérir le Groenland « par tous les moyens ».
Le 21 janvier cependant, celui-ci a adouci sa tonalité. S’exprimant devant le Forum économique mondial réuni à Davos (Suisse), il a renoncé à brandir l’option d’une conquête par la force de l’ile stratégique de l’Arctique.
Il a également mis de côté son intention de punir huit pays – dont six de l’UE (sur vingt-sept, dont la France et l’Allemagne) – qui avaient envoyé symboliquement quelques militaires sur le territoire convoité par Washington. Une initiative que la Maison Blanche avait vécue comme une insulte, face à laquelle une vengeance commerciale avait été annoncée (une hausse de 10% des droits de douane au 1er février, de 25% dans un second temps). Cette sanction a été finalement suspendue.
Face à ces menaces américaines – considérées à Bruxelles comme franchissant une « ligne rouge » – le Conseil européen devait débattre de représailles. Au nombre de celles-ci figurait la hausse des taxes douanières (pour un total estimé à 93 milliards d’euros) prévue puis finalement suspendue in extremis en juillet dernier, lorsqu’un accord – humiliant et déséquilibré au détriment de l’UE – avait finalement été conclu entre la présidente de la Commission européenne et Donald Trump.
Au menu également : la mise en œuvre d’un « instrument anti-coercition » baptisé par la presse « bazooka économique », consistant à restreindre, pour le pays tiers accusé, l’accès aux marchés publics européens, à bloquer certains investissements, à interdire certains services. Initialement, cet outil avait été conçu pour répliquer à la Chine, qui avait été soupçonnée de nuire à l’un des Etats membres (en l’occurrence la Lituanie). Mais, signe de la gravité de la tension entre les deux côtés de l’Atlantique, certains exigeaient désormais de le brandir face à l’Oncle Sam.
Le changement de ton du président américain a évacué ces rétorsions possibles de l’ordre du jour du Conseil, et surtout évité – pour cette fois – une nouvelle foire d’empoigne entre Etats membres. Ceux-ci étaient en effet divisés entre partisans d’une ligne « dure » face à Washington et tenants de l’apaisement à tout prix, en passant par toute une série de pays plaidant pour une position intermédiaire.
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Cet article Face aux menaces de Donald Trump, l’UE vient de frôler une nouvelle crise… est apparu en premier sur Ruptures.
Sur la scène internationale, des développements inimaginables, et souvent tragiques, se succèdent à un rythme effréné. Leur centre de gravité se situe le plus souvent à la Maison Blanche.
De l’enlèvement quasiment mafieux du président vénézuelien à la volonté affichée d’annexer le Groenland, pourtant sous souveraineté du fidèle allié danois, en passant par la menace d’intervenir brutalement pour faire tomber le pouvoir iranien, et par quelques bombardements en Syrie et au Nigéria, Donald Trump « fait le show », comme il l’affectionne.
Dans cet incroyable maelström, un événement – ou plutôt un non-événement – passe inaperçu : l’Union européenne s’avère incapable de prendre position sur un seul des dossiers stratégiques en cours. Ce n’est nullement un problème, au contraire, et encore moins un drame. Sauf naturellement pour la bulle bruxelloise et pour tous ceux qui n’ont cessé de rêver à l’émergence d’une « Europe puissance ».
L’UE n’a jamais fait figure de joueur qui compte. C’est encore plus manifeste aujourd’hui qu’hier, et c’est tant mieux. Le fait que la présidente de la Commission sillonne sans cesse la planète – en Syrie, en Jordanie, au Liban, en Angola, au Paraguay… – n’y change rien
En 2022, quand Moscou a lancé ce qu’il a baptisé son « opération militaire spéciale » en Ukraine, le Conseil européen avait voulu afficher son unité face à la Russie. Cela n’a pas duré. L’adoption de près de vingt paquets successifs de sanctions n’a pas réussi à dissimuler le désaccord grandissant de plusieurs capitales.
Ce fut d’abord le premier ministre hongrois qui l’a affirmé : cette guerre ne devrait pas être alimentée par l’UE au profit de Kiev. Viktor Orban, qui fait traditionnellement figure de « mouton noir » à Bruxelles, a ensuite été rejoint par son homologue slovaque, Robert Fico. Et, à la faveur des élections tchèques d’octobre 2025 qui a vu revenir au pouvoir Andrej Babis, ce dernier a rallié son pays au camp qui prône un apaisement avec Moscou, au grand dam des capitales les plus bellicistes.
Bruxelles a à peine eu le temps de se résigner à cette fronde orientale qu’un nouveau pays a à nouveau fragilisé « l’unité européenne ». Lors du Conseil européen du 18 décembre dernier, la Belgique a fait capoter le projet de « prêt de réparation » que la Commission avait élaboré en faveur de Kiev. Le chef du gouvernement, Bart de Wever, n’a certes pas rallié le camp de la paix par conviction, mais s’est opposé à une mesure qui aurait pu être assimilée à une appropriation des avoirs russes gelés, avec tous les risques juridiques et financières induits.
L’activisme de Washington provoque des réactions disparates au sein des capitales européennes
L’Ukraine n’est pas le seul point de friction. L’activisme de Washington ne cesse de provoquer des réactions disparates voire contradictoires au sein des capitales européennes.
A commencer par la publication, le 5 décembre, de la « stratégie nationale de sécurité » qui définit les priorités planétaires de l’Oncle Sam. L’UE y est humiliée : son statut d’allié historique y est remis en cause, et elle se voit prédire un « déclin civilisationnel » découlant de son abandon, selon le document, des valeurs occidentales – de la place de la famille à la liberté d’expression. Et l’Oncle Sam annonce son intention de soutenir les partis « patriotes » du Vieux continent, c’est-à-dire ceux qui y sont catalogués à l’extrême droite.
Face à ce défi en règle, c’est peu de dire que les capitales européennes ne réagissent pas de la même manière. A Paris comme à Berlin, on se scandalise, mais plus ou moins discrètement car il faut ménager la susceptibilité de Donald Trump dont Emmanuel Macron et Friedrich Merz espèrent plus de soutien dans le dossier ukrainien. Certains au contraire, de Rome à Budapest, jubilent de voire leurs thèses rejointes par la Maison Blanche. Polonais et Baltes maintiennent une fidélité aveugle à l’atlantisme. D’autres encore adoptent un silence gêné.
Avant même la publication du texte des stratèges américains exprimant leur ambition impériale, la reddition humiliante d’Ursula von der Leyen, fin juillet 2025 face à Donald Trump, est restée dans toutes les mémoires, accentuant ainsi les conflits au sein des Vingt-sept : la présidente de la Commission avait accepté 15% de droits de douane US sur la plupart des exportations européennes tout en concédant l’abolition des taxes réciproques.
Tant la culture historique et politique que les intérêts des différents Etats membres sont divergents
Les derniers événements ont illustré de manière caricaturale l’impotence de l’UE. Sur l’Ukraine, plusieurs formats se sont succédé pour soutenir Kiev : le groupe dit « E3 » rassemblant la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni… ce dernier n’étant plus membre de l’Union ; mais aussi la « coalition des volontaires » rassemblant 35 pays, dont le Canada, mais dont plusieurs Etats de l’UE sont absents. Il faudrait aussi citer le groupe qui agglomère l’Italie et l’Espagne au « triangle de Weimar » (France, Allemagne, Pologne). Et la liste n’est pas exhaustive.
Le seul format qui n’est pas apparu est… une déclaration commune des Vingt-sept. Il en va de même en réaction au coup de force perpétré par les forces spéciales états-uniennes à Caracas. L’Italie a salué une « action défensive » tandis que l’Espagne déplorait le viol du droit international. Toute une gamme de positions est apparue entre ces deux visions.
Quant aux menaces d’appropriation du Groenland proférées par Donald Trump, elles ont donné lieu à une déclaration de sept pays (France, Allemagne, Italie, Pologne, Espagne, Royaume-Uni, Danemark) affirmant que le Groenland « appartient à son peuple ». Quelques jours plus tard, huit pays, dont deux n’appartenant pas à l’UE, ont affiché leur intention d’envoyer quelques militaires sur place (Danemark, Finlande, France, Allemagne, Pays-Bas, Suède, Norvège et Royaume-Uni.) et sont désormais menacés de représailles de Washington.
Mais, là aussi, le format UE à vingt-sept Etats membres a disparu. Il semble même que les capitales signataires aient… oublié de solliciter la Commission européenne. Quoiqu’il en soit, un Conseil européen extraordinaire est convoqué pour le 22 janvier. D’ores et déjà l’Italie et la Slovaquie ont exprimé des tonalités non consensuelles.
Faut-il rappeler que la Commission devait favoriser, selon les vœux de sa présidente (photo) exprimés en 2024, l’émergence d’une UE « plus géopolitique ». On en est plus loin que jamais. Et pour cause : tant la culture historique et politique que les intérêts des différents Etats membres sont différents, voire divergents. Les faire entrer dans un moule unique, au seul prétexte de leur proximité géographique, est une aberration.
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Cet article Le fantasme morbide d’une Europe devenant puissance géopolitique est plus improbable que jamais… est apparu en premier sur Ruptures.
Un chef d’Etat brutalement enlevé et pris en otage (photo) après le bombardement de sa capitale par une grande puissance qui s’apprête à le « juger ». Un président des Etats-Unis qui revendique ouvertement cet acte de gangstérisme sanglant (plusieurs dizaines de gardes du corps ont été assassinés) et qui vante l’opération à la manière d’une prouesse merveilleuse d’une série télévisée. Le même Donald Trump qui proclame ouvertement que Washington est désormais « aux commandes » du Venezuela, dont les USA affirment haut et fort vouloir s’approprier l’exploitation des richesses, à commencer par les immenses réserves de pétrole.
Et pour couronner le tout, tel un parrain mafieux, le locataire de la Maison blanche qui avertit explicitement que son opération punitive sera réitérée à l’encontre de tous les pays qui ne se soumettraient pas à son diktat, avec en première ligne de mire la Colombie, l’Iran, et Cuba en perspective.
Au lendemain de l’opération réalisée le 2 janvier par le commando américain à Caracas, la sidération régnait parmi les capitales de pays des cinq continents. Avec un constat commun, qu’il soit déploré ou applaudi : l’ordre mondial qui prévalait vaille que vaille depuis huit décennies vient de subir un choc considérable. Le quotidien américain The Washington Post évoque un nouveau Far West.
Bien sûr, avec un peu de recul historique, cet hubris impérial n’est pas une nouveauté. Depuis le 19ème siècle, les USA n’ont jamais vraiment répudié la conception selon laquelle l’Amérique latine constitue leur pré carré, et plus généralement qu’aucune contrée du monde ne doit échapper à leur domination potentielle.
Mais cela faisait très longtemps qu’un tel cynisme n’avait pas été ouvertement affiché. Désormais, l’Oncle Sam, en l’occurrence l’Oncle Donald, juge inutile de s’encombrer de discours sur la défense des « valeurs » ou de la « démocratie ». Ce sont les intérêts bruts qui seuls comptent ; cela a au moins le mérite de la clarté.
L’opération du 2 janvier visant Nicolas Maduro apparaît ici comme la caricaturale illustration de la « stratégie nationale de sécurité » rendue publique par l’administration Trump tout juste un mois plus tôt. Ce document a été qualifié par de très nombreux analystes de « rupture historique ».
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En ces temps où, dans l’actualité internationale, la brutalité et le cynisme le disputent à la sidération, l’événement ne va pas bouleverser la géopolitique mondiale. Il ne représente pas non plus une menace imminente sur les conquêtes sociales des Français. Pourtant, la décision n’a rien d’anodin : à partir du 14 janvier, le prix d’entrée du Musée du Louvre va subir une lourde augmentation (de 22 à 32 euros) pour… les visiteurs non européens.
Les ressortissants de l’Espace économique européen (l’UE plus la Norvège et l’Islande) bénéficieront, eux, d’un tarif réduit. Ce traitement différencié à scandalisé tant les syndicats des personnels que les milieux académiques. A juste titre, d’autant que cette détestable innovation va également concerner le Château de Versailles, de même que la Sainte-Chapelle de Paris. Le principe en avait été revendiqué, il y a quelques mois, par Rachida Dati, ministre de la culture.
Mais, dans un pays où le président de la République se mêle de tout – de la forme de la nouvelle flèche qui a été reconstruite après l’incendie de Notre-Dame jusqu’aux horaires hebdomadaires des petits écoliers du pays – nul ne doute qu’Emmanuel Macron soit le véritable auteur de ce choix.
On aurait à la rigueur pu comprendre un traitement différencié en faveur des Français, au motif que l’argent qui fait fonctionner le musée est en partie issu de leurs impôts. Mais cela n’est pas le cas dès lors qu’il s’agit des Européens.
On a beau chercher, aucun argument rationnel n’a été officiellement avancé pour justifier une telle discrimination. Son mobile implicite est donc purement idéologique. Il vise à promouvoir l’idée que l’Union européenne forme un bloc non seulement économique, voire politique, mais aussi « civilisationnel ».
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Cet article Hausse du tarif des visites du Louvre : les «non-Européens» discriminés… est apparu en premier sur Ruptures.
La scène n’est pas banale. Le 2 décembre, Federica Mogherini est arrêtée par la police belge, sur réquisition du parquet européen. Comme deux hauts fonctionnaires de l’UE, elle est placée en garde à vue et interrogée plusieurs heures. Au terme de cette audition, elle est relâchée, mais inculpée pour « fraude dans l’attribution de marchés publics, corruption, conflit d’intérêts et violation du secret professionnel ».
L’affaire a mis en ébullition la bulle bruxelloise. Les détails en ont été révélés par le site spécialisé Euractiv, qu’on ne peut soupçonner d’être hostile à l’intégration européenne. Pour bien comprendre le dossier et ses possibles conséquences, il faut d’abord rappeler qui est Mme Mogherini.
Après avoir été brièvement ministre des affaires étrangères italienne en 2014 (dans un gouvernement dirigé par le social-démocrate Matteo Renzi), elle est nommée en novembre de cette même année Haute représentante de l’UE pour la politique extérieure, ce qui lui confère simultanément un poste de vice-président de la Commission. Elle devient ainsi la « numéro trois » au sein des institutions européenne, une position qu’elle occupera jusqu’au terme de son mandat, fin 2019.
Elle n’a guère le temps de s’inscrire auprès de l’agence pour l’emploi : dans la foulée, elle est nommée à la direction du Collège de Bruges – un prestigieuse institution de droit privé, mais qui vit essentiellement d’argent public européen, et qui a pour vocation de former les apprentis hauts fonctionnaires bruxellois, « la crème de la crème » des futurs eurocrates. Son parachutage fait un peu tousser à l’époque : dans les milieux communautaires, certains pointent discrètement son inexpérience en la matière, et soulignent le soutien politique dont elle avait alors bénéficié – notamment d’Herman Van Rompuy, un ancien président du Conseil européen.
C’est justement dans ses fonctions de rectrice du Collège de Bruges que Federica Mogherini a attiré l’attention des autorités judiciaires – elle en a du reste démissionné précipitamment le 4 décembre. Elle bénéficie bien sûr de la présomption d’innocence. Mais les faits qui lui sont reprochés à ce jour semblent peu contestables. Ils débutent peu après la nomination de son successeur à la tête de la diplomatie européenne en décembre 2019, l’Espagnol Josep Borrell (qui fut lui aussi ministre socialiste des affaires étrangères de son pays).
Celui-ci annonce la création d’une filière de haut niveau visant à former les futurs diplomates de l’UE, baptisée Académie diplomatique de l’Union européenne. Le Service européen de l’action extérieure (SEAE), que M. Borrell dirige, lance donc un appel d’offre pour trouver un prestataire chargé d’assurer cette formation – en l’occurrence dans une certaine confusion entre public et privé. L’heureux gagnant n’est autre que le Collège de Bruges. Mais tout montre que ce choix était fait d’avance : l’institution dirigée par Mme Mogherini avait manifestement eu connaissance à l’avance du cahier des charges, ce qui lui conférait un avantage évident sur ses concurrents.
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Cet article L’ex-numéro trois de l’UE inculpée pour corruption présumée… est apparu en premier sur Ruptures.
Le 18 décembre a constitué un jour noir pour l’Union européenne. Et ce, de l’aveu même de plusieurs analystes favorables à celle-ci. A cette date s’est en effet déroulé un Conseil européen – les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept – annoncé comme devant être « crucial », « déterminant », « décisif pour l’Europe ». Il le fut en effet, mais pas dans le sens espéré par les partisans de l’intégration.
Ces derniers affirmaient que deux dossiers, notamment, devaient permettre à l’UE de démontrer sa crédibilité et de concrétiser son rôle dans le monde. Le Monde avertissait, peu avant le sommet que le dossier des avoirs russes« est non seulement un enjeu de justice, mais c’est aussi pour l’UE la dernière chance de peser sur le cours de cette guerre. A elle de ne pas la gâcher ». Pour sa part, Libération notait : « un échec signerait l’abandon de toute ambition géopolitique ».
L’échec fut flagrant. Il a fait particulièrement deux victimes : le chancelier allemand, Friedrich Merz ; et sa compatriote Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne.
L’un et l’autre s’étaient impliqués dans les deux dossiers clés qui étaient au centre de toutes les attentions : le traité commercial avec le Mercosur, et le « prêt de réparation » qui devait bénéficier à Kiev par un complexe mécanisme utilisant les avoirs russes gelés comme garantie. Les divisions des Vingt-sept ont finalement abouti à un double et « humiliant revers politique », a estimé le site spécialisé Euractiv.
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Cet article Les divisions au sommet du 18 décembre sonnent le glas des illusions géopolitiques de l’UE… est apparu en premier sur Ruptures.
En l’espace de quelques jours, les dirigeants européens viennent de subir deux humiliations spectaculaires. La première a été infligée à l’Union européenne toute entière par Washington et d’une certaine manière Moscou. La seconde a été subie par Emmanuel Macron, en visite officielle à Pékin du 3 au 5 décembre (photo), et qui comptait bien parler au nom de l’UE sur deux dossiers notamment.
Le président français s’était fixé l’objectif de convaincre le président Xi Jiping de modérer le déséquilibre commercial qu’il accuse la Chine d’alimenter par l’exportation massive de produits vers le Vieux continent. Par ailleurs, le maître de l’Elysée se faisait fort d’obtenir de son hôte qu’il prenne ses distances vis-à-vis de la Russie dans le conflit qui oppose celle-ci à l’Ukraine.
Xi Jiping a répété qu’il ne fournissait pas d’aide à Moscou dans la conduite des opérations militaires. Pour le reste, l’espoir de distendre « l’amitié sans limite » qui s’est renforcée ces dernières années entre la Russie et la Chine a été accueilli par le président chinois avec un sourire très poli, mais discrètement ironique. Quant aux déséquilibres commerciaux, le chef de l’Etat français est évidemment reparti bredouille.
Ce qui frappe, dans cet épisode, est que ce dernier semblait une nouvelle fois convaincu qu’il pourrait faire plier Pékin, ou au moins infléchir sa position. C’est désormais une constante parmi les élites de l’UE : malgré leurs échecs répétés, ils continuent de penser qu’ils peuvent peser sur les dossiers internationaux – et Emmanuel Macron n’est pas le dernier, évidemment, à croire en ses propres pouvoirs et talents. Mais il n’est pas le seul.
A l’échelle des Vingt-sept, on pourrait nommer cela l’éternelle illusion de la puissance, malgré l’évidence des rapports de force. C’est ce dont a encore témoigné la séquence diplomatique concernant les négociations en cours visant à mettre fin à la guerre en Ukraine. Les dirigeants européens persistent à croire qu’ils sont à la fois légitimes et suffisamment forts pour influer sur le cours des événements.
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Cet article UE : la ridicule mais dangereuse illusion de la puissance… est apparu en premier sur Ruptures.
Le 27 novembre, l’Assemblée nationale a adopté à la quasi-unanimité – fait rarissime – une résolution qui appelle le gouvernement à refuser le traité de libre échange que l’Union européenne s’apprête à signer avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). Plus précisément, 244 députés ont voté en faveur du texte proposé par LFI, un seul a voté contre, le reste des élus (essentiellement des macronistes) s’étant abstenu.
Mais malgré le vote massif de la représentation nationale, la résolution n’est pas contraignante pour le gouvernement français, qui peut passer outre. En revanche, l’accord négocié par Bruxelles peut s’imposer à ce même gouvernement si la France est minoritaire parmi les Etats membres. Autrement dit, la voix des députés nationaux élus est consultative ; celle de l’UE, décisionnaire.
Le projet de traité est un accord complexe, mais son objectif est clair : il s’agit d’éliminer, ou de réduire fortement, les droits de douane sur les échanges – marchandises et services – entre les deux blocs. Ceux-ci représentent ensemble 800 millions de consommateurs, se délecte ainsi à l’avance la Commission européenne.
Les grandes firmes agro-alimentaires du Mercosur pourraient ainsi exporter notamment beaucoup plus de viande bovine et porcine, de volailles, de lait en poudre, de maïs et de soja vers l’Europe ; et les industriels du Vieux continent espèrent écouler vers le Mercosur leurs produits des secteurs automobile, métallurgique, chimique, pharmaceutique…
Compte tenu de la puissance de l’agro-négoce sud-américain, qui pratique notamment la culture et l’élevage extensifs à grande échelle, de nombreux paysans des différents Etats de l’UE verraient cette concurrence menacer leur existence même. D’autant que les firmes du Mercosur sont loin d’être soumises aux mêmes règles et contraintes – sanitaires et environnementales – que celles qui prévalent sur le Vieux continent.
D’où le slogan qui s’était répandu lors des grandes mobilisations paysannes de l’hiver 2023-2024 : « n’importons pas ce que l’on interdit en France ». A l’époque, les manifestations ne s’étaient pas cantonnées à la France ; elles avaient essaimé dans une douzaine de pays.
Et elles avaient repris dans l’hexagone en novembre 2024, ce qui explique qu’une large partie de la classe politique française soit réticente à la perspective du traité, même les élus proches du pouvoir actuel qui redoutent toujours la colère du monde rural.
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C’est un peu un rituel. Chaque fin d’année, la Commission européenne publie un rapport sur l’état d’avancement des pays candidats à l’adhésion à l’UE. Le 4 novembre, la présidente de l’exécutif bruxellois a présenté le document 2025.
Et Ursula von der Leyen a bien sûr saisi l’occasion pour réaffirmer : « nous sommes plus que jamais déterminés à faire de l’élargissement de l’UE une réalité. Car une UE plus large signifie une Europe plus forte et plus influente sur la scène internationale ». Déjà, l’année dernière, elle avait martelé sur un ton lyrique : « l’élargissement répond à l’appel de l’histoire, il est l’horizon naturel de notre UE »…
Cela fait en effet des années – plus de dix ans pour certains – que des Etats ont obtenu le statut officiel de candidat, voire ont entamé un processus de « négociations » avec Bruxelles. Par « négociations », il faut en réalité entendre l’examen approfondi des législations nationales, et la mise aux normes communautaires de celles-ci, de manière unilatérale.
Les dirigeants de l’UE considèrent depuis longtemps que certains pays relèvent « naturellement » de sa zone d’influence, ce qui justifie de les « arrimer » au bloc, terme plus poli qu’« annexer ». En outre, depuis 2022 plus particulièrement, le discours bruxellois affirme ouvertement qu’il s’agit de pallier le « risque » de voir la Russie garder un pied dans les Balkans.
Mais plus les discours se font volontaristes et prétendent voir se rapprocher l’horizon de l’adhésion (du moins pour certains), plus cet horizon devient improbable, car confronté à des contradictions insurmontables.
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Cet article Élargissement de l’UE : les rêves impossibles de la Commission… est apparu en premier sur Ruptures.
Il a récidivé. Intervenant le 18 novembre devant le congrès des maires de France, le chef d’Etat major des armées françaises a manifestement voulu provoquer – et ses propos, en effet, ne sont pas passés inaperçus. Le 22 octobre déjà, il affirmait devant les parlementaires que les militaires devaient se préparer, « d’ici à trois ou quatre ans (…) à un choc frontal » contre la Russie.
Un mois plus tard donc, il précisait sa pensée : « on a tout (…) pour dissuader le régime de Moscou (sic) d’essayer de tenter sa chance plus loin. Ce qui nous manque, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est ». Et le général Fabien Mandon de marteler : « si notre pays flanche, parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, de souffrir économiquement, parce que les priorités iront à de la production de défense par exemple, si on n’est pas prêt à ça, alors on est en risque ».
L’état d’esprit n’est pas vraiment nouveau. Déjà, lorsqu’il avait pris ses fonctions, l’été dernier, son prédécesseur qui lui passait le relais s’était exprimé dans la même tonalité. Nommé directement par le président de la République, et connu pour être très proche de celui-ci (il était précédemment son chef d’Etat-major particulier), le militaire le plus haut gradé n’a évidemment pas pris la parole sans en référer à Emmanuel Macron.
Il était même probablement en mission. Sinon, un esprit un peu naïf pourrait s’interroger : si vraiment le pays était à la veille d’attaques majeures des troupes russes, le chef des armées de terre, de l’air et de la marine n’avait-il pas plus urgent à faire que de discourir devant les maires de France ?
Le général Mandon a du reste ingénument confirmé la nature de sa mission en interpellant les élus locaux : « il faut en parler dans vos communes ». Les maires passent en effet pour les seuls élus qui gardent une crédibilité de la part de leurs concitoyens. Le lieu choisi relève donc d’une préoccupation majeure : créer un choc de communication que le maître de l’Elysée, complètement discrédité, n’est plus en mesure de provoquer.
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Cet article Emmanuel Macron envoie le chef d’Etat-major au front… est apparu en premier sur Ruptures.
Nul ne doute que l’Allemagne dispose d’un poids important et joue un rôle prépondérant au sein de l’Union européenne. Nul ne doute non plus que, dans ce pays, le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), l’un des plus grands quotidiens nationaux, reflète souvent fidèlement l’état d’esprit des forces dirigeantes allemandes, notamment des milieux d’affaires.
Dès lors, lorsqu’un éditorialiste influent de ce journal rédige un réquisitoire au vitriol contre l’état actuel de l’UE (30/10/2025), il convient d’y prêter attention, d’autant que le FAZ n’a jusqu’à présent jamais caché son attachement à l’intégration européenne.
Nikolas Busse n’y va pas de main morte. Il affirme d’emblée : « les principaux piliers qui soutiennent la politique étrangère et la vision du monde de l’Europe ont été ébranlés en peu de temps, voire complètement détruits ».
Il cite en exemple la défense, la protection du climat, le libre échange, la mondialisation, le rôle de l’UE dans le monde. Et remet même en cause le fondement idéologique de l’intégration : « autrefois, on pensait que les Européens seraient plus forts s’ils agissaient ensemble ; aujourd’hui, ils se tirent mutuellement vers le bas ». Quel aveu !
L’auteur ne se contente pas de ce constat redoutable. Il ajoute perfidement que « le Premier ministre hongrois est actuellement plus écouté à Washington que la présidente de la Commission européenne ». Et en conclut, amer : « l’Europe n’est pas prise au sérieux dans le monde parce qu’il n’est pas nécessaire de la prendre au sérieux ».
Plus explosif encore, il ébauche une critique des dogmes officiels de ces dernières décennies en affirmant que « le déclin de l’Europe était inévitable ». En effet, note l’analyste, « après les guerres mondiales, les Européens ont perdu leur rôle de leader occidental au profit des États-Unis. L’essor industriel de l’Asie et les énormes transferts d’argent vers les pays producteurs de matières premières du Moyen-Orient, mais aussi vers la Russie, ont ensuite créé de nouveaux centres de pouvoir ».
Les griefs sont aussi actuels : la volonté d’ériger l’UE en « puissance normative capable d’exporter ses valeurs dans le reste du monde (…) s’est souvent retournée contre elle ». Exemples : « la tentative d’imposer la protection des enfants ou du climat à l’échelle mondiale a nui à l’économie européenne. La tentative de défendre le droit d’asile a poussé de nombreuses sociétés européennes aux limites de leurs capacités matérielles et culturelles »…
Toute cette analyse aboutit à une conclusion qui sonne comme un appel : « la solution ne réside pas dans le renforcement de l’UE » ; au contraire, celle-ci « a avant tout besoin d’États membres forts, tant sur le plan économique que militaire ». Et l’on se doute bien que l’auteur ne pense pas ici à Malte ou à la Lituanie, mais plutôt à son propre pays.
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Cet article Europe : vers un volte-face au sein des élites dirigeantes allemandes ?… est apparu en premier sur Ruptures.
L’affaire aurait pu rester confinée à la bulle bruxelloise. Par chance, tel ne fut pas le cas. Elle a enflammé les réseaux sociaux italiens qui se sont indignés de sa conclusion brutale.
Elle débute le 13 octobre à Bruxelles. Une porte-parole de la Commission européenne, Paula Pinho, tient un point de presse comme cela se produit très fréquemment. Un journaliste italien, Gabriele Nunziati, pose une question qui détonne avec l’ambiance d’entre-soi plutôt feutrée habituelle.
Il rappelle que l’UE exige de la Russie qu’elle paie d’énormes dommages de guerre à Kiev censés aider à reconstruire l’Ukraine. Mais demande pourquoi il n’en va pas de même vis-à-vis d’Israël, qui a opéré une destruction de la bande de Gaza jusqu’à transformer ce territoire palestinien en un vaste champ de ruines.
La représentante de la Commission, manifestement prise de court, refuse de répondre. Plus précisément, ses propos, cités par le site américain The Intercept, sont les suivants : « c’est vraiment une question intéressante… à propos de laquelle je n’ai aucun commentaire à faire ».
Aucun des journalistes présents ne juge utile de relancer la porte-parole à propos de cette interpellation pertinente. L’incident aurait pu en rester là. Mais c’était sans compter sur l’idéologie dominante, qui n’apprécie guère la contestation.
Le 27 octobre, l’agence italienne Nova adresse un courriel à son collaborateur pour lui annoncer la sanction : elle met fin à son contrat. Gabriele Nunziati se retrouve ainsi privé d’emploi.
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Cet article Un journaliste italien licencié pour avoir posé une question taboue à Bruxelles… est apparu en premier sur Ruptures.
Les sommets européens se suivent et se ressemblent. Mêmes acteurs, même scénario, mêmes dialogues, mêmes querelles, mêmes résultats, ou, le cas échéant, mêmes impasses. Le Conseil européen du 23 octobre, qui a réuni les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement à Bruxelles, n’a pas dérogé à ce sentiment du même film éternellement recommencé. Il se tenait ainsi après une réunion informelle des mêmes le 3 octobre à Copenhague.
Il s’agissait cette fois d’une réunion ordinaire. Les sujets récurrents étaient donc à l’ordre du jour, comme par exemple les migrations, et bien sûr l’éternel thème de la « compétitivité » qui a donné lieu à de longs développements dans les conclusions publiées.
Dans l’inimitable jargon communautaire, on peut ainsi lire : « le Conseil européen a tenu un débat approfondi sur la manière de renforcer encore la compétitivité de l’UE (…) en mettant l’accent sur la simplification, une transition écologique compétitive et une transition numérique souveraine ».
En langage plus simple, les Vingt-sept sont pris en étau entre les engagements du « Pacte vert » décidés à l’initiative de la Commission entre 2019 et 2024, la concurrence renforcée de la Chine, et l’agressivité commerciale des Etats-Unis. L’Union européenne, qui se vantait jadis de devenir « l’économie la plus compétitive du monde », est devenue la zone où la croissance est la plus catastrophique des cinq continents.
Sans surprise cependant, ce sont les dossiers de l’aide à l’Ukraine et du renforcement militaire européen qui ont été les plus médiatisés. Depuis le début de la guerre, « l’Union européenne et ses États membres ont fourni 177,5 milliards d’euros pour venir en aide à l’Ukraine et à sa population » rappellent les Vingt-sept, qui poursuivent : « le Conseil européen s’engage à répondre aux besoins financiers urgents de l’Ukraine pour la période 2026-2027, y compris pour ce qui est de ses efforts militaires et de défense ».
Sauf que, désormais, les fonds viennent à manquer. Les sommes débloquées par l’UE ces dernières années seront épuisées début 2026. Et la plupart des Etats membres n’ont pas de marges de manœuvre budgétaires nationales pour remettre au pot – c’est particulièrement le cas de la France, où le gouvernement fragilisé espère que les débats parlementaires actuels aboutiront à des coupes budgétaires majeures.
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Cet article L’UE s’inquiète : où trouver l’argent pour financer Kiev ?… est apparu en premier sur Ruptures.
Le 29 octobre, les 13,5 millions d’électeurs néerlandais étaient appelés aux urnes de manière anticipée, deux ans seulement après les législatives de novembre 2023. 78,4% d’entre eux ont participé au scrutin (+ 0,7%).
Les observateurs tablaient sur le maintien du Parti pour la liberté (PVV), conduit par le « populiste » Geert Wilders (photo), au niveau très élevé qu’il avait atteint il y a deux ans. Finalement, le PVV rassemble 16,7% des suffrages et perd 6,9 points.
Il se fait donc doubler d’un cheveu par le parti social-libéral D66, qui obtient 16,9% et progresse de 10,6 points. C’est la surprise du scrutin, qui semble s’être ébauchée dans les derniers jours de campagne.
M. Wilders, qui a notamment fondé son identité politique sur le combat contre l’islam, n’a pas caché sa déception, d’autant qu’il avait lui-même déclenché la chute du gouvernement sortant, dont son parti constituait pourtant le plus important des quatre piliers. Du fait de sa personnalité jugée trop clivante, ses alliés avaient cependant empêché qu’il dirige lui-même le cabinet formé en juillet 2024.
Moins d’un an plus tard, en mai dernier, il prenait l’initiative de présenter un plan de dix mesures radicalement renforcées contre l’immigration (notamment la sécurisation des frontières par l’armée, la suspension des quotas imposés par l’UE, la fin du regroupement familial…).
Ses partenaires de coalition ayant jugé ce plan inapplicable, le PVV retirait ses cinq ministres, rendant le gouvernement dirigé par le technocrate Dick Schoof minoritaire. En août, un autre partenaire de la coalition (le Nouveau contrat social, NSC) se retirait également, lui pour protester contre l’absence de condamnation officielle des exactions israéliennes à Gaza.
Mais c’est bien M. Wilders qui avait choisi de précipiter les élections. Sans doute avait-il calculé que le peu de résultats obtenus – notamment au regard des promesses sur l’immigration, mais aussi sociales – par l’attelage quadripartite sortant menacerait sa crédibilité le moment venu. Et que la réaffirmation de sa radicalité lui permettrait de devenir enfin premier ministre.
Il semble bien que ce soit cette tactique, plutôt que ses orientations, qui l’ait desservi. De nombreux citoyens semblent avoir peu apprécié l’instabilité politique qu’il a provoquée par son coup d’éclat. En outre, des émeutes provoquées par des hooligans d’ultra-droite s’étaient déroulées à La Haye en septembre, brouillant quelque peu sa campagne anti-immigration.
A peine plus de la moitié de ses électeurs de 2023 lui sont restés fidèles. Mais 14% d’entre eux se sont reportés sur deux petits partis souverainistes et conservateurs : le JA21, qui progresse à 5,9%, et le Forum pour la démocratie à 4,5%.
Parmi les raisons qui ont concouru à la baisse du PVV figurent peut-être aussi la quasi-disparition dans la campagne des thèmes de la guerre et de l’aide à l’Ukraine. Lors du précédent scrutin, M. Wilders avait dénoncé l’escalade militaire, ce qui avait alors contribué à son triomphe. De même, la perspective d’un référendum sur la sortie de l’UE n’a cette fois plus été évoquée.
Il est à noter que ce parti, fondé en 2006, reste cependant au-dessus de tous ses résultats antérieurs à 2023 (10,8% par exemple en 2021).
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Cet article Elections aux Pays-Bas : Geert Wilders rate sa manœuvre… est apparu en premier sur Ruptures.
Ursula von der Leyen a récemment effectué une tournée dans les pays des Balkans, dont la plupart sont officiellement candidats à rejoindre l’Union européenne. La présidente de la Commission a notamment fait étape le 13 octobre à Tirana, la capitale de l’Albanie.
Aux côtés du président socialiste Edi Rama (photo, à gauche), ravi, elle a annoncé que Bruxelles allait verser 100 millions d’euros à ce pays afin de l’encourager à accomplir les réformes exigées avant l’adhésion (qui n’aura probablement jamais lieu).
Pour la Commission, c’est un geste tout à fait banal. Les pays candidats sont biberonnés aux dons de l’UE, notamment les « fonds de pré-adhésion ». En revanche, les contribuables des Etats membres seraient sans doute surpris s’ils étaient informés de ces largesses. Le supplément promis à Tirana est certes modeste, mais il arrive dans une période où les coupes budgétaires sont à l’ordre du jour dans la plupart des vingt-sept pays membres.
Car ce sont bien les finances nationales qui nourrissent le budget communautaire. Notamment celles des pays dits « contributeurs nets », c’est-à-dire les Etats qui versent au pot commun plus que ce qu’ils perçoivent en retour de Bruxelles. C’est notamment le cas de la France, dont la contribution brute s’élève à 24 milliards d’euros, un montant loin d’être négligeable. L’Allemagne, pour sa part, verse 30 milliards (montants en 2023).
Si l’exécutif européen exerce une pression maximale sur les dépenses publiques, notamment des pays les plus déficitaires, dont la France, il n’hésite pas à financer de manière dispendieuse, et peu connue, les causes les plus discutables. La générosité vis-à-vis des capitales candidates (générosité qui ne bénéficie du reste que très peu à la population, mais plutôt aux firmes de l’Europe de l’Ouest, et aux intermédiaires corrompus) n’est pas le seul exemple. Il y a pire.
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Cet article Austérité pour les peuples, mais largesses bruxelloises… est apparu en premier sur Ruptures.
Fin de règne crépusculaire. Chute d’un pouvoir déliquescent. Malgré les tentatives de rafistolage, le président français – même si, comme c’est probable, il reste encore à l’Elysée jusqu’en 2027 – ne remontera pas la pente. Rejeté par une large partie du peuple, lâché par ses alliés, trahi par ses amis, Emmanuel Macron est en bout de course, quels que soient les possibles rebondissements de la crise politique aigüe que connaît la France, tel le rejet récent de la motion de censure.
Un naufrage particulièrement spectaculaire si l’on se souvient du début de l’aventure. En 2017, le jeune banquier en campagne – qui fut secrétaire général adjoint de la présidence (2012-2014) sous François Hollande, puis ministre de l’économie et des finances (2014-2016), mais qui n’avait jamais conquis le moindre mandat électif – se vit soutenu par un très large éventail de forces politiques, par une myriade de personnalités issues du monde des affaires, du syndicalisme, du sport, des milieux de la culture et universitaire. Juristes, historiens, économistes, mais aussi « stars du show-biz » : au sein des élites, la liste de ses partisans s’allongeait chaque jour.
Surtout, il recueillit l’onction ostensible d’une très vaste gamme de grands médias, qui lui assurèrent une promotion rarement atteinte dans l’histoire électorale. Très souvent, ses soutiens justifièrent leur enthousiasme par l’« engagement européen » du candidat. Non que ses prédécesseurs aient été tièdes sur ce plan. Mais le jeune prodige en fit l’un des axes flamboyants de sa campagne.
Ainsi, élu le 7 mai 2017, le nouveau chef de l’Etat choisit d’inaugurer son règne par une cérémonie solennelle au son de l’« hymne européen ». Le symbole se voulait fort. Dans de nombreuses capitales, et bien sûr à Bruxelles, on s’enthousiasma de sa victoire. L’UE allait connaître un nouveau souffle, dynamisée par le brillant élu de 39 ans.
Ce dernier s’employa à conforter cette image. Le discours déclamé à Athènes face à l’Acropole le 7 septembre 2017 (photo), puis celui prononcé à la Sorbonne trois semaines plus tard, visaient précisément à accélérer l’intégration européenne. Le second, en particulier, vantait « une Europe souveraine, unie, démocratique », et constituait à cet égard un appel du pied à l’Allemagne. Beaucoup d’eurocrates regrettèrent alors que la chancelière Merkel n’y répondît pas, et déplorèrent une « occasion manquée » du fait de la désynchronisation entre Paris et Berlin.
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Les 8,2 millions d’électeurs tchèques étaient appelés à renouveler leurs députés les 3 et 4 octobre. 69% d’entre eux se sont rendus aux urnes, soit une participation record pour ce pays, en hausse de 3,5 points par rapport à l’élection d’octobre 2021.
Les instituts de sondages prévoyaient la victoire de l’ancien premier ministre (2017-2021) Andrej Babis (photo), un oligarque qui avait fondé le parti ANO (Action des citoyens insatisfaits) en 2012 sur une orientation libérale et en enfourchant le thème de la lutte contre la corruption. Depuis lors, l’homme d’affaires, qui se compare à Donald Trump, a évolué vers l’« illibéralisme » et le « populisme », accusent ses détracteurs. A Strasbourg, les eurodéputés de l’ANO sont désormais affiliés au groupe où siègent les élus du RN français ou du FIDESZ hongrois.
M. Babis conteste pour sa part le qualificatif de « pro-russe » que n’ont cessé de lui décerner ses adversaires. Dramatisant les enjeux, le premier ministre sortant, Petr Fiala, avait ainsi alerté sur le risque d’une rupture avec le camp pro-occidental, ce qui représenterait selon lui « le plus grand danger pour notre pays depuis novembre 1989 ».
Malgré cette mise en garde, ou peut-être en partie grâce à celle-ci, le verdict des urnes a finalement été encore plus favorable que prévu à M. Babis. Avec 34,5% des suffrages, l’ANO progresse de 7,4 points par rapport à 2021, amplifiant ainsi son succès obtenu aux élections sénatoriales et régionales de l’année dernière. Avec 80 élus, il ne dispose cependant pas de la majorité au sein de la Chambre qui compte 200 membres.
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