Le 13 septembre, les Suédois étaient appelés à renouveler leur parlement (ainsi que leurs conseils locaux). 80% des électeurs se sont rendus aux urnes – soit environ 4 points de moins qu’en 2022 – mais les résultats sont si serrés qu’il faudra sans doute attendre pour savoir qui dirigera le pays.
Un des principaux enjeux du scrutin était de départager le « bloc de droite » qui détenait la majorité sortante, du « bloc de gauche » qui espérait revenir au pouvoir. Ce dernier semble finalement gagner avec une très légère avance de trois députés. Et ce, malgré le score calamiteux du Parti social-démocrate qui en constitue la principale formation. Avec 28,1%, celui-ci perd 2,3 points et obtient ainsi son pire score depuis l’avènement du suffrage universel dans le Royaume… en 1911.
En revanche la Parti de gauche (souvent classé « gauche radicale ») fête ses 8,2%, un progrès de 1,5 point et son meilleur score depuis 2002, tandis que les Verts passent de 5,1% à 6,1%. Enfin, le Parti du centre reste stable à 7,1% (+ 0,4 point).
Dans la camp d’en face, les Modérés (conservateurs) du premier ministre sortant, Ulf Kristersson (photo, au centre), obtiennent 19,9% (+0,8 point). Les chrétiens-démocrates rassemblent 6,2% (+ 0,9 point) tandis que les Libéraux passent de 4,6% à 5,4%. Le bloc de droite a vanté ses résultats économiques : baisse de l’inflation, mais aussi mise en œuvre des réformes qui lui a valu le déblocage par la Commission européenne de la dernière tranche du fonds de relance bruxellois.
Mais la surprise vient des Démocrates de Suède (DS) – un parti classé à l’extrême droite, dont les adversaires rappellent les lointaines origines néo-nazies. Le résultat des DS était l’autre enjeu du scrutin car ceux-ci avaient fait le choix, en 2022, de soutenir le gouvernement, mais sans y participer. Cette configuration était issue d’un accord « de soutien et de coopération » qui avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque.
Car longtemps, la droite classique avait déployé ce qu’elle qualifiait de « cordon sanitaire » pour interdire toute alliance avec les DS. En 2019 cependant, cette stratégie a commencé à évoluer, lorsque les partis de droite ont constaté qu’ils seraient arithmétiquement condamnés à rester dans l’opposition faute d’alliance avec un parti qui, depuis 2010, grimpait de scrutin en scrutin, notamment en prônant des mesures restrictives en matière d’immigration et d’asile.
Pour ce présent scrutin, les DS, qui s’étaient efforcés de lisser leur image jusqu’à présent, ont radicalisé leur discours, tout en annonçant leur volonté, cette fois, d’obtenir des postes ministériels importants. Une exigence que les Modérés, de même que les Chrétiens-démocrates, avaient acceptée. Même les Libéraux, qui avaient longtemps défendu le « cordon sanitaire », avaient, lors des derniers mois de campagne, donné leur feu vert.
En accordant aux DS, conduits par leur leader Jimmie Akesson, 17,6% des voix, soit une chute de 3 points par rapport à 2022, les électeurs en ont décidé autrement, puisque cette baisse plombe l’ensemble de la coalition de droite. Il est possible que certains électeurs aient choisi tactiquement de quitter les DS au profit des Libéraux pour s’assurer que ces deniers franchissent la barre des 4% en deçà de laquelle ils auraient été éliminés du Parlement, avec à la clé le renvoi assuré du bloc de droite dans l’opposition.
… La suite de l’article est réservée aux abonnés…
Cet article En Suède, les électeurs n’ont pas franchement départagé le « bloc de droite » sortant du « bloc de gauche »… est apparu en premier sur Ruptures.
Le 13 septembre, les Suédois étaient appelés à renouveler leur parlement (ainsi que leurs conseils locaux). 80% des électeurs se sont rendus aux urnes – soit environ 4 points de moins qu’en 2022 – mais les résultats sont si serrés qu’il faudra sans doute attendre pour savoir qui dirigera le pays.
Un des principaux enjeux du scrutin était de départager le « bloc de droite » qui détenait la majorité sortante, du « bloc de gauche » qui espérait revenir au pouvoir. Ce dernier semble finalement gagner avec une très légère avance de trois députés. Et ce, malgré le score calamiteux du Parti social-démocrate qui en constitue la principale formation. Avec 28,1%, celui-ci perd 2,3 points et obtient ainsi son pire score depuis l’avènement du suffrage universel dans le Royaume… en 1911.
En revanche la Parti de gauche (souvent classé « gauche radicale ») fête ses 8,2%, un progrès de 1,5 point et son meilleur score depuis 2002, tandis que les Verts passent de 5,1% à 6,1%. Enfin, le Parti du centre reste stable à 7,1% (+ 0,4 point).
Dans la camp d’en face, les Modérés (conservateurs) du premier ministre sortant, Ulf Kristersson (photo, au centre), obtiennent 19,9% (+0,8 point). Les chrétiens-démocrates rassemblent 6,2% (+ 0,9 point) tandis que les Libéraux passent de 4,6% à 5,4%. Le bloc de droite a vanté ses résultats économiques : baisse de l’inflation, mais aussi mise en œuvre des réformes qui lui a valu le déblocage par la Commission européenne de la dernière tranche du fonds de relance bruxellois.
Mais la surprise vient des Démocrates de Suède (DS) – un parti classé à l’extrême droite, dont les adversaires rappellent les lointaines origines néo-nazies. Le résultat des DS était l’autre enjeu du scrutin car ceux-ci avaient fait le choix, en 2022, de soutenir le gouvernement, mais sans y participer. Cette configuration était issue d’un accord « de soutien et de coopération » qui avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque.
Car longtemps, la droite classique avait déployé ce qu’elle qualifiait de « cordon sanitaire » pour interdire toute alliance avec les DS. En 2019 cependant, cette stratégie a commencé à évoluer, lorsque les partis de droite ont constaté qu’ils seraient arithmétiquement condamnés à rester dans l’opposition faute d’alliance avec un parti qui, depuis 2010, grimpait de scrutin en scrutin, notamment en prônant des mesures restrictives en matière d’immigration et d’asile.
Pour ce présent scrutin, les DS, qui s’étaient efforcés de lisser leur image jusqu’à présent, ont radicalisé leur discours, tout en annonçant leur volonté, cette fois, d’obtenir des postes ministériels importants. Une exigence que les Modérés, de même que les Chrétiens-démocrates, avaient acceptée. Même les Libéraux, qui avaient longtemps défendu le « cordon sanitaire », avaient, lors des derniers mois de campagne, donné leur feu vert.
En accordant aux DS, conduits par leur leader Jimmie Akesson, 17,6% des voix, soit une chute de 3 points par rapport à 2022, les électeurs en ont décidé autrement, puisque cette baisse plombe l’ensemble de la coalition de droite. Il est possible que certains électeurs aient choisi tactiquement de quitter les DS au profit des Libéraux pour s’assurer que ces deniers franchissent la barre des 4% en deçà de laquelle ils auraient été éliminés du Parlement, avec à la clé le renvoi assuré du bloc de droite dans l’opposition.
La campagne de ces derniers mois a témoigné que les priorités avaient évolué
Mais les raisons de fond de ce recul sont probablement ailleurs. Si les DS ne participaient pas directement au gouvernement, ils ont obtenu de nombreux postes clés dans l’administration, et ont très largement influencé la politique menée ces quatre dernières années. En particulier, de très nombreuses mesures ont été adoptées pour durcir les conditions d’accueil et de séjour des migrants, de même que celles conduisant à l’obtention de la citoyenneté.
Les dirigeants des DS ont lié ces objectifs avec le combat contre la criminalité – un phénomène qui a effectivement diminué. Pour leur part, les sociaux-démocrates, bien que dans l’opposition, ont approuvé de nombreuses dispositions en ce sens, ce qui correspondait sans doute aux souhaits d’une partie de leur électorat, notamment dans les quartiers sensibles des grandes villes.
Cependant, la campagne de ces derniers mois a témoigné que les priorités avaient évolué. Les questions sociales sont revenues au premier plan dans un pays qui a subi de très profondes mutations depuis les années 1990. Alors que la Suède a longtemps constitué l’exemple type d’un Etat-providence généreux et égalitaire sous la houlette de la social-démocratie, des réformes ultralibérales ont depuis trois décennies été menées particulièrement brutalement : déréglementation de pans entiers de l’économie, transfert au privé d’une part croissante des services publics, chamboulement de la fiscalité en faveur du capital.
Ces transformations ont eu lieu sous la pression des « marchés » après une première crise économique et financière, et furent accélérées par l’appartenance de la Suède à l’UE (l’adhésion date de 1995). Conséquence : le pays est désormais devenu l’un des pays développés les plus inégalitaires, parfois même décrit comme un « paradis pour les ultra-riches ».
Parallèlement, la précarité voire la pauvreté ont progressé. En outre, deux questions se sont révélées particulièrement sensibles lors de cette campagne : la dégradation spectaculaire du système de santé, de même que celui de l’enseignement. L’un et l’autre ont fait depuis de longues années les choux gras du privé, laissant au secteur public et à ses usagers pénuries, délais d’attente et déclassement.
Olof Palme doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe
Dans ces conditions, les thèmes de l’immigration de masse – qui a effectivement été stoppée – et de la criminalité ont pu passer au second plan, là où l’émergence des questions sociales a recentré les débats sur des domaines chers au Parti de gauche en particulier. Celui-ci a du reste été violemment attaqué par ses adversaires, en particulier sur les questions internationales.
Sa solidarité avec la Palestine a donné lieu à des accusations d’antisémitisme, notamment au prétexte de lettres de soutien adressées à des prisonniers. Le premier ministre, chef du bloc de droite, a interpellé la présidente des sociaux-démocrates, Magdalena Andersson (photo, à gauche), qui aurait besoin du Parti de gauche pour arriver au pouvoir, lui enjoignant une semaine avant le vote de « garantir qu’aucun admirateur du terrorisme, aucun antisémite, ni aucun partisan de Poutine n’entrera au gouvernement ».
Sans grand courage, le Parti de gauche a retiré une trentaine de ses candidats « soupçonnés » de sympathie pour le Hamas. Mais la très étrange énumération proférée par M. Kristersson a au moins le mérite d’évoquer une question qui n’a guère émergé lors de la campagne, puisque les principaux partis (y compris les DS, très atlantistes) s’y retrouvent sur la même ligne : l’adhésion de la Suède à l’OTAN, effective en 2024.
Le Parti de gauche, lui, ne faisait pas partie de ce consensus. Peut-être cette opposition lui a-t-elle valu la sympathie dans les urnes des Suédois peu enthousiastes à la perspective de voir le pays se joindre aux bruits de bottes de l’Alliance atlantique.
Cette formation aspire à entrer au prochain gouvernement si Mme Andersson prend la tête de celui-ci. Mais le Parti du centre, qui appartient aussi au bloc de gauche, a annoncé son refus d’une telle participation. Ce qui ajoute au sentiment que la formation du futur cabinet pourrait donner lieu à des tractations et des recompositions.
Bref, on est loin, très loin, de la Suède d’Olof Palme. Ce dernier symbolisait la social-démocratie scandinave à l’ancienne intégrant les droits du monde du travail, et était aussi avocat passionné de la paix et de la bicentenaire neutralité suédoise. Il fut premier ministre jusqu’en 1986, date à laquelle il fut assassiné – un meurtre jamais vraiment élucidé… Il doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe.
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Le 6 septembre, les électeurs du Land allemand de Saxe-Anhalt étaient appelés à élire leur parlement régional et renouveler ainsi l’exécutif qui en est issu (en Allemagne, les régions ont beaucoup plus de pouvoirs qu’en France).
La campagne électorale avait pris l’allure d’une chronique de la victoire annoncée du parti AfD (Alternative pour l’Allemagne). Cette victoire s’est finalement avérée un triomphe pour ce parti fréquemment classé à l’extrême droite : il a rassemblé 43,8% des suffrages, soit un bond de 23 points par rapport aux précédentes élections. Un résultat d’autant plus remarquable que la participation a été massive, atteignant 77,8%, contre seulement 60,5% en 2021. L’événement a fait la Une des médias européens.
Conséquence indirecte du vote : de nombreux journalistes et responsables politiques français – notamment – ont découvert l’existence de ce « petit » Land (2,2 millions d’habitants) dont le territoire était situé dans la République démocratique allemande (RDA) jusqu’à ce que celle-ci soit absorbée par la RFA. Tant il est vrai que pour la sphère politico-médiatique française, l’Allemagne reste inconsciemment circonscrite à l’histoire et la géographie de l’Allemagne de l’Ouest.
Sans grande originalité, la presse française a répété en chœur un même refrain : pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, l’extrême droite allemande arrive en tête dans un scrutin régional.
Commentant la percée de l’AfD, le chef du Parti socialiste français, Olivier Faure, a réagi de manière martiale : « ce n’est plus un avertissement. C’est un ordre de mobilisation générale qu’il faut lancer. L’internationale réactionnaire et d’extrême droite avance à visage découvert ». Pour sa part, le leader du principal parti macroniste, Gabriel Attal, a qualifié le vote de « vrai signal d’alarme », appelant à « réinventer le modèle (pour) reprendre la main dans un monde qui change ».
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot – entre deux déclarations condamnant les potentielles ingérences russes dans les élections françaises – a qualifié le programme de l’AfD de « trahison de l’esprit européen », prenant ainsi le risque d’assurer ainsi involontairement la promotion dudit programme…
Le grand perdant est le parti chrétien-démocrate du chancelier Friedrich Merz
Si le succès de l’AfD le 6 septembre a été éclatant, c’est que ce parti a récupéré des anciens ou récents électeurs d’à peu près toutes les autres forces politiques, et a mobilisé nombre d’abstentionnistes.
Par rapport à 2021, le Parti social-démocrate stagne (9,3%, +0,9 points) et les Verts progressent (8,9%, + 3 points). Le parti dit de « gauche radicale » Die Linke recule (8,6% -2,4 points), de même que les Libéraux du FDP (8,6%, – 3,8 points).
Enfin, le mouvement BSW, souvent classé en France « gauche populiste », et qui n’existait pas en 2021, obtient 5,3%. Ses cinq élus pourraient être utiles à l’AfD à qui il manque trois sièges pour disposer d’une majorité absolue. Mais la question d’une future coalition – ou pas – ne sera probablement pas réglée dans l’immédiat.
Quoi qu’il en soit, le grand perdant est sans conteste le parti chrétien-démocrate du chancelier Friedrich Merz. Avec 17,2% des suffrages, la CDU perd près de 20 points.
Là se trouve du reste la première explication du choix massif des électeurs : manifestement, une grande part de ceux-ci a voulu condamner la politique menée au niveau national.
Pour les classes populaires en particulier, mais aussi pour les couches moyennes, la situation économique du pays est ressentie comme particulièrement inquiétante tant du point de vue de la croissance et de l’emploi (conséquence, entre autres, des sanctions européennes contre la Russie, qui font par exemple grimper les prix de l’énergie) que du pouvoir d’achat rongé par l’inflation.
Le projet de réforme des retraites est particulièrement impopulaire (il inclut la suppression de la retraite anticipée sans décote après 45 années de cotisation). Il touche tout particulièrement les citoyens de l’ancienne RDA car ces derniers ont, moins que les autres, accumulé du patrimoine. Au point que les ministres-présidents issus de trois Länder de l’Est, pourtant du parti de M. Merz, ont récemment exhorté ce dernier à y renoncer.
La proposition de faire baisser la russophobie a attiré l’attention de nombreux citoyens, favorables à une reprise des relations avec la Russie
Le programme régional de l’AfD a par ailleurs trouvé un écho certain vis-à-vis de nombreux électeurs. On y trouve par exemple l’expulsion d’étrangers irréguliers. Or même les chiffres officiels tendent à montrer un accroissement de la violence et de l’insécurité dans les quartiers « sensibles » de Magdebourg (la capitale régionale).
Figurent aussi pêle-mêle la promotion de la famille « normale », l’action pour faire valoir l’histoire régionale, de même qu’une commission d’enquête sur les mesures jugées disproportionnées lors de l’épidémie de Covid.
Mais c’est surtout la proposition de faire baisser la russophobie qui a pu attirer l’attention de nombreux citoyens, favorables à une reprise des relations avec la Russie, notamment dans les domaines éducatif et culturel (qui relèvent de l’autorité régionale).
De même, les promesses de l’AfD de cesser l’aide financière et militaire à l’Ukraine, et de renouer avec Moscou, au nom d’abord de l’intérêt économique allemand, suscite l’approbation en particulier chez les citoyens de l’ex-RDA pour qui le grand voisin de l’Est est rarement envisagé comme un ennemi.
Ces thèmes ont été fréquemment mis en avant par Ulrich Siegmund, la tête de liste à qui même ses adversaires concèdent un vrai charisme. A 35 ans, cet ancien commercial a incontestablement créé l’événement et a fait figure de star tout au long de ses déplacements. Il est vrai que le grand hebdomadaire Der Spiegel avait involontairement contribué à cette popularité en le qualifiant d’« homme le plus dangereux d’Allemagne » (photo). Très nombreux ont dès lors été les électeurs qui ont acheté un exemplaire du journal pour lui faire dédicacer…
Le natif de Saxe-Anhalt a également su faire revivre les repères, symboles et clins d’œil rappelant la RDA. Non que son idéologie se rapproche de celle de l’ancien Etat socialiste. Mais près de quatre décennies après la chute du mur, beaucoup d’électeurs de l’Est continuent à se sentir des citoyens de seconde classe, et l’AfD capitalise sur cette frustration.
Pour Le Monde, « c’est un modèle politique, celui de l’Allemagne d’après-guerre, qui vacille. Et donc l’Europe tout entière qui doit s’inquiéter »
Pour autant, la popularité de ce parti n’est pas circonscrite à l’Est du pays. Et si deux autres scrutins régionaux « à l’Est » prévus pour le 20 septembre – au Mecklembourg-Poméranie ainsi qu’à Berlin – vont probablement confirmer la tendance du 6 septembre, l’AfD est désormais largement en tête des sondages dans l’ensemble du pays, où ces derniers lui attribuent 28% d’intentions de vote si des élections générales avaient lieu aujourd’hui.
Très loin derrière figure la CDU, créditée de 20 à 22% de sympathisants. Ce qui pose la question de l’avenir politique de l’actuel chancelier auquel certains de ses camarades semblent déjà rechercher discrètement un successeur.
Quoi qu’il en soit, le séisme qui a eu lieu en Saxe-Anhalt dépasse les soubresauts au jour le jour de la politique intérieure allemande. L’éditorial du Monde, paru au lendemain du scrutin en témoigne : le journal n’hésite pas à affirmer que « deux hommes peuvent se frotter les mains ». Il cite « le président russe, Vladimir Poutine, d’abord, dans la mesure où la première puissance économique européenne continue de voir prospérer un parti qui souhaite lever les sanctions contre Moscou, cesser de soutenir Kiev et racheter du gaz à la Russie » ; ainsi que « le président des Etats-Unis, Donald Trump dont le camp ne cesse de dénoncer l’ostracisme frappant les droites nationalistes européennes ».
Que l’AfD abrite dans ses rangs des nostalgiques du IIIème Reich ne doit certes pas être ignoré. Mais c’est un tout autre message qu’exprime la masse de ses électeurs. Et c’est ce message-là qui semble effrayer le quotidien français de référence, qui poursuit : « c’est un modèle politique, celui de l’Allemagne d’après-guerre (l’Allemagne de l’Ouest, oublie de préciser Le Monde), fondé sur le rejet des extrêmes et le primat du consensus, qui vacille. Et donc l’Europe tout entière qui doit s’inquiéter ».
Le « primat du consensus » vacille, et cela doit inquiéter l’Europe ? Voilà qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle…
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Le 6 septembre, les électeurs du Land allemand de Saxe-Anhalt étaient appelés à élire leur parlement régional et renouveler ainsi l’exécutif qui en est issu (en Allemagne, les régions ont beaucoup plus de pouvoirs qu’en France).
La campagne électorale avait pris l’allure d’une chronique de la victoire annoncée du parti AfD (Alternative pour l’Allemagne). Cette victoire s’est finalement avérée un triomphe pour ce parti fréquemment classé à l’extrême droite : il a rassemblé 43,8% des suffrages, soit un bond de 23 points par rapport aux précédentes élections. Un résultat d’autant plus remarquable que la participation a été massive, atteignant 77,8%, contre seulement 60,5% en 2021. L’événement a fait la Une des médias européens.
Conséquence indirecte du vote : de nombreux journalistes et responsables politiques français – notamment – ont découvert l’existence de ce « petit » Land (2,2 millions d’habitants) dont le territoire était situé dans la République démocratique allemande (RDA) jusqu’à ce que celle-ci soit absorbée par la RFA. Tant il est vrai que pour la sphère politico-médiatique française, l’Allemagne reste inconsciemment circonscrite à l’histoire et la géographie de l’Allemagne de l’Ouest.
Sans grande originalité, la presse française a répété en chœur un même refrain : pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, l’extrême droite allemande arrive en tête dans un scrutin régional.
Commentant la percée de l’AfD, le chef du Parti socialiste français, Olivier Faure, a réagi de manière martiale : « ce n’est plus un avertissement. C’est un ordre de mobilisation générale qu’il faut lancer. L’internationale réactionnaire et d’extrême droite avance à visage découvert ». Pour sa part, le leader du principal parti macroniste, Gabriel Attal, a qualifié le vote de « vrai signal d’alarme », appelant à « réinventer le modèle (pour) reprendre la main dans un monde qui change ».
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot – entre deux déclarations condamnant les potentielles ingérences russes dans les élections françaises – a qualifié le programme de l’AfD de « trahison de l’esprit européen », prenant ainsi le risque d’assurer ainsi involontairement la promotion dudit programme…
Si le succès de l’AfD le 6 septembre a été éclatant, c’est que ce parti a récupéré des anciens ou récents électeurs d’à peu près toutes les autres forces politiques, et a mobilisé nombre d’abstentionnistes.
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Le terme de « séisme » a souvent été galvaudé. Mais c’est bien un tremblement de terre politique que les électeurs britanniques ont provoqué le 7 mai, date à laquelle ils étaient conviés aux urnes pour renouveler leurs conseils municipaux et leurs maires.
5 000 sièges étaient en jeu dans 136 collectivités locales. Environ un tiers des Anglais était donc concerné par ce vote. De leur côté, les citoyens écossais et gallois étaient invités à désigner leurs députés dans leurs parlements régionaux respectifs.
Même s’il s’agissait d’élections locales, et même si les comparaisons directes sont difficiles puisque les renouvellements (chaque année par tiers) concernent une partie seulement de l’électorat, le verdict est sans appel, et particulièrement cruel pour le Parti travailliste au pouvoir depuis juillet 2024. Le Labour avait fait élire cette année là 411 députés sur les 650 que compte la Chambre des communes, moyennant un score national de 33,7% des suffrages.
Moins de deux ans plus tard, seulement 17% des électeurs ont voté travailliste, reléguant ce parti à une infâmante quatrième place. En Angleterre, le Labour n’obtient que 1 068 conseillers soit une perte de 1 500 élus. Au parlement écossais, il n’a plus que 17 représentants sur 129 sièges. Et la déculottée est encore plus spectaculaire au Pays de Galles, où il ne disposera plus que de 9 députés sur 96, alors même que les Travaillistes dominaient largement ce qui était considéré comme un bastion depuis plus d’un siècle.
Piètre consolation, ce n’est pas son grand adversaire traditionnel, le Parti conservateur, qui profite de ce naufrage. Avec 17% des voix également, les Tories n’obtiennent en Angleterre que 800 conseillers, soit une perte de 563 élus. Lors des élections générales de 2024, leur score était encore de 23,7%.
Avec 18%, le Parti vert fait une petite percée, notamment dans la capitale, et fait élire 587 conseillers. Son jeune leader charismatique, Zack Polanski, qui revendique le concept d’« éco-populisme » a fait campagne en invoquant « la justice sociale et la justice environnementale », et a bénéficié de l’apport d’anciens électeurs travaillistes.
Le Parti libéral-démocrate (classé au centre) se satisfait de ses 16% des voix, un gain de près de 4 points comparés aux élections générales de 2024, ce qui lui permettra d’avoir 840 conseillers, un progrès de 150 élus.
Mais l’autre fait marquant du scrutin du 7 mai est le triomphe du Parti Reform UK. Cette force politique, dirigée par le charismatique champion du Brexit, Nigel Farage (photo), et souvent classée à l’extrême droite, réussit à capter une proportion considérable des déçus travaillistes mais aussi conservateurs.
Fort de ses 26% des voix, Reform UK obtient haut la main la première place – une performance qu’il n’avait jusqu’à maintenant réalisée qu’aux élections européennes, du temps où le Royaume-Uni était encore membre de l’UE. Il disposera désormais de 1 453 élus, alors qu’il n’en avait quasiment aucun.
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Cet article Le parti qui avait porté le Brexit triomphe lors du séisme qui vient d’ébranler l’ancestral bipartisme britannique… est apparu en premier sur Ruptures.
Le terme de « séisme » a souvent été galvaudé. Mais c’est bien un tremblement de terre politique que les électeurs britanniques ont provoqué le 7 mai, date à laquelle ils étaient conviés aux urnes pour renouveler leurs conseils municipaux et leurs maires.
5 000 sièges étaient en jeu dans 136 collectivités locales. Environ un tiers des Anglais était donc concerné par ce vote. De leur côté, les citoyens écossais et gallois étaient invités à désigner leurs députés dans leurs parlements régionaux respectifs.
Même s’il s’agissait d’élections locales, et même si les comparaisons directes sont difficiles puisque les renouvellements (chaque année par tiers) concernent une partie seulement de l’électorat, le verdict est sans appel, et particulièrement cruel pour le Parti travailliste au pouvoir depuis juillet 2024. Le Labour avait fait élire cette année là 411 députés sur les 650 que compte la Chambre des communes, moyennant un score national de 33,7% des suffrages.
Moins de deux ans plus tard, seulement 17% des électeurs ont voté travailliste, reléguant ce parti à une infâmante quatrième place. En Angleterre, le Labour n’obtient que 1 068 conseillers soit une perte de 1 500 élus. Au parlement écossais, il n’a plus que 17 représentants sur 129 sièges. Et la déculottée est encore plus spectaculaire au Pays de Galles, où il ne disposera plus que de 9 députés sur 96, alors même que les Travaillistes dominaient largement ce qui était considéré comme un bastion depuis plus d’un siècle.
Piètre consolation, ce n’est pas son grand adversaire traditionnel, le Parti conservateur, qui profite de ce naufrage. Avec 17% des voix également, les Tories n’obtiennent en Angleterre que 800 conseillers, soit une perte de 563 élus. Lors des élections générales de 2024, leur score était encore de 23,7%.
Avec 18%, le Parti vert fait une petite percée, notamment dans la capitale, et fait élire 587 conseillers. Son jeune leader charismatique, Zack Polanski, qui revendique le concept d’« éco-populisme » a fait campagne en invoquant « la justice sociale et la justice environnementale », et a bénéficié de l’apport d’anciens électeurs travaillistes.
Le Parti libéral-démocrate (classé au centre) se satisfait de ses 16% des voix, un gain de près de 4 points comparés aux élections générales de 2024, ce qui lui permettra d’avoir 840 conseillers, un progrès de 150 élus.
Le parti Reform UK, dirigé par Nigel Farage, réussit à capter une proportion considérable des déçus travaillistes mais aussi conservateurs
Mais l’autre fait marquant du scrutin du 7 mai est le triomphe du Parti Reform UK. Cette force politique, dirigée par le charismatique champion du Brexit, Nigel Farage (photo), et souvent classée à l’extrême droite, réussit à capter une proportion considérable des déçus travaillistes mais aussi conservateurs.
Fort de ses 26% des voix, Reform UK obtient haut la main la première place – une performance qu’il n’avait jusqu’à maintenant réalisée qu’aux élections européennes, du temps où le Royaume-Uni était encore membre de l’UE. Il disposera désormais de 1 453 élus, alors qu’il n’en avait quasiment aucun.
Il réalise en particulier cette percée dans les bastions travaillistes traditionnels du centre et du nord de l’Angleterre. Dans ces régions se concentrent les classes populaires et les familles les plus pauvres, qui avaient été largement – mais provisoirement – séduites par les Conservateurs lors des élections générales de 2019 lorsque ces derniers, dirigés par Boris Johnson, avaient fait campagne pour conforter le Brexit qui était alors paralysé par les manœuvres parlementaires des dirigeants travaillistes.
Mais Reform UK réussit également à mordre sur l’électorat conservateur, un phénomène visible en particulier dans le sud, plutôt huppé, du pays. Globalement cependant, c’est bien la déroute travailliste qui alimente le plus le succès des amis de M. Farage. Une déroute dont les causes ne sont pas difficiles à analyser.
Certes, la presse britannique pointe le « manque de charisme » et de détermination du Premier ministre travailliste, Keir Starmer, en fonction depuis 2024. Elle cite aussi les erreurs et les maladresses de ce dernier, par exemple le choix de nommer l’ancien commissaire européen Peter Mandelson, issu de l’aile la plus « blairiste » du parti, comme ambassadeur britannique à Washington. Or M. Mandelson s’est révélé être un proche ami du sulfureux Jeffrey Epstein.
Mais sur le fond, ce sont bien les questions sociales qui ont fait plonger le Labour. Non seulement ce parti a piétiné les promesses qu’il avait faites en 2024, quand il s’était engagé à répondre aux exigences de reconnaissance, de protection et de justice exprimées par l’électorat populaire ; mais le gouvernement s’est attaqué à des acquis sociaux pour certains très anciens, au détriment en particulier des retraités modestes (et des aides au chauffage les concernant) et des handicapés.
Plus généralement, le bilan gouvernemental a désespéré l’électorat populaire en matière de lutte contre la pauvreté et de dégradation des services publics, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation. M. Starmer a, en revanche, mis un point d’honneur à viser la rigueur budgétaire, et soigné sa proximité avec les milieux financiers.
Il est désormais sur la sellette. Il refuse encore de quitter son poste, mais la plupart des analystes pronostiquent son éviction rapide – ce peut être une question de mois, de semaines, voire de jours, tant la pression est forte au sein de son propre parti en vue de son départ. Le 14 mai, près de 90 députés, dont trois membres de son gouvernement, se prononçaient ouvertement en ce sens. Pour l’heure, il ne doit son salut qu’à l’absence de consensus sur le nom d’un successeur au sein du Labour.
Le champion du Brexit devient désormais un prétendant réaliste au poste de premier ministre
Mais la crise politique va probablement au-delà du sort du chef du gouvernement. Le paysage politique a été profondément ébranlé le 7 mai. La crise du modèle institutionnel, fondé sur le bipartisme, se confirme désormais. L’existence et l’alternance de deux grands forces politiques écrasant tout autre parti structurent depuis des siècles le modèle britannique. Sa pérennité semblait assurée par un système électoral particulièrement brutal, le scrutin majoritaire à un tour.
Celui-ci pourrait bien ne plus remplir cette fonction dans un contexte où les votes se distribuent entre le Reform UK et quatre ou cinq partis (plus des formations autonomistes en Ecosse et au Pays de Galles) qui ne recueillent que 16 à 18% des suffrages, ce qui correspond du reste aux évaluations des sondages.
Autre bouleversement : Nigel Farage devient désormais un prétendant réaliste au poste de premier ministre, une hypothèse qui aurait paru totalement incongrue il y a peu. Le champion du Brexit n’avait par exemple réussi à faire élire, en 2024, que cinq députés sur 650. Demain, le mode de scrutin, qui écartait de Westminster ses amis pourrait se retourner en leur faveur.
Il est évidemment trop tôt pour que cette hypothèse devienne un pronostic. Une leçon, en tout cas, peut être tirée du scrutin : l’affirmation selon laquelle les Britanniques regretteraient amèrement et massivement d’avoir choisi, en 2016, de sortir de l’Union européenne, est contredite par les urnes.
Car comment imaginer que les citoyens inverseraient significativement aujourd’hui leur verdict majoritaire lors du référendum de 2016… tout en accordant un triomphe à celui qui fut le plus emblématique défenseur du Brexit ?
Quant à l’actuel premier ministre, adversaire historique dudit Brexit, il a tenté de sauver son poste en prononçant un discours le 11 mai, et en insistant à cette occasion sur sa volonté de renouer des liens plus étroits avec l’UE. Le moins qu’on puisse dire est que, ce faisant, il n’a pas regagné les faveurs populaires…
Cet article Le parti qui avait porté le Brexit triomphe lors du séisme qui vient d’ébranler l’ancestral bipartisme britannique est apparu en premier sur Ruptures.
Les électeurs bulgares, convoqués le 19 avril pour des élections législatives anticipées, ont rebattu les cartes. C’était le huitième scrutin depuis avril 2021 – un probable record du monde d’instabilité politique. Au point que les analystes se demandaient à l’issue de chaque vote combien de mois il faudrait attendre pour retourner aux urnes.
Cette fois cependant, cette question ne semble plus d’actualité. Car Roumen Radev (photo) vient de remporter son pari grâce à un score qui a dépassé toutes ses espérances. L’homme effectua deux mandats consécutifs comme président de la République, entre 2016 et janvier 2026. Le 19 janvier 2026, il annonça sa démission anticipée de quelques mois avec l’ambition de constituer une majorité parlementaire et de diriger le pays comme premier ministre.
Moyennant 44,6% des suffrages, la coalition qu’il avait formée autour de lui, comprenant trois partis dits de centre-gauche et un plus conservateur, obtient une majorité absolue de députés (130 sur 240). Ce résultat est d’autant plus remarquable que près d’un citoyen sur deux a pris part au vote, une participation record pour la Bulgarie. En octobre 2024, elle n’avait été que de 38,8%.
Parmi les grands perdants figurent le parti GERB (« Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie », droite pro-UE) de l’ancien homme fort du pays, Boïko Borissov, qui fut premier ministre presque sans interruption de 2009 à 2021. Avec 13,4% des suffrages, ce parti perd 12,2 points, soit près de la moitié de ses électeurs.
Il devance de peu la coalition formée du Parti PP (« Continuons le changement ») et de « Bulgarie démocratique » (DB), coalition libérale et elle aussi pro-UE, qui doit se contenter de 12,6% des voix (- 1 point).
Pour sa part, le Mouvement des droits et des libertés (DPS, représentant autoproclamé de la minorité turque), dont l’oligarque qui le dirige apparaît comme le symbole de la corruption, rassemble 7,1% des suffrages, soit une perte de 4 points.
Enfin, le mouvement « Renaissance », souvent classé à l’extrême droite, tombe à 4,3% (contre 12,9% précédemment) réussissant de justesse à passer la barre des 4% et à avoir ainsi des élus.
… La suite de l’article est réservée aux abonnés…
Cet article Après les élections en Bulgarie, Bruxelles craint l’arrivée d’un « pro-russe » à la tête du gouvernement… est apparu en premier sur Ruptures.
Les électeurs bulgares, convoqués le 19 avril pour des élections législatives anticipées, ont rebattu les cartes. C’était le huitième scrutin depuis avril 2021 – un probable record du monde d’instabilité politique. Au point que les analystes se demandaient à l’issue de chaque vote combien de mois il faudrait attendre pour retourner aux urnes.
Cette fois cependant, cette question ne semble plus d’actualité. Car Roumen Radev (photo) vient de remporter son pari grâce à un score qui a dépassé toutes ses espérances. L’homme effectua deux mandats consécutifs comme président de la République, entre 2016 et janvier 2026. Le 19 janvier 2026, il annonça sa démission anticipée de quelques mois avec l’ambition de constituer une majorité parlementaire et de diriger le pays comme premier ministre.
Moyennant 44,6% des suffrages, la coalition qu’il avait formée autour de lui, comprenant trois partis dits de centre-gauche et un plus conservateur, obtient une majorité absolue de députés (130 sur 240). Ce résultat est d’autant plus remarquable que près d’un citoyen sur deux a pris part au vote, une participation record pour la Bulgarie. En octobre 2024, elle n’avait été que de 38,8%.
Parmi les grands perdants figurent le parti GERB (« Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie », droite pro-UE) de l’ancien homme fort du pays, Boïko Borissov, qui fut premier ministre presque sans interruption de 2009 à 2021. Avec 13,4% des suffrages, ce parti perd 12,2 points, soit près de la moitié de ses électeurs.
Il devance de peu la coalition formée du Parti PP (« Continuons le changement ») et de « Bulgarie démocratique » (DB), coalition libérale et elle aussi pro-UE, qui doit se contenter de 12,6% des voix (- 1 point).
Pour sa part, le Mouvement des droits et des libertés (DPS, représentant autoproclamé de la minorité turque), dont l’oligarque qui le dirige apparaît comme le symbole de la corruption, rassemble 7,1% des suffrages, soit une perte de 4 points.
Enfin, le mouvement « Renaissance », souvent classé à l’extrême droite, tombe à 4,3% (contre 12,9% précédemment) réussissant de justesse à passer la barre des 4% et à avoir ainsi des élus.
Longue période d’instabilité politique
La longue période d’instabilité politique avait commencé lors des élections d’avril 2021, quelques mois après d’importantes protestations de rues. Ces dernières s’étaient multipliées à partir de l’été 2020 contre la corruption touchant tout à la fois le monde de la justice, la représentation parlementaire et le pouvoir exécutif, accusés de clientélisme, de détournement de fonds, voire de pratiques mafieuses.
A l’époque, ces mouvements avaient notamment mobilisé les couches urbaines et plutôt aisées, tandis que les classes populaires souffraient de la chute du pouvoir d’achat.
Les mobilisations avaient fait naître de nouvelles forces politiques assez disparates qui, dès le début ont souffert de leur éclatement. Après les scrutins d’avril puis de juillet 2021 émergea, lors du vote de novembre 2021, le parti PP, qui, sous la direction de deux jeunes diplômés d’universités américaines arriva en tête et forma un gouvernement minoritaire qui dura jusqu’en août 2022.
Le tout jeune premier ministre promettait un euro-libéralisme tout aussi fidèle à Bruxelles que son prédécesseur, mais s’engageait à éradiquer la corruption et l’autoritarisme de M. Borissov. Il promettait de ne jamais passer d’accord avec ce dernier, symbole de la « pourriture » politique. Son fragile gouvernement chuta finalement sur une motion de censure.
Depuis lors, la succession des scrutins s’explique par le refus de la coalition « anti-corruption » autour du PP, une alliance libérale-écolo pro-business, de s’allier avec le GERB qui symbolise les pratiques honnies. Cette promesse fut trahie en 2023, ce qui coûta durablement au PP des électeurs déçus. Quoi qu’il en soit, les deux forces soutiennent l’une et l’autre l’intégration européenne.
Finalement, un nouveau premier ministre, Rossen Jeliazkov, issu du GERB, a dirigé le pays depuis le 16 janvier 2025, mais sans majorité parlementaire. Le PP était pour sa part retourné dans l’opposition.
Ce dernier s’est cependant gardé de mettre des bâtons dans les roues à M. Jeliaskov au moment où ce dernier faisait le forcing pour faire avaliser le passage à l’euro. Celui-ci a été effectif au 1er janvier 2026, malgré d’importantes manifestations contre l’abandon de la monnaie nationale et les risques d’inflation. Une forte hausse des prix est bel et bien survenue depuis lors, aiguisant un solide mécontentement populaire.
Quand il était président, Roumen Radev s’est prononcé contre la fourniture d’armes à Kiev et contre les sanctions européennes visant la Russie
Pour sa part, le président Radev avait soutenu la revendication d’un référendum sur l’adoption de la monnaie unique, revendication finalement balayée par une majorité de députés. Mais ce soutien a renforcé sa popularité.
Celle-ci s’était confortée au cours de ses deux mandats : s’il avait été élu au second tour en 2016 avec 59,3% des suffrages, il a réussi à rassembler 66,7% sur son nom en 2021. Général de l’armée de l’air et ancien commandant de celle-ci, il avait initialement bénéficié du soutien du Parti socialiste bulgare (issu de l’ancien Parti communiste) et donc d’une réputation d’être à la fois de gauche et « pro-russe », qualificatif qu’il conteste.
Cependant, il n’a pas hésité à se prononcer – en vain lorsqu’il était chef de l’Etat, une fonction sans grand pouvoir – contre la fourniture d’armes européennes à Kiev (la Bulgarie en produit d’ailleurs une quantité non négligeable), contre les sanctions européennes visant la Russie, et contre l’adhésion (au demeurant improbable) de l’Ukraine à l’UE. Il a, selon ses propres termes, appelé à « des relations pragmatiques avec la Russie, fondées sur le respect mutuel et l’égalité de traitement ».
Ce faisant, il a séduit la large partie de la population qui nourrit une notable sympathie vis-à-vis du « grand frère » de l’Est. M. Radev n’a du reste pas manqué de répéter pendant sa campagne que son pays est, comme la Russie, tout à la fois « slave et orthodoxe », un cas unique dans l’UE.
L’histoire a du reste noué des liens anciens entre les deux pays. La Bulgarie était, du temps du Pacte de Varsovie, considérée comme le pays le plus proche de l’URSS. Et, plus anciennement, nombre de Bulgares restent reconnaissants à la Russie d’avoir aidé leur pays à se défaire du joug ottoman à la fin du XIXème siècle.
Mais c’est aussi sur des enjeux plus immédiats que l’ancien aviateur a marqué des points, en particulier en mettant l’accent sur l’importance des approvisionnements en hydrocarbures russes, et ce contre la doctrine de Bruxelles qui vise à stopper les achats de gaz à Moscou d’ici l’année prochaine. Une énergie à prix accessible est une exigence populaire récurrente et ultrasensible depuis des années dans un pays souvent décrit comme « le plus pauvre de l’UE ».
Encore président, Roumen Radev a soutenu les nouvelles manifestations de fin 2025 déclenchées par la présentation d’un budget d’austérité d’une part, par la persistance de la corruption d’autre part. Ces manifestations ont finalement conduit à la chute, en décembre, de la coalition dirigée par le GERB.
M. Radev s’est engagé à « démanteler le modèle oligarchique de corruption ». Mais il a surtout réussi à faire le lien entre ce fléau et les questions sociales : il s’est adressé aux classes les plus pauvres en pointant justement les responsabilités de l’« oligarchie ».
A Bruxelles, la fête du 12 avril qui a suivi le scrutin hongrois a été sérieusement gâchée par la douche froide du 19
L’ancien chef de l’Etat plaide pour que la Bulgarie devienne un « maillon important » en vue de rétablir des relations apaisées avec Moscou. Aussi prudente soit-elle, cette revendication a conforté les dirigeants européens dans la crainte que Sofia ne devienne un nouveau « mouton noir » au sein de l’Union européenne, à peine une semaine après que ces mêmes dirigeants eurent fêté la défaite du premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui tenait jusqu’à présent ce rôle.
Pas plus que M. Orban, le probable futur premier ministre bulgare ne revendique pas une sortie de l’UE. Mais il peut, avec précaution, s’opposer au jusqu’au-boutisme bruxellois, notamment sur le plan géopolitique. C’est donc plutôt une évolution qu’une révolution qui pourrait se dessiner.
Quoi qu’il en soit, à Bruxelles, la fête du 12 avril après le scrutin hongrois a été sérieusement gâchée par la douche froide du 19 causée par le vote bulgare. Signe qui ne trompe pas : la disproportion du traitement qu’ont réservé les grands médias aux deux élections. Pour la Hongrie, les grands moyens avaient été déployés, les reportages en direct s’étaient multipliés, et les gros titres avaient fleuri de toutes parts.
Une semaine plus tard, à Sofia, les micros, caméras et stylos de la presse occidentale se faisaient beaucoup plus discrets…
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Le 12 avril, 7,5 millions de Hongrois étaient appelés aux urnes pour renouveler leurs députés. 79,6% ont participé au scrutin, soit une hausse de 10 points par rapport à 2022, et un record depuis des décennies.
Les électeurs ont infligé une sévère défaite au premier ministre sortant, Viktor Orban, qui gouvernait sans discontinuer depuis 2010 et espérait un cinquième mandat. Son parti, le FIDESZ (qui a longtemps appartenu à la droite classique de l’europarlement, le PPE, avant de siéger désormais aux côté des amis de Marine Le Pen), obtient 39,1% des suffrages, perdant ainsi 15 points comparé au vote d’il y a quatre ans.
C’est un nouveau venu en politique, Peter Magyar (photo), qui a su rassembler les adversaires et les déçus du dirigeant sortant. Son parti, TISZA (conservateur et pro-UE déclaré), qui n’était pas présent au scrutin de 2022, obtient 52,4% des voix, et hérite ainsi de 136 sièges sur les 199 de l’Assemblée, soit au-delà de la majorité des deux tiers nécessaire pour réformer la constitution.
Le mouvement Notre Patrie (MHM, ouvertement raciste et dissident du parti d’extrême droite Jobbik désormais disparu) sera, avec 5,8% des voix et six sièges, le seul autre parti représenté au Parlement. Toutes les formations étiquetées au centre ou à gauche plafonnent à 1% ou moins, faisant ainsi les frais d’un « vote utile » de la part de tous ceux qui souhaitaient battre M. Orban.
Dès l’annonce de sa victoire, M. Magyar a promis que, désormais, « la Hongrie sera un allié solide au sein de l’UE et de l’OTAN ». Il n’a fallu que quinze minutes avant que la présidente de la Commission européenne ne se réjouisse bruyamment du résultat et félicite le vainqueur. Ursula von der Leyen a été rapidement suivie par des communiqués de joie des chancelleries, à Paris, à Berlin, à Varsovie et dans bien d’autres capitales.
Pour leur part, les médias européens dominants ont triomphé dès le soir du scrutin, multipliant les directs et exultant littéralement à l’annonce d’un succès qui semblait déjà se dessiner depuis des mois. Jamais des élections dans un pays de 9,5 millions d’habitants n’avaient fait l’objet de tant de reportages et de moyens mobilisés.
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Cet article Bruxelles fête (un peu trop vite) la défaite électorale du premier ministre hongrois… est apparu en premier sur Ruptures.
Le 12 avril, 7,5 millions de Hongrois étaient appelés aux urnes pour renouveler leurs députés. 79,6% ont participé au scrutin, soit une hausse de 10 points par rapport à 2022, et un record depuis des décennies.
Les électeurs ont infligé une sévère défaite au premier ministre sortant, Viktor Orban, qui gouvernait sans discontinuer depuis 2010 et espérait un cinquième mandat. Son parti, le FIDESZ (qui a longtemps appartenu à la droite classique de l’europarlement, le PPE, avant de siéger désormais aux côté des amis de Marine Le Pen), obtient 39,1% des suffrages, perdant ainsi 15 points comparé au vote d’il y a quatre ans.
C’est un nouveau venu en politique, Peter Magyar (photo), qui a su rassembler les adversaires et les déçus du dirigeant sortant. Son parti, TISZA (conservateur et pro-UE déclaré), qui n’était pas présent au scrutin de 2022, obtient 52,4% des voix, et hérite ainsi de 136 sièges sur les 199 de l’Assemblée, soit au-delà de la majorité des deux tiers nécessaire pour réformer la constitution.
Le mouvement Notre Patrie (MHM, ouvertement raciste et dissident du parti d’extrême droite Jobbik désormais disparu) sera, avec 5,8% des voix et six sièges, le seul autre parti représenté au Parlement. Toutes les formations étiquetées au centre ou à gauche plafonnent à 1% ou moins, faisant ainsi les frais d’un « vote utile » de la part de tous ceux qui souhaitaient battre M. Orban.
Dès l’annonce de sa victoire, M. Magyar a promis que, désormais, « la Hongrie sera un allié solide au sein de l’UE et de l’OTAN ». Il n’a fallu que quinze minutes avant que la présidente de la Commission européenne ne se réjouisse bruyamment du résultat et félicite le vainqueur. Ursula von der Leyen a été rapidement suivie par des communiqués de joie des chancelleries, à Paris, à Berlin, à Varsovie et dans bien d’autres capitales.
Pour leur part, les médias européens dominants ont triomphé dès le soir du scrutin, multipliant les directs et exultant littéralement à l’annonce d’un succès qui semblait déjà se dessiner depuis des mois. Jamais des élections dans un pays de 9,5 millions d’habitants n’avaient fait l’objet de tant de reportages et de moyens mobilisés.
Le mécontentement social est la principale cause de la défaite du pouvoir sortant, et non un subit enthousiasme européen
C’est que, vu de Bruxelles, ce qui se jouait en Hongrie était de la plus haute importance. Car, depuis des années, Viktor Orban tenait le rôle du vilain petit canard au sein de l’Union européenne. Cela s’est particulièrement manifesté dans l’attitude de Budapest vis-à-vis de l’Ukraine. Le gouvernement hongrois s’opposait au renforcement continu du soutien européen en faveur de Kiev.
Par exemple, M. Orban bloquait le « prêt » (en fait le don) d’une enveloppe de 90 milliards d’euros de fonds communautaires de soutien militaire et économique à l’Ukraine. De même, il s’opposait à l’adoption – qui requiert l’unanimité – d’un vingtième « paquet » de sanctions envers la Russie. Et il bloquait même le remboursement par les fonds bruxellois de sommes versées par certaines capitales en faveur de l’armement ukrainien.
Mais ce n’est là qu’un des aspects de l’irritation des dirigeants de l’UE. Ceux-ci accusent, depuis des années, le pouvoir en place de mettre en cause « l’état de droit », de battre en brèche l’indépendance de la justice de même que celle de la presse, et de faire pression sur « la société civile » en contrôlant le financement des ONG.
Derrière ces reproches, les véritables griefs remontent en réalité aux premières mesures prises par M. Orban à partir de 2010, alors que le pays venait de se voir imposer de l’extérieur des plans d’austérité après la crise financière de 2008. M. Orban avait alors décidé de récupérer dans le domaine public des fonds de pension privés, de nationaliser certaines banques, de prendre des actifs de multinationales, voire de créer certains monopoles publics.
Ces mesures avaient eu des effets positifs. Mais elles ont également évolué en tendances moins reluisantes : apparition d’oligarques proches du pouvoir, népotisme, copinage…
Ces phénomènes se sont amplifiés ces dernières années, et figurent au premier rang des raisons qui ont provoqué la défaite du 12 avril. D’autant que les performances économiques n’étaient plus guère au rendez-vous, avec une croissance en berne et une inflation touchant durement une large partie de la population, également préoccupée par des services publics dégradés.
Cette dégradation s’explique aussi en partie par le gel des fonds européens sur lesquels Budapest comptait (19 milliards de fonds régionaux et de fonds post-Covid). Gel que Bruxelles a imposé au motif que la Hongrie violerait les valeurs de l’UE et serait gangrenée par la corruption. Un gel qui pourrait bien être levé, espère Peter Magyar, pour récompenser son engagement pro-UE.
Ce mécontentement social est la principale cause de la défaite du pouvoir sortant, et non un subit enthousiasme pour l’intégration européenne. Un enthousiasme seulement partagé au sein des couches urbaines aisées (en particulier dans la jeunesse). Mais l’électorat fidèle au FIDESZ a lâché ce dernier pour de tout autres raisons, notamment le sentiment d’injustice et le ras-le-bol face à une petite minorité qui semblait s’enrichir sans garde-fou.
En outre, l’installation à marche forcée d’usines d’automobiles électriques et de batteries (avec en particulier des capitaux chinois) semble avoir peu intégré les contraintes environnementales, au détriment de zones rurales en principe très favorables au FIDESZ.
Avant de prendre ses distances avec le FIDESZ, Peter Magyar avait été pendant quatorze ans dans l’orbite de ce parti
Dès le dimanche soir, avant même que tous les bulletins ne soient dépouillés, Viktor Orban a reconnu sa défaite et a félicité le vainqueur. Il a ainsi fait mentir tous ceux qui l’accusaient à l’avance de préparer des stratagèmes pour se maintenir au pouvoir par la force ou la ruse.
Mais il a laissé entendre qu’il n’abandonnait pas le combat politique. Il est vrai que, passé l’enthousiasme manifesté par les dirigeants européens au soir du scrutin, l’avenir s’annonce pour eux plutôt complexe. Si le futur premier ministre a promis qu’il mettrait fin aux dérives « illibérales » de son prédécesseur, plusieurs de ses orientations politiques ne dessinent pas un changement de cap dans tous les domaines.
Car avant de prendre ses distances avec le FIDESZ, Peter Magyar avait été pendant quatorze ans un haut fonctionnaire dans l’orbite de ce parti. Il s’en est distancié en 2024 au nom de la lutte anti-corruption, mais a gardé des positions très conservatrices sur des questions de société (mariage homosexuel..) et clamé son opposition à l’immigration. Une opposition finalement très proche d’un des combats emblématiques de Viktor Orban, ce qui a contribué à sa victoire mais ne va pas dans le sens de Bruxelles.
De même, son attitude envers l’Ukraine est loin de l’engagement des dirigeants européens en faveur de Kiev. Il est certes probable qu’il lève les vetos hongrois au financement de 90 milliards bloqué par son prédécesseur, ainsi qu’au paquet de sanctions anti-russe en attente – encore qu’il ait laissé un certain flou sur ce point.
Mais il refuse que le pays contribue à ce transfert de fonds, et a réaffirmé que Budapest ne livrerait aucune arme à Kiev. Pendant la campagne, il s’était gardé de contredire les promesses de Viktor Orban. Ce dernier assurait que la Hongrie travaillerait pour la paix plutôt que d’alimenter la guerre en subventionnant l’une des parties.
C’était du reste l’argument politique majeur de M. Orban : votez pour moi pour éviter que Bruxelles et mon adversaire ne plongent la Hongrie dans la guerre. Le pays est majoritairement pacifiste, et ne nourrit pas beaucoup de sympathie historique pour l’Ukraine. Un état de fait dont M. Magyar sait devoir tenir compte pour la suite.
Le virage géopolitique à Budapest pourrait donc être plus mesuré que ne l’espère Bruxelles. D’autant que le chef du gouvernement sortant était de son côté bien moins radical que l’image qui lui était souvent attribuée. Il a certes fréquemment pris ses distances verbales au sein du Conseil européen, mais il finissait bien souvent par se ranger à la ligne majoritaire, le cas échéant en obtenant de petites concessions.
Par exemple, il ne s’était finalement pas opposé aux dix-neuf paquets de sanctions successifs contre Moscou. De même, il avait fini par laisser passer la décision de principe d’une future adhésion (au demeurant improbable) de l’Ukraine à l’UE. Son successeur a, pour sa part, promis un référendum sur cette perspective – dont le résultat négatif serait couru d’avance.
D’autres chefs de gouvernement se sont également souvent montrés réticents quant à l’orientation du Conseil européen
La suite des événements sera d’autant plus complexe que d’autres chefs de gouvernement se sont également souvent montrés réticents quant à l’orientation majoritaire au sein du Conseil européen. Ainsi, même s’ils sont généralement plus timides que ne l’était le Hongrois, les premiers ministres slovaque et tchèque sont parfois dissidents. Le premier avait même accepté en 2025, péché suprême, de se rendre à Moscou pour la fête de la victoire du 9 mai.
Accusé d’être proche de la Russie – et de la Chine – M. Orban avait, quant à lui, aussi essuyé les foudres de l’UE lorsqu’il a reçu le soutien explicite de Washington. La visite à Budapest, quelques jours avant le scrutin, du vice-président américain avait été condamnée comme une ingérence électorale par les dirigeants européens.
Ce qui n’était pas faux. Mais les mêmes semblent avoir la mémoire courte : peu de temps avant les élections en Moldavie de septembre 2025, le président français, le chancelier allemand et le premier ministre polonais avaient, en personne, fait le voyage de Chisinau (la capitale moldave) pour peser en faveur du camp de la présidente pro-UE Maia Sandu.
Mais c’était alors « pour la bonne cause ». Quoi qu’il en soit, les plus lucides des dirigeants européens en sont conscients : au-delà du soulagement d’un soir, les tensions avec Budapest ne vont pas disparaître miraculeusement.
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C’est ce qui s’appelle un pari raté. Le 26 février, la cheffe du gouvernement danois annonçait la tenue d’élections générales anticipées pour le 24 mars. Mette Frederiksen (photo), qui dirige le parti social-démocrate depuis 2015, et qui est au pouvoir depuis 2019, espérait alors profiter du frémissement des sondages en sa faveur.
Sans doute bénéficiait-elle à ce moment là de la volonté américaine brutalement affirmée de s’emparer du Groenland, et de la fermeté qu’elle a affichée face à l’arrogance de Donald Trump.
Mais, quelques semaines plus tard, les électeurs danois en ont finalement décidé autrement. Dans un scrutin auquel 83,7% des 4,3 millions d’électeurs inscrits ont participé (un niveau très proche des précédentes élections de 2022), les sociaux-démocrates arrivent certes en tête, du fait de la multiplicité des listes qui vont être représentées au Parlement (douze ont franchi la barre des 2%). Mais ils n’obtiennent que 21,9%, leur pire résultat aux législatives depuis… 1903.
Lors du précédent scrutin, en novembre 2022, leur score était de 27,5%. Mme Frederiksen aurait pu à ce moment former une coalition avec des formations situées à sa gauche : le Parti populaire socialiste et la Liste de l’unité. Ces partis la soutenaient (sans participation gouvernementale) depuis 2019.
Mais la sociale-démocrate avait fait finalement un autre choix : une alliance avec Les Modérés, un parti étiqueté centre-droit, et avec les Libéraux, clairement classés à droite. Ce dernier parti, avec 10,1% des suffrages, perd 3,2 points, et appelle désormais à une union des droites, donc sans les sociaux-démocrates.
Quant aux Modérés, ils recueillent 7,7%, soit une légère baisse de 1,6 point. Leur chef, qui était ministre des Affaires étrangères dans le cabinet sortant, a appelé ses deux partenaires à renouveler la coalition sortante. Les négociations vont sans doute être complexes et durer quelques semaines.
La reconstitution d’un « bloc de gauche » ne semble pas dans les intentions de Mette Frederiksen. Pourtant, le Parti populaire socialiste obtient 12%, soit un gain de 3,3 points par rapport à 2022, et se retrouve en deuxième parti du pays. Il apparaît donc comme l’un des deux gagnants de ce scrutin. La Liste de l’unité rassemble pour sa part 6,3% des électeurs (+ 1,2 point).
Incontestablement, les sociaux-démocrates pâtissent de leur alliance à droite lors de la dernière législature, qui ne correspondait sans doute pas aux souhaits de beaucoup de leurs électeurs ; ainsi que de la politique que cette dernière a déterminée. Par exemple, à peine quelques jours après la formation de la coalition de 2022, le gouvernement annonçait la suppression d’un jour férié… afin de financer la hausse du budget de la défense.
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Cet article Au Danemark, les sociaux-démocrates subissent une lourde défaite… est apparu en premier sur Ruptures.
C’est ce qui s’appelle un pari raté. Le 26 février, la cheffe du gouvernement danois annonçait la tenue d’élections générales anticipées pour le 24 mars. Mette Frederiksen (photo), qui dirige le parti social-démocrate depuis 2015, et qui est au pouvoir depuis 2019, espérait alors profiter du frémissement des sondages en sa faveur.
Sans doute bénéficiait-elle à ce moment là de la volonté américaine brutalement affirmée de s’emparer du Groenland, et de la fermeté qu’elle a affichée face à l’arrogance de Donald Trump.
Mais, quelques semaines plus tard, les électeurs danois en ont finalement décidé autrement. Dans un scrutin auquel 83,7% des 4,3 millions d’électeurs inscrits ont participé (un niveau très proche des précédentes élections de 2022), les sociaux-démocrates arrivent certes en tête, du fait de la multiplicité des listes qui vont être représentées au Parlement (douze ont franchi la barre des 2%). Mais ils n’obtiennent que 21,9%, leur pire résultat aux législatives depuis… 1903.
Lors du précédent scrutin, en novembre 2022, leur score était de 27,5%. Mme Frederiksen aurait pu à ce moment former une coalition avec des formations situées à sa gauche : le Parti populaire socialiste et la Liste de l’unité. Ces partis la soutenaient (sans participation gouvernementale) depuis 2019.
Mais la sociale-démocrate avait fait finalement un autre choix : une alliance avec Les Modérés, un parti étiqueté centre-droit, et avec les Libéraux, clairement classés à droite. Ce dernier parti, avec 10,1% des suffrages, perd 3,2 points, et appelle désormais à une union des droites, donc sans les sociaux-démocrates.
Quant aux Modérés, ils recueillent 7,7%, soit une légère baisse de 1,6 point. Leur chef, qui était ministre des Affaires étrangères dans le cabinet sortant, a appelé ses deux partenaires à renouveler la coalition sortante. Les négociations vont sans doute être complexes et durer quelques semaines.
La reconstitution d’un « bloc de gauche » ne semble pas dans les intentions de Mette Frederiksen. Pourtant, le Parti populaire socialiste obtient 12%, soit un gain de 3,3 points par rapport à 2022, et se retrouve en deuxième parti du pays. Il apparaît donc comme l’un des deux gagnants de ce scrutin. La Liste de l’unité rassemble pour sa part 6,3% des électeurs (+ 1,2 point).
Incontestablement, les sociaux-démocrates pâtissent de leur alliance à droite lors de la dernière législature, qui ne correspondait sans doute pas aux souhaits de beaucoup de leurs électeurs ; ainsi que de la politique que cette dernière a déterminée. Par exemple, à peine quelques jours après la formation de la coalition de 2022, le gouvernement annonçait la suppression d’un jour férié… afin de financer la hausse du budget de la défense.
Leur volte-face pro-UE avait contribué à la déculottée des sociaux-démocrates aux élections européennes de 2024 et municipales de 2025
Cela explique que la brève campagne de 2026 n’ait pu faire l’impasse sur des préoccupations populaires : le logement, le coût de la vie, la protection sociale, les inégalités… Car même si le pays, avec ses six millions d’habitants, a la réputation d’être prospère, nombreux sont ceux qui peinent à finir le mois. Au point qu’en janvier, le gouvernement avait jugé utile d’octroyer à deux millions de Danois un « chèque nourriture » d’un montant équivalant à 300 à 700 euros.
Et lors de la campagne, Mette Frederiksen a promis le rétablissement d’un impôt sur la fortune, la revalorisation des retraites, ainsi que des efforts budgétaires pour réduire le nombre d’écoliers par classe, semblant ainsi amorcer un coup de barre à gauche. Manifestement un peu tard au goût de ses électeurs.
Il est vrai que la dirigeante – peu aimée des citoyens, mais faisant valoir ses qualités de dirigeante déterminée, selon les analystes politiques danois – se caractérise surtout par un fort opportunisme. Elle s’est longtemps affichée comme « eurosceptique » et s’était même revendiquée « anti-européenne » dans un pays où l’Union européenne ne suscite guère l’enthousiasme. (Pour mémoire, les citoyens avaient voté, en 1992, contre le traité de Maëstricht – premier coup de tonnerre d’une longue série en Europe ; finalement, un second vote avait été organisé, après que quatre dérogations – dont la non adoption de l’euro – avaient été octroyées au Danemark).
Puis la cheffe du gouvernement s’était associée, dans les années 2020, au groupe des pays dits « frugaux » (l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas…) très réticents à faire grimper le budget commun de l’UE et donc leur propre contribution. Nouveau virage en 2025, alors que le Danemark prend pour six mois la présidence du Conseil de l’UE : « j’aime le Danemark (…) mais je suis aussi une Européenne fervente » avait clamé Mme Frederiksen, contredisant ses positions antérieures, et jugeant que l’appartenance au club des pays « frugaux » n’était plus d’actualité.
Cette nouvelle volte-face a probablement contribué à provoquer la déculottée subie par les sociaux-démocrates lors des élections européennes de 2024 (15,5%), ainsi qu’aux élections municipales de 2025. Lors de ces dernières, c’est le Parti populaire socialiste qui a détrôné les sociaux-démocrates dans plusieurs grandes villes dont leur fief historique de Copenhague, la capitale.
Le Danemark est l’un des pays qui envoient le plus d’armes et d’argent pour soutenir Kiev
La première ministre s’était par ailleurs illustrée par un tournant en matière de politique migratoire. En 2019, elle s’était engagée à prendre des mesures restrictives dans ce domaine, ce qui avait incontestablement permis son succès électoral d’alors, après que les sociaux-démocrates eurent passé quatre ans dans l’opposition.
Selon les analystes, elle avait ainsi siphonné l’électorat du Parti populaire danois, souvent classé à l’extrême droite, mais partisan de l’« Etat providence ». En juin 2019, ce dernier avait ainsi dû se contenter de 8,7%, soit une dégringolade de 12,4 points, puis de 2,6% en 2022 (mais dans le contexte d’une concurrence interne dans cette mouvance). Il remonte à 9,1% en 2026, faisant figure de deuxième gagnant de cette élection. Il a sans doute aussi tiré profit de ses positions opposées au soutien à l’Ukraine.
Parallèlement, sur la scène européenne, Mme Frederiksen s’est illustrée par son rapprochement avec son homologue italienne, Giorgia Meloni. Les deux femmes viennent d’horizons politiques opposés (Mme Meloni est issue du « post-fascisme »), mais elles militent ensemble pour poursuivre des politiques « dures » contre les flux migratoires. Récemment encore, elles ont pris la tête d’un groupe d’Etats membres qui tentent désormais d’influencer dans ce sens le Conseil européen.
La sociale-démocrate danoise peut arguer du fait que ce sont les couches populaires – l’électorat traditionnel de son parti – qui sont mises en concurrence par l’immigration et donc les plus touchées par les conséquences de l’afflux de réfugiés ou de demandeurs d’asile. Elle a par ailleurs récemment promis de renforcer les expulsions d’étrangers condamnés à de la prison.
En revanche, sur la scène internationale plus globalement, la dirigeante s’est inscrite dans la fidélité atlantique traditionnelle des élites politiques danoises. Membre fondateur de l’OTAN, Copenhague est par exemple le pays qui a connu, si on rapporte les chiffres à sa population, les plus grandes pertes de soldats ayant combattu en Afghanistan aux côtés des Américains. Surtout, entre 2021 et 2025, les dépenses militaires sont passées de 1,3 % du produit intérieur brut à plus de 3 %.
Et aujourd’hui encore le Danemark est l’un des pays qui envoient le plus d’armes et d’argent pour soutenir Kiev.
Au regard des résultats du 24 mars, il n’est pas certain que les électeurs aient exprimé le souhait que de telles orientations se poursuivent. Ce qui n’empêchera sans doute pas Mette Frederiksen de décrocher un troisième mandat après des négociations en coulisses, bien loin des préoccupations exprimées dans les urnes.
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Hasard du calendrier : les élections municipales des 15 et 22 mars se sont tenues au moment même où la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël continue de répandre la mort et la destruction sur l’Iran (et le Liban), et est en passe d’enflammer le Moyen-Orient.
Naturellement, les tragiques événements internationaux ne sont pas un facteur déterminant dans le choix par les électeurs français de leurs conseils municipaux et leurs maires. Mais ce contexte peut-il jouer un rôle, même minime et indirect ? Pour tenter de répondre à cette question, il faut citer les principaux enseignements du scrutin.
Et d’abord rappeler que dans les communes de quelques milliers d’habitants ou moins – soit la grande majorité d’entre elles – les listes, liées essentiellement aux enjeux locaux, sont dépourvues d’étiquette politique. C’est donc essentiellement à partir des résultats dans les villes grandes ou moyennes que des analyses peuvent être tirées.
La première caractéristique est l’abstention. Avec, au niveau national, près de 44% des citoyens qui n’ont pas pris part au premier tour (et plus de 42% au second tour), celle-ci bat un record historique pour ce type de scrutin (à l’exception du vote de 2020, atypique du fait du confinement lié au Covid).
Ensuite, à l’issue du premier tour – là où les électeurs expriment leurs préférences – les analystes politiques ont pointé les bons résultats de deux partis, généralement classés respectivement « droite radicale » et « gauche radicale ».
Le Rassemblement national (RN) conduit par Marine Le Pen et Jordan Bardella consolide ses positions là où il détenait la mairie, et étend son influence, même s’il ne s’agit pas d’une vague déferlante. Lors du second tour, il gagne plusieurs villes moyennes, notamment dans le sud du pays, mais en manque d’autres.
Pour sa part, le 15 mars, La France insoumise (LFI) a créé la surprise dans les médias et chez ses adversaires. Ces derniers s’attendaient à un recul du parti fondé par Jean-Luc Mélenchon. C’est le contraire qui s’est produit : souvent une progression de son pourcentage, et le gain de quelques villes très symboliques, dont deux de plus de 100 000 habitants.
Enfin et surtout, les électeurs ont, à peu d’exceptions près, infligé un revers majeur au camp présidentiel. La mouvance qui avait émergé en 2017 dans la foulée de la première élection d’Emmanuel Macron, et qui avait rassemblé des citoyens et des politiciens « issus de la droite et de la gauche », confirme son délitement, amorcé depuis quelques années, en particulier depuis les élections législatives anticipées de 2024.
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Hasard du calendrier : les élections municipales des 15 et 22 mars se sont tenues au moment même où la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël continue de répandre la mort et la destruction sur l’Iran (et le Liban), et est en passe d’enflammer le Moyen-Orient.
Naturellement, les tragiques événements internationaux ne sont pas un facteur déterminant dans le choix par les électeurs français de leurs conseils municipaux et leurs maires. Mais ce contexte peut-il jouer un rôle, même minime et indirect ? Pour tenter de répondre à cette question, il faut citer les principaux enseignements du scrutin.
Et d’abord rappeler que dans les communes de quelques milliers d’habitants ou moins – soit la grande majorité d’entre elles – les listes, liées essentiellement aux enjeux locaux, sont dépourvues d’étiquette politique. C’est donc essentiellement à partir des résultats dans les villes grandes ou moyennes que des analyses peuvent être tirées.
La première caractéristique est l’abstention. Avec, au niveau national, près de 44% des citoyens qui n’ont pas pris part au premier tour (et plus de 42% au second tour), celle-ci bat un record historique pour ce type de scrutin (à l’exception du vote de 2020, atypique du fait du confinement lié au Covid).
Ensuite, à l’issue du premier tour – là où les électeurs expriment leurs préférences – les analystes politiques ont pointé les bons résultats de deux partis, généralement classés respectivement « droite radicale » et « gauche radicale ».
Le Rassemblement national (RN) conduit par Marine Le Pen et Jordan Bardella consolide ses positions là où il détenait la mairie, et étend son influence, même s’il ne s’agit pas d’une vague déferlante. Lors du second tour, il gagne plusieurs villes moyennes, notamment dans le sud du pays, mais en manque d’autres.
Pour sa part, le 15 mars, La France insoumise (LFI) a créé la surprise dans les médias et chez ses adversaires. Ces derniers s’attendaient à un recul du parti fondé par Jean-Luc Mélenchon. C’est le contraire qui s’est produit : souvent une progression de son pourcentage, et le gain de quelques villes très symboliques, dont deux de plus de 100 000 habitants.
Enfin et surtout, les électeurs ont, à peu d’exceptions près, infligé un revers majeur au camp présidentiel. La mouvance qui avait émergé en 2017 dans la foulée de la première élection d’Emmanuel Macron, et qui avait rassemblé des citoyens et des politiciens « issus de la droite et de la gauche », confirme son délitement, amorcé depuis quelques années, en particulier depuis les élections législatives anticipées de 2024.
« Nous sommes tous des enfants de Gaza »
Au terme du scrutin, la Macronie a donc toutes les raisons de faire grise mine. Un des exemples les plus spectaculaire n’est autre que la défaite de l’ancien premier ministre François Bayrou dans sa propre ville de Pau.
Du côté du RN, et de LFI, on a plutôt fait la fête, même si, il faut le répéter, les situations et déterminants locaux varient d’une ville à l’autre. Ces deux partis se situent aux deux bords opposés du spectre politique. Ils ont cependant un point commun : être ou avoir été diabolisés par la caste politico-médiatique.
Ce fut longtemps le cas du RN, autour duquel il convenait, disait-on, de former un « cordon sanitaire » visant à l’empêcher de conquérir des positions de pouvoir. Les adhérents et les dirigeants étaient stigmatisés comme étant d’« extrême droite », voire « fascistes ».
Plus prosaïquement, le consensus des grands médias les accusait en particulier d’être « contre l’Europe ». Un reproche en réalité très exagéré, et même totalement dépassé ces dernières années, tant les amis de Mme Le Pen ont rallié l’idéologie consensuelle défendant simplement « une autre Europe ». Mais de nombreux électeurs eurosceptiques restent sur leurs anciennes illusions.
La mise à l’index de LFI est plus récente. Mais elle n’en est désormais que plus virulente. Ce fut en particulier le cas lors des derniers mois. Le mouvement s’est vu reprocher une indulgence, voire une responsabilité dans l’assassinat d’un activiste d’extrême droite. Surtout, M. Mélenchon a été l’objet de campagnes incessantes l’accusant d’antisémitisme.
On peut critiquer le chef de LFI dans beaucoup de domaines – il fut par exemple un partisan acharné du traité de Maëstricht en 1992, puis un adversaire affiché du projet de constitution européenne, avant de, désormais, mettre beaucoup d’eau dans son vin en matière de critique de l’UE – mais l’accusation d’antisémitisme est sans fondement au vu de ses engagements politiques depuis des décennies.
En réalité, le concert politico-médiatique considère que quiconque défend la cause palestinienne et dénonce l’idéologie sioniste est suspect d’antisémitisme. Or LFI a commis le péché capital notamment de présenter aux élections européennes une avocate franco-palestinienne très engagée contre l’action génocidaire d’Israël à Gaza.
Enfin, ce parti a longtemps été accusé d’« indulgence » vis-à-vis de la Russie – un reproche assez immérité, mais, là encore, pour les électeurs, c’est l’image, et non la réalité qui compte. Faut-il dès lors en conclure que les citoyens qui ont voté pour les listes LFI ont fait leur choix à partir de motivations internationales ? Certainement pas comme première motivation. Mais, à tout le moins, ces positions « dissidentes » ne les en ont pas dissuadés. Et y ont peut-être parfois contribué.
Ainsi, c’est une liste LFI qui a emporté dès le premier tour la ville de Saint-Denis, battant le maire socialiste sortant. Un succès spectaculaire dans l’une des plus grandes communes de l’agglomération parisienne (150 000 habitants), où les citoyens d’origine immigrée constituent une part importante de la population. C’est dans ce contexte que la soirée électorale y a connu des scènes d’enthousiasme où l’un des premiers slogans fut spontanément… « nous sommes tous des enfants de Gaza » (photo, à l’intérieur de l’Hôtel de ville de Saint-Denis). Bien sûr, la configuration n’est pas représentative de la France entière. Mais l’événement n’est pas anodin quant au rôle des questions internationales.
Ce qui est certain, c’est qu’une vaste campagne médiatique s’est enclenchée, au terme du second tour, visant à imposer l’idée qu’une alliance avec LFI ferait perdre la gauche.
Le président rêvait sans doute de bénéficier de l’effet « chef des armées »
Un dernier élément est important à prendre en compte. Depuis les élections provoquées en 2024 par Emmanuel Macron, et qui lui furent funestes en le privant de majorité à l’Assemblée nationale, l’action présidentielle en matière intérieure est quasiment paralysée. Dans ces conditions, le président tente de redorer son blason dans un domaine où il décide de tout, sans avoir à en passer par les députés : la politique étrangère. Et rêvait sans doute de bénéficier de l’effet « chef des armées » (et de la diplomatie).
Il n’a ainsi pas ménagé ses efforts, paradant par exemple sur le porte-avion Charles de Gaulle, ou proposant d’étendre le champ de la dissuasion nucléaire aux voisins européens. Et lorsque Donald Trump et Benyamin Netanyahou déclenchent une agression brutale et illégale contre l’Iran, la première réaction du maître de l’Elysée est de condamner… Téhéran.
Là encore, ce ne fut évidemment pas la première motivation de ceux qui ont choisi leur équipe municipale. Mais si un tel engagement présidentiel avait recueilli l’assentiment voire l’enthousiasme populaires, il est probable que le camp macroniste n’aurait pas subi une telle déculottée électorale.
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Ce n’est pas d’aujourd’hui que le premier ministre hongrois irrite la majorité de ses collègues au sein du Conseil européen. Depuis son retour au pouvoir en 2010, Viktor Orban (photo) a vu se multiplier les griefs qui lui sont adressés : violations de l’« Etat de droit », népotisme, mise en cause de la liberté de la presse, affaiblissement de l’indépendance de la justice… La Hongrie est présentement sous le coup de plusieurs procédures de sanctions européennes, entraînant notamment la suspension de certaines subventions.
Surtout, la colère de Bruxelles a monté de plusieurs crans depuis le début de la guerre en Ukraine. Car Budapest ne s’inscrit pas dans la ligne dominante de l’Union européenne : la diplomatie hongroise n’attribue pas à Moscou l’entière responsabilité du conflit, et dénonce l’attitude belliqueuse de l’UE. Elle plaide pour une désescalade vis-à-vis de la Russie et refuse le principe d’un soutien économique, militaire et logistique à Kiev.
Jusqu’à présent cependant, le chef du gouvernement hongrois a toujours choisi le compromis avec Bruxelles, évitant soigneusement toute attitude de blocage. Il a ainsi fini par approuver les dix-neuf paquets de sanctions successifs depuis 2022, paquets qui nécessitaient l’unanimité des Vingt-sept pour entrer en vigueur.
De même, en décembre 2023, il s’était tactiquement éloigné quelques minutes de la salle du Conseil, ce qui avait permis d’adopter le principe du lancement des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Au point que dans les couloirs de la Commission, on se rassurait en affirmant que, finalement, M. Orban « aboie, mais ne mord pas ».
Cette fois cependant, ce dernier a franchi une nouvelle étape : à l’heure où ces lignes sont écrites, il n’a pas levé son opposition à l’adoption du vingtième paquet de sanctions contre Moscou ; en outre, il bloque l’attribution du « prêt » européen (qui se transformera de fait en don) de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, alors que ce pays risque d’être à court de liquidités budgétaires dans quelques semaines.
Un compromis finira probablement par être trouvé sur ces deux dossiers, mais sans doute pas avant le Conseil européen du 19 mars, voire les élections hongroises du 12 avril. Dès lors, la plupart des dirigeants européens sont furieux. « Je suis stupéfait par la position hongroise », a tempêté le ministre allemand Johann Wadephul. Son collègue polonais, Radek Sikorski, a accusé la Hongrie d’avoir « enfreint le principe de solidarité européenne auquel nous sommes liés par le traité de Lisbonne… c’est assez choquant ».
Le président du Conseil européen, António Costa, a de son côté, adressé une lettre à M. Orban, affirmant que « tout manquement à cet engagement (de prêt) constitue une violation du principe de coopération loyale ». Pour sa part, la cheffe de la politique extérieure de l’UE, Kaja Kallas, a dû admettre : « nous ne sommes pas parvenus à un accord sur le vingtième paquet de sanctions ; c’est un revers et un message que nous ne voulions pas envoyer aujourd’hui, mais le travail se poursuit ».
Car Bruxelles comptait bien annoncer les nouvelles sanctions pour le 24 février, date anniversaire de l’entrée des troupes russes en Ukraine. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, flanquée du président du Conseil, qui avaient prévu de se rendre à Kiev ce jour anniversaire, sont donc arrivés les mains vides dans la capitale ukrainienne. Ils ont dû se contenter de réaffirmer solennellement le soutien inconditionnel au pouvoir de Kiev. Il est vrai que le soutien financier européen cumulé depuis février 2022 s’approche des 200 milliards d’euros (soit près de 450 euros par habitant de l’UE, bébés compris…).
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Cet article Viktor Orban joue avec les nerfs de Bruxelles… est apparu en premier sur Ruptures.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que le premier ministre hongrois irrite la majorité de ses collègues au sein du Conseil européen. Depuis son retour au pouvoir en 2010, Viktor Orban (photo) a vu se multiplier les griefs qui lui sont adressés : violations de l’« Etat de droit », népotisme, mise en cause de la liberté de la presse, affaiblissement de l’indépendance de la justice… La Hongrie est présentement sous le coup de plusieurs procédures de sanctions européennes, entraînant notamment la suspension de certaines subventions.
Surtout, la colère de Bruxelles a monté de plusieurs crans depuis le début de la guerre en Ukraine. Car Budapest ne s’inscrit pas dans la ligne dominante de l’Union européenne : la diplomatie hongroise n’attribue pas à Moscou l’entière responsabilité du conflit, et dénonce l’attitude belliqueuse de l’UE. Elle plaide pour une désescalade vis-à-vis de la Russie et refuse le principe d’un soutien économique, militaire et logistique à Kiev.
Jusqu’à présent cependant, le chef du gouvernement hongrois a toujours choisi le compromis avec Bruxelles, évitant soigneusement toute attitude de blocage. Il a ainsi fini par approuver les dix-neuf paquets de sanctions successifs depuis 2022, paquets qui nécessitaient l’unanimité des Vingt-sept pour entrer en vigueur.
De même, en décembre 2023, il s’était tactiquement éloigné quelques minutes de la salle du Conseil, ce qui avait permis d’adopter le principe du lancement des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Au point que dans les couloirs de la Commission, on se rassurait en affirmant que, finalement, M. Orban « aboie, mais ne mord pas ».
Cette fois cependant, ce dernier a franchi une nouvelle étape : à l’heure où ces lignes sont écrites, il n’a pas levé son opposition à l’adoption du vingtième paquet de sanctions contre Moscou ; en outre, il bloque l’attribution du « prêt » européen (qui se transformera de fait en don) de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, alors que ce pays risque d’être à court de liquidités budgétaires dans quelques semaines.
Un compromis finira probablement par être trouvé sur ces deux dossiers, mais sans doute pas avant le Conseil européen du 19 mars, voire les élections hongroises du 12 avril. Dès lors, la plupart des dirigeants européens sont furieux. « Je suis stupéfait par la position hongroise », a tempêté le ministre allemand Johann Wadephul. Son collègue polonais, Radek Sikorski, a accusé la Hongrie d’avoir « enfreint le principe de solidarité européenne auquel nous sommes liés par le traité de Lisbonne… c’est assez choquant ».
Le président du Conseil européen, António Costa, a de son côté, adressé une lettre à M. Orban, affirmant que « tout manquement à cet engagement (de prêt) constitue une violation du principe de coopération loyale ». Pour sa part, la cheffe de la politique extérieure de l’UE, Kaja Kallas, a dû admettre : « nous ne sommes pas parvenus à un accord sur le vingtième paquet de sanctions ; c’est un revers et un message que nous ne voulions pas envoyer aujourd’hui, mais le travail se poursuit ».
Un changement de majorité à Budapest serait accueilli avec enthousiasme tant à Bruxelles qu’à Kiev
Car Bruxelles comptait bien annoncer les nouvelles sanctions pour le 24 février, date anniversaire de l’entrée des troupes russes en Ukraine. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, flanquée du président du Conseil, qui avaient prévu de se rendre à Kiev ce jour anniversaire, sont donc arrivés les mains vides dans la capitale ukrainienne. Ils ont dû se contenter de réaffirmer solennellement le soutien inconditionnel au pouvoir de Kiev. Il est vrai que le soutien financier européen cumulé depuis février 2022 s’approche des 200 milliards d’euros (soit près de 450 euros par habitant de l’UE, bébés compris…).
Les dirigeants européens sont d’autant plus exaspérés qu’ils pensaient que la route était dégagée pour le nouveau financement promis au président ukrainien. Le 18 décembre dernier en effet, le Conseil (où siègent les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept) en avait adopté le principe. La Hongrie, mais aussi la Slovaquie et la République tchèque – qui partagent l’état d’esprit de Budapest – avaient donné leur feu vert en échange de la promesse de ne pas être sollicitées pour financer le prêt sollicité par Volodymyr Zelensky.
Entre temps cependant, la donne a changé, a estimé Viktor Orban, qui a pointé la mauvaise volonté des dirigeants ukrainiens à réparer la section de l’oléoduc bombardée sur leur territoire. Conséquence : la Hongrie et la Slovaquie, qui achètent toujours du pétrole russe, par dérogation au boycott décidé par l’UE, ont vu cette source se tarir (ces deux pays avaient fait valoir lors des premiers paquets de sanctions que leur situation géographique ne leur permettait pas de se procurer d’hydrocarbures par voie maritime et dépendaient donc exclusivement de livraisons terrestres).
Le chef de la diplomatie hongroise a martelé qu’il n’était pas question de céder tant que ces livraisons n’étaient pas reprises. D’autant, a accusé son premier ministre, que ledit blocage a été organisé conjointement par Kiev, la Commission européenne, et l’opposition hongroise avec l’objectif de faire grimper le prix des carburants et donc le mécontentement populaire, à quelques semaines d’élections cruciales. Plusieurs sondages donne le FIDESZ, le parti de Viktor Orban, battu.
L’accusation formulée par M. Orban n’est pas invraisemblable, tant un changement de majorité à Budapest serait accueilli avec enthousiasme tant à Bruxelles qu’à Kiev. L’hypothèse est confortée par le cafouillage des arguments ukrainiens. Ainsi, le ministre des affaires étrangères ukrainien a récemment affirmé que « les travaux de réparation et de stabilisation (de l’oléoduc Droujba) se poursuivent ». A peu près au même moment, le président Zelensky déclarait que la réparation de l’oléoduc était dangereuse, car la Russie ciblerait les travailleurs ukrainiens. « Alors pourquoi le réparer ? » s’interrogeait à voix haute le président.
De son côté, le premier ministre slovaque s’est rangé du côté de son collègue hongrois, affirmant même que, techniquement, l’oléoduc était opérationnel, mais paralysé par la volonté politique de Kiev. Sans menacer directement de bloquer le paquet de sanctions ni le prêt européen, Robert Fico a en revanche annoncé que son pays allait cesser les livraisons de secours d’électricité à Kiev.
Le premier ministre hongrois considère que sa fermeté affichée face à Bruxelles peut contribuer à lui sauver électoralement la mise
C’est sans doute pour enlever aux deux pays ce qu’elle considère comme un prétexte que Mme von der Leyen, dans son discours du 24 février à Kiev, a insisté pour que l’Ukraine procède aux réparations. Elle avait aussi un autre message peu agréable à faire passer au président ukrainien. Car, lors de la cérémonie commune, Volodymyr Zelensky a demandé que l’UE s’engage à accueillir son pays en tant que nouveau membre… dès 2027.
La présidente de la Commission est certes une ardente partisane de l’adhésion de l’Ukraine – qui n’aura en réalité jamais lieu – mais un délai aussi rapproché est évidemment absurde, lorsqu’on sait que les précédents processus d’adhésion ont duré plus de dix ans, encore s’agissait-il de petits pays, et pas en guerre.
Dès lors, la cheffe de l’exécutif bruxellois a dû contrarier en direct et publiquement son ami ukrainien : « la date que vous fixez est votre référence, celle que vous souhaitez respecter », a-t-elle déclaré, avant de poursuivre : « de notre côté, il n’est pas possible de fixer des dates ». Parallèlement, des querelles sont en cours à Bruxelles sur l’éventualité de proposer à Kiev une adhésion « partielle » – ce qui créerait un statut d’adhérent de seconde classe, et minerait tout l’édifice communautaire.
Quoi qu’il en soit, le gouvernement de Viktor Orban, soutenu par ses homologues slovaque et tchèque, reste plus que jamais un obstacle à la poursuite de l’intégration européenne. Ce qui conforte l’hypothèse selon laquelle Bruxelles s’efforce en sous-main de contribuer à sa défaite lors des élections du 12 avril.
Symétriquement, et comme l’en accusent ses adversaires, il n’est pas improbable que le premier ministre hongrois considère que sa fermeté pour l’instant affichée face à Bruxelles puisse contribuer à lui sauver électoralement la mise. Qu’il se présente comme « candidat de la paix », et qu’il juge ce thème porteur, confirme en tout cas que les électeurs hongrois – comme ceux de nombreux pays européens – sont sensibles à cet argument, plutôt qu’aux déclarations belliqueuses d’une Union européenne qui affirme vouloir s’opposer à Moscou et faire ainsi durer le conflit encore et encore.
Le « droit de veto » permet à chaque Etat membre de se protéger face à une perte de souveraineté
Parallèlement, de nombreux dirigeants européens, notamment à Berlin et à Paris, plaident pour abolir la règle de l’unanimité qui prévaut en matière de politique extérieure de l’UE (un des seuls domaines où elle subsiste encore, avec la fiscalité).
Ce n’est certes pas nouveau, mais ils militent désormais de plus belle pour que disparaisse ce qu’ils nomment le « droit de veto » d’un ou plusieurs pays. Car la dissidence de la Hongrie leur semble désormais insupportable.
L’usage du terme « veto » évoque la connotation négative de blocage. En réalité, ce qui se joue est la possibilité pour chaque Etat membre, même petit, de se protéger face à une perte de souveraineté qui pourrait s’avérer catastrophique pour ses intérêts nationaux.
Le problème, pour les partisans de l’intégration, est que cette unanimité est inscrite dans les traités, et qu’elle ne pourrait être abolie… qu’à l’unanimité. Autant dire que cet objectif est pour l’heure inatteignable. Et qu’il risque de l’être de plus en plus, confronté au rejet populaire grandissant quant aux perspectives (improbables) d’une Europe fédérale.
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Le second tour de l’élection présidentielle au Portugal s’est déroulé le 8 février, dans un pays secoué par des fortes tempêtes et inondations. Le socialiste Antonio Jose Seguro (photo, à gauche) a été élu avec 66,6 % des suffrages. Il succédera donc à Marcelo Rebelo de Sousa, issu de la droite, souvent présenté comme consensuel, qui ne pouvait se représenter au terme de son second mandat.
Mais c’est son adversaire, André Ventura (photo, à droite), dirigeant et fondateur du parti Chega classé à l’extrême droite, qui apparaît en réalité comme le véritable gagnant avec 33,3 % des voix. Il consolide en effet la percée de son mouvement, amorcée lors des années 2020. Lors du premier tour, le 18 janvier, M. Ventura a rassemblé 23,5% des électeurs.
Des semaines avant le premier tour, les sondages semblaient indiquer que cinq candidats pouvaient espérer se qualifier pour le second tour, signe d’une fragmentation nouvelle du paysage politique portugais, jusqu’à présent dominé par deux grandes forces : le Parti socialiste (PS) et le Parti social-démocrate (PSD, classé au centre droit en dépit de son appellation).
Soutenu tardivement par le PS, dont il fut secrétaire général, M. Seguro a obtenu 31,1% des suffrages au premier tour. Il passe pour se situer à la droite de son propre parti : il était à la manœuvre en 2011, au moment des politiques d’austérité mises en œuvre par le PS puis par la droite à la suite de la crise de la dette – une période où la gouvernance économique du pays avait directement été prise en main par l’Union européenne et le FMI.
M. Ventura, un ancien chroniqueur sportif très connu, a pour sa part obtenu des résultats spectaculaires – particulièrement au sein de la jeunesse – notamment grâce à son omniprésence sur les réseaux sociaux. Avec 23,5% des suffrages le 18 janvier, il a amélioré son score de 11,6 points par rapport au scrutin présidentiel de 2021, lors duquel il avait déjà créé la surprise.
Parmi les candidats éliminés à l’issue du premier tour, Joao Cotrim Figueiredo, candidat de l’Initiative libérale (ultralibéral, droite), a obtenu 16% des voix.
Pour sa part, Henrique Gouveia e Melo, un ancien général, se présentait en candidat indépendant. Fort de son aura acquise grâce au rôle qu’il avait joué face aux gigantesques incendies de l’année 2017 et à son efficacité dans l’organisation du combat contre l’épidémie de Covid en 2020, le candidat qui s’affichait « au-dessus de la droite et de la gauche », et qui revendiquait « le Portugal comme son unique parti » avait semblé, un temps, en situation de l’emporter. Mais son inexpérience politique a finalement douché son espoir – il a obtenu 12,3% des voix.
Enfin, Luis Marques Mendes, présenté par le PSD, n’est arrivé qu’en cinquième position, avec 11,3% des électeurs qui se sont prononcés en sa faveur. C’est l’une des trois caractéristiques majeures du scrutin : le candidat soutenu par le premier ministre – Luis Montenegro qui dirige actuellement un gouvernement minoritaire alliant le PSD et un parti encore plus marqué à droite, le CDS – essuie un revers brutal en étant sèchement éliminé.
Techniquement, la cohabitation entre le nouveau président et le chef de l’exécutif (qui dispose de l’essentiel des leviers) ne posera sans doute pas de problème, puisque le chef de l’Etat ne détient pas de prérogatives majeures, même s’il nomme formellement le premier ministre et peut dissoudre l’Assemblée. Mais politiquement, c’est un revers pour la droite au pouvoir depuis avril 2024, dont l’impopularité n’a cessé de croître.
Deuxième leçon du scrutin : même si la participation électorale lors du premier tour a grimpé de 12,8 points par rapport à 2021, elle reste particulièrement faible, à 52,2% des électeurs inscrits, alors même que les résultats s’annonçaient serrés.
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Cet article Portugal : l’élection d’un président issu du PS ne devrait pas changer les orientations du pays… est apparu en premier sur Ruptures.
Le second tour de l’élection présidentielle au Portugal s’est déroulé le 8 février, dans un pays secoué par des fortes tempêtes et inondations. Le socialiste Antonio Jose Seguro (photo, à gauche) a été élu avec 66,6 % des suffrages. Il succédera donc à Marcelo Rebelo de Sousa, issu de la droite, souvent présenté comme consensuel, qui ne pouvait se représenter au terme de son second mandat.
Mais c’est son adversaire, André Ventura (photo, à droite), dirigeant et fondateur du parti Chega classé à l’extrême droite, qui apparaît en réalité comme le véritable gagnant avec 33,3 % des voix. Il consolide en effet la percée de son mouvement, amorcée lors des années 2020. Lors du premier tour, le 18 janvier, M. Ventura a rassemblé 23,5% des électeurs.
Des semaines avant le premier tour, les sondages semblaient indiquer que cinq candidats pouvaient espérer se qualifier pour le second tour, signe d’une fragmentation nouvelle du paysage politique portugais, jusqu’à présent dominé par deux grandes forces : le Parti socialiste (PS) et le Parti social-démocrate (PSD, classé au centre droit en dépit de son appellation).
Soutenu tardivement par le PS, dont il fut secrétaire général, M. Seguro a obtenu 31,1% des suffrages au premier tour. Il passe pour se situer à la droite de son propre parti : il était à la manœuvre en 2011, au moment des politiques d’austérité mises en œuvre par le PS puis par la droite à la suite de la crise de la dette – une période où la gouvernance économique du pays avait directement été prise en main par l’Union européenne et le FMI.
M. Ventura, un ancien chroniqueur sportif très connu, a pour sa part obtenu des résultats spectaculaires – particulièrement au sein de la jeunesse – notamment grâce à son omniprésence sur les réseaux sociaux. Avec 23,5% des suffrages le 18 janvier, il a amélioré son score de 11,6 points par rapport au scrutin présidentiel de 2021, lors duquel il avait déjà créé la surprise.
Parmi les candidats éliminés à l’issue du premier tour, Joao Cotrim Figueiredo, candidat de l’Initiative libérale (ultralibéral, droite), a obtenu 16% des voix.
Pour sa part, Henrique Gouveia e Melo, un ancien général, se présentait en candidat indépendant. Fort de son aura acquise grâce au rôle qu’il avait joué face aux gigantesques incendies de l’année 2017 et à son efficacité dans l’organisation du combat contre l’épidémie de Covid en 2020, le candidat qui s’affichait « au-dessus de la droite et de la gauche », et qui revendiquait « le Portugal comme son unique parti » avait semblé, un temps, en situation de l’emporter. Mais son inexpérience politique a finalement douché son espoir – il a obtenu 12,3% des voix.
Trois caractéristiques majeures du scrutin
Enfin, Luis Marques Mendes, présenté par le PSD, n’est arrivé qu’en cinquième position, avec 11,3% des électeurs qui se sont prononcés en sa faveur. C’est l’une des trois caractéristiques majeures du scrutin : le candidat soutenu par le premier ministre – Luis Montenegro qui dirige actuellement un gouvernement minoritaire alliant le PSD et un parti encore plus marqué à droite, le CDS – essuie un revers brutal en étant sèchement éliminé.
Techniquement, la cohabitation entre le nouveau président et le chef de l’exécutif (qui dispose de l’essentiel des leviers) ne posera sans doute pas de problème, puisque le chef de l’Etat ne détient pas de prérogatives majeures, même s’il nomme formellement le premier ministre et peut dissoudre l’Assemblée. Mais politiquement, c’est un revers pour la droite au pouvoir depuis avril 2024, dont l’impopularité n’a cessé de croître.
Deuxième leçon du scrutin : même si la participation électorale lors du premier tour a grimpé de 12,8 points par rapport à 2021, elle reste particulièrement faible, à 52,2% des électeurs inscrits, alors même que les résultats s’annonçaient serrés.
Que près d’un électeur sur deux ait boudé les bureaux de vote s’explique sans doute par une lassitude, un dégoût ou une rage qui se sont répandues dans le pays. Les citoyens avaient en effet été appelés à renouveler leurs députés de manière anticipée en mars 2024, puis à nouveau en mai 2025. De multiples scandales de corruption et de conflits d’intérêts avaient provoqué cette instabilité.
Tout cela a naturellement bénéficié à André Ventura et à son parti Chega, qui confirme sa percée – c’est la troisième caractéristique du scrutin. Lors de son premier combat électoral, en 2019, cette formation « populiste » n’avait récolté que 1,3% des voix. En 2022, elle passait à 7,4%. En mai 2024, à 18,9%. Enfin, lors des dernières élections parlementaires d’il y a neuf mois, elle franchissait la barre des 20%, avec 23,7%.
M. Ventura peut donc se vanter d’avoir consolidé son socle, et apparaît désormais comme première force d’opposition, devant la droite « classique » (qu’il avait appelée à le soutenir pour le second tour ; cette dernière n’a finalement donné aucune consigne de vote).
Ses slogans anti-corruption n’expliquent pas tout. Sa campagne pour un arrêt complet de l’immigration a probablement eu trouvé un écho dans un pays où le PS, au pouvoir de 2015 à 2024, avait, à la demande du patronat, ouvert le pays, à partir de 2019, à la main d’œuvre étrangère en particulier d’Asie du sud. Et ce, alors que le Portugal est historiquement un pays d’émigration. L’immigration se limitait traditionnellement aux ressortissants des Etats d’Afrique lusophone. Chega a également brandi le thème de l’insécurité.
Les enjeux sociaux n’ont pu être évacués des débats électoraux
En réalité, c’est la situation sociale du pays qui a sans doute joué un rôle majeur en arrière-plan, même si aucun des candidats des trois formations situées à gauche ne dépasse les 1% ou 2% des voix. Le Parti communiste portugais, l’une des rares forces à avoir évoqué dans sa campagne la politique internationale, doit se contenter d’un score de 1,7%.
Pourtant, les enjeux sociaux n’ont pu être évacués des débats électoraux. Le Portugal connaît une grande précarité de l’emploi, qui fut renforcée dans les années 2010 par les mesures imposées par la Troïka (Union européenne, BCE, FMI).
Il reste le pays d’Europe occidentale connaissant le plus bas niveau de rémunération, avec un salaire minimum qui dépasse à peine les 1 000 euros brut par mois. Le service public de santé a été particulièrement dégradé par l’austérité, au point que M. Seguro a dû promettre d’en faire sa priorité.
Les Portugais subissent en outre une crise du logement particulièrement aiguë. En dix ans, les loyers ont augmenté quatre fois plus vite que les salaires. Se loger est devenu un véritable casse-tête, particulièrement à Lisbonne.
Enfin, la remise en cause du droit du travail, à travers une réforme drastiquement libérale lancée l’année dernière par le gouvernement, a déclenché une grève générale le 11 décembre dernier.
Le parti Chega s’est bien gardé d’évoquer la sortie de l’UE
Il est douteux que la nouvelle configuration politique issue de l’élection présidentielle entraîne un changement d’orientation. Ni le gouvernement de droite PSD-CDS, ni le nouveau président issu du PS ne pointent la responsabilité de l’Union européenne dans les maux dont souffre le pays. Quant au parti Chega – dont les eurodéputés appartiennent au même groupe parlementaire que les amis de Marine Le Pen – il se garde bien d’évoquer la sortie de l’UE.
Si nombre de commentateurs, à Paris ou à Berlin, ont fait mine de déplorer « la montée de l’extrême droite dans un des derniers pays qui semblait en être préservé », force est de constater que l’intégration européenne apparaît comme une des causes de cette tendance : un peu partout, les électeurs sont confrontés à des orientations politiques pilotées par Bruxelles, et donc présentées comme les seules possibles.
De quoi continuer à alimenter bien des colères…
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Le 29 octobre, les 13,5 millions d’électeurs néerlandais étaient appelés aux urnes de manière anticipée, deux ans seulement après les législatives de novembre 2023. 78,4% d’entre eux ont participé au scrutin (+ 0,7%).
Les observateurs tablaient sur le maintien du Parti pour la liberté (PVV), conduit par le « populiste » Geert Wilders (photo), au niveau très élevé qu’il avait atteint il y a deux ans. Finalement, le PVV rassemble 16,7% des suffrages et perd 6,9 points.
Il se fait donc doubler d’un cheveu par le parti social-libéral D66, qui obtient 16,9% et progresse de 10,6 points. C’est la surprise du scrutin, qui semble s’être ébauchée dans les derniers jours de campagne.
M. Wilders, qui a notamment fondé son identité politique sur le combat contre l’islam, n’a pas caché sa déception, d’autant qu’il avait lui-même déclenché la chute du gouvernement sortant, dont son parti constituait pourtant le plus important des quatre piliers. Du fait de sa personnalité jugée trop clivante, ses alliés avaient cependant empêché qu’il dirige lui-même le cabinet formé en juillet 2024.
Moins d’un an plus tard, en mai dernier, il prenait l’initiative de présenter un plan de dix mesures radicalement renforcées contre l’immigration (notamment la sécurisation des frontières par l’armée, la suspension des quotas imposés par l’UE, la fin du regroupement familial…).
Ses partenaires de coalition ayant jugé ce plan inapplicable, le PVV retirait ses cinq ministres, rendant le gouvernement dirigé par le technocrate Dick Schoof minoritaire. En août, un autre partenaire de la coalition (le Nouveau contrat social, NSC) se retirait également, lui pour protester contre l’absence de condamnation officielle des exactions israéliennes à Gaza.
Mais c’est bien M. Wilders qui avait choisi de précipiter les élections. Sans doute avait-il calculé que le peu de résultats obtenus – notamment au regard des promesses sur l’immigration, mais aussi sociales – par l’attelage quadripartite sortant menacerait sa crédibilité le moment venu. Et que la réaffirmation de sa radicalité lui permettrait de devenir enfin premier ministre.
Il semble bien que ce soit cette tactique, plutôt que ses orientations, qui l’ait desservi. De nombreux citoyens semblent avoir peu apprécié l’instabilité politique qu’il a provoquée par son coup d’éclat. En outre, des émeutes provoquées par des hooligans d’ultra-droite s’étaient déroulées à La Haye en septembre, brouillant quelque peu sa campagne anti-immigration.
A peine plus de la moitié de ses électeurs de 2023 lui sont restés fidèles. Mais 14% d’entre eux se sont reportés sur deux petits partis souverainistes et conservateurs : le JA21, qui progresse à 5,9%, et le Forum pour la démocratie à 4,5%.
Parmi les raisons qui ont concouru à la baisse du PVV figurent peut-être aussi la quasi-disparition dans la campagne des thèmes de la guerre et de l’aide à l’Ukraine. Lors du précédent scrutin, M. Wilders avait dénoncé l’escalade militaire, ce qui avait alors contribué à son triomphe. De même, la perspective d’un référendum sur la sortie de l’UE n’a cette fois plus été évoquée.
Il est à noter que ce parti, fondé en 2006, reste cependant au-dessus de tous ses résultats antérieurs à 2023 (10,8% par exemple en 2021).
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Le 29 octobre, les 13,5 millions d’électeurs néerlandais étaient appelés aux urnes de manière anticipée, deux ans seulement après les législatives de novembre 2023. 78,4% d’entre eux ont participé au scrutin (+ 0,7%).
Les observateurs tablaient sur le maintien du Parti pour la liberté (PVV), conduit par le « populiste » Geert Wilders (photo), au niveau très élevé qu’il avait atteint il y a deux ans. Finalement, le PVV rassemble 16,7% des suffrages et perd 6,9 points.
Il se fait donc doubler d’un cheveu par le parti social-libéral D66, qui obtient 16,9% et progresse de 10,6 points. C’est la surprise du scrutin, qui semble s’être ébauchée dans les derniers jours de campagne.
M. Wilders, qui a notamment fondé son identité politique sur le combat contre l’islam, n’a pas caché sa déception, d’autant qu’il avait lui-même déclenché la chute du gouvernement sortant, dont son parti constituait pourtant le plus important des quatre piliers. Du fait de sa personnalité jugée trop clivante, ses alliés avaient cependant empêché qu’il dirige lui-même le cabinet formé en juillet 2024.
Moins d’un an plus tard, en mai dernier, il prenait l’initiative de présenter un plan de dix mesures radicalement renforcées contre l’immigration (notamment la sécurisation des frontières par l’armée, la suspension des quotas imposés par l’UE, la fin du regroupement familial…).
Ses partenaires de coalition ayant jugé ce plan inapplicable, le PVV retirait ses cinq ministres, rendant le gouvernement dirigé par le technocrate Dick Schoof minoritaire. En août, un autre partenaire de la coalition (le Nouveau contrat social, NSC) se retirait également, lui pour protester contre l’absence de condamnation officielle des exactions israéliennes à Gaza.
Mais c’est bien M. Wilders qui avait choisi de précipiter les élections. Sans doute avait-il calculé que le peu de résultats obtenus – notamment au regard des promesses sur l’immigration, mais aussi sociales – par l’attelage quadripartite sortant menacerait sa crédibilité le moment venu. Et que la réaffirmation de sa radicalité lui permettrait de devenir enfin premier ministre.
Il semble bien que ce soit cette tactique, plutôt que ses orientations, qui l’ait desservi. De nombreux citoyens semblent avoir peu apprécié l’instabilité politique qu’il a provoquée par son coup d’éclat. En outre, des émeutes provoquées par des hooligans d’ultra-droite s’étaient déroulées à La Haye en septembre, brouillant quelque peu sa campagne anti-immigration.
A peine plus de la moitié de ses électeurs de 2023 lui sont restés fidèles. Mais 14% d’entre eux se sont reportés sur deux petits partis souverainistes et conservateurs : le JA21, qui progresse à 5,9%, et le Forum pour la démocratie à 4,5%.
Parmi les raisons qui ont concouru à la baisse du PVV figurent peut-être aussi la quasi-disparition dans la campagne des thèmes de la guerre et de l’aide à l’Ukraine. Lors du précédent scrutin, M. Wilders avait dénoncé l’escalade militaire, ce qui avait alors contribué à son triomphe. De même, la perspective d’un référendum sur la sortie de l’UE n’a cette fois plus été évoquée.
Il est à noter que ce parti, fondé en 2006, reste cependant au-dessus de tous ses résultats antérieurs à 2023 (10,8% par exemple en 2021).
Le D66, « social-libéral », a cette fois bénéficié d’une ambiance politique jugée trop clivée par une partie des citoyens
Pour sa part, le D66 obtient le meilleur résultat de son histoire. Il est étiqueté social-libéral, ne cache pas son positionnement pro-européen, a pour modèle Barack Obama, et trouve la plus grosse partie de son électorat parmi les couches urbaines aisées et « éduquées ».
Il a probablement cette fois bénéficié d’une ambiance politique jugée trop clivée par une partie des citoyens, de même que du rajeunissement de ses dirigeants. A 38 ans, son chef Rob Jetten – au profil de « gendre idéal », et qui fut ministre de l’environnement (2022-2024) dans un gouvernement conduit par le libéral Mark Rutte – fait figure de possible futur premier ministre.
M. Rutte, qui dirigea le pays à la tête de coalitions durant quatre législatures successives, avait dû s’effacer en 2023 après que son parti libéral, le VVD, eut essuyé une large défaite (15,2%, – 6 points par rapport à 2021). Il est entre temps devenu secrétaire général de l’OTAN. Mais son ancienne formation a poursuivi son déclin en obtenant cette fois 14,2%.
13% de ses électeurs se sont tournés vers le D66, et une même proportion a rejoint l’Appel chrétien-démocrate (CDA), un vieux parti néerlandais qui conduisit jadis de nombreux gouvernements, et qui, avec 11,8% des suffrages (+8,5 points) semble retrouver une nouvelle jeunesse.
De son côté, l’alliance des travaillistes (PvdA, social-démocrate, qui obtenait encore 30% en 1982, et 25% en 2012) avec la « gauche verte » connaît une redoutable déconvenue, avec 12,7%, soit 3,1 points de moins par rapport à son score, déjà décevant, de 2023.
C’est un revers pour cette stratégie d’alliance entre ces deux forces – contre laquelle quelques cadres sociaux-démocrates s’étaient prononcés, craignant, à juste titre, de perdre au sein de l’électorat ouvrier – et une humiliation pour son leader, l’ancien vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans, connu pour avoir été l’orchestrateur du « Pacte vert ». Il avait quitté Bruxelles en 2019 avec l’objectif de prendre la direction du pays en 2023. Il subit donc un second échec en 2025, et a donc annoncé son retrait de la vie politique.
Au sein de la catégorie des perdants figurent également deux membres de la coalition sortante : le Mouvement agriculteur-citoyen (BBB, fondé en 2019), avec 2,7% (- 2 points) ; et le Nouveau contrat social (NSC, créé en 2023), qui, avec 0,4% des voix, disparaît de la Chambre basse.
Malgré sa déconvenue, M. Wilders peut se réjouir d’avoir plus que jamais imposé ses thèmes de campagne
Malgré sa déconvenue, M. Wilders peut se réjouir d’avoir plus que jamais imposé certains de ses thèmes de campagne. La plupart des partis ont admis que l’immigration massive constituait une forte préoccupation de beaucoup d’électeurs, et ont intégré des promesses de limitation dans leur programme
En outre, même le très mondialiste D66 a opéré une révolution « nationaliste » que certains ont baptisée « conquête du drapeau ». M. Jetten a ainsi déclaré : « il est important que les partis progressistes montrent également que nous pouvons être fiers de notre pays ».
La campagne a par ailleurs souligné l’importance des questions sociales pour beaucoup d’électeurs : pouvoir d’achat – dans ce pays qui tient la place de cinquième économie de l’UE et qui a l’un des plus forts PIB par habitant – mais aussi santé, et plus encore crise aiguë du logement à laquelle tous les partis promettent régulièrement de s’attaquer.
Les eurocrates auraient tort de se réjouir trop vite
Et maintenant ? Le mode de scrutin, la proportionnelle intégrale sans seuil minimum, assure la plus juste représentation de toutes les sensibilités politiques. Mais elle aboutit à une chambre extrêmement fragmentée, où quinze listes ont des élus. Cela impose des alliances à trois, quatre, voire cinq partis, pour former un gouvernement, et donc des négociations dans les coulisses qui durent des semaines, souvent des mois.
Plusieurs dirigeants politiques ont exclu toute nouvelle alliance avec M. Wilders. L’initiative revient désormais au D66. Celui-ci va probablement solliciter les libéraux du VVD ainsi que les chrétiens-démocrates du CDA. Il faudra trouver un ou deux partis supplémentaires pour atteindre la majorité au sein des 150 députés.
Du côté de Bruxelles, on a probablement poussé un soupir de soulagement en constatant que les « populistes » sont en recul, après avoir assisté au triomphe de ces derniers en République tchèque début octobre.
Les eurocrates auraient cependant tort de se réjouir trop vite. Ils avaient déjà eu des sueurs froides en 2010, lorsque le PVV avait créé la surprise en obtenant 15,4% des suffrages. Puis, en 2012, le parti était tombé à 10,1%, ce qui avait immédiatement amené la presse mainstream du Vieux continent à marteler triomphalement que l’UE avait à nouveau le vent en poupe un peu partout… La suite les a fait déchanter.
Au Pays-Bas en particulier, un fort courant anti-système existe depuis plus de deux décennies, et se traduit notamment par beaucoup de défiance vis-à-vis de la poursuite de l’intégration européenne.
Il s’était en particulier exprimé par le rejet du projet de traité constitutionnel européen, quelques jours après le référendum français de mai 2005, avec un Non encore plus massif qu’en France. Onze ans plus tard, les Bataves, consultés sur le traité d’association UE-Ukraine, contrariaient à nouveau Bruxelles en refusant la ratification (un vote « consultatif » qui fut ensuite bafoué).
Cette tendance ne s’est nullement estompée. Mais, en concentrant sa campagne sur les problèmes migratoires, M. Wilders n’a pas été en situation de capitaliser sur ce thème.
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Les 8,2 millions d’électeurs tchèques étaient appelés à renouveler leurs députés les 3 et 4 octobre. 69% d’entre eux se sont rendus aux urnes, soit une participation record pour ce pays, en hausse de 3,5 points par rapport à l’élection d’octobre 2021.
Les instituts de sondages prévoyaient la victoire de l’ancien premier ministre (2017-2021) Andrej Babis (photo), un oligarque qui avait fondé le parti ANO (Action des citoyens insatisfaits) en 2012 sur une orientation libérale et en enfourchant le thème de la lutte contre la corruption. Depuis lors, l’homme d’affaires, qui se compare à Donald Trump, a évolué vers l’« illibéralisme » et le « populisme », accusent ses détracteurs. A Strasbourg, les eurodéputés de l’ANO sont désormais affiliés au groupe où siègent les élus du RN français ou du FIDESZ hongrois.
M. Babis conteste pour sa part le qualificatif de « pro-russe » que n’ont cessé de lui décerner ses adversaires. Dramatisant les enjeux, le premier ministre sortant, Petr Fiala, avait ainsi alerté sur le risque d’une rupture avec le camp pro-occidental, ce qui représenterait selon lui « le plus grand danger pour notre pays depuis novembre 1989 ».
Malgré cette mise en garde, ou peut-être en partie grâce à celle-ci, le verdict des urnes a finalement été encore plus favorable que prévu à M. Babis. Avec 34,5% des suffrages, l’ANO progresse de 7,4 points par rapport à 2021, amplifiant ainsi son succès obtenu aux élections sénatoriales et régionales de l’année dernière. Avec 80 élus, il ne dispose cependant pas de la majorité au sein de la Chambre qui compte 200 membres.
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Les 8,2 millions d’électeurs tchèques étaient appelés à renouveler leurs députés les 3 et 4 octobre. 69% d’entre eux se sont rendus aux urnes, soit une participation record pour ce pays, en hausse de 3,5 points par rapport à l’élection d’octobre 2021.
Les instituts de sondages prévoyaient la victoire de l’ancien premier ministre (2017-2021) Andrej Babis (photo), un oligarque qui avait fondé le parti ANO (Action des citoyens insatisfaits) en 2012 sur une orientation libérale et en enfourchant le thème de la lutte contre la corruption. Depuis lors, l’homme d’affaires, qui se compare à Donald Trump, a évolué vers l’« illibéralisme » et le « populisme », accusent ses détracteurs. A Strasbourg, les eurodéputés de l’ANO sont désormais affiliés au groupe où siègent les élus du RN français ou du FIDESZ hongrois.
M. Babis conteste pour sa part le qualificatif de « pro-russe » que n’ont cessé de lui décerner ses adversaires. Dramatisant les enjeux, le premier ministre sortant, Petr Fiala, avait ainsi alerté sur le risque d’une rupture avec le camp pro-occidental, ce qui représenterait selon lui « le plus grand danger pour notre pays depuis novembre 1989 ».
Malgré cette mise en garde, ou peut-être en partie grâce à celle-ci, le verdict des urnes a finalement été encore plus favorable que prévu à M. Babis. Avec 34,5% des suffrages, l’ANO progresse de 7,4 points par rapport à 2021, amplifiant ainsi son succès obtenu aux élections sénatoriales et régionales de l’année dernière. Avec 80 élus, il ne dispose cependant pas de la majorité au sein de la Chambre qui compte 200 membres.
Mais M. Babis bénéficiera probablement du soutien de deux partis supplémentaires : d’une part le mouvement Automobilistes pour eux-mêmes – récemment fondé pour contester l’interdiction prévue par Bruxelles des véhicules à moteur thermique, et plus généralement les prescriptions « vertes » de l’Union européenne – qui obtient 6,8% et 13 élus ; ainsi que le parti Liberté et Démocratie directe (SPD) – généralement classé à l’extrême droite, mais qui réclame un référendum sur l’appartenance de la République tchèque à l’UE et à l’OTAN – qui récolte 7,8%, soit une baisse de 4,5 points par rapport à 2021, et 15 députés. Ces deux partis pourraient soutenir un gouvernement minoritaire dirigé par M. Babis, ou participer à un tel cabinet.
Les observateurs envisageaient, avant le vote, que M. Babis puisse aussi s’appuyer sur une formation de gauche, notamment animée par les communistes, mais qui rassemble également une partie de l’ancien parti social-démocrate, et milite pour un référendum sur la sortie du pays de l’UE et de l’OTAN.
Cependant, Stacilo ! (« ça suffit ! »), avec 4,3% des suffrages, ne franchit finalement pas la barre des 5% et ne sera donc pas représenté à l’Assemblée. Pour la seconde législature consécutive, la gauche sera absente de celle-ci. Une partie des électeurs de Stacilo !, de même que ceux du SPD, semblent avoir ainsi choisi le « vote utile » en faveur de M. Babis.
Le chef du gouvernement sortant subit pour sa part une lourde défaite. Petr Fiala menait une coalition de trois partis (ODS, droite ; KDU-CSL, chrétienne ; et TOP 09, ultra-libéral et euro-enthousiaste) baptisée « Spolu » (« Ensemble ») ; cette coalition obtient seulement 23,3% des voix, chutant ainsi de 4,4 points et ne récoltant que 52 élus.
La formation « Maires et indépendants » (marais centriste), qui appartenait également à la coalition sortante, obtient quant à elle 11,2% et passe de 22 à 11 élus. Enfin, le Parti pirate, qui avait quitté le gouvernement et qui s’est allié au Parti vert créé récemment, frôle les 9%.
Le président de la République a proclamé qu’il refuserait de nommer des ministres « incompatibles » avec l’engagement euro-atlantique du pays
Quelle politique suivra désormais M. Babis, s’il devient, comme c’est probable, le nouveau premier ministre ? Il a juré qu’il n’entraînerait pas le pays hors de l’UE et de l’Alliance atlantique. Il est décrit comme l’inverse d’un « idéologue », plutôt un pragmatique – et ce d’autant plus que certaines firmes qu’il dirige ou dirigeait (il est poursuivi pour conflits d’intérêts) perçoivent des fonds européens.
Qui plus est, le président de la République, un ancien général de l’OTAN proche de la majorité sortante et qui avait été élu face à Andrej Babis en janvier 2023, avait proclamé pendant la campagne qu’il refuserait de nommer des ministres qu’il jugerait incompatibles avec l’engagement euro-atlantique du pays… Le même Petr Pavel avait signé en juillet un décret criminalisant la promotion du communisme et menaçant de cinq ans d’emprisonnement la « propagande » communiste…
Cependant, M. Babis a fait une campagne à la fois sociale et pacifiste. Il a ainsi promis de faire baisser l’inflation, qui atteignait encore 2,7% en juillet, répondant ainsi à un fort mécontentement populaire alimenté tout particulièrement par la forte hausse des prix de l’énergie.
Cette flambée s’explique par la politique du pouvoir sortant : ce dernier avait accepté avec zèle (contrairement à Budapest et à Bratislava) de se priver des hydrocarbures russes comme l’impose Bruxelles. Par ailleurs, l’arrivée de 400 000 réfugiés ukrainiens dans ce pays de moins de 11 millions d’habitants n’est pas saluée avec enthousiasme par de larges couches de la population.
« Nous allons relancer l’économie, augmenter les pensions et plafonner l’âge de la retraite à 65 ans, réduire les impôts des entreprises, augmenter les exemptions fiscales pour les particuliers, réduire la TVA pour les restaurants, et supprimer les redevances audiovisuelles » avait promis l’oligarque quelques semaines avant les élections, plaidant également pour une revalorisation des allocations familiales et des aides sociales. Il s’est aussi engagé à refuser l’ensemble du Pacte vert orchestré par la Commission européenne entre 2019 et 2024, et à s’opposer aux règles européennes sur les migrations et l’asile.
Andrej Babis a mis en cause la hausse « des sommes inconsidérées » versées aux firmes tchèques d’armement au détriment des retraités
Surtout, il pourrait bien renoncer aux engagements d’augmenter les dépenses militaires pris par le gouvernement sortant vis-à-vis de l’Alliance atlantique. M. Fiala s’était ainsi engagé à monter celles-ci à 5% du PIB. « 2% pour la défense, c’est bien suffisant » avait rétorqué M. Babis durant la campagne. Il a également promis de freiner l’aide à l’Ukraine.
S’il se tient à cette intention, cela constituera un tournant majeur dans la politique tchèque : depuis la guerre en 2022, Prague s’illustrait en effet par son zèle en faveur de Kiev. Notamment en ayant lancé une initiative visant à collecter les fonds en vue de fabriquer ou d’acheter des munitions. 3,5 millions d’obus avaient pu ainsi être livrés à l’armée ukrainienne, s’était ainsi félicité le chef du gouvernement Petr Fiala.
Face à cela, Andrej Babis a consacré une bonne partie de sa campagne à mettre en cause la hausse spectaculaire des profits des firmes tchèques d’armement. En particulier ceux du groupe CSG qui a affiché un bénéfice d’exploitation record de 1,1 milliard d’euros en 2024, et a annoncé de nouveaux résultats historiques au premier semestre 2025, largement dus aux livraisons à l’armée ukrainienne. Dès lors, M. Babis n’a pas manqué de dénoncer « les sommes inconsidérées » versées depuis 2022 aux grands groupes d’armement « alors que le gouvernement dit qu’il n’a plus d’argent pour les retraités ».
Ce n’est du reste pas un hasard si ce sont ces derniers, ainsi que les citoyens les plus pauvres, de même que les régions déshéritées qui ont le plus fortement contribué à sa victoire électorale. La région de Prague – la plus riche, avec les électeurs les plus aisés – a été presque la seule à ne pas majoritairement voter pour l’ANO. Plusieurs études indiquent par ailleurs que ce parti a bénéficié d’un fort soutien parmi les milieux qui regrettent l’époque de la Tchécoslovaquie socialiste d’avant 1989.
Si, pour l’heure, le scrutin des 3 et 4 octobre n’annonce nullement un « tchexit », le retour de M. Babis est évidemment de nature à inquiéter Bruxelles. Il n’est pas sûr que le milliardaire soit très fidèle à ses promesses sociales. Mais il pourrait bien entraîner la République tchèque, après la Hongrie et la Slovaquie, hors du camp, encore très majoritaire parmi les Vingt-sept, des va-t-en guerres.
Dès lors, l’« unité européenne », tant espérée par Bruxelles, pourrait bien en prendre un coup supplémentaire.
Cet article Les électeurs tchèques donnent des sueurs froides à Bruxelles est apparu en premier sur Ruptures.
A partir des années 1850, Gustave Flaubert commença l’écriture d’un ouvrage, resté inachevé, qu’il baptisa Dictionnaire des idées reçues. Le célèbre romancier y moquait les lieux communs, les clichés et les obsessions de la bourgeoisie française du milieu du XIXème siècle. A travers des définitions ironiques ou des aphorismes au second degré, il pointait les aspects ridicules du langage, de la conversation ou des modes de la classe dominante.
Ainsi, concernant le terme « décorations », et plus particulièrement « Légion d’honneur », il notait : « la blaguer, mais la convoiter. Quand on l’obtient, toujours dire qu’on ne l’a pas demandée ». De même, à propos de l’époque, il écrivait : « tonner contre elle. Se plaindre de ce qu’elle n’est pas poétique. L’appeler époque de transition, de décadence »…
On peut tenter d’imaginer ce que Flaubert, s’il avait vécu de nos jours, aurait pointé à propos du Brexit. Sans doute aurait-il ironisé : « le déplorer avec consternation. Mais toujours rappeler que les Britanniques regrettent aujourd’hui amèrement leur choix de quitter l’Union européenne ».
Car pour la caste dominante européenne et les grands médias qui lui sont proches, cela va de soi : le référendum du 23 juin 2016 a été une catastrophe pour le Royaume-Uni. Et une nouvelle consultation, si elle était organisée, verrait la masse des électeurs plébisciter le retour au bercail bruxellois. C’est d’ailleurs ce que ne cessent d’affirmer les instituts de sondage – ceux-là même qui avaient prévu, jusqu’au dernier moment, le rejet du Brexit…
Certes, une large part des citoyens qui étaient favorables à l’Union européenne sont probablement restés sur leurs positions. Et sans doute une frange de ceux qui avaient voté pour quitter cette dernière sont aujourd’hui déçus, car la situation économique et sociale du pays ne s’est pas améliorée miraculeusement.
En réalité, telle n’était pas l’objet de la consultation. Quitter l’UE permettait de retrouver la liberté politique de décision. Le gouvernement britannique n’est plus contraint d’obéir aux règles et décisions communautaires. Mais cette liberté nouvelle ne signifie évidemment pas que le pouvoir allait mettre à profit cette dernière pour enclencher une politique rompant avec l’idéologie libérale.
Les Conservateurs ont maintenu celle-ci de leur propre chef, et ont usé à cet effet trois premiers ministres, jusqu’à ce qu’ils soient battus par les Travaillistes en juillet 2024. Ces derniers, sous la houlette du très « modéré » Keir Starmer, ont… poursuivi les mêmes grandes orientations.
Au nom de l’assainissement des finances publiques (et du financement de la guerre en Ukraine), ils ont, entre autres, supprimé les mécanismes permettant aux retraités d’alléger leurs factures d’énergie, et viennent de couper dans les allocations pour les handicapés. Autant de décisions qui relèvent de leur responsabilité, et qui pourraient être inversées par un nouveau pouvoir sans que Bruxelles puisse s’y opposer. L’affaire est dans les mains du peuple britannique, et non de l’UE.
Il faut donc accueillir avec prudence – le mot est faible – la fable selon laquelle les Britanniques seraient désespérés d’avoir voté en faveur du Brexit, et ne demanderaient qu’à inverser ce choix. Un événement vient du reste d’affaiblir ostensiblement cette thèse : le résultat des élections locales qui se sont déroulées le 1er mai dans le pays.
Les deux grands partis traditionnels essuient des revers particulièrement spectaculaires. Avec 15% des voix, les Conservateurs chutent de 10 points ; ils perdent 16 présidences de collectivités (ils en détenaient 50) et plus de 670 conseillers. De leur côté, les Travaillistes, avec 20%, dégringolent de 14 points, perdent une présidence et 190 conseillers. Pour leur part, les Libéraux-démocrates restent stables avec 17% des suffrages.
Mais le véritable coup de tonnerre est à chercher du côté de Reform UK, qui pour la première fois dans ce type de scrutin rassemble 30% des électeurs (et gagne 10 présidences, il n’en détenait aucune précédemment). C’est un véritable triomphe pour son leader charismatique, Nigel Farage (photo).
… La suite de l’article est réservée aux abonnés…
Cet article Royaume-Uni : triomphe de « M. Brexit » lors des récentes élections locales… est apparu en premier sur Ruptures.
A partir des années 1850, Gustave Flaubert commença l’écriture d’un ouvrage, resté inachevé, qu’il baptisa Dictionnaire des idées reçues. Le célèbre romancier y moquait les lieux communs, les clichés et les obsessions de la bourgeoisie française du milieu du XIXème siècle. A travers des définitions ironiques ou des aphorismes au second degré, il pointait les aspects ridicules du langage, de la conversation ou des modes de la classe dominante.
Ainsi, concernant le terme « décorations », et plus particulièrement « Légion d’honneur », il notait : « la blaguer, mais la convoiter. Quand on l’obtient, toujours dire qu’on ne l’a pas demandée ». De même, à propos de l’époque, il écrivait : « tonner contre elle. Se plaindre de ce qu’elle n’est pas poétique. L’appeler époque de transition, de décadence »…
On peut tenter d’imaginer ce que Flaubert, s’il avait vécu de nos jours, aurait pointé à propos du Brexit. Sans doute aurait-il ironisé : « le déplorer avec consternation. Mais toujours rappeler que les Britanniques regrettent aujourd’hui amèrement leur choix de quitter l’Union européenne ».
Car pour la caste dominante européenne et les grands médias qui lui sont proches, cela va de soi : le référendum du 23 juin 2016 a été une catastrophe pour le Royaume-Uni. Et une nouvelle consultation, si elle était organisée, verrait la masse des électeurs plébisciter le retour au bercail bruxellois. C’est d’ailleurs ce que ne cessent d’affirmer les instituts de sondage – ceux-là même qui avaient prévu, jusqu’au dernier moment, le rejet du Brexit…
Certes, une large part des citoyens qui étaient favorables à l’Union européenne sont probablement restés sur leurs positions. Et sans doute une frange de ceux qui avaient voté pour quitter cette dernière sont aujourd’hui déçus, car la situation économique et sociale du pays ne s’est pas améliorée miraculeusement.
En réalité, telle n’était pas l’objet de la consultation. Quitter l’UE permettait de retrouver la liberté politique de décision. Le gouvernement britannique n’est plus contraint d’obéir aux règles et décisions communautaires. Mais cette liberté nouvelle ne signifie évidemment pas que le pouvoir allait mettre à profit cette dernière pour enclencher une politique rompant avec l’idéologie libérale.
Les Conservateurs ont maintenu celle-ci de leur propre chef, et ont usé à cet effet trois premiers ministres, jusqu’à ce qu’ils soient battus par les Travaillistes en juillet 2024. Ces derniers, sous la houlette du très « modéré » Keir Starmer, ont… poursuivi les mêmes grandes orientations.
Au nom de l’assainissement des finances publiques (et du financement de la guerre en Ukraine), ils ont, entre autres, supprimé les mécanismes permettant aux retraités d’alléger leurs factures d’énergie, et viennent de couper dans les allocations pour les handicapés. Autant de décisions qui relèvent de leur responsabilité, et qui pourraient être inversées par un nouveau pouvoir sans que Bruxelles puisse s’y opposer. L’affaire est dans les mains du peuple britannique, et non de l’UE.
Le scrutin du 1er mai laisse entrevoir l’éventualité que M. Farage revendique le poste de Premier ministre le moment venu
Il faut donc accueillir avec prudence – le mot est faible – la fable selon laquelle les Britanniques seraient désespérés d’avoir voté en faveur du Brexit, et ne demanderaient qu’à inverser ce choix. Un événement vient du reste d’affaiblir ostensiblement cette thèse : le résultat des élections locales qui se sont déroulées le 1er mai dans le pays.
Les deux grands partis traditionnels essuient des revers particulièrement spectaculaires. Avec 15% des voix, les Conservateurs chutent de 10 points ; ils perdent 16 présidences de collectivités (ils en détenaient 50) et plus de 670 conseillers. De leur côté, les Travaillistes, avec 20%, dégringolent de 14 points, perdent une présidence et 190 conseillers. Pour leur part, les Libéraux-démocrates restent stables avec 17% des suffrages.
Mais le véritable coup de tonnerre est à chercher du côté de Reform UK, qui pour la première fois dans ce type de scrutin rassemble 30% des électeurs (et gagne 10 présidences, il n’en détenait aucune précédemment). C’est un véritable triomphe pour son leader charismatique, Nigel Farage (photo).
Jusqu’à présent, cette formation, classée à l’extrême droite par les médias européens dominants, était considérée comme marginale sur le plan parlementaire en raison du mode de scrutin législatif conçu pour éliminer impitoyablement les formations non traditionnelles.
Pourtant, lors des législatives de 2024, elle avait déjà réussi à envoyer cinq représentants à la Chambre des Communes. Et une élection partielle, également ce 1er mai, vient d’en élire un sixième, aux dépens des Travaillistes (dans la circonscription de Runcorn et Helsby, nord-ouest de l’Angleterre).
Dans ces conditions, le scrutin du 1er mai laisse pour la première fois entrevoir l’éventualité que M. Farage revendique le poste de Premier ministre le moment venu – les prochaines élections législatives auront lieu en 2029 au plus tard.
L’échéance est lointaine, mais le choc est actuel. Car le chef de Reform UK fut celui qui fonda l’ancêtre de ce parti, le UKIP, dont la raison d’être était précisément de réclamer la sortie de l’UE. Nigel Farage est du reste souvent baptisé « M. Brexit ». Qu’une telle personnalité sorte si clairement victorieuse des urnes, voilà qui déstabilise quelque peu la thèse officielle selon laquelle les Britanniques seraient désormais tombés amoureux, avec retard, de l’Union européenne…
Un accord commercial avec Washington aurait été impossible si le pays était resté membre de l’Union européenne
Et comme si cela ne suffisait pas, un autre événement vient compliquer encore la tâche des nostalgiques de Bruxelles. Le 8 mai, Donald Trump annonçait la signature d’un accord de libre échange avec Londres. Certes partiel, ce traité ramène la taxe sur les importations américaines d’automobiles anglaises de 27,5% à 10% (pour un contingent de 100 000 véhicules) ; et annule même celle de 25% appliquée aux exportations d’acier et d’aluminium. De son côté, le Royaume-Uni baissera ses droits de douane appliqués à l’éthanol et à certains produits agricoles.
L’accord devrait contribuer à maintenir des milliers d’emplois dans le secteur automobile outre-Manche, et apparaît comme une bouée de sauvetage pour une sidérurgie en perdition. Le Premier ministre n’a évidemment pas manqué de mettre triomphalement ce succès en avant.
Ancien militant anti-Brexit, Keir Starmer n’a en revanche pas insisté sur le fait qu’un tel accord aurait été impossible si le pays était resté membre de l’Union européenne. Pour l’heure, cette dernière continue à pâtir des fortes taxes imposées par Washington. Bruxelles, qui a le monopole des négociations commerciales au nom des Vingt-sept, n’a pas réussi, à ce jour, à les négocier avec l’hôte de la Maison-Blanche.
Mais pour les partisans de l’intégration européenne, qu’importe… La ligne officielle devrait rester invariablement un commandement très flaubertien : « le Brexit : tonner contre ! ».
Cet article Royaume-Uni : triomphe de « M. Brexit » lors des récentes élections locales est apparu en premier sur Ruptures.
Son succès était annoncé. Mais l’ampleur de son triomphe a déstabilisé la classe politique roumaine, et affolé Bruxelles. Lors du premier tour de l’élection présidentielle en Roumanie (19 millions d’habitants) qui s’est tenu le 4 mai, avec une participation de 53,2%, George Simion (photo) a recueilli 41% des suffrages. Non seulement il est arrivé largement en tête, mais son résultat dépasse le cumul des suffrages qui s’étaient portés sur son nom et sur celui de Calin Georgescu le 24 novembre 2024.
Les deux hommes sont catalogués « pro-russes » et d’extrême droite, deux qualificatifs que M. Simion récuse vigoureusement. Quant à M. Georgescu, un quasi inconnu il y a quelques mois encore, il s’était placé en tête du scrutin du 24 novembre dernier à la surprise générale, avec 22,9% des voix. Ce « premier » premier tour avait alors été annulé par la Cour constitutionnelle, et M. Georgescu avait été interdit de nouvelle candidature.
En effet, la Cour, soutenue par le président sortant, Klaus Iohannis, avait argué de « soupçons de manipulations » via le réseau social Tiktok, manipulations qui auraient été pilotées par les services russes. Pour le vote du 4 mai, personne ne parle plus de manipulation ayant faussé le scrutin, et… le résultat est encore pire, du point de vue du pouvoir sortant.
Quelle que soit la réalité des soupçons allégués, cette décision sans précédent effaçant d’un trait de plume les suffrages de millions d’électeurs a été comprise par une large part de l’électorat comme une manœuvre désespérée de la coalition au pouvoir pour éviter que le pays ne bascule dans le camp « anti-occidental ». Une manœuvre qui s’est manifestement retournée contre elle.
M. Simion, 38 ans, fondateur en 2019 de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), et qui avait obtenu 13,9% en novembre dernier, s’affirme certes pour le maintien du pays dans l’OTAN et l’UE – une position moins « radicale » que celle de M. Georgescu – mais ne cesse de clamer son aversion face à Bruxelles, entend donner « la priorité à la Roumanie », et, surtout, s’est prononcé pour l’arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine.
Il obtient ses scores les plus spectaculaires dans les régions limitrophes de ce pays, signe que les populations frontalières, outre un fort ressentiment anti-ukrainien (et pour une part une certaine nostalgie de la période socialiste avant 1989), ont voulu exprimer leur volonté de retour à la paix, à tout le moins de retrait de la Roumanie de son engagement guerrier.
George Simion s’est résolument posé en partisan et disciple de Donald Trump. Mais ce positionnement n’a sans doute pas été le plus déterminant car il a été affiché par la plupart des candidats en lice, y compris chez les sociaux-démocrates – un choix impensable pour les politiciens de l’ouest de l’UE.
La volonté des citoyens d’en finir avec la « grande coalition » gouvernant à Bucarest a joué un rôle important
En revanche, la volonté des citoyens d’en finir avec la classe politique gouvernant à Bucarest semble avoir joué un rôle important, classe politique considérée comme corrompue et incapable de faire vivre des services publics dignes de ce nom. Ce rejet est d’autant plus patent que le pays est gouverné depuis 2021 par une « grande coalition » associant le Parti social-démocrate (PSD) et le Parti national libéral (PNL, droite).
Ces deux partis avaient déjà été lourdement sanctionnés lors des élections parlementaires du 1er décembre dernier, avec respectivement 22% (- 11,5 points) et 13,2% (-12 points), des résultats historiquement bas. Mais cet échec cuisant n’avait nullement dissuadé les dirigeants politiques en place de reconduire leur alliance et de maintenir le chef du PSD, Marcel Ciolacu, au poste de premier ministre…
Crin Antonescu, issu du PNL et candidat commun soutenu par ce parti, par le PSD, ainsi que par la formation des Hongrois de Roumanie, en a fait les frais le 4 mai : avec 20,07% des suffrages, il n’arrive que troisième et manque donc sa qualification pour le second tour, une cruelle humiliation pour la coalition sortante. M. Antonescu incarnait exactement la caste politique haïe (et est par ailleurs l’époux d’une ancienne commissaire européenne).
Un ancien premier ministre social-démocrate, Victor Ponta, jadis contraint à la démission dans des affaires de corruption, avait décidé de tenter sa chance en indépendant, misant sur un discours nationaliste et « populiste ». Avec 13% des voix, il arrive en quatrième position.
C’est donc le maire de Bucarest, Nicusor Dan, qui, avec 21% des voix, se qualifie de justesse pour affronter George Simion lors du second tour prévu le 18 mai. Ayant compris l’état d’esprit de la majorité des citoyens, il se déclare lui aussi « anti-système ». Il n’en a pas moins choisi désormais, comme principal thème de campagne, la volonté de « maintenir la Roumanie dans le camp occidental ».
S’il est moins plombé que M. Antonescu par le rejet de la caste politique qui gère le pays depuis un quart de siècle, il souffre de plusieurs handicaps. D’abord, il a été préféré, par son propre parti (Union sauvez la Roumanie, USR, « centriste libéral »), à Elena Lasconi, qui avait pourtant, avec 19,2% des suffrages, obtenu la deuxième place lors du scrutin annulé de novembre 2024. Cette dernière s’est finalement représentée, en mai, comme indépendante ; elle a obtenu 2,7%, et provoqué pas mal d’aigreur en interne.
Surtout, M. Dan manque manifestement de charisme et ne séduit guère au-delà des électeurs des grandes villes. Même s’il a prudemment évité les thèmes sociétaux qui plaisent aux « bobos » de la capitale, l’USR est considéré comme trop « libérale » par la « Roumanie profonde », qu’on dit très conservatrice et religieuse.
C’est dans cette Roumanie des petites villes et des campagnes que le PSD a son plus fort électorat traditionnel. Or le chef de ce parti et premier ministre sortant a fait savoir qu’il ne donnerait aucune consigne de vote, contrairement à toute attente. Une décision qui handicape la campagne de M. Dan, axée sur le « barrage à l’extrême droite », un « cordon sanitaire » qui avait servi de justification à la « grande coalition » de 2021…
Si M. Simion était élu, cela pourrait handicaper notablement la stratégie de l’UE de soutien militaire à Kiev
Dans ces conditions, on comprend que Bruxelles observe le second tour avec une immense inquiétude, pour deux raisons au moins.
La première tient à la place cruciale de la Roumanie dans le transit avec l’Ukraine : comme la Pologne, elle est un pays stratégique sur « la ligne de front », pour les exportations de Kiev, mais aussi et surtout pour les livraisons d’armes et d’équipements militaires occidentaux. Elle abrite un fort contingent de l’OTAN, incluant notamment des militaires français qui y ont une base. Le rôle de Paris dans le soutien à l’Ukraine mais aussi dans l’annulation du scrutin de novembre a du reste été dénoncé par M. Georgescu et par M. Simion.
Quoiqu’il en soit, si ce dernier était élu, cela pourrait handicaper notablement la stratégie de l’UE de soutien militaire à Kiev.
La deuxième source d’inquiétude des dirigeants européens concerne l’évolution de la politique intérieure roumaine. Si le chef de l’Etat a quelques prérogatives en matière de politique extérieure (il représente en outre son pays au Conseil européen), l’essentiel du pouvoir est entre les mains du gouvernement. Mais celui-ci ne sort pas indemne de la tornade du 4 mai.
Sans attendre le second tour, le premier ministre social-démocrate sortant, Marcel Ciolacu, a présenté sa démission, reconnaissant – tardivement : « le vote des Roumains montre que la coalition gouvernementale n’a aucune légitimité ». Ce qui acte probablement la fin de la « grande coalition ». Certains observateurs évoquent même un retournement possible du PSD qui pourrait constituer une alliance parlementaire avec les amis de M. Simion.
De son côté, ce dernier a promis, s’il était élu, de « mettre à la tête du pays » M. Georgescu, ce qui serait un incroyable pied-de-nez à ceux qui avaient annulé le précédent scrutin. Le nommerait-il chef du gouvernement ? En organisant un référendum ? Ou de nouvelles législatives ? Les rapports entre les deux hommes n’ont pas toujours été simples, mais ils se sont volontiers affichés ensemble pendant la campagne et jusqu’au jour du vote.
Il est trop tôt pour évaluer les différents scénarios dès lors que le second tour, qui se présente favorablement pour George Simion, n’a pas encore eu lieu. Mais même s’il n’y a pas de certitude, le risque est grand, pour Bruxelles, d’un pays supplémentaire qui bascule dans le camp des « contestataires », camp qui comprend déjà la Hongrie de la « bête noire » Viktor Orban, la Slovaquie de Robert Fico qui était le 9 mai à Moscou, et peut-être demain la République tchèque, qui vote à l’automne.
Pour ne rien dire de l’Italie de Giorgia Meloni, dont les sympathies pour Donald Trump sont publiques, et dont le parti appartient au même groupe européen que l’AUR de M. Simion…
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Son succès était annoncé. Mais l’ampleur de son triomphe a déstabilisé la classe politique roumaine, et affolé Bruxelles. Lors du premier tour de l’élection présidentielle en Roumanie (19 millions d’habitants) qui s’est tenu le 4 mai, avec une participation de 53,2%, George Simion a recueilli 41% des suffrages. Non seulement il est arrivé largement en tête, mais son résultat dépasse le cumul des suffrages qui s’étaient portés sur son nom et sur celui de Calin Georgescu le 24 novembre 2024.
Les deux hommes sont catalogués « pro-russes » et d’extrême droite, deux qualificatifs que M. Simion récuse vigoureusement. Quant à M. Georgescu, un quasi inconnu il y a quelques mois encore, il s’était placé en tête du scrutin du 24 novembre dernier à la surprise générale, avec 22,9% des voix. Ce « premier » premier tour avait alors été annulé par la Cour constitutionnelle, et M. Georgescu avait été interdit de nouvelle candidature.
En effet, la Cour, soutenue par le président sortant, Klaus Iohannis, avait argué de « soupçons de manipulations » via le réseau social Tiktok, manipulations qui auraient été pilotées par les services russes. Pour le vote du 4 mai, personne ne parle plus de manipulation ayant faussé le scrutin, et… le résultat est encore pire, du point de vue du pouvoir sortant.
Quelle que soit la réalité des soupçons allégués, cette décision sans précédent effaçant d’un trait de plume les suffrages de millions d’électeurs a été comprise par une large part de l’électorat comme une manœuvre désespérée de la coalition au pouvoir pour éviter que le pays ne bascule dans le camp « anti-occidental ». Une manœuvre qui s’est manifestement retournée contre elle.
M. Simion, 38 ans, fondateur en 2019 de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), et qui avait obtenu 13,9% en novembre dernier, s’affirme certes pour le maintien du pays dans l’OTAN et l’UE – une position moins « radicale » que celle de M. Georgescu – mais ne cesse de clamer son aversion face à Bruxelles, entend donner « la priorité à la Roumanie », et, surtout, s’est prononcé pour l’arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine.
Il obtient ses scores les plus spectaculaires dans les régions limitrophes de ce pays, signe que les populations frontalières, outre un fort ressentiment anti-ukrainien (et pour une part une certaine nostalgie de la période socialiste avant 1989), ont voulu exprimer leur volonté de retour à la paix, à tout le moins de retrait de la Roumanie de son engagement guerrier.
… La suite de l’article est réservée aux abonnés…
Cet article Bruxelles sous le choc après le premier tour de la présidentielle en Roumanie… est apparu en premier sur Ruptures.
Le 23 février, les 61 millions d’électeurs allemands ont renouvelé leur Parlement, lors d’un scrutin marqué par une participation record de 82,5%. Les résultats sont-ils de nature à rappeler la crise qui sévit en France, alors même que les histoires et cultures politiques des deux pays sont très différentes ?
Pour répondre à cette question, il faut rappeler l’une des caractéristiques majeures du verdict du 23 février : la défaite dans les urnes des deux grands partis traditionnels. Celle des sociaux-démocrates est incontestable et abyssale. Avec 16,4% des suffrages, le SPD connaît son résultat le plus bas de toute son histoire plus que centenaire. Le chancelier sortant, Olaf Scholz, qui menait la campagne électorale, a reconnu l’ampleur du désastre.
Mais les conservateurs de la CDU/CSU subissent également un revers majeur : leur score, 28,5%, est lui aussi le plus faible jamais obtenu (depuis 1950), à la seule exception du précédent scrutin, en 2021. Ce résultat peu glorieux a été masqué par le fait que les conservateurs sont arrivés en tête, et donc que leur chef, Friedrich Merz (photo), devrait, sauf coup de théâtre, devenir le prochain chancelier.
Des commentateurs ont noté que ce résultat pouvait être jugé « décevant », notamment comparé aux 30% qui semblaient être un objectif raisonnable de campagne. Décevant ? C’est un euphémisme. Si l’on prend la seule CDU, hors sa cousine CSU bavaroise, elle tutoyait en 1957, les 40% des suffrages ; elle n’a jamais obtenu moins que 35% jusqu’en 1994, et a oscillé entre 27 et 30% entre cette date et 2017. Aujourd’hui, elle doit se contenter de 22,6% des voix….
Cette dégringolade conjuguée des deux « grands » partis n’est pas une surprise. Elle confirme et prolonge une tendance amorcée depuis 1983, et particulièrement nette depuis 2002 (à la seule exception de 2013) : scrutin après scrutin, le cumul des voix obtenues par les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates n’a cessé de baisser. En 1972, les deux familles rassemblaient plus de 80% des citoyens. Vingt ans plus tard, le total avoisinait encore 68%. Aujourd’hui, il est inférieur à 45%…
La « grande coalition » qui se dessine, et qui fut déjà au pouvoir notamment de 2005 à 2009 puis de 2013 à 2021, est en réalité de plus en plus… petite, au point d’être désormais minoritaire parmi les électeurs. Cette évolution s’explique par l’émergence de l’AfD, mais aussi d’autres partis.
L’AfD est souvent classée à l’extrême droite par les commentateurs. On peut débattre de la pertinence de cette qualification, mais une chose est sûre, quoiqu’on pense de ce mouvement : la grande majorité de ses électeurs ne sont pas déterminés par la nostalgie du Troisième Reich, mais veulent plutôt exprimer leur rejet du « système ».
Le « rejet du système » est un phénomène qui n’est pas seulement allemand
Ce « rejet du système » est un phénomène qui n’est pas seulement allemand. En France, c’est le Rassemblement national qui en profite le plus – mais pas exclusivement. Et ce sont également les deux grandes forces politiques traditionnelles qui en font les frais. Lors des élections législatives de 1981, le Parti socialiste obtenait 36% des voix, et le RPR (droite) 21%. Quarante ans plus tard, les candidats des héritiers de ces partis à l’élection présidentielle de 2022 rassemblaient respectivement 1,7% et 4,7% des voix…
Et si l’Assemblée nationale française est aujourd’hui aussi éclatée – et sans aucune majorité possible – c’est le résultat du refus massif des électeurs de suivre les forces politiques « classiques ». Un « ras-le-bol » qu’on retrouve dans de nombreux autres Etats de l’Union européenne depuis une à deux décennies, et qui complique souvent considérablement la formation de majorités.
On peut par exemple citer le cas de l’Italie, où le Mouvement Cinq Etoiles, créé de toutes pièces par un humoriste en 2009, atteint en 2018 le score astronomique de 32,7%… Ce parti – qui n’avait rien à voir avec l’extrême droite – a finalement connu de nombreuses vicissitudes, mais les électeurs ont voulu continuer à voter « anti-système » (ou plutôt à croire le faire) en portant au pouvoir Giorgia Meloni, issue à l’origine d’un mini-parti post-fasciste.
Dans chacun de ces cas, le point important de l’analyse n’est pas la fiabilité ou la sincérité (souvent douteuses) des forces fréquemment baptisées « populistes », mais bien les raisons qui poussent les citoyens à crier ainsi leur colère. Parmi celles-ci, une en particulier mérite d’être soulignée : le sentiment – parfaitement fondé – que l’alternance (ou la coalition) entre partis « raisonnables » (ce que l’intellectuel libéral français Alain Minc nommait « le cercle de la raison ») ne répond à aucune de leurs aspirations, et ne change strictement rien à, voire aggrave, leurs difficultés.
L’expérience est ainsi vécue : on nous demande notre choix, on vote… et rien ne change. Tant qu’une telle situation perdurera, les partis proclamés anti-système auront de beaux jours devant eux, et les castes dirigeantes toujours plus de difficultés à asseoir leur domination de manière stable.
L’intégration européenne a été conçue pour déconnecter la volonté des électeurs de la sphère des décisions politiques
Le problème est que l’intégration européenne a été précisément conçue pour cela : déconnecter la volonté des électeurs de la sphère des décisions politiques. Au sein de l’UE, les règles et mécanismes imposent que ces dernières restent dans un cadre donné. Les citoyens peuvent bien être appelés aux urnes, ils peuvent changer les dirigeants s’ils le souhaitent, mais ces derniers se retrouvent en Conseil européen dont les choix s’imposent à tous les Etats membres, quelles que soient les contingences électorales.
Et la Commission, chef d’orchestre de la partition ainsi écrite, doit, selon les traités, être « indépendante » des pressions nationales, c’est-à-dire des volontés populaires.
Un système qui convient bien, en particulier, tant à Emmanuel Macron qu’à Friedrich Merz : les deux hommes ont en commun d’avoir fait une large partie de leur carrière dans le monde de la finance, un milieu peu connu pour son amour de la démocratie, et donc très pro-UE.
Cette convergence n’exclut pas les rivalités et les contradictions. Entre Paris et Berlin, les contentieux sont nombreux – commerce mondial, énergie, politiques budgétaires et finances publiques notamment, mais aussi ambitions planétaires – et pourraient bien s’exacerber dans la nouvelle situation internationale, malgré les proclamations publiques. Dossiers à suivre ici très prochainement…
Cet article Élections allemandes : les deux grands partis subissent des revers majeurs est apparu en premier sur Ruptures.
Le 23 février, les 61 millions d’électeurs allemands ont renouvelé leur Parlement, lors d’un scrutin marqué par une participation record de 82,5%. Les résultats sont-ils de nature à rappeler la crise qui sévit en France, alors même que les histoires et cultures politiques des deux pays sont très différentes ?
Pour répondre à cette question, il faut rappeler l’une des caractéristiques majeures du verdict du 23 février : la défaite dans les urnes des deux grands partis traditionnels. Celle des sociaux-démocrates est incontestable et abyssale. Avec 16,4% des suffrages, le SPD connaît son résultat le plus bas de toute son histoire plus que centenaire. Le chancelier sortant, Olaf Scholz, qui menait la campagne électorale, a reconnu l’ampleur du désastre.
Mais les conservateurs de la CDU/CSU subissent également un revers majeur : leur score, 28,5%, est lui aussi le plus faible jamais obtenu (depuis 1950), à la seule exception du précédent scrutin, en 2021. Ce résultat peu glorieux a été masqué par le fait que les conservateurs sont arrivés en tête, et donc que leur chef, Friedrich Merz (photo), devrait, sauf coup de théâtre, devenir le prochain chancelier.
Des commentateurs ont noté que ce résultat pouvait être jugé « décevant », notamment comparé aux 30% qui semblaient être un objectif raisonnable de campagne. Décevant ? C’est un euphémisme. Si l’on prend la seule CDU, hors sa cousine CSU bavaroise, elle tutoyait en 1957, les 40% des suffrages ; elle n’a jamais obtenu moins que 35% jusqu’en 1994, et a oscillé entre 27 et 30% entre cette date et 2017. Aujourd’hui, elle doit se contenter de 22,6% des voix….
Cette dégringolade conjuguée des deux « grands » partis n’est pas une surprise. Elle confirme et prolonge une tendance amorcée depuis 1983, et particulièrement nette depuis 2002 (à la seule exception de 2013) : scrutin après scrutin, le cumul des voix obtenues par les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates n’a cessé de baisser. En 1972, les deux familles rassemblaient plus de 80% des citoyens. Vingt ans plus tard, le total avoisinait encore 68%. Aujourd’hui, il est inférieur à 45%…
La « grande coalition » qui se dessine, et qui fut déjà au pouvoir notamment de 2005 à 2009 puis de 2013 à 2021, est en réalité de plus en plus… petite, au point d’être désormais minoritaire parmi les électeurs. Cette évolution s’explique par l’émergence de l’AfD, mais aussi d’autres partis.
L’AfD est souvent classée à l’extrême droite par les commentateurs. On peut débattre de la pertinence de cette qualification, mais une chose est sûre, quoiqu’on pense de ce mouvement : la grande majorité de ses électeurs ne sont pas déterminés par la nostalgie du Troisième Reich, mais veulent plutôt exprimer leur rejet du « système ».
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Le 12 janvier, le président croate a été triomphalement reconduit dans ses fonctions à l’issue du second tour où il a rassemblé 74,7% des suffrages. Lors du premier tour, Zoran Milanovic avait frôlé la victoire en obtenant 49,1%, alors qu’il y a cinq ans, il avait d’abord dû se contenter de 29,5% des suffrages, puis avait finalement gagné de justesse (52,7%).
Jamais la Croatie, un pays de 3,8 millions d’habitants issu de l’éclatement de la Yougoslavie, n’avait élu un chef de l’Etat avec un tel score. M. Milanovic, qui fut premier ministre social-démocrate de 2011 à 2016, était soutenu par une coalition incluant son ancien parti, mais a forgé sa popularité par une tonalité que ses adversaires dénoncent comme « populiste ». Certains le surnomment même « le Trump des Balkans ».
Il a notamment tiré argument de scandales de corruption ayant largement éclaboussé le gouvernement actuel. Le ministre de la santé a par exemple été arrêté en novembre car soupçonné de blanchiment d’argent, d’abus de pouvoir et de trafic d’influence.
Le gouvernement, et tout particulièrement le premier ministre Andrej Plenkovic, subissent symétriquement une cinglante défaite. Le candidat qu’ils soutenaient, Dragan Primorac, un ancien ministre de l’éducation, a dû se contenter le 12 janvier de moins de 26% des voix, dans un scrutin marqué par une faible participation : 44,2% des inscrits.
Le HDZ (droite) au pouvoir essuie donc un nouveau revers après avoir reculé de 4,1 points (34,4%) aux élections législatives d’avril dernier. Ce parti, qui fut la formation du « père de l’indépendance », Franjo Tudjman, a dirigé le pays depuis 1991, à de rares parenthèses près. C’est le HDZ qui a engagé la Croatie dans la voie de l’UE à laquelle elle a été le dernier pays à adhérer, en 2013.
M. Plenkovic, qui dirige le gouvernement depuis 2016, est donc un fervent défenseur de l’intégration européenne et de l’OTAN. Son inimitié avec le chef de l’Etat est de notoriété publique, notamment depuis que ce dernier avait tenté, l’année dernière de se présenter comme candidat député dans la propre circonscription du premier ministre. La Cour constitutionnelle avait finalement empêché cette candidature inattendue, ce qui avait amené le président à traiter les juges de « paysans illettrés ».
Mais ce n’est pas le franc-parler souvent provocateur du président qui hérisse le gouvernement et la majorité de droite, mais plutôt ses prises de position très critiques vis-à-vis de Bruxelles ; il dénonce ainsi la Commission européenne comme « autocratique et non représentative ». Surtout, son refus que le pays soit embarqué dans le soutien militaire à Kiev amène nombre d’électeurs à apprécier son rôle de contrepoids.
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Cet article Nouvelles inquiétudes de Bruxelles après la réélection triomphale du président croate… est apparu en premier sur Ruptures.
Le 12 janvier, le président croate a été triomphalement reconduit dans ses fonctions à l’issue du second tour où il a rassemblé 74,7% des suffrages. Lors du premier tour, Zoran Milanovic (photo) avait frôlé la victoire en obtenant 49,1%, alors qu’il y a cinq ans, il avait d’abord dû se contenter de 29,5% des suffrages, puis avait finalement gagné de justesse (52,7%).
Jamais la Croatie, un pays de 3,8 millions d’habitants issu de l’éclatement de la Yougoslavie, n’avait élu un chef de l’Etat avec un tel score. M. Milanovic, qui fut premier ministre social-démocrate de 2011 à 2016, était soutenu par une coalition incluant son ancien parti, mais a forgé sa popularité par une tonalité que ses adversaires dénoncent comme « populiste ». Certains le surnomment même « le Trump des Balkans ».
Il a notamment tiré argument de scandales de corruption ayant largement éclaboussé le gouvernement actuel. Le ministre de la santé a par exemple été arrêté en novembre car soupçonné de blanchiment d’argent, d’abus de pouvoir et de trafic d’influence.
Le gouvernement, et tout particulièrement le premier ministre Andrej Plenkovic, subissent symétriquement une cinglante défaite. Le candidat qu’ils soutenaient, Dragan Primorac, un ancien ministre de l’éducation, a dû se contenter le 12 janvier de moins de 26% des voix, dans un scrutin marqué par une faible participation : 44,2% des inscrits.
Le HDZ (droite) au pouvoir essuie donc un nouveau revers après avoir reculé de 4,1 points (34,4%) aux élections législatives d’avril dernier. Ce parti, qui fut la formation du « père de l’indépendance », Franjo Tudjman, a dirigé le pays depuis 1991, à de rares parenthèses près. C’est le HDZ qui a engagé la Croatie dans la voie de l’UE à laquelle elle a été le dernier pays à adhérer, en 2013.
M. Plenkovic, qui dirige le gouvernement depuis 2016, est donc un fervent défenseur de l’intégration européenne et de l’OTAN. Son inimitié avec le chef de l’Etat est de notoriété publique, notamment depuis que ce dernier avait tenté, l’année dernière de se présenter comme candidat député dans la propre circonscription du premier ministre. La Cour constitutionnelle avait finalement empêché cette candidature inattendue, ce qui avait amené le président à traiter les juges de « paysans illettrés ».
Milanovic dénonce une Commission européenne « autocratique et non représentative »
Mais ce n’est pas le franc-parler souvent provocateur du président qui hérisse le gouvernement et la majorité de droite, mais plutôt ses prises de position très critiques vis-à-vis de Bruxelles ; il dénonce ainsi la Commission européenne comme « autocratique et non représentative ». Surtout, son refus que le pays soit embarqué dans le soutien militaire à Kiev amène nombre d’électeurs à apprécier son rôle de contrepoids.
Certes, le chef de l’Etat ne détient pas de la réalité du pouvoir ; celle-ci appartient au gouvernement. Mais il représente la Croatie à l’étranger et a son mot à dire sur la conduite de la politique étrangère. Il est en outre commandant en chef des armées.
Cela lui donne un certain poids et lui a notamment permis de s’opposer à l’envoi d’armes en Ukraine ainsi qu’à la participation des militaires nationaux à la formation de soldats ukrainiens sous l’égide de l’OTAN. « Tant que je serai président de la République, aucun soldat croate n’ira faire les guerres des autres » a-t-il ainsi récemment martelé.
Il n’en fallait évidemment pas plus pour déclencher la fureur de M. Plenkovic. Le chef du gouvernement a dénoncé le style « dictatorial et pharaonique » de son rival, et l’a accusé de faire le jeu de Moscou, d’éloigner Zagreb de ses alliés euro-atlantiques, et donc de déstabiliser le pays. Bref, a mis en garde le premier ministre peu avant le scrutin, « la différence entre Zoran Milanovic et Dragan Primorac est simple : l’un nous conduit vers l’Est et l’autre vers l’Ouest ». Et M. Plenkovic d’insister : « nous avons besoin d’un président de la République qui va ancrer la Croatie en Occident ».
Le président avait pourtant condamné la décision de la Russie de lancer une guerre en Ukraine. Mais son refus de laisser le pays prendre sa part dans le soutien à Kiev a déclenché à son encontre les accusations de « marionnette de Moscou ».
Que, dans ces conditions, près de trois votants sur quatre aient choisi de le réélire est tout sauf anodin. Bien sûr, les scandales de corruption, mais aussi la situation économique et sociale ont contribué à déterminer les électeurs. La Croatie a en effet la plus forte inflation de la zone euro. Et l’immigration vers d’autres horizons est massive, posant de graves pénuries de main d’œuvre dans le pays.
Mais le rejet de l’alignement sur les pressions de l’UE et de l’OTAN a certainement joué un rôle dans l’élection, d’autant qu’à la différence de la politique intérieure, le président dispose de prérogatives dans le domaine diplomatico-militaire.
La Croatie rejoint le camp des Etats de l’UE où le soutien militaire et politique à Kiev est contesté
La Croatie semble donc, par son vote du 12 janvier, rejoindre le camp des Etats de l’UE où le soutien militaire et politique à Kiev est significativement contesté, un camp désormais de plus en plus fourni.
La Hongrie avait donné l’exemple la première, le chef du gouvernement Viktor Orban ayant triomphé sur cette base lors des élections de 2022. Le premier ministre slovaque, Robert Fico (issu comme M. Milanovic de la famille sociale-démocrate, qui l’a cependant rejeté), a suivi un chemin comparable, d’autant que Bratislava souhaiterait la reprise des livraisons de gaz russe. Dans ce pays, un sondage a affirmé que l’opinion selon laquelle la Russie serait une menace sécuritaire aurait baissé de 68 % à 49 %.
En Autriche, le FPÖ, qui plaide pour des relations pacifiées avec Moscou, pourrait bien décrocher le poste de chancelier, même si d’immenses pressions s’exercent pour empêcher cette hypothèse.
En Roumanie, l’élection présidentielle de novembre 2024 a été tout simplement annulée après que le candidat « pro-russe » fut arrivé en tête à la surprise générale ; elle devrait désormais se tenir en mai.
De leur côté, les électeurs bulgares vont très probablement voter pour la huitième fois en quatre ans, sur fond de renforcement continu des partis accusés d’être des affidés du Kremlin. Même le très pro-UE Boïko Borissov, qui dirigea longtemps le pays, vient de mettre en doute l’opportunité de signer un accord de coopération entre Sofia et Kiev, pourtant négocié depuis de longs mois.
Enfin, dans les mois qui viennent, l’Allemagne et la République tchèque vont convoquer leurs électeurs aux urnes, respectivement en février et en octobre. Dans le premier cas, l’AfD, qui critique radicalement l’engagement guerrier du gouvernement actuel, pourrait obtenir un score sans précédent. Et dans le second, les observateurs prévoient la victoire d’Andrej Babis, politiquement proche de M. Orban.
Mais pour l’heure, la liste vient déjà d’être complétée par la Croatie. Il est difficile d’imaginer qu’une telle succession relève d’une pure coïncidence.
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C’est désormais au tour de l’Autriche de donner des sueurs froides aux dirigeants européens. Le petit pays alpin fait partie de la dizaine d’Etats membres de l’UE qui connaissent une crise politique ouverte ou larvée – c’est le cas de la France, de l’Allemagne, de la Belgique, mais aussi des Pays-Bas, de l’Espagne, ainsi que de la Roumanie, de la Bulgarie, notamment.
Les événements viennent de se précipiter à Vienne en ce début d’année. Pour en mesurer l’importance, il faut remonter trois mois en arrière. Le 29 septembre dernier, les citoyens autrichiens avaient provoqué un véritable tremblement de terre électoral en accordant au FPÖ, généralement classé à l’extrême droite, la première place avec 28,9% des voix, un bond de 12,7 points par rapport à 2019, soit le plus fort résultat depuis sa fondation en 1955. Il améliorait même son score des élections européennes du 9 juin dernier, où il avait déjà triomphé avec 25,4%.
Ce parti avait fait campagne sur trois thèmes. D’abord la lutte contre l’immigration. Il était question de supprimer le droit d’asile, de stopper le regroupement familial, et de « remigration ». Ces propositions ont trouvé un écho significatif dans un pays qui a accueilli, en une décennie, la plus forte proportion de réfugiés par rapport à sa population, par comparaison avec les autres pays européens.
Le FPÖ avait également surfé sur un deuxième sujet d’inquiétude et de mécontentement : la situation économique du pays. De nombreux électeurs ont exprimé leur colère face à un chômage en hausse (5,3% selon les chiffres officiels pour 2024), à une inflation ayant atteint 7,7% en 2023, et à une croissance en berne.
Enfin, beaucoup d’électeurs ont été sensibles à un troisième thème majeur du FPÖ : l’exigence de rétablir des relations apaisées avec la Russie, permettant notamment la poursuite de l’importation de gaz de ce pays.
Mais il ne s’agissait pas seulement d’économie. Le chef du parti, Herbert Kickl (photo, à droite, en compagnie du chef de l’Etat qui avait pourtant juré de ne jamais lui confier de mandat), a insisté sur un point cher à de très nombreux Autrichiens : maintenir, ou rétablir, la traditionnelle neutralité du pays. Il a aussi attribué à l’UE et à l’OTAN la responsabilité de la guerre en Ukraine, et a qualifié la politique de ces organisations de « désastreuse, hypocrite » et porteuse d’une dangereuse « escalade ». Il a en outre plaidé pour stopper le transit par l’Autriche d’armes en provenance d’autres pays de l’UE vers l’Ukraine. Il a enfin insisté pour que cette dernière ne devienne jamais membre de l’OTAN.
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Cet article L’Autriche devient une nouvelle source d’angoisses pour les dirigeants européens… est apparu en premier sur Ruptures.
C’est désormais au tour de l’Autriche de donner des sueurs froides aux dirigeants européens. Le petit pays alpin fait partie de la dizaine d’Etats membres de l’UE qui connaissent une crise politique ouverte ou larvée – c’est le cas de la France, de l’Allemagne, de la Belgique, mais aussi des Pays-Bas, de l’Espagne, ainsi que de la Roumanie, de la Bulgarie, notamment.
Les événements viennent de se précipiter à Vienne en ce début d’année. Pour en mesurer l’importance, il faut remonter trois mois en arrière. Le 29 septembre dernier, les citoyens autrichiens avaient provoqué un véritable tremblement de terre électoral en accordant au FPÖ, généralement classé à l’extrême droite, la première place avec 28,9% des voix, un bond de 12,7 points par rapport à 2019, soit le plus fort résultat depuis sa fondation en 1955. Il améliorait même son score des élections européennes du 9 juin dernier, où il avait déjà triomphé avec 25,4%.
Ce parti avait fait campagne sur trois thèmes. D’abord la lutte contre l’immigration. Il était question de supprimer le droit d’asile, de stopper le regroupement familial, et de « remigration ». Ces propositions ont trouvé un écho significatif dans un pays qui a accueilli, en une décennie, la plus forte proportion de réfugiés par rapport à sa population, par comparaison avec les autres pays européens.
Le FPÖ avait également surfé sur un deuxième sujet d’inquiétude et de mécontentement : la situation économique du pays. De nombreux électeurs ont exprimé leur colère face à un chômage en hausse (5,3% selon les chiffres officiels pour 2024), à une inflation ayant atteint 7,7% en 2023, et à une croissance en berne.
Enfin, beaucoup d’électeurs ont été sensibles à un troisième thème majeur du FPÖ : l’exigence de rétablir des relations apaisées avec la Russie, permettant notamment la poursuite de l’importation de gaz de ce pays.
Mais il ne s’agissait pas seulement d’économie. Le chef du parti, Herbert Kickl (photo, à droite, en compagnie du chef de l’Etat qui avait pourtant juré de ne jamais lui confier de mandat), a insisté sur un point cher à de très nombreux Autrichiens : maintenir, ou rétablir, la traditionnelle neutralité du pays. Il a aussi attribué à l’UE et à l’OTAN la responsabilité de la guerre en Ukraine, et a qualifié la politique de ces organisations de « désastreuse, hypocrite » et porteuse d’une dangereuse « escalade ». Il a en outre plaidé pour stopper le transit par l’Autriche d’armes en provenance d’autres pays de l’UE vers l’Ukraine. Il a enfin insisté pour que cette dernière ne devienne jamais membre de l’OTAN.
Dans ces conditions, on comprend que la classe politique établie – très probablement encouragée en sous-main par Bruxelles – se soit immédiatement mobilisée pour tenter d’empêcher M. Kickl de devenir chancelier, malgré le triomphe électoral de son parti. Dès début octobre, le parti conservateur ÖVP, qui dirigeait le gouvernement sortant, et les sociaux-démocrates (SPÖ) qui étaient dans l’opposition, ont donc entamé des pourparlers en vue de former une « grande coalition ».
Et ce, alors que ces deux forces politiques étaient les grandes perdantes du scrutin de septembre (de même que les Verts, partenaire des conservateurs au sein de la majorité sortante). Avec 26,3% des voix, les chrétiens-démocrates de l’ÖVP avaient chuté de 11,1 points. Quant aux sociaux-démocrates, ils subissaient le pire résultat de leur histoire, avec 21% (- 0,1 point). Le SPÖ avait notamment tenté de défendre l’accueil des migrants. Ce choix, de même que sa longue cure d’opposition (depuis 2017) ne lui avaient pas profité.
Les pourparlers entre états-majors politiques se sont finalement embourbés en fin d’année
Ces piètres résultats ne donnaient qu’une très courte majorité potentielle de deux sièges à une alliance de ces deux partis. Dans ces conditions, les Libéraux du parti NEOS ont été conviés aux négociations pour former une coalition plus large.
Mais les pourparlers entre états-majors politiques ont traîné en longueur, et se sont finalement embourbés en fin d’année. Le 3 janvier, les dirigeants de NEOS ont jeté l’éponge, en dénonçant le refus des sociaux-démocrates d’inclure une réforme des retraites dans le programme du gouvernement à former. Le lendemain, les conservateurs rompaient les discussions, en mettant en avant un désaccord avec les sociaux-démocrates qui exigeaient des hausses d’impôts.
Le chancelier conservateur sortant, Karl Nehammer, a dû constater l’échec de sa stratégie d’alliance, et a alors provoqué un coup de théâtre en annonçant sa démission tout à la fois du poste de chancelier et de la tête de l’ÖVP. Son ministre des Affaires étrangères, Alexander Schallenberg, s’est vu confier la direction du gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes.
Mais l’événement le plus spectaculaire a eu lieu le 6 janvier : le président de la République a confié à Herbert Kickl un mandat pour tenter de former le futur gouvernement. Alexander van der Bellen, issu des Verts, s’était pourtant juré de ne jamais s’engager sur cette voie. D’autant que le président du FPÖ, communicant charismatique et habile tacticien, est généralement considéré comme le plus radical au sein de son parti – non seulement sur l’immigration, mais aussi sur l’apaisement avec la Russie et l’opposition au soutien à Kiev, ainsi que sur sa critique de l’Union européenne.
Compte tenu de l’échec à bâtir une coalition anti-FPÖ, le nouveau dirigeant de l’ÖVP a finalement ouvert la porte à des discussions avec M. Kickl en vue de former un futur gouvernement avec ce dernier à sa tête, alors que cette perspective était présentée comme inacceptable il y a encore quelques semaines. Dans ces conditions, le chef de l’Etat n’avait guère le choix.
Certes, une alliance ÖVP-FPÖ – qui existe déjà dans quatre Länder du pays – ne serait pas inédite. Cela avait été le cas de 2000 à 2005, puis de 2017 à 2019. Lors de la première séquence, l’Union européenne avait même pris des sanctions contre Vienne, considérant que l’extrême droite devrait être interdite d’accès au pouvoir. Les dirigeants européens avaient finalement dû constater que cette ingérence directe dans la composition d’un gouvernement national avait eu une seule conséquence : renforcer le FPÖ, auréolé d’une aura de victime.
Cette fois cependant, une telle alliance verrait le FPÖ hériter du poste de chancelier, tandis que l’ÖVP serait le partenaire mineur. Une situation sans précédent, comportant le « risque » d’un rapprochement avec le « pro-russe » Viktor Orban, le premier ministre hongrois, bête noire des autres dirigeants européens. Avec la Slovaquie de Robert Fico, l’Autriche deviendrait le troisième pays qui briserait le consensus pro-Ukraine de l’UE.
A Bruxelles, on n’en a donc pas fini avec les cauchemars
On n’en est pas encore là. Si les questions économiques ne devraient pas constituer un obstacle majeur entre ÖVP et FPÖ, il n’est pas sûr qu’un consensus puisse être trouvé sur la politique étrangère et sur la politique européenne. Pour sa part, M. van der Bellen s’est juré de toujours veiller sur les « piliers de la démocratie » parmi lesquels « l’Etat de droit »,« les médias libres et indépendants » et…« l’appartenance à l’Union européenne ».
D’un autre côté, en cas d’échec des discussions se profilerait la perspective de nouvelles élections. Avec la probabilité que le FPÖ en sorte encore renforcé, en faisant valoir que les tentatives de dresser un « cordon sanitaire » contre lui n’ont abouti qu’à maintenir le pays trois mois dans le chaos.
A Bruxelles, on n’en a donc pas fini avec les cauchemars. D’autant que c’est le modèle politique de l’UE – deux ou trois partis, classés « centre droit » et « centre gauche », alternant au pouvoir, ou l’exerçant ensemble – qui semble prendre l’eau dans un nombre grandissant de pays…
Cet article L’Autriche devient une nouvelle source d’angoisses pour les dirigeants européens est apparu en premier sur Ruptures.
C’est désormais assez rare : une élection avait lieu dans un Etat membre de l’UE sans que Bruxelles ne s’inquiète à l’avance de ses résultats. Le 29 novembre, 3,6 millions d’Irlandais étaient appelés aux urnes. Leur choix apparaît marqué par une grande stabilité. Et ce, dans le contexte d’une forte abstention : avec 59,7%, la participation a chuté de 3,2 points par rapport au scrutin de 2020, et s’avère même la plus faible depuis 1923…
Les deux grands partis traditionnels, l’un et l’autre de droite, mais rivaux du fait de l’histoire de la République d’Irlande, devraient reconduire leur « grande coalition », formée en 2020 avec la participation du petit parti des Verts.
Le Fianna Fail (droite de tradition nationale) obtient 21,9% des suffrages, soit un recul minime de 0,3 point. Le Fine Gaël (de tendance libérale) arrive juste derrière en ayant rassemblé 20,8% des votants, soit quasiment son score de 2020 (- 0,1 point).
Un an avant le scrutin, les sondages donnaient au Sinn Fein, le troisième grand parti, près de 30% d’intentions de vote. Ce mouvement, classé à gauche, a comme caractéristique d’être également présent en Irlande du Nord, la partie de l’île qui appartient au Royaume-Uni, où il a pris le relais de l’IRA, groupe armé ayant mené le combat contre la domination britannique, et où il agit désormais sur le plan politique. Des deux côtés de la frontière, le Sinn Fein continue à défendre la perspective de réunification.
Celle-ci reste très théorique. Dans ces conditions, lors du scrutin de 2020, le Sinn Fein avait mis l’accent sur les questions sociales, ce qui lui avait valu un succès notable : avec 24,5% des voix, il bondissait de près de 11 points par rapport à 2016, et arrivait même en tête. Les deux formations de droite ont cependant toujours exclu de s’allier avec lui, considérant qu’il mettait en cause l’économie de marché et le libre échange.
Cette fois cependant, le Sinn Fein semble avoir passé sa chance d’atteindre les sommets pronostiqués en 2023 : avec 19% des voix (- 5,5 points), il redevient le troisième parti (en voix). La plupart des observateurs s’accordent sur la cause de cette déception : la perte d’une partie de l’électorat populaire, notamment sur la question de l’immigration. Mary Lou Mc Donald, sa principale dirigeante, l’a du reste confirmé en affirmant pendant la campagne sa volonté de reconquérir sa base ouvrière. Un peu trop tard, probablement.
En novembre 2023, lors de manifestations violentes contre l’ouverture de centres pour migrants, elle avait exclusivement pointé la responsabilité des forces de l’ordre. Et donné l’impression de dénoncer le racisme de certains émeutiers sans prendre la mesure du fond du problème, bien réel.
Car le pays a vu arriver depuis 2022 plus de 100 000 réfugiés ukrainiens, de même que près de 30 000 migrants d’Afrique et du Moyen-Orient. Un record pour un pays qui ne compte que 5 millions d’habitants. Cela a notamment aggravé l’un des problèmes majeurs auquel l’Irlande, et tout particulièrement sa capitale, Dublin, est confrontée depuis des années : le manque de logements à prix abordable.
Un autre facteur a contribué à la crise aiguë du logement : la présence massive de sièges ou de centres de développement de grandes multinationales, en particulier américaines, attirées par le très faible taux d’imposition sur les bénéfices (12,5%). De nombreux cadres, bien payés, de ces entreprises, par leurs recherches immobilières, ont créé un vaste mouvement de hausse, au détriment des habitants « autochtones ».
Concernant les demandeurs d’asile, le Sinn Fein avait récemment un peu durci son discours, pour tenter de garder son électorat ouvrier. Mais, outre que cette inflexion a été tardive, elle a sans doute fait perdre au parti certains jeunes urbains plus éduqués et fortunés.
Le quatrième grand bloc qui sera représenté au Parlement est formé de députés indépendants, c’est-à-dire qui ne se présentaient pas avec le soutien d’un parti. Pris ensemble, ils cumulent 13,2% des suffrages. C’est une spécificité irlandaise traditionnelle, mais son ampleur, cette fois encore, peut traduire un malaise dans une partie de l’électorat qui ne se sent pas représentée par les partis en place.
Arrivé légèrement en tête, le Fianna Fail semble le mieux placé pour récupérer le poste de premier ministre
Car si le pays est sorti du gouffre de la crise financière qui l’a dévasté en 2008-2011, il n’est pas le paradis économique que certains observateurs internationaux se sont plus à décrire, en mettant par exemple en avant l’excédent budgétaire de 4% du PIB. Il est vrai que cette situation fait pâlir d’envie les dirigeants de nombreux autres pays européens qui cherchent désespérément à combler leurs déficits. Elle est du reste créée à leur détriment, à coup de dumping fiscal.
Mais de très nombreux Irlandais n’en souffrent pas moins de leur pouvoir d’achat en berne, miné par l’inflation. Même si elle a récemment décéléré, celle-ci s’était établie à 6,3% en 2023, après 7,8% en 2022. Du reste, la coalition sortante a pioché dans l’excédent budgétaire pour accorder des aides afin d’alléger les factures d’énergie, ou des primes finançant l’achat de logements.
Ces mesures gouvernementales ont probablement contribué à la stabilité des résultats électoraux des deux formations au pouvoir. Arrivé légèrement en tête, le Fianna Fail semble le mieux placé pour récupérer le poste de premier ministre et désigner son leader, Michael Martin, pour conduire le futur gouvernement – une fonction qu’il a déjà occupée de 2020 à 2022. Il remplacera Simon Harris, le chef du Fine Gaël, réputé pour son omniprésence sur les réseaux sociaux.
Outre les trois principaux partis, les Verts dégringolent – comme presque partout en Europe – de 4,1 points, ne recueillant plus que 3% des voix ; ils perdent 11 de leurs 12 sièges, et ne pourront donc pas rester le troisième partenaire de la future coalition. Ce rôle pourrait désormais échoir au Parti travailliste, qui, avec 4,6%, gagne 0,3 points ; ou bien aux sociaux-démocrates, qui passent de 2,9% à 4,8%.
A noter qu’un parti issu d’une scission de Sinn Fein, Aontu, grimpe de 1,9% à 3,9%, en plaidant pour des mesures sociales, et des revendications conservatrices sur le plan sociétal. Enfin, le groupe le groupe « Nos vies avant leurs profits », classé « gauche radicale », reste stable (+ 0,2 point) avec 2,8% des suffrages.
Les partis classés à l’extrême droite sont restés marginaux dans ce scrutin national. Pour certains observateurs, cette faiblesse s’explique par l’absence d’un leader reconnu ou charismatique. En juin, certains d’entre eux avaient pourtant percé lors d’élections locales, notamment sur le thème migratoire.
L’apparente stabilité irlandaise pourrait bien être plus fragile que les élections du 29 novembre le laissent penser.
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C’est désormais assez rare : une élection avait lieu dans un Etat membre de l’UE sans que Bruxelles ne s’inquiète à l’avance de ses résultats. Le 29 novembre, 3,6 millions d’Irlandais étaient appelés aux urnes. Leur choix apparaît marqué par une grande stabilité. Et ce, dans le contexte d’une forte abstention : avec 59,7%, la participation a chuté de 3,2 points par rapport au scrutin de 2020, et s’avère même la plus faible depuis 1923…
Les deux grands partis traditionnels, l’un et l’autre de droite, mais rivaux du fait de l’histoire de la République d’Irlande, devraient reconduire leur « grande coalition », formée en 2020 avec la participation du petit parti des Verts.
Le Fianna Fail (droite de tradition nationale) obtient 21,9% des suffrages, soit un recul minime de 0,3 point. Le Fine Gaël (de tendance libérale) arrive juste derrière en ayant rassemblé 20,8% des votants, soit quasiment son score de 2020 (- 0,1 point).
Un an avant le scrutin, les sondages donnaient au Sinn Fein, le troisième grand parti, près de 30% d’intentions de vote. Ce mouvement, classé à gauche, a comme caractéristique d’être également présent en Irlande du Nord, la partie de l’île qui appartient au Royaume-Uni, où il a pris le relais de l’IRA, groupe armé ayant mené le combat contre la domination britannique, et où il agit désormais sur le plan politique. Des deux côtés de la frontière, le Sinn Fein continue à défendre la perspective de réunification.
Celle-ci reste très théorique. Dans ces conditions, lors du scrutin de 2020, le Sinn Fein avait mis l’accent sur les questions sociales, ce qui lui avait valu un succès notable : avec 24,5% des voix, il bondissait de près de 11 points par rapport à 2016, et arrivait même en tête. Les deux formations de droite ont cependant toujours exclu de s’allier avec lui, considérant qu’il mettait en cause l’économie de marché et le libre échange.
Cette fois cependant, le Sinn Fein semble avoir passé sa chance d’atteindre les sommets pronostiqués en 2023 : avec 19% des voix (- 5,5 points), il redevient le troisième parti (en voix). La plupart des observateurs s’accordent sur la cause de cette déception : la perte d’une partie de l’électorat populaire, notamment sur la question de l’immigration. Mary Lou Mc Donald, sa principale dirigeante, l’a du reste confirmé en affirmant pendant la campagne sa volonté de reconquérir sa base ouvrière. Un peu trop tard, probablement.
En novembre 2023, lors de manifestations violentes contre l’ouverture de centres pour migrants, elle avait exclusivement pointé la responsabilité des forces de l’ordre. Et donné l’impression de dénoncer le racisme de certains émeutiers sans prendre la mesure du fond du problème, bien réel.
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En l’espace de moins de deux semaines, la Roumanie vient de connaître trois séismes politiques majeurs. Le dernier en date est particulièrement inquiétant pour l’état de la démocratie dans ce pays, membre de l’UE depuis 2007.
Le 24 novembre, les 18 millions d’électeurs étaient appelés à élire leur nouveau président. Le chef de l’Etat sortant, Klaus Iohannis (droite), ne se représentait pas. Lors de ce premier tour, les citoyens ont déjoué spectaculairement tous les pronostics et sondages. Moyennant une participation de 52,3% (+1,4 point par rapport à 2019), c’est un parfait inconnu, Calin Georgescu (photo), qui est arrivé en tête avec 22,9% des suffrages.
Classé à l’extrême droite (étiquette qu’il conteste) ou populiste, cet ingénieur de 63 ans, sans expérience politique, a fait presque exclusivement campagne via les réseaux sociaux, notamment TikTok. Avec en particulier deux thèmes : le pouvoir d’achat, mais surtout l’opposition à l’aide militaire fournie par l’UE à Kiev, et la dénonciation des risques d’extension de la guerre qui en découlent.
Il a plaidé pour l’obtention de la paix entre l’Ukraine et la Russie par des voies diplomatiques, ce qui lui a immédiatement valu d’être stigmatisé comme « pro-russe » et accusé de vouloir faire sortir le pays de l’UE et de l’OTAN. De manière très significative, M. Georgescu a obtenu ses meilleurs résultats dans les municipalités frontalières de l’Ukraine, preuve que les électeurs ont été particulièrement sensibles au risque de voir le pays entraîné dans un conflit militaire.
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En l’espace de moins de deux semaines, la Roumanie vient de connaître trois séismes politiques majeurs. Le dernier en date est particulièrement inquiétant pour l’état de la démocratie dans ce pays, membre de l’UE depuis 2007.
Le 24 novembre, les 18 millions d’électeurs étaient appelés à élire leur nouveau président. Le chef de l’Etat sortant, Klaus Iohannis (droite), ne se représentait pas. Lors de ce premier tour, les citoyens ont déjoué spectaculairement tous les pronostics et sondages. Moyennant une participation de 52,3% (+1,4 point par rapport à 2019), c’est un parfait inconnu, Calin Georgescu (photo), qui est arrivé en tête avec 22,9% des suffrages.
Classé à l’extrême droite (étiquette qu’il conteste) ou populiste, cet ingénieur de 63 ans, sans expérience politique, a fait presque exclusivement campagne via les réseaux sociaux, notamment TikTok. Avec en particulier deux thèmes : le pouvoir d’achat, mais surtout l’opposition à l’aide militaire fournie par l’UE à Kiev, et la dénonciation des risques d’extension de la guerre qui en découlent.
Il a plaidé pour l’obtention de la paix entre l’Ukraine et la Russie par des voies diplomatiques, ce qui lui a immédiatement valu d’être stigmatisé comme « pro-russe » et accusé de vouloir faire sortir le pays de l’UE et de l’OTAN. De manière très significative, M. Georgescu a obtenu ses meilleurs résultats dans les municipalités frontalières de l’Ukraine, preuve que les électeurs ont été particulièrement sensibles au risque de voir le pays entraîné dans un conflit militaire.
Son succès s’explique aussi par le rejet massif qu’ont subi les deux candidats favoris issus des deux formations politiques qui ont dominé le pays depuis trois décennies, soit en alternance, soit en coalition comme c’est le cas depuis 2021.
Marcel Ciolacu, premier ministre sortant et leader du Parti social-démocrate (PSD) n’a rassemblé que 19,1% des votants. Et pour Nicolae Ciuca, chef du Parti national libéral (PNL, droite), qui dirigea le gouvernement jusqu’en 2023, la gifle est encore plus rude puisqu’il n’a recueilli que 8,8% des voix.
Ces deux partis jusqu’à présent dominants ont été balayés par une forme de dégagisme dont a aussi (un peu) profité Elena Lasconi, cheffe de file du petit parti du centre libéral et pro-UE Union sauvez la Roumanie (USR). Avec 19,2% des suffrages, elle devance d’un cheveu (3 000 voix) M. Ciolacu, obtenant ainsi sa qualification pour le second tour. Lors de sa campagne, elle n’avait pas hésité à dénoncer « trente-cinq ans de mauvaise politique », ce qui ne l’a pas empêchée d’en appeler, une fois les résultats connus, à un « gouvernement d’unité nationale » pro-européen pour faire barrage à M. Georgescu.
D’autant que ce dernier n’a pas été le seul à plaider contre l’engagement militaire de la Roumanie en faveur de Kiev. George Simion, dirigeant du parti Alliance pour l’unité des Roumains (AUR, souvent classé également à l’extrême droite), a rassemblé 13,9% des suffrages.
Il s’est immédiatement félicité de son résultat et de celui de M. Georgescu : « ensemble, nos scores représentent près de 40 % des voix. C’est un vote pour le souverainisme ». Le candidat arrivé en tête est allé dans le même sens : « l’insécurité économique s’est transformée en insécurité politique. Ma victoire traduit le réveil d’un peuple fatigué d’être humilié ». La corruption et le clientélisme qui ont prospéré sous le règne PSD-PNL ont également contribué au succès des candidats « anti-système ».
La Roumanie se retrouve avec une Assemblée nationale fragmentée où le camp pro-UE est en perte de vitesse et divisé
Ce succès a été confirmé – c’est le second séisme – lors des élections législatives du 1er décembre, qui avaient été programmées entre les deux tours de la présidentielle, et auxquelles 52,5% des électeurs ont pris part. (+ 21 points par rapport au scrutin de 2020 !). Le PSD, avec 22% des voix, reste en tête mais chute de près de 7 points. Avec 13,2%, c’est le PNL qui dégringole de la manière la plus spectaculaire en perdant 12 points.
A l’inverse, l’AUR, qui incarnait déjà le camp souverainiste il y a quatre ans, bondit de 9,1% à 18% et devient la deuxième force du pays. Avec respectivement 7,4% et 6,5%, deux partis qui n’existaient pas en 2020 réussissent leur entrée au Parlement. SOS Roumanie et le Parti de la jeunesse, catalogués comme « pro-russe », viennent renforcer les partisans de l’arrêt des aides militaires et de l’opposition à l’Union européenne, ce qui porte le cumul des voix de ce camp à 32%, près du tiers de l’électorat. La dirigeante de SOS Roumanie avait du reste été interdite d’élection présidentielle au prétexte d’avoir tenu des propos « antisémites » et des discours de propagande en faveur du Kremlin, selon la Cour constitutionnelle.
Pour sa part, Elena Lasconi, qui espérait profiter de sa deuxième place acquise au premier tour de la présidentielle, a dû déchanter : avec 12,4% des voix, son parti libéral pro-UE, l’USR, recule de 3 points.
La Roumanie se retrouve donc avec une Assemblée nationale fragmentée où le camp pro-UE est en perte de vitesse et divisé, tandis que leurs adversaires ont le vent en poupe. Les sociaux-démocrates ont exclu de s’allier avec l’AUR de M. Simion ; et le PNL, qui avait rompu son alliance avec le PSD deux mois avant les élections, avait rejeté à l’avance toute nouvelle participation à une grande coalition. L’actuelle configuration parlementaire devrait donc rendre très complexe la formation d’une majorité stable.
L’électrochoc constitué par le résultat de la présidentielle va cependant inciter les forces pro-européennes à resserrer les rangs. D’autant que le pays, notamment du fait de sa position géographique, est une véritable plaque tournante par où transitent armes, munitions et équipements à destination de l’Ukraine. Et il abrite plusieurs bases de l’OTAN sur son sol, dont l’une est sous commandement français (et compte un millier de soldats tricolores).
Que la Roumanie « tombe entre les mains des forces pro-russe », ou au minimum rejoigne une orientation analogue à celle du premier ministre hongrois, Viktor Orban, voilà ce que les pro-Occidentaux veulent éviter à tout prix. Le président sortant a ainsi lancé un appel solennel, martelant que le pays était face à « un choix existentiel » : ou bien rester « un pays de liberté » et « une nation européenne moderne », ou bien « sombrer dans un isolement néfaste et renouer avec un passé sombre ».
« Un candidat prorusse ne peut jeter à la poubelle les efforts énormes réalisés pour l’intégration euro-atlantique de la Roumanie »
Un ministre du PNL
Un discours qui avait peu de chances de convaincre les électeurs. La Cour constitutionnelle a donc déclenché le troisième séisme… en annulant purement et simplement le premier tour de l’élection présidentielle, et en ordonnant que celle-ci soit reprise à zéro en début d’année prochaine.
La décision, annoncée moins de deux jours avant le second tour programmé pour le 8 décembre, a mis en avant des soupçons d’influence russe qui auraient faussé le scrutin, sur la base d’un rapport des services secrets opportunément déclassifié par le président sortant. Le réseau social TikTok, en particulier, n’aurait pas décelé des algorithmes, potentiellement propulsés par le Kremlin, qui auraient favorisé Calin Georgescu.
Ce dernier a immédiatement dénoncé « un coup d’Etat organisé », et martelé : « le peuple roumain est souverain et personne ne pourra m’arrêter (…) je suis en train d’écrire une page d’histoire que l’actuel système ne pourra effacer ». Même certains représentants du camp pro-occidental ont pris leurs distances quant à cette décision sans précédent. Il est vrai que, le moment venu, M. Georgescu, déjà largement en tête dans les sondages (cependant sujets à caution), pourrait être renforcé par son image de victime de l’arbitraire.
Est-ce la raison pour laquelle Elena Lasconi, qui allait l’affronter au second tour, a également protesté, en estimant qu’« aujourd’hui, l’Etat roumain a mis la démocratie à genoux » ? Il s’est pourtant trouvé un parti politique pour défendre la Cour, dont l’indépendance est de plus en plus mise en doute par les citoyens. Un des dirigeants du PNL, Sebastian Burduja, a ainsi déclaré : « un candidat prorusse ne peut jeter à la poubelle les efforts énormes réalisés pour l’intégration euro-atlantique de la Roumanie ». Voilà qui a au moins le mérite de la franchise et de la clarté.
De son côté, Bruxelles, généralement prompt à donner des leçons de démocratie, a brillé par sa discrétion. On imagine pourtant le concert d’indignation si, en Géorgie par exemple, le camp pro-UE avait largement remporté les élections mais qu’une Cour proche du pouvoir ait ordonné l’annulation de celles-ci au prétexte que l’Occident aurait tenté d’influer sur le résultat…
Quoiqu’il en soit, avec un électorat largement rebelle dans un Etat membre stratégique, un Parlement fragmenté, et une future élection présidentielle où le candidat redouté semble avoir accru ses chances, Bruxelles a du souci à se faire.
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Le 29 septembre, près de 6,5 millions d’Autrichiens de plus de seize ans étaient appelés à renouveler leurs députés. 77,2 % d’entre eux ont participé au scrutin (+ 1,7 point par rapport à 2019) au terme d’une législature dominée par la coalition gouvernementale entre droite classique (ÖVP) et Verts.
Tous les sondages prévoyaient une victoire du FPÖ, généralement classé à l’extrême droite. Celle-ci a finalement pris l’allure d’un véritable tremblement de terre. Avec 28,9% des voix, soit un bond de 12,7 points par rapport à 2019, ce parti arrive en tête et obtient le plus fort résultat depuis sa fondation en 1955. Il améliore même son score des élections européennes du 9 juin dernier, où il avait déjà triomphé avec 25,4%.
Cette prouesse est d’autant plus spectaculaire que la plupart des observateurs considéraient en 2019 que le FPÖ peinerait à se relever d’un scandale qui avait balayé son chef de l’époque, Heinz-Christian Strache. Une vidéo tournée clandestinement l’avait montré en train de négocier des financements occultes avec une femme d’affaires russe sur l’île espagnole d’Ibiza. Il n’a jamais été établi avec précision comment M. Strache avait pu se laisser piéger par des « lanceurs d’alerte antifascistes ». Quoi qu’il en soit, la tourmente avait alors fait chuter le gouvernement d’alliance ÖVP-FPÖ.
En 2021, Herbert Kickl, catalogué comme personnifiant l’aile la plus radicale du FPÖ, prend la tête de ce parti. Il surfe en particulier sur la vague « antivax ». Excellent communiquant selon les politologues, c’est lui qui mènera son mouvement aux succès de 2024.
La victoire du 29 septembre a consterné Bruxelles et de nombreux dirigeants européens. Et ce d’autant plus que M. Kickl et ses amis n’ont nullement adopté une stratégie dite de « dédiabolisation » comme l’ont fait le Rassemblement national en France, les Frères d’Italie, ou bien leurs homologues nordiques. Au contraire.
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Cet article Le FPÖ triomphe en Autriche, au grand désespoir de Bruxelles… est apparu en premier sur Ruptures.
Le 29 septembre, près de 6,5 millions d’Autrichiens de plus de seize ans étaient appelés à renouveler leurs députés. 77,2 % d’entre eux ont participé au scrutin (+ 1,7 point par rapport à 2019) au terme d’une législature dominée par la coalition gouvernementale entre droite classique (ÖVP) et Verts.
Tous les sondages prévoyaient une victoire du FPÖ, généralement classé à l’extrême droite. Celle-ci a finalement pris l’allure d’un véritable tremblement de terre. Avec 28,9% des voix, soit un bond de 12,7 points par rapport à 2019, ce parti arrive en tête et obtient le plus fort résultat depuis sa fondation en 1955. Il améliore même son score des élections européennes du 9 juin dernier, où il avait déjà triomphé avec 25,4%.
Cette prouesse est d’autant plus spectaculaire que la plupart des observateurs considéraient en 2019 que le FPÖ peinerait à se relever d’un scandale qui avait balayé son chef de l’époque, Heinz-Christian Strache. Une vidéo tournée clandestinement l’avait montré en train de négocier des financements occultes avec une femme d’affaires russe sur l’île espagnole d’Ibiza. Il n’a jamais été établi avec précision comment M. Strache avait pu se laisser piéger par des « lanceurs d’alerte antifascistes ». Quoi qu’il en soit, la tourmente avait alors fait chuter le gouvernement d’alliance ÖVP-FPÖ.
En 2021, Herbert Kickl (au centre sur la photo), catalogué comme personnifiant l’aile la plus radicale du FPÖ, prend la tête de ce parti. Il surfe en particulier sur la vague « antivax ». Excellent communiquant selon les politologues, c’est lui qui mènera son mouvement aux succès de 2024.
La victoire du 29 septembre a consterné Bruxelles et de nombreux dirigeants européens. Et ce d’autant plus que M. Kickl et ses amis n’ont nullement adopté une stratégie dite de « dédiabolisation » comme l’ont fait le Rassemblement national en France, les Frères d’Italie, ou bien leurs homologues nordiques. Au contraire.
Herbert Kickl a insisté sur un point cher à de très nombreux Autrichiens : maintenir la traditionnelle neutralité du pays
Trois axes majeurs ont été mis en avant par le FPÖ. A commencer par la lutte contre l’immigration, au sujet de laquelle son programme affirme en titre : « Forteresse Autriche, forteresse de la liberté ». Il y est question de supprimer le droit d’asile, de stopper le regroupement familial, et de « remigration ».
Le thème rassemble bien au-delà d’un électorat d’ultra droite dans un pays qui a accueilli, en une décennie, la plus forte proportion de réfugiés par rapport à sa population, par comparaison avec les autres pays européens. Parmi eux figurent 150 000 Syriens et Afghans.
Le parti de M. Kickl a su également capitaliser sur un deuxième sujet d’inquiétude et de mécontentement : la situation économique du pays – même si, sur ce plan, le programme du FPÖ n’est pas très éloigné des orientations libérales de l’ÖVP (baisse de l’impôt sur les entreprises et des cotisations patronales…). Quoiqu’il en soit, de nombreux électeurs ont exprimé leur colère face à un chômage en hausse (5,3% selon les chiffres officiels pour cette année), à une inflation ayant atteint 7,7% en 2023, et à une croissance en berne.
Le contexte international n’est pas étranger à ces mauvais chiffres. L’Autriche est fortement dépendante de sa grande voisine allemande dont la croissance et l’industrie battent de l’aile. Surtout, les sanctions européennes infligées à la Russie ont eu un effet boomerang, particulièrement en matière de coût de l’énergie.
Dans ce contexte, beaucoup d’électeurs ont été sensibles à un troisième thème majeur du FPÖ : l’exigence de rétablir des relations apaisées avec la Russie, permettant notamment la poursuite de l’importation de gaz de ce pays. Le chef du FPÖ a qualifié les sanctions de « suicide » économique.
Mais il ne s’agit pas seulement d’économie. Herbert Kickl a insisté sur un point cher à de très nombreux Autrichiens : maintenir, ou récupérer, la traditionnelle neutralité du pays. Il a ainsi attribué à l’UE et à l’OTAN la responsabilité de la guerre en Ukraine, et a qualifié la politique de ces organisations de « désastreuse, hypocrite » et porteuse d’une dangereuse « escalade ». Il a en outre plaidé pour stopper le transit par l’Autriche d’armes en provenance d’autres pays de l’UE vers l’Ukraine. Il a enfin insisté pour que cette dernière ne devienne jamais membre de l’OTAN.
Cet attachement à la neutralité est très ancré dans le pays, car il remonte à l’après-guerre. L’Autriche servait alors de passerelle entre l’Est et l’Ouest – du reste, plusieurs institutions internationales y ont toujours leur siège. Lorsqu’en 1994, le gouvernement s’engage pour l’adhésion à l’Union européenne, cette perspective se heurte de ce fait à une forte hostilité. Lors du référendum, 33,4 % des citoyens votent Non.
Trente ans plus tard, le cabinet sortant n’a pas osé proposer de rejoindre l’OTAN comme l’ont fait la Suède et à la Finlande. Le gouvernement ÖVP-Verts a cependant modifié cet été la doctrine de défense qui classait précédemment la Russie en « partenaire essentiel ». Moscou est désormais vu comme un « risque pour la sécurité ». Le FPÖ n’a pas été le seul à s’opposer à ce changement : le parti social-démocrate (SPÖ) a également dénoncé le contournement du Parlement. Quoiqu’il en soit, c’est le FPÖ qui s’est fait le porteur, avec succès, de l’aspiration pacifiste et neutraliste de nombreux citoyens.
Pour éviter ce qui serait un cauchemar pour Bruxelles, il est donc probable qu’on se dirige vers une alliance entre ÖVP et SPÖ
Ce parti fait donc figure de grand vainqueur du scrutin. A noter cependant que le parti libéral centriste NEOS passe de 8,1% à 9,1%. Pour sa part, le Parti communiste, avec 2,4%, progresse de 1,7 point. Un « Parti de la bière » a réussi à séduire 2% des votants.
Mais le verdict des électeurs a été cruel pour les trois grands perdants. C’est bien sûr le cas pour l’ÖVP. Avec 26,3% des voix, les chrétiens-démocrates chutent de 11,1 points. Une défaite « amère », a admis le chancelier sortant, Karl Nehammer. Leurs partenaires de coalition, les Verts, perdent également un tiers de leurs soutiens, en passant de 13,9% à 8,2%.
Les sociaux-démocrates subissent le pire résultat de leur histoire, avec 21% (- 0,1 point). Le SPÖ, l’autre grand parti traditionnel du pays, a notamment tenté de défendre l’accueil des migrants. Ce choix, de même que sa longue cure d’opposition (depuis 2017) ne lui auront pas profité. Paradoxalement, il pourrait bien faire partie de la future coalition.
Car Karl Nehammer a martelé qu’il excluait de s’allier avec Herbert Kickl, tout en ouvrant la porte à une alliance avec le FPÖ si ce parti mettait de côté son chef « sulfureux » – une hypothèse assez improbable.
Certes, une alliance ÖVP-FPÖ ne serait pas inédite. Cela avait été le cas de 2000 à 2005, puis de 2017 à 2019. Lors de la première séquence, l’Union européenne avait même pris des sanctions contre Vienne, considérant que l’extrême droite devrait être interdite d’accès au pouvoir. Les dirigeants européens avaient finalement dû constater que cette ingérence directe dans la composition d’un gouvernement national avait eu une seule conséquence : renforcer le FPÖ, auréolé d’une aura de victime.
Cette fois cependant, une telle alliance verrait le FPÖ hériter du poste de chancelier, tandis que l’ÖVP serait le partenaire mineur. Avec le « risque » d’un rapprochement avec le « pro-russe » Viktor Orban, le premier ministre hongrois, bête noire des autres dirigeants européens.
Pour éviter ce qui serait un cauchemar pour Bruxelles, il est donc probable qu’on se dirige vers une alliance entre ÖVP et SPÖ (un cas de figure fréquent dans les cinq décennies d’après-guerre). Ces deux partis pris ensemble disposent d’une très courte majorité d’un siège, à laquelle pourraient se joindre les Libéraux de NEOS.
Une telle configuration démentirait une nouvelle fois la gauche française, qui, frustrée de ne pas avoir eu le poste de premier ministre, dénonce une prétendue « exception française » : en réalité, il n’y a pas qu’à Paris qu’une coalition des battus se retrouverait finalement au pouvoir…
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Trois dimanches électoraux entrecoupés d’une dissolution de l’Assemblée nationale : la France vient de vivre une période politique bouleversée – et ce n’est sans doute qu’un début. Le 9 juin en effet, au soir du scrutin européen, le président de la République convoquait par surprise les citoyens pour renouveler leurs députés nationaux. Les électeurs se sont prononcés les 30 juin et 7 juillet, mais pas vraiment dans le sens espéré par Emmanuel Macron.
Le 7 juillet, la soirée électorale sur les chaînes télévisées est apparue particulièrement confuse. Si l’on veut y voir clair à l’issue de cette séquence de quelques semaines, il faut pointer trois faits majeurs : la progression spectaculaire du Rassemblement national (RN, classé à l’extrême droite par ses adversaires) ; l’émergence à court terme d’une France ingouvernable, puisqu’aucun des trois blocs n’obtient de majorité absolue à l’Assemblée ; et le lancement implicite de la course présidentielle (alors que le mandat du chef de l’Etat ne s’achève théoriquement qu’en 2027), sur fond d’une possible restructuration des forces politiques « centrales » susceptible d’apporter plus de stabilité aux élites dominant le pays.
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Cet article Chronique d’un blocage annoncé… est apparu en premier sur Ruptures.
Trois dimanches électoraux entrecoupés d’une dissolution de l’Assemblée nationale : la France vient de vivre une période politique bouleversée – et ce n’est sans doute qu’un début. Le 9 juin en effet, au soir du scrutin européen, le président de la République convoquait par surprise les citoyens pour renouveler leurs députés nationaux. Les électeurs se sont prononcés les 30 juin et 7 juillet, mais pas vraiment dans le sens espéré par Emmanuel Macron.
Le 7 juillet, la soirée électorale sur les chaînes télévisées est apparue particulièrement confuse. Si l’on veut y voir clair à l’issue de cette séquence de quelques semaines, il faut pointer trois faits majeurs : la progression spectaculaire du Rassemblement national (RN, classé à l’extrême droite par ses adversaires) ; l’émergence à court terme d’une France ingouvernable, puisqu’aucun des trois blocs n’obtient de majorité absolue à l’Assemblée ; et le lancement implicite de la course présidentielle (alors que le mandat du chef de l’Etat ne s’achève théoriquement qu’en 2027), sur fond d’une possible restructuration des forces politiques « centrales » susceptible d’apporter plus de stabilité aux élites dominant le pays.
Avant de détailler ces trois enseignements politiques, il faut pointer le système électoral français : le scrutin majoritaire à deux tours, une procédure atypique, rare en Europe et même dans le monde. Si aucun candidat n’obtient 50% au premier tour, un second tour est organisé avec ceux qui ont obtenu au moins 12,5% des inscrits. Mais ces derniers peuvent se désister, par exemple pour appeler à battre le candidat arrivé en tête au premier tour. « Au premier tour on choisit, au second tour on élimine », dit le proverbe.
Ce fut le cas massivement cette fois-ci, où de nombreux candidats RN ont finalement été battus par une coalition de tous les autres partis, parfois au profit de la gauche, parfois au profit du camp présidentiel « centriste ». Et ce, après que toutes les forces politiques (mais aussi des milliers d’associations hétéroclites de la « société civile ») avaient, entre les deux tours, mené une campagne sans précédent appelant à « faire barrage » au parti de Marine Le Pen afin d’« éviter le pire » et de « sauver la République ». Même des dirigeants étrangers, dont le chancelier allemand, avaient abondé en ce sens.
Le deuxième tour a donc attribué un nombre de sièges très largement différent de ce qu’annonçait le premier : le RN obtient 143 députés alors que ses candidats avaient largement dominé le 30 juin (33,2%) ; la gauche fait élire 182 candidats alors qu’elle n’avait rassemblé que 28,1% des électeurs – restant ainsi dans ses plus basses eaux historiques ; et le camp présidentiel sauve les meubles avec finalement 168 élus, alors qu’il s’était effondré au premier tour (20%).
Dit autrement, face au RN quasi-seul, l’entraide électorale sous forme de désistement mutuel entre la coalition macroniste et la coalition de gauche (qui, chacune, présentaient au premier tour des candidats uniques dans presque toutes les circonscriptions) a abouti à inverser les gagnants et les perdants entre les deux tours. Du moins en apparence, puisque le véritable indicateur d’influence reste évidemment le choix des électeurs au premier tour.
Progression spectaculaire du RN
C’est à cette aune qu’il faut mesurer la progression du RN. Déjà lors des européennes du 9 juin, le camp lepéniste avait créé l’événement : avec 31,4% des suffrages, il arrivait non seulement en tête (ce qui a été le cas dans 93% des communes du pays), mais obtenait à l’échelle nationale plus du double de la liste macroniste arrivée en second (14,6%).
Le 30 juin, cette performance était amplifiée, avec 33,2%, soit 10,6 millions de voix. Cela représente un bon en avant de 14,5 points (et plus du doublement du nombre de voix) par rapport au précédent scrutin en juin 2022 (18,7%, 4,2 millions de suffrages). Ce dernier avait lui-même marqué une hausse notable par rapport à juin 2017, où le RN ne rassemblait « que » 13,2% (3 millions de voix).
Enfin, si les dirigeants de ce parti ont été déçus par le deuxième tour à l’issue duquel ils rêvaient (imprudemment) de former le prochain gouvernement, ils auront tout de même le groupe le plus puissant au Palais-Bourbon, puisque les quatre partis de gauche, bien qu’alliés électoralement, auront chacun leur groupe propre.
La France se retrouve ingouvernable
Ces quatre partis, coalisés sous l’étiquette « nouveau front populaire » (NFP), ont cependant argué de leur total d’élus pour réclamer de former le prochain gouvernement, et pourraient bientôt mettre en avant un nom de premier ministre. Mais il s’agit d’une posture purement tactique puisqu’aucun des trois blocs (RN, NFP, macronistes) n’obtient la majorité absolue (289 sièges), et de loin.
La France se retrouve ainsi ingouvernable – c’était l’hypothèse la plus probable pronostiquée avant le premier tour ici même. Bien sûr, il ne manque pas de dirigeants politiques pour plaider en faveur de « configurations nouvelles » intégrant « enfin la culture du compromis ». Certains louent même l’occasion unique de « jouer à l’allemande ». Pourtant, on ne peut pas dire que l’actuelle coalition tripartite qui gouverne à Berlin accumule des succès… Mais, au sein des socialistes et plus encore des écologistes, l’envie de gouverner fait envisager des alliances au cas par cas, projet par projet, avec des macronistes, voire avec les 60 députés de la droite « classique ».
Il devrait en outre apparaître rapidement que le programme du NFP bouclé en quelques jours avant le premier tour n’était qu’un trompe l’œil masquant provisoirement les contradictions entre la « gauche modérée » et La France insoumise (LFI, gauche dite « radicale »). Il n’a fallu que quelques heures pour que de premières fractures ne se révèlent. Avant une probable explosion d’ici peu.
Cette instabilité à court terme peut nourrir les ambitions de ceux qui rêvent de construire à moyen terme une configuration durable
Quoiqu’il en soit, l’obstacle arithmétique est, au moins à court terme, incontournable. Il revient au chef de l’Etat de nommer un premier ministre et un gouvernement. Mais ce dernier ne peut être que précaire, faute de disposer d’une majorité. Il sera à la merci d’une motion de censure. Quant à un gouvernement « technique » chargé de gérer les affaires courantes, cela ne peut être que provisoire. Pour combien de temps ? Nul ne le sait.
Car il faudra bien présenter un budget. Et même, dès juillet, faire face à Bruxelles qui exige des mesures de réduction de déficits et une perspective annuelle de correction.
Cette instabilité à court terme peut nourrir les ambitions de ceux qui rêvent de construire à moyen terme une configuration durable rassemblant des socialistes « raisonnables », des écologistes, des « centristes », et des élus de la « droite républicaine ». Le champ des compromis aurait pour base la fidélité à l’Union européenne, à ses règles et à son cadre – cette question a été du reste évitée durant la campagne électorale par tous les grands partis, y compris le RN. De même qu’a été évité le débat sur l’engagement belliciste du président face à Moscou.
Emmanuel Macron n’entend pas quitter son poste, c’est du moins ce qu’il répète. Mais, privé pendant un an du pouvoir de provoquer une nouvelle dissolution, et sorti affaibli de cette séquence politique qu’il envisageait comme un coup de poker gagnant, pourra-t-il tenir trois ans ? D’autant que ses concurrents cachent de moins en moins leurs ambitions. C’est le cas du premier chef de gouvernement qu’il avait nommé en 2017, Edouard Philippe ; tout comme celui de l’actuel premier ministre, Gabriel Attal, qui, à trente-cinq ans, ne se considère pas comme en fin de carrière.
Qui ne voit qu’à chaque barrage, la marée monte de quelques crans ?
Mais les citoyens dans tout ça ? Ceux des électeurs de gauche qui ont cru, le 7 juillet au soir, à la « victoire » du NFP et aux déclarations des dirigeants annonçant que le programme de cette coalition devrait être mis en œuvre, risquent de tomber de haut très bientôt.
Ceux des électeurs macronistes ayant voté à gauche, et ceux de gauche ayant fait élire un député de la famille politique du président, sont certes aujourd’hui satisfaits d’avoir « fait barrage au RN », mais vont vite constater que les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Car il n’est guère contestable que ce sont les déceptions, les frustrations, les colères notamment des classes les plus déshéritées qui ont nourri l’inexorable montée du RN, autrement dit les résultats des politiques qui se sont succédé au pouvoir depuis quatre décennies, en alternant équipes de droite, de « gauche » et du centre.
Le « front républicain », c’est-à-dire l’alliance de tous les grands partis face au seul RN, a, cette fois encore réussi à « faire barrage » au camp lepéniste. Mais ce dernier rassemble désormais, au second tour dans de très nombreuses circonscriptions, entre 45% et 49% des voix à lui tout seul. Qui ne voit qu’à chaque barrage, la marée monte de quelques crans, alimentée par le sentiment d’une élection volée par la magie du mode de scrutin ?
Dans l’immédiat, la France entre dans une situation sans précédent dans l’histoire politique et institutionnelle de la cinquième République (née en 1958). Pas sûr que les élites dirigeantes puissent s’en réjouir.
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Les Français sont convoqués aux urnes dans quelques jours, les 30 juin et 7 juillet, pour renouveler leurs députés. C’est la conséquence de la dissolution de l’Assemblée nationale, une décision surprise annoncée par le Président de la République, une heure après la clôture des élections européennes du 9 juin.
Ces dernières, en France, avaient constitué une véritable débâcle pour le camp d’Emmanuel Macron. A l’inverse, la liste du Rassemblement national, (RN, classé à l’extrême droite, une étiquette qu’il conteste) avait atteint 31,4% des suffrages, plus du double du camp présidentiel (14,6%). Le locataire de l’Elysée avait pris prétexte de cette victoire pour justifier son choix. En substance : la peste brune serait à nos portes. Il espérait en réalité rebattre les cartes, comptant sur la brièveté du délai pour prendre ses adversaires de court.
Mauvais calcul : la gauche, très divisée, réussissait cependant à signer un accord électoral fondé sur un programme minimum et la présentation d’un candidat unique dans chaque circonscription. Pour sa part, le RN triomphait, comptant bien profiter le 30 juin de la dynamique créée trois semaines plus tôt. Enfin, la droite « classique » (Les Républicains, LR) explosait, entre une alliance avec le RN décidée par son président, et la grande majorité de ses autres dirigeants choisissant de se présenter de manière autonome.
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Les Bulgares pourraient bien devenir champions du monde dans un sport non encore olympique : la tenue d’élections à répétition. Le 9 juin, les 6,6 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour renouveler leurs députés, et ce pour la sixième fois depuis 2021.
Sans surprise, l’abstention a battu un nouveau record : seulement 33,4% des citoyens se sont déplacés dans les bureaux de vote. La tenue des élections européennes le même jour n’a nullement contrecarré cette tendance. Du reste, la campagne électorale s’est surtout concentrée sur le futur parlement national et ses 240 députés. Sept partis et coalitions y seront représentés.
Schématiquement, le pays – en proie à d’immenses difficultés économiques et sociales, et où la pauvreté est endémique – voit s’affronter deux coalitions aussi atlantistes et économiquement libérales l’une que l’autre, mais antagonistes sur la manière de gouverner.
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Les Bulgares pourraient bien devenir champions du monde dans un sport non encore olympique : la tenue d’élections à répétition. Le 9 juin, les 6,6 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour renouveler leurs députés, et ce pour la sixième fois depuis 2021.
Sans surprise, l’abstention a battu un nouveau record : seulement 33,4% des citoyens se sont déplacés dans les bureaux de vote. La tenue des élections européennes le même jour n’a nullement contrecarré cette tendance. Du reste, la campagne électorale s’est surtout concentrée sur le futur parlement national et ses 240 députés. Sept partis et coalitions y seront représentés.
Schématiquement, le pays – en proie à d’immenses difficultés économiques et sociales, et où la pauvreté est endémique – voit s’affronter deux coalitions aussi atlantistes et économiquement libérales l’une que l’autre, mais antagonistes sur la manière de gouverner.
La première est dirigée par Boïko Borissov (photo), chef du parti GERB (droite, pro-UE) et qui fut premier ministre de 2009 à 2013, de 2014 à 2017, puis de 2017 à mai 2021. A cette date il connut une lourde défaite électorale, conséquence d’immenses scandales de corruption révélés en 2019. Avec pour conséquence un long mouvement lors de l’été 2020 où la mobilisation, notamment des classes moyennes urbaines, fut forte contre son pouvoir, accusé de clientélisme, de détournement de fonds, voire de pratiques mafieuses.
Les jeunes formations politiques issues de ce mouvement hétéroclite n’ont cependant pas conquis de majorité lors des votes d’avril, juillet puis novembre 2021. Lors de ce dernier scrutin émergea alors un mouvement, baptisé « Continuons le changement » (PP), qui, sous la direction de deux jeunes diplômés d’universités américaines, dont Kiril Petkov (formé à Harvard), arriva en tête et forma un gouvernement minoritaire qui dura jusqu’en août 2022.
Le tout jeune premier ministre promettait un euro-libéralisme tout aussi fidèle que son prédécesseur, mais s’engageait à éradiquer la corruption et l’autoritarisme de M. Borissov. Il promettait de ne jamais passer d’accord avec ce dernier, symbole de la « pourriture » politique. Son fragile gouvernement chuta finalement sur une motion de censure.
Les scrutins d’octobre 2022, et plus encore d’avril 2023 connurent une nouveauté, liée à la situation en Ukraine : la progression du parti Renaissance (Vazrazhdane), souvent qualifié de « pro-russe » ou d’« ultra-nationaliste », voire « raciste » – des qualificatifs que son leader récuse. Kostadin Kostadinov se réclame plutôt de l’intérêt de la Bulgarie à ne pas être en guerre contre la Russie. Le grand frère slave fut un allié historique du pays, tant au sein du Pacte de Varsovie, dans la deuxième moitié du vingtième siècle, que pour se libérer du joug ottoman, à la fin du dix-neuvième.
Sur le plan économique et social, Renaissance réclame des nationalisations ainsi que des hausses des salaires et des retraites. Il plaide pour la sortie de l’UE et de l’OTAN, et a même tenté d’obtenir, sans succès, un référendum sur l’entrée dans la monnaie unique. Renaissance faisait partie du groupe Identité et Démocratie au sein du parlement européen sortant, et s’était opposé à ce que l’AfD (classée en Allemagne à l’extrême droite) en soit exclue.
La grande perdante est la coalition formée par le PP et ses alliés de Bulgarie Démocratique, une alliance libérale-écolo, pro-business et pro-UE
Après les élections d’avril 2023, compte tenu de la situation déplorable du pays, le PP et le GERB finirent par trouver un compromis : un gouvernement d’alliance qui devait être dirigé pendant neuf mois par le premier, puis pendant les neuf mois suivants par le second. En mars 2024, il fallut constater que la seconde phase, contrairement aux engagements pris, n’obtenait pas de majorité parlementaire. Après trois tentatives infructueuses pour désigner un premier ministre, le président de la République, convoquait finalement les électeurs pour le 9 juin.
Avec 24,7% des suffrages, le GERB reste globalement stable ( – 0,7 point). Si M. Borissov, ancien karateka et garde du corps, avait indiqué ne pas vouloir redevenir premier ministre, il a néanmoins joué sur son image d’« homme fort » capable de redresser le pays. En réalité, il ne s’est jamais départi de son style très personnel de « proximité » avec les citoyens, incluant langage ordurier, promesses de subventions, clientélisme et achats de voix…
La grande perdante du scrutin est la coalition formée par le PP et ses alliés de Bulgarie Démocratique (DB), une alliance libérale-écolo, également pro-business et pro-UE. Cette coalition ne rassemble que 14,3% des voix, soit une chute de 9,2 points par rapport à avril 2023. Manifestement, une partie de ses électeurs n’ pas apprécié le reniement de la promesse de ne jamais pactiser avec les « pourris » du GERB.
En revanche, un parti notoirement corrompu par les oligarques qui le dirigent refait surface : le Mouvement pour les droits et les libertés (DPS), auto-proclamé représentant la minorité turcophone, arrive en deuxième position avec 17%, soit un gain de plus de 3 points.
Le score du « pro-russe » Renaissance était guetté avec inquiétude par Bruxelles. Avec 13,8%, il progresse très légèrement (+ 0,2 point). Ce parti récent était passé de moins de 5% des suffrages en 2021 à 9% en 2022, puis à 13,6% en avril 2023. Son dirigeant a accusé un tout nouveau parti, Grandeur (Velichie) d’avoir, d’avoir, sur des thèmes proches, détourné des suffrages d’électeurs anti-occidentaux, alors qu’il proclame vouloir rester dans l’UE et dans l’OTAN. Grandeur obtient ainsi 4,7% des suffrages après une intense campagne sur les réseaux sociaux. Ce nouveau parti est « un projet américain destiné à stopper la croissance de Renaissance », a accusé le chef de ce dernier.
Enfin, avec 7% (- 1,5 point), le Parti socialiste bulgare (BSP) stabilise son score de l’année dernière. Loin, cependant, des résultats qu’il obtenait en 2017 (27,2%) et dans la période antérieure. Le BSP est aussi catalogué « favorable à Moscou » par Bruxelles. Mais il avait fait partie du gouvernement de coalition dirigé par le PP en 2022-2023.
Les questions géopolitiques vont très probablement rester clivantes dans le contexte d’un nouveau parlement
De fait, si les précédents scrutins avaient été dominés par la lutte contre la corruption, cette fois, la guerre en Ukraine a dominé la campagne, de même que le thème du pouvoir d’achat. Du reste, la hausse des prix a notamment été alimentée par celle du gaz, elle-même liée à la dégradation des relations entre le gouvernement bulgare et la Russie qui était le fournisseur quasi exclusif du pays.
Et les questions géopolitiques vont très probablement rester clivantes, dans le contexte d’un nouveau parlement dans lequel ne se dessine toujours pas de majorité claire. Le GERB et le DPS pourraient s’allier – malgré la réputation sulfureuse de ce dernier – mais cela ne suffit pas arithmétiquement. Et le PP rejette une reconduction de l’alliance qui l’a plombé.
Boïko Borissov vient de lancer un ultimatum à ses potentiels alliés, en menaçant d’un septième scrutin sous peu. Mais cette hypothèse inquiète les milieux atlantistes de Sofia, car elle pourrait inciter le président de la République, Roumen Radev, à entrer directement dans la mêlée.
Ce dernier, ancien général commandant de l’armée de l’air, s’était présenté en 2016 sans soutien d’un parti, mais il était considéré comme proche des socialistes, et comme « pro-russe ». Il l’avait emporté au second tour avec 59% des suffrages, puis s’était attiré une vraie popularité durant son premier mandat, au point d’être réélu en 2021 avec 67% des voix.
Il plaide certes pour le maintien du pays dans l’UE et dans l’OTAN. Mais il est opposé aux sanctions européennes contre la Russie, une position proche de celle de Viktor Orban, le premier ministre hongrois. Il a même tout récemment (le 11 juin) bloqué une résolution du groupe « B9 » (rassemblant les pays orientaux de l’UE) qui visait à durcir les sanctions. Comparant deux voies possibles face à la guerre en Ukraine, négociations pacifiques ou fourniture par l’OTAN d’armes à Kiev, il a déclaré, à propos de cette seconde option : « Êtes-vous d’accord pour emprunter cette voie, qui ne mène nulle part et qui comporte un risque énorme pour la sécurité mondiale ? ».
Si un nouveau scrutin devait être organisé prochainement, certains analystes rappellent que rien n’interdirait au chef de l’Etat de mettre fin prématurément à son mandat, et de se présenter comme député. Il pourrait alors être en situation de créer une dynamique et de rassembler une toute nouvelle majorité à partir du sentiment pacifiste d’une large partie des électeurs.
On n’en est pas là. Mais le cas de la Bulgarie n’a sans doute pas fini de tracasser les dirigeants de l’UE.
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La dissolution de l’Assemblée nationale française, annoncée au soir du 9 juin par Emmanuel Macron, a eu le mérite de confirmer qu’il n’y a pas de paysage politique européen homogène, tout simplement parce qu’il n’existe pas de peuple européen. Du 6 au 9 juin se sont donc déroulés vingt-sept scrutins nationaux hétéroclites, même s’ils visaient tous à envoyer des élus à Strasbourg.
Après le coup de théâtre français, certains commentateurs ont finalement renoué avec leurs analyses des différents scrutins. Et ont ausculté les conséquences quant à l’évolution des différents groupes au sein du « parlement » européen. Ce dernier a toujours été dirigé par une coalition droite (Parti populaire européen, PPE) / gauche (sociaux-démocrates, SD), flanquée, depuis 2019, des Libéraux. Cela ne devrait pas changer.
Parmi les commentaires les plus courants figure l’assertion selon laquelle le groupe PPE sortirait renforcé. Selon les estimations actuelles, il disposerait de 189 sièges, soit un léger gain d’une dizaine de sièges par rapport à l’assemblée sortante – mais qui comptait 15 sièges de moins. En réalité, cette apparente stabilité résulte de mouvements contraires. Par exemple, les Grecs de Nouvelle Démocratie, avec 28%, perdent 5 points par rapport au scrutin de 2019 ; au même moment, les Espagnols du Parti populaire (PP) passent de 20% à 34%. Les deux partis adhèrent au même PPE, mais dans des situations nationales complètement différentes.
Au sein des Vingt-sept, en moyenne, un électeur sur deux a boudé les urnes
Y a-t-il cependant des tendances qui se dégagent globalement ? On peut en citer trois, qui admettent cependant des exceptions. La première est la persistance d’une très forte abstention. Entre 2019 et 2024, le taux de participation passe de 50,7% à 51%, soit un très minime gain de 0,3 points. Le fait marquant reste qu’au sein des Vingt-sept, en moyenne, un électeur sur deux a boudé les urnes – certains pour refuser de donner un semblant de légitimité à un « parlement » sans peuple.
Et il convient de préciser que dans quelques pays, le vote est obligatoire. En outre, en Belgique et en Bulgarie, les citoyens renouvelaient leurs députés le même jour que les élections européennes (ces élections nationales mériteront une analyse spécifique), ce qui fait grimper mécaniquement la participation ; de même, d’autres, comme la Roumanie, votaient pour des assemblées régionales.
En France, la participation a été de 51,5% (+1,4 point par rapport à 2019) ; en Allemagne de 64,8% (+ 3,4) ; mais en Espagne, elle a chuté de 60,7% à 49,2% ; en Italie elle est passée de 54,5% à 48,3% ; et en Pologne de 45,7% à 40,6%. La Lituanie arrive en queue de peloton, avec 28,3% de participation ( – 25,2 points).
Certains ont découvert que l’objectif affiché de « protéger la planète » cachait des projets de transformation profonde des modes de vie
La deuxième caractéristique qu’on retrouve dans plusieurs pays est la retombée de la « vague verte » qui avait été fêtée par certains avec enthousiasme en 2019 (il est vrai qu’il est dans la nature d’une vague de retomber !…). Ce succès des mouvements écologistes n’avait en réalité été constaté il y a cinq ans que dans sept pays sur vingt-huit (à l’époque). Mais comme il s’agissait notamment de grands pays, de nombreux élus Verts avaient été envoyés à Strasbourg.
Cette fois, les Verts allemands (qui font partie de la coalition gouvernementale) doivent se contenter de 11,9%, soit un plongeon de 8,6 points ; leurs collègues français, de 5,5%, une perte de 8 points. Des chutes analogues ont eu lieu en Belgique, au Luxembourg, en Autriche. Les pays scandinaves font exception, mais sont loin de compenser la tendance. Aux Pays-Bas, les écologistes faisaient liste commune avec les socialistes, ce qui empêche toute comparaison directe ; mais les deux partis pris ensemble obtiennent moins de voix que leur résultat cumulé de 2019.
Depuis cinq ans, l’état d’esprit a changé chez nombre d’électeurs. Certains ont découvert que l’objectif affiché de « protéger la planète » cachait en réalité des projets de transformation profonde des modes de vie, avec des conséquences directes sur le pouvoir d’achat et l’emploi.
La troisième tendance constatée a été la plus commentée
Enfin, la troisième tendance constatée lors de ces scrutins a été la plus commentée : la progression globale des forces regroupées sous le terme d’extrême droite, même si certaines d’entre elles contestent ce qualificatif. Ce dernier englobe en réalité des partis très hétéroclites de par leurs origines, leurs orientations et leurs stratégies [lien sur mon article précédent].
C’est évidemment en France que la poussée est la plus spectaculaire : avec 34,1% des suffrages, le Rassemblement national arrive non seulement en tête (ce qui fut déjà le cas en 2014 et 2019), mais progresse de plus de 8 points par rapport à 2019. Surtout, il distance de près de 17 points la liste arrivée en deuxième, celle des partisans d’Emmanuel Macron. A cela peuvent s’ajouter les 5,5% de la liste véritablement d’extrême droite, soutenue par Eric Zemmour.
Dans une configuration politique totalement différente, l’AfD, en Allemagne, obtient, avec 15,9%, soit un bond de près de 5 points, la deuxième place après les chrétiens-démocrates dans l’opposition mais avant les trois partis associés au gouvernement. Un résultat d’autant plus notable que ce parti avait fait l’objet de plusieurs scandales récents mis en avant par les médias.
Par ailleurs, il est évidemment hors de question de classer le mouvement BSW, tout récemment lancé par Sarah Wagenknecht, une dissidente de Die Linke, à l’extrême droite : il défend d’abord le progrès social ; il refuse la fuite en avant « wokiste », et prône plus de fermeté face à l’immigration ; surtout, il s’oppose au consensus pro-Ukraine. Sur cette base, il réussit une percée à 6,2%, ce qui constitue sans doute un lancement prometteur. La plupart des médias français ont fait silence sur cette nouveauté originale en Europe.
En Autriche, la performance du FPÖ est notable : avec 25,4% des suffrages, il progresse de plus de 8 points et conquiert la première place. Un véritable séisme dans le petit pays alpin, d’autant que son leader, Herbert Kickl, ne cherche pas la « dédiabolisation », au contraire.
En Italie, la configuration est encore différente puisque la dirigeante du mouvement « post-fasciste » Frères d’Italie, Giorgia Meloni, est à la tête du gouvernement depuis fin 2022. En personnalisant le scrutin, elle a capitalisé sur sa popularité à hauteur de 28,8%, soit un bond de 20 points. Pour sa part, la Ligue dégringole de 34,3% à 10% (mais remonte légèrement la pente par rapport aux élections nationales de 2022).
Il faut citer aussi la Belgique, côté flamand, où le Vlaams Belang conquiert la première place avec 14,5% (+ 2,8 points). Quant aux Pays-Bas, le PVV de Geert Wilders passe, en cinq ans, de 3,7% à 17,7%. Un score en recul, cependant, par rapport aux 23,5% obtenus lors des élections nationales de novembre 2023. Depuis cette date, le PVV négociait avec trois autres partis pour former un gouvernement, ce qui vient d’être achevé. Mais au prix d’importantes concessions du PVV : le renoncement à un référendum sur la sortie de l’UE, et l’abandon d’une position plus équilibrée sur la guerre en Ukraine. Certains électeurs auraient-ils voulu exprimer une déception à cet égard ?
Les forces « populistes » ou « nationalistes » connaissent en revanche des baisses ou des déceptions en Suède, au Danemark et en Finlande. Les analystes citent aussi le cas du parti FIDESZ du premier ministre hongrois Viktor Orban, qui chute de 7,6 points par rapport à 2019, tout en restant, avec 44,9%, très loin devant ses concurrents. Ce recul est dû à l’émergence spectaculaire d’une personnalité dissidente du FIDESZ, qui a fait campagne contre la corruption, et qui obtient pas moins de 29,5%, écrasant l’opposition classique. A noter cependant que si Peter Magyar se veut anti-Orban, il partage son « euroscepticisme » et sa critique du soutien inconditionnel à l’Ukraine.
Enfin, des partis classés à l’extrême droite surgissent ou progressent dans trois pays de l’est particulièrement. En Pologne, la Confédération passe de 4,5% à 12,1% ; en Roumanie, l’Alliance pour l’unité de la Roumanie, qui n’existait pas en 2019, obtient 14,9% des voix ; et en Bulgarie, Renaissance, absente en 2019, rassemble 14% des voix. Ces deux derniers partis sont décrits comme ouvertement « pro-russe » par leurs adversaires.
De nombreux dossiers vont être à l’avenir encore plus explosifs dans le rapport de force de l’après 9 juin
Aussi hétérogènes que soient toutes ces forces, on peut raisonnablement penser que leurs électeurs ne sont pas des enthousiastes de l’intégration européenne, et même qu’une large partie d’entre eux y est réticente. Les résultats électoraux renforcent donc un climat de plus en plus difficile pour les supporters de « l’idée européenne ».
Pour l’heure, la « bulle bruxelloise » va se focaliser sur la constitution de groupes parlementaires, et surtout sur le choix des futurs dirigeants de l’UE : présidents de la Commission et du Conseil, du « haut représentant », ainsi que d’autres postes en vue. Après le dîner informel du 17 juin entre chefs d’Etat et de gouvernement (d’où Ursula von der Leyen s’est plainte d’être partiellement exclue), le Conseil européen (là où les grandes orientations se prennent) se réunira plus formellement les 27 et 28 juin. Les tractations discrètes et les manœuvres de couloir battent déjà leur plein.
Mais au-delà de cette « cuisine » interne, de nombreux dossiers vont être à l’avenir encore plus explosifs dans le rapport de force de l’après 9 juin : asile et migration, « Pacte vert », budget et emprunt communs, élargissement…
Sans même parler de l’engagement politique et militaire de l’UE au côté de Kiev. De nombreux électeurs ont, même de manière confuse, exprimé à cet égard leur volonté de paix. Est-ce totalement un hasard si c’est le dirigeant le plus va-t-en-guerre d’Europe occidentale, le président français, qui a été le plus brutalement sanctionné ?
Dans nombre de soirées électorales, notamment sur la chaîne franco-allemande Arte, des intervenants ont répété plusieurs fois : « Vladimir Poutine va se frotter les mains ». Et ce, sans même pouvoir pointer les « ingérences russes » qui étaient officiellement redoutées pour le jour du scrutin…
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La dissolution de l’Assemblée nationale française, annoncée au soir du 9 juin par Emmanuel Macron, a eu le mérite de confirmer qu’il n’y a pas de paysage politique européen homogène, tout simplement parce qu’il n’existe pas de peuple européen. Du 6 au 9 juin se sont donc déroulés vingt-sept scrutins nationaux hétéroclites, même s’ils visaient tous à envoyer des élus à Strasbourg.
Après le coup de théâtre français, certains commentateurs ont finalement renoué avec leurs analyses des différents scrutins. Et ont ausculté les conséquences quant à l’évolution des différents groupes au sein du « parlement » européen. Ce dernier a toujours été dirigé par une coalition droite (Parti populaire européen, PPE) / gauche (sociaux-démocrates, SD), flanquée, depuis 2019, des Libéraux. Cela ne devrait pas changer.
Parmi les commentaires les plus courants figure l’assertion selon laquelle le groupe PPE sortirait renforcé. Selon les estimations actuelles, il disposerait de 189 sièges, soit un léger gain d’une dizaine de sièges par rapport à l’assemblée sortante – mais qui comptait 15 sièges de moins. En réalité, cette apparente stabilité résulte de mouvements contraires. Par exemple, les Grecs de Nouvelle Démocratie, avec 28%, perdent 5 points par rapport au scrutin de 2019 ; au même moment, les Espagnols du Parti populaire (PP) passent de 20% à 34%. Les deux partis adhèrent au même PPE, mais dans des situations nationales complètement différentes.
Y a-t-il cependant des tendances qui se dégagent globalement ? On peut en citer trois, qui admettent cependant des exceptions. La première est la persistance d’une très forte abstention. Entre 2019 et 2024, le taux de participation passe de 50,7% à 51%, soit un très minime gain de 0,3 points. Le fait marquant reste qu’au sein des Vingt-sept, en moyenne, un électeur sur deux a boudé les urnes – certains pour refuser de donner un semblant de légitimité à un « parlement » sans peuple.
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« Coup de poker », « pari osé », « saut dans le vide »… C’est peu dire que la dissolution de l’Assemblée nationale, annoncée par Emmanuel Macron une heure seulement après l’annonce des premiers résultats français du scrutin du 9 juin, a sidéré les commentateurs et analystes politiques. Tout comme elle a désarçonné – et inquiété – de nombreuses personnalités de l’UE, même si ces dernières sont restées discrètes.
Le président français a pris prétexte du très haut score du Rassemblement national – 31,4% – pour convoquer les Français aux urnes les 30 juin et 7 juillet prochain. Preuve, au passage, qu’il n’y a pas eu une élection européenne, mais vingt-sept scrutins nationaux dans des pays qui diffèrent par le contexte, l’actualité, les conséquences, mais aussi l’histoire et la culture politiques nationales (même s’il convient d’analyser quelques tendances globales dominantes).
Naturellement, le maître de l’Elysée n’a pas fait ce choix en quelques minutes. Il y songeait depuis des mois, selon les confidences de certains de ses proches. Les sondages prédisaient déjà un très fort résultat pour le Rassemblement national, et une catastrophe pour la liste macroniste, conduite par la libérale Valérie Hayer. Celle-ci a finalement obtenu 14,6% des suffrages, en deuxième position mais moyennant un écart abyssal avec celle du vainqueur, Jordan Bardella.
Dans sa brève allocution, le chef de l’Etat a été contraint de reconnaître implicitement son échec cinglant. Il s’était en effet fait réélire en mai 2022 avec l’objectif affiché d’affaiblir le RN, qualifié de « nationaliste » et d’« anti-européen », au profit d’une stratégie de poursuite de l’intégration européenne qu’il incarne depuis 2017.
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Cet article Pour Macron, il n’y avait pas dix solutions… est apparu en premier sur Ruptures.
« Coup de poker », « pari osé », « saut dans le vide »… C’est peu dire que la dissolution de l’Assemblée nationale, annoncée par Emmanuel Macron une heure seulement après l’annonce des premiers résultats français du scrutin du 9 juin, a sidéré les commentateurs et analystes politiques. Tout comme elle a désarçonné – et inquiété – de nombreuses personnalités de l’UE, même si ces dernières sont restées discrètes.
Le président français a pris prétexte du très haut score du Rassemblement national – 31,4% – pour convoquer les Français aux urnes les 30 juin et 7 juillet prochain. Preuve, au passage, qu’il n’y a pas eu une élection européenne, mais vingt-sept scrutins nationaux dans des pays qui diffèrent par le contexte, l’actualité, les conséquences, mais aussi l’histoire et la culture politiques nationales (même s’il convient d’analyser quelques tendances globales dominantes).
Naturellement, le maître de l’Elysée n’a pas fait ce choix en quelques minutes. Il y songeait depuis des mois, selon les confidences de certains de ses proches ; il semble que la décision ait mûri lors d’un déjeuner avec quelques conseillers le 20 mai. Les sondages prédisaient déjà un très fort résultat pour le Rassemblement national, et une catastrophe pour la liste macroniste, conduite par la libérale Valérie Hayer. Celle-ci a finalement obtenu 14,6% des suffrages, en deuxième position mais moyennant un écart abyssal avec celle du vainqueur, Jordan Bardella.
Dans sa brève allocution, le chef de l’Etat a été contraint de reconnaître implicitement son échec cinglant. Il s’était en effet fait réélire en mai 2022 avec l’objectif affiché d’affaiblir le RN, qualifié de « nationaliste » et d’« anti-européen », au profit d’une stratégie de poursuite de l’intégration européenne qu’il incarne depuis 2017.
Certes, le RN a mis beaucoup d’eau dans son vin, espérant être admis dans le cercle des élites jugées acceptables pour gouverner. Sa cheffe historique, et déjà candidate à l’Elysée, Marine Le Pen, a officiellement renoncé à consulter les Français sur l’appartenance à l’UE – en réalité, son parti ne s’était jamais engagé à sortir de celle-ci. De même, le parti a juré qu’il serait désormais fidèle au soutien occidental à l’Ukraine.
Mais il n’empêche : pour de très nombreux électeurs, le RN continue d’incarner l’opposition à Bruxelles. Et il garde l’image d’un parti moins hostile à Moscou et plus favorable à la paix que les forces politiques traditionnelles – c’est du reste ce que ces dernières n’ont cessé de lui reprocher. Dans ce contexte, le résultat du 9 juin constitue un revers non seulement pour Emmanuel Macron, mais pour « l’idée européenne » à laquelle ce dernier s’est identifié.
Les stratèges de l’Elysée ont estimé que la gifle électorale pouvait servir d’occasion pour rebattre les cartes
Cette monumentale gifle ne pouvant être dissimulée, les stratèges de l’Elysée ont estimé qu’elle pouvait servir d’occasion pour rebattre les cartes. Car, depuis 2022, Le chef de l’Etat ne dispose plus d’une majorité à l’Assemblée nationale. Dès lors, chaque projet, chaque loi nécessite d’interminables tractations pour être adopté. Et parfois, ces négociations parlementaires se terminent dans l’impasse, contraignant le gouvernement à utiliser des astuces constitutionnelles pour imposer des textes sans vote.
Cela a été le cas pour faire passer en force la très impopulaire réforme des retraites. Même l’adoption de textes budgétaires relève du casse-tête. Bref, depuis de longs mois, la paralysie de l’action politique s’installait. Et ce, au moment où l’UE exige la reprise des « réformes » et des restrictions budgétaires. Du reste, le président français, qui cherche à asseoir son influence à Bruxelles, est handicapé par l’image d’un pays irréformable et perpétuellement en déficit.
L’objectif stratégique du président consiste donc à sortir de cette situation. Pour ce faire, il n’avait pas dix solutions.
Accessoirement, des buts tactiques ont également joué leur rôle : Emmanuel Macron, qui ne peut se représenter en 2027, cherche à garder la main sur le choix de son successeur. Cela suppose de prendre de court certains prétendants qui étaient déjà quasiment en campagne.
Le pari du chef de l’Etat a-t-il une chance de réussir ?
Reste évidemment une question : compte tenu du désastre électoral du 9 juin, et de sa très grande impopularité qui y a contribué, le pari du chef de l’Etat a-t-il une chance de réussir ? A ce stade, il est trop tôt pour répondre de manière certaine.
En particulier en ce qui concerne la viabilité des calculs présidentiels. Ceux-ci reposent sur le slogan : « moi ou le chaos », le « chaos » étant ici représenté par le spectre fantasmé du retour de la « peste brune » et des « heures les plus sombres de notre histoire ». Un spectre contre lequel il conviendrait de faire l’union sacrée. Cet appel vise au premier chef le parti de la droite classique, Les Républicains (LR).
Le président espère ainsi capturer de larges pans de LR sous sa bannière, d’autant que des ralliements ponctuels ont déjà eu lieu, parfois récompensés par des portefeuilles ministériels (comme la nomination de Rachida Dati comme ministre de la culture). Il est vrai qu’aucun obstacle idéologique n’existe entre les amis d’Emmanuel Macron et LR (un parti qui, avec 7,2% des suffrages, reste électoralement exsangue).
Il n’y a pas non plus de fossé idéologique avec le Parti socialiste (dont la liste a obtenu 13,8% des suffrages, un score rachitique eu égard à l’histoire, mais tout de même le double de 2019). De ce côté cependant, le calcul macroniste est différent. En imposant la plus courte campagne possible, l’Elysée espère sans doute prendre de vitesse tout regroupement à « gauche ».
Certes, les différents partis de cette mouvance appellent tous à un « Front populaire » contre le RN. Mais entre le PS, fidèlement aligné sur les dogmes de l’UE, et La France insoumise (LFI) qui tient un langage plus radical et insiste sur la nécessité de s’entendre sur un programme clair, les tensions, qui se sont renforcées ces derniers mois, sont de plus en plus vives. Dès lors, au-delà de la déclaration commune signée le 11 juin par quatre partis, sera-t-il possible d’établir, comme en 2022 mais cette fois en quelques jours, des candidatures et un programme communs ?
Et quel sera le profil de la prochaine Assemblée nationale : dotée d’une majorité absolue de députés pro-Macron ? Conquise par une majorité de gauche hétéroclite ? Dominée par le RN ? Ou éclatée et plus ingouvernable encore que la chambre sortante ?
Aucune de ces hypothèses n’est à ce jour exclue. Les deux dernières ne sont pas les plus improbables – et sont précisément celles qui sont redoutées à Bruxelles. Car pour une Union européenne déjà plombée par ses divisions et contradictions entre Etats membres sur des sujets majeurs (contraintes budgétaires, emprunts communs, politiques industrielle et commerciale, environnement, élargissement, immigration…), la « déstabilisation » de la deuxième puissance du club constituerait un handicap majeur supplémentaire.
Accessoirement, la dissolution de l’Assemblée nationale française complique d’ores et déjà les tractations entre Etats, discrètes et déjà complexes, visant à choisir les titulaires des plus hauts postes de l’UE (présidents de la Commission et du Conseil, Haut représentant…).
Quoi qu’il en soit, compte tenu de la brièveté de la campagne, on y verra plus clair bientôt.
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A quelques jours des élections européennes, les instituts de sondage tout comme les politologues ne cessent de prédire une montée inexorable de l’extrême droite. De nombreux dirigeants européens en profitent pour tenter de mobiliser leurs électeurs face à cette perspective qualifiée de funeste. Ce fut encore récemment le cas d’Emmanuel Macron en visite d’Etat à Berlin.
En outre, ces prévisions plongent la « bulle bruxelloise » dans un tourbillon de rumeurs et de manœuvres – à mille lieues des préoccupations des électeurs. Au parlement européen en particulier, la fébrilité se répand parmi les élus qui siègent jusqu’à maintenant dans les deux groupes rassemblant des forces dites « nationalistes » ou « populistes » : le CRE (Conservateurs et réformistes européens), et ID (Identité et démocratie).
Le premier, qui regroupe surtout des « eurosceptiques modérés », avait été co-fondé par les Conservateurs britanniques (lorsque le Royaume-Uni était encore dans l’UE) qui trouvaient le Parti populaire européen (PPE, droite pro-intégration européenne) trop fédéraliste ; il comprend aujourd’hui notamment les ultra-conservateurs polonais du PiS, les Tchèques de l’ODS, mais aussi les Frères d’Italie de la cheffe du gouvernement à Rome, Giorgia Meloni.
Le second groupe, théoriquement plus radical, rassemble entre autres les Français du Rassemblement national (RN), les Italiens de la Ligue (dirigée par Matteo Salvini), les Néerlandais du PVV de Geert Wilders (le parti dirigeant de la coalition qui vient de former le gouvernement à La Haye), les Autrichiens du FPÖ…
Alors que le scrutin n’a pas encore eu lieu, les tractations battent déjà leur plein, notamment autour d’une question : comment ces deux groupes, qui totalisent aujourd’hui 120 élus, vont-ils se restructurer ? Marine Le Pen (RN) rêve d’une fusion qui placerait le nouveau groupe, dans lequel ses amis seraient nombreux, en deuxième force parlementaire à Strasbourg.
Giorgia Meloni reste discrète, mais semble avoir un autre objectif en tête : constituer une alliance tripartite associant des élus des deux groupes (mais excluant des délégations de partis nationaux jugés trop « radicaux ») avec la droite classique (le PPE). Une telle alliance pourrait soutenir la candidature d’Ursula von der Leyen (PPE) pour un second mandat à la tête de la Commission européenne mais sur un programme infléchi – une hypothèse qui ressemble à la coalition italienne actuelle, mais rejetée par le RN et d’autres.
Au grand dam des sociaux-démocrates et des libéraux de l’hémicycle avec qui le PPE formait la coalition sortante, Mme von der Leyen, qui multiplie les signes de proximité avec Mme Meloni, n’a pas, elle, rejeté une telle perspective. A condition que cette hypothétique alliance droite – extrême droite s’appuie exclusivement sur des partis « respectant l’Etat de droit, pro-UE, pro-OTAN et pro-Ukraine »…
Aux rivalités et querelles qui divisent les partis classés à l’extrême droite s’ajoutent les contradictions idéologiques de fond
Ces manœuvres de couloir témoignent en tout cas de ce que des partis théoriquement opposés à l’intégration sont déjà très « bruxellisés ».
En réalité, il est peu probable que les horizons unitaires rêvés par les uns ou les autres se réalisent : aux rivalités, susceptibilités et querelles qui divisent les partis classés à l’extrême droite s’ajoutent les contradictions idéologiques de fond. La nébuleuse « populiste » est particulièrement hétéroclite – ce qui s’explique aussi par le fait que chaque pays a une histoire propre, et qu’il n’existe donc pas une culture politique européenne (qui fonderait un « peuple européen »).
Certains de ces partis sont issus (ou sont des scissions) du « centre-droit » (AfD allemande, PVV néerlandais, Vox espagnol…), d’autres se sont développés dans les marges « sulfureuses » de la politique nationale (RN français, Démocrates de Suède, Frères d’Italie…) ; certains sont imprégnés d’ultra-libéralisme économique, d’autres donnent la priorité à un discours social ; certains se vivent comme ancrés dans l’opposition, d’autres font partie d’une coalition gouvernementale, voire la dirigent, d’autres encore l’influencent de l’extérieur ; certains ne rêvent que de « dédiabolisation » (quitte à renier leurs engagements antérieurs pour mieux se faire admettre au sein de la classe politique installée, en prétextant vouloir « changer l’Europe de l’intérieur »), d’autres peuvent être tentés par la provocation.
Ce dernier cas de figure est par exemple illustré par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui vient de se faire exclure du groupe ID pour propos répétés qui nuisent à la respectabilité de leurs collègues français ou italiens.
Un autre cas particulier est celui du FIDESZ hongrois, qui a longtemps été membre du PPE, mais s’en est finalement fait exclure en 2019/2021 en raison des « atteintes à l’Etat de droit » dont est accusé le chef du gouvernement, Viktor Orban, à Budapest. Ce dernier, bête noire de Bruxelles, rêve aussi d’un rôle pivot dans le mécano en cours.
Certains terrains ont été obligeamment abandonnés par la droite et la gauche classiques, voire par la gauche dite « radicale »
Cependant, malgré leurs différences et oppositions, toutes ces forces semblent avoir le vent en poupe pour une raison commune et fondamentale : certains terrains lui ont été obligeamment abandonnés par la droite et la gauche classiques, voire par la gauche dite « radicale ».
A commencer par le dossier de l’immigration. Si le malheur des réfugiés (fuyant les guerres et la misère, dans lesquelles l’UE porte une lourde responsabilité) est incontestable, le dogme mille fois répété selon lequel « l’immigration est une chance pour l’Europe » a jeté massivement les classes populaires dans les bras de ceux qui affichent la promesse de fermer les frontières.
Certes, nombre de dirigeants européens ont, depuis quelques années, infléchi leur discours dans le sens de plus de fermeté – mais trop tard. Surtout, le monde des grandes entreprises et du business tient plus que jamais à la libre circulation de la main d’œuvre, gage de pression permanente sur les salaires.
Deuxièmement, les dogmes écologistes ont été portés, pendant des années, par un consensus qu’il était interdit de contredire. Le projet de « transition énergétique et environnementale » a abouti à un Pacte vert porteur de risques mortifères pour les classes populaires en particulier. Le mouvement français des Gilets jaunes en 2018, déclenché par le refus d’une taxe carbone sur le carburant, puis tout récemment la mobilisation des agriculteurs dans de nombreux Etats membres, ont fait prendre conscience à certains dirigeants européens que la colère grondait.
Au point que certains envisagent désormais de remettre en cause la future interdiction des moteurs thermiques, prévue pour 2035. Un projet dont les familles à faible revenu seraient les premières victimes, et qui est en outre porteur de millions de suppressions d’emplois. Mais là encore, trop tard : la colère a bénéficié ainsi a ceux qui ont perçu plus tôt l’évidence du mécontentement populaire.
Un troisième terrain a été offert aux forces dites « populistes », ou du moins à une partie d’entre elles : la dynamique belliciste dans laquelle se sont engouffrés les partis « classiques ». Sans doute ceux-ci ont-ils estimé que le pilonnage russophobe de la propagande « mainstream » effacerait l’attachement à la paix, ou au moins affaiblirait le refus d’une escalade militaire.
Certes, le PiS polonais, de même que l’ODS tchèque et les Démocrates de Suède, ne cachent pas leur agressivité vis-à-vis de Moscou. Mais de nombreux partis « nationalistes » capitalisent sur le rejet de la guerre et du soutien militaire à l’Ukraine. C’est le cas des Bulgares de Vazrazhdane (« Renaissance », catalogué « pro-russe »), qui pourraient bien progresser fortement dans leurs élections nationales qui se tiennent aussi le 9 juin, des Roumains de l’AUR qui ont également le vent en poupe, des Autrichiens du FPÖ.
Et dans deux pays, les partis anti-guerre ont dû une part de leur victoire électorale récente à leur programme opposé au soutien occidental à Kiev : en septembre 2023, en Slovaquie, lorsque le SMER-SD (anciennement social-démocrate, mais rejeté par cette famille depuis lors) a pu ainsi prendre la direction du pays ; et deux mois plus tard aux Pays-Bas, où les amis de Geert Wilders (PVV) ont créé la surprise en arrivant en tête.
Enfin, en Hongrie, Viktor Orban a construit sa victoire triomphale d’avril 2022 en soignant sa posture d’opposant à la guerre et de partisan de la négociation avec Moscou.
Plus globalement, un dernier facteur joue en faveur des forces classées à l’extrême droite : alors même que la plupart d’entre elles ont renié leur exigence de sortie de l’Union européenne (si tant est qu’elles l’aient jamais eue), elles continuent d’apparaître, pour nombre d’électeurs attachés à la souveraineté nationale, comme le vote utile contre Bruxelles.
C’est le grand paradoxe de l’élection du 9 juin.
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A quelques jours des élections européennes, les instituts de sondage tout comme les politologues ne cessent de prédire une montée inexorable de l’extrême droite. De nombreux dirigeants européens en profitent pour tenter de mobiliser leurs électeurs face à cette perspective qualifiée de funeste. Ce fut encore récemment le cas d’Emmanuel Macron en visite d’Etat à Berlin.
En outre, ces prévisions plongent la « bulle bruxelloise » dans un tourbillon de rumeurs et de manœuvres – à mille lieues des préoccupations des électeurs. Au parlement européen en particulier, la fébrilité se répand parmi les élus qui siègent jusqu’à maintenant dans les deux groupes rassemblant des forces dites « nationalistes » ou « populistes » : le CRE (Conservateurs et réformistes européens), et ID (Identité et démocratie).
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Le 10 mars, les 11 millions d’électeurs portugais étaient appelés à renouveler leur parlement. Les votes des Portugais de l’étranger n’ont pas encore été consolidés, mais ils ne devraient pas modifier les tendances.
Ce troisième scrutin en moins de cinq ans a été marqué par une forte augmentation de la participation : cette dernière s’est établie à 66,2%, un niveau certes modeste, mais à comparer aux 51,4% de janvier 2022, ou aux 48,6% d’octobre 2019.
Le grand perdant du scrutin est le Parti socialiste (PS), qui doit se contenter de 28,7% des suffrages, soit un plongeon de 13,8 points par rapport à son score de 2022. Une chute qui ne constitue pas une surprise, puisque le premier ministre issu de ses rangs, Antonio Costa (photo), avait été contraint de démissionner en novembre dernier en raison d’un nouveau scandale de corruption ayant touché son proche entourage politique.
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