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Bruxelles sous le choc après le premier tour de la présidentielle en Roumanie

Par : pierre

Son succès était annoncé. Mais l’ampleur de son triomphe a déstabilisé la classe politique roumaine, et affolé Bruxelles. Lors du premier tour de l’élection présidentielle en Roumanie (19 millions d’habitants) qui s’est tenu le 4 mai, avec une participation de 53,2%, George Simion (photo) a recueilli 41% des suffrages. Non seulement il est arrivé largement en tête, mais son résultat dépasse le cumul des suffrages qui s’étaient portés sur son nom et sur celui de Calin Georgescu le 24 novembre 2024.

Les deux hommes sont catalogués « pro-russes » et d’extrême droite, deux qualificatifs que M. Simion récuse vigoureusement. Quant à M. Georgescu, un quasi inconnu il y a quelques mois encore, il s’était placé en tête du scrutin du 24 novembre dernier à la surprise générale, avec 22,9% des voix. Ce « premier » premier tour avait alors été annulé par la Cour constitutionnelle, et M. Georgescu avait été interdit de nouvelle candidature.

En effet, la Cour, soutenue par le président sortant, Klaus Iohannis, avait argué de « soupçons de manipulations » via le réseau social Tiktok, manipulations qui auraient été pilotées par les services russes. Pour le vote du 4 mai, personne ne parle plus de manipulation ayant faussé le scrutin, et… le résultat est encore pire, du point de vue du pouvoir sortant.

Quelle que soit la réalité des soupçons allégués, cette décision sans précédent effaçant d’un trait de plume les suffrages de millions d’électeurs a été comprise par une large part de l’électorat comme une manœuvre désespérée de la coalition au pouvoir pour éviter que le pays ne bascule dans le camp « anti-occidental ». Une manœuvre qui s’est manifestement retournée contre elle.

M. Simion, 38 ans, fondateur en 2019 de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), et qui avait obtenu 13,9% en novembre dernier, s’affirme certes pour le maintien du pays dans l’OTAN et l’UE – une position moins « radicale » que celle de M. Georgescu – mais ne cesse de clamer son aversion face à Bruxelles, entend donner « la priorité à la Roumanie », et, surtout, s’est prononcé pour l’arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine.

Il obtient ses scores les plus spectaculaires dans les régions limitrophes de ce pays, signe que les populations frontalières, outre un fort ressentiment anti-ukrainien (et pour une part une certaine nostalgie de la période socialiste avant 1989), ont voulu exprimer leur volonté de retour à la paix, à tout le moins de retrait de la Roumanie de son engagement guerrier.

George Simion s’est résolument posé en partisan et disciple de Donald Trump. Mais ce positionnement n’a sans doute pas été le plus déterminant car il a été affiché par la plupart des candidats en lice, y compris chez les sociaux-démocrates – un choix impensable pour les politiciens de l’ouest de l’UE.

La volonté des citoyens d’en finir avec la « grande coalition » gouvernant à Bucarest a joué un rôle important

En revanche, la volonté des citoyens d’en finir avec la classe politique gouvernant à Bucarest semble avoir joué un rôle important, classe politique considérée comme corrompue et incapable de faire vivre des services publics dignes de ce nom. Ce rejet est d’autant plus patent que le pays est gouverné depuis 2021 par une « grande coalition » associant le Parti social-démocrate (PSD) et le Parti national libéral (PNL, droite).

Ces deux partis avaient déjà été lourdement sanctionnés lors des élections parlementaires du 1er décembre dernier, avec respectivement 22% (- 11,5 points) et 13,2% (-12 points), des résultats historiquement bas. Mais cet échec cuisant n’avait nullement dissuadé les dirigeants politiques en place de reconduire leur alliance et de maintenir le chef du PSD, Marcel Ciolacu, au poste de premier ministre…

Crin Antonescu, issu du PNL et candidat commun soutenu par ce parti, par le PSD, ainsi que par la formation des Hongrois de Roumanie, en a fait les frais le 4 mai : avec 20,07% des suffrages, il n’arrive que troisième et manque donc sa qualification pour le second tour, une cruelle humiliation pour la coalition sortante. M. Antonescu incarnait exactement la caste politique haïe (et est par ailleurs l’époux d’une ancienne commissaire européenne).

Un ancien premier ministre social-démocrate, Victor Ponta, jadis contraint à la démission dans des affaires de corruption, avait décidé de tenter sa chance en indépendant, misant sur un discours nationaliste et « populiste ». Avec 13% des voix, il arrive en quatrième position.

C’est donc le maire de Bucarest, Nicusor Dan, qui, avec 21% des voix, se qualifie de justesse pour affronter George Simion lors du second tour prévu le 18 mai. Ayant compris l’état d’esprit de la majorité des citoyens, il se déclare lui aussi « anti-système ». Il n’en a pas moins choisi désormais, comme principal thème de campagne, la volonté de « maintenir la Roumanie dans le camp occidental ».

S’il est moins plombé que M. Antonescu par le rejet de la caste politique qui gère le pays depuis un quart de siècle, il souffre de plusieurs handicaps. D’abord, il a été préféré, par son propre parti (Union sauvez la Roumanie, USR, « centriste libéral »), à Elena Lasconi, qui avait pourtant, avec 19,2% des suffrages, obtenu la deuxième place lors du scrutin annulé de novembre 2024. Cette dernière s’est finalement représentée, en mai, comme indépendante ; elle a obtenu 2,7%, et provoqué pas mal d’aigreur en interne.

Surtout, M. Dan manque manifestement de charisme et ne séduit guère au-delà des électeurs des grandes villes. Même s’il a prudemment évité les thèmes sociétaux qui plaisent aux « bobos » de la capitale, l’USR est considéré comme trop « libérale » par la « Roumanie profonde », qu’on dit très conservatrice et religieuse.

C’est dans cette Roumanie des petites villes et des campagnes que le PSD a son plus fort électorat traditionnel. Or le chef de ce parti et premier ministre sortant a fait savoir qu’il ne donnerait aucune consigne de vote, contrairement à toute attente. Une décision qui handicape la campagne de M. Dan, axée sur le « barrage à l’extrême droite », un « cordon sanitaire » qui avait servi de justification à la « grande coalition » de 2021…

Si M. Simion était élu, cela pourrait handicaper notablement la stratégie de l’UE de soutien militaire à Kiev

Dans ces conditions, on comprend que Bruxelles observe le second tour avec une immense inquiétude, pour deux raisons au moins.

La première tient à la place cruciale de la Roumanie dans le transit avec l’Ukraine : comme la Pologne, elle est un pays stratégique sur « la ligne de front », pour les exportations de Kiev, mais aussi et surtout pour les livraisons d’armes et d’équipements militaires occidentaux. Elle abrite un fort contingent de l’OTAN, incluant notamment des militaires français qui y ont une base. Le rôle de Paris dans le soutien à l’Ukraine mais aussi dans l’annulation du scrutin de novembre a du reste été dénoncé par M. Georgescu et par M. Simion.

Quoiqu’il en soit, si ce dernier était élu, cela pourrait handicaper notablement la stratégie de l’UE de soutien militaire à Kiev.

La deuxième source d’inquiétude des dirigeants européens concerne l’évolution de la politique intérieure roumaine. Si le chef de l’Etat a quelques prérogatives en matière de politique extérieure (il représente en outre son pays au Conseil européen), l’essentiel du pouvoir est entre les mains du gouvernement. Mais celui-ci ne sort pas indemne de la tornade du 4 mai.

Sans attendre le second tour, le premier ministre social-démocrate sortant, Marcel Ciolacu, a présenté sa démission, reconnaissant – tardivement : « le vote des Roumains montre que la coalition gouvernementale n’a aucune légitimité ». Ce qui acte probablement la fin de la « grande coalition ». Certains observateurs évoquent même un retournement possible du PSD qui pourrait constituer une alliance parlementaire avec les amis de M. Simion.

De son côté, ce dernier a promis, s’il était élu, de « mettre à la tête du pays » M. Georgescu, ce qui serait un incroyable pied-de-nez à ceux qui avaient annulé le précédent scrutin. Le nommerait-il chef du gouvernement ? En organisant un référendum ? Ou de nouvelles législatives ? Les rapports entre les deux hommes n’ont pas toujours été simples, mais ils se sont volontiers affichés ensemble pendant la campagne et jusqu’au jour du vote.

Il est trop tôt pour évaluer les différents scénarios dès lors que le second tour, qui se présente favorablement pour George Simion, n’a pas encore eu lieu. Mais même s’il n’y a pas de certitude, le risque est grand, pour Bruxelles, d’un pays supplémentaire qui bascule dans le camp des « contestataires », camp qui comprend déjà la Hongrie de la « bête noire » Viktor Orban, la Slovaquie de Robert Fico qui était le 9 mai à Moscou, et peut-être demain la République tchèque, qui vote à l’automne.

Pour ne rien dire de l’Italie de Giorgia Meloni, dont les sympathies pour Donald Trump sont publiques, et dont le parti appartient au même groupe européen que l’AUR de M. Simion…

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Bruxelles sous le choc après le premier tour de la présidentielle en Roumanie…

Par : pierre

Son succès était annoncé. Mais l’ampleur de son triomphe a déstabilisé la classe politique roumaine, et affolé Bruxelles. Lors du premier tour de l’élection présidentielle en Roumanie (19 millions d’habitants) qui s’est tenu le 4 mai, avec une participation de 53,2%, George Simion a recueilli 41% des suffrages. Non seulement il est arrivé largement en tête, mais son résultat dépasse le cumul des suffrages qui s’étaient portés sur son nom et sur celui de Calin Georgescu le 24 novembre 2024.

Les deux hommes sont catalogués « pro-russes » et d’extrême droite, deux qualificatifs que M. Simion récuse vigoureusement. Quant à M. Georgescu, un quasi inconnu il y a quelques mois encore, il s’était placé en tête du scrutin du 24 novembre dernier à la surprise générale, avec 22,9% des voix. Ce « premier » premier tour avait alors été annulé par la Cour constitutionnelle, et M. Georgescu avait été interdit de nouvelle candidature.

En effet, la Cour, soutenue par le président sortant, Klaus Iohannis, avait argué de « soupçons de manipulations » via le réseau social Tiktok, manipulations qui auraient été pilotées par les services russes. Pour le vote du 4 mai, personne ne parle plus de manipulation ayant faussé le scrutin, et… le résultat est encore pire, du point de vue du pouvoir sortant.

Quelle que soit la réalité des soupçons allégués, cette décision sans précédent effaçant d’un trait de plume les suffrages de millions d’électeurs a été comprise par une large part de l’électorat comme une manœuvre désespérée de la coalition au pouvoir pour éviter que le pays ne bascule dans le camp « anti-occidental ». Une manœuvre qui s’est manifestement retournée contre elle.

M. Simion, 38 ans, fondateur en 2019 de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), et qui avait obtenu 13,9% en novembre dernier, s’affirme certes pour le maintien du pays dans l’OTAN et l’UE – une position moins « radicale » que celle de M. Georgescu – mais ne cesse de clamer son aversion face à Bruxelles, entend donner « la priorité à la Roumanie », et, surtout, s’est prononcé pour l’arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine.

Il obtient ses scores les plus spectaculaires dans les régions limitrophes de ce pays, signe que les populations frontalières, outre un fort ressentiment anti-ukrainien (et pour une part une certaine nostalgie de la période socialiste avant 1989), ont voulu exprimer leur volonté de retour à la paix, à tout le moins de retrait de la Roumanie de son engagement guerrier.

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Les leçons de morale de l’Occident

Par : pierre

Un dirigeant de premier plan a récemment a récemment appelé à « retrouver le goût du risque, de l’ambition et de la puissance ». Il serait intéressant de demander aux passants, dans une rue de Londres, Berlin ou Paris, de deviner l’auteur de cette exhortation. Il est fort probable que beaucoup d’entre eux l’attribueraient à Vladimir Poutine.

La phrase a en réalité été prononcée par Emmanuel Macron. Le président français, en visite à Lisbonne le 28 février, s’exprimait devant un forum d’entrepreneurs de la haute technologie. Mais son propos dépassait évidemment les simples considérations commerciales. Dans le contexte actuel, ses mots résonnaient étrangement, d’autant qu’il a exhorté l’Europe a être « fière de ce qu’elle est » et de son « processus de civilisation ». Et le chef de l’Etat de marteler : « on est un lieu en paix, mais on est un peu amorphe. On ne se projette pas suffisamment ».

Ce langage peut surprendre au moment où les grands médias occidentaux dépeignent le président russe en conquérant sans scrupule toujours à l’affût de nouvelles proies, en criminel rêvant de « rétablir l’empire soviétique » et piétinant pour ce faire toutes les règles internationales.

Par contraste, les dirigeants européens sont implicitement – ou explicitement – présentés comme humblement attachés à la stabilité et à la paix, seulement préoccupés de soutenir la veuve et l’orphelin, de calmer les ardeurs belliqueuses du Kremlin, et, au-delà, de réinventer un monde basé sur des règles justes et équitables.

La description irénique de l’UE ne colle pas vraiment à la réalité

Hélas, que l’on se tourne vers un passé lointain ou beaucoup plus récent, cette description irénique ne colle pas vraiment à la réalité. Pour ne pas remonter plus loin dans le temps, on peut rappeler que le 19ème siècle commença avec les nombreuses conquêtes napoléoniennes, qui ne furent pas franchement un exemple d’humanité et de tempérance. Puis, lors du Congrès de Vienne (1815), les différents empires se partagèrent la domination du Vieux Continent.

Ce même siècle fut également celui des conquêtes coloniales – un modèle de respect des droits de l’Homme… – donc de la soumission et du partage de l’Afrique mais aussi de la Chine, avec la Grande-Bretagne et la France comme actrices principales (mais pas exclusives).

Ces événements sont-ils suffisamment lointains pour qu’il y ait prescription ? Ce serait oublier que l’emprise coloniale dura jusqu’aux années 1950 et 1960. Ce n’est par exemple qu’en 1962 que l’Algérie conquit son indépendance, après une guerre – également conduite avec une grande humanité par les dirigeants français, comme l’on sait (photo) – qui, longtemps, n’avoua pas son nom.

Peut-être convient-il également de rappeler les détachements expéditionnaires des puissances européennes ouvertement envoyés, jusqu’au début des années 1920, pour tenter de tuer dans l’œuf la toute jeune Union soviétique.

Lors des décennies qui suivirent la seconde guerre mondiale, l’Oncle Sam s’érigea en chef de l’autoproclamé « monde libre »

De l’histoire ancienne ? Alors, il convient de s’intéresser aux décennies qui suivirent la seconde guerre mondiale, période où l’Oncle Sam s’érigea en chef de l’autoproclamé « monde libre » – une expression qui revient ces jours-ci à la mode. Entre 1945 et 1990, plusieurs dizaines de guerres et d’agressions, ouvertes ou dissimulées, furent alors lancées par ou avec Washington.

Parmi les plus connues figurent la guerre de Corée (1950-1953) et celle du Viêt-Nam (1964-1975, mais qui prit la suite d’une guerre française). Par le nombre des victimes – plusieurs millions – et l’ampleur des destructions, ces conflits restent des marqueurs incontestés de la douceur de la « civilisation occidentale ».

Mais il faudrait aussi citer le renversement du gouvernement de Mohammad Mossadegh en Iran (1953) ; celui du premier ministre guatémaltèque l’année suivante ; les bombardements de l’Indonésie (1958) puis l’aide à la répression (qui fit des millions de victimes) du mouvement démocratique dans ce pays (1965) ; la contribution au renversement de la démocratie brésilienne et à l’instauration de la dictature (1964) ; l’intervention au Panama cette même année, de même que dans la crise congolaise ; l’occupation de la République dominicaine (1965) ; l’extension de la guerre au Cambodge (1970) ; le soutien actif au général putschiste chilien Augusto Pinochet (1973) puis à la junte argentine (1976) ; l’armement et la promotion des moudjahiddines afghans (à partir de 1979) ; l’aide directe aux « escadrons de la mort » salvadoriens (1980-1990) ; celle aux « contras » nicaraguayens (1981-1988) ; l’invasion de la Grenade (1983) ; le bombardement (déjà) de la Libye (1986) ; l’invasion (encore) du Panama (1989) ; et l’ingérence directe aux Philippines cette même année. La liste n’est nullement exhaustive.

Cette liste se prolonge et s’amplifie à partir de l’effacement de l’URSS (1991). Les Etats-Unis et leurs alliés européens déclenchent la première guerre du Golfe cette année là. Parallèlement, ils interviennent en Somalie (1992). Et multiplient les bombardements sur l’Irak dans cette décennie. Par ailleurs, ils pilonnent et détruisent une grande usine de médicaments au Soudan (1998).

Les années 1990 sont aussi celles des guerres de Yougoslavie : en Bosnie-Herzégovine (1992-1995) puis en Serbie (1999). L’OTAN est à la manœuvre, avec un rôle militaire prépondérant de la puissance américaine, mais politiquement, c’est cette fois Berlin qui est à l’initiative. L’objectif est de faire éclater la Yougoslavie fédérative et non alignée pour mieux contrôler les Balkans émiettés en petits Etats.

Les années 2000 sont probablement plus fraîches dans les mémoires. Avec notamment l’invasion de l’Irak en 2003, qui fut précédée par un blocus provoquant la mort de centaines de milliers de personnes (parmi lesquelles entre 500 000 et 1 million d’enfants), dont la Secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albright, dira que c’était « difficile » mais que cela « en valait la peine ». A l’époque, Londres, Madrid et Lisbonne, ainsi que la plupart des pays de l’Est européen, participèrent à la guerre menée par George W. Bush. Guantanamo et Abou Ghraïb (où fut pratiquée la torture à l’échelle industrielle) resteront de parfaits symboles de l’attachement occidental aux droits de l’Homme.

Faut-il rappeler que ces faits d’armes se sont déroulés, pour la plupart d’entre eux, dans le déni le plus total du droit international ?

Cette litanie donne la mesure de l’humanité bienveillante dont se parent les dirigeants de l’Alliance atlantique…

La suite est connue : bombardement de la Libye par Paris et Londres ainsi que Washington « sur le siège arrière » (2011) avec pour conséquences l’abolition des structures étatiques dans ce pays, la prolifération des milices, et la libération sur la durée d’importants flux migratoires ; soutien multiforme aux forces désirant renverser le président syrien Bachar al-Assad (à partir de 2011), puis sanctions drastiques étranglant littéralement le pays. Au point de conduire, en décembre 2024, à l’arrivée au pouvoir à Damas d’un ancien d’Al-Quaïda.

Enfin, que dire du pays considéré comme la pointe avancée de l’Occident au Moyen-Orient, Israël ? Son premier ministre, après avoir mené une guerre ayant causé 50 000 victimes – en réalité bien plus – annonce vouloir resserrer encore le blocus pour priver d’eau potable les deux millions de Gazaouis, officiellement afin de punir le Hamas. A peine certains dirigeants européens froncent-ils un demi sourcil…

Cette litanie – très incomplète – donne la mesure de l’humanité bienveillante dont se parent les dirigeants de l’Alliance atlantique. L’OTAN, connue pour son pacifisme inné, « n’a jamais cherché à s’étendre », et si elle l’a fait, c’était « contre son gré » a même très sérieusement affirmé une journaliste française dans un documentaire diffusé tout récemment par la plus grande chaîne de télévision publique (France 2, 13/03/2025).

Nul n’est obligé de soutenir ou de partager la politique de Moscou. Et chacun, s’il le veut, peut applaudir les exploits occidentaux. Mais est-ce trop demander à ceux qui se rangent dans ce camp de nous épargner, au moins, leurs leçons de morale ?

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Les leçons de morale de l’Occident…

Par : pierre

Un dirigeant de premier plan a récemment a récemment appelé à « retrouver le goût du risque, de l’ambition et de la puissance ». Il serait intéressant de demander aux passants, dans une rue de Londres, Berlin ou Paris, de deviner l’auteur de cette exhortation. Il est fort probable que beaucoup d’entre eux l’attribueraient à Vladimir Poutine.

La phrase a en réalité été prononcée par Emmanuel Macron. Le président français, en visite à Lisbonne le 28 février, s’exprimait devant un forum d’entrepreneurs de la haute technologie. Mais son propos dépassait évidemment les simples considérations commerciales. Dans le contexte actuel, ses mots résonnaient étrangement, d’autant qu’il a exhorté l’Europe a être « fière de ce qu’elle est » et de son « processus de civilisation ». Et le chef de l’Etat de marteler : « on est un lieu en paix, mais on est un peu amorphe. On ne se projette pas suffisamment ».

Ce langage peut surprendre au moment où les grands médias occidentaux dépeignent le président russe en conquérant sans scrupule toujours à l’affût de nouvelles proies, en criminel rêvant de « rétablir l’empire soviétique » et piétinant pour ce faire toutes les règles internationales.

Par contraste, les dirigeants européens sont implicitement – ou explicitement – présentés comme humblement attachés à la stabilité et à la paix, seulement préoccupés de soutenir la veuve et l’orphelin, de calmer les ardeurs belliqueuses du Kremlin, et, au-delà, de réinventer un monde basé sur des règles justes et équitables.

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Le retour aux sources de l’Union européenne, désormais ouvertement sur le pied de guerre…

Par : pierre

Une nouvelle fois, les événements diplomatico-militaires s’accélèrent dans le dossier ukrainien. Une nouvelle fois donc, la prudence s’impose avant d’analyser une situation plus mouvante que jamais. Une chose est sûre cependant : l’Union européenne est maintenue hors-jeu – et c’est tant mieux pour la paix.

Ses dirigeants ont beau s’agiter frénétiquement, ils n’ont pas été invités aux réunions qui comptent. Et ils semblent condamnés à la posture qu’ils redoutaient plus que tout : celle de spectateurs.

Pour tenter de conjurer cette déception, ils échafaudent un horizon baptisé « réarmer l’Europe ». Le Conseil européen du 6 mars, avant celui des 20 et 21 mars, a validé le principe d’un plan ainsi intitulé que la Commission européenne avait proposé le 4 mars, pour un montant de 800 milliards d’euros. Certaines capitales ont même estimé que ce chiffre astronomique était insuffisant. A l’inverse, le Parlement néerlandais s’est prononcé le 12 mars contre ledit plan, trois des quatre partis représentés au gouvernement rejetant le principe de dette commune.

« Réarmer l’Europe », et non « armer l’Europe ». L’expression a le mérite de rappeler – sans que ses auteurs l’aient voulu, sans doute – les origines de la « construction européenne » : l’intégration de l’Europe (de l’Ouest à l’époque) est née de et dans la guerre froide.

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Le retour aux sources de l’Union européenne, désormais ouvertement sur le pied de guerre

Par : pierre

Une nouvelle fois, les événements diplomatico-militaires s’accélèrent dans le dossier ukrainien. Une nouvelle fois donc, la prudence s’impose avant d’analyser une situation plus mouvante que jamais. Une chose est sûre cependant : l’Union européenne est maintenue hors-jeu – et c’est tant mieux pour la paix.

Ses dirigeants ont beau s’agiter frénétiquement, ils n’ont pas été invités aux réunions qui comptent. Et ils semblent condamnés à la posture qu’ils redoutaient plus que tout : celle de spectateurs.

Pour tenter de conjurer cette déception, ils échafaudent un horizon baptisé « réarmer l’Europe ». Le Conseil européen du 6 mars, avant celui du 20 mars, a validé le principe d’un plan ainsi intitulé que la Commission européenne avait proposé le 4 mars, pour un montant de 800 milliards d’euros. Certaines capitales ont même estimé que ce chiffre astronomique était insuffisant. A l’inverse, le Parlement néerlandais s’est prononcé le 12 mars contre ledit plan, trois des quatre partis représentés au gouvernement rejetant le principe de dette commune.

« Réarmer l’Europe », et non « armer l’Europe ». L’expression a le mérite de rappeler – sans que ses auteurs l’aient voulu, sans doute – les origines de la « construction européenne » : l’intégration de l’Europe (de l’Ouest à l’époque) est née de et dans la guerre froide.

En 1949 était fondée l’Alliance atlantique, sous l’égide des Etats-Unis, suivie un an plus tard du lancement de son outil militaire intégré, l’OTAN. Et c’est également en 1950 que fut prononcée la « déclaration Schuman » : celle-ci marque symboliquement le début du processus d’intégration européenne dont découla le traité de Rome en 1957, fondateur de ce qui se nomma d’abord la Communauté économique européenne (CEE). Dès 1954 avait eu lieu la première tentative d’Europe militaire : la Communauté européenne de défense (CED). Celle-ci fut mise in extremis en échec par le Parlement français où députés communistes et gaullistes unirent leur voix contre ce projet d’inspiration atlantiste.

Mais ses promoteurs ne s’avouèrent jamais vaincus. La CEE (devenue UE) et l’OTAN se développèrent ainsi comme des soeurs jumelles, la seconde réservant naturellement le rôle leader à Washington. Entre les deux institutions, l’ADN était le même, les « élargissements » successifs évoluèrent parallèlement, et les échanges de dirigeants furent nombreux. Un des exemples les plus connus fut incarné par Javier Solana, qui fut successivement secrétaire général de l’OTAN (1995-1999, pendant les guerres de Yougoslavie et les bombardements par les forces de l’Alliance) puis Haut représentant de l’UE (1999-2009) pour la politique étrangère et la défense.

On peut également rappeler que les traités européens successifs citent explicitement l’OTAN comme partenaire privilégié. Et qu’une clause du traité de Lisbonne, qui régit l’actuelle UE, prévoit un engagement militaire automatique des Etats membres au cas où l’un de ceux-ci serait agressé – une clause même plus engageante que son équivalente pour l’Alliance atlantique.

Bref, l’UE n’a jamais été une « union pacifique et bienveillante » que ses propagandistes ont souvent vantée. Les actuelles gesticulations guerrières de Bruxelles ne sont nullement un dévoiement d’un projet généreux, mais le fidèle prolongement de l’Europe politique dès sa naissance.

« Les Américains ont encouragé la construction de l’Europe pour s’assurer des débouchés et endiguer le communisme »

Et on peut être reconnaissant à Donald Trump d’avoir involontairement provoqué des aveux intéressants à cet égard. Lors de l’une des déclarations provocatrices dont il a le secret, le président américain, afin de justifier sa politique de droits de douane frappant des marchandises européennes, avait estimé que l’UE avait été fondée pour « arnaquer » les Etats-Unis.

Outrés, des dirigeants et grands médias pro-UE ont crié au scandale, et rappelé – à juste titre ! – que l’intégration européenne avait vu le jour à l’initiative et sous l’égide de Washington. Ainsi, l’éditorialiste du Monde notait-il (11/03/2025) que dès l’origine « les Américains ont encouragé la construction (de l’Europe) pour s’assurer des débouchés et endiguer le communisme ».

Ce rappel est le bienvenu car il tranche avec une propagande qui a souvent présenté l’UE comme une manière de faire contrepoids aux Etats-Unis et de s’affranchir de leur tutelle. En France notamment, ce fut l’un des thèmes qu’utilisèrent les partisans du Oui lors des référendums sur le Traité de Maëstricht (qui gagna de justesse en 1992) puis sur le Traité constitutionnel (qui fut largement refusé en 2005).

Il aura donc fallu une guerre pour que certains chefs européens, piqués au vif, étalent leur nostalgie atlantique en évoquant les liens originels entre fidélité à l’Oncle Sam et Union européenne ; et que celle-ci, désormais en recherche désespérée de puissance militaire, révèle ouvertement sa vraie nature…

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L’«isolement» change de camp…

Par : pierre

A l’Ouest, on s’inquiète. Bien sûr, cela fait longtemps que les dirigeants occidentaux ont compris que leur rêve d’hégémonie sur le monde allait se heurter à des obstacles qu’ils n’imaginaient pas au début des années 1990, lors de l’effacement de l’Union soviétique.

Mais dans les deux dernières années, et plus encore ces derniers mois, le rythme de leurs échecs et déconvenues s’est accéléré. En 2022, le retrait en catastrophe des forces américaines d’Afghanistan en constituait un symbole marquant. Et en 2023, les militaires français étaient contraints de se replier – certes de manière ordonnée – du Mali, du Burkina Faso, puis du Niger.

Les revers militaires ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Sur le plan diplomatique, les déceptions, voire les fiascos se succèdent. Lors de l’entrée des troupes russes en Ukraine, Washington et ses alliés étaient sûrs d’être suivis dans leur condamnation de Moscou. Ils escomptaient une indignation unanime, et donc un alignement général sur leur posture guerrière.

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L’«isolement» change de camp

Par : pierre

A l’Ouest, on s’inquiète. Bien sûr, cela fait longtemps que les dirigeants occidentaux ont compris que leur rêve d’hégémonie sur le monde allait se heurter à des obstacles qu’ils n’imaginaient pas au début des années 1990, lors de l’effacement de l’Union soviétique.

Mais dans les deux dernières années, et plus encore ces derniers mois, le rythme de leurs échecs et déconvenues s’est accéléré. En 2022, le retrait en catastrophe des forces américaines d’Afghanistan en constituait un symbole marquant. Et en 2023, les militaires français étaient contraints de se replier – certes de manière ordonnée – du Mali, du Burkina Faso, puis du Niger.

Les revers militaires ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Sur le plan diplomatique, les déceptions, voire les fiascos se succèdent. Lors de l’entrée des troupes russes en Ukraine, Washington et ses alliés étaient sûrs d’être suivis dans leur condamnation de Moscou. Ils escomptaient une indignation unanime, et donc un alignement général sur leur posture guerrière.

Il n’en fut rien. Lors des votes à l’ONU, de nombreux Etats du « sud global » s’abstenaient de condamner Moscou – voire, pour certains, votaient contre cette condamnation. Pire : en août et septembre derniers, trois événements diplomatiques ont souligné la difficulté croissante à imposer un leadership mondial de l’Occident : le sommet des BRICS à Johannesburg, où le groupe des cinq fondateurs s’est élargi à six nouvelles puissances (les candidatures étaient bien plus nombreuses) ; le sommet du G20 à New Dehli, où les efforts pour stigmatiser la Russie ont été vains (la résolution finale étant encore plus mesurée sur le dossier ukrainien que l’année précédente) ; et l’assemblée générale de l’ONU, où se sont succédé les prises de distance par rapport au G7 et à ce qu’il symbolise.

C’est notamment ce que relève une des chroniqueuses de relations internationales du Monde, qui reflète assez fidèlement le spectre de l’idéologie des élites françaises et même européennes. Non sans effroi, Sylvie Kauffmann note ainsi que « les grands acteurs du sud ne se conforment plus au récit des grands acteurs du nord », et conclut son analyse du 28 septembre par ces mots inquiets : « l’heure des ajustements et du rééquilibrage est venue ; ça va très vite et c’est brutal ».

Puis, le 6 octobre, son confrère Alain Frachon affirme dans le même quotidien que désormais « le monde occidental n’est plus hégémonique », et détaille les évolutions qui justifient son analyse. Il souligne que ce phénomène est notable y compris de la part d’Etats connus pour leur proximité historique avec l’Oncle Sam ; un des exemples les plus spectaculaires étant l’Arabie Saoudite.

Non sans pertinence, il relève du reste que les dirigeants occidentaux ont été les premiers à décrédibiliser l’ONU en s’affranchissant de ses règles, à commencer par la guerre faite à l’Irak en 2003. Il aurait pu citer la punition infligée à la Serbie en 1999. Bref, « le président George W. Bush a ouvert un boulevard à Vladimir Poutine », donnant ainsi à nombre de capitales non occidentales une bonne raison de ne pas condamner Moscou.

Le sentiment du « deux poids – deux mesures » s’est répandu à grande vitesse

Car le sentiment, justifié, du « deux poids – deux mesures » s’est répandu à grande vitesse : d’un côté, un mobilisation sans précédent des alliés occidentaux pour des livraisons massives d’armes à l’Ukraine et les sanctions anti-russes ; de l’autre, une indifférence (à peine) polie des mêmes face aux désastres économiques et sociaux, voire aux conflits, qui ravagent ce qu’on nommait jadis le Tiers-monde.

La présidente de la Commission européenne a même omis de dire un mot sur les Gazaouis assiégés, étranglés et bombardés

Et encore, tout cela, c’était avant le déchaînement israélien d’une violence inouïe contre la population martyre de Gaza (mais aussi, à plus bas bruit, contre celle de Cisjordanie de la part des colons). Au nom du « droit d’Israël à se défendre » contre le mouvement de résistance palestinien et les actions militaires du Hamas, les dirigeants des grands pays de l’Ouest se sont précipités à Jérusalem ou Tel-Aviv pour exprimer leur « solidarité » avec l’Etat juif. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a même carrément omis de dire un mot sur les Gazaouis assiégés, étranglés et bombardés.

Pour sa part, le président américain, certes de plus en plus mal à l’aise, n’a rien à refuser à son allié israélien. Il a même mis son veto à une résolution, pourtant très timide, présentée par le Brésil au Conseil de sécurité.

Quand le deux poids – deux mesures atteint un tel degré de cynisme, qui s’étonnera encore du malaise, et souvent de la colère, de pays, de plus en plus nombreux, du « Sud global » ? Tous les efforts des diplomates occidentaux, depuis février 2022, pour mobiliser derrière eux contre la Russie tombent à l’eau, et se retournent même contre leurs auteurs. Conclusion du Monde (21/10/2023), de plus en plus angoissé devant cette évolution : « l’isolement menace… le monde occidental ». Les points de suspension mis par le rédacteur dénotent son désarroi : pendant des mois en effet, la presse dite « mainstream » s’est réjouie de la perspective de voir… Moscou isolé.

Le même jour, le quotidien commence son éditorial par ces mots : « la colère monte, elle vient du Sud et elle est dirigée contre le Nord (…). La violence de la riposte de l’armée israélienne sur Gaza (…) a déclenché un puissant mouvement de contestation, teinté d’esprit de revanche, contre les pays occidentaux, accusés d’hypocrisie dans le choix des victimes auxquelles ils apportent leur soutien. (…) La vitesse et l’intensité avec lesquelles s’est propagée cette contestation depuis dix jours sont révélatrices d’un basculement politique ».

Un « basculement » tellement visible que Josep Borell lui-même (à droite sur la photo, saluant Joseph Biden), le chef de la politique extérieure de l’UE, a publiquement reconnu son inquiétude : sortant de sa visite, le 20 octobre, à la Maison-Blanche, il a évoqué ce que les diplomates de Bruxelles en poste un peu partout dans le « Sud global » confirment : une colère anti-occidentale croissante.

L’histoire n’est jamais écrite d’avance, et des retournements peuvent toujours survenir. Mais, pour l’heure, l’« isolement » est en train de changer de camp.

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L’Europe vers le chaos ? (vidéo)

Par : pierre

La nouvelle émission coréalisée par Le Média pour Tous et Ruptures est désormais en ligne, avec au menu : L’Europe vers le chaos ?

En effet, les sujets de discorde se multiplient au sein des Vingt-sept. Malgré un compromis provisoire, ces derniers divergent ainsi sur la réforme du marché de l’électricité de l’UE, dans le contexte de prix et de factures des ménages qui explosent, notamment du fait des sanctions anti-russes.

L’immigration est également un dossier brûlant et polémique, qui revient en force cette année après le pic d’arrivées de 2015-2016. Les dirigeants des Etats membres s’écharpent aussi sur les perspectives et les processus d’adhésion d’une nouvelle vague de pays, dont l’Ukraine. Notamment du fait des coûts faramineux que cet horizon entraînerait.

Après le sommet informel du 5 octobre, où les chefs d’Etat et de gouvernement se sont inquiétés de la « fatigue de la guerre » parmi les peuples, et avant le Conseil des 26 et 27 octobre, Charles-Henri Gallois, leader de Génération Frexit, et Pierre Lévy, rédacteur en chef de Ruptures, débattent et exposent leurs analyses complémentaires et souvent convergentes.

Visionner la première partie (la vidéo intégrale est réservée aux abonnés)

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Besoins considérables en énergie : le défi caché (vidéo)

Par : pierre

Les besoins en énergie de demain sont complètement sous-estimés, à moins de plaider pour la décroissance… qui précipiterait les pays dans la catastrophe économique et sociale.

Cela vaut tout particulièrement pour l’électricité. Le modèle allemand – tout miser sur les renouvelables, et finalement ré-ouvrir les centrales à charbon – est-il enviable ? A Bruxelles comme à Berlin, il ne manque pas d’adversaires du nucléaire – une source qui a permis à la France d’avoir les tarifs les plus bas, l’approvisionnement le plus sûr, et l’énergie finale la plus décarbonée.

Mais l’atome a manqué d’investissements depuis trente ans. Comment inverser cette tendance ? C’est l’objet de ce présent débat, co-produit avec Le Média pour tous et animé par Vincent Lapierre.

Marc Fontecave, chimiste, est professeur au Collège de France et membre de l’Académie des sciences. Il consacre une large part de ses travaux à anticiper les énergies de demain, en plaidant notamment pour une large part de nucléaire.

Il débat avec Pierre Lévy qui pointe la triple responsabilité de l’Union européenne dans la hausse des prix de l’énergie et les risques de ruptures d’approvisionnement : la libéralisation lancée dès 1996 ; le renoncement aux hydrocarbures russes (du fait des sanctions) ; et la politique environnementale, notamment tous les mécanismes de marchés et taxes carbone.

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La Commission européenne en défenseur de la liberté des médias ? Cherchez l’erreur ! (vidéo)

Par : pierre

La Commission européenne promeut son projet « pour la liberté des médias ». Le discours officiel affirme vouloir renforcer le pluralisme de la presse, l’indépendance des journalistes, la stabilité du financement des médias, et limiter la concentration de ceux-ci…

Dans la première partie du débat, Emmanuel Pierrat, avocat à la Cour, auteur prolifique, et spécialiste du combat contre la censure, décortique les véritables mécanismes et enjeux derrière les « bonnes intentions » affichées. Pierre Lévy, rédacteur en chef de Ruptures, pointe quant à lui le silence des institutions européennes face à la machination dont est victime le journaliste Julian Assange ; ou bien l’interdiction par l’UE, en 2022, de la diffusion de RT.

Visionner la première partie en accès libre

Dans la seconde partie, Maître Pierrat éclaire les champs, les possibilités, les défis et les conflits qu’entraîne l’émergence de l’Intelligence artificielle – un domaine où l’UE veut également légiférer : droit d’auteur, données personnelles, avenir des métiers…

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Caroline Galacteros : « L’Ukraine ne peut pas gagner la guerre » (vidéo)

Par : pierre

Depuis seize mois, les dirigeants occidentaux n’ont cessé d’augmenter leur aide à Kiev, financière et militaire. Les livraisons d’armes, de munition et d’équipement semblent sans limite, et leur coût donne le tournis. Si Washington est, de loin, le premier fournisseur, l’UE ne veut pas être en reste.

Caroline Galactéros, géopolitologue et fondatrice de Géopragma, affirme depuis le début du conflit que le rapport de force ne laisse aucune chance au président ukrainien, et pointe le déni médias occidentaux – alors qu’aux Etats-Unis même, les experts sont bien plus lucides : plus la guerre dure, plus l’Ukraine devra faire des concessions à Moscou.

Pour sa part, Pierre Lévy, rédacteur en chef de Ruptures, pointe les contradictions qui se font jour au sein même des Vingt-sept, notamment sur les perspectives d’intégrer l’Ukraine, la Moldavie, mais aussi les pays des Balkans au sein de l’UE.

Visionner la première partie en accès libre

Dans la seconde partie (réservée aux abonnés), les deux débatteurs échangent leurs vues sur l’émergence du « sud global » (de la Chine à l’Inde et à l’Afrique du Sud, du Brésil au Mexique jusqu’à l’Iran et à l’Arabie saoudite), un ensemble certes non homogène, mais uni par le refus croissant de l’hégémonie occidentale. Une émergence accélérée par le présent conflit.

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Comment l’UE dézingue l’industrie… (vidéo)

Par : pierre

L’industrie, c’est vital. Même Macron le proclame aujourd’hui… Mais depuis des décennies, la logique européenne provoque une longue suite de Waterloo industriels – des machines-outils à la sidérurgie, du textile au scandale Alstom.

Longtemps, le libéralisme de Bruxelles a encouragé les délocalisations. Et il fut un temps où les patrons français préconisaient une « économie sans usines ». Depuis quelques années, un autre angle vient justifier la casse : l’impératif « écologique », au nom duquel, par exemple, les voitures neuves à moteur thermique seront interdites à la vente – une catastrophe annoncée.

Jean-Michel Quatrepoint, journaliste, s’est spécialisé dans l’analyse des grands dossiers industriels. Il débat avec Pierre Lévy, qui souligne pour sa part la responsabilité de l’UE.

Visionner la première partie en accès libre.

Dans la seconde partie (réservée aux abonnés), les deux interlocuteurs pointent les enjeux géopolitiques – notamment l’affrontement Etats-Unis / Chine.

NB : Fin mai, le prochain invité sera Marc Fontecave, professeur au Collège de France, spécialiste des questions de l’énergie. Il sera notamment question des besoins futurs en énergie, des risques de la décroissance, du nucléaire, des renouvelables…

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Faut-il armer l’Ukraine ? Enfin un débat contradictoire… (vidéo)

Par : pierre

Les Occidentaux livrent massivement des armes et des munitions à Kiev. Derrière les Etats-Unis, l’Union européenne a déjà fourni pour des dizaines de milliards d’euros d’équipements.

Certains pays de l’est font de la surenchère (et profitent de l’occasion pour se faire renouveler leurs propres matériels), mais personne ne veut être en reste – France y compris.

Au fait, est-ce vraiment notre guerre ? Et qui paye, pour quels objectifs, avec quelle conséquences, et quels risques ? A Bruxelles, on se félicite des progrès de l’Europe militaire. Mais jusqu’à quand va-t-on jouer avec le feu ?

Cette fois, l’émission co-produite par Le Média pour Tous et Ruptures prend la forme d’un débat contradictoire entre François Poulet-Mathis, journaliste favorable à l’intégration européenne, et Pierre Lévy, qui s’y oppose.

Visionner la première partie en accès libre

NB : Mi-mai, le prochain invité sera le journaliste Jean-Michel Quatrepoint, spécialiste de la politique industrielle. Il y sera notamment question des dégâts causés par les dogmes européens, notamment en matière de désindustrialisation de la France. Jean-Michel Quatrepoint a consacré sa carrière à enquêter sur ces dossiers – dont Alstom. Il sera également question de la Chine…

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Retraites : de qui Macron est-il le porte-flingue ? (vidéo)

Par : pierre

La deuxième émission co-réalisée par Le Média pour Tous et Ruptures est désormais en ligne. Ce débat accueille David Cayla (à gauche), économiste hétérodoxe, auteur, et maître de conférence à l’université d’Angers


Dans une première partie, l’invité débat avec Pierre Lévy du rôle de l’Union européenne dans la volonté des gouvernements nationaux – en France en particulier – d’imposer des réformes des retraites. Dans la seconde partie (accessible seulement aux abonnés), l’échange porte sur la fin possible du néolibéralisme – sujet du dernier ouvrage de David Cayla – et des rapports entre les marchés financiers et Bruxelles.

Visionner la première partie en accès libre

NB : Fin avril, le prochain invité sera le journaliste François Poulet-Mathis. Il s’agira cette fois d’un débat contradictoire avec Pierre Lévy, portant en particulier sur les livraisons d’armes à l’Ukraine, et plus généralement sur la place et les contradictions de l’UE dans ce conflit.

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Pause contrainte… mais lancement des débats

Par : pierre

Ruptures a été contraint, depuis fin 2022, de suspendre sa parution ainsi que la mise à jour de ce présent site.

Deux membres de l’équipe du journal connaissent en effet de très sérieux problèmes de santé.

Il n’est pas possible à ce jour de préciser l’horizon de la reprise. Tous les abonnés du mensuel ont été informés en détails, par lettre postale, de cette situation problématique.

Cependant, Ruptures a engagé un partenariat avec le site Le Média pour Tous. Cette coopération se traduira par la co-réalisation d’émissions de débat portant sur l’actualité européenne, bien sûr avec une approche critique.

Celles-ci seront proposées en principe deux fois par mois. Elles seront partiellement en accès libre, mais accessibles intégralement pour les abonnés du journal ayant choisi de nous suivre pour cette initiative (s’abonner maintenant pour avoir accès à l’intégralité des émissions).

Ces émissions, animées par Le Media pour Tous, proposeront un débat entre un invité et le rédacteur en chef de Ruptures, sur un sujet d’actualité en rapport avec l’Union européenne, évidemment sous un angle radicalement eurocritique.

Un premier débat est mis en ligne le 23 mars (accéder à la première partie en accès public). Il porte sur les sanctions imposées à la Russie par l’Union européenne, ses conséquences (relatives) sur ce pays, et ses conséquences (lourdes) sur les peuples européens. L’invité est Jacques Sapir, directeur d’études à l’EHESS.

Dans la première quinzaine d’avril, le deuxième invité sera l’économiste David Cayla. Et le débat portera sur la réforme des retraites, les craquements des marchés financiers et la responsabilité de Bruxelles.

Bon visionnage, et, nous l’espérons, à bientôt pour la relance de Ruptures !

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Sanctions de l’UE contre la Russie : l’effet boomerang (vidéo)

Par : pierre

Première émission co-réalisée par Le Média pour Tous et Ruptures, ce débat accueille Jacques Sapir (ici à gauche), directeur d’études à l’EHESS, économiste et spécialiste de la Russie.

Dans une première partie, ce dernier précise les effets – réels mais relatifs – sur l’économie russe des dix paquets de sanctions adoptés par les dirigeants de l’Union européenne. Dans la seconde partie (accessible seulement aux abonnés), il évoque les lourdes conséquences de ces mesures punitives sur les peuples européens eux-mêmes.

Visionner la première partie en accès libre

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Le second tour de l’élection présidentielle tchèque s’annonce serré

Par : pierre

Les 8,3 millions d’électeurs tchèques étaient convoqués les 13 et 14 janvier pour le premier tour de l’élection présidentielle. 68,2% d’entre eux se sont rendus aux urnes, soit une participation en hausse de 6,3 points par rapport au scrutin de janvier 2018 qui avait reconduit Milos Zeman – personnalité atypique et ancien dissident du Parti social-démocrate – à la tête de l’Etat. Arrivant au terme de son second mandat, celui-ci ne pouvait renouveler son bail au château de Prague (photo).

Si la politique intérieure a polarisé les débats, la personnalité des deux candidats arrivés en tête donne au duel du second tour, qui aura lieu les 27 et 28 janvier, une dimension qui dépasse les frontières du pays. Et ce, même si les prérogatives présidentielles sont modestes au regard de celles du chef de gouvernement.

Avec 35,4% des suffrages, Petr Pavel, novice sur la scène politique, est arrivé de justesse en première position. Candidat « indépendant », cet ancien parachutiste de 61 ans fut chef d’état-major des forces armées tchèques de 2012 à 2015 ; il présida ensuite le comité militaire de l’OTAN, de 2015 à 2018. Il est donc un fervent atlantiste et un partisan inconditionnel de l’intégration européenne. Il a promis, durant sa campagne de « restaurer la dignité de la fonction présidentielle ».

Il sera donc opposé à l’ancien premier ministre Andrej Babis qui a rassemblé 35% des voix. Cet ancien homme d’affaires, décrit comme la cinquième fortune du pays, s’était lancé en politique en 2011 sur le thème de la lutte contre la corruption, ce qui constitua, lors des législatives de 2013, le cœur de la campagne du parti qu’il avait alors fondé, l’ANO. Libéral, il braconna en particulier au sein de l’électorat de droite.

A la suite des élections législatives de 2017, il accéda finalement à la tête du gouvernement, après une campagne cette fois plutôt tournée vers les électeurs de gauche. L’ANO forma alors une coalition avec la Parti social-démocrate comme partenaire minoritaire.

Quatre ans plus tard, en octobre 2021, l’ANO, bien qu’arrivé en tête lors du nouveau scrutin législatif, fut relégué dans l’opposition du fait d’une alliance entre les deux coalitions de droite – une classique, et l’autre associant des « maires indépendants » et le Parti pirate. Depuis fin 2021, c’est l’europhile Petr Fiala du parti ODS (une formation conservatrice anciennement légèrement eurosceptique) qui dirige une majorité plutôt hétéroclite, surtout unie par son engagement particulièrement anti-russe sur le plan international. Dans la dernière période, Prague a ainsi rejoint la Pologne et les pays baltes au sein du camp des ultras dans le soutien, notamment militaire, à l’Ukraine.

M. Babis est pour sa part loin d’être un pro-russe. Cependant, opportuniste dans ses options politiques, il avait plaidé en son temps pour de meilleures relations, notamment commerciales, avec Moscou. Il avait par ailleurs parfois dénoncé la « folie environnementale » de la Commission européenne, ce qui ne l’avait pas empêché de voter le « Paquet vert » proposé par celle-ci.

Quoiqu’il en soit, il n’est guère en odeur de sainteté à Bruxelles où il est vu comme un « populiste », d’autant qu’il a fait l’objet de procédures de la justice tchèque : il aurait manœuvré pour qu’une filiale de son groupe Agrofert (agrobusiness, alimentation, chimie, énergie, médias…) bénéficie de subventions européennes. Quelques jours avant le scrutin, il a cependant été acquitté. Par ailleurs, il n’a jamais caché sa proximité avec le premier ministre hongrois, Viktor Orban, célèbre bête noire de Bruxelles.

En outre, la candidature de M. Babis au scrutin présidentiel, décidée après une tournée dans le pays cet été, est soutenue par l’actuel président Zeman. Or ce dernier a longtemps été considéré comme un sympathisant de Pékin et un allié de Moscou. Cependant, sur ce dernier point, Milos Zeman avait tourné casaque en février dernier et dénoncé « l’opération militaire spéciale » en Ukraine déclenchée par le Kremlin.

Il n’empêche : le soutien du président sortant à M. Babis reste clivant. Ce dernier a du reste fait ses meilleurs scores dans les régions les plus modestes du pays, alors que Petr Pavel a mis plutôt de son côté les électeurs urbains, notamment de la capitale.

Des manifestations massives s’étaient déroulées en septembre dernier pour protester contre la hausse des prix provoquée par les sanctions de l’UE contre la Russie et exiger la levée de celles-ci

La campagne a été marquée par des enjeux économiques et sociaux. Le gouvernement actuel est comptable d’une inflation qui s’élève à 15,8%. Le prix de l’énergie et le montant des loyers ont été au cœur des préoccupations de nombreux électeurs. Et ce, dans un pays où une part importante des citoyens ne se reconnaît pas dans l’orientation anti-russe impulsée depuis un an : des manifestations massives s’étaient déroulées en septembre dernier pour protester contre la hausse des prix provoquée par les sanctions de l’UE contre la Russie, exiger la levée de celles-ci et demander la neutralité du pays dans la guerre en Ukraine. Il est probable que M. Babis – par opposition à M. Pavel – ait bénéficié du vote d’une part de ces citoyens en colère.

Etrangeté du scrutin, la coalition de droite classique (ODS, chrétiens-démocrates et ultra-libéraux de TOP 09) soutenait… trois candidats. Parmi ceux-ci l’ancien militaire, mais aussi une économiste de 44 ans, Danuse Nerudova. Celle-ci bénéficiait par ailleurs de l’appui du parti social-démocrate qui avait retiré son candidat initial en sa faveur. Mme Nerudova, donnée par les sondages d’avant-scrutin dans un mouchoir de poche avec les deux autres concurrents, n’obtient finalement que 13,9% des suffrages. Elle a appelé ses partisans à se rallier à M. Pavel. Pour leur part, les cinq autres postulants obtiennent moins de 7%.

Le second tour devrait donc ressembler à une vaste alliance « anti-Babis », ce qui laisse arithmétiquement peu de chances à l’ancien premier ministre. Les analystes pragois restent cependant prudents : en 2018, Milos Zeman était donné battu dans une configuration comparable, et l’avait finalement emporté sur le fil.

De plus, pronostiquent de nombreux médias tchèques, la dernière ligne droite de la campagne devrait être « sale », les deux hommes s’accusant mutuellement d’avoir été au service du pouvoir communiste tchécoslovaque dans les années 1980. Pas sûr cependant que ces références historiques passionnent les électeurs.

Quoiqu’il en soit, il n’est pas difficile d’imaginer de quel côté penche le cœur de Bruxelles, qui compte prendre sa revanche sur la victoire de M. Zeman en 2018.

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L’angoisse de la Sainte-Alliance (éditorial paru dans l’édition d’avril)

Par : admin

Imprudence ? Le 12 avril, dans son discours de Strasbourg, le président-candidat estimait que le second tour serait « un référendum sur l’Europe ». Et en conclusion du débat télévisé, il précisait même : ce sera un référendum « pour ou contre l’Union européenne ». Certes, il a pu finalement renouveler son bail à l’Elysée. Pour autant, si l’on suit la logique macronienne au pied de la lettre, 41,5% des votants ont adressé un bras d’honneur à l’UE.

On objectera que tous les électeurs de Marine Le Pen ne sont pas des partisans assumés du Frexit. La candidate elle-même avait dépensé beaucoup d’énergie pour assurer que tel n’était nullement son objectif. Pourtant, à y réfléchir un instant, il y a un point sur lequel le sortant n’avait sans doute pas tout à fait tort : si la championne du RN avait été élue et si elle avait effectivement eu le cran d’appliquer son programme, l’appartenance de la France à l’Union se serait très vite retrouvée sur la sellette. Par exemple, la mise en place de la supériorité du droit national sur le droit européen est en elle-même explosive. En effet, l’UE n’a de sens, pour ses concepteurs, que si elle est en position d’imposer à tel ou tel pays le maintien d’une orientation inscrite dans « le cercle de la raison » jadis cher à Alain Minc.

Que ce conflit, qui aurait sonné le glas de l’intégration, n’ait pas été dans l’intention de la candidate importe finalement peu. Ce qui compte, c’est que, quel que soit le visage « modéré » qu’elle s’est efforcée d’afficher, ses électeurs ont glissé leur bulletin dans l’urne au moment même où Emmanuel Macron (et l’ensemble des forces politiques et des médias qui ont fait bloc en sa faveur) leur serinaient : si vous votez Le Pen, c’en sera fini de l’Europe.

Il faut à cet égard noter que le scrutin a mis en lumière le clivage, déjà éclatant lors du référendum sur la constitution européenne de 2005 (mais en germe depuis 1992 avec Maëstricht), et qui n’a cessé de se confirmer depuis lors : entre ceux qui se rangent idéologiquement derrière les « élites mondialisées », autrement dit autour des classes possédantes ; et les classes populaires. Une nouvelle fois, la cartographie électorale illustre de manière spectaculaire ce « vote de classe ».

Significative était par ailleurs l’inquiétude des principaux dirigeants européens à la veille du 24 avril. Telle une nouvelle Sainte-Alliance, beaucoup ont exprimé, plus ou moins discrètement, leur angoisse que « l’avenir de l’Europe » se jouât là. Le président de la commission des affaires étrangères du Bundestag s’écriait pour sa part : « maintenant, rassemblez tout le monde derrière Macron ! C’est lui ou la chute de l’Europe unie ».

Palme au président du Conseil espagnol qui martelait le 9 avril que « les ennemis de l’UE ne sont pas seulement à Moscou mais aussi à Paris ». Pedro Sanchez a du reste co-signé avec le chancelier allemand et le premier ministre portugais une tribune accueillie avec empressement par Le Monde (22/04/22) qui appelait ouvertement à voter pour leur collègue français. Une initiative qui intervient, ironie de l’histoire, alors que Bruxelles n’a de cesse d’accuser Moscou de vouloir s’ingérer dans les élections des Etats membres ! On n’ose imaginer les réactions apoplectiques si Vladimir Poutine avait publié, l’avant-veille du second tour, un appel ce terminant sur ces mots : « j’espère que les citoyens de la République française choisiront Marine Le Pen »…

Le premier ministre espagnol a martelé que « les ennemis de l’UE ne sont pas seulement à Moscou mais aussi à Paris» et a appelé à voter Macron

A Rome, Enrico Letta n’était pas en reste : « le succès de Marine Le Pen serait une plus grande victoire pour Poutine que celle en Ukraine ». Le chef du Pardi démocrate (« centre gauche », associé au gouvernement), qui fut premier ministre, était même allé plus loin en estimant par ailleurs que la guerre actuelle constituait « un momentum (un incitatif) européen très fort, une opportunité à ne pas rater » pour accélérer l’intégration et inventer de nouvelles formes d’élargissement, en particulier à l’Ukraine. Une thèse largement partagée à Bruxelles et dans certaines capitales.

On a bien lu : ceux là mêmes qui versent des torrents de larmes épouvantées sur le sort du peuple ukrainien considèrent, tout bien pesé, que la guerre est une occasion à ne pas manquer – et le disent. Il est probable que le maître de l’Elysée partage ce cynisme. Et va sans doute vite oublier que, selon sa propre analyse, près d’un électeur sur deux a osé défier l’Union européenne et ses marchands de peur.

Dans ces conditions, les sueurs froides des européistes ne font sans doute que commencer.

Pierre Lévy

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Le vertige de Bernard Guetta (éditorial paru dans l’édition du 28/09/21)

Par : pierre

Désastre. Débâcle. Fiasco. Les dirigeants et commentateurs occidentaux eux-mêmes expriment leur sidération face au séisme qu’a représenté la prise de Kaboul par les Taliban, le 15 août dernier, alors même que les soldats de l’OTAN n’avaient pas encore remballé leur paquetage.

Certes, après deux décennies de guerre, l’arrivée des « étudiants en religion » aux manettes du pays ne dessine pas nécessairement un avenir enviable pour les Afghans – et particulièrement pour les Afghanes. Mais c’est à eux, et à eux seuls, de décider de celui-ci.

Cela rappelé, il n’est pas interdit de se réjouir de la déroute américaine, car c’est bien de Washington que la funeste aventure avait été déclenchée il y a vingt ans tout juste. L’arrogante Amérique, qui un temps rêva d’imposer au monde son hégémonie, a offert un spectacle surréaliste : elle a imploré ses anciens ennemis en haillons de lui laisser déployer son ultime logistique de retrait… Surtout, Joseph Biden l’a martelé : les Etats-Unis n’ambitionnent plus, désormais, de guerroyer partout sur la planète en prétendant « construire des nations », c’est-à-dire mettre en place des régimes à leur botte. Ils n’interviendront plus, selon la Maison-Blanche, que pour défendre leurs propres intérêts vitaux. Certes, une telle promesse ne tiendra sans doute pas pour l’éternité.

Les dirigeants de pays qui se fiaient au « parapluie américain » sont pris de court, notamment les Européens, mis devant le fait accompli

Reste que les dirigeants de pays qui croyaient pouvoir se fier au « parapluie américain » sont pris de court. A commencer par les Européens, qui ont été mis devant le fait accompli : ni le principe ni même les modalités du retour des soldats de l’OTAN ne leur ont été soumis, alors même qu’ils avaient des troupes sur le terrain. Les plus atlantistes – Berlin, Londres, Copenhague et quelques autres – sont les plus humiliés. Cerise sur le gâteau : la « trahison » a certes été enclenchée en 2020 par Donald Trump, mais c’est bien son successeur démocrate qui l’a mise en oeuvre, quelques mois seulement après que la victoire de ce dernier eut été saluée par les dirigeants enthousiastes de l’UE comme un immense soulagement. Il est vrai que la continuité à la Maison-Blanche, d’apparence paradoxale, est claire : Washington entend désormais concentrer son énergie et ses forces contre le rival d’aujourd’hui et plus encore de demain : la Chine.

Face à ce lâchage spectaculaire « le monde (le sien, en réalité) est pris de vertige », s’affolait fin août l’eurodéputé macroniste Bernard Guetta. Et l’ex-chroniqueur géopolitique du service public de s’angoisser : « il n’y a plus de parapluie, plus de protection assurée, plus d’alliances en béton ». Ainsi, poursuit-il, les Etats-Unis pourraient rester de marbre « au cas où Vladimir Poutine marcherait sur Kiev », voire « s’il engageait ses mercenaires dans les Balkans, se manifestait plus encore dans la zone baltique, en Libye et en Afrique subsaharienne ». C’est tout juste s’il ne cite pas les cosaques défilant sur les Champs-Élysées.

Dès lors, conclut au clairon Bernard Guetta, « il n’y a plus une seconde à perdre » pour pousser l’intégration militaire de l’Union européenne, en particulier « développer en commun les armes du futur et nous préparer ensemble aux nouvelles batailles, spatiales et numériques ». Et comme le hasard fait bien les choses, le renforcement d’une « défense européenne » était justement au menu des Vingt-sept début septembre, une réunion ministérielle où fut notamment évoqué le projet d’une force d’intervention rapide de l’UE de 5 000 hommes, dite de première entrée.

Obsédé par son envie d’exister au niveau mondial, Bruxelles tire donc de la catastrophe afghane – après deux décennies de tutelle occidentale, la moitié des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition – une conclusion affligeante : il faut plus d’Europe militaire. Sauf que cette trouvaille mille fois fantasmée, tout particulièrement par le maître de l’Elysée, n’a pas tardé à provoquer de nouveaux affrontements au sein des Vingt-sept. Pire : la « solidarité » européenne que Paris attendait après la gifle du contrat de vente de sous-marins à l’Australie, cassé par la volonté américaine, a été fort discrète, preuve qu’à Berlin notamment, le lien transatlantique demeure prioritaire.

Et à supposer qu’un improbable consensus soit trouvé, il restera à convaincre les peuples que l’urgence est à multiplier les interventions extérieures sous la bannière bleu-étoilée. Et ce, après que les solutions militaires eurent fait les miracles que l’on sait en Asie centrale, mais aussi au Sahel ou au Moyen-Orient.

Bon courage !

Pierre Lévy

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Allemagne : Pierre Lévy, invité par RT, analyse les résultats électoraux

Par : pierre

Le rédacteur en chef du mensuel Ruptures, Pierre Lévy, était l’invité du journal de RT ce lundi 27 septembre.

Il est revenu sur les faits marquants du scrutin de la veille, et sur les perspectives. Plus de détails sur cet événement politique outre-Rhin dans l’édition de Ruptures à paraître mercredi 29 septembre.

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Intervention de Pierre Lévy à la Fête de la démocratie

Par : pierre

Le 29 mai dernier, à l’occasion du seizième anniversaire de la victoire du Non face au projet de Constitution européenne, une première édition de la Fête de la démocratie a eu lieu, à l’initiative de la pétition referendum-ue.org

De nombreuses personnalités, se sensibilités très diverses sont intervenues.

Le rédacteur en chef de Ruptures avait été invité par les organisateurs à rappeler les enjeux du référendum de 2005, et à évoquer la contribution que le mensuel avait alors apportée au résultat.

https://www.youtube.com/watch?v=KGcBDQW9y90

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Manifestation contre les projets de fermeture des hôpitaux Bichat et Beaujon

Par : pierre

Le 24 juin, des centaines de personnels de santé se rassemblaient contre les projets de fermeture des hôpitaux Bichat et Beaujon, censés être remplacés, en 2028, par un campus hospitalo-universitaire à Saint-Ouen.

Les soignants dénoncent un plan qui accélérerait la tendance à la fermeture de lits enclenchée depuis de nombreuses années. Cette attaque contre l’hôpital public est en réalité une facette des politiques d’austérité appliquées pendant des décennies sous pression de l’Union européenne.

La dégradation des politiques de santé pilotées par Bruxelles a constitué un facteur aggravant dans le développement de la pandémie de Covid-19.

Ruptures fait donc écho à la mobilisation des personnels qui devrait se poursuivre dans la prochaine période.

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A Genève, le début de la sagesse ? (éditorial paru dans l’édition du 22 juin)

Par : pierre

L’UE choisit le moment où Washington et Moscou esquissent un très prudent dialogue pour afficher une attitude martiale et jusqu’au-boutiste

Plaisant retournement. Pendant ses trente-six ans de carrière parlementaire, Joseph Biden n’a jamais caché son hostilité à la Russie en général, puis à Vladimir Poutine en particulier. Fraîchement entré à la Maison-Blanche, il assurait encore qu’avec ce dernier, il n’y avait rien à discuter. Et il y a quelques semaines à peine, il qualifiait son homologue russe de « tueur ». Finalement, les deux hommes se sont rencontrés le 16 juin à Genève. Le président russe a dû savourer le moment. Son homologue avait préalablement nuancé son appréciation : le chef du Kremlin était soudain devenu « brillant, coriace ». En retour, ce dernier a salué « le pragmatisme et l’énorme expérience » du président américain.

Peu avant l’entrevue, tant Washington que Moscou s’étaient efforcés de modérer les attentes : nul ne devait se faire d’illusion sur une éventuelle « percée ». Mais, dans le climat délétère fait de sanctions, de contre-mesures, et d’attaques ouvertes – la partie américaine accusant Moscou notamment de cyber-ingérences dans les élections et l’économie américaines – qu’un tel échange ait eu lieu constitue un événement tout sauf anodin. Vladimir Poutine s’est réjoui qu’il n’y ait « pas eu d’hostilité » et a salué une « relation pragmatique » ; son homologue a qualifié les échanges de « bons, positifs, et sans hystérie ». Bref, si la confrontation n’est pas près de disparaître, celle-ci, espère-t-on des deux côtés, pourrait avoir lieu selon des règles, et dans un cadre plus rationnel. Même si Joseph Biden a cru bon de brandir ses « lignes rouges » (attaques cyber attribuées à Moscou, sort d’Alexeï Navalny).

Symboliquement, les ambassadeurs respectifs vont regagner leur poste. Surtout, un « dialogue de stabilité stratégique » devrait être institué afin de rebâtir une architecture de contrôle des armements nucléaires. L’actuelle a été lancée dès les années 1970, mais s’est progressivement effondrée depuis les années 2000 suite aux dénonciations unilatérales de traités de la part des Américains. Seul celui sur les forces stratégiques a été récemment renouvelé ; mais il conviendrait d’y intégrer désormais de nouveaux acteurs et de nouvelles technologies. C’était, avec le climat et les conflits régionaux, l’un des dossiers d’entente possible que le président russe avait évoqués il y a quelques semaines. Et c’est aussi l’un des rares domaines concernant la Russie pour lequel celui qui allait devenir le président américain a toujours manifesté un certain intérêt. Au regard des modestes ambitions affichées pour la rencontre de Genève, ce n’est déjà pas si mal. Mieux vaut de petits pas prudents que des embrassades sans lendemain.

Mais on remarquera – avec effroi ou amusement, c’est selon – que le chef de la diplomatie de l’UE a précisément choisi ce 16 juin que pour présenter le document proposant la future stratégie des Vingt-sept à l’égard de la Russie, stratégie qu’il a résumée par ces trois verbes : « riposter, contraindre, dialoguer ». Notant que les relations avec le grand voisin de l’Est n’avaient jamais été aussi mauvaises depuis la Guerre froide et que cette spirale risque de s’amplifier, Josep Borrell a précisé qu’il convenait de conjuguer ces trois instruments simultanément. « Riposter » se réfère à la contre-attaque annoncée face aux offensives futures prêtées à Moscou ; « contraindre » s’appuie sur le renforcement souhaité des capacités militaires euro-atlantiques ; et « dialoguer » vise à faire miroiter la levée de certaines sanctions et la reprise de certains échanges. Cela s’appelle « la carotte et le bâton », le tout enrobé dans un langage d’adjudant-chef.

Les Vingt-sept débattront de ce document lors du Conseil européen prévu les 24 et 25 juin. A Bruxelles, on n’aime rien tant qu’imaginer l’UE en « grande puissance » géopolitique. Une perspective totalement illusoire, ne serait-ce que parce que les Etats membres sont plus divisés que jamais. M. Borrell l’a lui-même reconnu, en implorant ceux-ci de se mettre d’accord, et de ne pas favoriser Moscou par des discussions séparées comme cela a souvent été le cas. Mais tant l’histoire que les intérêts sont profondément différents d’un pays à l’autre, ce qui fait apparaître l’unité recherchée comme un vœu pieux.

Mais si, par hypothèse d’école, l’UE surmontait ses divergences, il faudrait noter qu’elle choisit le moment où Washington et Moscou esquissent un très prudent dialogue pour afficher une attitude martiale et jusqu’au-boutiste.

Une Europe qui deviendrait « puissance géopolitique » ? Au secours !

Pierre Lévy

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Économie, géostratégie : vers des évolutions en profondeur ? (éditorial paru dans l’édition d’avril)

Par : pierre

Douvrin, Pas-de-Calais. La plus que cinquantenaire Française de Mécanique va voir sa production délocalisée en Hongrie : ainsi en a décidé la direction de Stellantis, nouveau géant automobile issu de la fusion entre PSA et Fiat-Chrysler. Un exemple parmi d’autres de la toujours sacro-sainte libre circulation des capitaux, piler fondamental de l’Union européenne. Dans un autre registre, Bruxelles accroît ses pressions sur les Etats membres dans le contexte de la distribution des centaines de milliards du fonds de relance communautaire : les financements seront conditionnés au respect des exigences de « réformes » (retraites, chômage, marché du travail, contraintes environnementales…).

Pour autant, tout continue-t-il comme dans le « monde d’avant » ? Rien n’est moins sûr. La pandémie semble avoir cristallisé et accéléré des évolutions lourdes dans les choix des élites occidentales. A commencer par les plans de relance gigantesques aux Etats-Unis, pays pourtant réputé temple du « moins d’Etat ». Après les 2 100 milliards de dollars déversés à la fin de l’ère Trump, la nouvelle administration vient d’annoncer un nouveau programme économico-social à hauteur de 1 900 milliards, et prépare une injection de 2 000 voire 4 000 milliards, sur huit ans, dans les infrastructures. Le plan de l’UE (800 milliards d’euros annoncés) constitue également un tournant, même si son ampleur est jugée insuffisante par Emmanuel Macron qui dit craindre que l’Europe ne se fasse distancer par l’Oncle Sam. Et dans le domaine des aides publiques longtemps honnies, Bruxelles commence à s’interroger sur la priorité absolue donnée à la concurrence au sein du marché intérieur, dès lors que ce dogme risque maintenant d’handicaper l’affrontement économique avec Pékin. Quant au Royaume-Uni, autre bastion supposé de l’ultralibéralisme mais désormais libéré du carcan européen, il entend « mettre le paquet » sur les investissements productifs, scientifiques et technologiques.

Dans les trois décennies qui suivirent la seconde guerre mondiale, les pays occidentaux avaient misé sur l’intervention publique. Changement de cap à partir des années 1980-1990 : c’est l’idéologie symbolisée par le tandem Reagan-Thatcher qui prend le dessus. La loi absolue du marché, la concurrence la plus brutale, l’effacement de l’Etat deviennent des impératifs quasi-religieux. Trente ans plus tard, assiste-t-on à l’émergence d’un nouveau changement de paradigme ? Cette possible évolution majeure répond probablement à plusieurs facteurs, notamment économiques et technologiques.

Mais l’élément géopolitique n’est pas à négliger. Entre 1945 et 1990, l’« Ouest » était confronté à la concurrence « systémique » et stratégique de l’URSS et des pays associés. Dès lors que les dirigeants occidentaux ont estimé avoir gagné la guerre froide, le capitalisme a cru pouvoir s’imposer sur la planète entière pour l’éternité – ce que le chercheur Francis Fukuyama baptisa en 1992 « la fin de l’Histoire ».

Vingt ans plus tard… la Chine se considère en position de surclasser les Etats-Unis économiquement et technologiquement. La Russie n’est plus cet Etat failli et humilié mené par le vassal Boris Eltsine, mais une puissance qui s’est imposée au point d’être incontournable dans les points chauds du globe.

Si le président russe employait le même ton que les Occidentaux, le monde se rapprocherait probablement d’une déflagration

Peut-être est-ce à cette lumière qu’il faut comprendre les tensions internationales récentes, tout particulièrement depuis l’arrivée de Joseph Biden à la Maison Blanche. Un jour les dirigeants occidentaux s’indignent de la mort annoncée d’Alexeï Navalny, une émotion qui serait plus crédible s’ils s’intéressaient aussi au sort des prisonniers qui croupissent chez les très chers alliés tchadiens ou égyptiens, pour citer deux exemples tirés de l’actualité ; un autre jour, on « découvre » que des agents russes ont fait exploser un dépôt d’armes en Tchéquie… il y a sept ans ; un autre encore, le président américain accuse les services russes d’immixtion dans les élections de 2016 et 2020, et traite son homologue de « tueur » ; et bien sûr, l’OTAN et l’UE enjoignent à Moscou de renoncer à son invasion réputée imminente de l’Ukraine.

Si le président russe employait le même ton face à ses « partenaires » occidentaux, le monde se rapprocherait probablement d’une déflagration. Quoi qu’il en soit, entre interventionnisme économique, qui s’inscrit dans les rapports de force mondiaux entre alliés tout comme face aux adversaires, et défis stratégiques, une tectonique des plaques semble s’ébaucher.

La fin de l’Histoire ? Peut-être pas tout à fait.

Pierre Lévy

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Unwetterwarnung

Par : pierre

Eines ist jetzt klar. Wer sich noch Illusionen über die besänftigenden Tugenden von Joseph Bidens Ankunft im Weißen Haus gemacht hatte, kann sich jetzt sicher sein: In der Außenpolitik zeigt die hier und da angepriesene « Rückkehr zur Normalität » ihr wahres Gesicht: den bezeugten amerikanischen Willen, die Kontrolle über das Weltgeschehen wiederzuerlangen und das atlantische Bündnis « wieder zu stärken ». « America is back » ist der Slogan des neuen Präsidenten, der verkündet, dass er mit Donald Trumps « America First » brechen will. Nicht, dass Trumps Außenpolitik besonders freundlich gewesen wäre – vor allem im Nahen Osten. Doch mit seinem von Ronald Reagan abgeschauten Motto kehrt der neue Herr in Washington bewusst zum Geist des Kalten Krieges zurück.

In seiner Rede vom 4. Februar sagte Biden, die US-Führung („leadership“) müsse nun « dem Aufstieg des Autoritarismus entgegentreten, einschließlich Chinas wachsender Ambitionen, mit den Vereinigten Staaten zu rivalisieren, und Russlands Entschlossenheit, unsere Demokratie zu untergraben« . Zwingen ihn die gegenseitigen wirtschaftlichen Abhängigkeiten zu einer etwas vorsichtigeren Sprache gegenüber Peking, so gilt das nicht für Moskau: « Die Zeit, in der wir uns angesichts der Aggressivität Russlands – Einmischung in unsere Wahlen, Cyber-Attacken, Vergiftung seiner Bürger – zurückgezogen haben, ist vorbei. Wir werden nicht zögern, die Kosten zu erhöhen » für dieses Verhalten und Moskau « in Rechnung zu stellen« .

Die Ernennung von Victoria Nuland zur Unterstaatssekretärin für politische Angelegenheiten ist ein perfektes Beispiel für diesen neuen Kurs. Die Frau, die damit zur Nummer drei im Außenministerium wird, hat seit den 2000er Jahren mehreren aufeinanderfolgenden Administrationen gedient. Bis 2003 war sie George Bushs Vertreterin bei der NATO und spielte eine wichtige Rolle bei der Invasion in Afghanistan. Zwischen 2003 und 2005 diente sie als Beraterin von Vizepräsident Cheney und half ihm, den Krieg gegen den Irak voranzutreiben. Als Sprecherin und enge Vertraute von Außenministerin Hillary Clinton war sie 2011 sehr aktiv an der Planung der westlichen Aggression gegen Libyen und der Ermordung seines Führers beteiligt. Und sie freute sich, dass durch diese glückliche Initiative Waffenbestände nach Syrien fließen konnten, in der Hoffnung, dass die « Rebellen » (und die ausländischen Kämpfer) das gleiche Schicksal für Bashar al-Assad reservieren könnten.

In der Ukraine hat Frau Nuland jedoch ihr ganzes Können unter Beweis am höchsten gestellt. 2013 zur Unterstaatssekretärin für Europa und Eurasien ernannt, ging sie bald nach Kiew, wo sie sich beim Verteilen von Butterbroten an die Aufständischen auf dem Maidan-Platz verewigte, deren Ziel es war, den gewählten Präsidenten mit Gewalt zu stürzen. Vor allem war sie der Dreh- und Angelpunkt der bewaffneten Provokationen, die zum Staatsstreich vom Februar 2014 führten und dann zur Bildung der neuen Regierung, die aus den Barrikaden hervorging. In einem Telefongespräch, das später aufgedeckt wurde, rief sie « Fuck the EU », um ihre Verärgerung über die europäischen Führer auszudrücken, die als zu weich beim Umsturz der ukrainischen Macht angesehen wurden.

Victoria Nuland ist diese so delikate Diplomatin, die nun in einer Schlüsselposition wieder auftaucht

Es ist diese delikate Diplomatin, die nun in einer Schlüsselposition wieder auftaucht. Zwar haben westlichen Führer nach dem Abgang von Donald Trump sicherlich mächtig aufgeatmet. Doch während die einen bedingungslos auf der Seite Washingtons stehen, ist anderen klar, vor allem in Berlin und Paris (in unterschiedlichen wirtschaftlichen und strategischen Zusammenhängen), dass hinter den polierten Worten ausschließlich amerikanische Interessen die Politik von Uncle Sam bestimmen und eine Reihe von Konflikten anstehen: geostrategische (Gaspipeline Nord Stream 2, Iran…) und vor allem kommerzielle.

Der französische Präsident fordert seinerseits « europäische Souveränität », und manche in Brüssel hören nicht auf, von einer geeinten Europäischen Union zu träumen, die sich als Weltmacht profilieren kann. Auch wenn diese Perspektive heute illusorisch erscheint, trägt dieser Wunsch zum Schlimmsten bei: zur Verschärfung der Logik von Rivalität und Konfrontation – wirtschaftlich, strategisch, militärisch – zum Nachteil der Zusammenarbeit zwischen gleichberechtigten und souveränen Staaten.

Kurzfristig jedenfalls können die internationalen Beziehungen durchaus einige Turbulenzen erleben, die nicht wirklich beruhigend sind.

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Avis de gros temps (éditorial paru dans l’édition du 22 février)

Par : pierre

Au moins, c’est clair. Ceux qui nourrissaient encore quelque illusion sur les vertus apaisantes de l’arrivée de Joseph Biden à la Maison Blanche sont désormais fixés : en matière de politique étrangère, le « retour à la normalité » vanté ici et là apparaît sous son vrai visage : la volonté américaine assumée de reprendre le contrôle des affaires du monde et de « remuscler » – les mots ont un sens – l’alliance atlantique. « America is back » (« l’Amérique est de retour »), tel est le slogan du nouveau président, qui proclame ainsi vouloir rompre avec « l’Amérique d’abord » de Donald Trump. Non pas que la politique étrangère de ce dernier ait été particulièrement aimable – au Moyen-Orient en particulier. Mais avec son mot d’ordre recopié de Ronald Reagan, le nouveau maître de Washington renoue délibérément avec l’esprit de guerre froide.

Dans son discours tenu le 4 février, M. Biden affirme que la « domination américaine » (« leadership ») se doit désormais d’« affronter la montée de l’autoritarisme, notamment les ambitions croissantes de la Chine pour rivaliser avec les USA, et la détermination de la Russie visant à abîmer et faire dérailler notre démocratie ». Si les dépendances économiques réciproques le contraignent à quelque prudence de langage vis-à-vis de Pékin, il n’en est pas de même vis-à-vis de Moscou : « l’époque où nous reculions devant l’agressivité de la Russie – interférences dans nos élections, cyber-attaques, empoisonnement de ses citoyens – est terminée. Nous n’hésiterons pas à faire grimper le coût (de ce comportement) » de Moscou.

La nomination de Victoria Nuland comme sous-secrétaire d’Etat aux affaires politiques illustre à merveille ce nouveau cours. Celle qui devient ainsi la numéro trois du département d’Etat a servi les administrations successives depuis les années 2000. Jusqu’à 2003, elle fut représentante de George Bush à l’OTAN et joua un rôle important dans l’invasion de l’Afghanistan. Entre 2003 et 2005, elle fut conseillère du vice-président Cheney, et aida ce dernier à promouvoir la guerre contre l’Irak. Porte-parole et proche de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton en 2011, elle fut très active dans la planification de l’agression occidentale contre la Libye et l’assassinat de son dirigeant. Et se félicita que cette heureuse initiative ait permis de faire affluer des stocks d’armes vers la Syrie dans l’espoir que les « rebelles » (et les combattants étrangers) puissent réserver le même sort à Bachar el-Assad.

Mais c’est en Ukraine que Mme Nuland donna toute sa mesure. Nommée en 2013 sous-secrétaire d’Etat pour l’Europe et l’Eurasie, elle ne tarda pas à se rendre à Kiev où elle fut immortalisée distribuant des sandwichs aux insurgés de la place Maïdan dont le but était de renverser par la violence le président élu. Surtout, elle fut la cheville ouvrière des provocations armées qui conduisirent au coup d’Etat de février 2014, puis de la formation du nouveau gouvernement issu des barricades. Elle s’illustra dans une conversation téléphonique dévoilée ensuite en s’écriant « Fuck EU » (« rien à foutre de l’UE ») pour exprimer son agacement face à des dirigeants européens jugés trop mous dans le renversement du pouvoir ukrainien.

Une Union européenne unie capable de se profiler comme une puissance mondiale contribuerait au pire : exacerber les logiques de rivalité et d’affrontement

C’est donc cette sémillante diplomate qui réapparaît aujourd’hui à un poste clé. Tous les dirigeants occidentaux ont certes poussé un énorme soupir de soulagement après le départ de Donald Trump. Mais si certains sont des alignés inconditionnels sur Washington et militent pour que la paranoïa anti-russe tienne lieu de politique extérieure de l’UE, d’autres, notamment à Berlin et à Paris (dans des contextes économiques et stratégiques différents), sont lucides : derrière les mots policés, ce sont exclusivement les intérêts américains qui détermineront la politique de l’Oncle Sam, avec quelques conflits en perspective : géostratégiques (gazoduc Nord Stream 2, Iran…) et surtout commerciaux.

Pour sa part, le président français appelle de ses vœux une « souveraineté européenne » tandis qu’à Bruxelles, certains ne cessent de rêver à une Union européenne unie capable de se profiler comme une puissance mondiale. Même si cet accomplissement apparaît aujourd’hui illusoire, cette velléité contribue au pire : exacerber les logiques de rivalité et d’affrontement – économique, stratégique, militaire – au détriment de coopérations entre nations égales et souveraines.

A court terme en tout cas, les relations internationales pourraient bien connaître quelques turbulences pas vraiment rassurantes.

Pierre Lévy

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Les dirigeants européens scandalisés et indignés par les manifestants pro-Trump

Par : pierre

Le 20 janvier, Joseph Biden va remplacer Donald Trump dans le bureau ovale. Une transition qui s’opère dans un climat particulièrement tendu : le président sortant ne reconnaît pas la réalité de sa défaite ; il est accusé d’avoir appelé ses partisans à marcher, le 6 janvier, sur le Capitole ; son compte Twitter a été supprimé par décision du géant de la « Big Tech » ; enfin, il fait l’objet d’une nouvelle procédure de destitution qui, ne pouvant aboutir, a tout d’une vengeance politique.

Il est vrai que ses adversaires – en particulier l’establishment politico-médiatique démocrate – ont mené dès son élection en 2016 une guérilla permanente pour le décrédibiliser et le destituer. Rappeler cela ne revient nullement à sympathiser avec la politique qu’il a menée, et dont de nombreux peuples ont eu à subir les terribles conséquences, de la Syrie à l’Iran, en passant par la Palestine ou le Venezuela. L’hôte de la Maison Blanche n’a, en revanche, engagé aucune nouvelle guerre, ce qui le distingue de ses prédécesseurs. Et il a profondément déstabilisé les dirigeants occidentaux, vassaux volontaires habitués à prendre Washington pour boussole ultime de leurs « valeurs » existentielles.

Sans doute est-ce ainsi que peuvent s’expliquer les réactions parfois hystériques de ceux-ci aux événements de ces derniers jours. Car si l’on comprend bien que les Etats-Unis sont marqués par une politique intérieure clivée à l’extrême, on peut s’étonner des attitudes et déclarations pour le moins inhabituelles et peu diplomatiques de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement européens, de l’UE elle-même, ainsi que de la grande presse qui partage leur idéologie. Face aux « émeutes » de la capitale fédérale, les nouveaux indignés ne se recrutent pas, cette fois, parmi les gueux, mais au sein du Conseil européen.

Le président français s’est à cet égard particulièrement illustré en enregistrant en pleine nuit une vidéo mise en ligne quelques heures après l’intrusion de centaines de manifestants au sein du bâtiment du Congrès, à 6 000 kilomètres de Paris. Emmanuel Macron a ainsi affirmé que « la France, avec Alexis de Tocqueville, a reconnu les Etats Unis d’Amérique comme un emblème de la démocratie », pour finalement marteler : « nous ne cèderons rien à la violence de quelques-uns qui veulent remettre en cause cela ».

Certes, l’envahissement du parlement américain n’est pas anodin, et a même provoqué la mort de cinq personnes. Mais qui peut sérieusement affirmer, comme n’ont cessé de le clamer l’hôte de l’Elysée, ses amis et ses porte-voix, que la « démocratie américaine a vacillé » ? Comme si le pouvoir avait été vacant, comme si un putsch avait été concocté pour s’en emparer, alors même que la foule repartait ensuite tranquillement.

Surtout, ce qui frappe, c’est que le chef de l’Etat français s’est senti directement visé par les manifestants de Washington. Manifestement, et même si le contenu politique est bien différent, le spectre des Gilets jaunes le hante toujours, lui qui confiait alors, pour s’en effrayer, que le peuple français n’a jamais regretté d’avoir coupé la tête au roi.

« Nous sommes encore sous le choc des évènements qui ont eu lieu aux Etats-Unis (…) la démocratie est fragile, elle est sujette à des attaques internes et externes »

Vera Jourova, vice-présidente
de la Commission européenne

Cette assimilation entre les troubles de la capitale américaine et les « risques » que courraient les démocraties sur le Vieux continent est également patente dans un texte rédigé par Vera Jourova, vice-présidente de la Commission européenne chargée des « valeurs et de la transparence » (sic !). La responsable politique tchèque commence ainsi sa tribune (publiée en plusieurs langues sur le site Euractiv) : « nous sommes encore sous le choc des évènements qui ont eu lieu aux Etats-Unis (…) la démocratie est fragile, elle est sujette à des attaques internes et externes ». Passons sur les « attaques externes » dont chacun comprend qu’elles émanent de la Russie, habituelle suspecte de tous les désordres occidentaux. Mais force est de constater que pour la Commission européenne, quand la démocratie est attaquée « en interne » d’un côté de l’Atlantique, elle l’est forcément de l’autre.

La dirigeante bruxelloise pointe ensuite (à juste titre, du reste) le rôle néfaste des grands réseaux sociaux et leur pouvoir arbitraire, mais c’est pour conclure que « nous devons cesser d’accepter les attaques contre les valeurs européennes » – une phrase censée tirer les leçons des événements… de Washington. L’explication de ce paradoxe réside sans doute à la fin du texte où l’auteur alerte : « nous ne pouvons pas laisser la population sur le banc de touche ». C’est un aveu explicite qui reconnaît le fossé grandissant entre les élites occidentales et les peuples. Un fossé fait d’arrogance de classe et de mépris du peuple qu’avait caricaturalement incarnés Hillary Clinton en 2016, et qui lui avaient coûté la victoire.

« La question concerne toutes les démocraties libérales. Elle est celle de la défiance croissante dont nos institutions semblent être l’objet »

Alain Frachon, Le Monde (15/01/2021)

Un fossé qui croît également au sein de l’Union européenne. Au point qu’en France par exemple, une chroniqueuse du Monde titrait son analyse (30/12/2020) : « Et maintenant, l’ombre du Frexit »… Alain Frachon, l’un des éditorialistes de politique étrangère du même quotidien, notait pour sa part (15/01/2021), après les événements de la capitale américaine, que le « mystère Trump est (…) dans les dizaines de millions d’Américains – compétents, intelligents, couvrant un vaste spectre d’origine sociale et professionnelle – qui sont convaincus que l’élection a été volée ». Et de conclure : « la question concerne toutes les démocraties libérales. Elle est celle de la défiance croissante dont nos institutions semblent être l’objet ».

On peut sourire sur l’emploi du terme « semblent », mais au fond, c’est exactement cela : la grande peur commune de la caste oligarchique, c’est cette défiance populaire croissante – non certes envers la démocratie, mais envers les institutions et les hommes qui prétendent indûment l’incarner.

De nombreux commentateurs pro-Bruxelles tentent de se rassurer en voyant dans les affres américaines une raison supplémentaire de construire un « modèle européen » distinct, reposant sur une intégration plus poussée de l’UE capable de « peser » dans le monde. Le discours n’est – hélas pour eux – pas nouveau. Il revient toujours à ce théorème : ce qui n’a pas marché en faisant l’Europe marchera en faisant plus d’Europe encore.

Bon courage !

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Avec Biden, l’Europe vassalité ? (éditorial paru dans l’édition du 23/11/2020)

Par : pierre

Et maintenant ? C’est peu dire que les dirigeants européens et la presse qui leur est fidèle ont festoyé dès lors que s’est confirmée la victoire du prétendant démocrate à la Maison Blanche. Le chef de la diplomatie de l’UE a salué « un jour formidable pour les USA et pour l’Europe », son collègue de l’OTAN surenchérissait, tandis que le président de l’europarlement soulignait « les valeurs communes » des USA et de l’UE. De son côté, Pablo Iglesias, vice-premier ministre espagnol et chef de la « gauche radicale » (!) s’est réjoui : « Trump a perdu l’élection, c’est une très bonne nouvelle pour la planète, l’extrême droite globale perd son parrain politique le plus important ».

Mais, passée l’euphorie du moment, les uns et les autres sont conscients que, si le ton à Washington s’annonce plus aimable et plus cordial, l’amour de l’Europe ne sera pas la priorité du futur président. Les négociations commerciales demeureront d’autant plus un sujet d’affrontement que c’est l’engagement d’Hillary Clinton pour le libre échange qui avait causé la défaite de cette dernière en 2016 – la leçon a été retenue. Quant à l’exigence que les alliés européens consacrent 2% aux dépenses militaires dans le cadre atlantique, elle ne risque pas d’être abandonnée : elle avait été affichée par Barack Obama dès 2014, Joseph Biden étant alors vice-président.

Une large part des futurs rapports transatlantiques se décidera en Allemagne, cible prioritaire de Donald Trump pendant quatre ans. La classe politique de ce pays a la fidélité atlantique dans ses gênes. La chancelière a ainsi estimé – et les mots ont un sens – que « l’amitié transatlantique est irremplaçable ». Son ancien ministre de la défense, Ursula Von der Leyen, devenu la patronne de la Commission européenne, a pour sa part martelé que « les Etats-Unis et l’UE sont des alliés et des amis, nos citoyens partagent les liens les plus profonds »…

Deux tendances se dessinent cependant à Berlin. L’une à laquelle appartient l’actuel ministre de la défense, une fidèle d’Angela Merkel, plaide pour rattraper quatre ans de servilité contrariée, et réclame ainsi d’« en finir avec les illusions de l’autonomie stratégique européenne », ce qui a profondément agacé Paris. L’autre tendance considère que le meilleur service à rendre à Washington est au contraire de développer ladite autonomie européenne : les alliés européens, donc l’UE, devraient ainsi prendre la responsabilité de policer leur voisinage – les Balkans, l’Europe orientale, la Méditerranée… – ce qui permettrait à l’Oncle Sam de se concentrer sur sa priorité stratégique, l’Asie. Norbert Röttgen, le puissant président de la commission des affaires étrangères du Bundestag, lui aussi atlantiste connu, se réjouissait ainsi que Washington se tourne « enfin » prioritairement vers l’Asie, et confie le soin aux Européens d’« assumer leurs responsabilités » envers leurs propres voisins.

Le ministre de l’économie, Peter Altmaier, un très proche de la chancelière, est allé plus loin en estimant que « l’Europe a ses propres intérêts à défendre contre les Etats-Unis ». Sans doute pensait-il notamment au projet de gazoduc Nord Stream 2 qui doit relier la Russie à l’Allemagne. L’ouvrage est construit à plus de 90%, mais Washington bloque son achèvement à coup de pressions et de menaces. Les différences d’approche ne sont pas cantonnées à l’intérieur de l’Union chrétienne-démocrate. Le social-démocrate Heiko Maas, ministre des affaires étrangères, a plaidé dans le même sens : la complémentarité transatlantique impose un « travail d’équipe » (et non une soumission).

L’épouvantail Trump parti, la tentation de renouer avec une sage vassalité européenne ne manquera pas de revenir dans certaines capitales, hélas pour l’Elysée

L’homologue français de M. Altmaier, Bruno Le Maire, est allé dans le même sens en martelant : « il est temps que les Européens assument leurs responsabilités ». Une déclaration qui s’inscrit dans la ligne élyséenne : Emmanuel Macron n’a cessé de plaider pour bâtir ce qu’il nomme une « souveraineté européenne ». De ce point de vue, et paradoxalement, le président français a quelques raisons de craindre les conséquences du départ de Donald Trump : l’épouvantail parti, la tentation de renouer avec une sage vassalité ne manquera pas de revenir dans certaines capitales – et tant pis pour le lyrisme macronien d’une Union européenne autonome et majeure.

Ces deux orientations sont aussi néfastes l’une que l’autre. Plus le monde est instable, plus les peuples ont intérêt à rejeter tant la soumission à un suzerain que l’intégration dans un bloc.

Et à reconquérir le seul atout d’avenir qui vaille : l’indépendance nationale.

Pierre Lévy

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Pierre Lévy, sur Punch : « l’UE n’est pas réformable »

Par : pierre

Récemment interviewé par la nouvelle chaîne Punch, le rédacteur en chef du mensuel Ruptures évoque l’impopularité croissante de l’Union européenne, et développe quelques sujets clé : Brexit, immigration, « Pacte Vert », euro, et plan d’ « urgence » autour duquel s’écharpent présentement les Vingt-sept.

Un entretien à ne pas manquer :

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« Les entretiens de la quarantaine » : Pierre Lévy analyse les crises européennes

Par : pierre

Convié par la chaîne du Cercle Aristote, le rédacteur en chef du mensuel Ruptures revient sur les crises et contradictions auxquelles sont confrontés les dirigeants de l’UE, notamment après le verdict explosif sur l’euro rendu par le Tribunal constitutionnel allemand.

Un entretien audio à faire connaître :

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La crise du Covid-19 engendre des profiteurs idéologiques parmi les « défenseurs de la planète »

Par : pierre

Certains saisissent l’occasion de l’épidémie et du confinement pour affirmer que des contraintes autoritaires sont aussi possibles et nécessaires pour combattre le réchauffement climatique.

On les attendait. On s’impatientait. On s’inquiétait. Mais qu’étaient devenus les acharnés du climat, les Greta-ficionados, les combattants de la planète ? Les premières apparitions du virus remontent désormais à plusieurs mois, et toujours aucune preuve de la culpabilité du réchauffement dans le surgissement de l’agent épidémique. Rien, le Covid sidéral !

C’est désolant.

Alors, faute de grives (bio), il a bien fallu enfiler des merles. Dans le paysage de la presse écrite dominante, Libération et Le Monde ont publié de nombreuses contributions de partisans de la soumission de l’Homme à la nature, ou des tenants de la version douce – la cohabitation harmonieuse et sans conflit.

Certains ont salué au passage « le plus salutaire des coups de frein » que constitueraient les circonstances actuelles. Pour s’en tenir aux seules colonnes du Monde, un premier angle d’attaque a fait revivre le parfum nostalgique d’un « âge d’or » – qui n’a évidemment jamais existé – au sein duquel les humains auraient accepté avec bienveillance leur indépassable infériorité vis-à-vis de la nature. Ainsi, avance l’essayiste Dominique Eddé (1), « on est en droit de se demander si la pandémie de coronavirus aurait généré autant de panique et d’angoisse dans une autre époque, un autre temps ».

On n’a malheureusement pas (encore) inventé la machine à remonter le temps. Sinon, on aurait volontiers conseillé aux sceptiques de la « modernité », voire pour certains de la science, aux amoureux de la biodiversité, aux ennemis du « productivisme », des OGM et des pesticides, de se transporter par exemple au Moyen-âge, quand les épidémies de peste noire étaient – ô temps béni – parfaitement naturelles, tout comme l’étaient les moyens de les combattre, avec l’efficacité incontestable des médecines douces. A défaut, on peut relire Camus. L’écrivain, situant son roman La Peste au vingtième siècle, évoquait les cadavres que l’on ramassait chaque matin gisant dans les rues.

Aussi dramatique que soit l’épisode actuel, on n’en est pas tout à fait là aujourd’hui. Surtout, le chaos tragique que connaissent les hôpitaux français s’explique non par la virulence du virus, mais par la démolition qui a été progressivement imposée au service public de santé. Ainsi, la panique aurait-elle fait irruption si l’on n’était pas passé, en quatre décennies, de 11 lits d’hospitalisation pour mille habitants à 6,5 ? Si l’on avait disposé d’assez de masques, d’assez de tests, d’assez de respirateurs ? La gravité de la situation ne s’explique pas par trop de « modernité », mais au contraire par la manière dont celle-ci a été minée par des choix politiques.

L’inévitable Noël Mamère voit dans la crise actuelle « une sorte de répétition générale avant l’effondrement majeur »

Déjà, en 2010, l’éruption du volcan islandais Eyjafjöll, qui avait paralysé une large partie du trafic aérien planétaire, avait suscité des commentaires pénitents – y compris un éditorial du quotidien du soir – sur le thème : la nature nous prouve sa supériorité indépassable, cet événement nous rappelle opportunément la nécessaire humilité. Dominique Eddé livre la version 2020 : « l’ignorance et l’impuissance, qui sont en définitive les deux données fondamentales de la condition humaine, sont brusquement de retour au sein de l’humanité ».

Comme si l’aventure de l’humanité ne consistait pas précisément à faire reculer, toujours et encore, et sans limite, « l’ignorance et l’impuissance ».

Pour sa part, l’inévitable Noël Mamère (2) voit dans la crise actuelle « une sorte de répétition générale avant l’effondrement majeur ». L’ancien maire de Bègles fait cependant preuve, allez savoir pourquoi, d’une certaine prudence : nous n’en sommes qu’à la répétition, pour le véritable effondrement, il faudra sans doute patienter encore un peu.

Second axe

Le second axe d’attaque des Philippulus de l’apocalypse s’intéresse à la méthode employée, en France et dans plusieurs autres pays, pour combattre la crise sanitaire. C’est sans doute le chroniqueur Stéphane Foucart (qu’on a connu plus rationnel précédemment) qui a donné le signal (3). En substance : si l’on peut imposer autoritairement des mesures drastiques contre l’épidémie, pourquoi ne procéderait-on pas de la même manière pour endiguer la production de CO2 ? Car, pour le journaliste, la méthode douce vantant une transition « verte » progressive (à défaut d’être progressiste) a prouvé son inefficacité. Qui plus est, précise-t-il avec honnêteté, à la différence du confinement temporaire aujourd’hui mis en œuvre, la sauvegarde de la planète devra imposer des contraintes aussi drastiques, mais « durables ». Disons jusqu’à 2050 et n’en parlons plus.

Un groupe de militants et d’associatifs n’a pas tardé à embrayer (4), appelant dans un texte collectif à « entrer en résistance climatique », affirmant « viser une victoire climatique à travers une profonde transformation de nos vies et de nos sociétés ». C’est le moment où jamais, affirment-ils, car « la crise du coronavirus vient démontrer à tous qu’une bascule rapide est possible ». Pour « sortir du productivisme et du consumérisme », les signataires entendent devenir une « minorité motrice, catalyseur enthousiaste d’une transition désirable capable d’initier le changement nécessaire dans toute la société ».

En « phase 1 » (cinq sont proposées), ils « invitent » notamment à adopter de sympathiques recettes : « repenser sa manière de se déplacer et ne plus prendre l’avion, redécouvrir les transports doux et rouler moins de 2 000 kilomètres par an en voiture ; développer la cuisine végétarienne et se nourrir d’aliments biologiques, locaux et de saison, avec de la viande au maximum deux fois par mois ». La « phase 2 » devrait déboucher sur « un nouvel imaginaire donnant à voir ce futur frugal et désirable ». On notera la référence à la « frugalité », emballage (recyclable) de l’austérité. Quant à la phase 3, elle verrait l’abolition de « l’aviation de masse » ; ce qui, si les mots ont un sens, signifie le retour à l’aviation d’élite. Enfin, une fois le bon exemple donné, la « phase 5 » verrait la mise en œuvre de « l’ensemble des outils de la diplomatie politique et économique (…) pour convaincre les gouvernements réfractaires ». Lesdits réfractaires n’ont qu’à bien se tenir. Car dans la géopolitique actuelle, les outils évoqués portent un nom : « sanctions ».

Encore s’agit-il là de la version douce. Quelques jours plus tard, deux chercheurs proposent leur contribution (5) visant à « tirer les leçons de la crise du coronavirus pour lutter contre le changement climatique ». Le refrain est le même, mais en mode comminatoire. François Gemenne et Anneliese Depoux commencent par se réjouir que, vraisemblablement, « beaucoup de ces mesures de ralentissement forcé de l’économie (aient) induit une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre ». Prenant l’exemple de la Chine, ils notent que « la période de confinement (…) a vraisemblablement épargné, dans ce pays, un nombre de vies plus important que le coronavirus n’en a coûté » du fait de la baisse de la pollution atmosphérique. Message transmis aux Chinois, qui ne manqueront pas d’appeler de leurs vœux l’arrivée de nouveaux virus, tant le bilan global paraît si positif.

Ce qui semble avoir échappé aux auteurs, c’est que la production de l’ex-Empire du Milieu a certes brutalement chuté, conduisant ainsi le pays à vivre sur ses réserves. Mais pourrait-il tenir longtemps sans produire ? Et donc sans, le moment venu, être en proie à la disette – dans un air cependant de plus en plus pur, appréciable consolation.

Les auteurs du texte se réjouissent : « il est (donc) possible que des gouvernements prennent des mesures urgentes et radicales face à un danger imminent (et…) que ces mesures soient acceptées par la population ». Mais pour se désoler aussitôt : « nous sommes à l’évidence incapables de faire de même pour le changement climatique ». Ils s’interrogent sur les raisons d’un tel hiatus.

Pour certains, face à l’urgence climatique, nous ne pouvons plus nous payer le luxe de ce qui s’appelait naguère la démocratie

La conclusion est sans appel, et mérite d’être intégralement citée : « la lutte contre le changement climatique aura également besoin de mesures décidées verticalement : si nous attendons que chacun prenne les mesures qui s’imposent, nous risquons d’attendre longtemps ».

On soulignera au passage le terme « verticalement », qui renvoie évidemment à la « verticale du pouvoir », expression consacrée pour stigmatiser l’autoritarisme attribué au président russe. Le message est sans ambiguïté : face à l’urgence climatique, nous ne pouvons plus nous payer le luxe de ce qui s’appelait naguère la démocratie ; des mesures autoritaires vont s’imposer.

Le sacrifice de la souveraineté populaire au nom de l’urgence climatique – l’injonction n’est certes pas nouvelle. Le petit plus consiste ici à se saisir d’une occasion jugée opportune, précisément du fait de la situation dramatique, pour tenter de marquer des points.

Chacun jugera.

Pierre Lévy

(1) Le Monde, 23/03/2020
(2) Le Monde, 14/03/2020
(3) Le Monde, 15/03/2020
(4) Le Monde, 20/03/2020
(5) Le Monde, 19/03/2020

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Et si le Brexit était un succès ? Le Point de Ruptures propose un vrai débat contradictoire

Par : pierre

Le Point de Ruptures propose désormais des débats contradictoires. Pour cette nouvelle émission, François Poulet-Mathis (ancien rédacteur en chef et éditorialiste Europe à France 3) et Pierre Lévy (rédacteur en chef de Ruptures) confrontent leurs points de vue à la lumière des négociations qui s’engagent entre Londres et Bruxelles.

 

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Hinter dem „Green Deal“ und der grünen Ideologie : die schlimmsten Projekte der globalisierten Eliten

Par : pierre

Es können mindestens fünf Themen aufgeworfen werden, die den inneren Zusammenhang zwischen den Interessen der globalisierten westlichen Oligarchie und der Klima-Ideologie verdeutlichen

Der im Dezember letzten Jahres in Brüssel vorgestellte « Green Deal » wird nun zum Schwerpunktprogramm der europäischen Institutionen. Am 14. Januar skizzierte die Kommissionspräsidentin Ursula von der Leyen die Finanzierung, bevor im Frühjahr ein « großes Klimagesetz » auf den Weg gebracht wird, das die Mitgliedstaaten umsetzen müssen. Es ist die Rede von Tausenden von Milliarden Euro. Dieser « große ökologische Kampfplan » wird, laut von der Leyen, zum « Markenzeichen » der EU werden.

Natürlich gab es viele Stimmen, die meinten, er ginge nicht weit genug. Andere oder auch dieselben beschuldigten die Kommission des Schwindels, des « Vortäuschens », einer Bekehrung zur Ökologie aus reiner Anpassung an den Zeitgeist.

Das ist jedoch keineswegs so. Der umweltpolitische Diskurs ist die Grundlage der Ideologie der globalisierten Eliten und Brüssel ist eines der besten Beispiele dafür. Um an die Wurzeln zu kommen, muss man mehrere Jahrzehnte zurückgehen. Zum Beispiel veröffentlichte 1972 ein Kreis, der aus der OECD (der Organisation der reichsten westlichen Länder) hervorgegangen ist und den wir als Club of Rome kennen, einen immer noch berühmten Bericht mit dem Titel « The Limits to Growth » (Die Grenzen des Wachstums).

Dieser Text wurde von Sicco Mansholt, dem Präsidenten der Europäischen Kommission 1972-1973, nachdrücklich unterstützt. Herr Mansholt, der allgemein als einer der « Väter Europas » angesehen wird, setzte sich bereits für den Stopp des Wirtschaftswachstums ein.

Und wenn es irgendeinen Zweifel an der treibenden Rolle der politischen, finanziellen und oligarchischen Führer bei der Förderung von klima- und umweltorientierten Theorien gibt, so kann man leicht feststellen, dass der emblematische amerikanische Multimilliardär Michaël Bloomberg bis vor kurzem UN-Sondergesandter für Klimaschutzmaßnahmen war. Seinen Posten übernahm nun der Kanadier Mark Carney, der bis Januar 2020 Präsident der Bank of England war. Der Mann wurde durch seine apokalyptischen Vorhersagen über den Brexit berühmt. Nun kann er seine Talente einsetzen, um phantasievolle Katastrophen vorherzusagen.

Es gilt, zwei Aspekte zu unterscheiden

Es ist wichtig, bei der Diskussion über das Thema « globale Erwärmung » von Anfang an zwischen zwei Aspekten zu unterscheiden: Einerseits die wissenschaftliche Forschung und Kontroverse, andererseits die Analyse und das Verständnis der damit verbundenen wirtschaftlichen, sozialen, politischen, geopolitischen, demokratischen und sogar philosophischen Fragen.

Die Diskussion über die Realität des Klimawandels und seine möglichen Ursachen ist Aufgabe der Wissenschaftler. Wir werden hier also nicht darauf eingehen. Allerdings sollte darauf hingewiesen werden, dass es über eine anthropogen bedingte Erwärmung keine Einigkeit unter den Wissenschaftlern gibt – es sei denn, man würde alle dissidenten Wissenschaftler als ignorant, Fantasten oder Betrüger bezeichnen.

Andererseits ist es völlig legitim, wenn sich Bürgerinnen und Bürger an der Diskussion über Zusammenhänge und Ziele der aktuellen Kampagne beteiligen. Darüber hinaus müsste die totalitäre Allgegenwart der dominanten These bei rational und kritisch denkenden Menschen Entsetzen auslösen, wenn sie erleben, wie diese morgens, mittags und abends in den Mainstreammedien propagiert wird, so dass es schwierig wird, den vorgegebenen Denkrahmen zu verlassen. Wenn man einigen Umweltaktivisten aufmerksam zuhört, so ist man nicht mehr sehr weit davon entfernt, die « Klima-Leugnung » zum Verbrechen zu erklären und diesbezüglich mit strafrechtlichen Sanktionen zu belegen.

Es können mindestens fünf Themen aufgeworfen werden, die den inneren Zusammenhang zwischen den Interessen der globalisierten westlichen Oligarchie und der Klima-Ideologie verdeutlichen. Wir können sie hier nur ansprechen, aber jede würde offensichtlich eine weitergehende Analyse verdienen.

Die soziale Frage

Das erste Thema könnte wie folgt zusammengefasst werden: Die Genügsamkeit, die als notwendig erachtet wird, um « den Planeten zu retten », ist in Wirklichkeit der Deckname für die Sparmaßnahmen, die die Finanzoligarchen den Völkern aufzwingen wollen. Sie wird von Kreisen der « Linken » freudig aufgegriffen und als « wohltuende Genügsamkeit » befürwortet. Allen, die sich Sorgen machen, wie sie das Monatsende überstehen sollen, wird das drohende Ende der Welt vor Augen geführt. Unter dem Motto „besser leben als mehr haben“ wird mit dem Finger auf den « übermäßigen Konsum » gezeigt, auch den von Energie.

Diese Geisteshaltung in der herrschenden Ideologie ist nicht neu. Der in den Medien gefeierte französische Journalist François de Closets verdankt den größten Teil seiner Karriere der Denunzierung der Arbeiter, als jene, die « Immer mehr » wollen – so auch der Titel eines der etwa zwanzig Bücher, die er seit 1970 zum gleichen Thema veröffentlicht hat.

Der Antagonismus zwischen denjenigen, die das « Ende des Monats » fürchten, und denjenigen, die vor dem « Ende der Welt » warnen, wurde im November 2018 deutlich in Frankreich: Die Gelb-Westen-Bewegung entstand aus der Ablehnung einer Treibstoff-Steuer, die die Regierung durchsetzen wollte mit dem erklärten Ziel « eine Verhaltensveränderung herbeizuführen ».

Nicht nur die Kaufkraft von Millionen von Lohnabhängigen steht auf dem Spiel. Direkt bedroht sind auch Hunderttausende von Arbeitsplätzen – im Namen der Ökologisierung der Wirtschaft, die angeblich weitere Arbeitsplätze schafft, nur eben später. Dies ist eine Realität, die in der gesamten Europäischen Union zu beobachten ist. Es ist kein Zufall, dass die Kommission einen Sonder-Fonds plant, der künftig in Not geratene Lohnabhängige, die ihrer Arbeit beraubt werden, und künftige deindustrialisierte Regionen « begleiten » soll.

Und es ist zweifellos nicht ohne Bedeutung, wenn man feststellen muss, dass die am meisten bedrohten Sparten diejenigen sind, die für die Stärke und die Geschichte der Arbeiterklasse am symbolischsten sind: Bergarbeiter (in Frankreich hatte man zuvor auch schon andere Vorwände gefunden, um diese Tätigkeit abzuschaffen), Stahlarbeiter, Arbeiter in der Chemie- und Automobilindustrie. Es ist, als ginge es im Unterbewusstsein der herrschenden Klasse darum, die übermäßig « CO2 produzierenden » Fabriken loszuwerden – und gleichzeitig die „gefährliche“ Klasse, vor allem dort, wo sie konzentriert und kämpferisch sind.

Die Geopolitik

Der zweite Bereich ist anderer Natur. Er rührt von einer Ungeschicklichkeit des Allmächtigen her: Er hatte die schlechte Idee, das Erdöl so zu verteilen, dass er einen großen Teil jenen Nationen gab, die nicht mit dem Westen verbunden sind. Russland, Iran und Venezuela, um nur drei Beispiele zu nennen, sind die Länder, in denen sich die größten Öl- und/oder Gasreserven konzentrieren.

Man kann sich also vorstellen, dass man in den herrschenden Kreisen nicht unbedingt unzufrieden wäre, wenn diesen Staaten nach und nach die durch den Export von Erdöl/Erdgas bereitgestellten Ressourcen entzogen würden. Durch Verteufelung dieser Brennstoffe werden die Positionen und finanziellen Ressourcen der Gegner oder Feinde geschwächt.

„Global Governance“

Das dritte Thema hat starke ideologische Konnotationen. Immer wieder wird uns gesagt: Die Klimakatastrophe kann nur im Weltmaßstab bekämpft werden. Dies ist ein willkommenes Mantra für all jene, die seit Jahrzehnten für eine « Global Governance » (der ultimative Traum der Mächtigen) – und ihre Variationen in großen regionalen Blöcken wie der EU – kämpfen.

Kurz gesagt, es kommt gerade richtig: Um die großen Probleme unserer Zeit zu lösen, gelten Nationalstaaten als veraltet. Daher hat die These den Anschein des Offensichtlichen: Die globale Erwärmung hat keine Grenzen, also sollen wir den altmodischen Begriff der nationalen Souveränität vergessen.

Die Demokratie

Die vierte Dimension der auferlegten Klima-Imperative betrifft das nicht ganz unbedeutende Thema der Demokratie. Denn die Beispiele zeigen es: Die Arbeiterklassen, die Völker, scheinen nicht zu akzeptieren, sich der umweltpolitischen Doxa zu unterwerfen, jedenfalls nicht schnell genug, um die angekündigten Katastrophen zu verhindern.

Schlimmer noch, sie wären sogar bereit, Regierungen, die übereifrig gegen CO2 kämpfen, bei Wahlen zu bestrafen. Und da diese Regierungen die Schwäche hätten, die Reaktionen ihrer Wähler zu fürchten, werden die notwendigen Maßnahmen – zusammengefasst in der Formel: « Wir müssen unsere Lebensweise radikal ändern » – ewig verzögert.

Die Schlussfolgerung liegt auf der Hand: Die Demokratie ist zu einem Hindernis für das Überleben des Planeten geworden. Einige Leute sagen das offen. Andere, weniger unverblümt, stellen ernsthaft die Frage. Denn wenn unser kollektives Überleben wirklich bedroht ist, muss die Demokratie zurückstehen. Das Argument ist unwiderlegbar und ist vor allem auf wundersamer Weise ein Geschenk des Himmels für die Mächtigen der Welt, die zunehmend mit der Volkssouveränität in Konflikt geraten (die Trilaterale Kommission hatte bereits in den 1970er Jahren – zur Zeit des Club of Rome – auf die « Probleme » der Demokratie hingewiesen).

Die Infragestellung des Fortschritts

Das fünfte Thema ist wahrscheinlich das grundlegendste und bezieht sich auf den Fortschritt. Es kann niemandem entgehen, dass der Fortschritt vom „Zeitgeist“ grundlegend in Frage gestellt wird. Der Fortschritt in all seinen Dimensionen – sozial (Kaufkraft, sozialer Schutz, öffentliche Dienstleistungen), wirtschaftlich (Wachstum), kulturell, wissenschaftlich, technologisch – gilt entweder als verdächtig, schuldig, riskant oder arrogant.

Hier und da fragen sich einige ernsthaft: Sind wir nicht zu weit gegangen? Das vorherrschende Dogma könnte also wie folgt ausgedrückt werden: « Bitte verlasse den Planeten in dem Zustand, in dem du ihn gefunden hast ». Und um der Sache eine zusätzliche emotionale Dimension zu verleihen, berufen wir uns auf « unsere Kinder », « unsere Enkel », denen gegenüber wir eine schwere Verantwortung tragen. Es ist exakt das gleiche Argument wie bei den Staatschulden.

Die Bandbreite ist groß, von den Kollapsologen, die offen für eine Rückkehr zum Pflug plädieren (wenn nicht sogar für den präventiven Selbstmord der Menschheit, um den Planeten überleben zu lassen) bis zu den ganz Vorsichtigen, die sich damit begnügen, jedes neue Infrastrukturprojekt in Frage zu stellen (Eisenbahn, Straße, Flughafen, Hydraulik – es gibt immer irgendwo einen Biber, der gerettet werden muss). Brauchen wir das alles wirklich? », hört man von verschiedenen Seiten.

Der Streit zwischen den Anhängern einer prometheischen Vision der Menschheit und den Anhängern eines Goldenen Zeitalters (das es nie gab) ist zwar nicht neu. Aber die fortschreitende Unfähigkeit des derzeit herrschenden Systems, Wohlstand zu schaffen (außer für die Aktionäre), führt dazu, dass dieses System regressive Ideologien erzeugt, wie den Stopp des Wirtschaftswachstums, der der Rezession einfach nur ein Bio-Label aufdrückt.

Die Konzeption vom Verhältnis zwischen Mensch und Natur ist das privilegierte Terrain dieser buchstäblich reaktionären Entwicklung

Die Konzeption vom Verhältnis zwischen Mensch und Natur ist das privilegierte Terrain dieser buchstäblich reaktionären Entwicklung. Die Natur sollte « bewahrt », « verteidigt » und « respektiert » werden. Schlimmer noch: Die herrschende Ideologie hat nun eine Gleichsetzung von dem was « natürlich » ist, mit « gut » vorgenommen (die Endlosschleife der diesbezüglichen Werbung verdeutlicht dies). Muss erst daran erinnert werden, dass diesem Kult des « Natürlichen » nicht zu allen Zeiten gehuldigt wurde?

Kann man die Absurdität einer solchen Anordnung erfassen? Die Natur ist reich an toxischen Produkten, während künstliche, im Labor erzeugte Produkte (z.B. Medikamente, Chemikalien) ein unersetzliches Gut für das kollektive und individuelle Wohlbefinden darstellen können. Trotzdem müssen wir uns natürlich gegen die Umweltverschmutzung wehren, die sich aus dem ungezügelten Streben nach Profit – und nicht aus dem Fortschritt als solchem – ergibt.

Könnte man nicht die Geschichte der Menschheit als eine Reihe von Kämpfen verstehen, um Entdeckungen und Erfindungen zu machen, die uns helfen, uns von den « Zwängen der Natur » zu emanzipieren? Von den ersten Menschen, die ein Dach bauten, um sich vor den Launen der Natur zu schützen, bis zur heutigen Zeit, in der eine Sonde zur Sonne geschickt wird, hat der Mensch immer versucht, sich von den Zwängen zu befreien, um das Unmögliche möglich zu machen.

Ist es nicht das, was die Menschheit definieren könnte? Ist es nicht charakteristisch für letztere, gegen die Natur zu handeln? Beginnend mit diesem tausendjährigen Kampf, um eines der Hauptmerkmale der Natur in Frage zu stellen: das Gesetz des Dschungels.

Es gibt also einerseits diejenigen, die die Natur respektieren, insbesondere eine ihrer Konstanten (wenn auch nicht ausschließlich): Die Stärksten dominieren die Schwächsten, Raubtiere ernähren sich von der Beute. Und auf der anderen Seite diejenigen, denen der Kampf für die Gleichberechtigung am Herzen liegt – ein Kampf, der, wenn man diese Abkürzung wagt, vom Sklavenaufstand des Spartacus bis zu den heutigen französischen Streikenden reicht, die für die Rente kämpfen.

Indem sie vorgeben, „den Planeten » vor den Bedrohungen durch menschliche Aktivitäten in Form von CO2 « zu retten », haben die europäischen Institutionen ihre Seite gewählt. Wir haben das Recht, uns auf die andere Seite zu stellen und vorzuschlagen, den Umfang der Möglichkeiten nicht auf das zu beschränken, was bereits vorhanden ist. Oder zumindest die Debatte ohne Beschimpfungen und ohne apokalyptisches Delirium zu akzeptieren.

Von Pierre Lévy,
Chefredakteur der Monatszeitschrift Ruptures

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L’angoisse existentielle de l’Occident (éditorial paru dans Ruptures n°93)

Par : pierre

Emmanuel Macron s’inquiète de ce que les « classes moyennes », désormais, « doutent » de « l’aventure européenne »

 

Querelles, déclin, arrogance. Tel était l’air du temps qui flottait lors de la Conférence sur la sécurité de Munich – une grand-messe non étatique qui draine chaque année la fine fleur des élites diplomatiques et militaires occidentales, dont l’édition 2020 s’est déroulée du 14 au 16 février.

Certes, chefs d’Etat et de gouvernement, ministres, diplomates, généraux et experts ont communié dans une foi commune : les « valeurs de l’Occident » devraient guider le monde – liberté (notamment d’entreprendre), droits de l’homme, Etat de droit, démocratie… Mais entre Washington, Berlin et Paris notamment – trois des pôles du bloc atlantique – les bisbilles et rivalités n’ont cessé de s’accentuer ces dernières années.

L’intervention du président français – c’était sa première apparition dans cette enceinte informelle – était donc attendue. Sans surprise, il a apporté de l’eau au moulin du thème volontairement provocateur proposé cette année par les organisateurs : « westlessness » – un terme anglais qu’on pourrait approximativement traduire par « effacement de l’Occident ». Depuis plusieurs mois en effet, le maître de l’Elysée met en garde ses pairs : des puissances rivales émergent qui menacent notre hégémonie. Sont bien sûr visées la Chine, la Russie, de même que la Turquie (pourtant membre de l’OTAN). Autant de pays qui « ne partagent pas nos valeurs ». Il y a donc bien « affaiblissement de l’Occident », affirme Emmanuel Macron, en particulier si l’on compare à l’euphorie d’il y a quinze ans, quand, selon ses termes, « nous pensions qu’on allait dominer le monde durablement ».

Il y a quinze ans, « nous pensions qu’on allait dominer le monde durablement » a rappelé le président français

On imagine au passage ce qu’eussent été les réactions si un leader non occidental avait affiché explicitement sa propension, fût-elle sur le mode nostalgique, à « dominer le monde ». Mais l’arrogance du maître de l’Elysée n’a nullement été remarquée tant elle parut parfaitement naturelle aux sommités réunies à Munich, de même qu’aux journalistes venus couvrir l’événement.

Quoi qu’il en soit, le dirigeant français a pris acte de l’unilatéralisme exacerbé de Washington. Il plaide dès lors pour un renouveau du dialogue « sans concession » avec Moscou, qui hérisse le poil de nombreux Etats membres de l’UE. Surtout, il placarde sans modération son oxymore préféré : il faut bâtir une « souveraineté européenne », ce qui signifie à la fois la poursuite de l’Alliance atlantique, mais aussi la construction d’une autonomie (stratégique, diplomatique, militaire, technologique, monétaire) vis-à-vis de l’Oncle Sam.

Pour le président, cela passe donc par une UE à géométrie variable, dont le premier cercle a vocation à une intégration poussée. Sauf que cette vision déplaît aux pays qui ne seraient pas dans ce premier cercle ; elle ne séduit guère non plus à Berlin (sauf les dirigeants des Verts que le président a rencontrés en particulier, peut-être en rêvant de leur arrivée dans une prochaine coalition, puisque la vie politique intérieure allemande devient de plus en plus chaotique). L’offre élyséenne de bâtir une « culture stratégique commune », voire des exercices militaires communs incluant l’arme nucléaire (sans cependant partager cette dernière) est tombée à plat outre-Rhin, où la culture atlantiste est profondément ancrée parmi les élites, même si celles-ci ne goûtent pas outre mesure le trumpisme. Et ce, dans un contexte où les divergences franco-allemandes se multiplient.

Tout se passe comme si, au spectre du déclin occidental sur le plan géopolitique, venait s’ajouter celui du déclin de l’idéologie eurolibérale

Le plaidoyer macronien n’est pas une révélation. La nouveauté, en revanche, est dans la référence aux « classes moyennes » qui « doutent » désormais de « l’aventure européenne » – une inquiétude répétée… à quatre reprises. L’ancien banquier semble considérer – à juste titre – que l’oligarchie est par nature acquise à l’intégration européenne ; que les classes populaires sont à l’inverse irrémédiablement perdues ; et que l’enjeu revient donc à stopper la glissade desdites classes moyennes dans ce que le vocabulaire officiel nomme « nationalisme » ou « illibéralisme ».

Ainsi, tout se passe comme si, au spectre du déclin occidental sur le plan géopolitique, venait s’ajouter, sur le plan hexagonal (et continental), celui du déclin de l’idéologie eurolibérale. Or cette dernière sous-tend les « réformes » d’inspiration bruxelloise, à commencer par celle des retraites.

Certes, dans l’état d’esprit populaire, politique extérieure et politique intérieure semblent être sans rapport direct : la lutte contre la régression sociale ne va pas spontanément de pair avec la résistance à l’arrogance atlantique.

Pas encore, du moins.

Pierre Lévy – @LEVY_Ruptures

 

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Face à face sur RT entre François Poulet-Mathis et Pierre Lévy : le Brexit n’a pas fini de faire débat

Par : pierre

La chaîne RT recevait, mercredi 29, deux débatteurs d’opinions opposées.

François Poulet-Mathis, longtemps journaliste responsable des questions européennes sur le service public de télévision, a pointé les risques liés selon lui au départ du Royaume-Uni.

Pierre Lévy, rédacteur en chef de Ruptures, a insisté sur son analyse : le Brexit, décidé par une majorité du peuple, est un événement avant tout politique permettant la reconquête de la souveraineté.

Un débat sans concession, mais courtois et factuel. Qui en annonce d’autres, car l’Histoire n’est pas finie…

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Election présidentielle en Tunisie : les raisons d’un choix inattendu

Par : Grégoire

En plébiscitant Kaïs Saied, austère professeur de droit, les Tunisiens ont voulu aller jusqu’au bout de la vague « dégagiste » lancée après la révolution de 2011. Les islamistes d’Ennahda notamment en font les frais.

Par Pierre Vermeren, professeur en histoire du Maghreb contemporain à Paris 1, membre du laboratoire SIRICE. A récemment publié : Déni français, notre histoire des liaisons franco-arabes (Albin Michel, 2019).

Les modalités et le résultat des élections présidentielles tunisiennes qui se sont déroulées les 15 septembre et 13 octobre 2019 sont connues : deux outsiders, un riche homme d’affaire, emprisonné pour fraude fiscale, et un austère professeur de droit, presque inconnu, ont été sélectionnés au premier tour de ces élections, dans un paysage aussi renouvelé qu’éclaté. Au second tour, le professeur Kaïs Saied a été élu, presque plébiscité, remportant le scrutin avec 72,71% des voix, soit plus d’un inscrit sur trois des listes électorales (2,77 millions de voix sur 7 millions d’inscrits).

C’est un euphémisme de dire que ce résultat n’était pas attendu. Il était même imprévisible il y a un an. A l’époque, Ennahda – parti historique des islamistes tunisiens – semblait regagner des couleurs face au camp présidentiel en difficulté, miné par des résultats économiques moroses, et fragmenté par des luttes intestines. Entre le vieux président Béji Caïd Essebsi (BCE) élu en 2014, et son jeune premier ministre technocrate francophile, Youssef Chahed, cela tirait à hue et à dia au sein de l’exécutif. En face, le vieux leader islamiste, Rached Ghannouchi, semblait peaufiner sa revanche. S’il avait fait quitter le gouvernement au parti islamiste Ennahda début 2014, après avoir co-signé le pacte constitutionnel en janvier, c’était dans l’espoir d’un retour en force ultérieur au pouvoir. Entre temps, il avait signé un accord parlementaire avec ses adversaires nationalistes de Nida Tounes (le parti de BCE), au lendemain des législatives perdues d’octobre 2014, puis fait assaut de proclamations démocratiques en 2016. Tout était prêt pour la revanche politique d’Ennahda.

Les suffrages islamistes divisées par trois

Mais les Tunisiens n’avaient rien oublié du fiasco de la gouvernance islamiste de la période 2011-2014, marquée par un mélange d’incompétence, de népotisme partisan, de porte ouverte à la radicalisation terroriste et de moralisme à géométrie variable. Ennahda avait dirigé la Troïka pendant plus de deux ans, portée en tête en octobre 2011 par 1,5 million de voix, véritable rançon de décennies de dictature et de répression subie. Mais le parti Ennahda a vu son électorat divisé par trois entre octobre 2011 et mai 2018, avec 0,5 million de voix aux communales. L’épreuve du pouvoir a détruit l’attraction des islamistes tunisiens. Ce même syndrome a frappé le vainqueur de 2014.

Le parti du président « BCE » a beaucoup déçu : non seulement il a pactisé avec Ennahda mais il s’est montré incapable de relancer la machine économique

A cette date, Nida Tounes, un parti nationaliste tunisien dont le principal point de convergence était de contrer Ennahda, a rassemblé presque 1,3 million de voix. Mais le parti du président a beaucoup déçu. Non seulement il a pactisé avec Ennahda au parlement au lendemain des élections, déroutant légitimement sa base électorale, mais surtout, il s’est montré incapable de relancer la machine économique tunisienne. En 2018, les voix du parti avaient déjà été divisées par quatre. C’est en effet principalement en économie que les gouvernements de « BCE » étaient attendus, après presque trois années de panne de la croissance. La révolution de janvier 2011 avait jeté à bas la dictature à cause d’une situation économique perçue comme intenable, en particulier dans les régions déshéritées intérieures du sud et du centre du pays.

Pouvoir d’achat divisé par deux

Or au lieu de chercher des voies et des moyens de relancer la machine économique – exercice complexe en système de libre-échange avec l’Europe, à quoi s’ajoute la double crise de l’Algérie et surtout de la Libye, les deux voisins du pays – les gouvernements de BCE ont recouru à la planche à billets et à l’emprunt. La légère croissance a été mangée par une terrible inflation, issue de la dévaluation de la monnaie nationale, le Dinar tunisien, qui a sévèrement amputé le pouvoir d’achat des Tunisiens. En huit ans de gouvernements Ennahda puis Nida Tounes, le pouvoir d’achat des salariés tunisiens, en particulier de la classe moyenne des fonctionnaires, a été divisé par deux. Même si toutes les études ne se recoupent pas tout à fait, cela montre l’ampleur de la catastrophe économique qui a frappé les citoyens tunisiens, sans même aborder les questions sécuritaires, terroristes et politiques. Si l’on ajoute à cela une augmentation du chômage, qui frappe déjà les jeunes de plein fouet, notamment dans les régions intérieure et chez les diplômés, on comprend le discrédit des deux partis de gouvernements.

Face à la sanction électorale probable – pourtant niée par les intéressés eux-mêmes et leurs amis français – des scissions se sont produites dans les deux camps. Si Ennahda a grosso modo maintenu ses troupes, plusieurs petites formations islamistes ont dispersé les voix de ce camp. Et le camp présidentiel est allé divisé à la bataille, avec une demi-douzaine de représentants. Tout le monde a été balayé, tant à la présidentielle qu’aux législatives du 6 octobre 2019. Ennahda a certes sauvé les meubles aux législatives, en remportant la première place parmi plusieurs dizaines de petits partis. Avec 561 000 voix (à peine plus du tiers de 2011) et 19,63% des suffrages exprimées, c’est une maigre consolation pour un parti qui a perdu 17 sièges par rapport à la précédente législature, et est en grande difficulté pour mener une coalition parlementaire.

Syndrome Berlusconi

La porte était donc ouverte à des outsiders, que les commentateurs se sont empressés de qualifier de populistes. Mais leur principal mérite était de n’avoir pas été liés aux gouvernants précédents, même si le riche Nabil Karoui a fait campagne en 2014 pour BCE. Le magnat des médias et de la communication publicitaire tunisiens tenait la position la plus proche de ce qu’on nomme en Europe le populisme. Un incontestable syndrome Berlusconi a frappé : la Tunisie avait été dans les années 1980 aux premières loges de l’émergence du tycoon italien dont les télévisions étaient très regardées dans ce pays.

Dans son sillage, Nabil Karoui s’est rendu célèbre ces dernières années pour avoir mis en scène sur sa télévision ses œuvres caritatives en direction des régions et des couches sociales défavorisées de la Tunisie intérieure. Il s’est constitué ainsi une réelle popularité dans les milieux populaires déshérités, étonnés qu’un puissant s’intéresse à leur sort. Mais les élites tunisoises ne l’entendaient pas de cette oreille.

Le premier ministre Youssef Chahed, informé des malversations et d’opérations de blanchiment auquel s’était livré le milliardaire, a tenté d’interdire sa candidature. Puis il a laissé la justice le mettre en prison préventive au lendemain de la mort de BCE, à quelques semaines des élections. En laissant fuiter les informations relatives à sa mise en accusation, la justice acheva de le discréditer. Il avait certes assez de voix pour se qualifier à l’issu du premier tour bien qu’étant en prison, mais tous ses adversaires se sont coalisés contre lui : la gauche, l’ancien camp présidentiel, les conservateurs, les islamistes, etc.

Les Tunisiens sont allés au bout : après avoir frappé les bénalistes et les dignitaires de l’ancien régime, la vague dégagiste a sorti du jeu les deux camps toujours en présence

Restait donc en face de lui Kaïs Saied. Comment un quasi inconnu a-t-il pu gagner la présidentielle haut la main contre tous les establishments réunis ? Les Tunisiens ont envie d’aller au bout de la reconstruction démocratique de leur pays. En 2011 et en 2014, ils ont maintenu en place la vieille classe politique de l’époque de la dictature, orchestrant une alternance entre les anciens opposants islamistes et leurs adversaires nationalistes issus du bourguibisme. Mais devant des résultats très décevants, et soucieux de maintenir les acquis démocratiques, les Tunisiens sont allés au bout : après avoir frappé les bénalistes et les dignitaires de l’ancien régime, la vague dégagiste a sorti du jeu les deux camps toujours en présence, dont les islamistes d’Ennahda. Et comme au moment de la révolution, en fidélité à leur longue histoire constitutionnelle, les Tunisiens se sont accordés sur le nom d’un éminent constitutionnaliste.

Tradition constitutionnaliste

Ce bon professeur fraîchement retraité a été président de l’Association tunisienne de droit constitutionnel de 1995 à 2019. Dans la plupart des pays du monde, cela n’aurait eu aucune importance. Mais les Tunisiens s’honorent de s’être dotés, en 1861, de la première constitution du monde islamique, quinze ans avant l’empire ottoman. C’est en fidélité à cette mémoire que les premiers nationalistes tunisiens anticoloniaux ont créé en 1920 le premier parti politique nationaliste d’Afrique du nord, le Destour (la constitution). En 1934, Habib Bourguiba, lui aussi juriste, a fondé le Néo-Destour qu’il a conduit à l’indépendance et à la direction du pays. Tous les partis uniques successifs de la Tunisie indépendante se sont dit constitutionnalistes, même le parti de Ben Ali, le RCD. Enfin, après la chute du dictateur en 2011, ce sont des professeurs de droit qui ont pris en charge la continuité de l’Etat, la surveillance des procédures électorales, et la reconstruction d’un pacte constitutionnel.

C’est par fidélité à leur histoire que les Tunisiens ont porté à la présidence de leur pays un professionnel du droit

A la tête du « Conseil pour la protection de la révolution », puis de la « Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique », le constitutionnaliste Yadh Ben Achour, qui fut en quelque sorte le mentor de Kaïs Saied, a été un important garant de transition tunisienne à partir de 2011. C’est donc par fidélité à leur histoire que les Tunisiens ont porté à la présidence de leur pays un professionnel du droit.

On le dit sévère, austère, calé sur des principes moraux, juridiques et religieux rigides, incorruptible, conservateur et nationaliste arabe. C’est exactement ce que voulaient les Tunisiens lassés des fausses promesses et de paroles vides. Ce n’est pas un expert en économie, mais il n’a rien promis. A lui de trouver une coalition et de tenir la barre d’un pays dans la tempête. Ses pouvoirs sont limités par la constitution aux relations extérieures et à la sécurité, mais son rôle politique pourrait être capital.

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Prochaine tribune (à paraître le 13 novembre) :
Les traditions constitutionnelles des Etats contre la marche de l’Europe

par Marie-Françoise Bechtel, vice-présidente de la Fondation Res Publica

 

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Comment la France bafoue l’existence de l’Etat syrien

Par : Grégoire

En Syrie, la diplomatie française persévère dans l’erreur, en niant l’Etat légal, présidé par Bachar El Assad, et en collant au « camp occidental ». Résultat : elle ne pèse plus dans le jeu diplomatique et risque d’engendrer bien des rancœurs sur le terrain.

Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient (ed. Ellipses, 2017) et  Les guerres de Syrie (ed. Glyphe, 2019)

Par un beau dimanche d’automne, le 13 octobre dernier, le Président à la pensée complexe et sans complexe que le suffrage a donné à la France convoquait un Conseil de défense rassemblant tout le beau linge régalien du gouvernement pour « étudier la situation dans le Nord syrien », dans un contexte particulièrement compliqué. Le communiqué publié le lendemain matin aux aurores, qui condamnait fermement « l’attaque unilatérale de la Turquie » du 9 octobre, allait faire illusion le temps d’un éclair.

Ceux qui pouvaient encore espérer un réveil au pays des Lumières, voire une inflexion vers une meilleure perception des réalités du terrain, allaient avoir courte joie : la fin de phrase du communiqué précisait qu’il s’agissait de condamner l’attaque « contre les Kurdes ». De l’Etat syrien il n’était en revanche pas question. Ouf ! Les chantres de la « révolution syrienne » contre le pouvoir légal en place à Damas et les supporters des « terroristes modérés » pouvaient se rendormir. Par définition, la France éternelle, celle d’aujourd’hui, ne change jamais de position, surtout quand elle a tout faux… Par définition, elle a raison, fermez le ban, et circulez…

Mépris du droit

Les esprits chagrins diront qu’il eût été sage et décent – on n’ose dire fair play – de préciser que, selon les normes du droit international (ou ce qu’il en reste) et les fondamentaux de la Charte des Nations-Unies, l’attaque turque constituait avant tout une agression, une de plus, contre la Syrie. Mais c’eût été trop en demander à la diplomatie d’un membre permanent du Conseil de Sécurité, par définition gardien de ces principes, qui s’est néanmoins distingué depuis neuf ans par son mépris du droit et son agressivité envers des Etats qui ne l’avaient pas agressé : la Libye d’abord, la Syrie ensuite, déterrant la hache de guerre peu après avoir convié leurs leaders à fumer le calumet de la paix à l’Elysée.

Tant d’Etats sont aujourd’hui coutumiers de telles hypocrisies et de tels retournements, qu’une infraction de plus ou de moins n’a guère d’importance : on ne compte pas quand on aime, mais on ne compte pas non plus quand la victime des entorses au droit est haïe et honnie par la « communauté internationale » bien-pensante, lorsqu’est en cause le « régime de Bachar », consacré depuis la seconde guerre d’Irak ennemi public numéro un.

Occidentalisme et néo-conservatisme

Il faut dire que le monde n’est plus ce qu’il était et la diplomatie non plus depuis un certain temps déjà. Un séisme étant passé par là. Il y a trente ans, le monde change de base, suite à l’autodestruction de l’URSS, divine surprise. Il s’agit, comme le dit Poutine, de « la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle » et le début d’un calvaire pour qui refuse d’adhérer au camp américain triomphant, comme ce sera le cas pour la Syrie.

L’occidentalisme, unissant nostalgiques de la colonisation et revanchards de l’impérialisme, prend son essor sous la bannière du néo-conservatisme, alliant néolibéralisme, parlementarisme et messianisme de « peuple élu ». Les tabous étant tombés, on pourra sans trop de gêne ressortir les concepts d’espace vital, de vocation à la maîtrise du monde, de Kriegspiel sur le « grand échiquier mondial ». La géopolitique, création allemande et anglo-saxonne, taboue depuis les années 30, fait son retour et permet de redessiner le cadre géographique des pulsions hégémonistes de l’Amérique et de ses séides : l’empire atlantique face au bloc eurasien, avec une ceinture verte arabo-musulmane théâtre et enjeu de la confrontation. Clé stratégique du Moyen-Orient, la Syrie n’a qu’à bien se tenir.

Ecrasement des peuples

Initié en 1990/1991, le moment unipolaire américain va s’avérer propice à l’exacerbation de cet occidentalo-centrisme revisité, justifiant l’écrasement des peuples et la destruction des Etats au nom de principes comme le droit d’ingérence, le devoir d’intervention, la responsabilité de protéger, nouvelles versions de feue « la mission civilisatrice ». C’est ainsi que les neocons parviendront à mobiliser autour de leurs thèses les classes politiques, médiatiques et intellectuelles des pays d’Occident.

Dur, dur d’être civilisés au milieu de tant de sauvages et d’être bons face à tant de méchants

Les experts eux-mêmes, qui se piquaient d’avoir mis au rencart les idées simplistes, se replieront sur les idées reçues d’une pensée unique, afin de ne pas passer à côté du grand vent de l’Histoire. Clichés, préjugés, approximations constitueront plus que jamais le carburant essentiel de l’analyse et de la réflexion sur le conflit syrien dans nos sphères pensantes, l’information étant systématiquement instrumentalisée et remplacée par un storytelling qui dit bien ce qu’il veut dire. Chaque épisode de ce récit est lancé sur le marché, livré en pâture à l’opinion, relayé le surlendemain par un autre « faux drapeau », de façon à déboussoler et décerveler les citoyens. Le but n’est pas de les informer mais de les désinformer alors qu’ils sont déjà bien conditionnés. L’Occident, en éternel sanglot sous le poids de son « fardeau », devant dire le droit et remettre dans le droit chemin la vile multitude des Etats « préoccupants » qui polluent son environnement, est en quête d’une doctrine rassurante et d’une actualité émouvante et/ou effrayante. Dur, dur d’être civilisés au milieu de tant de sauvages et d’être bons face à tant de méchants.

C’est dans ce contexte « unipolaire » et ce climat d’escroquerie intellectuelle, en l’absence de toute opposition réelle et structurée pendant une vingtaine d’années, que l’Amérique et ses alliés ont systématiquement dévoyé et dévasté le droit international, transformant le Conseil de Sécurité en théâtre de l’arrogance et faisant prévaloir partout la loi de la jungle. La Syrie sera une victime privilégiée de cette logique. Les principes onusiens – souveraineté et égalité des Etats, non-ingérence, obligation de négocier en cas de conflit et interdiction de recours ou de menace de recours à la force, droit des peuples à l’autodétermination et droit pour les Etats de choisir leur régime politique à l’abri de toute ingérence – sont désormais systématiquement ignorés et bafoués par les Occidentaux.

« Gouvernement » vs « régime »

Le langage et les usages diplomatiques ont été abandonnés au profit de comportements déviants, qui étaient naguère le monopole des mauvais garçons. La stigmatisation des Etats préoccupants ou voyous est déterminée par le vocabulaire employé à leur encontre, sans beaucoup de rapport avec la réalité.

On se souviendra des propos inconvenants tenus à l’encontre de « Bachar » par de distingués ministres. Les pays atlantiques, qui se présentent comme de « grandes démocraties », sont ainsi dirigés par des « gouvernements », tandis que les adversaires sont des « régimes » chargés de toutes les tares, souvent même qualifiés d’Etats voyous, menaçants, répressifs et massacreurs. On affectionne les appellations qui prêtent à confusion, comme cette force de mercenaires terroristes désignée comme « armée nationale syrienne » qui sévit dans le Nord syrien sous patronage turc mais qui n’a rien à voir avec l’armée régulière.

Retour au « bercail occidental »

Les pays de « l’Orient compliqué » ont particulièrement souffert de cette dérive grossière, tandis que les atlantistes ont sacralisé les idées simplistes, leurs certitudes et leurs préjugés. La France a donné l’exemple. Entrée de justesse au Conseil de Sécurité en 1945 comme membre permanent, elle avait longtemps vu dans le multilatéralisme et l’adhésion à la légalité onusienne les piliers de sa légitimité. Son retour au « bercail occidental » s’est soldé par un alignement de plus en plus aveugle sur les positions anglo-saxonnes, notamment depuis la seconde guerre d’Irak, se traduisant par une implication inspirée par Washington dans le dossier syro-libanais.

Traduisant sans doute une certaine résurgence des pulsions coloniales, l’acharnement de la France a été, dès le départ de la guerre de Syrie, d’une rare intensité, décuplé par la hargne que l’on sait contre Bachar Al Assad. Tandis que les dirigeants successifs s’enferraient dans un interventionnisme forcené et se raidissaient devant leur échec contre le « régime de Damas », après avoir misé successivement sur tous les « mauvais chevaux », le déni de Paris face à la résilience victorieuse de la Syrie légale, le refus d’admettre les réalités et les évolutions ainsi qu’une approche souvent injurieuse ont eu pour résultat d’écarter la France du dossier syrien et des autres dossiers de la région. A force d’ostraciser voire d’ignorer le « régime de Damas » et son existence même alors qu’il est en passe de reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire national, bénéficiant, qu’on le veuille ou non, d’un vaste soutien populaire, la Syrie, elle, ne manque pas une occasion de dénoncer les agressions et la présence illégale des forces du « régime » français, du « régime d’Erdogan » et consorts.

L’attitude française témoigne du mépris des dirigeants pour un Etat qui a tenu le coup, pendant près de neuf ans, face à plus de cent pays

L’attitude française, à l’instar de celle des Occidentaux, témoigne de cette obstination et du mépris des dirigeants français pour un Etat qui a tenu le coup, pendant près de neuf ans, face à plus de cent pays et se trouve au cœur d’une alliance puissante incluant la Russie, l’Iran, le Hezbollah, l’Irak et la Chine. Manifestement, l’arrogance du gouvernement de M. Macron le conduit à « snober » systématiquement ces Etats, ne prenant en compte que « les autres », à savoir l’envahisseur turc, les Kurdes lorsqu’ils sont séparatistes, l’Armée Libre Syrienne, les forces de l’opposition « anti-régime » pour désigner des groupes issus de Da’esh ou Al Qaida ou autres entités classifiées terroristes par l’ONU, les forces américaines ou occidentales stationnées illégalement, la soi-disant « coalition internationale » dirigée par Washington… Bref, toutes les forces hostiles à la Syrie légale.

La longue mémoire des peuples

Il est clair que cette volonté de passer sous silence la présence et le rôle déterminant de l’armée nationale, de l’Etat, des autorités, vise à démontrer que la Syrie serait non seulement un Etat voyou qui viole régulièrement la légalité internationale (sic), détient des armes de destruction massive (re-sic) et utilise le terrorisme pour terroriser les populations civiles (re-re-sic), selon la définition d’Avraham Shlaïm, un Israélien professeur à Oxford. Elle serait également, en suivant ces raisonnements biaisés, un Etat failli qui ne remplit pas son rôle de protection vis-à-vis de ses populations. L’accord passé le 14 octobre sous le patronage russe entre le gouvernement central et les Unités de Protection du Peuple (kurdes), faisant de celles-ci des auxiliaires de l’armée régulière sous tutelle de Damas face aux Turcs et rebattant les cartes dans le Nord syrien, a reçu un accueil « réservé », traité au mieux comme un nouvel épisode banal. Cela témoigne pour le moins d’une méconnaissance des rapports de force assez stupéfiante.

De façon étonnante, la classe politique, tous « partis de gouvernement » confondus, les médias nationaux du mainstream et la masse des intellectuels ont soutenu les gouvernements dans cette position désastreuse et déshonorante, qui restera une tache dans notre histoire. Et il ne semble pas proche le jour où cette monumentale erreur pourra être réparée. Beaucoup de Français auront la mémoire courte et oublieront avec le temps ces tristes épisodes. Les peuples opprimés, eux, ont une mémoire, une mémoire longue.

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Election présidentielle en Tunisie : les raisons d’un choix inattendu,
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ar Pierre Vermeren, Professeur en histoire du Maghreb à Paris 1

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Pierre Lévy, invité d’Interdit d’interdire (sur RT) : le Brexit, une affaire très simple !

Par : pierre

Le 30 septembre, Frédéric Taddeï recevait, pour son émission Interdit d’Interdire, Pierre Lévy, ainsi qu’Edouard Husson, historien, Yves Gernigon, président du Parti Fédéraliste Européen et Arthur Colin, vice-président de Sauvons l’Europe.

Cinquante minutes de débats passionnés, au cours desquelles le rédacteur en chef de Ruptures a rappelé que le Brexit aurait lieu, malgré tous les obstacles dressés par ceux qui ne résolvent pas à accepter les verdicts populaires. La sortie pourrait bien survenir le 31 octobre prochain, a-t-il expliqué en détails.

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Troisième émission du Point de Ruptures : quatre décennies de déstructuration nationale… et l’Europe ?

Par : pierre

Votre mensuel a lancé début juin une chaîne vidéo qui propose chaque quinzaine (hors période estivale) une émission, Le point de Ruptures, balayant l’actualité européenne.

La troisième émission vient d’être mise en ligne : Quatre décennies de déstructuration nationale… et l’Europe ?

A partir d’un passionnant essai de l’historien Pierre Vermeren (La France qui déclasse – Les Gilets jaunes, une jacquerie du XXIème siècle) – ce dernier dialogue avec Etienne Chouard et Pierre Lévy sur les mécanismes, les responsabilités et les choix politiques qui ont désindustrialisé le pays, et souvent désertifié des pans entiers du territoire.

Pour aider à financer cet investissement vidéo, le moyen le plus efficace est de s’abonner au mensuel sans attendre !

L’équipe de Ruptures a décidé de consacrer des moyens importants à la production de l’émission. Or le journal n’a d’autres ressources que le produit des abonnements. Pour aider à financer cet investissement, le moyen le plus efficace est de s’abonner sans attendre !

Vous recevrez l’édition parue le 28 juin.

De plus, le prélèvement mensuel peut être arrêté à tout moment. Cette formule permet ainsi de faire connaissance avec le journal sans s’engager sur la durée.

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Deuxième émission du Point de Ruptures : que se cache-t-il derrière « le populisme » ?

Par : pierre

Votre mensuel a lancé début juin une chaîne vidéo qui propose chaque quinzaine une émission, Le point de Ruptures, balayant l’actualité européenne.

La deuxième émission vient d’être mise en ligne : Pierre-Yves Rougeyron, Etienne Chouard et Pierre Lévy débattent du « populisme » après les élections européennes : réalité, ou concept fourre-tout trompeur ?…

Cette deuxième émission est complémentaire à l’édition du mensuel qui sera chez les abonnés fin juin, avec des analyses complètes sur le sommet des Vingt-huit des 20 et 21 juin.

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Première émission du Point de Ruptures – Rôle des médias, vote écolo, souveraineté bafouée, etc. : le décryptage des européennes

Par : pierre

Votre mensuel lance une chaîne vidéo qui proposera chaque quinzaine une émission, Le point de Ruptures, balayant l’actualité européenne.

La première vient d’être mise en ligne : Etienne Chouard, Coralie Delaume et Pierre Lévy débattent du résultat des européennes, mais aussi du rôle des médias, du vote écolo des catégories aisées, de la souveraineté bafouée des peuples…

Cette première émission est complémentaire à l’édition du mensuel qui sera chez les abonnés le 6 juin, avec des analyses complètes des résultats électoraux et des conséquences.

Pour aider à financer cet investissement vidéo, le moyen le plus efficace est de s’abonner au mensuel sans attendre !

L’équipe de Ruptures a décidé de consacrer des moyens importants à la production de l’émission. Or le journal n’a d’autres ressources que le produit des abonnements. Pour aider à financer cet investissement, le moyen le plus efficace est de s’abonner sans attendre !

De plus, le prélèvement mensuel peut être arrêté à tout moment. Cette formule permet ainsi de faire connaissance avec le journal sans s’engager sur la durée.

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Sur RT, Pierre Lévy fait le point sur le Brexit après le report de six mois décidé par le Conseil européen

Par : pierre

Le Conseil européen extraordinaire du 10 avril a décidé de reporter de six mois l’échéance de la sortie du Royaume-Uni. Theresa May avait demandé une prolongation plus courte, mais différents dirigeants européens souhaitaient un délai plus long, de l’ordre d’une année.

Le pays devra en principe participer aux élections européennes, à moins qu’un accord au parlement britannique ne vote majoritairement en faveur de l’accord de divorce d’ici là.

La sortie aura bien lieu, mais ni ses conditions ni sont échéance n’ont été éclaircies.

Invité du journal de RT le 11 avril, Pierre Lévy, rédacteur en chef de Ruptures, revient sur ce feuilleton d’apparence complexe, mais dont le fond est finalement beaucoup plus simple…

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Sur RT, Laurent Dauré prend la main dans le sac les auteurs de douze infox contre les Gilets jaunes

Par : pierre

Laurent Dauré, de la rédaction de Ruptures, a établi un dossier détaillant douze fausses informations visant délibérément à discréditer le mouvement des Gilets jaunes.

Ce dossier a été publié par le site Les Crises.

Interrogé récemment, dans le JT de RT-France, il est revenu sur ces mensonges notamment issus de la mouvance macronienne.

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Sur RT, Pierre Lévy analyse la nouvelle étape qui vient d’être franchie vers le Brexit

Par : pierre

Les députés britanniques ont émis cette semaine une série de votes, dont le dernier, jeudi 14, a conforté la stratégie de Theresa May.

Le parlement votera une nouvelle fois d’ici le 20 mars. Il pourrait bien, cette fois, approuver l’accord de divorce assorti de garanties juridiques. Cela confirme, s’il en était besoin, que le Brexit est plus que jamais sur les rails, n’en déplaise aux pro-UE.

Invité du journal de RT le 14 mars en soirée, Pierre Lévy, rédacteur en chef de Ruptures, fait le point.

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Gilets jaunes, Macron, Union européenne, médias mainstream… L’entretien avec Étienne Chouard

Par : fabien

Le mouvement des Gilets jaunes a éclaté mi-novembre 2018. Parti à l’origine de la colère contre une taxe écologique supplémentaire sur les carburants, cette mobilisation, totalement inédite et remarquablement déterminée, a très vite associé les exigences sociales et démocratiques.

En haut de la liste des revendications prioritaires des Gilets jaunes, figure en particulier le Référendum d’initiative citoyenne (RIC), une idée qu’Étienne Chouard, professeur d’économie et de droit, a largement contribué à populariser.

Ruptures a rencontré ce blogueur citoyen, qui s’est notamment fait connaître dans la campagne pour le Non au projet de Constitution européenne, en 2005. Il est aujourd’hui considéré comme une référence du mouvement des Gilets jaunes, et fait l’objet d’attaques virulentes de la part de la presse dominante.

Il s’exprime ici sur la mobilisation et ses enjeux, sur l’Europe contre la souveraineté, et sur les perspectives possibles pour 2019. Entre autres sujets abordés lors de l’entretien, Étienne Chouard revient sur le concept de « souveraineté européenne » porté par Emanuel Macron (à partir de 31 min 16 sec).

Sur les péages d’autoroute, sur les ronds-points comme dans les manifestations souvent improvisées, le drapeau tricolore et la Marseillaise ont fait partout leur apparition caractérisant l’état d’esprit des citoyens mobilisés, et largement soutenus, qu’on pourrait résumer par ce slogan « nous sommes le peuple ».

Lors de l’entretien, Étienne Chouard a notamment réagi aux intentions de certains d’inscrire le mouvement des Gilets jaunes aux élections européennes de mars 2019.

https://twitter.com/Ruptures_fr/status/1080929467898490881

Lire aussi : Gilets jaunes : la genèse d’un mouvement qui pourrait marquer l’Histoire de la France

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